Chullin 139a — l'oiseau consacré rebelle et la responsabilité sur le bien consacré perdu

Chullin 139a

Sougya : La Guemara cherche le cas exact d'oiseau consacré que la Michna exempte du renvoi du nid (chilouah haken), en écartant plusieurs hypothèses (nid dans la maison déjà disponible ; nid d'autrui qu'on ne peut consacrer ; poussins ou mère déjà acquis avant la consécration). Rav l'établit pour des qodchei mizbeah (pigeons du colombier consacrés pour l'autel, qui se rebellent), Chmouel pour des qodchei bedek habayit (poule consacrée à l'entretien du Temple).

S'ensuit le débat de fond entre Rabbi Yo'hanan et Rabbi Chimon ben Lakich : la rébellion (merida) efface-t-elle la sainteté de valeur ? Rabbi Yo'hanan : non -- 'à l'Éternel la terre et sa plénitude' (Ps 24:1), tout demeure au trésor divin (bei gaza derahmana).

On confronte ce principe à la responsabilité (aharayout) pour de l'argent consacré volé ou perdu, et à la distinction entre neder ('alai', sur moi) et nedava ('hare zo', cet objet), entre ce qui manque l'offrande et ce qui n'existe plus, enfin au cas des arakhin (valeurs).

Quel oiseau consacré est exempt de chilouah haken ? On cherche un cas où la consécration tient ET où il n'est pas déjà disponible Hypothèses écartées : nid dans la maison (déjà disponible, 'ki yikare' exclut) ; nid d'autrui consacré (on ne consacre que ce qui est 'à soi') ; poussins pris puis rendus (déjà acquis) ; mère prise puis rendue (déjà obligée avant la consécration) Rav : qodchei mizbeah consacre les pigeons du colombier pour l'autel, puis ils se rebellent sainteté du corps -> ne s'efface pas Chmouel : bedek habayit consacre sa poule pour l'entretien du Temple, puis elle se rebelle sainteté de valeur seulement Divergence sur l'effet de la rébellion (merida) sur la sainteté de valeur : Rav (1ré opinion de R. Chimon b. Lakich) : la sainteté S'EFFACE -> redevient obligé Chmouel / R. Yo'hanan : 'à l'Éternel la terre' (Ps 24:1) -> reste au trésor divin -> exempt (R. Chimon b. Lakich se range ensuite à l'avis de son maître R. Yo'hanan)
Segments 0-8 : la quête du cas d'oiseau consacré exempt du renvoi, et la mahloket Rav / Chmouel / R. Yohanan sur l'effet de la rébellion.
Responsabilité (aharayout) sur un bien consacré perdu/volé 'alai' (sur moi) = vœu (neder) 'hare zo' (cet objet) = don (nedava) Engagement personnel à apporter. Si la bête MEURT/disparaît -> doit remplacer (à charge les épaules). Désigne l'objet même, sans engagement de soi. S'il meurt/ disparaît -> pas de remplacement. R. Chimon b. Lakich nuance : 'alai' n'oblige que pour qodchei MIZBEAH (manque l'offrande). Pour bedek habayit : même 'alai' -> si VOLÉ ou PERDU (existe encore) il reste au trésor divin (Ps 24:1) -> exempt ; mais si MORT ou ÉCROULE (n'existe plus) -> doit payer. Rav Hamnouna : pour les arakhin (valeurs), 'alai' n'oblige jamais (on ne peut dire que 'alai').
Segments 9-20 : la responsabilité sur un bien consacré perdu -- neder vs nedava, mizbeah vs bedek habayit, et le cas des arakhin.
1
בַּר קְטָלָא הוּא, אֶלָּא דְּלָא גְּמַר דִּינֵיהּ, וּבָעֵי לְאֵתוֹייֵהּ לְבֵי דִינָא וְקַיּוֹמֵי בֵּיהּ ״וּבִעַרְתָּ הָרַע מִקִּרְבֶּךָ״.

[...comment serait-il libre de couver ses œufs ?] Il est passible de mort [et aurait dû être exécuté] ! Plutôt, [c'est un cas] où son jugement n'a pas été prononcé (lo gamar dinei), et il faut l'amener au tribunal et accomplir en lui 'tu extirperas le mal du milieu de toi' (ouviarta hara mikirbekha).

📜 Rachi (2)
בַּר קְטָלָא הוּא וּמֵהֵיכָן נִמְלַט:
Il est passible de mort — et d'où s'échapperait-il ?
וּבִעַרְתָּ הָרָע מִצְוָה עַל כָּל הַפּוֹגֵעַ בְּחַייָּבֵי מִיתָה לַהֲבִיאָן לב"ד כְּדֵי לְבַעֵר רְשָׁעִים מִיִּשְׂרָאֵל:
Tu extirperas le mal — c'est une mitsva, pour quiconque rencontre des [bêtes ou personnes] passibles de mort, de les amener au tribunal afin d'extirper les méchants d'Israël.
💡 Explication

Suite de Ravina (138b). Comment un oiseau ayant tué, donc passible de mort, peut-il couver ? On précise : c'est un cas où son jugement n'a pas encore été prononcé (lo gamar dinei). Il ne doit pas être renvoyé mais amené au beit din pour accomplir 'tu extirperas le mal du milieu de toi' (Deut 13:6).

2
הָנֵי מֻוקְדָּשִׁין הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דַּהֲוָה לֵיהּ קֵן בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וְאַקְדְּשֵׁיהּ – מִי מִיחַייַּב? ״כִּי יִקָּרֵא קַן צִפּוֹר״ – פְּרָט לִמְזֻומָּן.

Ces [bêtes] consacrées [de la Michna], quel [en est] le cas ? Si l'on dit qu'il avait un nid dans sa maison et qu'il l'a consacré — [mais] est-il [même] obligé [du renvoi en pareil cas] ?

[Le verset] 'si tu rencontres un nid d'oiseau' (ki yikare ken tsipor) exclut [ce qui est] disponible (mezouman) !

