Chullin 16a — l'abattage par une roue (force directe ou indirecte) et la lame détachée puis rattachée

Chullin 16a

Sougya : La contradiction interne à la braita conduit à distinguer une lame attachée dès l'origine d'une lame détachée puis rattachée. L'abattage par un mécanisme à roue est valable [s'il provient] d'une roue de potier (mue par l'homme) ou d'une roue à eau par 'première force' (le premier tour, dès qu'on libère l'eau), mais invalide par 'seconde force' (l'eau agissant seule) — à l'instar du propos de Rav Papa sur celui qui détourne un flot d'eau sur un homme ligoté : coupable par première force ('ses propres flèches'), exempt par seconde force (simple cause indirecte).

Rabbi déduit de 'il prit le couteau pour égorger' (Gen 22:10) que l'abattage requiert une lame détachée, mais Rabbi Hiyya juge le raisonnement bancal (le verset n'enseigne que la diligence d'Abraham). Rava établit qu'une chose détachée puis rattachée à le statut d'une chose détachée : quant à l'idolâtrie, une maison peut devenir idole (à la différence des montagnes, attachées) ; et quant à rendre les semences aptes à l'impureté (le bol renversé sur un mur), c'est l'objet d'une divergence de Tannaim — que Rabbi Elazar tient pour une michna brisée, et Rav Papa concilie en distinguant un mur de caverne (attaché) d'un mur de bâtiment (détaché).

Première force (koach richon) vs seconde force (koach cheni) PREMIÈRE FORCE (koach richon) Roue à eau : la lame abat dès qu'on libère l'eau (1er tour) -> VALABLE On détourne l'eau qui noie aussitôt la victime -> MEURTRE ('ce sont ses propres flèches', giri didei) SECONDE FORCE (koach cheni) Roue à eau : la lame abat au 2e tour (l'eau agit seule) -> INVALIDE L'eau atteint la victime au loin, ensuite -> cause indirecte (garma) -> exempt Critère commun : l'acte est-il l'effet DIRECT de la force de l'homme, ou non ?
Force directe et force indirecte, dans l'abattage et dans le meurtre (segments 1-3).
1
קַשְׁייָן אַהֲדָדֵי! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ שָׁאנֵי בֵּין מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ לְתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ, שְׁמַע מִינָּה.

Elles se contredisent l'une l'autre ! Plutôt, n'en conclus-tu pas qu'il y a une différence entre [une lame] attachée dès l'origine (méchoubar me-ikaro) et [une lame] détachée puis attachée à la fin (talouch u-le-vasof hibéro) ?

Conclus-en.

📜 Rachi (2)
קַשְׁייָן אַהֲדָדֵי דְּקָתָנֵי רֵישָׁא בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה אַלְמָא בְּדִיעֲבַד שַׁפִּיר דָּמֵי וַהֲדַר תָּנֵי הָיָה צוּר יוֹצֵא כוּ':
Elles se contredisent l'une l'autre — car on enseigne au début 'avec [une lame] attachée au sol, son abattage [est] valable', preuve qu'a posteriori c'est bien [valide], puis on enseigne 'un [éclat de] silex sortait [du mur], etc.' [invalide].
אֶלָּא לָאו ש"מ כּוּ' וְהָא מַתְנִיתִין רַבִּי הִיא דְּאִי רַבִּי חִיָּיא אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה מַכְשִׁיר:
Plutôt, n'en conclus-tu pas, etc. — et cette michna [c'est] Rabbi, car si [c'était] Rabbi Hiyya, il validerait même a priori.
💡 Explication

Les deux clauses de la braita se contredisent (lame attachée = valable / silex saillant = invalide). Conclusion : il y a bien une différence entre attaché dès l'origine (invalide) et détaché puis rattaché (valable). Apprends-le. (Et la michna, qui valide a posteriori, est bien Rabbi.)

2
אָמַר מַר: הַשּׁוֹחֵט בְּמוּכְנִי שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, וְהַתַּנְיָא: שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּסָרַנָא דְּפַחְרָא, הָא בְּסָרַנָא דָּמְיָא.

Le Maître a dit : celui qui abat avec un mécanisme [à roue] (mokhni) — son abattage [est] valable. Mais n'a-t-on pas enseigné : son abattage [est] invalide !

Ce n'est pas difficile : ceci [le cas] d'une roue de potier (sarna de-pahra), cela [le cas] d'une roue [actionnée par] l'eau (sarna de-maya).

