Chullin 138a — la quantité due au cohen (de quoi faire une ceinture) et qui en est tenu lors d'une vente

Chullin 138a

Sougya : Fin du chapitre Reshit Hagez (première tonte donnée au cohen). La Guemara fixe d'abord la mesure de laine à donner : 'de quoi faire un petit vêtement', déduit du verset 'pour se tenir et servir' (laamod lecharet) -- soit la quantité nécessaire à une ceinture sacerdotale (avnet), le plus petit des habits du cohen, écartant le manteau (trop grand) et la coiffe (kippa, propre au seul cohen gadol).

On débat ensuite du moment où s'applique l'obligation : celui qui tond puis vend chaque brebis avant d'avoir réuni cinq toisons est-il tenu ? Mahloket Rav Hisda (oblige : la bête était sienne à chaque tonte) contre Rabbi Natan bar Hochaya (exempt : il faut que 'ton petit bétail' s'applique au moment où la mesure se complète).

La Michna sur l'achat de toison conduit Rava à identifier le principe : nul ne peut soustraire son bien à la mitsva ; il réfute le parallèle avec la pea (Rabbi Yehouda) car celle-ci s'enclenche dès le début de la moisson.

Combien de laine donner au cohen ? (reshit hagez) Verset : 'pour se tenir et servir' (laamod lecharet) -> de quoi faire un vêtement digne du service du Temple Ceinture (avnet) le PLUS PETIT Manteau (meil) -> trop grand Coiffe (kippa) -> écartée Si tu prends le plus, tu n'as rien pris ; si tu prends le moins, tu as pris. 'lui et ses fils' = vêtement commun à Aharon ET au cohen simple : la coiffe (kippa) et le tsits n'appartiennent qu'au cohen gadol -> écartés Mesure retenue : 5 sela de laine lavée (= de quoi faire une ceinture) on donne assez de laine sale pour qu'après lavage par le cohen il reste 5 sela
Segments 3-8 : la mesure due au cohen est celle d'une ceinture (avnet), déduite de 'pour se tenir et servir' et de 'lui et ses fils'.
Qui est obligé ? Le moment où s'applique 'ton petit bétail' (tzônékha) Cas : tondre puis vendre chaque brebis avant d'avoir réuni les 5 toisons Rav Hisda : OBLIGÉ (hayav) R. Natan bar Hochaya : EXEMPT (patour) Au moment de CHAQUE tonte, la brebis était à lui : 'gez tzônékha'. Au moment où se COMPLÈTE la mesure (5e toison), on exige 'tzônékha' -> absent. Michna : 'Acheteur de la toison du bétail d'un Juif' -> on suit le VENDEUR si reste de laine Rava : ce tana est celui des 'matnot kehouna' (132a) : nul ne peut soustraire son bien à la mitsva ; s'il a gardé une part, c'est qu'il n'a pas vendu le don du cohen Parallèle avec la pea (Rav Hisda l'attribue à R. Yehouda) Pea : qui vend des arbres sur pied -> l'acheteur donne pea pour chacun ; mais si le propriétaire a gardé un arbre, il donne pea pour tout. Rava objecte : là-bas 'ouvkotzrekhem' oblige dès le DÉBUT de la moisson ; pour la tonte, pas de tel verset -> source différente
Segments 9-18 : à quel moment s'applique 'ton petit bétail' ? Mahloket Rav Hisda / R. Natan bar Hochaya, puis le principe de Rava et le parallèle rejeté avec la pea.
1
בששים, ותני תנא: מנה בן ארבעים סלעים. אין! והתנן: חמת חדשה, אף על פי שמקבלת רמונים – טהורה.

[La mesure de la callosité qui invalide est] de soixante [fois la callosité, en surface] ; et un tana enseigne : un maneh [vaut] quarante sela. [La Guemara s'étonne :] vraiment ?

Mais nous avons appris [dans une Tossefta] : une outre (hemet) neuve [en cuir non encore entièrement cousu], bien qu'elle puisse contenir des grenades, [est] pure [non susceptible d'impureté].

📜 Rachi (4)
ופרכינן ותני תנא מנה בן ארבעים והא מנה ופרס דרב הוא מנה ופרס דקאמר רבי דוסא בכל אחת מנה ופרס ופליגי רבנן עליה דאמרי כל שהן ופירש רב למילתייהו דכל שהן היינו בין כולן מנה ופרס:
Et nous objectons : un tana enseigne [qu']un maneh [vaut] quarante [sela] — or le 'maneh et demi' [mentionné plus haut] est [celui] de Rav : c'est le 'maneh et demi' que dit Rabbi Dossa pour chacune [des callosités] -- un maneh et demi [chacune] ; et les Sages divergent de lui en disant 'la moindre quantité' (kol chéhen), et Rav a expliqué leur propos, [à savoir que] 'la moindre quantité' désigne [au total] entre toutes un maneh et demi.
חמת חדשה של עור שלא גמר תפירתה ושייר בה סדק:
Une hemet neuve — [outre] de cuir dont on n'a pas achevé la couture et où il reste une fente.
אע"פ שמקבלת רמונים שאין בסדק כמוציא רמון:
Bien qu'elle puisse contenir des grenades — car la fente n'a pas la taille [qui laisserait] sortir une grenade.
טהורה שלא נגמרה מלאכתה:
Pure — car son travail n'est pas achevé.
💡 Explication

Reliquat de la sougya précédente sur l'évaluation des callosités, puis la Guemara examine la valeur du maneh (unité de poids) : vaut-il quarante sela ? Une Tossefta de Kelim sert de preuve. Une hemet (outre de cuir) neuve dont la couture n'est pas achevée n'est pas un ustensile abouti : même si elle peut contenir des grenades (volume), elle reste tehora (pure), car son travail n'est pas terminé et elle ne peut contenir de liquide.

