Chullin 13b — Ein minin be'umot, korban du non-Juif, impureté du tikrovet avoda zara, et l'abattage de nuit

Chullin 13b

Sougya : Suite directe de 13a. La braita sur le min s'achève (ses fils sont mamzerim), puis la Guemara demande pourquoi ne pas craindre que le non-Juif soit un min : Rav Nahman pose ein minin be'umot — il n'y a pas de minim parmi les nations, la majorité suivant la coutume de leurs pères (R.

Yo'hanan). On précise la portée de cette règle : ni pour la chehita ni pour moridin (kal va-homer depuis le min juif), mais pour accepter une offrande, qu'on reçoit de tout non-Juif mais non du moumar juif (mikem / ish ish).

La Guemara revient ensuite sur 'impurifie par le port' : Rava distingue la nevela (be-massa) du tikrovet avoda zara, objet d'une mahloket — Rabbi Yehouda ben Beteira l'assimile au mort (be-ohel, d'après zivchei metim), les Rabbanan non. Enfin une nouvelle Michna : l'abattage de nuit et celui d'un aveugle sont valables ; bedi'avad oui, lechatchila non, sauf torche (Rav Papa).

Trois degrés d'impureté et la mahloket sur le tikrovet (segments 7-9) Source d'impureté par le port (be-massa) sous une tente (be-ohel) Nevela (bête égorgée par un non-Juif) OUI NON Tikrovet avoda zara (offrande idolâtre) OUI R. Yehouda b. Beteira : OUI Rabbanan : NON (machloket : be-ohel ou non) Met (cadavre) OUI OUI R. Yehouda b. Beteira dérive l'impureté de tente de : va-yochlu zivchei metim (Ps 106:28) — assimilation au mort.
Impureté (segments 7-9) : la nevela par le port, le mort sous tente, et le tikrovet entre les deux selon la mahloket.
Ein minin be'umot énonce à quel propos ? Pour la chehita ? Pour moridin ? Pour le korban ? Superflu kal va-homer depuis le min juif (déjà interdit) Superflu kal va-homer depuis le min juif RETENU On accepte l'offrande de tout non-Juif, même min mikem : exclut le moumar juif ish ish : inclut les non-Juifs (Rav Oukva bar Hama)
Ein minin be'umot (segments 2-6) : la règle ne sert ni la chehita ni moridin, mais l'acceptation d'une offrande.
1
בָּנָיו מַמְזֵרִין.

...ses fils sont mamzerim (puisqu'il ne se soucie pas que sa femme commette l'adultère et la laisse libre).

📜 Rachi (1)
בָּנָיו מַמְזֵרִים שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד עַל אִשְׁתּוֹ וּמַפְקִירָהּ:
Ses fils sont mamzerim — car il ne veille pas sur sa femme et la laisse libre (mafqir).
2
וְתַנָּא קַמָּא, אִשְׁתּוֹ לָא מַפְקַר.

Et le premier tana (pourquoi n'a-t-il pas inclus que ses fils sont mamzerim) ? Pour lui, le min ne laisse pas sa femme libre.

3
אָמַר מַר: שְׁחִיטַת נָכְרִי נְבֵלָה, וְנֵיחוּשׁ שֶׁמָּא מִין הוּא? אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: אֵין מִינִין בָּאֻומּוֹת.

Le Maître a dit (dans la Michna) : la chehita d'un non-Juif rend nevela. Mais craignons qu'il soit peut-être un min (idolâtre fervent, dont l'abattage serait interdit à la jouissance) !

Rav Nahman dit au nom de Rabba bar Avouh : il n'y a pas de minim parmi les nations.

📜 Rachi (1)
מִין זֶה הָאָדוּק בַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמִין יִשְׂרָאֵל חָמוּר מִמּוּמָר לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁהַמִּין אָדוּק בָּהּ וְכָל מַחְשְׁבוֹתָיו לָהּ:
Min — celui qui est fervent (adouk) dans l'idolâtrie ; et le min juif est plus grave que le moumar (apostat) pour l'idolâtrie, car le min y est attaché et toutes ses pensées vont vers elle.
💡 Explication

La Guemara craint qu'un non-Juif soit en réalité un min (idolâtre fervent), ce qui interdirait sa bête à la jouissance. Réponse de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : ein minin be'umot — il n'y a pas de minim parmi les nations.

🖼️ Schéma
Faut-il craindre que le non-Juif soit un min ? Chehita d'un non-Juif : et s'il était un min (idolâtre) ? Rav Nahman / Rabba bar Avouh : ein minin be'umot On en voit pourtant ! -> mais c'est une minorité (on suit la majorité) -> hors d'Israël : minhag avot, non conviction (R. Yo'hanan) Conclusion : la bête est nevela interdite à la table, mais permise à la jouissance
Segment 2-3 : la crainte du min écartée par la majorité et le minhag avot.
4
וְהָא קָחָזֵינַן דְּאִיכָּא? אֵימָא: אֵין רֹוב אֻומּוֹת מִינִין, סָבַר לַהּ כִּי הָא דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גּוֹיִם שֶׁבְּחוּצָה לְאָרֶץ לָאו עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, אֶלָּא מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶן בִּידֵיהֶן.

Mais nous voyons bien qu'il y en a ! Dis plutôt : la majorité des nations ne sont pas minim (et l'on suit la majorité).

Rabba bar Avouh tient comme ce que dit Rabbi Hiyya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : les non-Juifs hors de Terre d'Israël ne sont pas des idolâtres, mais ils suivent la coutume de leurs pères (minhag avot).

