Chullin 138b — fin de Reshit Hagez ; début de Chilouah HaKen (renvoyer la mère du nid)

Chullin 138b

Sougya : Le daf achève le chapitre Reshit Hagez par le principe de Rava (nul ne peut soustraire son bien à la mitsva : selon que le vendeur a gardé ou non de la laine, c'est lui ou l'acheteur qui doit le don au cohen), puis ouvre le chapitre Chilouah HaKen. La Michna pose le commandement de renvoyer la mère du nid avant de prendre oisillons ou œufs (Deut 22:6-7) : il vaut en Terre d'Israël et hors d'Israël, du vivant du Temple ou non, sur le profane mais pas sur les bêtes consacrées ; il ne concerne que l'oiseau, et seulement l'oiseau 'non disponible' (chee mezouman).

Rabbi Avin et Rabbi Meyacha expliquent pourquoi les michnayot du traité répètent ces formules (en Israël/hors, devant/hors le Temple, profane/consacré), avec leurs exceptions respectives. Enfin la Guemara fonde l'exemption des oiseaux consacrés sur 'tu renverras' (chaléa-h techaléa-h) : seul ce que l'on est commandé de renvoyer ; ce qui doit aller au trésorier (gizbar) ou, selon Ravina, au tribunal (oiseau ayant tué) en est exclu.

Portée de chilouah haken (renvoi de la mère du nid) Deut 22:6-7 : ne pas prendre la mère avec les petits ; la renvoyer d'abord S'APPLIQUE en Terre d'Israël et hors d'Israël ; du vivant NE S'APPLIQUE PAS aux oiseaux consacrés (mouqdachin) et hors du Temple ; sur le profane (houlin) Comparaison avec kissouy hadam (couvrir le sang) kissouy : bête sauvage ET oiseau, disponible (mezouman) ET non disponible chilouah : oiseau seulement, et seulement non disponible (chee mezouman) verset 'ki yikare' (si tu RENCONTRES) -> exclut ce qui est déjà à toi (nid dans la maison) Exclus : oie/poule du verger revenues sauvages = non disponibles -> OBLIGÉ Nichant dans la maison ou pigeons domestiques (hardisaot) -> EXEMPT
Segments 2-3 : portée de chilouah haken et sa comparaison avec kissouy hadam (couvrir le sang) ; ce qui exempte (oiseaux disponibles, impurs).
R. Avin et R. Meyacha : pourquoi nos michnayot répètent ces formules ? Formule En général Exception (a besoin) 'en Israël et hors' superflu (mitsva du corps) reshit hagez (contre R. Ilai) 'devant/hors le Temple' superflu (vaut après la destruction) oto veet beno (écrit chez les qodachim) 'profane et consacré' nécessaire (enseigné une différence) guid hanache (superflu : évident) Pour le guid : on l'avait rattaché aux 'rejetons de consacrés' (oldot qodachim) pour enseigner que l'interdit du guid s'ajoute. Réponse : pas besoin -- 'consacré' n'est répété que par symétrie avec oto veet beno, où la mention était, elle, nécessaire.
Segments 4-8 : la lecture de Rabbi Avin et Rabbi Meyacha des trois formules répétées dans les michnayot du traité, et leurs exceptions.
1
אלמא מתנות דכהן לא מזבין איניש, הכא נמי מתנות דכהן לא מזבין איניש. הלכך: שייר המוכר – מוכר חייב, דאמר ליה לוקח: ״מתנה דכהן גבך היא״. לא שייר – לוקח חייב, דאמר ליה מוכר: ״מתנה דכהן לא זבני לך״.

Il en ressort donc qu'une personne ne vend pas les dons du cohen ; ici aussi [pour la première tonte], une personne ne vend pas les dons du cohen. Dès lors : [si] le vendeur a gardé [de la laine] — le vendeur est obligé, car l'acheteur peut lui dire : 'le don du cohen est chez toi'.

[S'il] n'a rien gardé — l'acheteur est obligé, car le vendeur peut lui dire : 'le don du cohen, je ne te l'ai pas vendu'.