2
תפרה ונקרעה – שיעורה כמוציא רמונים. רבי אליעזר בן יעקב אומר: כפקעיות של שתי, אחת מארבע, במנה בן ארבעים סלעים.

[Si] on l'a cousue puis qu'elle s'est déchirée, sa mesure [pour redevenir pure est] comme [un trou laissant] sortir des grenades. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : [la déchirure doit être] comme [le passage] des pelotes de fil de chaîne (chti), une [pelote] sur quatre [au maneh], le maneh [valant] quarante sela.

📜 Rachi (3)
תפרה ונגמרה מלאכתה וחל עליה שם כלי ואח"כ נקרעה כמוציא רמון טהורה אבל מקבלת רמונים טמאה דלא פקע שם כלי מינה עד שתינקב כמוציא רמון כשיעור כל כלי בעלי בתים ששיעורן כרמונים:
[Si] on l'a cousue — son travail est achevé, le statut d'ustensile s'est applique à elle, puis elle s'est déchirée [au point de laisser] sortir une grenade : [elle est] pure ; mais [si elle] peut [seulement] contenir des grenades, [elle est] impure, car le statut d'ustensile ne la quitte pas tant qu'elle n'est pas trouée [au point de laisser] sortir une grenade -- mesure de tout ustensile de propriétaires, dont la mesure est [le passage d']une grenade.
כפקעיות של שתי שיעור קריעת כלי לטהר כשמוציא פקעיות של שתי שזה הוא תשמישתה של חמת ואין דרך להשתמש בה פירות וסתם פקעיות של שתי גדולים עשר סלעים משקלם ארבעה למנה:
Comme les pelotes de fil de chaîne — la mesure de déchirure d'un ustensile pour [le rendre] pur, [c'est] quand il laisse sortir des pelotes de fil de chaîne, car tel est l'usage de la hemet, et l'on n'a pas coutume d'y mettre des fruits ; et des pelotes de fil de chaîne ordinaires [pèsent] dix sela, quatre [d'entre elles font] un maneh.
פקעיות למושיי"ל:
Pelotes (pekâot) — 'lemouchil' [glose en ancien français : pelotes].
💡 Explication

Une fois la hemet cousue, elle devient un ustensile et peut contracter l'impureté. Pour redevenir pure, le trou doit être assez grand pour laisser sortir une grenade -- mesure standard des ustensiles domestiques. Rabbi Eliezer ben Yaakov donne une autre mesure (le passage des pelotes de fil de chaîne) qui suppose explicitement un maneh de quarante sela : cela confirme la valeur du maneh.

3
וכמה נותן לו כו׳. תנא – לא שילבננו ויתננו לו, אלא שילבננו כהן ויעמוד על חמש סלעים.

" Et combien lui donne-t-on, etc. " Un tana enseigne : non pas qu'il [le propriétaire] doive le blanchir [la laine] et le lui donner [blanchi], mais qu'il [donne assez pour que] le cohen le blanchisse et qu'il subsiste cinq sela.

