Chullin 16b — la lame détachée puis rattachée, le fragment de roseau, et la viande de désir

Chullin 16b

Sougya : Rava s'interroge sur le statut, quant à l'abattage, d'une lame détachée puis rattachée ; les preuves tirées du silex sortant du mur (mur de caverne), du couteau fiché dans le mur (qu'on n'[y] annule pas) et de la lame attachée au sol (qui s'explique par le couteau) sont toutes écartées. Rav Anan au nom de Chmouel précise que le couteau fiché dans le mur ne vaut que [si] le couteau [est] au-dessus et le cou en dessous, de peur qu'autrement on n'appuie ; Rav Zevid et Rav Papa concilient avec la braita.

Cinq choses sont interdites avec un fragment de roseau (abattre, circoncire, trancher de la viande, se curer les dents, s'essuyer), à cause des échardes — avec des exceptions (roseau de marais, entrailles de poisson, chair d'oiseau, essuyage d'une plaie). Enfin, la michna 'tous abattent' inclut tout animal dans l'abattage, même l'oiseau ; et 'l'on abatte toujours' est rapporté par Rabba à Rabbi Yichmael : la 'viande de désir', interdite au désert (où il fallait offrir en chelamim) et permise dans le pays, demeure permise en exil — mais Rav Yossef objecte à cette formulation.

Cinq interdits sur un fragment de roseau (kromit chel kaneh) Il coupe, mais sous la pression il projette des ÉCHARDES (kisamim) : danger. 1. abattre 2. circoncire 3. trancher de la viande 4. se curer les dents 5. s'essuyer Exceptions : un roseau de marais (simona de-agma), sec et lisse, ne fait pas d'échardes -> on peut abattre. Des entrailles de poisson (translucides) ou de la chair d'oiseau (tendre) -> on peut trancher.
Les cinq interdits du fragment de roseau, et leurs exceptions (segments 8-11).
1
תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ לְעִנְיַן שְׁחִיטָה מַאי?

[Pour] une [lame] détachée puis attachée à la fin, quant à l'abattage — quoi [le statut] ?