🗂️ Tossefot (1)
אלמא מתנות דכהן לא מזבני אינשי פירוש לא מזבני כמו לא זבני דכי היכי דכשלקח ממנו במשקל מנכה לו משום דכשאמר ליה מכור לי ליטרא בשר לא רצה לקנות מתנות ה"נ מתני' שייר אצל מוכר הוי כלוקח הימנו במשקל ולא זבין מתנה דכהן אבל בשלא שייר כלום לא שייך לומר לא זבין שהרי קנה הכל ומיהו הא דקאמר דא"ל מוכר מתנה דכהן לא זבני לך לא א"ש:
Il en ressort qu'une personne ne vend pas les dons du cohen — c'est-à-dire 'ne vend pas' au sens de 'n'a pas vendu' : de même que lorsqu'il les a achetés au poids il [le vendeur] lui déduit [la valeur], parce que, lorsqu'il a dit 'vends-moi une livre de viande', il n'a pas voulu acheter les dons -- de même ici, dans notre Michna, [ce que] le vendeur a gardé par-devers lui revient au [statut de] 'acheté au poids' et le don du cohen n'a pas été vendu ; mais lorsqu'il n'a rien gardé, on ne peut dire 'il n'a pas vendu', puisqu'il a tout acheté ; toutefois, ce que [la Guemara] dit, [à savoir] que le vendeur lui dit 'le don du cohen, je ne te l'ai pas vendu', n'est pas tout à fait clair.
💡 Explication

Conclusion du raisonnement de Rava (suite de 138a). On infère de la Michna sur les entrailles que nul ne vend les dons du cohen. Appliquant à la première tonte : si le vendeur a gardé de la laine, c'est lui le redevable (l'acheteur lui dit : le don est resté chez toi) ; s'il n'a rien gardé, c'est l'acheteur (le vendeur lui dit : je ne t'ai pas vendu la part du cohen).

2
הדרן עלך ראשית הגז.

Nous revenons sur toi, [chapitre] Reshit Hagez. [Fin du chapitre.]

💡 Explication

Formule de clôture (Hadran) marquant la fin du chapitre Reshit Hagez (la première tonte). S'ouvre ensuite le chapitre Chilouah HaKen (le renvoi de la mère du nid).

3
מתני׳ שילוח הקן נוהג בארץ ובחוצה לארץ, בפני הבית ושלא בפני הבית, בחולין אבל לא במוקדשין. חומר בכסוי הדם משילוח הקן, שכסוי הדם נוהג בחיה ובעוף, במזומן ובשאין מזומן, ושילוח הקן אינו נוהג אלא בעוף, ואינו נוהג אלא בשאינו מזומן.

MICHNA. Le renvoi du nid (chilouah haken) s'applique en Terre [d'Israël] et hors de la Terre, du vivant du Temple et hors [la présence] du Temple, sur le profane (houlin) mais non sur les choses consacrées (mouqdachin).

Il y a [une] rigueur dans le fait de couvrir le sang (kissouy hadam) par rapport au renvoi du nid : car couvrir le sang s'applique à la bête sauvage (haya) et à l'oiseau, [à la bête] disponible (mezouman) et [à celle] non disponible ; tandis que le renvoi du nid ne s'applique qu'à l'oiseau, et ne s'applique qu'à [l'oiseau] non disponible.

📜 Rachi (3)
מתני' שילוח הקן:
MICHNA. Le renvoi du nid.
אבל לא במוקדשין בגמ' מפרש היכי דמי מוקדשין:
Mais non sur les consacrées — dans la Guemara on explique de quel cas de [bêtes] consacrées il s'agit.
ואינו נוהג אלא בשאינו מזומן דכתיב (דברים כב) כי יקרא:
Et ne s'applique qu'à [l'oiseau] non disponible — car il est écrit (Deut 22) 'si tu rencontres' (ki yikare).
🗂️ Tossefot (1)
מתני' שילוח הקן:
MICHNA. Le renvoi du nid.
⚖️ Rosh (1)
שילוח הקן נוהג בארץ ובחוצה לארץ בפני הבית ושלא בפני הבית בחולין ולא במוקדשין. חומר בכסוי הדם משילוח הקן שכיסוי הדם נוהג בחיה ובעוף במזומן ושאינו מזומן ושילוח הקן אינו נוהג אלא בעוף ואינו נוהג אלא בשאינו מזומן ואיזהו שאינו מזומן כגון אווזין ותרנגולין שקננו בפרדס. קננו בבית וכן יוני הרדסיאות פטור מלשלח:
Le renvoi du nid (chilouah haken) s'applique en Terre [d'Israël] et hors de la Terre, du vivant du Temple (bifnei habayit) et hors [la présence] du Temple, sur le profane (houlin) mais non sur les choses consacrées (mouqdachin). [Il y a une] rigueur (homer) dans le fait de couvrir le sang (kissouy hadam) par rapport au renvoi du nid : car couvrir le sang s'applique à la bête sauvage (haya) et à l'oiseau (of), [à la bête] disponible (mezouman) et [à celle] non disponible ; tandis que le renvoi du nid ne s'applique qu'à l'oiseau, et ne s'applique qu'à [l'oiseau] non disponible. Et qu'est-ce qui n'est pas disponible ? Par exemple des oies ou des poules qui ont niche dans le verger (pardes). [Mais si] elles ont niche dans la maison, et de même les pigeons domestiques (yonéi hardisaot) — [on est] exempt (patour) du renvoi.
💡 Explication

