Sougya : La Guemara cherche le cas exact d'oiseau consacré que la Michna exempte du renvoi du nid (chilouah haken), en écartant plusieurs hypothèses (nid dans la maison déjà disponible ; nid d'autrui qu'on ne peut consacrer ; poussins ou mère déjà acquis avant la consécration). Rav l'établit pour des qodchei mizbeah (pigeons du colombier consacrés pour l'autel, qui se rebellent), Chmouel pour des qodchei bedek habayit (poule consacrée à l'entretien du Temple).
S'ensuit le débat de fond entre Rabbi Yo'hanan et Rabbi Chimon ben Lakich : la rébellion (merida) efface-t-elle la sainteté de valeur ? Rabbi Yo'hanan : non -- 'à l'Éternel la terre et sa plénitude' (Ps 24:1), tout demeure au trésor divin (bei gaza derahmana).
On confronte ce principe à la responsabilité (aharayout) pour de l'argent consacré volé ou perdu, et à la distinction entre neder ('alai', sur moi) et nedava ('hare zo', cet objet), entre ce qui manque l'offrande et ce qui n'existe plus, enfin au cas des arakhin (valeurs).
[...comment serait-il libre de couver ses œufs ?] Il est passible de mort [et aurait dû être exécuté] ! Plutôt, [c'est un cas] où son jugement n'a pas été prononcé (lo gamar dinei), et il faut l'amener au tribunal et accomplir en lui 'tu extirperas le mal du milieu de toi' (ouviarta hara mikirbekha).
Suite de Ravina (138b). Comment un oiseau ayant tué, donc passible de mort, peut-il couver ? On précise : c'est un cas où son jugement n'a pas encore été prononcé (lo gamar dinei). Il ne doit pas être renvoyé mais amené au beit din pour accomplir 'tu extirperas le mal du milieu de toi' (Deut 13:6).
Ces [bêtes] consacrées [de la Michna], quel [en est] le cas ? Si l'on dit qu'il avait un nid dans sa maison et qu'il l'a consacré — [mais] est-il [même] obligé [du renvoi en pareil cas] ?
[Le verset] 'si tu rencontres un nid d'oiseau' (ki yikare ken tsipor) exclut [ce qui est] disponible (mezouman) !
Première hypothèse pour le cas de la Michna : un nid dans sa maison qu'il consacre. Ecartée : même profane, un nid dans la maison n'oblige pas au renvoi, car 'si tu rencontres un nid' (Deut 22:6) exclut le nid disponible (mezouman). Inutile donc d'invoquer la consécration.
Plutôt, [c'est] qu'il a vu un nid quelconque [n'appartenant à personne] et l'a consacré. [Mais] est-il [seulement] consacré ?
Le Miséricordieux a dit : 'un homme, s'il consacre sa maison [pour qu'elle soit] sainte' (ich ki yakdich et beito kodech) — de même que sa maison [est] en son domaine, de même tout [ce qu'il consacre doit être] en son domaine.
Deuxième hypothèse : il a vu un nid sans propriétaire et l'a consacré. Ecartée : ce nid n'est pas consacré, car 'un homme s'il consacre sa maison' (Lev 27:14) enseigne que de même que la maison est en son domaine (à lui), tout ce qu'on consacre doit être en son domaine. On ne peut consacrer le bien d'autrui.
Plutôt, [c'est] qu'il a soulevé les poussins, les a consacrés, puis les a remis [au nid]. [Mais] celui-là, même [s'ils étaient] profanes, n'est pas non plus obligé, car un tana enseigne : [s'il] a pris les petits et les a remis au nid, et qu'ensuite la mère est revenue sur eux — [il est] exempt du renvoi.
Troisième hypothèse : il a soulevé les poussins (les acquérant), les a consacrés, puis remis au nid. Ecartée : même profanes, des poussins qu'on a acquis puis remis dispensent du renvoi (Michna 141a : si l'on a pris les petits puis les a rendus et que la mère revient, exempt -- ils sont désormais disponibles). La consécration n'ajoute rien.
Plutôt, [c'est] qu'il a soulevé la mère, l'a consacrée, puis l'a remise. [Mais] il était déjà obligé au renvoi avant de la consacrer !
Car il est enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Yossef dit : [s'il] a consacré une bête sauvage puis l'a égorgée — [il est] exempt de couvrir [le sang] ; [s'il] l'a égorgée puis l'a consacrée — [il est] obligé de couvrir, car il s'est déjà obligé au recouvrement avant qu'elle ne tombe sous la consécration.