📜 Rachi (1)
אֵין רוֹב עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִינִין הִלְכָּךְ הָווּ לְהוּ מִינִין מִיעוּטָא וּלְמִיעוּטָא לָא חָיְישִׁינַן:
La majorité des idolâtres ne sont pas minim — donc les minim sont une minorité, et à une minorité on ne se soucie pas.
🗂️ Tossefot (1)
נָכְרִים שֶׁבְּחוּצָה לְאָרֶץ לָאו עוֹבְדֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הֵם הִלְכָּךְ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נָמֵי אֵין אֲדוּקִין כָּל כָּךְ שֶׁיִּהְיוּ מַעֲשֵׂיהֶם לְשֵׁם עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים:
Les non-Juifs hors de Terre d'Israël ne sont pas des idolâtres — donc, en Terre d'Israël non plus ils ne sont pas si attachés à l'idolâtrie que leurs actes seraient accomplis en son nom.
💡 Explication

Objection : on voit bien des idolâtres ! Réponse : la majorité des nations ne sont pas minim, et l'on suit la majorité. Rabba bar Avouh suit Rabbi Yo'hanan : les non-Juifs hors de Terre d'Israël ne sont pas des idolâtres convaincus, ils suivent la coutume de leurs pères (minhag avot).

5
אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר מִנְיוֹמֵי אָמַר רַב נַחְמָן: אֵין מִינִין בָּאֻומּוֹת. לְמַאי? אִילֵּימָא לִשְׁחִיטָה, הַשְׁתָּא שְׁחִיטַת מִין דְּיִשְׂרָאֵל אָמְרַתְּ אֲסִירָא, דְּגוֹי מִבַּעְיָא? אֶלָּא לְמוֹרִידִין, הַשְׁתָּא דְּיִשְׂרָאֵל מוֹרִידִין, דְּגוֹיִם מִבַּעְיָא?

Rav Yossef bar Minyoumi dit au nom de Rav Nahman : il n'y a pas de minim parmi les nations. À quel propos ?

Si l'on dit : pour la chehita — or maintenant que tu as dit que la chehita d'un min juif est interdite, faut-il le dire d'un non-Juif (à fortiori) ? Plutôt : pour moridin (qu'on fait descendre dans une fosse, c.-à-d. qu'on peut faire périr) — or maintenant que d'un min juif on fait descendre, faut-il le dire d'un non-Juif ?

📜 Rachi (3)
אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר מִנְיוֹמֵי אֵין מִינִין בְּאוּמוֹת עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כְּלוֹמַר אֵין תּוֹרַת מִין עַל מִין עוֹבֵד כּוֹכָבִים:
Rav Yossef bar Minyoumi dit : il n'y a pas de minim parmi les nations idolâtres — c'est-à-dire que le statut (din) de min ne s'applique pas à un min idolâtre.
דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִבַּעְיָא כ"ש שֶׁאָדוּק דִּסְתָם מַחְשְׁבוֹתָיו לָהּ וַאֲסוּרָה בַּהֲנָאָה:
Faut-il le dire d'un non-Juif — à fortiori, puisqu'il est fervent et que ses pensées non spécifiées vont vers l'idolâtrie, son abattage étant interdit à la jouissance.
לַמּוֹרִידִין בְּבוֹר דְּאָמְרִינַן בְּאֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף כו:) הַמִּינִים מוֹרִידִין אוֹתָן לַבּוֹר כו' אֲבָל הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים וְהָרוֹעִים בְּהֵמָה דַּקָּה אֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל לֹא מַעֲלִין וְלֹא מוֹרִידִין:
Pour moridin — dans une fosse, comme nous disons au chapitre Ein maamidin (Avoda Zara 26b) : les minim, on les fait descendre dans la fosse, etc. ; mais les idolâtres ordinaires et les bergers juifs de petit bétail, même un Juif, on ne les remonte pas et on ne les fait pas descendre.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁחִיטַת מִין דְּיִשְׂרָאֵל אֲסוּרָה דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִיבַּעְיָא וא"ת וְדִילְמָא מִין יִשְׂרָאֵל גָּרַע דְּהָא עוֹבֵד עֲבוֹדַת כּוֹכְבֵי' הָוֵי מִין לכ"ע בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּהוֹרָיוֹת (דַּף יא.) וְנָכְרִים אַף עַל פִּי שֶׁרֻובָּם עוֹבְדֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לָא אָמְרִינַן שְׁחִיטָתָן לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְי"ל דְּמִכָּל מָקוֹם מִין עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּאָדוּק בַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים יוֹתֵר פָּשׁוּט דִּשְׁחִיטָתוֹ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מִמִּין יִשְׂרָאֵל:
La chehita d'un min juif est interdite, faut-il le dire d'un non-Juif — on pourrait objecter : peut-être le min juif est-il pire, car un Juif idolâtre est un min selon tous (Horayot 11a), tandis que des non-Juifs, bien que la plupart soient idolâtres, on ne dit pas que leur chehita vise l'idolâtrie ? On répond : néanmoins, pour un min non-Juif, attaché à l'idolâtrie, il est plus évident que son abattage vise l'idolâtrie que pour un min juif.
💡 Explication

À quel propos énoncer 'ein minin be'umot' ? Pas pour la chehita ni pour moridin (les faire périr) : dans les deux cas un kal va-homer depuis le min juif suffirait. La règle vise donc autre chose (segment suivant).