📜 Rachi (3)
בְּסָרַנָא דְּפַחְרָא גַּלְגַּל שֶׁל יוֹצְרִים שֶׁל חֶרֶס וְיֵשׁ לָהֶם מוּכְנִי שֶׁמְּגַלְגְּלִין בּוֹ כְּשֶׁחוֹקְקִין אֶת הַכְּלִי:
Avec une roue de potier (sarna de-pahra) — la roue des potiers de terre cuite ; ils ont un mécanisme avec lequel ils [la] font tourner lorsqu'ils façonnent l'ustensile.
פַּחְרָא חֶרֶס וַחֲבֵירוֹ בְּדָנִיֵּאל בַּחֲלוֹמוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר חֲסַף דִּי פֶּחָר:
'Pahra' — [de la] terre cuite (hères) ; et son pareil [se trouve] dans Daniel, dans le songe de Nabuchodonosor : 'de l'argile de potier (hasaf di pehar)'.
סָרַנָא דְּפַחְרָא שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה שֶׁאָדָם מְגַלְגְּלוֹ:
Roue de potier — son abattage [est] valable, car c'est un homme [qui] la fait tourner.
⚖️ Rosh (1)
הַשּׁוֹחֵט בְּמוּכְנִי שֶׁל יוֹצֵר שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. וּבְגַלְגַּל שֶׁל מַיִם בְּכֹחַ רִאשׁוֹן שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. בְּכֹחַ שֵׁנִי שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה: תַּנְיָא נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל וְשָׁחַט בָּהּ שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. אָמַר רַב עָנָן אֹמֶד שְׁמוּאֵל ל"ש אֶלָּא שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה בְּדִיעֲבַד. אֲבָל סַכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִדְרֹוס. וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דָּרַס אֶלָּא נְקַט לִישָּׁנָא דִּלְהַבָּא לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲפִילּוּ אִי אָמַר בָּרִי לִי שֶׁלֹּא דָּרַסְתִּי שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה שֶׁמָּא יִדְרֹוס פַּעַם אַחֶרֶת. וְהָא דְּקָתָנֵי בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה לִצְדָדִין קָתָנֵי. סַכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה בִּתְלוּשָׁה. סַכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה בִּמְחֻובֶּרֶת. רַב פָּפָּא אָמַר בְּעוֹפָא דְּקַלִּיל. בָּעֵי ר' יִרְמְיָה אֵיבְרֵי בְּשַׂר נְחִירָה שֶׁהִכְנִיסוּ עִמָּהֶם לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַהוּ. וְקָאֵי בְּתֵיקוּ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּרוֹשׁ וְקִבֵּל שָׂכָר הוּא דִּצְרִיכִין אָנוּ לַעֲמֹוד עַל הָאֱמֶת אע"פ שֶׁכְּבָר עָבַר. וְלָא נְהִירָא לִי דְּדַוְקָא לְמִיסְבַּר קְרָאֵי דָּרְשִׁינַן אע"פ שֶׁכְּבָר עָבַר. אֲבָל לִקְבֹּועַ בָּעֲיָא בַּשַּׁ"ס בְּדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ צֹורֶךְ לָא אַשְׁכְּחַן. וְהָכִי אָמְרִינַן בְּפ"ק דְּיוֹמָא דַּף ה: כֵּיצַד הִלְבִּישָׁן כו' כֵּיצַד הִלְבִּישָׁן מַאי דַהֲוָה הֲוָה. אֶלָּא כֵּיצַד מַלְבִּישָׁן לֶעָתִיד לָבֹא. לע"ל לִכְשֶׁיָּבֹאוּ אַהֲרֹן וּבָנָיו וּמֹשֶׁה עִמָּהֶן. אֶלָּא כֵּיצַד מַלְבִּישָׁן לְמִיסְבַּר קְרָאֵי בְּצַווָּאָה כְּתִיב וְכוּ'. וְנִרְאֶה לִי דְּנָפְקָא מִינָּהּ בְּבַעְיָא זוֹ לְאָדָם שֶׁאָסַר עַצְמוֹ בְּאֶחָד מִן הַמִּינִין מִזְּמַן יָדוּעַ וְאֵילָךְ וּכְשֶׁהִגִּיעַ הַזְּמַן הָיָה לוֹ מֵאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁהָיָה אוֹכֵל וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁהִגִּיעַ הַזְּמַן אִם מֻותָּר לֶאֱכֹול מַה שֶׁנִּתְוַתֵּר בְּיָדוֹ. אִי נָמֵי כְּגוֹן שֶׁרָצוּ ב"ד לֶאֱסֹור דָּבָר אֶחָד כְּמוֹ שֶׁאָסְרוּ גְּבִינוֹת הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים וּשְׁלָקוֹת וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אִם אָסוּר מַה שֶׁיֵּשׁ לוֹ מִמֶּנּוּ מֵאוֹתוֹ הַמִּין בְּיַד יִשְׂרָאֵל:
Celui qui abat (le chochet) avec un mécanisme à roue (mokhni) de potier, son abattage (chehita) est valable (kacher). Et [pour] une roue [actionnée par] l'eau (galgal chel mayim), par une première force (koach richon) son abattage est valable ; par une seconde force (koach cheni) son abattage est invalide (passoul). On a enseigné [dans une braita] : [celui qui] a fiché un couteau (sakin) dans le mur et [en] a abattu, son abattage est valable. Rav Anan a dit [au nom de] l'estimation de Chemouel : [la braita] n'a enseigné [que cet abattage soit valable] que [pour le cas] où le couteau [est] en haut et le cou de l'animal (behema) en bas -- son abattage [est alors] valable a posteriori (be-diavad) ; mais [si] le couteau [est] en bas et le cou de l'animal en haut, même a posteriori son abattage est invalide, car nous craignons qu'il ne presse (yidros -- deressa, appuyer au lieu de trancher par va-et-vient, ce qui invalide l'abattage). Or [le texte] aurait dû dire 'daras' [au passé : il a pressé] ; mais il a pris une formule tournée vers l'avenir (le-haba) pour nous enseigner que, même s'il disait 'il m'est certain que je n'ai pas pressé', son abattage [reste] invalide, [par crainte] qu'il ne presse une autre fois. Et ce qui est enseigné 'aussi bien [le cas] où le couteau [est] en bas et le cou de l'animal en haut, que [le cas] où le couteau [est] en haut et le cou de l'animal en bas', [cela] est enseigné par côtés distincts (li-tsedadin -- chaque membre visant un cas différent) : [le couteau] en bas et le cou de l'animal en haut [vaut] pour [une lame] détachée (be-teloucha) ; [le couteau] en haut et le cou de l'animal en bas [vaut] pour [une lame] attachée (bi-méchouberet). Rav Papa a dit : [le cas où l'on valide malgré le couteau en bas concerne] un volatile, [animal] léger (be-ofa de-kalil). Rabbi Yirmiya a posé la question (ba'ei) : les membres de chair de nechira (bessar nechira -- chair d'un animal tué par percement de la nuque, permise aux Enfants d'Israël au désert) qu'ils ont introduits avec eux en Terre d'Israël, qu'en [est-il] ? Et [la question] demeure en teiku (irrésolue). Rachi a expliqué : c'est [selon le principe] 'étudie et reçois récompense' (derosh ve-kabbel sachar), [à savoir] que nous devons établir la vérité [d'une question] bien qu'elle appartienne déjà au passé. Mais cela ne m'est pas clair (lo nehira li), car ce n'est précisément que pour comprendre le sens des versets (le-missbar kera'ei) que nous scrutons [une question] bien qu'elle appartienne au passé ; mais [quant] à poser (li-kboa) une question dans le Talmud (chas) sur une chose sans utilité [pratique], nous ne [l']avons pas trouvé. Et ainsi disons-nous au premier chapitre de Yoma (feuillet 5b) : 'Comment les a-t-il vêtus [Aaron et ses fils], etc. ?' -- 'Comment les a-t-il vêtus ? Ce qui fut, fut [c'est passé, quelle utilité ?]' Plutôt : 'comment les vêtira-t-on dans le temps à venir (le-atid lavo)' -- dans le temps à venir, lorsque viendront Aaron, ses fils et Moche avec eux [à la résurrection]. Plutôt : 'comment les vêtira-t-on' [signifie] pour comprendre le sens des versets : 'dans [l'ordre du] commandement il est écrit [ainsi], etc.' [ -- preuve qu'on ne pose une question sur le passé que pour comprendre les versets]. Et il me semble qu'il découle une conséquence pratique (nafka mina) de cette question [de Rabbi Yirmiya] pour un homme qui s'est interdit lui-même l'une des espèces [d'aliments] à partir d'un moment déterminé et au-delà, et [qui], lorsque le moment est arrivé, possédait de cette espèce [dont] il mangeait continuellement jusqu'à ce que le moment arrive -- [la question étant] s'il est permis de manger ce qui est resté en sa possession. Ou encore, par exemple [le cas] où un tribunal (beth din) a voulu interdire une chose -- comme [lorsqu']ils ont interdit les fromages des idolâtres (oved kokhavim), les [aliments] bouillis [par eux] et [choses] semblables -- [la question étant] si est interdit ce qu'un [membre d']Israël possède de cette espèce.
💡 Explication

Le Maître a dit : abattre avec un mécanisme à roue (mokhni) -> valable. Mais une autre braita dit invalide ! Réponse : la valable parle d'une roue de potier (actionnée par l'homme -> c'est sa force) ; l'invalide d'une roue à eau (mue par l'eau, non par l'homme).

3
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא בְּסַרְנָא דְּמַיָּא, וְלָא קַשְׁיָא: הָא בְּכֹחַ רִאשׁוֹן, הָא בְּכֹחַ שֵׁנִי.

Et si tu veux, dis : celle-ci et celle-là [parlent] d'une roue [actionnée par] l'eau, et ce n'est pas difficile : ceci [le cas] d'une 'première force' (koah richon), cela [le cas] d'une 'seconde force' (koah cheni).

📜 Rachi (3)
דָּמְיָא שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה שֶׁהַמַּיִם מְגַלְגְּלִין אוֹתוֹ וְאֵין שְׁחִיטָה זוֹ מִכֹּחַ אָדָם וּתְנַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף לא.) נָפְלָה וּשְׁחָטָהּ שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה דִּכְתִיב וְזָבַחְתָּ וְאָכַלְתָּ מַה שֶּׁאַתָּה זוֹבֵחַ אַתָּה אוֹכֵל כו':
[Roue actionnée par] l'eau — son abattage [est] invalide, car l'eau la fait tourner et cet abattage n'[est] pas [dû] à la force d'un homme ; et nous avons appris plus loin (Houlin 31a) '[le couteau] est tombé et a abattu — son abattage [est] invalide', car il est écrit 'tu égorgeras et tu mangeras' : ce que tu égorges [par ta force], tu [le] manges, etc.
בְּכֹחַ רִאשׁוֹן מִיָּד כְּשֶׁנָּטַל הַדַּף הַמְעַכֵּב אֶת הַמַּיִם וְהִתְחִיל לְגַלְגֵּל וּבִתְחִלַּת גִּלְגּוּלוֹ שָׁחַט מִכֹּחַ אָדָם שֶׁנָּטַל הַדַּף:
Par une première force — des qu'il a ôté la planche (daf) qui retenait l'eau et [que la roue] a commencé à tourner, et [qu']au début de son tournoiement elle a abattu — [c'est] par la force de l'homme [qui] a ôté la planche.
בְּכֹחַ שֵׁנִי לְאַחַר שֶׁגִּלְגְּלוּ הַמַּיִם אֶת הַגַּלְגַּל פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה:
Par une seconde force — après que l'eau a fait tourner la roue une première et une deuxième fois.
💡 Explication

Autre réponse : les deux parlent d'une roue à eau, et la distinction est : première force (koah richon — la lame abat dès qu'on libère l'eau, au 1er tour -> valable) vs seconde force (koah cheni — au 2e tour, l'eau agit seule -> invalide).

