Chullin 15b — abattre pour un malade le Chabbat, et les instruments d'abattage (lame détachée ou attachée)

Chullin 15b

Sougya : La sougya de l'abattage du Chabbat s'achève : Rabbi Meir permet lorsqu'on avait un malade [grave] avant la nuit (la bête n'était pas muktza), et Rabbi Yehouda interdit lorsque le malade a [ensuite] guéri. Selon Rav (par Rav Aha bar Adda), celui qui abat pour un malade le Chabbat — c'est interdit à un [homme] bien portant (la viande était muktza), tandis que celui qui cuit pour un malade — c'est permis (l'aliment était déjà apte à être croqué cru) ; Rav Pappa nuance, et Rav Dimi de Néhardé'a tranché : l'abattage est permis crue (car on ne peut avoir un ke-zayit sans abattre toute la bête), la cuisson interdite (de peur qu'on n'augmente la quantité).

La nouvelle michna enseigne les instruments d'abattage : une faucille à main (côté lisse), un silex ou un roseau sont valables, mais non une faucille à moissonner, une scie, des dents ou un ongle, parce qu'ils étranglent. La Guemara distingue : a priori, on n'abat qu'avec une lame détachée ; pour une lame attachée, Rabbi invalide et Rabbi Hiyya valide — et l'on résout la contradiction interne à Rabbi en distinguant une lame attachée dès l'origine (invalide même a posteriori) d'une lame détachée puis rattachée (valable a posteriori).

Avec quoi peut-on abattre ? VALABLE (lame lisse qui coupe) - faucille à main (côté LISSE) - éclat de silex aiguisé - roseau taillé / fragment de roseau - verre (tout ce qui tranche net convient) INTERDIT — ils ÉTRANGLENT - faucille à moissonner (dentelée) - scie - des dents (fixées à la mâchoire) - un ongle (ils déchirent ; l'ongle : aussi car ATTACHÉ) 'Tous abattent, on abatte toujours, on abatte avec tout' — sauf ces quatre.
Les instruments valables et interdits pour l'abattage (segments 6-7).
1
כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה מִבְּעוֹד יוֹם.

...[c'est] par exemple [le cas] où il avait un malade de jour [encore] (me-ba'od yom).

📜 Rachi (1)
שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה מע"ש דְּכֵיוָן דְּשׁוֹגֵג הוּא כִּדְאוֹקְמִינַן וְלֵיכָּא אִיסּוּר שַׁבָּת אִיסּוּר מֻוקְצֶה נָמֵי לֵיכָּא דְּעוֹמֶדֶת לִשְׁחִיטָה הָיְתָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּחֹולִי דְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת:
[Le cas] où il avait un malade — depuis la veille du Chabbat ; car puisque c'est par mégarde, comme nous l'avons établi, et [qu']il n'y a pas [d']interdit [de] Chabbat, il n'y a pas non plus [d']interdit de muktza, car elle se tenait [destinée] à l'abattage au crépuscule, et même [le] Chabbat — parce qu'une maladie [relevant du] sauvetage des vies (pikouah nefech) repousse le Chabbat.
💡 Explication

Réponse (suite de 15a) : quand R. Meir permet l'abattage par mégarde ce jour, c'est par exemple [le cas] où l'on avait un malade [grave] avant la nuit — l'abattage lui étant alors permis [même le Chabbat, pour sauver une vie], la bête était destinée à l'abattage à l'entrée du Chabbat (donc pas muktza).

2
אִי הָכִי, מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר? כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה וְהִבְרִיא.

Si [c'est] ainsi, quelle [est] la raison de Rabbi Yehouda, qui interdit ? [C'est] par exemple [le cas] où il avait un malade et [que celui-ci] a guéri (hivri).

📜 Rachi (2)
מ"ט דְּרַבִּי יְהוּדָה הָא אַפֵּי' בְּמֵזִיד אִיסּוּר שַׁבָּת לֵיכָּא וכ"ש בְּשׁוֹגֵג:
Quelle [est] la raison de Rabbi Yehouda — or [dans ce cas] même de propos délibéré il n'y a pas [d']interdit [de] Chabbat [le malade étant là au crépuscule], et à plus forte raison par mégarde.
וְהִבְרִיא הַיּוֹם בְּשַׁבָּת אִיסּוּר מֻוקְצֶה לֵיכָּא דְּהָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת חוֹלֶה הָיָה הִלְכָּךְ לר"מ דְּלָאו מְשַׁוֵּי שׁוֹגֵג דְּאִיסּוּר שַׁבָּת שָׁרִי וּלְרַבִּי יְהוּדָה אָסוּר דְּאִיסּוּר שַׁבָּת דְּשׁוֹגֵג אִיכָּא דְּהָא הִבְרִיא:
Et [il] a guéri — aujourd'hui, [le] Chabbat ; il n'y a pas [d']interdit de muktza, car au crépuscule il était [encore] malade ; c'est pourquoi, selon Rabbi Meir, qui ne fait pas [du cas] par mégarde [un cas] d'interdit [de] Chabbat, [c'est] permis ; et selon Rabbi Yehouda, [c'est] interdit, car il y a [un] interdit [de] Chabbat [traité comme tel même] par mégarde, puisque [le malade] a guéri.
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה וְהִבְרִיא וא"ת אִם יֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת אַמַּאי שָׁרִי לר"מ בְּשׁוֹחֵט לְחוֹלֶה וְהִבְרִיא וְר' יְהוּדָה נָמֵי אַמַּאי לֹא אָסַר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּלָא אָסַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָנֵיס שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד כִּדְאָמְרִינַן בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין נג:) דְּבַעֲיָא הִיא בְּשִׁילְהֵי אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כו:) אִם יֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת אִם לָאו וְי"ל כֵּיוָן שֶׁרְגִילוּת הוּא שֶׁחוֹזֵר לְחָולְיוֹ לָא הָוֵי מֻוקְצֶה כְּמוֹ גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם דְּשָׁרֵי הָתָם אִי נָמֵי רַב גּוּפֵיהּ מְסַפְּקָא לֵיהּ דְּשֶׁמָּא אֵין מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת וּלְהָכֵי לָא אוֹקְמֵיהּ כר"מ אֶלָּא כְּר' יְהוּדָה דְּאָסַר מִשּׁוּם דְּקָנֵיס שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד:
'Par exemple [le cas] où il avait un malade et [que celui-ci] a guéri' — et si tu objectes : s'il y a [un] 'muktza pour [une] demi-journée de Chabbat' (muktza le-chatzi Chabbat), pourquoi [est-ce] permis selon Rabbi Meir [dans le cas de] celui qui abat pour un malade [qui ensuite] à guéri ? et Rabbi Yehouda aussi, pourquoi n'interdit-il pas au titre du muktza [plutôt que] parce qu'il pénalise le par-mégarde à cause du de-propos-délibéré, comme nous disons dans 'Ha-nizakin' (Guittin 53b) ? — car c'est une question [non tranchée] à la fin d''Ein tzadin' (Beitsa 26b) : [savoir] s'il y a [un] 'muktza pour [une] demi-journée de Chabbat' ou non. On peut répondre : puisqu'il est habituel qu'[un malade] retombe dans sa maladie, ce n'est pas un muktza, comme 'ce qui s'est achevé par la main de l'homme' (gemaro bi-dei adam), [qui est] permis là-bas. Ou bien : Rav lui-même est dans le doute, [à savoir] que peut-être il n'y a pas [de] 'muktza pour [une] demi-journée de Chabbat', et c'est pourquoi il ne l'a pas établie [comme parlant] selon Rabbi Meir, mais [seulement] selon Rabbi Yehouda, qui interdit parce qu'il pénalise le par-mégarde à cause du de-propos-délibéré.
💡 Explication

Question : alors pourquoi R. Yehouda interdit-il [ce jour] ? Réponse : le cas où il avait un malade qui a [ensuite] guéri — la bête n'était pas muktza (destinée à l'abattage à l'entrée du Chabbat), mais l'abattage effectif le Chabbat était [devenu] interdit [le malade guéri] ; par mégarde, R. Yehouda interdit la viande ce jour (pénalité), R. Meir la permet (pas de muktza).

3
וְכִי הָא דְּאָמַר רַב אַחָא בַּר אַדָּא אָמַר רַב, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַדָּא אָמַר רַב: הַשּׁוֹחֵט לְחוֹלֶה בְּשַׁבָּת – אָסוּר לְבָרִיא, הַמְבַשֵּׁל לְחוֹלֶה בְּשַׁבָּת – מֻותָּר לְבָרִיא.

Et [c'est] comme ce que dit Rav Aha bar Adda au nom de Rav — et certains disent : Rabbi Yitzhak bar Adda dit au nom de Rav : celui qui abat pour un malade le Chabbat — [c'est] interdit à un [homme] bien portant ; celui qui cuit pour un malade le Chabbat — [c'est] permis à un [homme] bien portant.