📜 Rachi (1)
מִי מִיחַיַּיב אֲפִילּוּ כְּשֶׁהוּא חֻולִּין:
Est-il obligé — même quand c'est profane [il ne l'est pas].
💡 Explication

Première hypothèse pour le cas de la Michna : un nid dans sa maison qu'il consacre. Ecartée : même profane, un nid dans la maison n'oblige pas au renvoi, car 'si tu rencontres un nid' (Deut 22:6) exclut le nid disponible (mezouman). Inutile donc d'invoquer la consécration.

3
אֶלָּא דַּחֲזָא קֵן בְּעָלְמָא וְאַקְדְּשֵׁיהּ, וּמִי קָדוֹשׁ? ״אִישׁ כִּי יַקְדִּשׁ אֶת בֵּיתוֹ קֹדֶשׁ״ אֲמַר רַחֲמָנָא, מַה בֵּיתוֹ בִּרְשׁוּתוֹ, אַף כָּל בִּרְשׁוּתוֹ.

Plutôt, [c'est] qu'il a vu un nid quelconque [n'appartenant à personne] et l'a consacré. [Mais] est-il [seulement] consacré ?

Le Miséricordieux a dit : 'un homme, s'il consacre sa maison [pour qu'elle soit] sainte' (ich ki yakdich et beito kodech) — de même que sa maison [est] en son domaine, de même tout [ce qu'il consacre doit être] en son domaine.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דַּחֲזָא קֵן בְּעָלְמָא בְּמָקוֹם שֶׁאֵין קָנוּי לוֹ וְהַבֵּיצִים אֵינָן שֶׁלּוֹ דְּהָא כָּל מָקוֹם שֶׁהַבֵּיצִים שֶׁלּוֹ אֲפִילּוּ ע"י זְכִייַּת חָצֵר הַמִּשְׁתַּמֶּרֶת לְאָדָם שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ חֲשִׁיב לֵיהּ מְזֻומָּן בְּהַשּׁוֹאֵל אֶת הַפָּרָה (בּ"מ דַּף קב.):
Plutôt, qu'il a vu un nid quelconque — en un lieu qui ne lui est pas acquis, où les œufs ne sont pas à lui ; car partout où les œufs sont à lui -- même par l'acquisition d'une cour gardée qui acquiert pour l'homme à son insu -- il est réputé disponible (mezouman), comme dans [le chapitre] 'Hachoel et hapara' (Bava Metsia 102a).
💡 Explication

Deuxième hypothèse : il a vu un nid sans propriétaire et l'a consacré. Ecartée : ce nid n'est pas consacré, car 'un homme s'il consacre sa maison' (Lev 27:14) enseigne que de même que la maison est en son domaine (à lui), tout ce qu'on consacre doit être en son domaine. On ne peut consacrer le bien d'autrui.

4
אֶלָּא דְּאַגְבְּהִינְהוּ לְאֶפְרוֹחִים, וְאַקְדְּשִׁינְהוּ, וַהֲדַר אַהְדְּרִינְהוּ – הַאי אֲפִילּוּ בְּחֻולִּין נָמֵי לָא מִיחַייַּב, דִּתְנָא: נָטַל אֶת הַבָּנִים וְהֶחְזִירָן לַקֵּן, וְאַחַר כָּךְ חָזְרָה הָאֵם עֲלֵיהֶן – פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּחַ.

Plutôt, [c'est] qu'il a soulevé les poussins, les a consacrés, puis les a remis [au nid]. [Mais] celui-là, même [s'ils étaient] profanes, n'est pas non plus obligé, car un tana enseigne : [s'il] a pris les petits et les a remis au nid, et qu'ensuite la mère est revenue sur eux — [il est] exempt du renvoi.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא דְּאַגְבְּהִינְהוּ לְאֶפְרוֹחִים וְזָכָה בְּהוּ וְאַקְדְּשִׁינְהוּ וּמֵאַחַר דְּאֶפְרוֹחִין קְדוֹשִׁים נִפְטַר מִלְּשַׁלֵּחַ אֶת הָאֵם:
Plutôt, qu'il a soulevé les poussins — et les a acquis, puis les a consacrés ; et dès lors que les poussins sont consacrés, il est dispensé de renvoyer la mère.
וַהֲדַר אַהְדְּרִינְהוּ וְחָזְרָה הָאֵם עֲלֵיהֶן:
Puis les a remis — et la mère est revenue sur eux.
פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּחַ דְּהָא כֵּיוָן דְּזָכָה בְּהוּ מְזֻומָּן קָרֵינָא בְּהוּ:
Exempt du renvoi — car, dès lors qu'il les a acquis, nous les disons disponibles (mezouman).
💡 Explication

Troisième hypothèse : il a soulevé les poussins (les acquérant), les a consacrés, puis remis au nid. Ecartée : même profanes, des poussins qu'on a acquis puis remis dispensent du renvoi (Michna 141a : si l'on a pris les petits puis les a rendus et que la mère revient, exempt -- ils sont désormais disponibles). La consécration n'ajoute rien.

5
אֶלָּא, דְּאַגְבְּהֵהּ לָאֵם, וְאַקְדְּשָׁה, וְהָדְרָה. מֵעִיקָּרָא אִיחַייַּב לֵיהּ בְּשִׁילּוּחַ מִקַּמֵּי דְּאַקְדְּשַׁהּ, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן יוֹסֵף אוֹמֵר: הִקְדִּישׁ חַיָּה וְאַחַר כָּךְ שְׁחָטָהּ – פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת, שְׁחָטָהּ וְאַחַר כָּךְ הִקְדִּישָׁהּ – חַיָּיב לְכַסּוֹת, שֶׁכְּבָר נִתְחַיֵּיב בְּכִסּוּי קֹודֶם שֶׁיָּבֹא לִידֵי הֶקְדֵּשׁ.

Plutôt, [c'est] qu'il a soulevé la mère, l'a consacrée, puis l'a remise. [Mais] il était déjà obligé au renvoi avant de la consacrer !

Car il est enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Yossef dit : [s'il] a consacré une bête sauvage puis l'a égorgée — [il est] exempt de couvrir [le sang] ; [s'il] l'a égorgée puis l'a consacrée — [il est] obligé de couvrir, car il s'est déjà obligé au recouvrement avant qu'elle ne tombe sous la consécration.