4
וְכִי הָא דְּאָמַר רַב פָּפָּא: הַאי מַאן דְּכַפְתֵיהּ לְחַבְרֵיהּ וְאַשְׁקֵיל עֲלֵיהּ בִּידְקָא דְּמַיָּא וּמִית – חַייָּב. מַאי טַעְמָא? גִּירֵי דִּידֵיהּ הוּא דְּאַהֲנִי בֵּיהּ. וְהָנֵי מִילֵּי – בְּכֹחַ רִאשׁוֹן, אֲבָל בְּכֹחַ שֵׁנִי – גְּרָמָא בְּעָלְמָא הוּא.

Et [c'est] comme ce que dit Rav Papa : celui qui a ligoté son prochain et a fait déferler sur lui un flot d'eau (bidka de-maya), et [que celui-ci] est mort — [il est] coupable (hayav). Quelle [en est] la raison ?

Ce sont ses [propres] traits (guirei) qui ont été efficaces en lui [= qui l'ont tué]. Et cela [vaut] par une première force ; mais par une seconde force — [ce n'est] qu'une cause indirecte (garma be-alma).

📜 Rachi (5)
דְּכַפְתֵיהּ קָשְׁרוּ:
Qu'il a ligoté (de-kaftei) — il l'a attaché.
דְּאַשְׁקִיל עָלֶיהָ בִּידְקָא דְּמַיָּא שֶׁהִפְנָה הַמַּיִם לַעֲבֹור עָלָיו וְנִיעֲרוּהוּ:
Qu'il a fait déferler sur lui un flot d'eau — qu'il a orienté l'eau pour passer sur lui, et [qu']elle l'a emporté.
חַיָּיב דַּהֲרָגוֹ מַמָּשׁ בְּאוֹתָן הַמַּיִם וְהֵן הֵן כְּלֵי זַיִּינוּ וְלָא הָוֵי גְּרָמָא:
Coupable — car il l'a tué effectivement avec cette eau, et elle [est] son arme, et ce n'est pas [une simple] cause indirecte (garma).
בְּכֹחַ רִאשׁוֹן שֶׁקְּשָׁרוֹ סָמוּךְ לִשְׂפַת הַמַּיִם וְכֵיוָן שֶׁנָּקַב נֶקֶב בִּשְׂפַת הַמַּיִם מִיָּד בָּאוּ הַמַּיִם לְפִיו:
Par une première force — qu'il l'a attaché près du bord de l'eau, et que, dès qu'il a percé un trou au bord de l'eau, aussitôt l'eau est venue à sa bouche.
אֲבָל בְּכֹחַ שֵׁנִי שֶׁקְּשָׁרוֹ בְּרִחוּק וְהַמַּיִם הָלְכוּ שָׁם אע"פ שֶׁהוּא נִקַּב הַנֶּקֶב וַהֲפָכוֹ לְשָׁם פָּטוּר דִּגְרָמָא בְּעָלְמָא הוּא:
Mais par une seconde force — qu'il l'a attaché au loin, et [que] l'eau [y] est allée ; bien que ce soit lui [qui] ait percé le trou et [l']ait orientée là, [il est] exempt, car [ce n'est] qu'une cause indirecte (garma be-alma).
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל בְּכֹחַ שֵׁנִי גְּרָמָא בְּעָלְמָא הוּא וְאַכְּפִיתָה לָא מִיחַייַּב דְּלָא מִיבַּעְיָא הָיָה עוֹמֵד שָׁם וּכְפִתּוֹ בִּמְקוֹמוֹ דְּפָטוּר אֲפִילּוּ הָיָה סוֹף מַיִם לָבֹא עָלָיו דְּלָא רַבֵּיהּ רַחֲמָנָא מְצַמְצֵם אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁהִתְחִיל הַהֶיזֵּק כְּבָר כְּגוֹן כָּבַשׁ עָלָיו לְתוֹךְ הָאֵשׁ אוֹ לְתוֹךְ הַמַּיִם כְּדִתְנַן בְּהַנִּשְׂרָפִין (סַנְהֶדְרִין עז. וְשָׁם ד"ה סוֹף) אֲבָל סוֹף חֹום לָבֹא וְסוֹף מַיִם לָבֹא פָּטוּר אֲפִילּוּ כְּפָתוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר וֶהֱבִיאוֹ שָׁם פָּטוּר אע"ג דְּאִם הָיָה סוֹף מַיִם לָבֹא עָלָיו הָיָה חַיָּיב לְמַאן דְּאָמַר אִשּׁוֹ מִשּׁוּם חִצָּיו דְּמַאי שְׁנָא מֵאִשּׁוֹ בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּאֵין חִילּוּק בֵּין מְקָרֵב הָאֵשׁ אֵצֶל הַדָּבָר לִמְקָרֵב הַדָּבָר אֵצֶל הָאֵשׁ דְּהָא כּוֹפֵף קוֹמָתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ לִפְנֵי הַדְּלֵיקָה שֶׁיְּכוֹלָה וְלָבֹא בְּרוּחַ מְצוּיָה חַייָּב כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ הַכּוֹנֵס (ב"ק נו. וְשָׁם ד"ה אִילֵּימָא) מ"מ הָכָא פָּטוּר שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁהֱבִיאוֹ שָׁם לֹא הָיָה סוֹף מַיִם לָבֹא אִי לָאו דְּאַשְׁקִיל אַחַר כָּךְ וְאַמָּה דְּאַשְׁקִיל לָא מִיחַייַּב בְּכֹחַ שֵׁנִי וְדוֹמֶה לְזָרַק חֵץ וּתְרִיס בְּיָדוֹ וְקָדַם בְּעַצְמוֹ וְסִילֵּק אֶת הַתְּרִיס דְּפָטוּר:
'Mais par une seconde force, [ce n'est] qu'une cause indirecte' — et [pour] le fait de [l']avoir ligoté, [il n'est] pas coupable [de meurtre] : car il n'est pas [seulement] question [du cas où] il se tenait déjà là et [qu']il l'a ligoté à sa place, [cas où il est] exempt même [s']il y avait [un] flot d'eau à venir sur lui — car le Miséricordieux n'a inclus 'celui qui restreint' (metzamtzem) que là où le dommage avait déjà commencé, par exemple [s']il l'a poussé dans le feu ou dans l'eau, comme nous avons appris dans 'Ha-nisrafin' (Sanhédrin 77a) ; mais [si] la chaleur [était] à venir, ou l'eau [était] à venir, [il est] exempt — même [s']il l'a ligoté en un autre endroit et l'a amené là, [il est] exempt, bien que, s'il y avait [un] flot d'eau à venir sur lui, il serait coupable selon l'avis [que] 'le feu [est puni] au titre de ses flèches' (écho michoum hitzav). En quoi cela diffère-t-il du feu [allumé] par un vent ordinaire (roua'h metzouya), [pour lequel] il n'y a pas de distinction entre rapprocher le feu de la chose et rapprocher la chose du feu — car 'celui qui courbe la stature de son prochain devant l'incendie [qui peut l']atteindre par un vent ordinaire' est coupable (Baba Kama 56a) ? — néanmoins, ici [il est] exempt, car au moment où il l'a amené là, l'eau n'était pas [encore] à venir, si ce n'est qu'il a [ensuite] fait déferler [l'eau] ; et pour [le fait] qu'il a fait déferler, [il n'est] pas coupable par une seconde force ; et [cela] ressemble à 'celui qui a lancé une flèche, et [tenait] un bouclier (teris) en main, et [que la victime] s'est hâtée elle-même et a retiré le bouclier' — [cas où il est] exempt.
💡 Explication

Comme Rav Papa : qui ligote autrui et détourne sur lui un flot d'eau qui le tue -> coupable de meurtre — 'ce sont ses propres flèches (giri) qui ont agi'. Mais cela ne vaut que par première force (l'eau l'atteint directement) ; par seconde force (l'eau coule ensuite d'elle-même) -> simple cause indirecte (garma) -> exempt.