📜 Rachi (4)
וְכִי הָא כְּלוֹמַר הָא דְּאוֹקֵימְנָא דְּמִשּׁוּם אִיסּוּר מֻוקְצֶה שַׁתְּקֵיהּ רַב לַתַּנָּא ואע"ג דִּבְאִיסּוּר שַׁבָּת שׁוֹגֵג הֲוָה הַיְינוּ כִּי הָא דְּאָמַר רַב:
Et [c'est] comme ce [propos] — c'est-à-dire : ce que nous avons établi, que [c'est] au titre de l'interdit de muktza [que] Rav a fait taire le Tana, bien que [le cas] fût [un cas] d'interdit [de] Chabbat par mégarde — c'est [précisément] comme ce que dit Rav.
הַשּׁוֹחֵט לְחוֹלֶה שֶׁנֶּחֱלָה בְּיוֹם הַשַּׁבָּת:
Celui qui abat pour un malade — [un malade] tombé malade le jour du Chabbat.
אָסוּר לֶאֱכֹול בָּרִיא מֵאוֹתָהּ בְּהֵמָה בּוֹ בַּיּוֹם דאע"ג דְּאִיסּוּר שַׁבָּת לֵיכָּא דְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת אִיסּוּר מֻוקְצֶה מִיהָא אִיכָּא דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת מֻוקְצֶה הֲוַאי וְלֹא הָיְתָה רְאוּיָה לִישָּׁחֵט בְּשַׁבָּת דְּהָא עֲדַיִין לֹא הָיָה חוֹלֶה:
Interdit — [il est interdit] à un [homme] bien portant de manger de cette bête ce jour-même ; car bien qu'il n'y ait pas [d']interdit [de] Chabbat — le sauvetage des vies repoussant le Chabbat — il y a néanmoins [un] interdit de muktza, car au crépuscule elle était muktza et n'était pas apte à être abattue [le] Chabbat, puisqu'[il] n'était pas encore malade [alors].
הַמְבַשֵּׁל בָּשָׂר שֶׁהָיְתָה שְׁחוּטָה מֵאֶתְמוֹל וּבִשְּׁלָהּ הַיּוֹם לְחוֹלֶה שֶׁנֶּחֱלָה הַיּוֹם מֻותָּר לְבָרִיא:
Celui qui cuit — de la viande qui était [déjà] abattue depuis hier et [qu']il a cuite aujourd'hui pour un malade tombé malade aujourd'hui — [c'est] permis à un [homme] bien portant.
💡 Explication

[Pourquoi Rav fit taire le Tana sur l'abattage :] comme Rav Aha bar Adda au nom de Rav : qui abat pour un malade le Chabbat -> interdit au bien portant (la viande était muktza, non croquable à l'entrée du Chabbat) ; qui cuit pour un malade -> permis au bien portant (l'aliment était déjà croquable cru, pas muktza).

4
מַאי טַעְמָא? הַאי רָאוּי לְכוֹס, וְהַאי אֵינוֹ רָאוּי לָכֹוס.

Quelle [en est] la raison ? Celle-ci [la viande déjà abattue] était apte à être croquée, et celle-là [la bête] n'était pas apte à être croquée.

📜 Rachi (2)
מ"ט הַאי בָּשָׂר הֲוָה חֲזִי לְהַאי בָּרִיא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לְכוֹס חַי הִילְכָּךְ אֵין כָּאן אִיסּוּר מֻוקְצֶה וְאִיסּוּר שַׁבָּת נָמֵי אֵין כָּאן דְּהָא לְחוֹלֶה בְּשֵׁלָה:
Quelle [en est] la raison ? Celle-ci — la viande était apte, pour ce [bien] portant, au crépuscule, à être croquée crue ; c'est pourquoi il n'y a pas ici [d']interdit de muktza, et [d']interdit [de] Chabbat non plus, car c'est pour le malade qu'il l'a cuite.
וְהַאי שׁוֹחֵט לֹא הָיָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת רָאוּי לְכוֹס וְאִיכָּא אִיסּוּר מֻוקְצֶה אע"ג דְּאִיסּוּר שַׁבָּת לֵיכָּא:
Et celle-là — [la bête de] celui qui abat n'était pas, au crépuscule, apte à être croquée, et il y a [un] interdit de muktza, bien qu'il n'y ait pas [d']interdit [de] Chabbat.
💡 Explication

Raison de la distinction : la viande cuite était déjà croquable (crue) avant la cuisson -> pas muktza ; la bête vivante n'était pas croquable avant l'abattage -> muktza à l'entrée du Chabbat.

5
אָמַר רַב פָּפָּא: פְּעָמִים שֶׁהַשּׁוֹחֵט מֻותָּר, כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה מִבְּעוֹד יוֹם; מְבַשֵּׁל אָסוּר, כְּגוֹן שֶׁקָּצַץ לוֹ דַּלַּעַת.

Rav Papa dit : il y a des fois où celui qui abat [pour un malade c']est permis [à un bien portant], par exemple [le cas] où il avait un malade de jour [encore] ; [et] celui qui cuit [c']est interdit, par exemple [le cas] où il a coupé pour lui une courge (delà'at).

📜 Rachi (3)
פְּעָמִים שֶׁהַשּׁוֹחֵט לְחוֹלֶה מֻותָּר לְבָרִיא לְכוֹס כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ חוֹלֶה מִבְּעוֹד יוֹם דְּאֵין כָּאן לֹא אִיסּוּר מֻוקְצֶה וְלֹא אִיסּוּר שַׁבָּת:
Il y a des fois où celui qui abat — pour un malade, [c'est] permis à un [homme] bien portant de [la] croquer, par exemple [le cas] où il avait un malade de jour [encore], [cas] où il n'y a ici ni interdit de muktza ni interdit [de] Chabbat.
וְהַמְבַשֵּׁל לְחוֹלֶה שֶׁנֶּחֱלָה הַיּוֹם אָסוּר לְבָרִיא:
Et celui qui cuit — pour un malade tombé malade aujourd'hui, [c'est] interdit à un [homme] bien portant.
כְּגוֹן שֶׁקָּצַץ דְּלַעַת מִן הַמְחֻובָּר וּבִשְּׁלָה לוֹ דְּיֵשׁ כָּאן אִיסּוּר מֻוקְצֶה דִּמְחֻובֶּרֶת הָיְתָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. וְאִית דִּמְפָרְשִׁי בִּדְלַעַת תְּלוּשָׁה וּמֻוקְצֶה דִּידֵהּ מִשּׁוּם דְּקָשֶׁה הִיא וְלֹא הִיא חֲדָא דִּדְלַעַת רַכָּה הִיא יוֹתֵר מִן הַבָּשָׂר וְעוֹד קָצַץ מִן הַמְחֻובָּר מַשְׁמַע דְּאִי בִּתְלוּשָׁה לֹא שַׁיָּיךְ קְצִיצָה אֶלָּא חִיתּוּךְ כְּגוֹן (שַׁבָּת דַּף קָנוּ:) מְחַתְּכִין אֶת הַדִּילּוּעִין לִפְנֵי הַבְּהֵמָה:
Par exemple [le cas] où il a coupé une courge — de [son] attache (min ha-mechubar) et l'a cuite pour lui ; [cas] où il y a [un] interdit de muktza, car elle était attachée au crépuscule. Et certains expliquent [qu'il s'agit] d'une courge détachée, et que son [statut de] muktza [tient] à ce qu'elle est dure ; mais ce n'[est] pas [exact] : d'une part, la courge est plus tendre que la viande ; et de plus, 'il a coupé' implique [un détachement] de [son] attache, car si [c'était] une [courge] détachée, ce n'est pas 'couper' (ketzitza) qui s'applique, mais 'trancher' (hituch), comme (Chabbat 156b) 'on coupe les courges devant la bête'.
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁקָּצַץ לוֹ דַּלַּעַת פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מִדִּנְקַט קָצַץ מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי מִן הַמְחֻובָּר וְקָשֶׁה דא"כ מַאי אִירְיָא מְבַשֵּׁל אֲפִילּוּ כִּי לֹא נִתְבַּשֵּׁל נָמֵי אָסוּר וְאוֹמֵר ר"ת דְּבִתְלוּשָׁה אַיְירֵי וְשַׁייָּךְ נָמֵי בִּתְלוּשָׁה לְשׁוֹן קְצִיצָה כְּמוֹ כָּאן קִיצֵּץ בֶּן עַזַּאי תּוּרְמוֹסֵי תְּרוּמָה בְּפֶ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) וּבְרֵישׁ פֶּרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לג:) אַדְּמוֹקְדָךְ יְקוֹד קוֹץ קָרָךְ וְצָלִי דְּבִתְלוּשָׁה אַיְירֵי וְהָא דְּלָא נְקַט לְשׁוֹן חֲתִיכָה כְּדִתְנַן (שַׁבָּת דַּף קָנוּ:) מְחַתְּכִין אֶת הַדִּילּוּעִין לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ לְקָוצְצָן בַּחֲתִיכוֹת גְּדוֹלוֹת כְּשֶׁבָּאִין לְבַשֵּׁל שַׁייָּךְ בּוֹ לְשׁוֹן קְצִיצָה וּמְבַשֵּׁל אָסוּר מִשּׁוּם דִּדְלַעַת לָא חַזְיָא לְכוֹס כִּדְאָמְרִינַן בְּמַס' תָּמִיד (דַּף כז:) כָּל מִידִי לָא תְּפַלֵּט קַמֵּי רַבְּךָ בַּר מִקְרָא חַייָּא דְּכִפְתִילָה שֶׁל אֵבֶר דָּמְיָא וא"ת וְהָא חַזְיָא לִבְהֵמָה וּמוּכָן לִכְלָבִים הָוֵי מוּכָן לְאָדָם כִּדְמַסִּיק בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ו:) גַּבֵּי אֶפְרוֹחַ שֶׁנּוֹלְדָה בי"ט וְי"ל כֵּיוָן דִּדְלַעַת עוֹמֶדֶת לְאָדָם וְאֵינָהּ רְאוּיָה לְאָדָם הָוֵי מֻוקְצֶה אע"ג דְּחַזְיָא לִבְהֵמָה:
'Par exemple [le cas] où il a coupé pour lui une courge' — le Kountras explique : du fait qu'on prend 'il a coupé', [cela] implique qu'il s'agit de [son] attache (mechubar) ; et c'est difficile, car si [c'est] ainsi, pourquoi [parler] précisément de 'celui qui cuit' ? même [s']elle n'a pas été cuite [elle est] interdite aussi ! Et Rabbenou Tam dit qu'il s'agit d'une [courge] détachée, et que le terme 'couper' (ketzitza) s'applique aussi à une [chose] détachée, comme 'la, Ben Azzai coupa des lupins de teroumah' au chapitre 'Ba-me madlikin' (Chabbat 34a), et au début du chapitre 'Ehad dinei mamonot' (Sanhédrin 33b) 'tandis que ton bûcher brûle, coupe ta courge et rôti[s-la]', [où] il s'agit d'une [chose] détachée ; et [le fait] qu'on n'ait pas pris le terme 'trancher' (hatikha), comme on enseigne (Chabbat 156b) 'on tranche les courges', [c'est] parce qu'il est d'usage de les couper en grandes tranches lorsqu'on vient [les] cuire, [et alors] le terme 'couper' s'y applique. Et 'celui qui cuit' [c'est] interdit parce que la courge n'est pas apte à être croquée, comme nous disons au traité Tamid (27b) 'ne recrache rien devant ton maître, hormis le 'kra hayya' (la courge crue), qui est comme une mèche de plomb'. Et si tu objectes : mais elle convient à [la nourriture de] la bête, et '[ce qui est] préparé pour les chiens est [à fortiori] préparé pour l'homme', comme on conclut au premier chapitre de Beitsa (6b) ! On peut répondre : puisque la courge se tient [destinée] à l'homme et [qu']elle n'[est] pas apte à [l']homme [crue], [c'est] un muktza, bien qu'elle convienne à la bête.
💡 Explication

Rav Papa nuance : parfois l'abattage est permis (au bien portant) — ex. malade dès avant la nuit (bête non muktza) ; et parfois la cuisson est interdite — ex. il a coupé une courge [attachée au sol] pour le malade (la courge était muktza, attachée à l'entrée du Chabbat).