📜 Rachi (1)
לְעִנְיַן שְׁחִיטָה מַאי וּמֵהַהוּא דִּלְעֵיל לָא מַשְׁמַע לֵיהּ לְרָבָא כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Quant à l'abattage — quoi : et de ce [propos] ci-dessus, Rava ne [le] déduit pas, comme [la Guemara] l'explique plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ לְעִנְיַן שְׁחִיטָה מַאי תֵּימַהּ מַאי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ הָא אַסִּיקְנָא לְעֵיל (חֻולִּין דַּף טו:) דִּלְרַבִּי דִּיעֲבַד כָּשֵׁר וּלְרַבִּי חַיָּיא כָּשֵׁר נָמֵי לְכַתְּחִלָּה וְאִי לֹא יָדַע הָנְהוּ בָּרָייְתוֹת מִכָּל מָקוֹם עַל כָּרְחָךְ יֵשׁ לְהוֹכִיחַ מִמַּתְנִיתִין דְּתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ בְּדִיעֲבַד כָּשֵׁר וְלֹא לְכַתְּחִלָּה דַּאֲפִילּוּ מוֹקֵי מַתְנִיתִין בִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ וְאָסוּר לְכַתְּחִלָּה שֶׁמָּא יִדְרֹוס ה"נ תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ יֵאָסֵר לְכַתְּחִלָּה מֵהַאי טַעְמָא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאַלִּיבָּא דְּרַבִּי מִבַּעְיָא לֵיהּ דְּדִלְמָא הָוֵי כְּתָלוּשׁ וּכְשֵׁרָה כִּדְאָמְרִי' לְעֵיל אוֹ שֶׁמָּא לְרַבִּי אֵין חִילּוּק בֵּין תָּלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ לִמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ וּפְסוּלָה וּמַתְנִיתִין דְּמַכְשִׁיר דִּיעֲבַד כְּרַבִּי חַיָּיא וּלְכַתְּחִלָּה לֹא שֶׁמָּא יִדְרֹוס וּבָרַייְתָא דְּמַכְשַׁר לְכַתְּחִלָּה בְּעוֹפָא דְּקַלִּיל כְּדִמְשַׁנֵּי לְקַמָּן אע"ג דְּקָתָנֵי בָּהּ בְּהֵמָה אִי נָמֵי כְּרַב זִבֵּיד דְּאָמַר לִצְדָדִין קָתָנֵי וּבַצַּוָּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה שָׁרִי לְכַתְּחִלָּה אֲפִילּוּ בִּמְחֻובָּר מֵעִיקָּרוֹ וּכְשֶׁצַּוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה אָסוּר לְכַתְּחִלָּה שֶׁמָּא יִדְרֹוס וּבְכָל מְחֻובָּר אַייְּרִי וְקָא בָּעֵי לְמִיפְשַׁט מִבָּרַייְתָא דְּהָיָה צֹור יוֹצֵא מִן הַכֹּותֶל דִּשְׁחִיטָתָהּ פְּסוּלָה ע"כ רַבִּי הִיא אֲבָל קָשֶׁה דְּהֵיכִי מָצֵי לְאוֹקוּמֵי מַתְנִיתִין כְּרַבִּי חַיָּיא הָא פְּסוּל צִפֹּורֶן בִּמְחֻובֶּרֶת בְּמַתְנִיתִין אֲפִילּוּ דִּיעֲבַד וְאַמַּאי דַּהֲוָה בָּעֵי לְאוֹקוּמֵי לְעֵיל מַתְנִיתִין כְּרַבִּי חַיָּיא לָא קַשְׁיָא דְּלָא קָיְימָא מַסְּקָנָא הָכִי:
'[Pour] une [lame] détachée puis attachée à la fin, quant à l'abattage — quoi ?' — c'est étonnant : que lui fait question, puisque nous avons conclu plus haut (Houlin 15b) que, selon Rabbi, [c'est] valable a posteriori, et selon Rabbi Hiyya valable même a priori ? Et même [s']il ne connaissait pas ces braitot, de toute façon force est de prouver de la michna qu'[une lame] détachée puis attachée à la fin [est] valable a posteriori et non à priori ; car même [si] l'on établit la michna [comme parlant] d'[une lame] attachée dès l'origine et [qu'elle est] interdite à priori 'de peur qu'il [n']appuie', de même [une lame] détachée puis attachée à la fin serait interdite à priori pour cette [même] raison ! On peut répondre que c'est selon l'avis de Rabbi qu'il [s']interroge : [à savoir] que peut-être elle a [le statut d'une chose] détachée et [est] valable, comme nous [l']avons dit ; ou peut-être, pour Rabbi, n'y a-t-il pas de distinction entre [une lame] détachée puis attachée à la fin et [une lame] attachée dès l'origine, et [est-elle] invalide, et la michna, qui valide a posteriori, [c'est] selon Rabbi Hiyya, et a priori non 'de peur qu'il [n']appuie' ; et la braita qui valide a priori [parle] d'un oiseau, qui est léger, comme on résout plus loin, bien qu'on y enseigne 'bête' ; ou bien [c'est] selon Rav Zevid, qui dit '[la braita] enseigne séparément (le-tzedadin)', et [que], 'le cou de la bête en dessous', [c'est] permis à priori même [avec une lame] attachée dès l'origine, et [que], 'le cou de la bête au-dessus', [c'est] interdit à priori 'de peur qu'il [n']appuie' ; et [la braita] traite de toute [lame] attachée ; et [Rava] veut résoudre de la braita 'un [éclat de] silex sortait du mur, son abattage [est] invalide', [qui] force est [d'attribuer à] Rabbi. Mais il est difficile : comment peut-on établir la michna [comme parlant] selon Rabbi Hiyya, alors que l'invalidité de l'ongle attaché [figure] dans la michna même a posteriori ? Et [pour] ce qu'on voulait, plus haut, établir la michna [comme parlant] selon Rabbi Hiyya — [cela] ne fait pas difficulté, car la conclusion ne se tient pas ainsi.
💡 Explication

Dilemme de Rava (suite de 16a) : une lame détachée puis rattachée, pour l'abattage — quel est son statut ? (Le cas de l'abattage n'est pas tranché par les domaines précédents.)

2
תָּא שְׁמַע: הָיָה צֹור יוֹצֵא מִן הַכֹּותֶל, אוֹ שֶׁהָיָה קָנֶה עוֹלֶה מֵאֵלָיו וְשָׁחַט בּוֹ – שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה.

Viens entendre : un [éclat de] silex sortait du mur, ou un roseau montait de lui-même, et [qu']il a abattu avec — son abattage [est] invalide.

💡 Explication

Preuve (1) : 'silex saillant d'un mur, roseau poussé seul -> invalide' — donc même détaché-puis-rattaché serait invalide pour l'abattage ?

3
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּכֹותֶל מְעָרָה. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי דֻּומְיָא דְּ״קְנֵה עוֹלֶה מֵאֵלָיו״, שְׁמַע מִינָּה.

De quoi traitons-nous ici ? D'un mur de caverne.

La langue [aussi] est précise [en ce sens], car on enseigne [le silex] à l'instar de 'un roseau montant de lui-même'. Conclus-en.

💡 Explication

Réfutation : il s'agit d'un mur de caverne (attaché dès l'origine), non détaché-rattaché. Le texte le confirme : le silex est mis en parallèle avec 'un roseau poussé de lui-même' (lui aussi attaché d'origine). Donc pas de preuve pour le cas de Rava.