5
יָתֵיב רַב אֲחוֹרֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא, וְרַבִּי חִיָּיא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי, וְיָתֵיב רַבִּי וְקָאָמַר: מִנַּיִן לִשְׁחִיטָה שֶׁהִיא בְּתָלוּשׁ? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקַּח אֶת הַמַּאֲכֶלֶת לִשְׁחֹט״. אֲמַר לֵיהּ רַב לְרַבִּי חַייָּא: מַאי קָאָמַר? אֲמַר לֵיהּ: וָי״ו דִּכְתִיב אַאֻופְתָּא קָאָמַר. וְהָא קְרָא קָאָמַר! קְרָא זְרִיזוּתֵיהּ דְּאַבְרָהָם קָא מַשְׁמַע לַן.

Rav était assis derrière Rabbi Hiyya, et Rabbi Hiyya devant Rabbi ; et Rabbi était assis et disait : d'où [savons-nous] que l'abattage [se fait] avec [une lame] détachée (be-talouch) ? Car il est dit : 'et il prit le couteau (ma'akhélet) pour égorger' (Gen 22:10).

Rav dit à Rabbi Hiyya : que dit-il ? Il lui dit : il dit un [raisonnement comme un] vav écrit sur un éclat de bois (a-oufta).

Mais il a [pourtant] cité un verset ! Le verset nous enseigne la diligence (zérizut) d'Abraham.

📜 Rachi (4)
מַאי קָאָמַר הֵיכִי יָלֵיף טַעְמָא מֵהָכָא:
Que dit-il — comment déduit-il un raisonnement (taam) de ceci ?
אֲמַר לֵיהּ וָי"ו דִּכְתִיב אַאֻופְתָּא קָאָמַר כְּלוֹמַר טַעַם שֶׁאֵינוֹ נָכוֹן קָאָמַר כְּמוֹ שֶׁכּוֹתֵב וָי"ו עַל הַבְּקַעַת וְכֻולָּהּ מְנֻותַּחַת לִפְרָקִים מִפְּנֵי שִׁינֵּי הַבְּקַעַת שֶׁהֵן עֲשׂוּיִין חֲרִיצִין חֲרִיצִין וְאֵינָהּ חֲלָקָה. לָשׁוֹן אַחֵר אוֹתָן חֲרִיצִין קָרֵי וָי"ו. רַבִּי חַיָּיא לְטַעְמֵיהּ דְּמַכְשִׁיר לְעֵיל שְׁחִיטָה בִּמְחֻובָּר:
Il lui dit : il dit un vav écrit sur un éclat de bois (oufta) — c'est-à-dire : il dit un raisonnement qui n'[est] pas correct, comme [quand] on écrit un vav sur une bûche, et [que] toute [la lettre] est découpée par segments à cause des dents de la bûche, qui sont faites [de] sillons, [la bûche] n'étant pas lisse. Autre explication : ces sillons [eux-mêmes] sont appelés 'vav'. Rabbi Hiyya [suit] son [propre] avis, [lui] qui a validé plus haut l'abattage avec [une lame] attachée.
וְקָפְרִיךְ גְּמָרָא וְהָא קְרָא קָאָמַר:
Et la Guemara objecte : mais il a [pourtant] cité un verset !
קְרָא זְרִיזוּתֵיהּ דְּאַבְרָהָם קמ"ל שֶׁחָשׁ וְנִזְהָר שֶׁמָּא לֹא יִמְצָא צוּר אֲפִילּוּ מְחֻובָּר וְהֵבִיא עִמּוֹ מַאֲכֶלֶת: ל"א רַב לֹא שָׁמַע דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אֶלָּא מִקְרָא שָׁמַע יֹוצֵא מִפִּיו וְלֹא יָדַע עַל מַה וַאֲמַר לֵיהּ רַב לְרַבִּי חִיָּיא מַאי קָאָמַר רַבִּי אֲמַר לֵיהּ טַעַם הֵבִיא לִשְׁחִיטָה שֶׁנִּפְסְלָה בִּמְחֻובָּר וּמִן הַמִּקְרָא אֲבָל אֵינוֹ עִיקָּר אֲמַר לֵיהּ וְהָא קְרָא קָאָמַר כו':
Le verset nous enseigne la diligence d'Abraham — qui s'inquiéta et prit garde [au cas] où il ne trouverait pas [d'éclat de] silex, fût-il attaché, et apporta avec lui un couteau. Autre version : Rav n'a [pas] entendu les paroles de Rabbi, mais a [seulement] entendu un verset sortir de sa bouche, sans savoir à quel [propos], et Rav dit à Rabbi Hiyya : que dit Rabbi ? Il lui dit : il a apporté un raisonnement pour [montrer que] l'abattage est invalide [avec une lame] attachée, et [tiré] du verset ; mais ce n'[est] pas l'essentiel. Il lui dit : mais il a [pourtant] cité un verset, etc.
🗂️ Tossefot (1)
מִנַּיִן לִשְׁחִיטָה שֶׁהִיא בְּתָלוּשׁ שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּקַּח אֶת הַמַּאֲכֶלֶת וְאִם תֹּאמַר וְהָא הַאי קְרָא בְּקָדָשִׁים כְּתִיב דִּבְפֶרֶק הַתּוֹדָה (מְנָחוֹת דַּף פב: וְשָׁם ד"ה וַיִּקַּח) וּבְסוֹף פ' דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צז: וְשָׁם ד"ה וְהָתָם) נָפְקָא לָן מֵהָכָא דְּקָדָשִׁים טְעוּנִין כְּלִי וְאוֹמֵר ר"ת דִּלְעִנְיַן תָּלוּשׁ גָּמְרִינַן נָמֵי אַחֻולִּין מִדִּכְתִיב לִשְׁחֹוט אֶת בְּנוֹ וְלָא כְּתִיב לִשְׁחֹוט אֶת הָעוֹלָה אֲבָל כְּלִי לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵילַף בְּחֻולִּין אֶלָּא בְּקָדָשִׁים כִּשְׁאָר עֲבוֹדוֹת דְּבָעוּ כְּלִי שָׁרֵת וּמִדִּכְתִיב וַיִּקַּח וְלָא כְּתִיב וְיָכִין דָּרְשִׁינַן תָּלוּשׁ בְּחֻולִּין וּמִדִּכְתִיב מַאֲכֶלֶת וְלָא כְּתִיב הַמְחַתֵּךְ דָּרְשִׁינַן כְּלִי בְּקָדָשִׁים ואע"ג דְּהָכָא דָּחֵי רַבִּי חַיָּיא דִּזְרִיזוּתֵיהּ דְּאַבְרָהָם קמ"ל הָתָם לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר הָכִי:
'D'où [savons-nous] que l'abattage [se fait] avec [une lame] détachée ? Car il est dit 'et il prit le couteau'' — et si tu objectes : mais ce verset est écrit à propos des [animaux] consacrés (kodachim) ! car au chapitre 'Ha-toda' (Menahot 82b) et à la fin de 'Dam hatat' (Zevahim 97b) nous déduisons de là que les [animaux] consacrés requièrent un ustensile [de service] ! Rabbenou Tam dit : quant au [caractère] détaché, nous [l']apprenons aussi pour les [animaux] profanes (houlin), du fait qu'il est écrit 'pour égorger son fils' et non 'pour égorger l'holocauste' ; mais [l'exigence d']un ustensile, on ne peut [l']apprendre [que] pour les consacrés, non pour les profanes, à l'instar des autres services [du Temple], qui requièrent un ustensile de service. Et du fait qu'il est écrit 'et il prit' et non 'et il prépara', nous interprétons '[lame] détachée' pour les profanes ; et du fait qu'il est écrit 'couteau' et non 'ce qui tranche', nous interprétons 'ustensile' pour les consacrés. Et bien qu'ici Rabbi Hiyya écarte [cela en disant] que [le verset] nous enseigne la diligence d'Abraham, la-bas [pour les consacrés] on ne peut dire ainsi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן לִשְׁחִיטָה שֶׁהִיא בְּתָלוּשׁ? שֶׁנֶּאֱמַר: "וַיִּקַּח אֶת הַמַּאֲכֶלֶת לִשְׁחֹט" (בְּרֵאשִׁית כב, י) . הַכַּוָּנָה הוּא דְּיָלֵיף זֶה מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא דְּאִיכָּא יִתּוּר בְּפָסוּק זֶה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וַיִּשְׁלַח אַבְרָהָם אֶת יָדוֹ לִשְׁחֹט אֶת בְּנוֹ' וּמִסְּתָמָא מַשְׁמַע שֶׁיִּשָּׁחֵט בְּמַאֲכֹלֶת, וּלְהָכִי יָלֵיף רָבָא יִתּוּר הַכָּתוּב לְאַשְׁמְעִינַן שֶׁהַשְּׁחִיטָה בְּתָלוּשׁ כִּי אֵין מַאֲכֶלֶת בִּמְחֻובָּר אֶלָּא רַק בְּתָלוּשׁ וּלְהָכִי פָּרִיךְ ' וְהָא קְרָא קָאָמַר ?' כְּלוֹמַר זוֹ רְאָיָה גְּמוּרָה מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא וְכָל יַלְּפוֹת רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּעָלְמָא הוּא בִּכְהַאי גַּוְנָא וְהֵשִׁיב ' קְרָא זְרִיזוּתֵיהּ דְּאַבְרָהָם קָא מַשְׁמַע לַן ' כְּלוֹמַר אֵין יִתּוּר זֶה בָּא לְלַמְּדֵינוּ דִּין אֶלָּא בָּא לְלַמֵּד זְרִיזוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה דְּהִזְמִין הַמַּאֲכֶלֶת בְּחֵיקוֹ וְכַאֲשֶׁר עָקְדוּ תֵּכֶף הוֹשִׁיט יָדוֹ וְלָקַח הַמַּאֲכֶלֶת לִשְׁחֹוט שֶׁלֹּא הָיְתָה הַמַּאֲכֶלֶת מֻונַּחַת בְּמָקוֹם אַחֵר רָחוֹק מִן הַמִּזְבֵּחַ ג' אוֹ ד' אַמּוֹת כְּדֵי שֶׁיִּצְטָרֵךְ לָקוּם אַחַר עֲקֵידָה לַהֲבִיאָהּ לִשְׁחֹוט בָּהּ, אִי נָמֵי קָא מַשְׁמַע לַן שֶׁלֹּא נִתְרַשְּׁלָה יָדוֹ אַחַר עֲקֵידָה בִּלְקִיחַת הַמַּאֲכֶלֶת אֶלָּא תֵּכֶף אַחַר עֲקֵידָה נִזְדָּרֵז לִיקַּח הַמַּאֲכֶלֶת בִּמְהִירוּת כְּדֵי לִשְׁחֹוט. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי חַיָּיא רַבִּי חַייָּא לְרַב ' וַי " ו דִּכְתִיב אַאֻופְתָּא קָאָמַר לָךְ ' הַכַּוָּנָה דְּהַבְּקַעַת עֲשׂוּיָה חֲרִיצִין כְּעֵין ווי"ן אַךְ אֵלּוּ הווי"ן שָׁוִים לֹא יֵשׁ בָּהֶם אֶחָד רָחָב יוֹתֵר מִשְּׁאָר אֲשֶׁר אֶצְלוֹ שָׁם כֵּן כָּאן אֵין בִּקְרָא תֵּיבָה יְתֵירָה כְּדֵי דְּנֵילַף מִינָּהּ דִּין לוֹמַר דְּאֵין שְׁחִיטָה בִּמְחֻובָּר וְדַע דְּמַה שֶׁהֻוצְרַךְ תַּלְמוּדָא לְפָרֵשׁ דַּהֲוָה יָתֵיב אֲחוֹרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא, וְרַבִּי חִיָּיא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי לְהוֹדִיעֵנוּ שֶׁהָיְתָה יְשִׁיבָתוֹ שֶׁל רַב וְרַבִּי חַייָּא סְמוּכָה נִמְּקוּם רַבִּי דִּוְהָאֵי יִשְׁמַע רַבִּי מַה שֶׁהֵם מְדַבְּרִים זֶה בָּזֶה וְעִם כָּל זֶה לֹא חָשׁ רַבִּי חַיָּיא בְּאוֹמְרוֹ 'וָי"ו דִּכְתִיב אַאֻופְתָּא קָאָמַר' פֶּן יַקְפִּיד רַבִּי בִּדְבָרָיו אֵלּוּ.
💡 Explication