6
אָמַר רַב דִּימִי מִנְּהַרְדְּעָא, הִלְכְתָא: הַשּׁוֹחֵט לְחוֹלֶה בְּשַׁבָּת – מֻותָּר לְבָרִיא בְּאֻומְצָא, מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דְּאִי אֶפְשָׁר לִכְזַיִת בָּשָׂר בְּלֹא שְׁחִיטָה, כִּי קָא שָׁחֵיט – אַדַּעְתָּא דְּחוֹלֶה קָא שָׁחֵיט. הַמְבַשֵּׁל לְחוֹלֶה בְּשַׁבָּת – אָסוּר לְבָרִיא, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְבֶּה בִּשְׁבִילוֹ.

Rav Dimi de Néhardé'a dit, [c'est] la halakha : celui qui abat pour un malade le Chabbat — [c'est] permis à un [homme] bien portant [consommée] crue (be-umtza). Quelle [en est] la raison ?

Puisqu'il est impossible [d'avoir] un 'ke-zayit' (volume d'olive) de viande sans abattage, lorsqu'il abat — c'est dans l'intention [de servir] le malade (ada'ata de-chole) qu'il abat. Celui qui cuit pour un malade le Chabbat — [c'est] interdit à un [homme] bien portant ; [c'est] un décret de peur qu'il [n']augmente pour lui (chema yarbe bichvilo).