📜 Rachi (2)
אִיחַייַּב לֵיהּ בְּשִׁילּוּחַ כְּשֶׁמְּצָאָן וּמִשּׁוּם דְּאַקְדְּשָׁה בָּתַר הָכִי לָא פָּקַע לֵיהּ שׁוּם מִצְוָה מִינַּייְהוּ. דְּתַנְיָא וְכוּ' מֻוקְדָּשִׁים אֵין כִּסּוּי הַדָּם נוֹהֵג בָּהֶן כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כִּסּוּי הַדָּם (לְעֵיל חֻולִּין דַּף פג:) מִשּׁוּם שְׁחִיטָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה שֶׁאֲסוּרִים בַּהֲנָאָה:
Il était obligé au renvoi — quand il les a trouvés ; et du fait qu'il l'a consacrée ensuite, aucune mitsva ne se retire d'eux. 'Car il est enseigné, etc.' : les consacrés ne sont pas sujets au recouvrement du sang, comme dit au chapitre Kissouy Hadam (Houlin 83b plus haut), à cause d'un abattage 'non valable' [comme aliment], puisqu'ils sont interdits au profit.
שְׁחָטָהּ וְאַחַר כָּךְ הִקְדִּישָׁהּ חַיָּיב לְכַסּוֹת דְּחִיּוּבָא דְּחָייֵל עָלֶיהָ לָא פָּקַע:
L'a égorgée puis consacrée, obligé de couvrir — car l'obligation qui a pris effet sur elle ne se retire pas.
💡 Explication

Quatrième hypothèse : il a soulevé la mère, l'a consacrée, puis remise. Ecartée : il était déjà obligé au renvoi (au moment où il l'a trouvée) avant de la consacrer ; la consécration postérieure n'efface pas une mitsva déjà contractée. Preuve par Rabbi Yo'hanan ben Yossef (kissouy hadam) : qui consacre une bête puis l'égorge est exempt de couvrir (le consacré n'y est pas sujet) ; mais qui égorge puis consacre est obligé, l'obligation ayant déjà pris effet.

6
רַב אָמַר: בְּמַקְדִּישׁ פֵּירוֹת שׁוֹבָכוֹ וּמָרְדוּ, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגָולְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת.

Rav dit : [il s'agit] de celui qui consacre les rejetons (perot) de son colombier [pour l'autel] et qu'ils se sont rebelles ; et Chmouel dit : [il s'agit] de celui qui consacre sa poule pour l'entretien du Temple (bedek habayit).

📜 Rachi (2)
רַב אָמַר לְתָרוֹצֵי לְמִתְנֵי':
Rav dit — pour résoudre la Michna.
בְּמַקְדִּישׁ פֵּירוֹת שׁוֹבָכוֹ גּוֹזָלוֹת שׁוֹבָכוֹ לַמִּזְבֵּחַ לְעוֹלַת נְדָבָה וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁגָּדְלוּ אוֹתָן פֵּירוֹת מָרְדוּ וְיָצְאוּ וְקִנְּנוּ בְּמָקוֹם אַחֵר דְּמֵעִיקָּרָא כִּי אַקְדְּשִׁינְהוּ דִּידֵיהּ הָווּ וְחָל הֶקְדֵּשׁ עֲלַייְהוּ וְהַשְׁתָּא דְּמִצֹּאן לָאו מְזֻומָּן הוּא וְאִי הָווּ חֻולִּין הָווּ מִיחַייְּבִי. וְהַאי דִּנְקַט פֵּירוֹת וְלֹא אָמַר מַקְדִּישׁ שׁוֹבָכוֹ עַצְמוֹ מִשּׁוּם דִּיּוּנִים אֵינָן רְאוּיִין אֶלָּא כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים וְרַב לֹא אָמַר לְמִילְּתֵיהּ אֶלָּא בְּקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ:
Celui qui consacre les rejetons de son colombier — les pigeonneaux de son colombier pour l'autel, en holocauste volontaire ; puis, une fois grands, ces rejetons se sont rebelles, sont sortis et ont niche ailleurs. Au départ, quand il les a consacrés, ils étaient siens et la consécration a pris effet sur eux ; et maintenant qu'il les trouve, ils ne sont pas disponibles, et s'ils étaient profanes [on] serait obligé. Et [la Guemara] dit 'rejetons' et non 'son colombier' lui-même, parce que les pigeons ne conviennent [à l'autel] que petits ; et Rav ne s'est exprimé que pour des qodchei mizbéa-h.
💡 Explication

Deux solutions. Rav : la Michna parle d'un homme qui consacre les pigeonneaux de son colombier pour l'autel (qodchei mizbéa-h, offrande volontaire) ; devenus grands ils se rebellent et nichent ailleurs -- non disponibles, mais exempts car consacrés. Chmouel : il s'agit d'une poule consacrée à l'entretien du Temple (bedek habayit, sainteté de valeur seulement) qui s'est rebellée.

7
בִּשְׁלָמָא שְׁמוּאֵל לֹא אָמַר כְּרַב, דְּקָא מוֹקֵים לַהּ בְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, אֶלָּא רַב מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כִּשְׁמוּאֵל?

Soit pour Chmouel : il n'a pas dit comme Rav parce qu'il l'établit [même] pour des qodchei bedek habayit. Mais Rav, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Chmouel ?

📜 Rachi (1)
דְּקָא מוֹקֵים לֵיהּ אֲפִילּוּ בְּקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת וְאַשְׁמוֹעִינַן רְבוּתָא דְּאע"ג דִּקְדֻושַּׁת דָּמִים בְּעָלְמָא הוּא פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּחַ כְּדַאֲמָרָן טַעְמָא שֶׁאַתָּה מְצֻוֶּוה לַהֲבִיאוֹ לִידֵי גִּזְבָּר:
Il l'établit même pour des qodchei bedek habayit — et nous enseigne la nouveauté que, bien que ce ne soit qu'une sainteté de valeur, [on] est exempt du renvoi, pour la raison que nous avons dite, [à savoir] que tu es commandé de l'amener au trésorier.
💡 Explication

La Guemara compare les deux. Chmouel a préféré bedek habayit parce que cela enseigne une plus grande nouveauté : même une simple sainteté de valeur exempte du renvoi (on doit l'amener au trésorier). Mais pourquoi Rav a-t-il refuse de l'établir, comme Chmouel, pour des qodchei bedek habayit ?