4
תָּא שְׁמַע: נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל וְשָׁחַט בָּהּ – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה. שָׁאנֵי סַכִּין, דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ.

Viens entendre : [s']il a fiché un couteau dans le mur et a abattu avec — son abattage [est] valable. [Réponse :] un couteau, c'est différent, car il ne l'[y] annule pas (lo mevatel lei).

💡 Explication

Preuve (2) : 'couteau fiché dans un mur -> valable' (= détaché-rattaché valide) ? Réfutation : un couteau est différent — il ne le subsume pas au mur (lo mevatel lei : il compte le retirer), donc il garde son statut de détaché ; cela n'apprend rien sur une lame réellement intégrée.

5
תָּא שְׁמַע: בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה. דִּלְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ לַהּ – מַאי ״מְחֻובָּר לַקַּרְקַע״? סַכִּין, דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ.

Viens entendre : 'avec [une lame] attachée au sol, son abattage [est] valable'. Peut-être [la suite] l'explique-t-elle : qu'est-ce que '[une lame] attachée au sol' ? un couteau, car il ne l'[y] annule pas.

📜 Rachi (2)
תָּא שְׁמַע בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע כו' וְאוֹקֵימְנָא לְעֵיל בְּתָלוּשׁ וּלְבַסּוֹף חִבְּרוֹ:
Viens entendre : 'avec [une lame] attachée au sol, etc.' — et nous l'avons établie plus haut [comme parlant] d'[une lame] détachée puis attachée à la fin.
דִּלְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ לַהּ בְּסֵיפָא מַאי מְחֻובָּר לַקַּרְקַע דְּאָמֵינָא לָךְ כְּשֵׁרָה כְּגוֹן נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל דְּלָאו חִבּוּר הוּא דְּוַדַּאי לָא מְבַטֵּל לֵיהּ הָתָם דְּהָא גַּבֵּי הֲדָדֵי קָתָנֵי לְהוּ לְעֵיל וְנָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל סֵיפָא דְּהַהוּא דִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע הוּא וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּפֵירוּשָׁא דְּרֵישָׁא הוּא:
Peut-être [la suite] l'explique-t-elle — dans la fin (sefa) : qu'est-ce que '[une lame] attachée au sol' dont je te dis [qu'elle est] valable ? par exemple [le cas] où il a fiché un couteau dans le mur, ce qui n'[est] pas une [vraie] jonction (hibour), car assurément il ne l'[y] annule pas ; car on les enseigne ensemble plus haut, et 'il a fiché un couteau dans le mur' [est] la fin de ce [même propos] d'[une lame] attachée au sol, et on peut dire que c'[en] est l'explication du début (recha).
💡 Explication

Preuve (3) : 'lame attachée au sol -> valable' (= détaché-rattaché) ? Réfutation : peut-être la clause suivante l'explique — '[lame] attachée au sol' = le couteau [fiché dans un mur], qu'il ne subsume pas. (Donc toujours pas de preuve directe pour Rava ; son dilemme reste ouvert.)

6
אָמַר מַר: נָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל וְשָׁחַט בָּהּ, שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה. אָמַר רַב עָנָן אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה, אֲבָל סַכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה – חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִדְרֹוס.

Le Maître a dit : [s']il a fiché un couteau dans le mur et a abattu avec, son abattage [est] valable. Rav Anan dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné [cela] que [dans le cas] où le couteau [est] au-dessus et le cou de la bête en dessous ; mais [si] le couteau [est] en dessous et le cou de la bête au-dessus — nous craignons peut-être qu'il [n']appuie (chema yidros).