Quatrième hypothèse : il a soulevé la mère, l'a consacrée, puis remise. Ecartée : il était déjà obligé au renvoi (au moment où il l'a trouvée) avant de la consacrer ; la consécration postérieure n'efface pas une mitsva déjà contractée. Preuve par Rabbi Yo'hanan ben Yossef (kissouy hadam) : qui consacre une bête puis l'égorge est exempt de couvrir (le consacré n'y est pas sujet) ; mais qui égorge puis consacre est obligé, l'obligation ayant déjà pris effet.
Rav dit : [il s'agit] de celui qui consacre les rejetons (perot) de son colombier [pour l'autel] et qu'ils se sont rebelles ; et Chmouel dit : [il s'agit] de celui qui consacre sa poule pour l'entretien du Temple (bedek habayit).
Deux solutions. Rav : la Michna parle d'un homme qui consacre les pigeonneaux de son colombier pour l'autel (qodchei mizbéa-h, offrande volontaire) ; devenus grands ils se rebellent et nichent ailleurs -- non disponibles, mais exempts car consacrés. Chmouel : il s'agit d'une poule consacrée à l'entretien du Temple (bedek habayit, sainteté de valeur seulement) qui s'est rebellée.
Soit pour Chmouel : il n'a pas dit comme Rav parce qu'il l'établit [même] pour des qodchei bedek habayit. Mais Rav, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Chmouel ?
La Guemara compare les deux. Chmouel a préféré bedek habayit parce que cela enseigne une plus grande nouveauté : même une simple sainteté de valeur exempte du renvoi (on doit l'amener au trésorier). Mais pourquoi Rav a-t-il refuse de l'établir, comme Chmouel, pour des qodchei bedek habayit ?
Rav peut te dire : je n'ai exempté du renvoi que [dans un cas] comme les rejetons de son colombier, qui sont qodchei mizbeah : puisqu'ils sont consacrés d'une sainteté du corps (kedouchat haguf), leur sainteté ne se retire pas d'eux ; mais pour celui qui consacre sa poule [pour] l'entretien du Temple, qui n'est pas qodchei mizbeah mais simple sainteté de valeur (kedouchat damim) — dès lors qu'elle s'est rebellée, sa sainteté s'est retirée, et elle est obligée au renvoi.
Réponse de Rav. Il n'exempte que les qodchei mizbéa-h (sainteté du corps, kedouchat haguf) : leur sainteté ne s'efface pas par la rébellion. Mais une poule consacrée pour bedek habayit n'a qu'une sainteté de valeur (kedouchat damim) : selon Rav, dès qu'elle se rebelle, cette sainteté s'efface et l'oiseau redevient obligé au renvoi. Voilà pourquoi Rav refuse l'exemple de Chmouel.
Et Chmouel dit : partout où elle se trouve, elle est au trésor du Miséricordieux (bei gaza derahmana), car il est écrit : 'à l'Éternel [appartient] la terre et sa plénitude' (lashem haaretz oumlooa). Et de même Rabbi Yo'hanan dit : [il s'agit] de celui qui consacre sa poule pour l'entretien du Temple et qu'elle s'est rebellée.
Rabbi Chimon ben Lakich lui dit : mais dès lors qu'elle s'est rebellée, sa sainteté s'est retirée ! Il lui dit : [non,] elle est au trésor du Miséricordieux, car il est écrit : 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'.
Chmouel (et Rabbi Yo'hanan) répondent à Rav : même rebellée, la poule consacrée demeure sainte, car où qu'elle soit elle reste au trésor du Miséricordieux (bei gaza derahmana) -- 'à l'Éternel la terre et sa plénitude' (Ps 24:1). Rabbi Chimon ben Lakich objecte d'abord que la rébellion efface la sainteté (comme Rav) ; Rabbi Yo'hanan, son maître, lui répond par le même verset.
Et l'on oppose [un propos] de Rabbi Yo'hanan à [un autre de] Rabbi Yo'hanan, et [un propos] de Rabbi Chimon ben Lakich à [un autre de] Rabbi Chimon ben Lakich.
La Guemara relève une double contradiction : ce que Rabbi Yo'hanan dit ici (la sainteté demeure) semble contredire un autre de ses enseignements, et de même pour Rabbi Chimon ben Lakich.