Scène d'étude : Rav derrière R. Hiyya, R. Hiyya devant Rabbi. Rabbi : d'où sait-on que l'abattage se fait avec une lame détachée ? De 'il prit le couteau (ma'akhélet) pour égorger' (Gen 22:10). Rav (perplexe) : que dit-il ? R. Hiyya : un raisonnement bancal ('comme un vav tracé sur un éclat de bois' rugueux). Mais c'est un verset ! Réponse : le verset enseigne [seulement] la diligence d'Abraham (il avait un couteau prêt), non une loi d'abattage.

6
אָמַר רָבָא: פְּשִׁיטָא לִי, תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ לְעִנְיַן עֲבוֹדָה זָרָה הָוֵי תָּלוּשׁ, דְּאָמַר מַר: הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לְבַיִת שֶׁלּוֹ אֲסָרוֹ, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ הָוֵי מְחֻובָּר – ״אֱ-לֹהֵיהֶם עַל הֶהָרִים״ וְלֹא הֶהָרִים אֱ-לֹהֵיהֶם.

Rava dit : il m'est évident que [pour] une [chose] détachée puis attachée à la fin, quant à l'idolâtrie (avoda zara), elle a [le statut d'une chose] détachée ; car le Maître a dit : celui qui se prosterne devant sa [propre] maison l'a interdite [comme idole] ; et si tu pensais qu'elle a [le statut d'une chose] attachée — [il est écrit] 'leurs dieux sur les montagnes' [Deut 12:2], et non 'les montagnes [sont] leurs dieux'.