8
אָמַר לָךְ רַב: דַּוְקָא קָפָטְרִי מִשִּׁילּוּחַ, כְּגוֹן פֵּירוֹת שׁוֹבָכוֹ דְּקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ נִינְהוּ, דְּכֵיוָן דְּקָדְשִׁי קְדֻושַּׁת הַגּוּף – לָא פָּקְעָה קְדֻושְׁתַּייְהוּ מִינַּייְהוּ, אֲבָל בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגָולְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת, דְּלָאו קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, דִּקְדֻושַּׁת דָּמִים בְּעָלְמָא הוּא – כֵּיוָן דִּמְרַדָה פְּקַעָה קְדֻושְׁתַּייְהוּ, וְחַיֶּיבֶת בְּשִׁילּוּחַ.

Rav peut te dire : je n'ai exempté du renvoi que [dans un cas] comme les rejetons de son colombier, qui sont qodchei mizbeah : puisqu'ils sont consacrés d'une sainteté du corps (kedouchat haguf), leur sainteté ne se retire pas d'eux ; mais pour celui qui consacre sa poule [pour] l'entretien du Temple, qui n'est pas qodchei mizbeah mais simple sainteté de valeur (kedouchat damim) — dès lors qu'elle s'est rebellée, sa sainteté s'est retirée, et elle est obligée au renvoi.

📜 Rachi (2)
לֹא פָּקְעָה קְדֻושְׁתַּיְיהוּ בִּמְרִידָתָן לֹא יָצְאוּ מִכֹּחַ הֶקְדֵּשׁ:
Leur sainteté ne se retire pas — par leur rébellion, ils ne sortent pas du pouvoir de la consécration.
פָּקְעָה קְדֻושְׁתַּיְיהוּ וּמִיחַייְּבִי בְּשִׁילּוּחַ:
Sa sainteté s'est retirée — et ils sont obligés au renvoi.
💡 Explication

Réponse de Rav. Il n'exempte que les qodchei mizbéa-h (sainteté du corps, kedouchat haguf) : leur sainteté ne s'efface pas par la rébellion. Mais une poule consacrée pour bedek habayit n'a qu'une sainteté de valeur (kedouchat damim) : selon Rav, dès qu'elle se rebelle, cette sainteté s'efface et l'oiseau redevient obligé au renvoi. Voilà pourquoi Rav refuse l'exemple de Chmouel.

9
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כָּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ – בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״לָה׳ הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ״. וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּמַקְדִּישׁ תַּרְנְגָולְתּוֹ לְבֶדֶק הַבַּיִת וּמָרְדָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: וְכֵיוָן שֶׁמָּרְדָה פְּקַעָה לַיהּ קְדֻושְׁתַּהּ! אֲמַר לֵיהּ: בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתַאּ, דִּכְתִיב: ״לָהּ׳ הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ״.

Et Chmouel dit : partout où elle se trouve, elle est au trésor du Miséricordieux (bei gaza derahmana), car il est écrit : 'à l'Éternel [appartient] la terre et sa plénitude' (lashem haaretz oumlooa). Et de même Rabbi Yo'hanan dit : [il s'agit] de celui qui consacre sa poule pour l'entretien du Temple et qu'elle s'est rebellée.

Rabbi Chimon ben Lakich lui dit : mais dès lors qu'elle s'est rebellée, sa sainteté s'est retirée ! Il lui dit : [non,] elle est au trésor du Miséricordieux, car il est écrit : 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'.

📜 Rachi (1)
לָהּ' הָאָרֶץ אֵינָן אַבּוֹדִין שֶׁבְּכָל מָקוֹם שֶׁהֵם שֶׁל הֶקְדֵּשׁ הֵן:
À l'Éternel la terre — [les biens consacrés] ne sont pas perdus, car où qu'ils soient ils appartiennent à la consécration.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דִּמְרַדוּ פָּקְעָה קְדֻושְׁתַּיְיהוּ שָׁמְעִינַן מֵהָכָא דַּאֲווָזִים וְתַרְנְגוֹלִים שֶׁל חֻולִּין שֶׁמָּרְדוּ בְּבַעֲלֵיהֶם וְהָלְכוּ לָהֶן הָווּ הֶפְקֵר וְהַמַּחֲזִיק בָּהֶן זָכָה דְּהָא הָכָא הַיְינוּ טַעְמָא כֵּיוָן דִּמְרַדוּ הָווּ הֶפְקֵר וְחַיָּיבִין בְּשִׁלּוּחַ:
Dès lors qu'ils se sont rebelles, leur sainteté s'est retirée — nous apprenons d'ici que des oies et des poules profanes qui se sont rebellées contre leurs maîtres et s'en sont allées deviennent [biens] sans maître (hefker), et celui qui s'en empare les acquiert ; car ici la raison [est] précisément que, s'étant rebellées, elles sont [réputées] sans maître, et [donc] obligées au renvoi.
💡 Explication

Chmouel (et Rabbi Yo'hanan) répondent à Rav : même rebellée, la poule consacrée demeure sainte, car où qu'elle soit elle reste au trésor du Miséricordieux (bei gaza derahmana) -- 'à l'Éternel la terre et sa plénitude' (Ps 24:1). Rabbi Chimon ben Lakich objecte d'abord que la rébellion efface la sainteté (comme Rav) ; Rabbi Yo'hanan, son maître, lui répond par le même verset.

10
וְרָמֵי דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן, וּרְמִי דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אַדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ.

Et l'on oppose [un propos] de Rabbi Yo'hanan à [un autre de] Rabbi Yo'hanan, et [un propos] de Rabbi Chimon ben Lakich à [un autre de] Rabbi Chimon ben Lakich.

💡 Explication

La Guemara relève une double contradiction : ce que Rabbi Yo'hanan dit ici (la sainteté demeure) semble contredire un autre de ses enseignements, et de même pour Rabbi Chimon ben Lakich.

11
דְּאִיתְּמַר: מָנֶה זֶה לְבֶדֶק הַבַּיִת, וְנִגְנְבוּ אוֹ נֶאֶבְדוּ – רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: חַייָּב בְּאַחְרָיוּתָן עַד שֶׁיָּבוֹאוּ לִידֵי גִּזְבָּר, וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: כֹּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״לָה׳ הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ״. קַשְׁיָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ אַדְּרֵישׁ לָקִישׁ, קַשְׁיָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן.