📜 Rachi (1)
תנא הא דקתני מתניתין חמש סלעים מלובן לא שיהא על ישראל מוטל ללבנו אלא אשיעורא קפיד דליתיב ליה בהכרע שכשיתלבן שיהא בו חמש סלעים ונפטרות כל גיזים:
Un tana enseigne — ce que la Michna enseigne, 'cinq sela [de laine] blanchie', non pas qu'il incombe à l'Israélite de la blanchir, mais [le tana] est rigoureux sur la mesure : qu'il lui donne, par estimation, [de quoi], une fois blanchie, faire cinq sela ; et toutes les toisons en sont alors quittes.
⚖️ Rosh (1)
גמ' לאו משום דשני מינין הוו ונמצא שלא שייר המוכר מאותו המין הילכך לוקח חייב. דזכרים ונקבות ודאי חד מינא נינהו. אלא עצה טובה קמ"ל שיקנה המוכר מן הלוקח צמר של שחופות שאינו טוב כמו לבנות. וכן של זכרים. ויתן של זה לעצמו ושל זה לעצמו: תנא לא שילבננו ויחננו לו אלא כל שאילו ילבננו כהן יעמדו על חמשה סלעים כדי לעשות ממנו בגד קטן. אתמר גזז ומכר ראשון ראשון רב חסדא אמר חייב. רב נתן בר אושעיא אמר פטור. רב חסדא אמר חייב כל חדא וחדא צאנך קרינא ביה ורב נתן בר אושעיא אמר פטור בעידנא דמלי שיעורא בעינן צאנך וליכא. תנן הלוקח גז צאנו של עובד כוכבים פטור הא צאנו ליגזז חייב. אמאי הא כל חדא וחדא בתר דגזזה נפקא ליה מרשותיה. תרגמא רב חסדא אליבא דרב נתן בר הושעיא כשהקנם לו כל שלשים יום ונראה דהלכה כרב חסדא דפשטא דמתניתין אתיא כוותיה . ואע"ג דאמר רב נחמן בר יצחק דהאידנא נהוג עלמא כרבי אילעאי בראשית הגז ופרישנא דהוא הדין במתנות הא האריכו רבנן בהלכותיהן משום דרב נחמן בר יצחק לא פסיק בהדיא הלכתא אלא אמר דנהוג עלמא הכי ואי איכא דוכתא דלא נהוג שידעו הלכותיהן: הדרן עלך ראשית הגז
Guemara. Ce n'est pas parce qu'il s'agirait de deux espèces [distinctes], de sorte que le vendeur n'aurait pas gardé [par-devers lui] de cette [même] espèce, et que par conséquent l'acheteur serait tenu [de la première tonte, reshit hâgez]. Car les mâles et les femelles sont assurément une seule et même espèce (had mina). Mais [le tana] nous enseigne (kamachma lan) un bon conseil (etsa tova) : que le vendeur rachète à l'acheteur de la laine des [bêtes] noirâtres (chehoufôt), qui n'est pas aussi bonne que [celle] des blanches ; et de même [pour celle] des mâles. Et qu'il donne [la part] de celle-ci pour elle-même et [la part] de celle-là pour elle-même. Un tana enseigne : non pas qu'il [le propriétaire] doive la blanchir et la lui donner [au cohen déjà blanchie], mais [donner] tout ce qui, si un cohen le blanchissait, subsisterait à hauteur de cinq sela, de quoi en faire un petit vêtement. Il a été dit (itmar) : [celui qui] a tondu et vendu chaque [bête] l'une après l'autre (rishon rishon) — Rav Hisda dit : [il est] obligé (hayav) ; Rav Natan bar Ochaya dit : [il est] exempt (patour). Rav Hisda dit obligé : chacune [des bêtes], nous lisons en elle 'ton petit bétail' (tsonekha). Et Rav Natan bar Ochaya dit exempt : au moment où se complète la mesure (be'idna deqa mali chi'oura), nous exigeons 'ton petit bétail' (tsonekha), et il [n']y [en] a pas. Nous avons appris [dans la Michna] (tenan) : celui qui achète la toison du bétail d'un idolâtre (oved kokhavim) est exempt de la première tonte. [On infère :] mais son bétail [lui-même, acheté] pour le tondre — [il est] obligé. Pourquoi ? Chacune [des bêtes], après l'avoir tondue, sort de son domaine (nafka le miréchoutei) ! Rav Hisda l'a expliqué (targema) selon l'avis (aliba) de Rav Natan bar Hochaya : [dans le cas] où [l'idolâtre] la lui a transférée (chéhiqnam lo) pour la totalité des trente jours. Et il apparaît que la halakha [suit] Rav Hisda, car le sens littéral (pechâta) de la Michna concorde avec son avis (kevatei). Et bien que Rav Nahman bar Yitshak ait dit qu'aujourd'hui le monde à coutume [de suivre] Rabbi Ila'i concernant la première tonte (reshit hâgez), et [que] nous avons expliqué que le même [statut] s'applique aux dons [sacerdotaux, matnot] — malgré cela les Sages (rabbanan) ont développé longuement dans leurs [décisions] halakhiques, parce que Rav Nahman bar Yitshak n'a pas tranché (lo pasik) explicitement la halakha, mais a [seulement] dit que le monde à coutume [d'agir] ainsi ; et [ainsi], s'il est un lieu où l'on n'a pas cette coutume, [les gens] connaîtront leurs [décisions] halakhiques. Hadran alakh Reshit Hâgez [nous sommes revenus sur toi, chapitre Reshit Hâgez].
💡 Explication

Commentaire de la Michna (cinq sela de laine en Judée). Le tana précise : l'Israélite n'est pas tenu de blanchir (laver) la laine lui-même avant de la donner ; il doit seulement donner une quantité de laine sale suffisante pour qu'après lavage par le cohen il en reste cinq sela. L'obligation porte sur la mesure finale nette.

4
כדי לעשות בגד קטן. מנהני מילי? אמר רבי יהושע בן לוי: אמר קרא ״לעמד לשרת״ – דבר שהוא ראוי לשירות. מאי ניהו? אבנט.

" De quoi faire un petit vêtement. " D'où ces choses [sont-elles tirées] ?

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le verset dit 'pour se tenir et servir' (laamod lecharét) — une chose qui convient au service [du Temple]. Qu'est-ce donc ?

La ceinture (avnet).

📜 Rachi (2)
אמר קרא לעמוד לשרת בתר ראשית הגז כתיב כי בו בחר ה' מכל שבטיך לעמוד לשרת:
Le verset dit 'pour se tenir et servir' — après [la mention de] la première tonte il est écrit : 'car c'est lui que l'Éternel a choisi parmi toutes tes tribus pour se tenir et servir'.
מאי ניהו אבנט שהוא קטן שבבגדי כהונה וקים להו לרבנן שיכול לעשות מחמש סלעים צמר שהרי אין כולו צמר אלא כלאים הוא:
Qu'est-ce donc ? La ceinture (avnet) — c'est le plus petit des habits sacerdotaux, et il est établi pour les Sages qu'on peut la faire de cinq sela de laine, car elle n'est pas entièrement de laine mais [un mélange interdit ailleurs] (kilayim).
💡 Explication

Source de la mesure 'un petit vêtement'. Le verset (Deut 18:5), qui suit la mention de la première tonte, dit du cohen qu'il est choisi 'pour se tenir et servir' (laamod lecharét). Rabbi Yehochoua ben Levi en déduit : la laine donnée doit suffire à confectionner une pièce apte au service, c'est-à-dire l'un des habits sacerdotaux. La plus petite est l'avnet (ceinture), faite d'environ cinq sela de laine mélangée.

5
אימא מעיל! תפשת מרובה – לא תפשת, תפשת מועט – תפשת.

Dis [plutôt] : le manteau (meil) ! [Réponse :] [si] tu as saisi le plus, tu n'as rien saisi ; [si] tu as saisi le moins, tu as saisi.