📜 Rachi (2)
לְעִנְיַן עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּקַייְמָא לָן (ע"ז דַּף מה:) שֶׁעוֹבֵד אֶת הֶהָרִים אֵינָן נֶאֱסָרִים הֶהָרִים בְּכָךְ דִּכְתִיב אֶת אֱ-לֹהֵיהֶם עַל הֶהָרִים וְלֹא הֶהָרִים אֱ-לֹהֵיהֶם ה"מ הָר דִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ אֲבָל תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ וּמִשֶּׁחָבְרוּ עַבְדּוֹ נֶאֱסַר מִשּׁוּם לֹא יִדְבַּק בְּיָדְךָ:
Quant à l'idolâtrie — car nous tenons (Avoda Zara 45b) que [celui] qui adore les montagnes, les montagnes n'en sont pas interdites, car il est écrit 'leurs dieux sur les montagnes' et non 'les montagnes [sont] leurs dieux' ; cela [vaut pour] une montagne, [qui est] attachée dès l'origine ; mais [une chose] détachée puis attachée à la fin, et [qu']après l'avoir attachée on a adorée, [elle] est interdite, au titre de 'que rien [de voué] ne s'attache à ta main' [Deut 13:18].
הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לַבַּיִת שֶׁלּוֹ אֲבָל שֶׁל חֲבֵרוֹ אֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱסֹור:
Celui qui se prosterne devant sa [propre] maison — mais [la maison] de son prochain, il ne peut [l']interdire [n'en étant pas propriétaire].
🗂️ Tossefot (1)
לְעִנְיַן עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הָוֵי תָּלוּשׁ דְּאָמַר רַב הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לְבַיִת כּוּ' לָא בָּעֵי לַאֲתוּיֵי הָכָא פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי בְּמִשְׁתַּחֲוֶה לָאִילָן בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מח.) דַּאֲפִילּוּ רַבָּנָן דְּשָׁרוּ הָתָם הַיְינוּ דַּוְקָא אִילָן שֶׁנִּשְׁרַשׁ וְיוֹצֵא מִן הַקַּרְקַע וַחֲשִׁיב כִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ וְלָא דָּמֵי לְבַיִת וּמַתְנִיתִין דְּכָל הַצְּלָמִים (שָׁם דַּף מז.) דְּמִי שֶׁהָיָה כָּותְלוֹ סָמוּךְ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְנָפַל כו' אֲבָנָיו וְעֵצָיו וַעֲפָרוֹ מְטַמְּאִין כְּשֶׁרֶץ לָא מָצֵי נָמֵי לַאֲתוּיֵי דְּהָתָם כְּשֶׁבְּנָאוֹ מִתְּחִלָּה לְשֵׁם עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אוֹ הִשְׁתַּחֲוָה מִקֹּודֶם לְכָל אֶבֶן וָאֶבֶן:
'Quant à l'idolâtrie, elle a [le statut d'une chose] détachée, car Rav a dit : celui qui se prosterne devant une maison, etc.' — [la Guemara] ne veut pas apporter ici la divergence de Rabbi Yossi et des Sages, qui divergent à propos de 'celui qui se prosterne devant un arbre' au chapitre 'Kol ha-tzelamim' (Avoda Zara 48a), car même les Sages, qui [y] permettent, [c'est] précisément [pour] un arbre qui s'est enraciné et sort du sol, considéré comme attaché dès l'origine, et qui ne ressemble pas à une maison ; et la michna de 'Kol ha-tzelamim' (47a) [à propos de] celui dont le mur était proche d'une idole et [qui] s'est écroulé, [dont] les pierres, les bois et la terre rendent impur comme un sheretz — [la Guemara] ne peut pas non plus [l']apporter, car là-bas [c'est le cas] où il l'a bâti dès le départ pour [le servir comme] idole, ou [où] il s'est prosterné d'abord devant chaque pierre.
💡 Explication

Rava : il est évident qu'une chose détachée puis rattachée, pour l'idolâtrie, garde le statut de détachée. Car 'qui se prosterne devant sa maison la rend interdite' (idole). Or si elle était 'attachée', [impossible], car 'leurs dieux sur les montagnes' (Deut 12:2) — mais non les montagnes elles-mêmes : un objet attaché dès l'origine ne peut devenir idole. Une maison [pierres détachées puis bâties] le peut -> donc statut de détaché.

7
לְעִנְיַן הֶכְשֵׁר זְרָעִים תַּנָּאֵי הִיא, דִּתְנַן: הַכּוֹפֶה קְעָרָה עַל הַכֹּותֶל בִּשְׁבִיל שֶׁתּוּדַח – הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״, בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל – אֵינוֹ ב״כי יֻותַּן״.

Quant à [rendre les] semences aptes [à l'impureté] (héchcher zera'im), c'est [l'objet d']une divergence de Tannaim, car nous avons appris : celui qui retourne (renverse) un bol (ke'ara) sur le mur pour qu'il soit rincé — le voici sous [la règle de] 'ki yutan' (quand [de l'eau] est mise [sur la semence]) ; [s'il l'a fait] pour que le mur ne soit pas endommagé — il n'[est] pas sous [la règle de] 'ki yutan'.

📜 Rachi (3)
לְעִנְיַן הֶכְשֵׁר זְרָעִים תַּנָּאֵי הִיא אִי הָוֵי מְחֻובָּר אִי הֲוָה תָּלוּשׁ דְּאִי אַחְשְׁבִינְהוּ לִגְשָׁמִים בִּירִידָתָן לְצֹורֶךְ שׁוּם דָּבָר וְאַחַר כֵּן נָפְלוּ פֵּירוֹת לְתוֹכָהּ אע"פ שֶׁלֹּא יָדַע כְּשֶׁהֻוכְשְׁרוּ אוֹתָן פֵּירוֹת וְלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהַהוּא הֶכְשֵׁר הָווּ מֻוכְשָׁרִין דִּתְנַן בִּתְחִלַּת מַסֶּכֶת מַכְשִׁירִין (מִשְׁנָה א) כָּל מַשְׁקֶה שֶׁתְּחִלָּתוֹ לְרָצוֹן אע"פ שֶׁאֵין סוֹפוֹ לְרָצוֹן מַכְשִׁיר. וה"מ כִּי אַחְשְׁבִינְהוּ בִּירִידָתָן לְצֹורֶךְ דָּבָר תָּלוּשׁ אֲבָל אִי אַחְשְׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ מְחֻובָּר לָא מַכְשְׁרִי דְּהָכִי תַּנְיָא בְּת"כ אֲשֶׁר יָבֹא עָלָיו מַיִם אֵין לִי אֶלָּא מַיִם וְכוּ' יָכוֹל אֲפִילּוּ הֵן בְּבוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת יְהוּ מַכְשִׁירִין ת"ל כְּלִי אֵין לִי אֶלָּא שֶׁמִּלְּאָן בִּכְלִי לִשְׁתּוֹת מִנַּיִן לְגַבֵּל בָּהֶן אֶת הַטִּיט וּלְכַבֵּס בָּהֶן אֶת הַכֵּלִים ת"ל בְּכָל יִטְמָא אִי בְּכָל יִטַּמָּא יָכוֹל אֲפִילּוּ בְּבוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת ת"ל כְּלִי מַה כְּלִי מְיֻוחָד שֶׁהוּא תָּלוּשׁ מִן הַקַּרְקַע אַף כָּל כּוּ' יָכוֹל אֲפִילּוּ חִישֵּׁב עֲלֵיהֶם שֶׁיָּרְדוּ בְּבוֹרוֹת וְשִׁיחִין וּמְעָרוֹת יְהוּ מַכְשִׁירִין ת"ל אֲשֶׁר יִשָּׁתֶה אֵין לִי אֶלָּא שֶׁמִּלְּאָן לִשְׁתִיָּה מִנַּיִן שֶׁאִם חִישֵּׁב עֲלֵיהֶן לְהַדִּיחַ עֵצִים וַאֲבָנִים ת"ל מַיִם כוּ' אַלְמָא אַחְשְׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ תָּלוּשׁ מַכְשִׁירִין לְצֹורֶךְ מְחֻובָּר לֹא מַכְשִׁירִין אא"כ נִיחָא לֵיהּ בִּנְפִילַת הַפֵּירוֹת לְתוֹכָן דְּהַייְנוּ הֲדַר אַחְשְׁבִינְהוּ לִתְלֹושׁ. וְהָא דְּאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף טז.) מְחֻובָּרִין מַכְשִׁירִין הַייְנוּ דְּנִיחָא לֵיהּ שֶׁיִּפְּלוּ פֵּירוֹת לְתוֹכָן אוֹ לְהוֹשִׁיט יָדָיו לְהַדִּיחָן כְּשֶׁיּוֹצִיא הַפֵּירוֹת מִן הַמַּיִם:
Quant à [rendre les] semences aptes, c'est [l'objet d']une divergence de Tannaim — [à savoir] si [le mur] a [le statut d'une chose] attachée ou détachée. Car s'il a 'donné de l'importance' (achchevinhou) aux pluies, à leur descente, pour [le] besoin de quelque chose, et qu'ensuite des fruits sont tombés dedans — bien qu'il n'ait pas su [au moment] où ces fruits ont été rendus aptes, et [qu']ce 'rendre apte' ne lui agrée pas — ils sont [néanmoins] rendus aptes, car nous avons appris au début de Makhchirin (1:1) : 'tout liquide dont le début [est] selon [le] gré (le-ratzon), bien que sa fin ne [soit] pas selon [le] gré, rend apte'. Et cela [vaut] lorsqu'il leur a donné de l'importance, à leur descente, pour [le] besoin d'une chose détachée ; mais s'il leur a donné de l'importance pour [le] besoin d'une [chose] attachée, [elles] ne rendent pas apte — car ainsi est-il enseigné dans le Torat Kohanim : ''[de l'eau] qui sera venue sur [la semence]' — je n'ai [là] que [de l']eau ; [on] pourrait [croire] que, même [si elles sont] dans des fosses, des citernes et des cavernes, [elles] rendent apte ; l'enseignement dit 'ustensile' — je n'ai [là] que [le cas] où il les a remplies dans un ustensile pour [les] boire ; d'où [savons-nous] de [les] pétrir avec [l'eau] de l'argile, ou de laver avec [l'eau] les ustensiles ? l'enseignement dit 'dans tout [liquide] il sera rendu impur' ; de même que l'ustensile est singulier en ce qu'il est détaché du sol, de même tout [le reste] ; [on] pourrait [croire] que, même [s']il a pensé à leur sujet qu'elles descendent dans des fosses, des citernes et des cavernes, [elles] rendent apte ; l'enseignement dit 'qu'on boira' — je n'ai [là] que [le cas] où il les a remplies pour [la] boisson ; d'où [savons-nous] que, s'il a pensé à leur sujet [de s'en servir] pour laver des bois et des pierres, [l'enseignement dit] 'eau, etc.'' — preuve [que, s']il leur a donné de l'importance pour [le] besoin d'une [chose] détachée, [elles] rendent apte ; [pour le] besoin d'une [chose] attachée, [elles] ne rendent pas apte, à moins qu'il ne lui agrée [que] les fruits tombent dedans, ce qui revient à [leur] avoir [à nouveau] donné de l'importance comme [à une chose] détachée. Et ce que nous disons dans Pessahim (16a) '[les eaux] attachées rendent apte', c'est [le cas] où il lui agrée que des fruits tombent dedans, ou de [pouvoir] tendre ses mains pour les rincer lorsqu'il sortira les fruits de l'eau.
בִּשְׁבִיל שֶׁתּוּדַח הַקְּעָרָה הֲרֵי הֵן בְּכִי יֻותַּן אִם נָפְלוּ אַחַר כָּךְ עַל הַפֵּירוֹת אֲפִילּוּ לְאַחַר זְמַן הֻוכְשְׁרוּ דְּאַחְשְׁבִינְהוּ לְהָנָךְ מַשְׁקִין לַהֲדָחַת קְעָרָה וְנִיחָא לֵיהּ בְּהַךְ נְפִילָה אֲפִילּוּ לָא אַחְשְׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ הָנָךְ פֵּירוֹת כִּי יֻותַּן קָרֵינָא בֵיהּ דְּנִיחָא לֵיהּ בְּהַךְ נְפִילָה:
Pour qu'il soit rincé — le bol : les voici sous [la règle de] 'ki yutan' ; [si l'eau] est tombée ensuite sur les fruits, même après un [certain] temps, ils ont été rendus aptes ; car il a donné de l'importance à ces liquides pour le rinçage du bol, et cette chute lui agrée ; même [s']il ne leur a pas donné d'importance pour [le] besoin de ces fruits, nous lisons à son sujet 'ki yutan', car cette chute lui agrée.
בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל וְנָפְלוּ עַל הַקְּעָרָה וּמִמֶּנּוּ לְפֵירוֹת לֹא הֻוכְשְׁרוּ דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהָנָךְ גְּשָׁמִים וּבִנְפִילָתָן:
Pour que le mur ne soit pas endommagé — et [l'eau] est tombée sur le bol, et de là sur les fruits : ils n'ont pas été rendus aptes, car ces pluies, et leur chute, ne lui agréent pas.
💡 Explication