6
אָמַר רַב עֻוקְבָא בַּר חָמָא: לְקַבֵּל מֵהֶן קָרְבָּן, דְּתַנְיָא: ״מִכֶּם״ וְלֹא כֻּולְּכֶם, לְהוֹצִיא אֶת הַמְשֻׁומָּד, ״מִכֶּם״ – בָּכֶם חִלַּקְתִּי וְלֹא בָּאֻומּוֹת.

Rav Oukva bar Hama dit : c'est pour accepter d'eux une offrande (korban). Comme il est enseigné (braita) sur le verset mikem (d'entre vous, Lev 1:2) : mikem et non tous, pour exclure le moumar (apostat juif) ; mikem — c'est parmi vous les Juifs que j'ai fait une distinction, et non parmi les nations (dont on accepte l'offrande de tous, même d'un min).

📜 Rachi (3)
לְקַבֵּל מֵהֶן קָרְבָּן דִּמְקַבְּלִין קָרְבָּן מִכֻּולָּן וּמַקְרִיבִין אוֹתוֹ לַמִּזְבֵּחַ אֲבָל בְּמִין יִשְׂרָאֵל לֹא כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא דְּהַךְ מַתְנִיתָא חוּץ מִן הַמּוּמָר לְנַסֵּךְ אֶת הַיַּיִן ואע"פ שֶׁאֵינוֹ מוּמָר לִשְׁאָר מִצְוֹת וְהֵבִיא קָרְבָּן אֵין מְקַבְּלִין הֵימֶנּוּ כִּדְתָרֵיצְנָא לְעֵיל בְּפִירְקִין (חֻולִּין דַּף ה.):
Pour accepter d'eux une offrande — on accepte une offrande de tous les non-Juifs et on l'offre sur l'autel ; mais d'un min juif, non, comme l'enseigne la fin de cette braita : sauf le moumar pour la libation du vin — et même s'il n'est pas apostat pour les autres mitsvot, s'il a apporté une offrande on ne l'accepte pas de lui, comme nous l'avons expliqué plus haut dans ce chapitre (Houlin 5a).
בָּכֶם חִלַּקְתִּי לְהוֹצִיא אֶת הַמּוּמָר:
Parmi vous j'ai fait une distinction — pour exclure le moumar.
וְלֹא בְּעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דַּאֲפִילּוּ הַמִּינִין כְּשֵׁרִין. ואע"ג דִּבְהֶדְיָא תְּנָא לָהּ בְּהָא מַתְנִיתָא לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ תְּנֵינָא מִשּׁוּם דְּלָאו לְכֻולֵּי עָלְמָא שֹׁמֵיעַ לְהוּ מַתְנִיתָא אֲבָל בְּמִידִי דִּתְנָא בְּמַתְנִיתִין כִּי אָמַר לָהּ אָמוֹרָא פָּרִיךְ עָלֶיהָ מַאי קמ"ל תְּנֵינָא:
Et non parmi les idolâtres — car même les minim non-Juifs sont valables pour apporter une offrande. Et bien que cela soit enseigné explicitement dans cette braita, on n'objecte pas nous l'avons déjà appris (taninah), parce que cette braita n'est pas connue de tous ; mais pour une chose enseignée dans la Michna, quand un Amora la répète, on lui objecte : que nous apprend-il, nous l'avons déjà appris.
💡 Explication

Rav Oukva bar Hama : c'est pour accepter une offrande (korban). Le verset 'mikem' exclut le moumar (apostat juif), mais 'parmi vous j'ai distingué, non parmi les nations' : on accepte le korban de tout non-Juif, même d'un min.

7
מִמַּאי? דִּלְמָא הָכִי קָאָמַר: מִיִּשְׂרָאֵל – מַצְדִּיקֵי קַבֵּל, מֵרַשִּׁיעֵי לָא תְּקַבֵּל, אֲבָל בְּאוּמוֹת הָעוֹלָם – כְּלָל כְּלָל לֹא! לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּתַנְיָא: ״אִישׁ״ – מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״אִישׁ אִישׁ״? לְרַבּוֹת הַגּוֹיִם, שֶׁנּוֹדְרִים נְדָרִים וּנְדָבוֹת כְּיִשְׂרָאֵל.

D'où cela ? Peut-être le verset dit-il : des Juifs, accepte des justes, des méchants n'accepte pas ; mais des nations du monde, pas du tout !

Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est enseigné (braita) : ish — que vient enseigner ish ish (Lev 22:18) ? À inclure les non-Juifs, qui peuvent faire des vœux (nedarim) et des dons (nedavot) comme un Juif.