📜 Rachi (3)
הִלְכְתָא הַשּׁוֹחֵט לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת לְחוֹלֶה מִבְּעוֹד יוֹם:
[C'est] la halakha : celui qui abat pour un malade le Chabbat — [un malade] de jour [encore].
בְּאֻומְצָא לְכוֹס:
Crue (be-umtza) — à croquer.
אַדַּעְתָּא דְּחוֹלֶה קָא שָׁחֵיט וְלֵיכָּא לְמִגְזַר שֶׁמָּא יַרְבֶּה בִּשְׁחִיטָה בִּשְׁבִיל בָּרִיא דְּהָא מִשּׁוּם הַהוּא זַיִת דְּחוֹלֶה בָּעֵי לְמִשְׁחַט כֻּולָּהּ:
C'est dans l'intention [de servir] le malade qu'il abat — et il n'y a pas lieu de décréter 'de peur qu'il [n']augmente dans l'abattage' en faveur d'un [homme] bien portant, car c'est à cause de ce [volume d']olive [destiné au] malade qu'il faut abattre [la bête] tout entière.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב דִּימִי מִנְּהַרְדְּעָא הִלְכְתָא הַשּׁוֹחֵט לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַבָּרִיא בְּאֻומְצָא מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר בִּכְזַיִת בָּשָׂר בְּלֹא שְׁחִיטָה כִּי קָא שָׁחֵיט אַדַּעְתָּא דְּחוֹלֶה קָא שָׁחֵיט הַמְבַשֵּׁל לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת אָסוּר לַבָּרִיא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְבֶּה בִּשְׁבִילוֹ רַב אִלְפָּס זַ"ל הֵבִיא מֵימְרָא זוֹ דְּרַב דִּימֵי וְלֹא הֵבִיא הָא דְּרַב יִצְחָק בַּר אַדָּא אָמַר רַב הַשּׁוֹחֵט לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת אָסוּר לַבָּרִיא הַמְבַשֵּׁל לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַבָּרִיא מ"ט הַאי רָאוּי לָכֹוס וְהַאי אֵינוֹ רָאוּי לָכֹוס. מִשּׁוּם דְּלָאו הִילְכְתָא הִיא דְּמַייְרֵי בְּחוֹלֶה שֶׁחָלָה הַיּוֹם וְאָסַר לֵיהּ מִשּׁוּם מֻוקְצֶה. וַאֲנַן קַייְמָא לַן כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר אֶלָּא בְּנֵר שֶׁהִדְלִיקוּ בְּשַׁבָּת דִּדְחִייָּה בְּיָדַיִם. וּגְרוֹגָרוֹת וְצִמּוּקִין וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן. וּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן כִּיס כְּמוֹ שֶׁפָּסַק רַב אִלְפָּס זַ"ל בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּשַׁבָּת:
Rav Dimi de Néhardé'a dit : la halakha [est que] celui qui abat pour un malade le Chabbat — [c'est] permis à un [homme] bien portant [consommée] crue (be-umtza). Quelle [en est] la raison ? Puisqu'il est impossible [d'avoir] un ke-zayit (volume d'olive) de viande sans abattage, lorsqu'il abat — c'est dans l'intention [de servir] le malade (ada'ata de-chole) qu'il abat. Celui qui cuit pour un malade le Chabbat — [c'est] interdit à un [homme] bien portant ; [c'est] un décret de peur qu'il [n']augmente pour lui (chema yarbe bichvilo). Le Rav Alfassi (le Rif), de mémoire bénie, a rapporté cette parole (memra) de Rav Dimi, et n'a pas rapporté celle de Rav Yitzhak bar Adda au nom de Rav [selon laquelle] : celui qui abat pour un malade le Chabbat — [c'est] interdit à un [homme] bien portant, celui qui cuit pour un malade le Chabbat — [c'est] permis à un [homme] bien portant, quelle [en est] la raison ? Celle-ci [la viande déjà abattue] est apte à être croquée, et celle-là [la bête] n'est pas apte à être croquée. [Il ne l'a pas rapportée] parce que ce n'est pas la halakha, car elle parle d'un malade tombé malade [le jour même] aujourd'hui, et [Rav] l'interdit au titre du muktza ; or nous, nous tenons [la halakha] comme Rabbi Chimon, qui n'admet pas de muktza à cause d'un interdit (muktza me-hamat issour), sauf pour une lampe qu'on a allumée le Chabbat, [chose] qu'on a écartée de ses [propres] mains (di-dehiya be-yadayim), et [pour] les figues sèches et les raisins secs et ce qui leur ressemble, et [pour le] muktza à cause d'une perte pécuniaire (muktza me-hamat hesron kis), comme l'a tranché le Rav Alfassi, de mémoire bénie, au dernier chapitre de [traité] Chabbat.
עוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהֵבִיא דּוֹרוֹן לְיִשְׂרָאֵל אִם יֵשׁ בְּמִינוֹ בִּמְחֻובָּר אָסוּר לְעָרֵב בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ ופרש"י שֶׁלֹּא יֵהָנֶה מִמְּלֶאכֶת יוֹם טוֹב וַהֲרֵי הַמְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת שֶׁנַּעֲשָׂה הַמְּלָאכָה ע"י יִשְׂרָאֵל וְאָמַר בְּשׁוֹגֵג יֹאכַל וְאַמַּאי הָא נֶהֱנֶה מִמְּלֶאכֶת שַׁבָּת. וְכִי תֵּימָא מְבַשֵּׁל שָׁאנֵי שֶׁהָיָה רָאוּי לְכוֹס וְהָיָה רָאוּי לֵיהָנוֹת מִמֶּנּוּ בְּלֹא מְלֶאכֶת שַׁבָּת. הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתָּא הַשּׁוֹחֵט בְּשַׁבָּת בְּשׁוֹגֵג יֹאכַל הֵיכָא דְּהָיָה לוֹ חוֹלֶה וְהִבְרִיא דְּלָא אִיתַּקְצַאי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְלֹא אֲסָרָהּ מִטַּעַם שֶׁנֶּהֱנֶה מִמְּלֶאכֶת שַׁבָּת. וְגַם אִיסּוּר שַׁבָּת לֵיכָּא בְּשׁוֹגֵג לר"מ וְעוֹד אֲנִי אוֹמֵר אֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר מְבַשֵּׁל בְּשׁוֹגֵג הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּקָנֵיס שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נג:) אֲבָל מִשּׁוּם דְּלָא יֵהָנֶה מִמְּלֶאכֶת שַׁבָּת שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ אִיסּוּר בְּשׁוֹגֵג לָא קָאָסַר וְכָל שֶׁכֵּן כְּשֶׁהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים עוֹשֶׂה הַמְּלָאכָה מֵעַצְמוֹ לְצֹורֶךְ יִשְׂרָאֵל. עַל כֵּן נִרְאֶה דְּטַעֲמָא דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהֵבִיא דּוֹרוֹן לְיִשְׂרָאֵל אִם יֵשׁ בְּמִינוֹ בַּמְּחִיבָּר שֶׁאָסוּר לְעָרֵב בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֹאמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְתוֹלְשָׁם וְלַהֲבִיאָם הִילְכָּךְ צָרִיךְ לְהַמְתִּין לָעֶרֶב בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֹאמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לַהֲבִיאָם לְאָוכְלָן בַּלַּיְלָה מִיָּד. וּמִתּוֹךְ טַעְמוֹ שֶׁל רַשִׁ"י פָּסַק דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהֵבִיא דּוֹרוֹן בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁמֻּותָּר בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי מִמַּה נַפְשָׁךְ כְּמוֹ בֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה בָּזֶה שֶׁמֻּותָּר בָּזֶה בִּשְׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת כְּדִפְסַק פֶּרֶק קַמָּא דְּיוֹם טוֹב. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לט:) מֵהַהוּא טַבְיָא דְּאִיתְּצוֹד בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן וְאִישְׁתְּחִיט בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי. וּלְפִי הַטַּעַם שֶׁפֵּירַשְׁתִּי אָסוּר אַף בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְהָבִיא בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן כְּדֵי שֶׁיֹּאכְלֵם בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי וְצָרִיךְ לְהַמְתִּין בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב שֵׁנִי בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ. וְטַבְיָא דְּעֵירוּבִין אִיתְּצִיד מִמֵּילָא ע"י מְצוּדוֹת שֶׁהָיוּ פְּרוּסוֹת מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְלֹא עוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהֵבִיא דּוֹרוֹן הָיָה. וְלָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יְצוּדֶנּוּ יִשְׂרָאֵל כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין הַמְבַשֵּׁל בְּשׁוֹגֵג יֹאכַל וְלָא גָּזְרִינַן שֶׁלֹּא יְבַשֵּׁל בְּמֵזִיד אֶלָּא דַּוְקָא שֶׁמָּא יֹאמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲשׂוֹת. וְדַוְקָא כְּשֶׁהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים עוֹשֶׂה בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל אֲבָל בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָעוֹשֶׂה לְעַצְמוֹ לָא גָּזְרִינַן כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף קנא. אִם רוֹב עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים בָּעִיר לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת רוֹחֵץ בָּהּ מִיָּד. וְאִם הֱבִיאָם הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִמָּקוֹם רָחוֹק רָאוּי הוּא שֶׁיַּמְתִּין בִּכְדֵי שֶׁיּוּכְלוּ לַהֲבִיאָם מֵאוֹתוֹ מָקוֹם וּמִסְתַּבֵּר דְּלָא הֶחְמִירוּ כֻּולֵּי הַאי אֶלָּא בִּכְדֵי שֶׁיּוּכְלוּ לְהָבִיא מֵאוֹתוֹ הַמִּין מִמָּקוֹם קָרוֹב שֶׁנִּמְצָא וּלְהַאי טַעְמָא נָמֵי גַּבֵּי מְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת אֵין צָרִיךְ לְהַמְתִּין בִּכְדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ דְּלָא גְּזוּר לְהַמְתִּין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ אֶלָּא בְּדָבָר הַנַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּחָיְישִׁינַן בְּאִיסּוּר אֲמִירָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהוּא קַל שֶׁמָּא יֹאמַר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים ביו"ט אוֹ בְּשַׁבָּת לַהֲבִיאוֹ לְמַהֵר אֲכִילָתוֹ בַּלַּיְלָה. וְכֵן הַהוּא דְּפֶרֶק קַמָּא דְּשַׁבָּת דַּף יח: לֹא תְּמַלֵּא אִשָּׁה קְדֵירָה עֲסָסִיּוֹת וְתֻורְמוֹסִין עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וְאִם עָשָׂה כֵּן לְמוֹצְאָהּ שַׁבָּת אֲסוּרִין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ. אֲבָל בְּדָבָר הַנַּעֲשֶׂה בְּשַׁבָּת ע"י יִשְׂרָאֵל לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר וּמֻותָּר לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת מִיָּד: וְנָסְבִין חַבְרַיָּא לְמֵימַר ר' יְהוּדָה הִיא אֲבָל לְר"מ שָׁרִי בַּאֲכִילָה אֲפִילּוּ בּוֹ בַּיּוֹם וא"ת וְהָא אֵין יָכוֹל לְמֻולְּחָה בְּשַׁבָּת. וי"ל שֶׁיֹּאכְלֶנּוּ בְּאֻומְצָא בְּלֹא מֶלַח ואע"ג דְּאִיכָּא לָאו בְּדַם הָאֵיבָרִים כִּדְאִיתָא בִּכְרִיתוֹת בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (כְּרִיתוּת דַּף כא:) הַיְינוּ כְּשֶׁפֵּירַשׁ מִן הַבָּשָׂר אֲבָל כָּל זְמַן שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ אֵין בּוֹ מִשּׁוּם אִיסּוּר. כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קיא.) שֶׁהָיוּ אוֹכְלִין כָּבֵד שֶׁלֹּא פָּלַט דָּמוֹ דַּחֲלָטוֹ לֵיהּ בְּחַלָּא וְשָׁרִי הוּא וְחַלָּא לְפִי שֶׁהַחֹומֶץ צוֹמֵת אֶת הַדָּם בְּתוֹךְ הַבָּשָׂר וְשׁוּב אֵינוֹ יוֹצֵא אַף ע"י בִּישּׁוּל דְּאִי חַלָּא אֲסִיר לְפִי שֶׁנִּפְלַט הַדָּם מִן הַכָּבֵד לְתוֹכוֹ אִיהוּ נָמֵי אָסוּר כִּי הֵיכִי דְּפָלֵיט הֲדַר בָּלַע. וְעוֹד אָמְרִינַן הָתָם דַּף קיב. כִּכָּר שֶׁחָתַךְ עָלָיו בָּשָׂר פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא נִצְלָה כָּל צָרְכּוֹ הַכִּכָּר אָסוּר וּבָשָׂר מֻותָּר. הַכִּכָּר אָסוּר לְפִי שֶׁנִּפְלַט דַּם הַבָּשָׂר וְנִבְלָע בּוֹ אֲבָל הַבָּשָׂר מֻותָּר אע"פ שֶׁבָּלוּעַ הַדָּם בּוֹ וּלְקַמָּן (חֻולִּין דַּף טו:) בִּשְׁמַעְתִּין אָמְרִינַן נָמֵי הַשּׁוֹחֵט לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַבָּרִיא בְּאֻומְצָא. וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּשַׁבָּת בְּפֶרֶק מְפַנִּין (שַׁבָּת דַּף קכח.) דְּבָשָׂר תָּפֵל אָסוּר לְטַלְטְלוֹ אֲבָל בַּר אַוְוזָא שָׁרֵי דַּחֲזֵי לְאֻומְצָא. וּלְכָךְ הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאֵין צָרִיךְ לִמְלֹוחַ בָּשָׂר לְצָלִי דְּאַף אִם לֹא פָּלַט כָּל דָּמוֹ שָׁרִי בַּאֲכִילָה. וְאֵין לַאֲסִיר מִשּׁוּם שֶׁנִּכְנַס בּוֹ הַדָּם מִצַּד זֶה לְצַד זֶה וַחֲשִׁיב כְּדַם הָאֵיבָרִים שֶׁפֵּירַשׁ. דְּלָא מִיבַּעְיָא אִם נִצְלָה יָפֶה דְּאָז נִפְלַט הַדָּם לַחוּץ. אֶלָּא אֲפִי' לֹא נִצְלָה יָפֶה וְלֹא נִפְלַט כָּל הַדָּם לַחוּץ שָׁרִי כִּי מַה שֶּׁיּוֹצֵא לַחוּץ נוּרָא מִישְׁאָב שָׁאַב לֵיהּ וּמִישְׁרָק שְׁרִיק. וּמַה שֶׁנִּשְׁאַר בְּתוֹכוֹ הָוֵי דַּם הָאֵיבָרִים שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ וְלָא חֲשִׁיב כְּפֵירֵשׁ מַה שֶׁהַדָּם הוֹלֵךְ בְּתוֹכוֹ מִצַּד זֶה לְצַד זֶה כִּדְחָזֵינַן בְּכִכָּר שֶׁחָתַךְ עָלָיו בָּשָׂר שֶׁהַכִּכָּר אָסוּר מֵחֲמַת דַּם הַבָּשָׂר אַלְמָא לֹא נִצְלָה כָּל צָרְכּוֹ אַפֵּ"ה בָּשָׂר מֻותָּר הִלְכָּךְ לָא בָּעֵי מְלִיחָה לְצָלִי וְגַם לֹא הֲדָחָה. מִיהוּ צָרִיךְ שִׁפְשׁוּף לְפִי שֶׁאֵין לַקַּצָּבִים סַכִּין מְיֻוחָד לַחֲלָבִים. וּבְרֵישׁ כֵּיצַד צוֹלִין גַּבֵּי מֻולְיָיתָא שָׁרִי פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אע"פ שֶׁלֹּא מִלְחוֹ אֶלָּא מְעַט לְצָלִי. מַשְׁמַע מִדְּבָרָיו דְּצָלִי בָּעֵי מְלִיחָה קְצָת וְלָא כֻּולֵּי הַאי כְּמוֹ לִקְדֵירָה. וּדְבַר תֵּימַהּ הוּא דְּמַה מְהַנְּיָא מְלִיחָה קְצָת דְּאֵין הַכָּבֵד יוֹצֵא מִידֵי דָּמוֹ עַד שֶׁיִּמְלָחֶנּוּ יָפֶה יָפֶה. וְהָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּיוֹם טוֹב דַּף יא. וְשָׁוִין שֶׁמּוֹלְחִין עָלָיו בָּשָׂר לְצָלִי לָאו מִשּׁוּם דְּאִיתְּסַר בְּלֹא מְלִיחָה אֶלָּא מִנְהָג הוּא לִמְלֹוחַ מְעַט לְצָלִי כִּי לֹא יֹאכַל תָּפֵל מִבְּלִי מֶלַח. וּבְפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כא.) גָּרְסִינַן מוֹלְחוֹ וְהוֹפְכוֹ וְחוֹזֵר וּמוֹלְחוֹ אָמַר רָבָא וְכֵן לִקְדֵירָה וְלָא גָּרְסִינַן וְכֵן לְצָלִי:
[À propos de] un idolâtre (oved kokhavim) qui a apporté un présent (doron) à un Juif : s'il existe de son espèce [encore] attachée [au sol] (be-mehubar), [c'est] interdit [jusqu'au soir], [et il faut] attendre le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits (bi-khdei she-ye'asu). Et Rachi a expliqué : afin qu'il ne tire pas profit d'un travail [effectué le] jour de fête (yom tov). Or voici que 'celui qui cuit le Chabbat' [un cas] où le travail a été effectué par un Juif, [on] a dit [que] par mégarde (be-shogeg) il [peut] manger ! Et pourquoi ? Ne tire-t-il pas [pourtant] profit d'un travail [effectué le] Chabbat ? Et si tu dis [que] 'celui qui cuit' est différent, parce qu'[il] était apte à être croqué [cru] et [qu'il] était apte à en tirer profit sans le travail [du] Chabbat — [c'est réfutable, car] voici que nous disons plus loin dans notre sougya : 'celui qui abat le Chabbat par mégarde [peut] manger', la où il avait un malade et [que celui-ci] a guéri, [cas] où elle [la bête] n'a pas été écartée (itaktza'i) [comme muktza] au crépuscule, et [la Guemara] ne l'a pas interdite au motif qu'il tire profit d'un travail [effectué le] Chabbat. Et de plus il n'y a pas [d']interdit [de] Chabbat par mégarde selon Rabbi Meir. Et [de] plus je dis : même Rabbi Yehouda, qui interdit 'celui qui cuit' par mégarde, c'[est] parce qu'il pénalise le par-mégarde à cause du de-propos-délibéré (kanis shogeg atou mezid), comme il est [exposé] au chapitre 'Ha-nizakin' (Guittin 53b) ; mais au motif qu'il ne tire pas profit d'un travail [effectué le] Chabbat au cours duquel un interdit s'est produit par mégarde — il n'interdit pas, et à plus forte raison lorsque l'idolâtre effectue le travail de lui-même pour le besoin d'un Juif. C'est pourquoi il paraît que la raison [pour laquelle] un idolâtre qui a apporté un présent à un Juif, s'il existe de son espèce [encore] attachée [au sol], [pour laquelle] il est interdit [d'en profiter avant d']avoir attendu le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits, [c'est] afin qu'on ne dise pas à l'idolâtre de les détacher et de les apporter ; c'est pourquoi il faut attendre le soir le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits, afin qu'on ne dise pas à l'idolâtre de les apporter pour les manger la nuit sur-le-champ. Et à partir de la raison de Rachi, il [le Rif] a tranché qu'un idolâtre qui a apporté un présent le premier jour de fête, [c'est] permis le second jour de fête, quel que soit [le raisonnement] (mi-ma nafchakh), comme un œuf pondu en celui-ci qui est permis en celui-là, pour les deux jours de fête de la diaspora (galouyot), comme il [l']a tranché au premier chapitre de [traité] Yom Tov [Beitsa]. Et il a de plus apporté une preuve du chapitre 'Bé-khôl me'arvin' (Erouvin 39b), du fameux cerf (tavya) qui fut chassé le premier jour de fête et [qu'on] abattit le second jour de fête. Or selon la raison que j'ai expliquée, [c'est] interdit même le second jour de fête, afin qu'on ne dise pas à l'idolâtre d'apporter [le présent] le premier jour de fête afin de les manger le second jour de fête, et il faut attendre à la sortie du second jour de fête le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits. Et le cerf d'Erouvin fut chassé de lui-même (mi-meila) par des filets qui étaient tendus depuis la veille du jour de fête, et [ce] n'était pas [le cas d']un idolâtre qui a apporté un présent. Et nous ne décrétons pas 'de peur qu'un Juif ne le chasse', comme nous disons dans notre sougya : 'celui qui cuit par mégarde [peut] manger', et nous ne décrétons pas 'qu'il ne cuise [pas] de propos délibéré' ; mais [le décret vaut] uniquement 'de peur qu'il ne dise à l'idolâtre de faire [le travail]'. Et [c'est] uniquement lorsque l'idolâtre agit pour [le compte d']un Juif ; mais [pour] un idolâtre qui agit pour lui-même, nous ne décrétons pas, comme il ressort du chapitre 'Ha-cho'el' (folio 151a) : si la majorité [des habitants] de la ville [sont] des idolâtres, à la sortie du Chabbat on s'y baigne sur-le-champ. Et si l'idolâtre les a apportés d'un lieu éloigné, il convient qu'il attende le laps de temps qu'[il faudrait pour] pouvoir les apporter depuis ce lieu[-là] ; et il est raisonnable qu'on n'ait pas été aussi rigoureux, mais [seulement quant à] la durée qu'[il faudrait pour] pouvoir apporter [une chose] de cette espèce depuis un lieu proche où elle se trouve. Et selon cette raison aussi, à propos de 'celui qui cuit le Chabbat', il n'est pas nécessaire d'attendre le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits, car on n'a décrété d'attendre le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits que pour une chose effectuée par [l'entremise d']un idolâtre, où nous craignons, dans l'interdit de dire [de faire] à un idolâtre — qui est [un interdit] léger — de peur qu'il ne dise à l'idolâtre, [un] jour de fête ou [le] Chabbat, de l'apporter, pour hâter sa consommation la nuit. Et de même ce [passage] du premier chapitre de [traité] Chabbat (folio 18b) : 'une femme ne remplira pas une marmite [de] pois (assasiyot) et [de] lupins (tourmoussin) la veille du Chabbat à la tombée de la nuit ; et si elle a fait ainsi, à la sortie du Chabbat ils sont interdits le laps de temps qu'[il faudrait pour] qu'ils soient faits'. Mais [pour] une chose effectuée le Chabbat par [l'entremise d']un Juif, il n'y a pas lieu de décréter, et [c'est] permis à la sortie du Chabbat sur-le-champ. Et les compagnons (havraya) [avaient tendance] à dire [que] c'[est] Rabbi Yehouda [la source de la restriction de manger le jour même], mais [que] selon Rabbi Meir [c'est] permis à la consommation même le jour même. Et si tu objectes : mais on ne peut la saler le Chabbat ! On peut répondre [qu']on la mangera crue (be-umtza) sans sel ; et bien qu'il y ait un interdit négatif (lav) [au titre] du sang des membres (dam ha-evarim), comme il est [dit] dans [traité] Keritot au chapitre 'Dam chehita' (Keritot 21b), c'[est] lorsque [le sang] s'est séparé (peirech) de la viande, mais tant qu'il ne s'est pas séparé il n'y a pas [d']interdit à son sujet ; comme il ressort plus loin au chapitre 'Kol ha-bassar' (Houlin 111a), [où] l'on mangeait un foie qui n'avait pas rejeté son sang, qu'on l'avait plongé (dahalto) dans du vinaigre (hala), et [que] c'est [le foie] permis, ainsi que le vinaigre, parce que le vinaigre fige (tzomet) le sang à l'intérieur de la viande, et [que] désormais il ne ressort plus, même par [la] cuisson ; car si le vinaigre était interdit parce que le sang s'est rejeté du foie en son sein, lui aussi serait interdit, [puisque] de même qu'il rejette [le sang], il [le] réabsorbe (hadar bala). Et de plus nous disons là-bas (folio 112a) : un pain sur lequel on a coupé [découpé] de la viande — c'est-à-dire [de la viande] qui n'a pas été rôtie autant qu'il [le] fallait — le pain [est] interdit et la viande [est] permise ; le pain [est] interdit parce que le sang de la viande s'est rejeté et [s']est absorbé en lui, mais la viande [est] permise bien que le sang [soit] absorbé en elle. Et plus loin (Houlin 15b) dans notre sougya nous disons aussi : celui qui abat pour un malade le Chabbat — [c'est] permis à un [homme] bien portant [consommée] crue (be-umtza). Et nous disons aussi dans [traité] Chabbat, au chapitre 'Mefanin' (Chabbat 128a), qu'une viande [tout à fait] fade [non salée] (tafel) [il est] interdit de la déplacer (le-taltelo), mais [la chair d']une oie (bar avaza) [c'est] permis, car elle est apte à [être consommée] crue (le-umtza). Et c'est pourquoi Rabbenou Tam disait qu'il n'est pas nécessaire de saler la viande [destinée] au rôtissage, car même si elle n'a pas rejeté tout son sang, [c'est] permis à la consommation. Et il n'y a pas lieu d'interdire au motif que le sang y est passé d'un côté à l'autre et [qu'il] est considéré comme le sang des membres qui s'est séparé. Car il n'est pas [seulement] besoin de dire [que] si elle a été bien rôtie, [cas] où alors le sang s'est rejeté au-dehors [c'est permis] ; mais même [si] elle n'a pas été bien rôtie et [que] tout le sang ne s'est pas rejeté au-dehors, [c'est] permis, car ce qui sort au-dehors, le feu (noura) l'aspire (michav chaav) et [le] brûle/l'assèche (michrak chrik) ; et ce qui est resté à l'intérieur est [du] sang des membres qui ne s'est pas séparé, et le fait que le sang aille en son sein d'un côté à l'autre n'est pas considéré comme 's'étant séparé', comme nous [le] voyons [dans le cas] du pain sur lequel on a coupé de la viande, où le pain [est] interdit à cause du sang de la viande — [ce qui prouve] donc [que] elle n'a pas été rôtie autant qu'il [le] fallait, [et] malgré cela la viande [est] permise. C'est pourquoi elle ne requiert pas [de] salage pour le rôtissage, ni non plus [de] rinçage (hadaha). Toutefois elle requiert un frottement (chifchouf), parce que les bouchers n'ont pas de couteau réservé [pour couper] les graisses [interdites] (halavim). Et au début de [chapitre] 'Keitzad tzolin' [Pessahim], à propos du 'moulyata' [morceau farci] permis, Rachi a expliqué 'bien qu'il ne l'ait salé que peu pour le rôtissage' : il ressort de ses paroles [que le] rôti requiert un salage [léger], mais pas autant que pour [la cuisson en] marmite (li-kdera). Et c'[est] chose étonnante, car en quoi profite un salage léger, puisque le foie ne se débarrasse de son sang que si on le sale très bien (yafe yafe) ! Et ce que nous disons au premier chapitre de [traité] Yom Tov [Beitsa] (folio 11a) 'et [tous] s'accordent qu'on sale sur lui [le jour de fête] la viande [destinée] au rôtissage', [ce] n'[est] pas parce qu'elle serait interdite sans salage, mais [c'est] une coutume de saler un peu [ce qui va] au rôtissage, car on ne mange pas [une viande] fade sans sel. Et au chapitre 'Ha-kometz raba' (Menahot 21a) nous lisons [dans le texte] : 'on le sale, on le retourne et on le sale de nouveau ; Rava dit : et de même pour [la cuisson en] marmite (li-kdera)' — et nous ne lisons pas 'et de même pour [le] rôti (le-tzali)'.
💡 Explication