📜 Rachi (1)
תפשת מרובה לא תפשת ברייתא בתורת כהנים גבי זבה (ויקרא טו) ימים רבים ימים שנים רבים שלשה או אינו אלא רבים עשרה אמרת כל ששמעו מרובה ושמעו מועט תפסת מרובה לא תפסת תפסת מועט תפסת הואיל ולא פירש לך איזה מהן יש לך לתפוס הראשון שבמשמע שאם לא נתפוס אלא המרובה אני משיבך מהיכן אתה ממעטו לזה המועט והלא אף הוא במשמע כשתאמר אינה זבה בפחות מעשרה אני אומר לך והלא אף שלשה במשמע וכשתאמר בשלשה ואני משיבך אינו אלא עשרה אתה אומר לי אף השלשה במשמע. וגבי שירות נמי תאמר אבנט ואני משיבך ואימא מעיל אתה אומר לי והלא אף האבנט בכלל שירות ומהיכן אתה ממעטו אבל כשתאמר אין פטור אלא בכדי מעיל אני משיבך והלא אבנט ראוי לשירות וקרא שירות הוא דכתיב:
Si tu as saisi le plus, tu n'as rien saisi — [c'est] une braita dans le Torat Cohanim à propos de la zava (Lev 15) : 'des jours nombreux' -- 'jours', [au moins] deux ; 'nombreux', trois ; ou bien [serait-ce] dix ? Tu dis : pour tout [énoncé] dont la portée [admet] un plus et un moins, [si] tu saisis le plus tu n'as pas saisi, [si] tu saisis le moins tu as saisi ; puisqu'il ne t'a pas précisé lequel des deux, tu dois saisir le premier [le plus petit] de la portée. Car si nous ne saisissions que le plus, je te répondrais : d'où retranches-tu ce petit nombre, qui est lui aussi dans la portée ? Quand tu diras 'elle n'est zava qu'à partir de dix', je te dirai : mais trois sont aussi dans la portée ; et quand tu diras 'trois' et que je te répondrai 'seulement dix', tu me diras 'les trois aussi sont dans la portée'. Et pour le service de même : tu diras 'la ceinture', et je te répondrai 'dis le manteau' ; tu me diras 'mais la ceinture aussi est comprise dans le service, d'où la retranches-tu ?' ; mais quand tu diras 'il n'y a exemption qu'à hauteur d'un manteau', je te répondrai : la ceinture est apte au service et le verset parle bien de service.
💡 Explication

Objection : pourquoi la ceinture et non le meil (manteau), qui exige bien plus de laine ? Réponse par un principe exégétique classique : si tu saisis le plus, tu n'as rien saisi ; si tu saisis le moins, tu as saisi. Devant une ambiguïté, on retient la mesure la plus faible qui satisfait la condition. La ceinture remplit déjà la condition 'apte au service' ; on ne peut donc exiger davantage.

6
ואימא כיפה של צמר, דתניא: כיפה של צמר היתה מונחת בראש כהן גדול, ועליה ציץ נתון, לקיים מה שנאמר: ״ושמת אתו על פתיל תכלת״.

Et dis [plutôt] : la coiffe de laine (kippa chel tzemer) ! Car il est enseigné : une coiffe de laine était posée sur la tête du cohen gadol, et sur elle était placé le tsits, pour accomplir ce qui est dit : 'et tu le mettras sur un cordon d'azur' (oussamtâ oto al petil tekhelet).

📜 Rachi (3)
ואימא כיפה של צמר שהיא מועטת מאבנט ואף היא בכלל שירות כדכתיב (שמות כח) על פתיל תכלת ותכלת עמרא הוא:
Et dis la coiffe de laine — qui est moindre que la ceinture, et qui relève elle aussi du service, comme il est écrit (Ex 28) 'sur un cordon d'azur', et l'azur (tekhelet) est de la laine.
כיפה כובע קטן פלטרי"י:
Coiffe (kippa) — petit bonnet, 'paltérei' [glose en ancien français].
ושמת אותו בציץ:
Et tu le mettras — le tsits.
💡 Explication

Nouvelle objection : pourquoi pas la kippa chel tzemer (coiffe de laine), plus petite que la ceinture ? Une braita atteste qu'une coiffe de laine se posait sur la tête du cohen gadol, le tsits (lame d'or frontale) étant fixé au-dessus par un cordon d'azur (tekhelet, laine teinte). La coiffe est donc aussi 'apte au service' et plus petite.

7
אמר קרא ״הוא ובניו״, דבר השוה לאהרן ולבניו.

Le verset dit 'lui et ses fils' (hou ouvânav) — [donc] une chose égale [commune] à Aharon et à ses fils.

📜 Rachi (2)
אמר קרא גבי שירות דראשית הגז:
Le verset dit — à propos du service [lié à] la première tonte.
הוא ובניו וציץ אינו בכהן הדיוט:
Lui et ses fils — or le tsits n'est pas [porté] par le cohen simple.
💡 Explication

Réponse : le même verset poursuit 'lui et ses fils' (Deut 18:5), enseignant qu'il s'agit d'un vêtement commun au cohen gadol (Aharon) et aux cohanim simples (ses fils). Or la coiffe et le tsits ne sont portés que par le cohen gadol. La mesure doit donc correspondre à un habit que tous portent — ce qui écarte la coiffe.

8
אבנט נמי לא שוי. הניחא למאן דאמר אבנטו של כהן גדול לא זהו אבנטו של כהן הדיוט – שפיר.

La ceinture non plus n'est pas égale [pour tous] ! [La Guemara répond :] cela va bien pour celui qui dit que la ceinture du cohen gadol [à Kippour] n'est pas celle du cohen simple — c'est très bien.