Car il a été dit : 'ces cent [dinars sont consacrés] pour l'entretien du Temple', et ils ont été volés ou perdus — Rabbi Yo'hanan dit : [le consacrant] en est responsable jusqu'à ce qu'ils parviennent au trésorier (gizbar) ; et Reich Lakich dit : partout où ils se trouvent, ils sont au trésor du Miséricordieux, car il est écrit 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'. [Donc :] difficulté de Reich Lakich sur Reich Lakich, difficulté de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan !
Le cas contradictoire. Quelqu'un consacre cent dinars pour bedek habayit ; ils sont volés ou perdus. Ici Rabbi Yo'hanan dit qu'il en reste responsable jusqu'à ce qu'ils parviennent au gizbar -- ce qui contredit son propos précédent (tout reste au trésor divin). Et Reich Lakich dit ici qu'ils restent au trésor divin (pas de responsabilité) -- ce qui contredit son propos précédent (la rébellion efface la sainteté). Double inversion.
[La contradiction] de Reich Lakich sur Reich Lakich n'[en] est pas [une] : ceci [fut dit] avant qu'il l'eût entendu de Rabbi Yo'hanan son maître, cela après qu'il l'eût entendu de Rabbi Yo'hanan son maître.
Résolution pour Reich Lakich : pas de contradiction chronologique. Son propos 'la rébellion efface la sainteté' fut tenu avant qu'il n'entende de son maître Rabbi Yo'hanan le principe 'à l'Éternel la terre'. Une fois ce principe reçu, il l'a adopté -- d'où son propos postérieur (pas de responsabilité pour l'argent perdu).
Mais [la contradiction] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan demeure ! [Réponse :] de Rabbi Yo'hanan sur Rabbi Yo'hanan non plus ce n'est pas une difficulté : ceci [où il est responsable, c'est] quand il a dit 'sur moi' (alai), cela [où il ne l'est pas, c'est] quand il a dit 'cet [objet]' (hare zo).
Résolution pour Rabbi Yo'hanan : deux formules différentes. S'il a dit 'alai' (sur moi -- [il m'incombe] d'apporter), il s'est engagé personnellement et reste responsable jusqu'au gizbar. S'il a dit 'hare zo' (cet objet[-ci] est consacré), il n'a désigné que l'objet sans s'engager : où qu'il soit, il reste au trésor divin -- pas de responsabilité.
[On infère] par implication que, pour Rabbi Chimon ben Lakich, même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé ?
On infère a contrario : si Rabbi Yo'hanan n'oblige que pour 'alai', alors selon Reich Lakich -- qui dispense de responsabilité -- on n'est pas obligé même quand on a dit 'alai'. Ce qui paraît difficile, comme le montre la suite.
Mais n'est-il pas enseigné : qu'est-ce qu'un vœu (neder) et qu'est-ce qu'un don (nedava) ? Le vœu, [c'est] celui qui dit 'voici sur moi un holocauste' (hare alai ola) ; le don, [c'est] celui qui dit 'voici ceci [est] un holocauste' (hare zo ola).
Et quelle [est la] différence entre vœu et don ? Le vœu : [si la bête] est morte, ou a été volée, ou s'est perdue — [il en] est responsable ; le don : [si elle] est morte, ou volée, ou perdue — [il n'en] est pas responsable.
Objection contre l'inférence. Une braita (Kinnim 1:1) distingue neder (vœu) et nedava (don) : le neder = 'voici sur moi (alai) un holocauste' ; la nedava = 'voici ceci (hare zo) un holocauste'. Différence : pour le neder, si la bête meurt/est volée/perdue, on en est responsable ; pour la nedava, on ne l'est pas. Donc 'alai' oblige bien -- y compris, semble-t-il, pour Reich Lakich.
Reich Lakich peut te dire : ces propos [valent] pour les qodchei mizbeah, qui manquent [encore] l'offrande (mehoussar hakrava) ; mais pour les qodchei bedek habayit, qui ne manquent pas l'offrande — même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé.
Réponse de Reich Lakich : la braita (neder/responsabilité) ne vaut que pour les qodchei mizbéa-h, qui manquent encore d'être offerts (mehoussar hakrava) -- 'alai' signifie alors 'il m'incombe de l'apporter à l'autel'. Mais pour les qodchei bedek habayit, déjà acquittés par la mise à part (rien ne manque), même 'alai' n'engendre aucune responsabilité en cas de perte.