Rav Dimi de Néhardé'a tranché : qui abat pour un malade le Chabbat -> permis au bien portant, cru (be-umtza). Raison : impossible d'avoir un ke-zayit de viande sans abattre toute la bête, donc il abat pour le malade (pas de crainte qu'il abatte 'plus' pour le sain). Qui cuit pour un malade -> interdit au bien portant : décret de peur qu'il n'augmente la quantité (chema yarbe) pour le sain.

7
מַתְנִי׳ הַשּׁוֹחֵט בְּמַגַּל יָד, בְּצוֹר, וּבְקָנֶה – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה.

MICHNA. Celui qui abat avec une faucille à main (magal yad), avec [un éclat de] silex (tzour), ou avec un roseau (kaneh) — son abattage [est] valable.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בְּמַגַּל יָד רפש"א בְּלַעַ"ז וְיֵשׁ לָהּ שְׁתֵּי פִּיּוֹת הָאַחַת חֲלָקָה כְּסַכִּין וְהָאַחַת יֵשׁ בָּהּ פְּגִימוֹת:
MICHNA. Avec une faucille à main — 'refza' en langue vernaculaire ; et elle a deux tranchants : l'un lisse comme un couteau, l'autre comportant des ébréchures (pegimot).
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' הַשּׁוֹחֵט בְּמַגַּל יָד בְּצֹור וּבְקָנֶה שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. הַכֹּל שׁוֹחֲטִין וּלְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין וּבַכֹּל שׁוֹחֲטִין חוּץ מִמַּגַּל קָצִיר וְהַמְּגֵירָה עַד וְהַשִּׁינַּיִם וְהַצִּפֹּורֶן מִפְּנֵי שֶׁהֵן חוֹנְקִין. הַשּׁוֹחֵט בְּמַגַּל קָצִיר דֶּרֶךְ הֲלִיכָתָהּ בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין. וְאִם הֻוחְלְקוּ שִׁינֶּיהָ הֲרֵי הִיא כְּסַכִּין:
MICHNA. Celui qui abat avec une faucille à main (magal yad), avec [un éclat de] silex (tzour) ou avec un roseau (kaneh) — son abattage [est] valable (kachera). Tous abattent (ha-kol chochtin), et l'on abatte toujours (le-olam chochtin), et l'on abatte avec tout (be-khôl chochtin), sauf une faucille à moissonner (magal katzir), une scie (megera), les dents (chinayim) et un ongle (tziporen), parce qu'ils étranglent (chonkin). Celui qui abat avec une faucille à moissonner dans le sens de sa progression [ordinaire] (derekh halikhatah) — [l'école de] Beit Chammai invalide (posselin) et [l'école de] Beit Hillel valide (makhchirin) ; et si ses dents ont été lissées (houhleku), voici qu'elle [est] comme un couteau.
גְּמ' הַשּׁוֹחֵט בְּמַגַּל יָד דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא. דִּילְמָא אָתֵי לְמֶיעְבַּד בְּאִידָךְ גִּיסָא. דְּמִגַּל יָד צִדּוֹ אֶחָד סַכִּין וְצִדּוֹ אֶחָד מַגָּל הִילְכָּךְ סַכִּין שֶׁיֵּשׁ לָהּ פְּגִימָה בְּרֹאשָׁהּ אָסוּר לִשְׁחֹוט בָּהּ אֲפִילּוּ אִם יְכַוֵּין שֶׁלֹּא לִשְׁחֹוט כְּנֶגֶד הַפְּגִימָה. וְהַשּׁוֹחֵט בְּיוֹם טוֹב נָהֲגוּ הֶיתֵּר לִקְשֹׁור מַטְלִית עַל הַפְּגִימָה לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהַשְׁחִיזָהּ בי"ט וְכֵן סַכִּין שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁתֵּי פִּיּוֹת לֹא יִשְׁחֹוט בּוֹ עַד שֶׁיִּבְדְּקֶנּוּ מְשַׁנֵּי צְדָדִין:
GUEMARA. 'Celui qui abat avec une faucille à main' — a posteriori (di'avad), oui, [mais] a priori (lechathila) non. [Pourquoi ?] Peut-être qu'il [ne] vienne à agir de l'autre côté (be-idakh gisa). Car [pour] la faucille à main, l'un de ses côtés [est] un couteau [lisse] et l'un de ses côtés [est une] faucille [dentelée] ; c'est pourquoi un couteau qui a une ébréchure (pegima) à son extrémité [en tête], il [est] interdit d'abattre avec, même s'il vise à ne pas abattre en face de l'ébréchure. Et [pour] celui qui abat un jour de fête (be-yom tov), on a eu coutume de permettre d'attacher un chiffon (matlit) sur l'ébréchure, parce qu'il est impossible de l'aiguiser [le couteau] un jour de fête. Et de même un couteau qui a deux tranchants (chetei piyot), on n'abattra pas avec jusqu'à ce qu'on l'ait examiné (yivdekenou) des deux côtés (mi-chenei tzedadin).
💡 Explication

MICHNA. Qui abat avec une faucille à main (côté lisse), un silex [aiguisé] ou un roseau [taillé] — son abattage est valable. (Tout ce qui coupe convient ; reste à voir ce qui est interdit a priori.)

8
הַכֹּל שׁוֹחֲטִין, וּלְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין, וּבְכָל שׁוֹחֲטִין, חוּץ מִמַּגַּל קָצִיר, וְהַמְּגֵירָה, וְהַשִּׁינַּיִם, וְהַצִּיפֹּורֶן, מִפְּנֵי שֶׁהֵם חוֹנְקִין.

Tous abattent (ha-kol chochtin), et l'on abatte toujours (le-olam chochtin), et l'on abatte avec tout (be-chol chochtin), sauf une faucille à moissonner (magal katzir), une scie (megera), les dents (chinayim) et un ongle (tziporen), parce qu'ils étranglent (chonkin).

📜 Rachi (6)
הַכֹּל שׁוֹחֲטִין וּבְכָל שׁוֹחֲטִין כֻּולָּהּ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Tous abattent, et l'on abatte avec tout — [tout cela] est expliqué dans la Guemara.
מַגָּל קָצִיר שֶׁקּוֹצְרִין בָּהּ הַתְּבוּאָה פלציל"א בְּלַעַ"ז שֶׁפְּגִימוֹתֶיהָ נוֹטוֹת כֻּולָּן לְצַד אֶחָד בְּשִׁיפּוּעַ:
Une faucille à moissonner — avec laquelle on moissonne le blé, 'falzela' en langue vernaculaire, dont les ébréchures penchent toutes d'un même côté, en oblique.
מְגֵירָה סַכִּין מָלֵא פְּגִימוֹת וְאֵין מְשֻׁופָּעוֹת כְּשֶׁל מַגָּל קָצִיר אֶלָּא מְכֻוָּונוֹת שֶׁיֵּשׁ לִפְגִימָה מֻורְשָׁא מִכָּאן וּמִכָּאן כִּסְתָם פְּגִימוֹת אוֹגֶרֶת. וּמְגֵירָה בְּלַעַז סייג"א:
Une scie — un couteau plein d'ébréchures, [qui] ne [sont] pas obliques comme celles de la faucille à moissonner, mais droites, [de sorte] que l'ébréchure a une saillie de part et d'autre, comme une ébréchure ordinaire 'qui accroche' (ogeret) ; et 'megera' en langue vernaculaire [c'est] 'seiga' (scie).
שִׁינַּיִם הַתְּחוּבִים בְּלֶחִי שֶׁל בְּהֵמָה:
Les dents — [celles] fichées dans la mâchoire (lehi) d'une bête.
וְהַצִּפֹּורֶן מְחֻובֶּרֶת:
Et l'ongle — [lorsqu'il est] attaché.
שֶׁהֵם חוֹנְקִין שֶׁאֵין חוֹתְכִין אֶלָּא קוֹרְעִין מֵחֲמַת הַפְּגִימוֹת. וְהַאי חוֹנְקִין אַשְּׁאָרָא קָאֵי וְלָאו אַצִּפֹּורֶן דְּטַעֲמָא דְּצִפֹּורֶן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם מְחֻובָּר:
Parce qu'ils étranglent — [c'est-à-dire] qu'ils ne coupent pas, mais déchirent, à cause des ébréchures ; et ce 'étranglent' se rapporte au reste, et non à l'ongle, car la raison [concernant] l'ongle est expliquée dans la Guemara : [c'est] au titre [du fait qu'il est] attaché (mechubar).
💡 Explication

Suite de la michna : tous abattent, on abatte toujours [à tout moment], on abatte avec tout [ce qui coupe] — sauf : la faucille à moissonner (dentelée), la scie, des dents [fixées à la mâchoire] et un ongle — parce qu'ils étranglent (déchirent au lieu de trancher).

9
גְּמ׳ הַשּׁוֹחֵט – דִּיעֲבַד אִין, לְכַתְּחִלָּה לָא. בִּשְׁלָמָא בְּמַגַּל יָד – דִּלְמָא אָתֵי לְמֶעְבַּד בְּאִידַּךְ גִּיסָא, אֶלָּא צֹור וְקָנֶה לְכִתְחִלָּה לָא? וּרְמִינְהִי: בְּכָל שׁוֹחֲטִין, בֵּין בְּצוֹר, בֵּין בִּזְכוּכִית, בֵּין בִּקְרוּמִית שֶׁל קָנֶה!

GUEMARA. 'Celui qui abat' — a posteriori (di'avad), oui ; a priori (lechathila), non. Soit pour la faucille à main — [on craint] peut-être qu'il [ne] vienne à faire [l'abattage] de l'autre côté [ébréché] ; mais [un éclat de] silex et un roseau, a priori non ?

Or on a enseigné le contraire : 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [un éclat de] silex, avec du verre (zechouchit) ou avec un fragment de roseau (kromit) !'