Michna d'ouverture. La mitsva de chilouah haken (Deut 22:6-7 : avant de prendre oisillons ou œufs, renvoyer la mère) vaut partout, en tout temps, sur le profane mais non sur les bêtes consacrées. Comparaison avec kissouy hadam (couvrir le sang d'une bête égorgée) : celui-ci est plus large -- il vaut pour la bête sauvage et l'oiseau, qu'ils soient disponibles (mezouman : sous la main, domestiques) ou non. Le renvoi du nid, lui, ne concerne que l'oiseau et seulement l'oiseau non disponible (qu'on rencontre, sauvage).

4
איזהו שאינו מזומן? כגון אווזין ותרנגולים שקננו בפרדס, אבל אם קננו בבית, וכן יוני הרדסיאות – פטור משילוח. עוף טמא – פטור מלשלח, עוף טמא רובץ על ביצי עוף טהור, וטהור רובץ על ביצי עוף טמא – פטור מלשלח. קורא זכר – רבי אליעזר מחייב, וחכמים פוטרין.

Qu'est-ce qui n'est pas disponible ? Par exemple des oies ou des poules qui ont niche dans le verger (pardes) ; mais si elles ont niche dans la maison, et de même les pigeons domestiques (yonéi hardisaot) — [on est] exempt du renvoi.

Un oiseau impur — exempt du renvoi. Un oiseau impur couvant des œufs d'oiseau pur, et un [oiseau] pur couvant des œufs d'oiseau impur — exempt du renvoi.

Un coq de bruyère mâle (korei zakhar) : Rabbi Eliezer oblige, et les Sages exemptent.

📜 Rachi (8)
שקננו בפרדס שמרדו ויצאו מן הבית ואין חוזרות לבית ונעשו מדבריות ופרדס לאו מזומן הוא שיכולים הם לברוח אבל אם בבית קננו פטור:
Qui ont niche dans le verger — qui se sont rebellées et ont quitté la maison sans y revenir, devenues sauvages ; et le verger n'est pas 'disponible', car elles peuvent s'enfuir ; mais si elles ont niche dans la maison, [on est] exempt.
קננו בתוך הבית שלא מרדו:
Qui ont niche dans la maison — sans s'être rebellées.
וכן יוני הרדסיאות שדרכם ליגדל עם בני אדם פטור:
Et de même les pigeons domestiques — dont l'usage est de croître avec les humains : exempt.
עוף טמא פטור כדמפרש בגמרא צפור טהורה ולא טמאה:
Un oiseau impur exempt — comme expliqué dans la Guemara : 'un oiseau pur' (tsipor tehora) et non impur.
עוף טמא רובץ על ביצי עוף טהור אע"ג דמינא דאפרוח בר שילוח הוא:
Un oiseau impur couvant des œufs d'oiseau pur — bien que, par l'espèce du poussin [à naître], il y aurait lieu au renvoi.
פטור דקן צפור בעינן שתהא האם המקננת צפור טהורה. ועוף טהור הרובץ על ביצי עוף טמא נמי אע"ג דקן צפור הוא פטור כדמפרש בגמרא ואת הבנים תקח לך ולא לכלביך ובגמרא פריך מכלל דעוף טהור הרובץ על ביצי מין אחר כמותו טהור חייב:
Exempt — car nous exigeons 'un nid d'oiseau [pur]' (ken tsipor) : que la mère qui niche soit un oiseau pur. Et l'oiseau pur couvant des œufs d'oiseau impur, lui aussi, bien que ce soit un nid d'oiseau, [on est] exempt, comme expliqué dans la Guemara : 'et les enfants tu prendras pour toi' -- et non pour tes chiens ; et dans la Guemara on objecte : il en ressortirait qu'un oiseau pur couvant les œufs d'une autre espèce pure, comme lui, [on est] obligé.
קורא עוף טמא הוא ודרכו לרבוץ על ביצי אחרים:
Koréi (coq de bruyère) — c'est un oiseau impur, dont l'usage est de couver les œufs d'autrui.
זכר פטור מלשלח כדיליף טעמא בגמ':
Le mâle, exempt du renvoi — comme la Guemara en déduit la raison.
💡 Explication