📜 Rachi (3)
הניחא למ"ד אבנטו של כהן גדול ביום הכפורים שהוא בוץ כדכתיב (ויקרא טז) ובאבנט בד יחגור:
Cela va bien pour celui qui dit 'la ceinture du cohen gadol' — à Yom Kippour, qui est de lin (boutz), comme il est écrit (Lev 16) 'et il se ceindra d'une ceinture de lin'.
לא זהו אבנטו של כהן הדיוט של כל השנה דהא הוא הואי של כלאים כדכתיב (שמות לט) ואת האבנט שש משזר תכלת וגו' וכי כתיב אבנט דכלאים בין בכהן גדול בין בכהן הדיוט דכל השנה כתיב:
N'est pas celle du cohen simple — [celle] de toute l'année, car celle-ci était de kilayim, comme il est écrit (Ex 39) 'et la ceinture de fin lin retors, azur...' ; et quand il est écrit 'ceinture de kilayim', [c'est] tant pour le cohen gadol que pour le cohen simple [le reste] de l'année.
שפיר משכחת שוין אהרן ובניו באבנט של צמר כגון של שאר ימות השנה:
C'est très bien — on trouve [un cas où] Aharon et ses fils sont égaux quant à la ceinture de laine, par exemple celle du reste des jours de l'année.
🗂️ Tossefot (1)
הכי גרסינן הניחא למאן דאמר לא זהו אבנטו כו' כדמוכח בפ"ק דיומא (דף יב.)
On lit ainsi : 'cela va bien pour celui qui dit que ce n'est pas sa ceinture, etc.' — comme cela ressort au premier chapitre de Yoma (12a).
💡 Explication

Difficulté : la ceinture elle-même n'est pas identique pour tous, car le cohen gadol portait à Yom Kippour une ceinture de lin (boutz). La réponse dépend d'une mahloket : selon l'avis qui dit que la ceinture de lin du cohen gadol à Kippour diffère de celle du cohen simple, alors la ceinture de laine (kilayim) portée le reste de l'année est commune au cohen gadol et aux cohanim simples — pas de problème.

9
אלא למאן דאמר זהו אבנטו של כהן הדיוט, מאי איכא למימר? שם אבנט בעולם.

Mais pour celui qui dit que c'est [bien] la ceinture du cohen simple, qu'y a-t-il à dire ? [Réponse :] le nom 'ceinture' existe [pour tous] dans le monde.

📜 Rachi (2)
אלא למ"ד אבנטו של כהן גדול ביום הכפורים כשר הוא בהדיוט כל השנה דכי כתיב אבנט בכלאים גבי פרשת בגדי כהונה בכהן גדול הוא דכתיב אבל בכהן הדיוט כולו של בוץ א"כ לא משכחת צמר באבנט של הדיוט ואמאי משערת ראשית הגז באבנט הא לא שוין בה אהרן ובניו שהצמר אינו ראוי לשירות הדיוט:
Mais pour celui qui dit — [que] la ceinture du cohen gadol à Yom Kippour est valable pour le simple toute l'année, car lorsqu'il est écrit 'ceinture de kilayim' dans la section des habits sacerdotaux, c'est au sujet du cohen gadol ; mais le cohen simple [a une ceinture] entièrement de lin ; si tel est le cas, on ne trouve pas de laine dans la ceinture du cohen simple, alors pourquoi évaluer la première tonte par la ceinture ? Aharon et ses fils n'y sont pas égaux, puisque la laine ne convient pas au service du cohen simple.
שם אבנט אע"ג דאין צמר בשירות הדיוטות הרי ראוי לשירות כ"ג ואי משום הוא ובניו הכי קאמר דברים הראויין לאבנט שהרי אבנט נוהגת בו ובבניו:
Le nom 'ceinture' — bien qu'il n'y ait pas de laine dans le service des cohanim simples, elle est tout de même apte au service du cohen gadol ; et quant à 'lui et ses fils', voici le sens : des choses aptes à une ceinture, car la ceinture est en usage chez lui et chez ses fils.
💡 Explication

Selon l'autre avis — la ceinture de lin du cohen gadol à Kippour est identique à celle du cohen simple — alors la ceinture de kilayim (laine) n'est portée que par le cohen gadol le reste de l'année, et la difficulté demeure. Réponse : même si la laine ne sert pas à tous, le nom générique 'ceinture' s'applique à tous les cohanim (chacun porte une ceinture), alors qu'aucune coiffe n'est portée par le cohen simple. Cela suffit pour 'lui et ses fils'.

10
לא הספיק ליתנו וכו׳. איתמר: גזז ומכר ראשונה, רב חסדא אמר: חייב, רבי נתן בר הושעיא אמר: פטור.

" Il n'a pas eu le temps de le donner [qu'il l'a teint, il est exempt], etc. " Il a été dit : [celui qui] a tondu et vendu la première [brebis avant de tondre la suivante, ainsi de suite], Rav Hisda dit : [il est] obligé ; Rabbi Natan bar Hochaya dit : [il est] exempt.

📜 Rachi (3)
מכר לו שחופות כו' הא אוקימנא עצה טובה קמ"ל דאע"ג ששייר לעצמו מן הטוב יקנה מן הלוקח ממין הרעות אחד מששים ויתן לו:
[S'il] lui a vendu des [bêtes] noirâtres, etc. — nous l'avons déjà établi : [le tana] nous enseigne un bon conseil, [à savoir] que, bien qu'il ait gardé pour lui de la [laine] bonne, il rachètera à l'acheteur, parmi les [laines] mauvaises, un soixantième, et le donnera [au cohen].
גזז ומכר ראשונה ראשונה היה מוכר לאחר גיזתה מיד קודם שצירף חמש גיזין:
[Qui] a tondu et vendu la première — il vendait la première après sa tonte, aussitôt, avant de réunir cinq toisons.
חייב בראשית הגז דגז צאנך אמר רחמנא והא איכא דבשעת גיזה כל אחת היתה שלו:
Obligé — à la première tonte, car le Miséricordieux a dit 'la toison de ton petit bétail' (gez tzônékha), et voici qu'au moment de la tonte chacune était sienne.
💡 Explication

Commentaire de la Michna (laine teinte avant d'être donnée : exempt ; achat de la toison d'un non-Juif : exempt). Puis une mahloket amoraique sur un cas précis : un homme possède cinq brebis, mais il tond chacune et la vend aussitôt, avant de tondre la suivante. À la fin il détient cinq toisons (de quoi obliger la première tonte) mais ne possède plus les bêtes. Rav Hisda : obligé. Rabbi Natan bar Hochaya : exempt.