Car il a été dit : 'ces cent [dinars sont consacrés] pour l'entretien du Temple', et ils ont été volés ou perdus — Rabbi Yo'hanan dit : [le consacrant] en est responsable jusqu'à ce qu'ils parviennent au trésorier (gizbar) ; et Reich Lakich dit : partout où ils se trouvent, ils sont au trésor du Miséricordieux, car il est écrit 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'. [Donc :] difficulté de Reich Lakich sur Reich Lakich, difficulté de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan !

💡 Explication

Le cas contradictoire. Quelqu'un consacre cent dinars pour bedek habayit ; ils sont volés ou perdus. Ici Rabbi Yo'hanan dit qu'il en reste responsable jusqu'à ce qu'ils parviennent au gizbar -- ce qui contredit son propos précédent (tout reste au trésor divin). Et Reich Lakich dit ici qu'ils restent au trésor divin (pas de responsabilité) -- ce qui contredit son propos précédent (la rébellion efface la sainteté). Double inversion.

12
דְּרֵישׁ לָקִישׁ אַדְּרֵישׁ לָקִישׁ לָא קַשְׁיָא, הָא מִקַּמֵּי דְּשַׁמְעֵיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ, הָא לְבָתַר דְּשַׁמְעֵיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ.

[La contradiction] de Reich Lakich sur Reich Lakich n'[en] est pas [une] : ceci [fut dit] avant qu'il l'eût entendu de Rabbi Yo'hanan son maître, cela après qu'il l'eût entendu de Rabbi Yo'hanan son maître.

📜 Rachi (1)
הָא מִקַּמֵּי דְּשַׁמְעֵיהּ מַר' יוֹחָנָן רַבּוֹ הֲוָה קִים לֵיהּ כֵּיוָן דְּמִרְדֶּה פָּקְעָה לָהּ קְדֻושָּׁתָהּ וּבָתַר דְּשַׁמְעֵיהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן דְּתָרֵיץ לֵיהּ לָהּ' הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ קִבְּלָהּ מִמֶּנּוּ וּמִשּׁוּם הָכִי פָּטוּר בְּמַקְדִּישׁ וְאָבַד:
Avant qu'il l'eût entendu de Rabbi Yo'hanan son maître — il tenait que, dès lors qu'elle s'est rebellée, sa sainteté s'est retirée ; et après l'avoir entendu de Rabbi Yo'hanan qui lui répondit 'à l'Éternel la terre et sa plénitude', il l'accepta de lui -- et c'est pourquoi [il dit] : qui consacre [un bien] et le perd est exempt.
💡 Explication

Résolution pour Reich Lakich : pas de contradiction chronologique. Son propos 'la rébellion efface la sainteté' fut tenu avant qu'il n'entende de son maître Rabbi Yo'hanan le principe 'à l'Éternel la terre'. Une fois ce principe reçu, il l'a adopté -- d'où son propos postérieur (pas de responsabilité pour l'argent perdu).

13
אֶלָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן קַשְׁיָא! דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאָמַר ״עָלַי״, הָא דְּאָמַר ״הֲרֵי זוֹ״.

Mais [la contradiction] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan demeure ! [Réponse :] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan non plus ce n'est pas une difficulté : ceci [où il est responsable, c'est] quand il a dit 'sur moi' (alai), cela [où il ne l'est pas, c'est] quand il a dit 'cet [objet]' (hare zo).

📜 Rachi (1)
הָא דְּאָמַר הֲרֵי עָלַי לַהֲבִיאוֹ וּכְשֶׁהִפְרִישָׁה אַחַר כָּךְ נִגְנְבוּ וְאָבְדוּ אע"ג דְּבֵי גַּזָּא דְּרַחֲמָנָא הוּא לֹא קִיֵּים נִדְרוֹ:
Ceci, quand il a dit 'sur moi' — [il m'incombe] de l'apporter ; et quand il l'a mis à part ensuite et qu'il fut volé ou perdu, bien que ce soit [au] trésor du Miséricordieux, il n'a pas accompli son vœu.
💡 Explication

Résolution pour Rabbi Yo'hanan : deux formules différentes. S'il a dit 'alai' (sur moi -- [il m'incombe] d'apporter), il s'est engagé personnellement et reste responsable jusqu'au gizbar. S'il a dit 'hare zo' (cet objet[-ci] est consacré), il n'a désigné que l'objet sans s'engager : où qu'il soit, il reste au trésor divin -- pas de responsabilité.

14
מִכְּלָל דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, אַף עַל גַּב דְּאָמַר ״עָלַי״, לָא מְחַיֵּיב?

[On infère] par implication que, pour Rabbi Chimon ben Lakich, même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé ?

💡 Explication

On infère a contrario : si Rabbi Yo'hanan n'oblige que pour 'alai', alors selon Reich Lakich -- qui dispense de responsabilité -- on n'est pas obligé même quand on a dit 'alai'. Ce qui paraît difficile, comme le montre la suite.

15
וְהַתַּנְיָא: אֵיזֶהוּ נֶדֶר וְאֵיזוֹ הִיא נְדָבָה? נֶדֶר – הָאוֹמֵר ״הֲרֵי עָלַי עוֹלָה״, נְדָבָה – הָאוֹמֵר ״הֲרֵי זוֹ עוֹלָה״. וּמַה בֵּין נֶדֶר לִנְדָבָה? נֶדֶר – מֵתָה אוֹ נִגְנְבָה אוֹ שֶׁאָבְדָה, חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ; נְדָבָה – מֵתָה אוֹ נִגְנְבָה אוֹ שֶׁאָבְדָה, אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ.

Mais n'est-il pas enseigné : qu'est-ce qu'un vœu (neder) et qu'est-ce qu'un don (nedava) ? Le vœu, [c'est] celui qui dit 'voici sur moi un holocauste' (hare alai ola) ; le don, [c'est] celui qui dit 'voici ceci [est] un holocauste' (hare zo ola).