📜 Rachi (4)
לֹא שָׁנוּ דְּנָעַץ סַכִּין בַּכֹּותֶל כְּשֵׁרָה:
On n'a enseigné — que '[s']il a fiché un couteau dans le mur, [c'est] valable'.
אֶלָּא שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה פִּיו כְּלַפֵּי קַרְקַע:
Que [dans le cas] où le couteau [est] au-dessus — son tranchant tourne vers le sol.
וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה וּמוֹלִיךְ וּמֵבִיא צַוַּאר בְּהֵמָה:
Et le cou de la bête en dessous — et il mène et ramène le cou de la bête [contre le tranchant].
חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִדְרֹוס מִתּוֹךְ שֶׁהַצַּוָּאר מַכְבִּיד עַל הַסַּכִּין:
Nous craignons peut-être qu'il [n']appuie — du fait que le cou pèse sur le couteau.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר שְׁמוּאֵל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה כו' מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּכִי הַאי גַּווְנָא לָא מַכְשַׁר אֶלָּא בְּדִיעֲבַד דְּאַבָּרַייְתָא דְּנָעַץ סַכִּין קָאֵי וְלֹא אַהַהִיא דִּבְכָל שׁוֹחֲטִין בֵּין בְּתָלוּשׁ בֵּין בִּמְחֻובָּר וְאִם כֵּן בְּצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה וְסַכִּין לְמַטָּה קָא פָּסוּל אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא דָּרַס כֵּיוָן דַּאֲתָא לִפְסֹול דִּיעֲבַד וְיֵשׁ לוֹמַר דַּאֲפִילּוּ אָמַר בָּרִי לִי שֶׁלֹּא דָּרַסְתִּי פְּסוּלָה שֶׁמָּא יִדְרֹוס פַּעַם אַחֶרֶת וּכְהַאי גַּווְנָא אָמְרִינַן גַּבֵּי הַשּׁוֹחֵט בְּמַגַּל קָצִיר דֶּרֶךְ הֲלִיכָתָהּ בֵּית הִלֵּל מַכְשִׁירִין וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אַף בֵּית הִלֵּל לֹא הִכְשִׁירוּ אֶלָּא לְטַהֲרָהּ מִידֵי נְבֵלָה אֲבָל בַּאֲכִילָה אֲסוּרָה אַף עַל גַּב דְּלָא שָׁחַט אֶלָּא דֶּרֶךְ הֲלִיכָתָהּ דְּגָזְרִינַן זִימְנָא אַחֲרִיתִי שֶׁמָּא יוֹלִיךְ וְיָבִיא:
'Chmouel dit : on n'a enseigné que [dans le cas] où le couteau [est] au-dessus, etc.' — [cela] implique que même dans un tel cas [couteau en haut] il ne valide qu'a posteriori, car il se rapporte à la braita 'il a fiché un couteau' et non à celle de 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [une lame] détachée ou attachée' ; et si [c'est] ainsi, [pour] 'le cou de la bête au-dessus et le couteau en dessous', il invalide même a posteriori. Et il est difficile : si [c'est] ainsi, il aurait dû dire 'nous craignons qu'il [n']ait appuyé (chema daras)', puisqu'il vient invalider a posteriori ! On peut répondre que même [s']il dit 'il m'est certain que je n'ai pas appuyé', [c'est] invalide, de peur qu'il [n']appuie une autre fois ; et de même disons-nous à propos de 'celui qui abat avec une faucille à moissonner dans le sens de sa marche' — l'école de Hillel valide, et Rabbi Yo'hanan dit 'l'école de Hillel n'a validé que pour [la] purifier du statut de nevela, mais à la consommation [c'est] interdit', bien qu'il n'ait abattu que dans le sens de sa marche, car nous décrétons [à cause d']une autre fois, de peur qu'il [ne] mène et [ne] ramène [la faucille dentelée].
💡 Explication

Le Maître : couteau fiché dans un mur -> valable. Rav Anan au nom de Chmouel : seulement si le couteau est en haut et le cou en bas (on lève la tête et on la fait aller-et-retour) ; mais couteau en bas, cou en haut -> on craint qu'il n'appuie (chema yidros : le poids de la bête fait presser sans va-et-vient -> invalide).

7
וְהָא קָתָנֵי: בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה, בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה!

Mais n'enseigne-t-on pas : '[que] le couteau [soit] en dessous et le cou de la bête au-dessus, [ou que] le couteau [soit] au-dessus et le cou de la bête en dessous' [a priori permis] !

📜 Rachi (1)
וְהָא קָתָנֵי לְעֵיל (חֻולִּין דַּף טו:) גַּבֵּי מְחֻובָּר בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה כוּ':
Mais n'enseigne-t-on pas — plus haut (Houlin 15b), à propos d'[une lame] attachée : '[que] le couteau [soit] au-dessus, etc.'
💡 Explication

Objection : la braita enseigne pourtant 'couteau en bas / cou en haut, ou couteau en haut / cou en bas' [permis] ! Comment Chmouel peut-il invalider 'couteau en bas, cou en haut' ?

8
אָמַר רַב זְבִיד: לִצְדָדִין קָתָנֵי, סַכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה – בְּתָלוּשׁ, סַכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה – בִּמְחֻובָּר. רַב פָּפָּא אָמַר: בְּעוֹפָא דְּקַלִּיל.

Rav Zevid dit : [la braita] enseigne séparément (le-tzedadin) : [le] couteau en dessous et le cou de la bête au-dessus — [pour une lame] détachée ; [le] couteau au-dessus et le cou de la bête en dessous — [pour une lame] attachée. Rav Papa dit : [c'est le cas] d'un oiseau, qui est léger (de-kalil).