📜 Rachi (1)
אִישׁ אִישׁ מִבֵּית יִשְׂרָאֵל וּמִן הַגֵּר (הַגֵּר) בְּיִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יַקְרִיב קָרְבָּנוֹ וְגוֹ':
Ish ish — ...de la maison d'Israël et du guer (étranger résidant) en Israël, qui offrira son offrande, etc. (Lev 22:18).
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל מֵעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כְּלָל כְּלָל לֹא וא"ת א"כ לִישְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי מְקַבְּלִין הָא אִיצְטְרִיךְ אִישׁ אִישׁ לְרַבּוֹיִינְהוּ וְי"ל דְּמ"מ ס"ד דְּמִצַּדִּיקֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים נְקַבֵּל לְהָכִי אֲתָא קְרָא לְמַעוֹטִינְהוּ לְגַמְרֵי וְאִם תֹּאמַר וְהָא כְּתִיב (וַיִּקְרָא כב) וּמָעוּךְ וְכָתוּת וְנָתוּק וְכָרוּת וְגוֹ' וּכְתִיב (שָׁם) וּמִיַּד בֶּן נֵכָר לֹא תַקְרִיבוּ אֶת אֵלֶּה הָא תְּמִימִים תַּקְרִיבוּ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְעוֹלָם תְּמִימִים נָמֵי לָא וַאֲתָא קְרָא בְּבַעֲלֵי מוּמִין לַעֲבֹור עֲלֵיהֶם בְּלָאו וַעֲשֵׂה:
Mais des idolâtres, pas du tout — on pourrait objecter : alors que le verset se taise à leur sujet, d'où viendrait-il qu'on accepte d'eux ? Or il a fallu ish ish pour les inclure ! On répond : néanmoins on aurait pu penser que des idolâtres justes on accepterait ; c'est pourquoi le verset vient les exclure entièrement. Et si tu objectes : il est écrit (Lev 22) une bête meurtrie, écrasée, arrachée ou coupée... puis de la main d'un fils d'étranger vous n'offrirez pas tout cela — donc des bêtes sans défaut on offrirait ! On répond : en réalité, même sans défaut on n'offre pas non plus, et le verset vient parler des bêtes à défaut pour transgresser à leur sujet par un interdit (lav) et un commandement positif (asseh).
💡 Explication

Pourrait-on accepter des justes des nations et rien des autres ? Non : 'ish ish' (Lev 22:18) vient inclure les non-Juifs, qui peuvent vouer nedarim et nedavot comme un Juif.

8
וּמְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא. פְּשִׁיטָא, כֵּיוָן דִּנְבֵלָה הִיא מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא! אָמַר רָבָא: הָכִי קָתָנֵי, זוֹ מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא, וְיֵשׁ לְךָ אַחֶרֶת שֶׁהִיא מְטַמְּאָה אֲפִילּוּ בְּאֹהֶל, וְאֵיזוֹ זוֹ? תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדָה זָרָה, וּכְרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָא.

Et elle impurifie par le port. C'est évident — puisque c'est une nevela, elle impurifie par le port !

Rava dit : voici ce qu'enseigne la Michna : celle-ci impurifie par le port, et il en est une autre qui impurifie même sous une tente (be-ohel) ; laquelle ? Le tikrovet avoda zara (offrande idolâtre), selon Rabbi Yehouda ben Beteira.

📜 Rachi (3)
מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא יא) וְהַנּוֹשֵׂא אֶת נִבְלָתָהּ ואע"פ שֶׁלֹּא נָגַע:
Impurifie par le port — comme il est écrit (Lev 11) et celui qui porte sa charogne..., même s'il n'y a pas touché.
הָכִי קָתָנֵי שְׁחִיטַת סְתָם עוֹבֵד כּוֹכָבִים אֵין מְטַמֵּא אֶלָּא בְּמַשָּׂא אֲבָל יֵשׁ שְׁחִיטַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁמְּטַמְּאָה אֲפִילּוּ בְּאֹהֶל:
Voici ce qu'enseigne — la chehita d'un idolâtre ordinaire n'impurifie que par le port ; mais il existe un abattage d'idolâtre qui impurifie même sous une tente.
כְּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא לְקַמָּן מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Selon Rabbi Yehouda ben Beteira — la Guemara l'explique plus loin.
💡 Explication

'Elle impurifie par le port' semble évident (puisque nevela) ! Rava : la Michna distingue en réalité deux niveaux — celle-ci par le port (be-massa), tandis qu'une autre impurifie même sous une tente (be-ohel) : le tikrovet avoda zara, selon Rabbi Yehouda ben Beteira.

9
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רָבָא: הָכִי קָתָנֵי, זוֹ מְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא, וְיֵשׁ לְךָ אַחֶרֶת שֶׁהִיא כָּזוֹ שֶׁמְּטַמְּאָה בְּמַשָּׂא וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּאֹהֶל, וְאֵיזוֹ זוֹ? תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדָה זָרָה, וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא.

Certains rapportent : Rava dit : voici ce qu'enseigne la Michna : celle-ci impurifie par le port, et il en est une autre, comme celle-ci, qui impurifie par le port et n'impurifie pas sous une tente ; laquelle ? Le tikrovet avoda zara — et non comme Rabbi Yehouda ben Beteira.