Et quelle [est la] différence entre vœu et don ? Le vœu : [si la bête] est morte, ou a été volée, ou s'est perdue — [il en] est responsable ; le don : [si elle] est morte, ou volée, ou perdue — [il n'en] est pas responsable.

📜 Rachi (1)
נֶדֶר הָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי עוֹלָה וְאַחַ"כּ הִפְרִישׁ בְּהֵמָה וְאָמַר הֲרֵי זוֹ לְנִדְרִי אִם מֵתָה חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ הוֹאִיל וּמֵעִיקָּרָא אַרְכְּבָה אַכַּתְפֵּיהּ:
Le vœu, celui qui dit 'voici sur moi un holocauste' — et ensuite il a mis à part une bête et a dit 'voici celle-ci pour mon vœu' : si elle meurt, il en est responsable, puisque dès le départ il a chargé [l'obligation] sur ses épaules.
💡 Explication

Objection contre l'inférence. Une braita (Kinnim 1:1) distingue neder (vœu) et nedava (don) : le neder = 'voici sur moi (alai) un holocauste' ; la nedava = 'voici ceci (hare zo) un holocauste'. Différence : pour le neder, si la bête meurt/est volée/perdue, on en est responsable ; pour la nedava, on ne l'est pas. Donc 'alai' oblige bien -- y compris, semble-t-il, pour Reich Lakich.

16
אָמַר לָךְ רֵישׁ לָקִישׁ: הָנֵי מִילֵּי קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ, דִּמְחֻוסַּר הַקְרָבָה, אֲבָל קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, דְּלָאו מְחֻוסַּר הַקְרָבָה – אַף עַל גַּב דְּאָמַר ״עָלַי״ – לָא מִחַיַּיב.

Reich Lakich peut te dire : ces propos [valent] pour les qodchei mizbeah, qui manquent [encore] l'offrande (mehoussar hakrava) ; mais pour les qodchei bedek habayit, qui ne manquent pas l'offrande — même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé.

📜 Rachi (1)
דְּמִיחַסַּר הַקְרָבָה דְּכִי אָמַר עָלַי הָכִי קָאָמַר עָלַי לַהֲבִיאוֹ לָעֲזָרָה אֲבָל בֶּדֶק הַבַּיִת גָּמְרוּ בְּהַפְרָשָׁתוֹ וְאִי מִשּׁוּם דְּלָא הֱבִיאוֹ לְיַד גִּזְבָּר הַכֹּל גִּזְבָּרִים הֵן דְּלָה' הָאָרֶץ:
Qui manquent l'offrande — car lorsqu'il dit 'alai', il veut dire : [il m'incombe] de l'apporter au parvis ; mais le bedek habayit est achevé dès sa mise à part, et si [on objecte] qu'il ne l'a pas amené au gizbar, [qu'importe :] tous sont [comme] trésoriers, puisque 'à l'Éternel [est] la terre'.
💡 Explication

Réponse de Reich Lakich : la braita (neder/responsabilité) ne vaut que pour les qodchei mizbéa-h, qui manquent encore d'être offerts (mehoussar hakrava) -- 'alai' signifie alors 'il m'incombe de l'apporter à l'autel'. Mais pour les qodchei bedek habayit, déjà acquittés par la mise à part (rien ne manque), même 'alai' n'engendre aucune responsabilité en cas de perte.

17
וְהִתְנָן: הָאוֹמֵר ״שׁוֹר זֶה עוֹלָה״, ״בַּיִת זֶה קָרְבָּן״ – מֵת הַשּׁוֹר, נָפַל הַבַּיִת – אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחֲרָיוּתָן; ״שׁוֹר זֶה עָלַי עוֹלָה״, ״בַּיִת זֶה עָלַי קָרְבָּן״ – מֵת הַשּׁוֹר וְנָפַל הַבַּיִת – חַיָּיב לְשַׁלֵּם.

Mais n'avons-nous pas appris : celui qui dit 'ce taureau [est] un holocauste', 'cette maison [est] une offrande (korban)' — [si] le taureau est mort, [si] la maison s'est écroulée — il n'en est pas responsable ; [mais s'il dit] 'ce taureau [est] sur moi un holocauste', 'cette maison [est] sur moi une offrande' — [si] le taureau est mort et [si] la maison s'est écroulée — il est tenu de payer ?

📜 Rachi (2)
וּבַיִת זֶה קָרְבָּן לְבֶדֶק הַבַּיִת שֶׁאַף הֵן נִקְרָאִים קָרְבָּן כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר לא) וַנַּקְרֵב אֶת קָרְבַּן ה' אִישׁ אֲשֶׁר מָצָא כְלִי זָהָב וּקְדֻושַּׁת דָּמִים הֵם:
'Cette maison [est] une offrande' — pour l'entretien du Temple ; car ceux-là aussi sont appelés 'offrande', comme il est dit (Nombres 31) 'et nous avons apporté l'offrande de l'Éternel, chacun ce qu'il a trouvé comme objet d'or' -- et ils sont de sainteté de valeur.
שׁוֹר זֶה עָלַי עוֹלָה אע"ג דְּאָמַר זֶה כֵּיוָן דְּקָאָמַר עָלַי עָלַי לַהֲבִיאוֹ קָאָמַר וְכֵן בְּבַיִת לְבֶדֶק הַבַּיִת לְמָוכְרוֹ לְהָבִיא דָּמָיו לְיַד גִּזְבָּר:
'Ce taureau [est] sur moi un holocauste' — bien qu'il ait dit 'ce[lui-ci]', puisqu'il a dit 'sur moi', c'est [l'obligation de] l'apporter qu'il énonce ; et de même pour la maison [consacrée] à l'entretien du Temple : [il s'engage] à la vendre et à en apporter le prix au gizbar.
💡 Explication

Nouvelle objection (Arakhin 20b). Qui dit 'ce taureau est un holocauste' / 'cette maison est une offrande [pour bedek habayit]' (formule hare zo) : si le taureau meurt / la maison s'écroule, pas de responsabilité. Mais 'ce taureau est sur moi' / 'cette maison est sur moi' (formule alai) : il doit payer. Or 'maison' = bedek habayit -- donc 'alai' oblige aussi pour le bedek habayit, contre Reich Lakich.