📜 Rachi (3)
לִצְדָדִין קָתָנֵי דְּהָא רֵישָׁא דְּבָרַייְתָא תְּנָא תָּלוּשׁ וּמְחֻובָּר כִּדְקָתָנֵי בַּכֹּל שׁוֹחֲטִין בֵּין בְּתָלוּשׁ בֵּין בִּמְחֻובָּר וְכִי הָדַר וְסִייֵּם סֵיפָא בֵּין שֶׁהַסַּכִּין לְמַעְלָה כוּ' לָאו תַּרְוַוייְהוּ אַתָּלוּשׁ וְתַרְוַוייְהוּ אַמְּחֻובָּר קָייְמִי אֶלָּא חֲדָא אַתָּלוּשׁ וַחֲדָא אַמְּחֻובָּר:
[La braita] enseigne séparément — car le début (recha) de la braita enseigne [à la fois] détaché et attaché, comme on enseigne 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [une lame] détachée ou attachée' ; et lorsqu'elle conclut la fin (sefa) '[que] le couteau [soit] au-dessus, etc.', les deux [cas] ne se rapportent pas [tous] au détaché ni [tous] à l'attaché, mais l'un au détaché et l'autre à l'attaché.
סַכִּין לְמַטָּה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַעְלָה אַתָּלוּשׁ דְּאָדָם אוֹחֵז בְּסַכִּין לְמַטָּה וְשׁוֹחֵט וְהַבְּהֵמָה תְּלוּיָה בָּאֲוִיר וְזֶה מוֹלִיךְ וּמֵבִיא הַסַּכִּין וְהָא דְּקָתָנֵי סַכִּין לְמַעְלָה וְצַוַּאר בְּהֵמָה לְמַטָּה אַמְּחֻובָּר כְּלוֹמַר אַף אַמְּחֻובָּר:
[Le] couteau en dessous et le cou de la bête au-dessus — [se rapporte] au détaché, car l'homme tient le couteau en bas et abat, et la bête [est] suspendue en l'air, et celui-ci mène et ramène le couteau ; et le fait qu'on enseigne '[le] couteau au-dessus et le cou de la bête en dessous' [se rapporte] à l'attaché — c'est-à-dire : même à l'attaché.
רַב פָּפָּא אָמַר לָא תּוֹקְמָא בְּשִׁינּוּיָא דְּחִיקָא אֶלָּא תַּרְוַוייְהוּ אַתָּלוּשׁ וְאַמְּחֻובָּר קָייְמִי וַאֲפִילּוּ הָכֵי לָא תִּקְשֵׁי לְרַב עָנָן דְּהָא דְּקָתָנֵי סַכִּין לְמַטָּה וְצַוָּאר לְמַעְלָה בִּמְחֻובָּר בְּעוֹפָא דְּקַלִּיל וּבְהֵמָה דְּקָתָנֵי לָאו דַּוְקָא:
Rav Papa dit — ne [l']établis pas par une réponse forcée ; plutôt, les deux [cas] se rapportent [à la fois] au détaché et à l'attaché, et même ainsi cela ne fait pas difficulté pour Rav Anan, car ce qu'on enseigne '[le] couteau en dessous et le cou au-dessus' [avec une lame] attachée [parle] d'un oiseau, qui est léger ; et 'bête', qu'on enseigne, n'[est] pas [à prendre] au sens précis.
💡 Explication

Rav Zevid : la braita enseigne en distinguant (le-tzedadin) — 'couteau en bas, cou en haut' vaut pour une lame détachée (qu'on tient en main) ; 'couteau en haut, cou en bas' vaut aussi pour l'attachée. Rav Papa : ou bien c'est le cas d'un oiseau, léger (de-kalil) — son poids ne fait pas craindre l'appui.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַבִּי יִצְחָק, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: חֲמִשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בִּקְרוּמִית שֶׁל קָנֶה: אֵין שׁוֹחֲטִין בָּהּ, וְאֵין מָלִין בָּהּ, וְאֵין מְחַתְּכִין בָּהּ בָּשָׂר, וְאֵין מְחַצְּצִין בָּהּ שִׁינַּיִם, וְאֵין מְקֻנָּחִים בָּהּ.

Rav Hisda dit au nom de Rabbi Yitzhak — et certains disent : on a enseigné dans une braita : cinq choses ont été dites au sujet d'un fragment de roseau (kromit chel kaneh) : on n'abatte pas avec, on ne circoncit pas avec, on ne tranche pas de la viande avec, on ne se cure pas les dents avec, et on ne s'essuie pas avec.

📜 Rachi (1)
ה' דְּבָרִים כוּ' כּוּלְּהוּ מִשּׁוּם שֶׁכְּשֶׁדּוֹחֲקִין אוֹתָם קֵיסָמִין נִיתָּזִין וּמְפָרְשִׁים הֵימֶנָּה וְאִיכָּא סַכַּנְתָּא בְּמִילָה שֶׁלֹּא תִּנְקֹוב הַגִּיד וּמְשַׁוֵּי לֵיהּ כְּרוּת שָׁפְכָה וְגַבֵּי שְׁחִיטָה דִּלְמָא מִנַּקְבָא לְהוּ לְסִימָנִין וְכֵן לְגַבֵּי קִינּוּחַ דִּלְמָא מִנַּקְבָא לְכַרְכְּשֵׁיהּ:
Cinq choses, etc. — toutes [pour la raison que], lorsqu'on les presse, des échardes (kisamim) jaillissent et s'en détachent ; et il y a [un] danger dans la circoncision — qu'elle [ne] perfore le membre et [ne] le rende un 'kerout chofkha' [organe sectionné, rendant inapte] ; et à propos de l'abattage — peut-être perfore-t-elle les simanim ; et de même à propos de l'essuyage — peut-être perfore-t-elle le rectum (karkachta).
💡 Explication

Rav Hisda au nom de R. Yitzhak (ou braita) : cinq interdits sur un fragment de roseau (kromit chel kaneh, coupant mais qui éclate en échardes) : on n'abatte pas avec, on ne circoncit pas avec, on ne tranche pas de viande avec, on ne se cure pas les dents avec, on ne s'essuie pas avec — par crainte des échardes / du danger.

10
אֵין שׁוֹחֲטִין בָּהּ, וְהַתַּנְיָא: בְּכָל שׁוֹחֲטִין, בֵּין בְּצוֹר, בֵּין בִּזְכוּכִית, בֵּין בִּקְרוּמִית שֶׁל קָנֶה! אָמַר רַב פָּפָּא: בְּסִימוֹנָא דְּאַגְמָא.

On n'abatte pas avec — mais n'a-t-on pas enseigné : 'on abatte avec tout, [que ce soit] avec [un éclat de] silex, avec du verre ou avec un fragment de roseau' ! Rav Papa dit : [c'est le cas] d'un roseau de marais (simona de-agma).

📜 Rachi (1)
בְּסִימוֹנָא דְּאַגְמָא עֵשֶׂב הַגָּדֵל בַּאֲגַמֵּי מַיִם וּקְרִי לישק"א וּכְשֶׁהוּא יָבֵשׁ חָדוּד וְחוֹתֵךְ וְאֵין קֵיסָמִין נִבְדָּלִים הֵימֶנּוּ:
Un roseau de marais (simona de-agma) — une herbe qui pousse dans les marécages (agmei mayim), [qu']on appelle 'lichka' [en langue vernaculaire] ; et lorsqu'elle est sèche, [elle est] aiguisée et coupe, et aucune écharde ne s'en détache.
💡 Explication

'On n'abatte pas avec' — mais une braita dit 'on abatte avec... un fragment de roseau' ! Rav Papa : là c'est un roseau de marais (simona de-agma) — devenu lisse et dur en séchant, sans échardes.

11
וְאֵין מְחַתְּכִין בָּהּ בָּשָׂר. רַב פָּפָּא מְחַתֵּךְ בַּהּ קִרְבֵי דָגִים, דְּזִיגֵי. רַבָּה בַּר רַב הוּנָא מְחַתֵּךְ בַּהּ עוֹפָא דְּרַכִּיךְ.

Et on ne tranche pas de la viande avec. Rav Papa tranche avec [un fragment de roseau] des entrailles de poissons (karbei dagim), qui sont transparentes (de-zigi).

Rabba bar Rav Houna tranche avec [un fragment de roseau] de la chair d'oiseau, qui est tendre (de-rakhikh).

📜 Rachi (3)
דְּזִיגֵי צְלוּלִים וְאִם יִכָּנֵס בָּהֶם קֵיסָם נִרְאֶה:
Qui sont transparentes (de-zigi) — limpides ; et si une écharde y pénètre, [elle se] voit.
זִיג קלי"ר בְּלַעַ"ז כְּעֵין מַרְאֶה שֶׁקּוֹרִין מירדויי"ר:
'Zig' — 'kler' (clair) en langue vernaculaire ; [transparent] comme un miroir, qu'on appelle 'mirdoier'.
דְּרָכֶיךָ וְאֵין צָרִיךְ לְדָוחְקוֹ בַּחֲתִיכָתוֹ וְאֵין קִסְמִין נִבְדָּלִין:
Qui est tendre (de-rakhikh) — et l'on n'a pas besoin de [le] presser dans sa coupe, et aucune écharde ne s'[en] détache.
💡 Explication

'On ne tranche pas de viande avec' — [pourtant] Rav Papa en tranche les entrailles de poissons, qui sont translucides (de-zigi : une écharde s'y verrait). Rabba bar Rav Houna en tranche la chair d'oiseau, tendre (de-rakhikh : pas besoin de presser, pas d'échardes).