Pour rendre les semences aptes à l'impureté (héchcher zera'im), c'est une dispute de Tannaim. Michna (Makhchirin 4:3) : qui pose un bol renversé sur un mur [sous la pluie] pour qu'il soit rincé -> l'eau relève de 'ki yutan' (rend les semences susceptibles d'impureté, car l'eau lui agrée) ; pour que le mur ne soit pas abîmé -> pas 'ki yutan' (l'eau ne lui agrée pas).

8
הָא גּוּפָהּ קַשְׁיָא: אָמַרְתָּ, בִּשְׁבִיל שֶׁתּוּדַח – הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״, הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל – אֵין זֶה ב״כי יֻותַּן״.

Cela même fait difficulté : tu as dit 'pour qu'il [le bol] soit rincé — le voici sous 'ki yutan'' — [donc] 'pour que le mur soit rincé (yudach ha-kotel)', ce n'[est] pas sous 'ki yutan' [le mur étant attaché].

📜 Rachi (1)
הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל כְּגוֹן שֶׁהָיוּ נוֹפְלִין סָמוּךְ לַכֹּותֶל וְנָתַן שָׁם קְעָרָה שֶׁתְּבִיאֵם לַכֹּותֶל:
[Donc] pour que le mur soit rincé — par exemple [le cas] où [les pluies] tombaient près du mur, et [qu']il a placé là un bol pour les amener au mur.
💡 Explication

La michna se contredit (ha gufa kashya) : 'pour que le bol soit rincé -> ki yutan' implique que 'pour que le mur soit rincé -> pas ki yutan' (le mur = chose attachée).

9
וַהֲדַר תָּנֵי: בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל – אֵינוֹ ב״כי יֻותַּן״, הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל – הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״.

Et [pourtant] on enseigne [ensuite] : 'pour que le mur ne soit pas endommagé — il n'[est] pas sous 'ki yutan'' — [donc] 'pour que le mur soit rincé', le voici sous 'ki yutan' [le mur étant détaché] !

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ בְּכִי יֻותַּן ואע"ג דְּאַחְשְׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ הַכֹּותֶל חֲשִׁיבוּת דִּמְחֻובָּר לָאו חֲשִׁיבוּת הוּא עַד דְּלִיחַשְּׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ דָּבָר תָּלוּשׁ כְּדַאֲמָרָן:
Il n'[est] pas sous 'ki yutan' — et bien qu'il leur ait donné de l'importance pour [le] besoin du mur, l'importance [accordée pour] une [chose] attachée n'[est] pas une [vraie] importance, tant qu'il ne leur a pas donné d'importance pour [le] besoin d'une chose détachée, comme nous [l']avons dit.
💡 Explication

Mais la suite : 'pour que le mur ne soit pas endommagé -> pas ki yutan' implique que 'pour que le mur soit rincé -> oui ki yutan' (le mur = chose détachée, pierres bâties) ! Contradiction interne.

10
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: תַּבְרָא, מִי שֶׁשָּׁנָה זוֹ לֹא שָׁנָה זוֹ. רַב פָּפָּא אָמַר: כֻּולָּהּ חַד תַּנָּא הוּא, הָא בְּכֹותֶל מְעָרָה, הָא בְּכֹותֶל בִּנְיָן.

Rabbi Elazar dit : [c'est] une fracture (tavra) — celui qui a enseigné celle-ci n'a pas enseigné celle-là. Rav Papa dit : tout [cela] est [d']un seul Tana : ceci [le cas] d'un mur de caverne (kotel me'ara), cela [le cas] d'un mur de bâtiment (kotel binyan).