📜 Rachi (2)
גְּמ' דִּלְמָא אָתֵי לְמֶעְבַּד בְּאִידַּךְ גִּיסָא בִּמְקוֹם הַפְּגִימוֹת. וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּסַכִּין פְּגוּמָה וְיֵשׁ בָּהּ כְּדֵי לִשְׁחֹוט מִן הַפְּגָם וּלְהַלָּן אָסוּר לִשְׁחֹוט בָּהּ לְכַתְּחִלָּה דְּהָא הָכָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם אִידָךְ גִּיסָא וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דִּבְהָהִיא גִּיסָא גּוּפָהּ פְּגוּמָה:
GUEMARA. Peut-être qu'il [ne] vienne à faire [l'abattage] de l'autre côté — à l'endroit des ébréchures. Et nous apprenons de ceci qu'un couteau ébréché, [même s']il y a de quoi abattre [avec la partie qui s'étend] depuis l'ébréchure et au-delà [intacte], il est interdit d'abattre avec a priori, car ici nous décrétons à cause de l'autre côté ; et à plus forte raison ici [où], sur ce côté-là même, [il est] ébréché.
קְרוּמִית צֶלַע שֶׁל קָנֶה:
Un fragment (kromit) — une côte (tranche latérale) de roseau.
🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא צֹור וְקָנֶה לְכִתְחִלָּה לָא וא"ת וְדִלְמָא נְקַט לְשׁוֹן דִּיעֲבַד מִשּׁוּם מַגַּל יָד כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּרֵישׁ כָּל הַפְּסוּלִין (זְבָחִים דַּף לב.) דִּנְקַט שֶׁשָּׁחַט מִשּׁוּם טָמֵא אע"ג דְּזָרִים וְנָשִׁים וַעֲבָדִים שׁוֹחֲטִין לְכַתְּחִלָּה וְי"ל דְּהָתָם נִיחָא לֵיהּ לְמִינְקַט כָּל הַפְּסוּלִין בַּעֲבוֹדָה יַחַד דִּשְׁחִיטָה כְּשֵׁרָה אֲבָל כָּאן מַה לוֹ לְשַׁנּוֹת יַחַד כְּשֵׁרִים לְכַתְּחִלָּה עִם כְּשֵׁרִים בְּדִיעֲבַד וא"ת דִּבְפֶ' חָבִית (שַׁבָּת קמז.) קָתָנֵי הָרוֹחֵץ דִּיעֲבַד מִשּׁוּם מֵי מְעָרָה אע"ג דְּחַמֵּי טְבֶרְיָא אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה וי"ל דמש"ה קָתָנֵי חַמֵּי טְבֶרְיָא בַּהֲדֵי מֵי מְעָרָה לְמֵידַק נָמֵי דְּמֵי מְעָרָה חַמִּין דֻּומְיָא דְּמֵי טְבֶרְיָא כִּדְאָמַר הָתָם:
'Mais [un éclat de] silex et un roseau, a priori non ?' — et si tu objectes : peut-être a-t-on pris un langage 'a posteriori' à cause de la faucille à main, comme nous [le] trouvons au début de 'Kol ha-pessoulin' (Zevahim 32a), [où] l'on prend 'qui a abattu' à cause de l'[homme] impur, bien que les profanes (zarim), les femmes et les esclaves abattent a priori ! On peut répondre : là-bas, il [lui] agrée de prendre tous les disqualifiés au [Temple-]service ensemble [en disant] que [leur] abattage est valable [a posteriori] ; mais ici, qu'a-t-il [à faire] d'enseigner ensemble [ce qui est] valable a priori [silex, roseau] avec [ce qui est] valable a posteriori [faucille] ? Et si tu objectes : au chapitre 'Hevit' (Chabbat 147a) on enseigne 'celui qui se baigne' (di'avad) à cause de l''eau de citerne' (mei me'ara), bien que les eaux chaudes de Tibériade [soient permises] même a priori ! On peut répondre : c'est pourquoi on enseigne les eaux chaudes de Tibériade avec l'eau de citerne, pour en déduire aussi que l'eau de citerne [c'est de l'eau] chaude, à l'instar de l'eau de Tibériade, comme on dit là-bas.
וּרְמִינְהִי בַּכֹּל שׁוֹחֲטִין בֵּין בְּצֹור הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר בִּשְׁלָמָא קָנֶה אֶקְנֶה לָא קַשְׁיָא הָא בְּסִימוֹנְיָא דְּאַגְמָא הָא בִּשְׁאָר קָנֶה כְּמוֹ שֶׁמְּחַלֵּק לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף טז:) אֶלָּא צוּר אֶצֹּור קַשְׁיָא:
'Or on a enseigné le contraire : on abatte avec tout, [que ce soit] avec [un éclat de] silex' — on aurait pu dire 'soit, [pour] roseau contre roseau ce n'est pas difficile : ceci [parle] du 'simonia de-agma' (roseau de marais) et cela des autres roseaux', comme on [le] distingue plus loin (Houlin 16b) ; mais [pour] silex contre silex, c'est difficile.
💡 Explication

GUEMARA. 'Qui abat' (et non 'on abatte') implique : a posteriori oui, a priori non. Soit pour la faucille à main (on craint qu'il abatte du côté dentelé) ; mais silex et roseau, pourquoi pas à priori ? Contradiction avec une braita : 'on abatte avec tout — silex, verre, fragment de roseau' (donc a priori permis) !

10
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּתָלוּשׁ, כָּאן בִּמְחֻובָּר. דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא: הַשּׁוֹחֵט בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע – רַבִּי פּוֹסֵל וְרַבִּי חִייָּא מַכְשִׁיר; עַד כָּאן לָא קָא מַכְשִׁיר רַבִּי חִיָּיא אֶלָּא בְּדִיעֲבַד, אֲבָל לְכַתְּחִלָּה לֹא.

Ce n'est pas difficile : ici [le cas] d'une [lame] détachée (talouch), là [le cas] d'une [lame] attachée (mechoubar). Car Rav Kahana a dit : celui qui abat avec [une lame] attachée au sol — Rabbi invalide et Rabbi Hiyya valide ; [or] Rabbi Hiyya ne valide que [pour] a posteriori, mais a priori non.

📜 Rachi (2)
רַבִּי פּוֹסֵל לְקַמָּן נָפְקָא לָן מִוַּיִּקַּח אֶת הַמַּאֲכֶלֶת:
Rabbi invalide — plus loin nous [le] déduisons de 'et il prit le couteau (ma'akhelet)' [Gen 22:10, qui implique un instrument détaché].
וְרַבִּי חַייָּא מַכְשִׁיר וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה לָא מִתּוֹקְמָא כְּרַבִּי אֶלָּא כְּרַבִּי חַייָּא וּלְכַתְּחִלָּה מִיהַת לָא שָׁחֲטִינַן וְאַשְׁמוֹעִינַן מַתְנֵי' דְּעַד כָּאן כוּ':
Et Rabbi Hiyya valide — et la michna, qui enseigne 'son abattage [est] valable', ne s'établit pas [comme parlant] selon Rabbi, mais selon Rabbi Hiyya ; et a priori, en tout cas, nous n'abattons pas [ainsi], et la michna nous enseigne que 'Rabbi Hiyya ne valide que, etc.'.
💡 Explication

Réponse : pas de contradiction — la braita (a priori permis) parle d'une lame détachée (talouch), la michna (a posteriori seulement) d'une lame attachée (mechoubar). Car Rav Kahana : qui abat avec une lame attachée au sol — Rabbi invalide, R. Hiyya valide ; et même R. Hiyya ne valide qu'a posteriori, non à priori.

11
בְּמַאי אוֹקֵימְתַּהּ כְּרַבִּי חִייָּא וְדִיעֲבַד? אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: בְּכָל שׁוֹחֲטִין, בֵּין בְּתָלוּשׁ בֵּין בִּמְחֻובָּר, בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה, בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה – מַנִּי? לָא רַבִּי וְלָא רַבִּי חִיָּיא! אִי רַבִּי חַייָּא – דִּיעֲבַד אִין, לְכַתְּחִלָּה לָא; אִי רַבִּי – דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.

[Mais] selon quoi l'as-tu établie ? [comme] Rabbi Hiyya, et [pour] a posteriori ?

Alors ce qui est enseigné : 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [une lame] détachée ou avec [une lame] attachée, [que] le couteau [soit] au-dessus et le cou de la bête en dessous, ou [que] le couteau [soit] en dessous et le cou de la bête au-dessus' — selon qui [est-ce] ? Ni Rabbi ni Rabbi Hiyya !

Si Rabbi Hiyya — a posteriori oui, a priori non ; si Rabbi — même a posteriori non !

📜 Rachi (2)
בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה כְּעֵין כָּל הַשְּׁחִיטוֹת:
[Que] le couteau [soit] au-dessus — comme [dans] tous les abattages [habituels].
וּבֵין שֶׁהַסַּכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה וְלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יְכַבֵּד הַצַּוָּאר עַל הַסַּכִּין וְיַתִּיז בְּבַת אַחַת קֹודֶם שֶׁיּוֹלִיךְ וְיָבִיא:
Ou [que] le couteau [soit] en dessous et le cou de la bête au-dessus — et nous ne craignons pas que le cou [ne] pèse sur le couteau et [ne] tranche [tout] d'un coup avant qu'on [ne] mène et [ne] ramène [le couteau].
💡 Explication

Question : si tu établis la michna comme R. Hiyya (a posteriori), alors la braita 'on abatte avec tout, détaché ou attaché, couteau dessus/dessous' (a priori !) — de qui est-elle ? Ni Rabbi (qui invalide l'attaché même a posteriori) ni R. Hiyya (qui ne l'autorise qu'a posteriori) !

12
לְעוֹלָם רַבִּי חַייָּא, וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה, וְהַאי דְּקָמִיפַּלְגִי בְּדִיעֲבַד – לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי.