11
רב חסדא אמר חייב, דהא גזז. רבי נתן בר הושעיא אמר פטור, בעידנא דקא מלא שיעורא בעינן ״צאנך״, וליכא.

Rav Hisda dit obligé, car il les a [bien] tondues. Rabbi Natan bar Hochaya dit exempt : au moment où se complète la mesure, nous exigeons 'ton petit bétail' (tzônékha), et il [n']y [en] a pas.

📜 Rachi (1)
בעידנא דקא מלי שיעורא דחמש צאן שעל ידי גיזה החמישית הוא מתחייב בארבעה ראשונות וההיא שעתא לא הוו מצאן שלו:
Au moment où se complète la mesure — des cinq brebis : c'est par la cinquième tonte qu'il s'oblige pour les quatre premières, et à cet instant-là elles n'étaient plus de son petit bétail.
💡 Explication

Explicitation. Rav Hisda : l'obligation se rattache à chaque tonte, et à ce moment-là la bête était sienne ('ton petit bétail'). Rabbi Natan bar Hochaya : l'obligation ne naît qu'au moment où la mesure de cinq toisons se complète (à la cinquième tonte, qui rend l'ensemble obligatoire) ; or à ce moment-là les quatre premières bêtes ne sont plus à lui — 'tzônékha' fait défaut.

12
תנן: הלוקח גז צאנו של גוי, פטור מראשית הגז. הא צאנו לגזוז – חייב. אמאי? כל חד וחד בתר גיזה נפקא לה מרשותיה!

Nous avons appris [dans la Michna] : celui qui achète la toison du bétail d'un non-Juif est exempt de la première tonte. [On infère :] mais son bétail [lui-même, acheté] pour le tondre — [il est] obligé.

Pourquoi ? Chacune [des bêtes], après la tonte, sort de son domaine [puisqu'il la rend au non-Juif] !

📜 Rachi (4)
תנן הלוקח צאנו של עובד כוכבים אפילו עד שלא נגזזה וגזזה פטור הלוקח דלאו צאנו הוא:
Nous avons appris : celui qui achète le bétail d'un non-Juif — même avant qu'elle ne soit tondue et [qu']il l'ait tondue, l'acheteur est exempt, car ce n'est pas 'son petit bétail'.
הא צאנו לגזוז שמכר לו גוף הצאן זה קנה לו הגוף עד שגזז:
Mais son bétail pour le tondre — [s'il] lui a vendu le corps des bêtes, celui-ci [l'acheteur] en a acquis le corps jusqu'à la tonte.
חייב דצאנך קרינא ביה:
Obligé — car nous lisons en lui 'ton petit bétail' (tzônékha).
כל חדא וחדא בתר גיזה נפק מרשותיה וקתני חייב אלמא בתר שעת גיזה דכל חדא אזלינן:
Chacune, après la tonte, sort de son domaine — et il enseigne [pourtant] 'obligé' ; donc on suit le moment de la tonte de chacune.
💡 Explication

Objection contre Rabbi Natan bar Hochaya, depuis la Michna (135a). 'Acheter la toison du bétail d'un non-Juif' est exempt (il n'a acheté que la laine). On infère a contrario : acheter le bétail du non-Juif pour le tondre (puis le lui rendre) oblige, car les bêtes étaient siennes à la tonte. Mais pourquoi obliger ? Chaque bête, une fois tondue, sort de son domaine (rendue au non-Juif) avant que les cinq toisons soient réunies — exactement le cas que Rabbi Natan déclarait exempt !

13
תרגמא רב חסדא אליבא דרבי נתן בר הושעיא: כגון שהקנן לו כל שלשים יום.

Rav Hisda a expliqué [la Michna] selon Rabbi Natan bar Hochaya : par exemple [le cas] où [le non-Juif] lui a transféré [la propriété des bêtes] pour la totalité des trente jours [de la tonte].

📜 Rachi (1)
כל שלושים יום לאו דוקא אלא שיהו כל הגופים קנויין לו עד תשלום כל הגיזים:
Pour la totalité des trente jours — non pas [exactement] trente, mais [il faut] que tous les corps lui soient acquis jusqu'à l'achèvement de toutes les toisons.
💡 Explication

Rav Hisda harmonise la Michna avec l'avis de Rabbi Natan : la Michna parle d'un cas où le non-Juif a transféré la propriété des bêtes au Juif pour toute la durée de la tonte. Ainsi il en reste propriétaire même après avoir tondu, et 'ton petit bétail' s'applique bien au moment où l'obligation prend effet (la cinquième toison).

14
הלוקח גז צאנו של חבירו כו׳. מאן תנא דהיכא דאיכא שיורא גבי מוכר, בתר מוכר אזלינן?

" Celui qui achète la toison du bétail de son compagnon [un Juif], etc. " Quel est le tana qui enseigne que, là où il y a un reliquat chez le vendeur, on suit le vendeur [pour l'obligation] ?

📜 Rachi (1)
בתר מוכר אזלינן למיתב אכולהו:
On suit le vendeur — pour donner [la première tonte] sur l'ensemble.
💡 Explication

Commentaire de la Michna : qui achète la toison d'un autre Juif -- si le vendeur a gardé une part de laine, c'est lui qui est tenu de la première tonte ; sinon, c'est l'acheteur. La Guemara cherche l'auteur (tana) de ce principe : lorsqu'il subsiste de la laine chez le vendeur, l'obligation pesant sur tout retombe sur lui.

15
אמר רב חסדא: רבי יהודה היא, דתנן: המוכר קלחי אילן בתוך שדהו – נותן פאה לכל אחד ואחד.

Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yehouda, car nous avons appris : celui qui vend des troncs d'arbres au milieu de son champ [pour qu'on les arrache] donne la pea pour chacun [des arbres].

📜 Rachi (2)
קלחי אילן אילנות עצמן לקח עם פירותיהן. להכי נקט לשון קלחי שאין שדה זו שדה אילן אלא שדה לבן וגדלו בה שנים או שלשה אילנות ומכרן:
Des troncs d'arbres — il a acheté les arbres eux-mêmes avec leurs fruits. [La Michna] emploie le terme 'troncs' parce que ce champ n'est pas un verger mais un champ de céréales (sade lavan) où ont poussé deux ou trois arbres, qu'il a vendus.
נותן לוקח פאה מכל אילן ואילן כדכתיב (דברים כד) לא תפאר אחריך ואין אחד מהם פוטר את חבירו הואיל ואין השדה שלו שאם היתה שדה שלו היה נותן מאחד על כולן:
Donne — l'acheteur [donne] une pea pour chaque arbre, comme il est écrit (Deut 24) 'tu n'iras pas le dépouiller derrière toi' ; et aucun [arbre] n'exempte l'autre, puisque le champ n'est pas à lui — car si le champ était à lui, il donnerait [une pea] unique pour tous.
💡 Explication

Rav Hisda attribue le principe à Rabbi Yehouda, via une Michna de Pea (3:5). Qui vend quelques arbres fruitiers (troncs) plantés dans son champ — sans vendre le champ — pour que l'acheteur les arrache : l'acheteur donne une pea séparée pour chaque arbre, car le champ (non à lui) ne les unifie pas en un seul ensemble pour la pea.

16
אמר רבי יהודה: אימתי? בזמן שלא שייר בעל השדה, אבל שייר בעל השדה – נותן פאה על הכל.

Rabbi Yehouda a dit : quand [cela] ? Lorsque le propriétaire du champ n'a rien gardé ; mais si le propriétaire du champ a gardé [un arbre], il donne la pea pour le tout.

📜 Rachi (2)
אימתי בזמן שלא שייר בעל השדה שום אילן בשדה לעצמו:
Quand ? Lorsque le propriétaire du champ n'a rien gardé — aucun arbre dans le champ pour lui-même.
אבל שייר אחד לעצמו רמיא כולה חיובו עליה ונותן פאה בקרקע בזרעים לעניים ופוטר את כל האילנות. אלמא היכא דאיכא שיורא כולה חיובא רמיא עליה דאי לאו עליה רמיא היכי פטר בפאה דידיה אילנות של אחרים:
Mais s'il a gardé — un [arbre] pour lui, toute l'obligation retombe sur lui, et il donne la pea sur le sol [à partir] des céréales pour les pauvres, et il exempte tous les arbres. On voit donc que là où il y a un reliquat, toute l'obligation pèse sur lui ; car si elle ne pesait pas sur lui, comment exempterait-il par sa propre pea les arbres d'autrui ?
💡 Explication

Suite de la Michna de Pea : Rabbi Yehouda nuance. L'acheteur donne pea pour chaque arbre seulement si le propriétaire du champ n'a gardé aucun arbre. Mais s'il a gardé au moins un arbre pour lui, c'est le propriétaire qui donne la pea pour l'ensemble. C'est le parallèle exact du principe de la première tonte : un reliquat chez le vendeur fait peser l'obligation sur lui.

17
אמר ליה רבא: והא מר הוא דאמר, והוא שהתחיל בעל השדה לקצור!

Rava lui dit : mais c'est toi-même qui as dit [à propos de cette Michna] : 'et [seulement] lorsque le propriétaire du champ a commencé à moissonner' !

📜 Rachi (1)
והוא שהתחיל בעל הבית לקצור הזרעים קודם מכירת האילנות דמההיא שעתא מיחייב בפאה ופאה דידיה דההיא שעתא חזיא למפטר כולה שדה ומיהו כי לא שייר מידי אסתלק מדין פירות אילנות ואין פאת זרעים פוטרתן וכי שייר דאכתי שייר בפירות אילנות לא נפק מחיובא קמא והוה ליה כדמעיקרא:
Et lorsque le propriétaire a commencé à moissonner — les céréales avant la vente des arbres, car dès cet instant il s'oblige à la pea, et sa pea de cet instant est apte à exempter tout le champ ; toutefois, s'il n'a rien gardé, il s'est dégagé du régime des fruits des arbres et la pea des céréales ne les exempte pas ; mais s'il a gardé [un arbre], puisqu'il a encore une part dans les fruits des arbres, il n'est pas sorti de son obligation première, et il en va comme au début [il donne pour tout].
💡 Explication

Rava objecte à Rav Hisda : toi-même tu as enseigné que la règle de Rabbi Yehouda (le propriétaire donne pea pour tout s'il a gardé un arbre) ne vaut que s'il avait déjà commencé à moissonner avant de vendre les arbres. À ce moment-là l'obligation de pea lui incombait déjà. Or pour la première tonte, l'obligation ne naît qu'après avoir vendu les bêtes -- le parallèle ne tient pas.

18
וכי תימא הכי נמי והוא שהתחיל לגזוז – בשלמא התם, ״ובקצרכם את קציר ארצכם״ כתיב, מעידנא דאתחיל לקצור מיחייב בכולה שדה, אלא הכא, מעידנא דאתחיל למיגז לא מיחייב בכוליה עדריה!

Et si tu dis : ici aussi [c'est] lorsqu'il a commencé à tondre — [ce n'est pas pareil]. Soit !

Là-bas, il est écrit 'et quand vous moissonnerez la moisson de votre terre' (ouvkotzrekhem et ketzir artzekhem) : dès l'instant où il a commencé à moissonner, il s'oblige pour tout le champ ; mais ici, dès l'instant où il a commencé à tondre, il ne s'oblige pas pour tout son troupeau !