12
וְאֵין מְקַנְּחִין בָּהּ, תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאָמַר מָר: הַמְקַנֵּחַ בְּדָבָר שֶׁהָאוּר שׁוֹלֶטֶת בּוֹ שִׁינָּיו נוֹשְׁרוֹת. אָמַר רַב פָּפָּא: קִינּוּחַ פִּי מַכָּה קָאָמְרִינַן.

Et on ne s'essuie pas avec. [Mais] qu'il [le] déduise [plutôt] de ce que le Maître a dit : celui qui s'essuie avec une chose que le feu domine (consume), ses dents tombent.

Rav Papa dit : nous parlons de l'essuyage de l'orifice d'une plaie (kinouah pi maka).

📜 Rachi (1)
שִׁינָּיו נוֹשְׁרוֹת שִׁינֵּי הַפֶּרֶק וְשִׁינֵּי הַכַּרְכְּשָׁא שֶׁהִיא מְחֻובֶּרֶת בָּהֶן לְעָצְמוֹתֵיהֶן כְּעֵין תִּלְתּוּלֵי בָּשָׂר:
Ses dents tombent — les 'dents' de l'articulation et les 'dents' du rectum (karkachta), qui [y] est rattaché à leurs os, [tels] des excroissances (taltoulim) de chair.
💡 Explication

'On ne s'essuie pas avec' — mais déduis-le plutôt de 'qui s'essuie avec une chose inflammable, ses dents [du rectum] tombent' ! Rav Papa : ici il ne s'agit pas de s'essuyer [après les besoins], mais d'essuyer l'orifice d'une plaie (kinouah pi maka).

13
הַכֹּל שׁוֹחֲטִין, וּלְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין. הַכֹּל שׁוֹחֲטִין – הַכֹּל בִּשְׁחִיטָה, וַאֲפִילּוּ עוֹף.

[La michna :] 'Tous abattent, et l'on abatte toujours.' 'Tous abattent' — tout [animal est inclus] dans l'abattage, et même un oiseau.

📜 Rachi (1)
הַכֹּל בִּשְׁחִיטָה וְהָכִי מַשְׁמַע אֶת הַכֹּל צָרִיךְ לִשְׁחֹוט וַאֲפִילּוּ עוֹף ואע"ג דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ שְׁחִיטָה בְּהֶדְיָא:
Tout [animal est inclus] dans l'abattage — et voici ce que [cela] implique : tout, il faut [l']abattre, et même un oiseau, bien que l'abattage n'y soit pas écrit explicitement.
💡 Explication

La michna 'tous abattent, on abatte toujours'. La Guemara interprète : 'tous abattent' = tout animal relève de la mitsva d'abattage — même un oiseau (bien que la Torah n'y mentionne pas explicitement la chehita).

14
לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין, מַאן תְּנָא? אָמַר רַבָּה: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא, דְּתַנְיָא: ״כִּי יַרְחִיב ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אֶת גְּבוּלְךָ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר לָךְ וְאָמַרְתָּ אֹכְלָה בָשָׂר וְגוֹ׳״, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: לֹא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לְהַתִּיר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה.

'L'on abatte toujours' — quel Tana [est-ce] ? Rabba dit : c'est Rabbi Yichmael, car il est enseigné : '[quand] l'Éternel ton Dieu élargira ta frontière comme Il te l'a dit, et [que] tu diras : je [veux] manger de la viande, etc.' [Deut 12:20] — Rabbi Yichmael dit : le verset n'est venu que [pour] leur permettre la 'viande de désir' (bessar taava).