Définitions. Non disponible : oies ou poules qui se sont ensauvagées et nichent dans le verger (elles peuvent fuir) -- on est obligé. Mais celles qui nichent dans la maison, ou les pigeons domestiques (hardisaot, élevés avec l'homme), sont disponibles : exempt. L'oiseau impur (non kacher) est exempt. Cas croisés : oiseau impur couvant des œufs d'oiseau pur, ou inversement -- exempt. Le korei zakhar (coq de bruyère mâle, qui couve comme la femelle) : Rabbi Eliezer oblige, les Sages exemptent.

5
גמ׳ רבי אבין ורבי מיישא, חד אמר: כל היכא דתנן ״בארץ ובחוצה לארץ״ שלא לצורך, לבד מראשית הגז, לאפוקי מדרבי אלעאי דאמר: ״ראשית הגז אינו נוהג אלא בארץ״.

GUEMARA. Rabbi Avin et Rabbi Meyacha : l'un dit : partout où nous avons appris [dans une Michna] 'en Terre et hors de la Terre', [c'est] sans nécessité (chelo letsorekh), excepté pour la première tonte (reshit hagez) — pour exclure [l'avis] de Rabbi Ilai qui dit : 'la première tonte ne s'applique qu'en Terre [d'Israël]'.

📜 Rachi (4)
גמ' רבי אבין ורבי מיישא מפרשי הך מתניתין דכסוי הדם ואותו ואת בנו וגיד הנשה והזרוע והלחיים וראשית הגז ושלוח הקן דתנן בכולהו בארץ ובחו"ל בפני הבית ושלא בפני הבית בחולין ובמוקדשין מר פריש חדא ומר פריש חדא ולא פליגי ותרוייהו קא מפרשי לאידך וצריכין אנו לומר דבר בשם אומרו:
GUEMARA. Rabbi Avin et Rabbi Meyacha — ils expliquent ces michnayot : couvrir le sang, oto veet beno (la bête et son petit le même jour), le guid hanache (nerf sciatique), le bras et les joues [et la caillette], la première tonte et le renvoi du nid -- où il est enseigné dans toutes 'en Terre et hors, devant le Temple et hors, sur le profane et le consacré'. L'un explique une [formule], l'autre une autre, sans diverger ; chacun explique à l'autre [les siennes], et il nous faut rapporter chaque chose au nom de celui qui l'a dite.
כל היכא דתנן בארץ ובחו"ל בהנך פרקין:
Partout où nous avons appris 'en Terre et hors' — dans ces chapitres.
שלא לצורך הוא דלאו חובת קרקע נינהו אלא חובת הגוף ונוהגת בכל מושבות כדיליף בפ"ק דקדושין (דף לז:):
Sans nécessité — car ce ne sont pas des obligations [liées] à la terre mais des obligations personnelles, qui s'appliquent en tout lieu d'habitation, comme on le déduit au premier chapitre de Kiddouchin (37b).
לבד מראשית הגז לאפוקי מדרבי אלעאי דמקיש לה לתרומה. וה"ה נמי במתנות נשנית לצורך דהא רבי אלעאי יליף מתנות מראשית הגז והא דנקט ראשית הגז משום דעלה א"ר אלעאי בהדיא כדאמר לעיל רבי אלעאי אומר ראשית הגז אינה נוהגת אלא בארץ:
Excepté la première tonte, pour exclure Rabbi Ilai — qui l'apparente à la teruma. Et il en va de même des dons [du bras, des joues et de la caillette], enseignés par nécessité, car Rabbi Ilai déduit les dons de la première tonte ; et [la Michna] mentionne la première tonte parce que Rabbi Ilai s'est exprimé à son sujet explicitement, comme dit plus haut : 'Rabbi Ilai dit : la première tonte ne s'applique qu'en Terre'.
🗂️ Tossefot (1)
לבד מראשית הגז וה"ה לבד ממתנות וחדא מינייהו נקט:
Excepté la première tonte — il en va de même [pour] 'excepté les dons', et [la Guemara] en mentionne une seule [des deux].
💡 Explication