📜 Rachi (1)
אִיכָּא דְאָמְרִי וְכוּ' הָכִי מַשְׁמַע מַתְנִיתִין אֵין טֻומְאָה בִּשְׁחִיטַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים אֶלָּא כִּשְׁאָר נְבֵילוֹת דִּמְטַמְּאִין בְּמַשָּׂא אֲבָל אֵין אֹהֶל בְּשׁוּם שְׁחִיטַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים וַאֲפִילּוּ שָׁחַט לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא הָכִי מַשְׁמַע שְׁחִיטַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים נְבֵלָה וְטֻומְאָתָהּ כִּשְׁאָר נְבֵילוֹת וְהָא דְּקָתָנֵי וּמְטַמְּאָה בְּמַשָּׂא אַתִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים קָאֵי וְהָכִי קָאָמַר וְעוֹד יֵשׁ שְׁחִיטָה אַחֶרֶת שֶׁהִיא כָּזוֹ כְּלוֹמַר אֵינָהּ חֲמוּרָה מִזּוֹ שֶׁאֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶלָּא בְּמַשָּׂא כָּזוֹ:
Ika de'amri, etc. — ainsi la Michna signifie : il n'y a pas d'autre impureté dans l'abattage d'un idolâtre que celle des autres charognes, qui impurifient par le port, mais aucun abattage d'idolâtre n'impurifie sous une tente, même s'il a égorgé pour l'idolâtrie. Autre version : la Michna signifie la chehita d'un idolâtre est nevela et son impureté est comme celle des autres charognes ; et ce qu'elle enseigne et elle impurifie par le port se rapporte au tikrovet avoda zara, et voici ce qu'elle dit : il y a en outre un autre abattage semblable à celui-ci, c'est-à-dire pas plus grave que lui, qui n'impurifie que par le port comme lui.
🗂️ Tossefot (1)
תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מַשְׁמַע הָכָא דְּרַבָּנָן לָא מַקְשֵׁי תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לְמֵת וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף לב:) גַּבֵּי בָּשָׂר הַנִּכְנָס לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מֻותָּר וְהַיּוֹצֵא אָסוּר וְקָאָמַר בַּגְּמָרָא וְהַיּוֹצֵא אָסוּר אִי אֶפְשָׁר דְּלֵיכָּא תִּקְרֹובֶת מַנִּי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הִיא וְהִקְשָׁה ר"ת דִּלְעֵיל בְּהַהוּא פִּירְקָא (חֻולִּין דַּף כט:) גַּבֵּי יַיִן שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּנָפְקָא לָן מִדְּאִיתַּקַּשׁ לְזֶבַח וְזֶבַח לְמֵת וְלָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הִיא כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי בָּשָׂר הַיּוֹצֵא וְעוֹד הִקְשָׁה ר"ת דִּלְעֵיל בִּשְׁמַעְתִּין דִּיֵּיק נְבֵלָה אִין אִיסּוּר הֲנָאָה לָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּר' אֱלִיעֶזֶר דְּאִי ר"א הָאָמַר סְתָם מַחְשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכְבֵי' לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמַאי קֻושְׁיָא לְעוֹלָם מַתְנִיתִין כר"א וְהָא דְּלָא אָסוּר בַּהֲנָאָה מִשּׁוּם דְּלָא אָתְיָא כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא וּמִיהָא יֵשׁ לִדְחוֹת וּלְפָרֵשׁ דְּקָאָמַר מַתְנִיתִין דְּלָא כְּר' אֱלִיעֶזֶר לְמַאי דְּמוֹקֵי מַתְנִיתִין כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּלְעִנְיַן אִיסּוּר לָא פְלִיגִי דְּמַקִּישׁ רַחֲמָנָא לְמֵת לְעִנְיַן אִיסּוּר הֲנָאָה דְּהָא כְּתִיב אֲכִילָה בִּקְרָא (תְּהִילִּים ק״ו:כ״ח) וְיֵאָכְלוּ זִבְחֵי מֵתִים וּבְטֻומְאָה הוּא דִּפְלִיגִי דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מַקִּישׁ לְגַמְרֵי לְמֵת אֲפִילּוּ לְעִנְיַן טֻומְאָה וְכֵן מַשְׁמַע דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא לָא נְקַט אֶלָּא טֻומְאָה וְגַבֵּי בָּשָׂר הַיּוֹצֵא דְּמוּקֵי לָהּ כְּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּזִבְחֵי מֵתִים דְּלָא הֲוָה צָרִיךְ לְמִתְנֵי כֵּיוָן דִּתְנָא אָסוּר אֶלָּא מִיִּתּוּר לָשׁוֹן מַשְׁמַע דִּמְטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת וּמִיהוּ אִי לָאו מִיִּתּוּרָא מִלְּשׁוֹן זִבְחֵי מֵתִים אִי אֶפְשָׁר לְדַקְדֵּק מִדְּדָיֵיק לְקַמָּן בְּפ"ב (חֻולִּין דַּף מ.) גַּבֵּי הַשּׁוֹחֵט לְשֵׁם הָרִים שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה פְּסוּלָה אִין זִבְחֵי מֵתִים לָא וּרְמִינְהוּ הַשּׁוֹחֵט לְשֵׁם הָרִים כו' הֲרֵי אֵלּוּ זִבְחֵי מֵתִים וּמַאי קוּשְׁיָא דִּלְמָא הַהִיא כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא וּמַתְנִיתִין כְּרַבָּנָן אֶלָּא וַדַּאי כֵּיוָן דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה מִשּׁוּם תִּקְרֹובֶת שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי זִבְחֵי מֵתִים אַף עַל גַּב דְּלָא מְטַמֵּא בְּאֹהֶל וְאַף עַל גַּב דִּלְרַבָּנָן לֵיכָּא טֻומְאַת אֹהֶל טֻומְאָה בְּעָלְמָא מִיהוּ מִדְּרַבָּנָן אִיכָּא כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (ע"ז דַּף נב:) אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא לֹא בָּטְלָה טֻומְאָה דְּרַבָּנָן בָּטְלָה אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה הָוְיָא טֻומְאַת אֹהֶל דְּאוֹרָייְתָא וְהָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מח:) לַעֲבֹור תַּחְתֶּיהָ וְאִם עָבַר טָמֵא וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם דְּאִי אֶפְשָׁר דְּלֵיכָּא תִּקְרֹובֶת וּמַנִּי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הִיא וְקָתָנֵי סֵיפָא וְאִם הָיְתָה גּוֹזֶלֶת אֶת הָרַבִּים טָהוֹר אע"ג דְּטֻומְאַת אֹהֶל דְּאוֹרָייְתָא הָתָם לֵיכָּא תִּקְרֹובֶת וַדַּאי אֶלָּא חֲשָׁשָׁא בְּעָלְמָא הִיא וְהֵיכָא דְּגוֹזֶלֶת רַבִּים לֹא גָּזְרוּ רַבָּנָן וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין קכט.) הֲרֵי אָמְרוּ תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁל אֳוכָלִים מְטַמֵּא טֻומְאָתָהּ לָאו דְּאוֹרָייְתָא דְּאִי ס"ד דְּאוֹרָיְיתָא מָצִינוּ לָאֳוכָלִין שֶׁמְּטַמְּאִין טֻומְאָה חֲמוּרָה וּמְשַׁנֵּי כְּשֶׁשִּׁימֵּשׁ מַעֲשֵׂה עֵץ שִׁימֵּשׁ דִּיחוּי בְּעָלְמָא הוּא אִי נָמֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא וא"ת דְּאָמַר בִּפְסָחִים פ' אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף עג.) הַשּׁוֹחֵט בְּשַׁבָּת בַּחוּץ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים חַיָּיב ג' חַטָּאוֹת וּבָעֵי מַאי תִּיקֵּן פֵּירוּשׁ דְּלָא מָצֵית אָמַרְתְּ תִּיקֵּן לְהוֹצִיאוֹ מִידִי נְבֵלָה דְּהָא אִית לֵיהּ טֻומְאָה מִכֹּחַ תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מַשְׁמַע דְּאִיכָּא טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא דְּאִי מִדְּרַבָּנָן א"'כ תִּיקֵּן לְהוֹצִיאוֹ מִידִי טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא וְאִם אָכַל קוֹדֶשׁ אוֹ נִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ פָּטוּר וּמַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ לְרַבָּנָן מַיְירֵי מִדְּלָא קָאָמַר לְרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מַה תִּיקֵּן כִּדְאָמַר הָתָם (לְעֵיל) (שָׁם עג.) לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר מְקַלְקֵל בְּחַבּוּרָה פָּטוּר מַה תִּיקֵּן וי"ל דְּהָוֵי מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי אֶלָּא אֵין רוֹצֶה לְדַקְדֵּק מִכָּאן שֶׁיְּהֵא טֻומְאַת הַתִּקְרֹובֶת לָאו דְּאוֹרָייְתָא לְפִי שֶׁהַגְּמָרָא רוֹצֶה לְדַקְדֵּק בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב דְּטֻומְאָה לָאו דְּאוֹרָייְתָא וְדָחֵי לָהּ ור"ת תֵּירֵץ בְּעִנְיָן אַחֵר וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ וְאֵין לְהַאֲרִיךְ כָּאן:
Tikrovet avoda zara, et non comme Rabbi Yehouda ben Beteira — il ressort d'ici que les Rabbanan n'assimilent pas (lo maqshi) le tikrovet au mort (met). De même au chapitre Ein maamidin (Avoda Zara 32b), à propos de la viande qui ENTRE pour l'idolâtrie (permise) et celle qui en SORT (interdite) : la Guemara dit que celle qui sort est interdite, il est impossible qu'il n'y ait pas de tikrovet, et c'est selon Rabbi Yehouda ben Beteira. Rabbenou Tam a objecté : plus haut (Avoda Zara), a propos du vin des idolâtres interdit à la jouissance, la Guemara le tire de ce qu'il est comparé au sacrifice (zevah), et le sacrifice au mort — sans dire que c'est Rabbi Yehouda ben Beteira, comme on le dit pour la viande qui sort. Il a encore objecté : plus haut dans notre sougya (13a) on déduit nevela oui, jouissance non, donc la Michna n'est pas selon Rabbi Eliezer — or quelle difficulté ? La Michna pourrait être selon R. Eliezer, et si elle ne l'interdit pas à la jouissance c'est parce qu'elle n'est pas selon Rabbi Yehouda ben Beteira ! On peut repousser cela : la Michna n'est dite pas selon R. Eliezer que selon l'interprétation qui l'établit comme Rabbi Yehouda ben Beteira. Il paraît donc qu'au sujet de l'interdit ils ne divergent pas : la Torah assimile le tikrovet au mort pour l'interdit de jouissance, puisque la consommation est écrite dans le verset (Ps 106:28) et ils mangèrent les sacrifices des morts ; c'est sur l'IMPURETÉ qu'ils divergent — Rabbi Yehouda ben Beteira l'assimile entièrement au mort, même quant à l'impureté. Et à propos de la viande qui sort, établie comme Rabbi Yehouda ben Beteira parce qu'elle enseigne parce qu'elle est comme les sacrifices des morts (formule superflue, puisqu'elle a déjà dit interdite) : c'est de cette surabondance qu'il ressort qu'elle impurifie sous la tente. Toutefois, sans cette surabondance zivchei metim, on ne pourrait le déduire, comme on le voit plus loin (Houlin 40a) à propos de celui qui égorge en l'honneur des montagnes — son abattage est passoul : passoul oui, sacrifices de morts non ; et l'on objecte celui qui égorge pour les montagnes... voici des sacrifices de morts. Quelle difficulté ? Peut-être cela est-il selon Rabbi Yehouda ben Beteira et la Michna selon les Rabbanan ! Mais assurément, puisque c'est interdit à la jouissance au titre de tikrovet, il convient d'enseigner sacrifices de morts même si cela n'impurifie pas sous une tente. Et bien que pour les Rabbanan il n'y ait pas d'impureté de tente, il y a tout de même une impureté générale, du moins de-rabbanan, comme au chapitre Rabbi Yishmael (Avoda Zara 52b) : un interdit de-oraita ne s'annule pas, une impureté de-rabbanan s'annule ; mais pour Rabbi Yehouda c'est une impureté de tente de-oraita. Et ce que nous avons appris au chapitre Kol ha-tzelamim (Avoda Zara 48b), passer sous un arbre idolâtre, et s'il est passé il est impur, expliqué parce qu'il est impossible qu'il n'y ait pas de tikrovet, selon Rabbi Yehouda ben Beteira — et la fin enseigne et si elle empiétait sur la voie publique il est pur, bien que l'impureté de tente soit de-oraita : là il n'y a certainement pas de tikrovet, ce n'est qu'une crainte, et là où cela empiète sur le public les Rabbanan n'ont pas décrété. Et ce qui est dit au chapitre Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 129a), un tikrovet avoda zara d'aliments impurifie : son impureté n'est pas de-oraita, car si elle l'était nous trouverions des aliments qui impurifient d'une impureté grave ; et l'on répond quand il a servi un usage de bois il a servi — simple rejet, ou bien c'est selon Rabbi Yehouda ben Beteira. Et si tu objectes : dans Pessahim, chapitre Elou devarim (73a), celui qui égorge le Chabbat, dehors, pour l'idolâtrie, est passible de trois sacrifices de faute, et l'on demande qu'a-t-il répare ? — c'est-à-dire que tu ne peux dire qu'il a réparé en le faisant sortir du statut de nevela, puisqu'il a déjà une impureté au titre de tikrovet : il ressort donc une impureté de-oraita ; et il parle même selon les Rabbanan, puisqu'il ne dit pas selon Rabbi Yehouda ben Beteira, qu'a-t-il répare, comme il dit là-bas selon celui qui dit que celui qui endommage en faisant une blessure est exempt, qu'a-t-il répare. On peut répondre qu'il aurait pu répondre ainsi, mais ne veut pas en déduire ici que l'impureté du tikrovet ne serait pas de-oraita, parce que la Guemara veut déjà le déduire dans Ha-or ve-ha-rotev, et elle le repousse. Rabbenou Tam a répondu autrement, mais cela fait difficulté à son explication, et il n'y a pas lieu de développer ici.
💡 Explication