📜 Rachi (2)
ובקצרכם משמע מתחלת קצירה:
'Et quand vous moissonnerez' — [cela] implique [l'obligation] des le début de la moisson.
לא מיחייב בכוליה עדריה דלא כתיב בגזזכם אלא גז צאנכם לאחר שנקרא גז צאן:
Il ne s'oblige pas pour tout son troupeau — car il n'est pas écrit 'quand vous tondrez' mais 'la toison de votre petit bétail' (gez tzonekhem), après qu'elle est appelée 'toison de petit bétail'.
💡 Explication

Réfutation du parallèle. Si l'on disait : pour la première tonte aussi, la règle ne vaut que s'il avait commencé à tondre avant de vendre -- cela ne marche pas. Pour la pea, le verset 'et quand vous moissonnerez la moisson de votre terre' (Lev 19:9) crée l'obligation dès le début de la moisson pour tout le champ. Mais pour la tonte, aucun verset n'oblige dès le début pour tout le troupeau : l'obligation ne porte que sur la laine déjà appelée 'gez tzon'. Le tana ne peut donc être Rabbi Yehouda.

19
אלא אמר רבא: האי תנא הוא, דתנן: אמר לו ״מכור לי בני מעיה של פרה זו״, והיו בהן מתנות – נותנן לכהן, ואין מנכה לו מן הדמים. לקח ממנו במשקל – נותנן לכהן ומנכה לו מן הדמים.

Plutôt, Rava a dit : c'est ce tana[-ci], car nous avons appris : [si quelqu'un] lui dit 'vends-moi les entrailles de cette vache' et qu'il s'y trouvait des dons [du cohen] — il les donne au cohen et ne déduit rien du prix. [S'il] les a achetés de lui au poids — il les donne au cohen et déduit du prix.

📜 Rachi (4)
אלא אמר רבא טעמא דמתני' משום דאין אדם רשאי להפקיע ממונו מיד מצוה ולמכור גיזיו כדי שיהא גז של אחד וצאן של אחר לפוטרן דלא קרינא ביה גז צאנך אלא כי קא מזבין לא קמזבין מתנות דכהן הילכך כי שייר מידי איכא למימר מדלא פריש מוכר ללוקח חוץ ממתנותיו של כהן ודאי הכל מכר לו ושייר אצלו את מתן הכהן ואמר לוקח למוכר מתנה דכהן גבך היא וכי לא שייר חייב הלוקח ולא משום דחיוב המצוה עליה דלאו צאנך הוא אלא משום דזה לא מכר לו חלקו של כהן:
Plutôt, Rava a dit — la raison de la Michna [tient à ce que] nul n'est en droit de soustraire son bien à l'emprise de la mitsva et de vendre ses toisons pour que la toison soit à l'un et le bétail à l'autre afin de les exempter, [cas] où nous ne lirions pas 'la toison de ton petit bétail' ; mais [en réalité], lorsqu'il vend, il ne vend pas les dons du cohen ; dès lors, quand il a gardé quelque chose, on peut dire : puisque le vendeur n'a pas précisé à l'acheteur 'hormis les dons du cohen', assurément il lui a tout vendu et a gardé par-devers lui le don du cohen, et l'acheteur dit au vendeur 'le don du cohen est chez toi' ; et quand il n'a rien gardé, l'acheteur est obligé -- non parce que l'obligation de la mitsva pèse sur lui (car ce n'est pas 'son petit bétail'), mais parce que celui-là [le vendeur] ne lui a pas vendu la part du cohen.
נותנו לוקח לכהן ואין הטבח מנכה לו כלום לפי שלא מכר לו את המתנות מסתמא:
Il les donne — l'acheteur [les donne] au cohen, et le boucher ne lui déduit rien, car il ne lui a pas vendu les dons, par présomption.
לקח הימנו במשקל דהשתא ודאי זבין ליה:
[S'il] les a achetés de lui au poids — car alors assurément il les lui a [bien] vendus.
מנכה לו מן הדמים משנשחטה זכו הכהנים במתנותיהן והדין על הטבח. וגבי ראשית הגז ודאי אם פירש לו הכל אני מוכר לך אין כאן לכהן כלום על זה הואיל ועד שלא נגזזה נמכרה לא חל עליה חובת ראשית הגז דלא קרינא ביה גז צאנך וטעמא דמתני' משום דלא זבניה ולטעמיה דרב חסדא אפילו פריש ליה יהיב ליה ולאו מילתא היא:
Il déduit du prix — dès l'abattage les cohanim ont acquis leurs dons, et la responsabilité incombe au boucher. Et pour la première tonte assurément : s'il lui a précisé 'je te vends tout', le cohen n'a rien sur celui-là, puisqu'avant la tonte la [laine] a été vendue et que l'obligation de la première tonte n'a pas pris sur elle, car nous ne lisons pas 'la toison de ton petit bétail' ; et la raison de la Michna [tient à ce] qu'il ne l'a pas [réellement] vendue [le don]. Mais selon le raisonnement de Rav Hisda, même s'il avait précisé, il [le] lui donnerait -- et ce n'est pas exact.
💡 Explication

Rava identifie autrement le tana : c'est celui de la Michna sur les dons sacerdotaux (132a). Qui demande 'vends-moi les entrailles de cette vache' et qu'y figure un don du cohen (la caillette) : il le donne au cohen sans rien déduire du prix (on suppose que le don n'était pas inclus dans la vente). Mais s'il a acheté au poids, il déduit la valeur du don (le poids l'incluait, mais les cohanim y avaient droit dès l'abattage). Le principe sous-jacent -- nul ne peut soustraire son bien à la mitsva par une vente -- explique aussi la Michna sur la toison.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).