Deux Amoraim expliquent pourquoi les michnayot du traité répètent certaines formules. Première formule : 'en Terre et hors de la Terre'. En général c'est superflu, car ces mitsvot sont des obligations personnelles (hovat haguf), non liées à la terre, qui valent donc partout. Exception : la reshit hagez, où la mention était nécessaire pour écarter Rabbi Ilai qui la limitait à la Terre d'Israël (par analogie avec la teruma).

6
וחד אמר: כל היכא דתנן ״בפני הבית ושלא בפני הבית״ – שלא לצורך, לבד מ״אותו ואת בנו״. סלקא דעתך אמינא: הואיל ובענינא דקדשים כתיב, בזמן דאיכא קדשים – ננהוג, בזמן דליכא קדשים – לא ננהוג, קא משמע לן.

Et l'autre dit : partout où nous avons appris 'du vivant du Temple et hors [la présence] du Temple', [c'est] sans nécessité, excepté pour 'la bête et son petit' (oto veet beno). [Pourquoi ?] Il te viendrait à l'esprit de dire : puisque c'est écrit dans la section des choses consacrées (qodachim), au temps où il y a des qodachim — nous l'observerons, [mais] au temps où il n'y a pas de qodachim — nous ne l'observerons pas ; [la Michna] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

💡 Explication

Deuxième formule : 'du vivant du Temple et hors [la présence] du Temple'. En général superflu : ces mitsvot valent sur l'objet lui-même et donc après la destruction. Exception : oto veet beno (interdiction d'égorger une bête et son petit le même jour). On aurait pu croire que, comme ce verset figure dans la section des qodachim (Lev 22), il ne vaut qu'au temps du Temple ; la Michna enseigne qu'il vaut en tout temps.

7
ותרוייהו אמרי: כל היכא דתנן ״בחולין ובמוקדשים״ – לצורך, לבד מגיד הנשה, פשיטא! משום דאיקדש פקע ליה איסור גיד הנשה מיניה?

Et tous deux disent : partout où nous avons appris 'sur le profane et sur les choses consacrées', [c'est] par nécessité, excepté pour le guid hanache (nerf sciatique). [Cela est] évident !

Du fait qu'elle a été consacrée, l'interdit du nerf sciatique se serait-il retiré d'elle ?