📜 Rachi (3)
תַּבְרָא קַשְׁיָא הַךְ רֵישָׁא לְסֵיפָא וּתְרֵי תַּנָּאֵי נִינְהוּ מַר חֲשִׁיב לֵיהּ תָּלוּשׁ לְהַאי כֹּותֶל וּמַר חֲשִׁיב לֵיהּ מְחֻובָּר מַר חֲשִׁיב לֵיהּ תָּלוּשׁ הוֹאִיל וְלָאו מְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ הוּא שֶׁכְּבָר הָיוּ אֲבָנָיו תְּלוּשׁוֹת וְחִבְּרָם בְּבִנְיַן וּמַר חֲשִׁיב לֵיהּ מְחֻובָּר וְהַייְנוּ תַּנָּאֵי דְּאָמַר לְעֵיל:
Une fracture (tavra) — ce début fait difficulté [par rapport] à la fin, et ce sont deux Tannaim : l'un considère ce mur comme [une chose] détachée, et l'autre le considère comme [une chose] attachée ; l'un le considère comme détaché puisqu'il n'[est] pas attaché dès l'origine, ses pierres ayant déjà été détachées et [qu']il les a réunies dans la construction ; et l'autre le considère comme attaché — et c'est [là] la 'divergence de Tannaim' dont on a parlé plus haut.
חַד תַּנָּא הוּא ודכ"ע תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ הָוֵי תָּלוּשׁ:
[C'est] un seul Tana — et de l'avis de tous, [une chose] détachée puis attachée à la fin a [le statut d'une chose] détachée.
בְּכֹותֶל מְעָרָה שֶׁהוּא עָשׂוּי מֵאֵלָיו שֶׁחוֹקֵק הַקַּרְקַע וְהַכֹּותֶל עוֹמֵד מֵאֵלָיו וּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ הוּא אֲבָל בְּכֹותֶל בִּנְיָן שֶׁהוּא תָּלוּשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהוּ אֵינוֹ בְּכִי יֻותַּן אֲבָל בִּשְׁבִיל שֶׁיֻּודַּח דְּאַחְשְׁבִינְהוּ לְצֹורֶךְ כֹּותֶל מַכְשְׁרִי זְרָעִים לְטֻומְאָה:
Un mur de caverne — qui est fait de lui-même, [car] il creuse le sol et le mur se tient de lui-même, et [il est] attaché dès l'origine ; mais [pour] un mur de bâtiment, qui est [une chose] détachée, 'pour que le mur ne soit pas endommagé' — [cas où les pluies] ne lui agréent pas — il n'[est] pas sous 'ki yutan' ; mais 'pour qu'il soit rincé', [cas où] il leur a donné de l'importance pour [le] besoin du mur, [elles] rendent les semences aptes à l'impureté.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר תַּבְרָא כו' לֹא שַׁייָּךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל כֵּיוָן דְּאֵין לוֹ לִתְלוֹת זֶה בָּזֶה דְּאֵין הַטְּעָמִים שָׁוִין דְּהָא דְּלָא הָוֵי בְּכִי יֻותַּן בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַייְנוּ מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב כִּמְחֻובָּר וּבִשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הָוֵי מִשּׁוּם דְּלָא נִיחָא לֵיהּ וְלָא דָּמֵי לְנָתַן הוּא וְאָמְרָה הִיא דבפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ה:) דִּמְשַׁנֵּי הָתָם נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנָּתְנָה הִיא וְאָמְרָה הִיא דְּחַד טַעְמָא הוּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב (דְּבָרִים כֹּד) כִּי יִקַּח אִישׁ אִשָּׁה וְלֹא שֶׁתִּקַּח אֶת עַצְמָהּ וְאִם תֹּאמַר דְּהָכָא מַשְׁמַע דִּפְלִיגִי תַּנָּאֵי בְּתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ לְעִנְיַן הֶכְשֵׁר זְרָעִים וּלְרַב פַּפָּא הָוֵי לכ"ע כְּתָלוּשׁ וא"כ מַאי קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף בְּפֶ' הַמּוֹכֵר אֶת הַבַּיִת (ב"ב דַּף סו: וְשָׁם ד"ה בָּעֵי) מֵי גְשָׁמִים שֶׁחִשֵּׁב עֲלֵיהֶם לְהַדִּיחַ אֶת הָאִיצְטְרֻובָּל מַהוּ לְהַכְשִׁיר בָּהֶן אֶת הַזְּרָעִים וי"ל דִּלְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמַר תַּבְרָא לָמֶ"ד מְחֻובָּר הָוֵי מִבַּעְיָא לֵיהּ דְּשֶׁמָּא אִיצְטְרֻובָּל לָא הָוֵי מְחֻובָּר כְּמוֹ בַּיִת:
'Rabbi Elazar dit : une fracture, etc.' — il ne convient pas de répondre ici '[le cas] 'pour que le mur soit rincé' est rendu comme '[le cas] pour que le mur ne soit pas endommagé'', puisqu'il n'y a pas lieu de rattacher l'un à l'autre, les raisons n'étant pas identiques ; car [le fait] que [le cas] 'pour qu'il soit rincé' ne [soit] pas sous 'ki yutan' [tiendrait au fait] qu'il est considéré comme attaché, et [le cas] 'pour qu'il ne soit pas endommagé' [tient au fait] que [les pluies] ne lui agréent pas — et [cela] ne ressemble pas à '[le cas où] c'est lui [qui] a donné [le get] et c'est elle [qui] a parlé', au premier chapitre de Kiddouchin (5b), où l'on résout 'c'est rendu comme [le cas où] c'est elle [qui] a donné et elle [qui] a parlé', [car là c']est une seule [et même] raison, du fait qu'il est écrit 'quand un homme prend [une] femme' et non 'qu'[elle] se prenne elle-même'. Et si tu objectes : ici il ressort que des Tannaim divergent à propos d'[une chose] détachée puis attachée à la fin quant à [rendre les] semences aptes, et [que] selon Rav Papa elle a, de l'avis de tous, [le statut d'une chose] détachée — et si [c'est] ainsi, qu'est-ce qui fait question à Rav Yossef au chapitre 'Ha-mocher et ha-bayit' (Baba Batra 66b) : 'des eaux de pluie au sujet desquelles il a pensé [de s'en servir] pour rincer la meule (itzrubal) — qu'en [est-il] de rendre apte avec elles les semences ?' On peut répondre : selon Rabbi Elazar, qui dit 'une fracture', [c'est] selon l'avis [qui tient le mur] attaché [que la question] lui fait difficulté, car peut-être la meule n'[est]-elle pas [considérée comme] attachée comme [l'est] une maison.
💡 Explication

R. Elazar : la michna est brisée (tavra) — deux Tannaim différents (l'un tient le mur attaché, l'autre détaché). Rav Papa : un seul Tana — la 1re clause parle d'un mur de caverne (attaché dès l'origine), la 2e d'un mur de bâtiment (pierres détachées puis bâties = détaché).

11
וְהָכִי קָאָמַר: הַכּוֹפֶה קְעָרָה עַל הַכֹּותֶל בִּשְׁבִיל שֶׁתּוּדַח – הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״, הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל – אֵין זֶה ב״כי יֻותַּן״.

Et voici ce que [la michna] dit : celui qui retourne un bol sur le mur pour qu'il soit rincé — le voici sous 'ki yutan' ; [donc] 'pour que le mur soit rincé', ce n'[est] pas sous 'ki yutan'.

💡 Explication

Donc [selon Rav Papa] la michna dit : bol renversé pour qu'il soit rincé -> ki yutan ; d'où 'pour que le mur soit rincé -> pas ki yutan' (premier cas : mur de caverne, attaché).

12
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? בְּכֹותֶל מְעָרָה, אֲבָל בְּכֹותֶל בִּנְיָן – בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל הוּא דְּאֵינוֹ ב״כי יֻותַּן״, הָא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּדַח הַכֹּותֶל – הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״.

Dans quel cas cela [est-il] dit ? [Dans le cas d']un mur de caverne ; mais [dans le cas d']un mur de bâtiment — c'est 'pour que le mur ne soit pas endommagé' qu'il n'[est] pas sous 'ki yutan' ; [tandis que] 'pour que le mur soit rincé', le voici sous 'ki yutan'.

💡 Explication

Précision : cela [le mur 'non-ki-yutan'] ne vaut que pour un mur de caverne (attaché). Pour un mur de bâtiment (détaché) : seul 'pour qu'il ne soit pas abîmé' -> pas ki yutan ; mais 'pour qu'il soit rincé' -> oui ki yutan.

13
בָּעֵי רָבָא:

Rava pose la question (ba'ei Rava) :

💡 Explication

Rava soulève un nouveau dilemme — la suite, sur 16b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).