18
הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּמֵת הַשּׁוֹר וְנָפַל הַבַּיִת, חַייָּב לְשַׁלֵּם, דְּלֵיתַנְהוּ, אֲבָל הֵיכָא דְּאִיתַנְהוּ, כֹּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בְּבֵי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ, דִּכְתִיב ״לָה׳ הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ״.

Ces propos [valent] là où le taureau est mort et la maison s'est écroulée — il est tenu de payer, car ils n'existent plus (délitnehou) ; mais là où ils existent [encore, volé ou perdu] — partout où cela se trouve, c'est au trésor du Miséricordieux, car il est écrit 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'.

📜 Rachi (1)
אֲבָל הֵיכָא דְּאִיתַנְהוּ כְּגוֹן מָעוֹת שֶׁאָבְדוּ בֵּי גַּזָּא דְּרַחֲמָנָא אֶתְּנֵהוּ וְאִם הוֹצִיאָן הַגַּנָּב הוּא מָעַל וְעָלָיו לְשֶׁלְּמִן לְהֶקְדֵּשׁ:
Mais là où ils existent — par exemple de l'argent qui s'est perdu : il est au trésor du Miséricordieux ; et si le voleur l'a dépensé, c'est lui qui a commis le détournement (meila) et c'est à lui de le rembourser à la consécration.
🗂️ Tossefot (1)
דַּוְקָא מֵת וְנָפַל דְּלֵיתַנְהוּ לָאו דַּוְקָא נְקַט מֵת דְּהָא שׁוֹר אֲפִילּוּ נִגְנַב אוֹ נֶאֱבַד נָמֵי חַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ שֶׁהוּא קָדְשֵׁי הַמִּזְבֵּחַ וּלְרַבִּי יוֹחָנָן נָפַל נָמֵי לָאו דַּוְקָא:
Précisément 'mort' et 'écroulé', qui n'existent plus — [le terme] 'mort' n'est pas à prendre au sens strict, car un taureau, même volé ou perdu, [on] en est aussi responsable, puisqu'il est qodchei mizbéa-h ; et selon Rabbi Yo'hanan, 'écroulée' non plus n'est pas à prendre au sens strict.
💡 Explication

Réponse décisive de Reich Lakich. La responsabilité (même avec 'alai', pour le bedek habayit) ne vaut que si le bien n'existe plus (délitnehou : taureau mort, maison écroulée) -- alors il faut le remplacer. Mais si le bien existe encore (volé ou perdu, comme l'argent), il demeure au trésor divin (Ps 24:1) : aucune responsabilité. C'est ainsi qu'il harmonise tout.

19
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: הַכֹּל מוֹדִים בַּעֲרָכִין, אַף עַל גַּב דְּאָמַר ״עָלַי״ – לָא מִיחַייַּב. מַאי טַעְמָא? דְּלָא מִיתְּמַר לֵיהּ בְּלָא ״עָלַי״.

Rav Hamnouna a dit : tous concèdent pour les valeurs (arakhin) que, même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé [responsable]. Quelle [en est] la raison ?

Parce qu'on ne peut l'énoncer sans [dire] 'sur moi'.

📜 Rachi (2)
בַּעֲרָכִין הָאוֹמֵר עֶרְכִּי עָלַי וְהִפְרִישׁ עֶרְכּוֹ:
Pour les valeurs — celui qui dit 'ma valeur [est due] sur moi' (erki alai) et a mis à part [l'argent de] sa valeur.
דְּלָא מִיתְּמַר לֵיהּ בְּלָא עָלַי דְּלָא אֶפְשָׁר לְמֵימַר הֲרֵי זֶה בִּלְשׁוֹן עֵרֶךְ דְּהָא עֲדַיִין לֹא קִבֵּל חוֹבַת עֵרֶךְ עָלָיו:
Car on ne peut l'énoncer sans 'sur moi' — il est impossible de dire 'voici ceci' (hare ze) en langage de valeur, puisqu'il n'a pas encore accepté sur lui une obligation de valeur.
💡 Explication

Rav Hamnouna écarte un cas particulier : les arakhin (valeurs : qui dit 'ma valeur [est due] sur moi' et met à part l'argent). Même avec 'alai', aucune responsabilité en cas de perte. Raison : un vœu de valeur ne peut s'énoncer autrement qu'avec 'alai' -- ici 'alai' n'est donc pas un engagement personnel renforcé mais la seule formule possible.

20
הֵיכִי לֵימָא? לֵימָא ״עֶרְכִּי״ – אַמַּאן? לֵימָא ״עֵרֶךְ פְּלוֹנִי״ – אַמַּאן?

Comment dirait-il [autrement] ? S'il dit 'ma valeur' (erki) — à qui [l'imposer] ?

S'il dit 'la valeur d'untel' (erekh peloni) — à qui [l'imposer] ?

📜 Rachi (2)
דְּאִי נֵימָא עֶרְכִּי וְלֹא עָלַי אַמַּאן רָמֵי הַאי נֶדֶר לְשַׁלּוֹמֵי:
Car si l'on disait 'ma valeur' — sans 'sur moi', sur qui ce vœu retomberait-il pour être payé ?
אִם אָמַר עֵרֶךְ פְּלוֹנִי וְלֹא אָמַר עָלַי אַמַּאן רָמֵי:
S'il a dit 'la valeur d'untel' — sans dire 'sur moi', sur qui [cela] retombe-t-il ?
💡 Explication

Justification de Rav Hamnouna : impossible de formuler un vœu de valeur sans 'alai'. Dire seulement 'ma valeur' (erki, sans 'alai') -- sur qui retomberait l'obligation de payer ? Dire 'la valeur d'untel' (erekh peloni) -- sur qui ? Faute de 'alai', aucun engagement ne se fixe. C'est pourquoi 'alai' ici ne crée pas de responsabilité renforcée.