Version alternative de Rava : l'autre cas (tikrovet avoda zara) impurifie seulement par le port, comme la nevela — et non sous une tente : on tranche ici contre Rabbi Yehouda ben Beteira. (Le long Tossefot ci-dessous discute si cette impureté est de-oraita ou de-rabbanan.)

10
דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר: מִנַּיִן לְתִקְרֹובֶת עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהִיא מְטַמְּאָה בְּאֹהֶל? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּצָּמְדוּ לְבַעַל פְּעוֹר וַיֹּאכְלוּ זִבְחֵי מֵתִים״, מַה מֵת מְטַמֵּא בְּאֹהֶל, אַף תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדָה זָרָה מְטַמְּאָה בְּאֹהֶל.

Comme il est enseigné (braita) : Rabbi Yehouda ben Beteira dit : d'où sait-on qu'un tikrovet avoda zara impurifie sous une tente ? Il est dit (Ps 106:28) Ils s'attachèrent à Baal Peor et mangèrent les sacrifices des morts : de même que le mort impurifie sous une tente, de même le tikrovet avoda zara impurifie sous une tente.

💡 Explication

Source de Rabbi Yehouda ben Beteira : le verset 'ils mangèrent les sacrifices des morts' (Ps 106:28) assimile le tikrovet avoda zara au mort — il impurifie donc sous une tente, comme un cadavre.

11
מַתְנֵי׳ הַשּׁוֹחֵט בַּלַּיְלָה, וְכֵן הַסּוּמָא שֶׁשָּׁחַט – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה.

MICHNA. Celui qui égorge de nuit, de même l'aveugle qui a égorgé — son abattage est valable (kacher).

💡 Explication

Nouvelle Michna : l'abattage de nuit et celui d'un aveugle sont valables (kacher).

12
גמ׳ הַשּׁוֹחֵט דִּיעֲבַד – אִין, לְכַתְּחִלָּה – לָא. וּרְמִינְהִי: לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין, בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה, בֵּין בְּרֹאשׁ הַגָּג בֵּין בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה!

GUEMARA. Celui qui égorge (de nuit) : a posteriori (bedi'avad) oui, a priori (lechatchila) non.

On objecte (braita) : on peut TOUJOURS égorger, de jour comme de nuit, au sommet du toit comme à la proue du navire ! (donc lechatchila permis)