Mais n'avons-nous pas appris : celui qui dit 'ce taureau [est] un holocauste', 'cette maison [est] une offrande (korban)' — [si] le taureau est mort, [si] la maison s'est écroulée — il n'en est pas responsable ; [mais s'il dit] 'ce taureau [est] sur moi un holocauste', 'cette maison [est] sur moi une offrande' — [si] le taureau est mort et [si] la maison s'est écroulée — il est tenu de payer ?
Nouvelle objection (Arakhin 20b). Qui dit 'ce taureau est un holocauste' / 'cette maison est une offrande [pour bedek habayit]' (formule hare zo) : si le taureau meurt / la maison s'écroule, pas de responsabilité. Mais 'ce taureau est sur moi' / 'cette maison est sur moi' (formule alai) : il doit payer. Or 'maison' = bedek habayit -- donc 'alai' oblige aussi pour le bedek habayit, contre Reich Lakich.
Ces propos [valent] là où le taureau est mort et la maison s'est écroulée — il est tenu de payer, car ils n'existent plus (délitnehou) ; mais là où ils existent [encore, volé ou perdu] — partout où cela se trouve, c'est au trésor du Miséricordieux, car il est écrit 'à l'Éternel la terre et sa plénitude'.
Réponse décisive de Reich Lakich. La responsabilité (même avec 'alai', pour le bedek habayit) ne vaut que si le bien n'existe plus (délitnehou : taureau mort, maison écroulée) -- alors il faut le remplacer. Mais si le bien existe encore (volé ou perdu, comme l'argent), il demeure au trésor divin (Ps 24:1) : aucune responsabilité. C'est ainsi qu'il harmonise tout.
Rav Hamnouna a dit : tous concèdent pour les valeurs (arakhin) que, même s'il a dit 'sur moi' (alai), il n'est pas obligé [responsable]. Quelle [en est] la raison ?
Parce qu'on ne peut l'énoncer sans [dire] 'sur moi'.
Rav Hamnouna écarte un cas particulier : les arakhin (valeurs : qui dit 'ma valeur [est due] sur moi' et met à part l'argent). Même avec 'alai', aucune responsabilité en cas de perte. Raison : un vœu de valeur ne peut s'énoncer autrement qu'avec 'alai' -- ici 'alai' n'est donc pas un engagement personnel renforcé mais la seule formule possible.
Comment dirait-il [autrement] ? S'il dit 'ma valeur' (erki) — à qui [l'imposer] ?
S'il dit 'la valeur d'untel' (erekh peloni) — à qui [l'imposer] ?
Justification de Rav Hamnouna : impossible de formuler un vœu de valeur sans 'alai'. Dire seulement 'ma valeur' (erki, sans 'alai') -- sur qui retomberait l'obligation de payer ? Dire 'la valeur d'untel' (erekh peloni) -- sur qui ? Faute de 'alai', aucun engagement ne se fixe. C'est pourquoi 'alai' ici ne crée pas de responsabilité renforcée.
Rava objecte : qu'il dise [donc] 'me voici tenu par ma valeur' (hareni beerkî), 'me voici tenu par la valeur d'untel' (hareni beérekh peloni) ! Et en outre, il est enseigné : Rabbi Natan dit : '[il] donnera l'estimation de ta valeur (ha-erkekha) en ce jour, [chose] sainte à l'Éternel' — qu'enseigne [ce verset] ?
Puisque nous trouvons, pour les [biens] consacrés et les [secondes] dîmes (maaser cheni), qu'ils se rachètent (mithalelin) sur de l'argent profane, [et que si] cet [argent] est volé ou perdu, [les propriétaires] n'en sont pas responsables...
Rava réfute Rav Hamnouna : on peut formuler un vœu de valeur sans 'alai', en disant 'me voici tenu par ma valeur' (hareni beerkî). Donc 'alai' devrait y créer une responsabilité. En outre, une braita de Rabbi Natan sur 'il donnera l'estimation de ta valeur... [chose] sainte à l'Éternel' (Lev 27:23) enseigne qu'il y a responsabilité pour les arakhin -- par contraste avec le rachat (hilloul) du consacré et du maaser cheni sur de l'argent profane, où l'argent perdu n'engage pas de responsabilité (le raisonnement se poursuit au daf suivant).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).