📜 Rachi (3)
וכל היכא דתני בחולין ובמוקדשין דהיינו גיד הנשה ואותו ואת בנו:
Et partout où il est enseigné 'sur le profane et le consacré' — à savoir le guid hanache et oto veet beno.
לצורך דאותו ואת בנו אי לאו דאשמועינן ליה הוה אמינא דאינו נוהג אלא במוקדשין דהא בקדשים כתיב הילכך אשמועינן דנוהג הוא בחולין כדאמר התם ושור הפסיק הענין וכ"ש הנך דתנן אבל לא במוקדשין לצורך הוא דאשמועינן חילוק:
Par nécessité — car pour oto veet beno, si [la Michna] ne nous l'avait pas enseigné, j'aurais dit qu'il ne s'applique qu'aux consacrés, puisqu'il est écrit chez les qodachim ; elle nous enseigne donc qu'il s'applique au profane, comme on dit là-bas que le mot 'taureau' a interrompu le sujet [le détachant des qodachim] ; à plus forte raison ces [michnayot] qui enseignent 'mais non sur les consacrés' : [la mention] est nécessaire pour nous enseigner une distinction.
בר מגיד הנשה דשלא לצורך תנייה דנוהג הוא דפשיטא לן דמשום דאקדשיה לא לפקע איסור גיד הנשה מיניה:
Excepté le guid hanache — qui est enseigné sans nécessité [quant au fait] qu'il s'applique [aux consacrés], car il nous est évident que, du fait qu'on l'a consacré, l'interdit du nerf sciatique ne se retire pas d'elle.
🗂️ Tossefot (1)
כל היכא דתנן בחולין ובמוקדשין לצורך כו' תימה כיון דאין חילוק בין חולין ומוקדשים אלא בגיד הנשה ובאותו ואת בנו א"כ הכי נמי הוה מצי למימר איפכא שלא לצורך לבד מאותו ואת בנו וי"ל דכיון דחדוש הוא באותו שהוא שלא לצורך כדמפרש ואזיל ולאו מי אוקימנא כו' ניחא טפי לומר לבד מאותו דבר שהייתי סבור שהוא לצורך והוא שלא לצורך:
Partout où nous avons appris 'sur le profane et le consacré', par nécessité, etc. — [c'est] étonnant : puisqu'il n'y a de distinction entre profane et consacré que pour le guid hanache et oto veet beno, on aurait pu dire l'inverse, 'sans nécessité, excepté oto veet beno' ! Et l'on peut dire : puisqu'il y a une nouveauté dans oto [veet beno] -- qu'il est [enseigné] sans nécessité, comme [la Guemara] l'explicite ensuite ('ne l'avons-nous pas établi...') -- il vaut mieux dire 'excepté cette chose que je croyais nécessaire et qui est sans nécessité'.
💡 Explication

Troisième formule : 'sur le profane et sur les consacrés'. En général nécessaire (elle enseigne une différence, ou que la mitsva vaut aussi sur le profane). Exception : le guid hanache (nerf sciatique interdit à la consommation), pour lequel la mention est superflue -- il est évident que la consécration d'une bête ne fait pas disparaître l'interdit du nerf sciatique.

8
ולאו אוקימנא בולדות קדשים?

Mais ne l'avons-nous pas établi [comme parlant] des rejetons de [bêtes] consacrées (oldot qodachim) ?

📜 Rachi (2)
ולאו מי אוקימנא ליה בפרק גיד הנשה (לעיל חולין דף פט:):
Mais ne l'avons-nous pas établi — au chapitre Guid Hanaché (Houlin 89b plus haut).
בולדות קדשים דאתא לאשמועינן דחייב משום גיד ומוקדשין דכיון דאיסור מוקדשין קדים כדמפרש התם שיצירת הולד קודמת לגידין איצטריך לאשמועינן דאתי איסור גיד וחייל עלייהו:
[Comme parlant] des rejetons de consacrés — venu nous enseigner qu'il est obligé à la fois pour le guid et pour les qodachim ; car, puisque l'interdit des consacrés précède -- comme expliqué là-bas, la formation du rejeton précédant celle de ses nerfs -- il fallait nous enseigner que l'interdit du guid vient s'ajouter et prend effet sur eux.
💡 Explication

Objection contre l'idée que la mention 'consacré' pour le guid serait superflue. Ne l'avait-on pas établi (89b) comme parlant des oldot qodachim (rejetons d'une bête consacrée) ? On aurait pu croire que, le rejeton étant déjà interdit comme consacré avant même la formation de son nerf sciatique, l'interdit du guid ne s'y ajoute pas. La mention serait donc nécessaire.

9
ומאי טעמא אוקימנא? לאו משום דקשיא לן לא ליתני? מעיקרא נמי לא תקשי לך, איידי דתנא לצורך, תנא נמי שלא לצורך.

Et pour quelle raison l'avons-nous établi [ainsi] ? N'est-ce pas parce qu'il nous était difficile [d'admettre] qu'elle ne l'enseigne pas [du tout] ?

[Réponse :] des le départ non plus cela ne doit pas te faire difficulté : du fait qu'elle a enseigné [la formule] par nécessité [ailleurs], elle l'a aussi enseignée sans nécessité [ici].