21
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: לֵימָא ״הֲרֵינִי בְּעֶרְכֵי״, ״הֲרֵינִי בְּעֵרֶךְ פְּלוֹנִי״! וְעוֹד, תַּנְיָא רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: ״וְנָתַן אֶת הָעֶרְכְּךָ בַּיּוֹם הַהוּא קֹדֶשׁ לַה׳״ – מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁמָּצִינוּ בְּהֶקְדֵּשׁוֹת וּמַעַשְׂרוֹת שֶׁמִּתְחַלְּלִין עַל מָעוֹת שֶׁבַּחֻולִּין, נִגְנְבוּ אוֹ שֶׁאָבְדוּ – אֵינָן חַיָּיבִין בְּאַחְרָיוּתָן,

Rava objecte : qu'il dise [donc] 'me voici tenu par ma valeur' (hareni beerkî), 'me voici tenu par la valeur d'untel' (hareni beérekh peloni) ! Et en outre, il est enseigné : Rabbi Natan dit : '[il] donnera l'estimation de ta valeur (ha-erkekha) en ce jour, [chose] sainte à l'Éternel' — qu'enseigne [ce verset] ?

Puisque nous trouvons, pour les [biens] consacrés et les [secondes] dîmes (maaser cheni), qu'ils se rachètent (mithalelin) sur de l'argent profane, [et que si] cet [argent] est volé ou perdu, [les propriétaires] n'en sont pas responsables...

📜 Rachi (3)
וְעוֹד תַּנְיָא דְּחַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ:
Et en outre il est enseigné — qu'il en est responsable.
וְנָתַן אֶת הָעֶרְכְּךָ בְּפוֹדֶה שְׂדֵה מַקְנֶה מִן הַהֶקְדֵּשׁ כְּתִיב וְחִשַּׁב לוֹ הַכֹּהֵן אֵת מִכְסַת הָעֶרְכְּךָ עַד שְׁנַת הַיֹּובֵל וְנָתַן אֶת הָעֶרְכְּךָ הו"ל לְמִכְתַּב וְנָתַן אוֹתוֹ אוֹ וּנְתָנוֹ מַה ת"ל הָעֶרְכְּךָ ש"מ אַעֲרָכִין קָמַהְדַּר:
'Il donnera l'estimation de ta valeur' — [écrit] à propos de celui qui rachète un champ acquis [consacré] : 'et le cohen lui comptera le montant de ton estimation jusqu'à l'année du Jubilé, et il donnera l'estimation de ta valeur' ; il aurait dû écrire 'il le donnera' ou 'il [le] donnera' -- qu'enseigne 'l'estimation de ta valeur' ? On en déduit qu'il revient [parler] des valeurs (arakhin).
לְפִי שֶׁמָּצִינוּ בְּהֶקְדֵּשׁוֹת וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁהֵן מִתְחַלְּלִין עַל הַמָּעוֹת כְּשֶׁהִפְרִישׁ פִּדְיוֹנָן וְאָבַד אֵינוֹ חַייָּב בְּאַחֲרָיוּתָן דְּהָא כְּתִיב וְיָסַף חֲמִישִׁית כֶּסֶף עֶרְכְּךָ עָלָיו וְהָיָה לוֹ וְלָא כְּתִיב בֵּיהּ נְתִינָה אֶלָּא מִשֶּׁהִפְרִישׁוּ וְאָמַר הֲרֵי זֶה מְחֻולָּל עַל זֶה נִקְרָא עֵרֶךְ לְהַקְדִּישׁ דָּמָיו וְיָצָא לְחֻולִּין הַהֶקְדֵּשׁ:
Puisque nous trouvons, pour les consacrés et le maaser cheni, qu'ils se rachètent sur de l'argent — quand il a mis à part leur rachat et [que celui-ci] s'est perdu, il n'en est pas responsable, car il est écrit 'il ajoutera le cinquième de l'argent de ton estimation, et ce sera à lui' ; et il n'y est pas écrit de 'don' : dès qu'il l'a mis à part en disant 'voici ceci racheté sur cela', c'est appelé 'erekh' [destiné] à consacrer son prix, et le [bien] consacré est sorti vers le profane.
🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁמָּצִינוּ בְּהֶקְדֵּשׁוֹת וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי כּוּ' תֵּימַהּ בְּאֵיזֶה הֶקְדֵּשׁ מַיְירֵי אִי דְּאָמַר הֲרֵי זֶה מַאי אִירְיָא דִּנְקַט לְאַחַר שֶׁנִּתְחַלְּלוּ אֲפִילּוּ הֶקְדֵּשׁ עַצְמוֹ נִגְנַב אוֹ נֶאֱבַד אֵין חַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ דְּאָמַר עָלַי אַף עַל גַּב דִּבְהֶקְדֵּשׁ גּוּפֵיהּ חַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ כֵּיוָן שֶׁנִּתְחַלֵּל אֵינוֹ חַייָּב בְּאַחְרָיוּת הַמָּעוֹת וְאִם כֵּן מַה קָאָמַר יָכוֹל אַף זֶה כֵּן הֵיאַךְ דּוֹמֶה עֵרֶךְ לְהֶקְדֵּשׁ שֶׁנִּתְחַלֵּל:
Puisque nous trouvons, pour les consacrés et le maaser cheni, etc. — [c'est] étonnant : de quel [bien] consacré parle-t-on ? Si [c'est] qu'il a dit 'voici ceci' (hare ze), pourquoi enseigner 'après qu'ils ont été rachetés' ? Même le [bien] consacré lui-même, [s'il est] volé ou perdu, [on] n'en est pas responsable ! Force est [de dire] qu'il a dit 'sur moi' (alai), [et qu']encore que pour le consacré lui-même [on] en soit responsable, une fois racheté [on] n'est plus responsable de l'argent ; et si tel est le cas, que veut dire '[on] pourrait [croire] que celui-ci aussi [est] ainsi' -- en quoi la valeur ressemble-t-elle au consacré qui a été racheté ?
💡 Explication

Rava réfute Rav Hamnouna : on peut formuler un vœu de valeur sans 'alai', en disant 'me voici tenu par ma valeur' (hareni beerkî). Donc 'alai' devrait y créer une responsabilité. En outre, une braita de Rabbi Natan sur 'il donnera l'estimation de ta valeur... [chose] sainte à l'Éternel' (Lev 27:23) enseigne qu'il y a responsabilité pour les arakhin -- par contraste avec le rachat (hilloul) du consacré et du maaser cheni sur de l'argent profane, où l'argent perdu n'engage pas de responsabilité (le raisonnement se poursuit au daf suivant).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).