En réalité [c'est] Rabbi Hiyya, et même a priori ; et le fait qu'ils divergent [à propos d']a posteriori — [c'est] pour te faire connaître la portée (koho) de Rabbi.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם רַבִּי חַייָּא וְאַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה נָמֵי מַכְשַׁר:
En réalité [c'est] Rabbi Hiyya, et même a priori — il valide aussi.
🗂️ Tossefot (1)
לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי וְלָא חָייֵשׁ לְאַשְׁמוֹעֵי' כֹּחַ דְּהֶיתֵּרָא דְּרַבִּי חַייָּא דִּכְבָר אַשְׁמוֹעִינַן בַּבָּרַייְתָא דִּבְכָל שׁוֹחֲטִין בֵּין בְּתָלוּשׁ בֵּין בִּמְחֻובָּר:
Pour te faire connaître la portée de Rabbi — et il ne se soucie pas de [nous] faire connaître la portée de l'indulgence (koho de-heteira) de Rabbi Hiyya, car il nous l'a déjà fait connaître dans la braita 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [une lame] détachée ou attachée'.
💡 Explication

Réponse : en fait la braita est R. Hiyya, qui permet même a priori ; et si la dispute [Rav Kahana] est formulée sur l'a posteriori, c'est pour souligner la rigueur de Rabbi (qui invalide jusqu'à a posteriori). Donc R. Hiyya autorise l'attaché même a priori.

13
וְאֶלָּא, מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי ״הַשּׁוֹחֵט״, דִּיעֲבַד – אִין, לְכַתְּחִלָּה – לָא, מַנִּי? לָא רַבִּי וְלָא רַבִּי חִיָּיא, אִי רַבִּי חַייָּא – אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה, אִי רַבִּי – דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.

Mais alors, la michna, qui enseigne 'celui qui abat' — a posteriori oui, a priori non — selon qui [est-ce] ? Ni Rabbi ni Rabbi Hiyya !

Si Rabbi Hiyya — même a priori ; si Rabbi — même a posteriori non !

💡 Explication

Mais alors la michna ('qui abat' : a posteriori oui, a priori non) — de qui ? Ni Rabbi (a posteriori non) ni R. Hiyya (a priori oui) ! (Même difficulté, inversée.)

14
לְעוֹלָם רַבִּי חַייָּא, וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה, וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי ״הַשּׁוֹחֵט״ – רַבִּי הִיא.

En réalité [c'est] Rabbi Hiyya, et même a priori ; et la michna, qui enseigne 'celui qui abat' — [c'est] Rabbi.

💡 Explication

Réponse : la braita est R. Hiyya (a priori) ; et la michna ('qui abat', a posteriori seulement) est Rabbi.

15
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי? לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ, כָּאן בְּתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִיבְּרוֹ.

[Voilà une] difficulté [entre une parole] de Rabbi [et une autre] de Rabbi ! Ce n'est pas difficile : ici [le cas] d'une [lame] attachée dès l'origine (méchoubar me-ikaro), là [le cas] d'une [lame] détachée puis attachée à la fin (talouch u-le-vasof hibéro).

📜 Rachi (2)
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי דְּהָא קָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא רַבִּי פּוֹסֵל דְּמַשְׁמַע דִּיעֲבַד:
[Voilà une] difficulté [entre une parole] de Rabbi [et une autre] de Rabbi — car on enseigne dans la braita 'Rabbi invalide', ce qui implique [même] a posteriori.
מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ פּוֹסֵל וַאֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד:
[Une lame] attachée dès l'origine — [Rabbi l']invalide, et même a posteriori.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ לְעֵיל גַּבֵּי רַבִּי חִיָּיא לָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי דְּכֵיוָן דִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ כָּשֵׁר בְּדִיעֲבַד לָמָּה יֶאֱסֹור לְכַתְּחִלָּה דְּאִי מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִדְרֹוס א"כ תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִיבְּרוֹ נָמֵי:
'Ici [le cas] d'une [lame] attachée dès l'origine' — plus haut, à propos de Rabbi Hiyya, on ne pouvait répondre ainsi ; car puisqu'une [lame] attachée dès l'origine [est] valable a posteriori [selon Rabbi Hiyya], pourquoi interdirait-il a priori ? car si [c'est] de peur qu'il [n']appuie (chema yidros), alors [pour] une [lame] détachée puis rattachée aussi [il faudrait interdire a priori].
💡 Explication

Contradiction Rabbi/Rabbi : la michna (Rabbi) valide a posteriori, mais Rav Kahana fait invalider Rabbi même a posteriori ! Réponse : pas de difficulté — Rabbi invalide (même a posteriori) une lame attachée dès l'origine (méchoubar me-ikaro) ; il valide (a posteriori) une lame détachée puis rattachée (talouch u-le-vasof hibéro).

🖼️ Schéma
Lame attachée : l'abattage est-il valable ? Lame DETACHEE (talouch) VALABLE même a priori (selon Rabbi Hiyya). C'est le cas ordinaire. Détachée puis RATTACHÉE (talouch u-le-vasof hibéro) VALABLE a posteriori (Rabbi), mais PAS à priori. Ex. : couteau fiché dans un mur ; lame couchée sur une roue ; lame attachée au sol. Attachée DÈS L'ORIGINE (méchoubar me-ikaro) INVALIDE même a posteriori (Rabbi). Ex. : silex saillant d'un mur naturel (de caverne) ; roseau poussé de lui-même.
Lame attachée dès l'origine vs détachée puis rattachée.
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וּמְנָא תֵּימְרָא דְּשָׁנֵי לַן בֵּין מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ לְתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִיבְּרוֹ? דְּתַנְיָא: הַשּׁוֹחֵט בְּמוּכְנִי – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל וְשָׁחַט בָּהּ – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, הָיָה צֹור יוֹצֵא מִן הַכֹּותֶל אוֹ קָנֶה עוֹלֶה מֵאֵלָיו וְשָׁחַט בּוֹ – שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה.

Et d'où dis-tu (mena teimra) que nous distinguons entre [une lame] attachée dès l'origine et [une lame] détachée puis attachée à la fin ? Car il est enseigné : celui qui abat avec un mécanisme [à roue] (mokhni) — son abattage [est] valable ; avec [une lame] attachée au sol — son abattage [est] valable ; [s']il a fiché un couteau dans le mur et a abattu avec — son abattage [est] valable ; [si] un [éclat de] silex sortait du mur, ou un roseau montait de lui-même, et [qu']il a abattu avec — son abattage [est] invalide.

📜 Rachi (3)
בְּמוּכְנִי גַּלְגַּל שֶׁקּוֹרִין טו"ר וְהִשְׁכִּיב בּוֹ הַסַּכִּין חֻודּוֹ לְמַעְלָה וְגַלְגַּל וְשָׁחַט:
Avec un mécanisme — une roue qu'on appelle 'tor', dans laquelle il a couché le couteau, son tranchant vers le haut, et [qu']il a fait tourner, et [il] a abattu.
נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל וְהוֹלִיךְ וְהֵבִיא צַוַּאר בְּהֵמָה עָלֶיהָ:
[S']il a fiché un couteau dans le mur — et [qu']il a mené et ramené le cou de la bête dessus.
צֹור יוֹצֵא מִן הַכֹּותֶל הַייְנוּ מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ דְּמוֹקְמִי' לֵיהּ לְקַמָּן בְּכֹותֶל מְעָרָה שֶׁלֹּא נִבְנָה הַכֹּותֶל ע"י אָדָם אֶלָּא חוֹקֵק בַּקַּרְקַע וְהַכֹּותֶל עוֹמֵד מֵאֵלָיו וְרֵישָׁא בְּתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ וְהַאי דַּהֲדַר תְּנָא נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף עַל גַּב דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ אֲפִילּוּ הָכֵי לְכַתְּחִלָּה לֹא יִשְׁחֹוט. קָנֶה עוֹמֵד מֵאֵלָיו שֶׁלֹּא נְטָעוֹ אָדָם שָׁם אֶלָּא מֵעַצְמוֹ עָלָה:
Un [éclat de] silex sortant du mur — c'est [le cas] d'[une lame] attachée dès l'origine, que nous établissons plus loin [comme parlant] d'un mur de caverne, [où] le mur n'a pas été bâti par l'homme, mais [où] il creuse dans le sol et le mur se tient de lui-même ; et le début (recha) [parle] d'[une lame] détachée puis attachée à la fin. Et le fait qu'on enseigne [à nouveau] 'il a fiché un couteau dans le mur', [cela] était nécessaire pour nous enseigner que, bien qu'il ne l'[y] annule pas [définitivement], néanmoins a priori il n'abattra pas [ainsi]. 'Un roseau se tenant de lui-même', [c'est-à-dire] que personne ne l'a planté là, mais [qu']il a poussé de lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ שֶׁהָיָה קָנֶה עוֹמֵד מֵאֵלָיו לָאו לְמַעוּטֵי נְטָעוֹ אָדָם קָאָתֵי דְּהַהוּא נָמֵי חֲשִׁיב מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ דְּאַפֵּי' לְמָאֵן דְּאָמַר הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לְבַיִת אֲסָרוֹ הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לְאִילָן לֹא אֲסָרוֹ אֶלָּא תּוֹסֶפֶת דַּוְקָא וְלָא נְקַט הָכָא עוֹלֶה מֵאֵלָיו אֶלָּא לְגַלּוֹת עַל צוֹר הַיּוֹצֵא מִן הַכֹּותֶל דְּאַיְירֵי בְּכֹותֶל מְעָרָה דֻּומְיָא דְּקָנֶה הָעוֹמֵד מֵאֵלָיו:
'Ou [si] un roseau se tenait de lui-même' — [cela] ne vient pas exclure [le cas où] un homme l'a planté, car celui-là aussi est considéré comme 'attaché dès l'origine' ; car même selon l'avis [que] 'celui qui se prosterne devant une maison [l']a interdite', 'celui qui se prosterne devant un arbre' n'a interdit que l'ajout (tossefet) précisément [ce qui a poussé après] ; et l'on n'a pris ici 'se tenant de lui-même' que pour révéler, à propos du 'silex sortant du mur', qu'il s'agit d'un mur de caverne, à l'instar du roseau se tenant de lui-même.
💡 Explication

Source de la distinction (braita) : qui abat avec un mécanisme à roue (mokhni) -> valable ; avec une lame attachée au sol -> valable ; couteau fiché dans un mur -> valable (toutes = détaché puis fixé). Mais un silex saillant d'un mur [naturel] ou un roseau poussé de lui-même -> invalide (= attaché dès l'origine).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).