📜 Rachi (1)
ומשני מ"ט דוחקת לאוקמה בהכי משום דהיה קשיא לך למאי הלכתא תנינהו והשתא אתו רבי אבין ורבי מיישא להנך למימר לא תדחק לאוקמה בהכי דמעיקרא כי מקשת התם פשיטא לאו קושיא היא דהא איכא טובא דמתני שלא לצורך ואיידי דתנינהו כל חדא וחדא בחדא לצורך תנא נמי בהן באידך שלא לצורך וה"ה למוקדשין איידי דתנייה בכולהו לצורך תנייה נמי בהן שלא לצורך וכן בפני הבית משום אותו ואת בנו תנייה בכולהו וכן חו"ל משום ראשית הגז:
[La Guemara] répond : pour quelle raison — tu te forces à l'établir ainsi ? Parce qu'il t'était difficile [de comprendre] dans quel but elle les a enseignés. Or voici que viennent Rabbi Avin et Rabbi Meyacha [dire] : ne te force pas à l'établir ainsi -- dès le départ, quand tu objectais là-bas, ce n'était pas une difficulté, car il y a quantité [de formules] enseignées sans nécessité ; et du fait qu'elle a enseigné chacune par nécessité en un [endroit], elle les a aussi enseignées sans nécessité en un autre. Il en va de même pour 'consacré' : du fait qu'elle l'a enseigné par nécessité dans toutes, elle l'a aussi enseigné sans nécessité ici ; de même 'devant le Temple', à cause de oto veet beno, elle l'a enseigné dans toutes ; de même 'hors de la Terre', à cause de la première tonte.
🗂️ Tossefot (1)
מאי טעמא אוקימנא לאו משום דקשיא לן כו' דהא דאשמועינן דולדות קדשים במעי אמן או בהוייתן הן קדושין הוה מצי לאשמועינן בעלמא בלא גיד הנשה אלא איידי דתנא לצורך תנא נמי שלא לצורך ומ"מ מוקמינן לה בולדות קדשים כיון דמצינן לפרושי דאשמועינן חדוש קצת:
Pour quelle raison l'avons-nous établi ? N'est-ce pas parce qu'il nous était difficile, etc. — car ce qu'elle nous enseigne, [à savoir] que les rejetons de consacrés sont consacrés dès le ventre de leur mère ou dès leur formation, elle aurait pu nous l'enseigner ailleurs sans le guid hanache ; mais du fait qu'elle a enseigné [la formule] par nécessité, elle l'a aussi enseignée sans nécessité ; néanmoins nous l'établissons [comme parlant] des rejetons de consacrés, puisqu'on peut expliquer qu'elle nous enseigne une légère nouveauté.
💡 Explication

Réponse. Pourquoi avait-on forcé l'interprétation 'oldot qodachim' ? Uniquement parce qu'on butait sur la question : à quoi bon enseigner 'sur le consacré' pour le guid ? Rabbi Avin et Rabbi Meyacha répondent : aucune difficulté -- la formule est répétée ici par symétrie (par entraînement) avec les michnayot où elle était réellement nécessaire. Pas besoin de forcer le sens vers les oldot qodachim.

10
בחולין אבל לא במוקדשים. אמאי לא? דאמר קרא: ״שלח תשלח את האם״ – במי שאתה מצווה לשלחו, יצא זה שאי אתה מצווה לשלחו אלא להביאו לידי גזבר.

" Sur le profane mais non sur les consacrées. " Pourquoi non ?

Car le verset dit : 'tu renverras la mère' (chaléa-h techaléa-h et haèm) — [seulement] celle que tu es commandé de renvoyer ; cela exclut celle-ci [la consacrée] que tu n'es pas commandé de renvoyer, mais [que tu dois] amener au trésorier (gizbar).