📜 Rachi (2)
לְכַתְּחִלָּה לֹא יִשְׁחֹוט בַּלַּיְלָה שֶׁמָּא לֹא יִשְׁחֹוט רֻובָּא וְהוּא לֹא יָדַע:
À priori non — qu'il égorge de nuit, de peur qu'il ne tranche pas la majorité des simanim sans le savoir.
בֵּין בְּרֹאשׁ הַגָּג בֵּין בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה ואע"ג דִּתְנַן בְּהַשּׁוֹחֵט (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף מא.) אֵין שׁוֹחֲטִין לֹא לְתוֹךְ יַמִּים וְלֹא לְתוֹךְ נְהָרוֹת דְּלָא לֵימְרוּ לְשַׂר שֶׁל יָם הוּא שׁוֹחֵט וְלֹא לְתוֹךְ כֵּלִים דְּלָא לֵימְרוּ הוֹאִיל וּמְקַבֵּל אֶת הַדָּם לְזָורְקוֹ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הוּא צָרִיךְ אַפֵּ"ה בְּרֹאשׁ הַגַּג שׁוֹחֲטִין וְאֵין חוֹשְׁשִׁין לִשְׁמָא יֹאמְרוּ לַצָּבָא הַשָּׁמַיִם עֲלָהּ לִשְׁחֹוט אוֹ אִם מְקַבֵּל בִּכְלִי הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְטַנֵּף אֶת הַגַּג וְאֵין כָּאן חֲשָׁד וּבִסְפִינָה נָמֵי הַכֹּל יוֹדְעִים דְּכֵיוָן דְּבִסְפִינָה הוּא עַל כָּרְחוֹ הוּא שׁוֹחֵט לְתוֹךְ הַיָּם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְטַנֵּף אֶת הַסְּפִינָה:
Au sommet du toit comme à la proue du navire — bien que nous ayons appris au chapitre Ha-chohet (Houlin 41a) : on n'égorge ni dans les mers ni dans les fleuves, de peur qu'on ne dise c'est au prince de la mer qu'il égorge, ni dans des récipients, de peur qu'on ne dise puisqu'il recueille le sang, c'est pour le répandre en l'honneur de l'idolâtrie — néanmoins, au sommet du toit on égorge, sans craindre qu'on dise il est monté égorger pour l'armée des cieux, car s'il recueille dans un récipient tous savent qu'il ne peut souiller le toit, et il n'y a là aucun soupçon ; sur un navire aussi, tous savent que, puisqu'il y est, il égorge forcément vers la mer, ne pouvant souiller le navire.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אע"ג דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף מא.) דְּאֵין שׁוֹחֲטִין לְתוֹךְ יָמִים אֲפִילּוּ הָכֵי בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה שׁוֹחֲטִין דְּהַכֹּל יוֹדְעִין דְּכֵיוָן דְּבִסְפִינָה הוּא עַל כָּרְחָךְ הוּא שׁוֹחֵט לְתוֹךְ הַיָּם שֶׁלֹּא לְטַנֵּף סְפִינָתוֹ וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דַּאֲפִילּוּ עוֹמֵד בִּסְפִינָה אָסוּר לִשְׁחֹוט לְתוֹךְ הַיָּם כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּסוֹף פֶּרֶק שֵׁנִי (שָׁם:) אֶלָּא מוֹצִיא יָדוֹ חוּץ לַסְּפִינָה וְשׁוֹחֵט וְדָם שׁוֹתֵת וְיוֹרֵד עַל דָּופְנֵי סְפִינָה:
À la proue du navire — Rachi (le Kountras) a expliqué : bien que nous disions plus loin (Houlin 41a) qu'on n'égorge pas dans les mers, on égorge néanmoins à la proue du navire, car tous savent que, puisqu'il y est, il égorge forcément vers la mer pour ne pas souiller son navire. Mais il est impossible de dire ainsi, car même debout sur le navire il est interdit d'égorger vers la mer, comme nous disons plus loin à la fin du 2e chapitre ; plutôt, il sort sa main hors du navire et égorge, et le sang ruisselle et descend sur les flancs du navire.
💡 Explication

Déduction : 'celui qui égorge' — a posteriori (bedi'avad) oui, a priori (lechatchila) non. Contradiction d'une braita : on peut toujours égorger, jour comme nuit, sur un toit ou un navire — donc lechatchila permis !

13
אָמַר רַב פָּפָּא: בְּשֶׁאֲבוּקָה כְּנֶגְדּוֹ. אָמַר רַב אַשִּׁי: דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי הָתָם דֻּומְיָא דְּיוֹם, וְהָכָא דֻּומְיָא דְּסוּמָא, שְׁמַע מִינָּה.

Rav Papa dit : (la braita parle) du cas où une torche (avouka) est en face de lui (donc on voit — permis à priori). Rav Achi dit : la formulation aussi est précise, car là-bas (la braita) la nuit est enseignée à l'image du jour, et ici (la Michna) à l'image de l'aveugle.

Conclus-en (qu'il en est ainsi).

📜 Rachi (1)
אר"פ הָא דְּקָתָנֵי שׁוֹחֲטִין בַּלַּיְלָה לְכַתְּחִלָּה בְּשֶׁאֲבוּקָה כְּנֶגְדּוֹ וּמַתְנִיתִין בְּלֹא אֲבוּקָה: מַתְנִיתִין תְּנָא לַיְלָה וְסוּמָא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי:
Rav Papa dit — ce qui est enseigné on égorge de nuit à priori vise le cas où une torche est en face de lui ; la Michna vise le cas sans torche. La Michna a enseigné la nuit et l'aveugle ensemble.
💡 Explication

Résolution : Rav Papa — la braita vise le cas avec torche (on voit) ; la Michna, sans torche. Rav Achi confirme par la formulation : la braita assimile la nuit au jour (lechatchila), la Michna l'assimile à l'aveugle (bedi'avad).

🖼️ Schéma
Égorger de nuit : à priori ou seulement à posteriori ? Braita On égorge TOUJOURS : jour ou nuit, sur un toit ou un navire lechatchila (à priori) Rav Papa : cas AVEC torche Rav Achi : la nuit ~ le jour (on voit ce qu'on fait) Michna Celui qui égorge de nuit, de même l'aveugle bedi'avad (a posteriori) cas SANS torche Rav Achi : la nuit ~ l'aveugle (valable après coup seulement)
Segment 11-12 : braita (avec torche, lechatchila) vs Michna (sans torche, comme l'aveugle, bedi'avad).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).