🗂️ Tossefot (1)
יצא זה שאין אתה מצווה לשלחו אלא להביאו ליד גזבר פ"ה דטעמא משום דלא אמרה תורה שלח לתקלה וקשה חדא דלישנא לא משמע הכי ועוד דמסיק ומוקי לה בלא נגמר דינו וא"כ אין בו תקלה ונראה דפשטיה דקרא דריש דמשמע דבמידי שיכול לשלחו משתעי אבל הקדש מצוה להביאו ליד גזבר ופירש בקונטרס מתקח לך לא מצי לאתויי דהא ביצי תורים לא מועלים ולא נהנים ואע"ג דבקדשי בדק הבית מועלים מתניתין איירי בקדשי מזבח לכ"ע ולא פליגי בסמוך אלא בקדשי בדק הבית ולהכי לא מצי ממעט מתקח לך ומיהו לשון להביאו ליד גזבר אין מיושב כל כך דגזבר לא שייך אלא בקדשי בדק הבית:
Cela exclut celle-ci que tu n'es pas commandé de renvoyer mais d'amener au trésorier — Rachi explique que la raison [tient à ce] que la Torah n'a pas dit 'renvoie vers un obstacle (taqala)'. [Cela] est difficile : d'abord, le terme ne le suggère pas ; ensuite [la Guemara] conclut en l'établissant [dans un cas] où le jugement n'a pas été prononcé, [si bien] qu'il n'y a pas d'obstacle. Il paraît [plutôt] qu'elle interprète le sens simple du verset, qui suggère qu'il parle d'une chose que l'on peut renvoyer ; mais le consacré, [c'est] une mitsva de l'amener au trésorier. Et le Kountras [Rachi] a expliqué que [le verset] 'tu prendras pour toi' ne pouvait servir [à l'exclure], car les œufs de tourterelles ne sont pas sujets à meila (détournement) ni à profit ; et bien que pour les [consacrés pour l']entretien du Temple (qodchei bedek habayit) il y ait meila, la Michna parle, de l'avis de tous, des consacrés pour l'autel (qodchei mizbéa-h) ; on ne diverge plus loin que sur les qodchei bedek habayit. C'est pourquoi [le verset] ne pouvait exclure par 'tu prendras pour toi' ; toutefois l'expression 'l'amener au trésorier' n'est pas tout à fait ajustée, car le trésorier (gizbar) ne concerne que les qodchei bedek habayit.
💡 Explication

Source de l'exemption des oiseaux consacrés. Le verset 'tu renverras la mère' (Deut 22:7) vise celle que tu es commandé de renvoyer -- un oiseau profane. Cela exclut l'oiseau consacré, que tu n'es pas commandé de renvoyer mais d'amener au trésorier (gizbar) du Temple. La mitsva de chilouah ne s'applique qu'à ce qu'on peut effectivement libérer.

11
אמר רבינא: הלכך, עוף טהור שהרג את הנפש פטור משלוח, מאי טעמא? דאמר קרא: ״שלח תשלח את האם״ – במי שאתה מצווה לשלחו, יצא זה שאי אתה מצווה לשלחו אלא להביאו לבית דין. היכי דמי? אי דגמר דיניה –

Ravina dit : dès lors, un oiseau pur qui a tué une personne (harag et hanefech) est exempt du renvoi. Quelle [en est] la raison ?

Car le verset dit : 'tu renverras la mère' — [seulement] celle que tu es commandé de renvoyer ; cela exclut celle-ci que tu n'es pas commandé de renvoyer, mais [que tu dois] amener au tribunal (beit din). Quel est le cas [précis] ?

Si son jugement a déjà été prononcé (gamar dinei) —

📜 Rachi (2)
שהרג את הנפש ואח"כ מרד ונמצא בקן:
Qui a tué une personne — puis s'est rebelle et s'est retrouvé dans le nid.
פטור מלשלח הואיל ובר קטלא הוא והכי דרשת ליה דקא בעי לשלח למקום הצלה והפקר והאי לאו בר הכי הוא והכי דריש קרא שלח תשלח את הראוי לשלחו ואת שאין ראוי לשלחו אל תשלחנו:
Exempt du renvoi — puisqu'il est passible de mort ; et tu interprètes ainsi [le verset] : il a fallu le renvoyer vers un lieu de salut et de liberté, or celui-ci n'est pas en état de l'être ; le verset dit donc : 'tu renverras' celui qui est apte à être renvoyé, mais celui qui n'est pas apte à être renvoyé, ne le renvoie pas.
💡 Explication

Application par Ravina. Un oiseau pur ayant tué une personne (et qui doit donc être exécuté, comme tout animal meurtrier) est exempt du renvoi : même raisonnement -- tu n'es pas commandé de le renvoyer mais de l'amener au beit din (pour l'exécuter). La Guemara s'interroge sur le cas précis : comment cet oiseau condamné se retrouve-t-il à couver ? Si son jugement a déjà été prononcé (gamar dinei)... (la suite, et la distinction selon que le jugement est ou non prononcé, se poursuit au daf suivant).

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).