📜 Rachi (3)
לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין לְעוֹלָם מֻותָּר לִשְׁחֹוט וְלֶאֱכֹול:
L'on abatte toujours — [c'est] toujours [qu']il est permis d'abattre et de manger.
מַאן תְּנָא דְּמַתְנִיתִין דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְמֵימַר דְּיִשְׂרָאֵל מֻותָּרִין לִשְׁחֹוט וְלֶאֱכֹול דְּהָא תְּנָא לֵיהּ רֵישָׁא הַכֹּל שׁוֹחֲטִין לַאֲתוּיֵי כָּל הָנָךְ דְּאִצְטְרִיכוּ לַאֲתוּיֵי שֶׁרָאוְיָן לִשְׁחֹוט כְּגוֹן כּוּתִי וּמוּמָר וְטָמֵא בְּחֻולִּין:
Quel Tana — [est celui] de la michna [qui] a eu besoin de dire qu'un Israélite est permis d'abattre et de manger ? car il a déjà enseigné le début (recha) 'tous abattent', pour inclure tous ceux qu'il fallait inclure comme aptes à abattre, par exemple un Kouti, un apostat et un [homme] impur [abattant] des [animaux] profanes.
לְהַתִּיר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה כְּשֶׁיָּבוֹאוּ לָאָרֶץ יוּכְלוּ לֶאֱכֹול בָּשָׂר לְתַאֲוָתָן בְּלֹא שׁוּם הַקְרָבָה:
[Pour] leur permettre la 'viande de désir' — lorsqu'ils viendront dans le pays, ils pourront manger de la viande selon leur désir, sans aucune offrande.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁבַּתְּחִלָּה נֶאֱסַר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מִדִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יז) אֲשֶׁר יִשְׁחַט מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וְאֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לֹא הֱבִיאוֹ וְקָשֶׁה דְּהַהוּא קְרָא לָא אַיְירֵי אֶלָּא בְּקָדָשִׁים וּבִשְׁחוּטֵי חוּץ וּלְקַמָּן נָמֵי דְּקָאָמַר אֶלָּא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר בְּשַׂר תַּאֲוָה אִיתְּסַר לְהוּ צְבִי וְאַיָּל גּוּפַייְהוּ מִי הָוֵי שָׁרֵי הָא פְּשִׁיטָא דְּהַהוּא קְרָא לָא אַיְירֵי אֶלָּא בְּקָרְבַּן בְּהֵמָה וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְהַתִּיר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה דִּיֵּיק מִכְּלָל דְּמֵעִיקָּרָא אָסוּר וּמֵהַאי טַעְמָא דִּייֵּק נָמֵי רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁבַּתְּחִלָּה הֻותַּר לָהֶם בְּשַׂר נְחִירָה מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לֶאֱסֹור:
'Car au début la viande de désir leur était interdite' — le Kountras explique [que c'est] du fait qu'il est écrit (Lévitique 17) 'qui égorgera... hors du camp, et [qu']il n'aura pas amené à l'entrée de la tente d'assignation'. Et c'est difficile, car ce verset ne parle que des [animaux] consacrés et de [ceux] égorgés au-dehors (chechoutei houtz) ; et plus loin aussi, lorsqu'on dit 'mais selon Rabbi Yichmael, qui dit [que] la viande de désir leur était interdite, le cerf (tzvi) et la gazelle (ayal) eux-mêmes étaient-ils permis ?', [c'est] évident que ce verset ne parle que d'un sacrifice [d']animal [domestique] ! Et il paraît [préférable d']expliquer : du fait qu'il a fallu un verset pour leur permettre la viande de désir, on déduit par implication qu'au départ [c'était] interdit ; et pour cette [même] raison Rabbi Akiva déduit aussi qu'au départ la 'viande d'égorgement [par piqûre]' (bessar nehira) leur était permise, du fait qu'il a fallu un verset pour [l']interdire.
💡 Explication

'On abatte toujours' — de quel Tana ? Rabba : R. Yichmael. Braita sur 'quand l'Éternel élargira ta frontière... tu diras : je veux manger de la viande' (Deut 12:20) — R. Yichmael : le verset vient permettre la 'viande de désir' (bessar taava, viande profane, non sacrificielle).

15
שֶׁבַּתְּחִלָּה, נֶאֱסַר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה, מִשֶּׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ הֻותַּר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה.

Car au début, la viande de désir leur était interdite ; depuis qu'ils sont entrés dans le pays, la viande de désir leur a été permise.

📜 Rachi (4)
שֶׁמִּתְּחִלָּה כְּשֶׁהָיוּ בַּמִּדְבָּר מִשֶּׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן:
Car au début — lorsqu'ils étaient au désert, depuis que le Tabernacle (michkan) fut dressé.
נֶאֱסַר לָהֶם בְּשַׂר תַּאֲוָה שֶׁאֵין יְכוֹלִין לֶאֱכֹול אֶלָּא בְּשַׂר שְׁלָמִים וְאִם הָיוּ שׁוֹחֲטִין בְּלֹא קָרְבָּן הָיוּ עֲנוּשִׁים כָּרֵת כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא יז) וְאֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לֹא הֱבִיאוֹ וְגוֹ':
La viande de désir leur était interdite — [en ce] qu'ils ne pouvaient manger que de la viande de chelamim ; et s'ils abattaient sans [en faire un] sacrifice, ils étaient passibles du retranchement (karet), comme il est écrit (Lévitique 17) 'et [qu']il n'aura pas amené à l'entrée de la tente d'assignation, etc.'
נִכְנְסוּ לָאָרֶץ נִתְרַחֲקוּ מִן הַמִּזְבֵּחַ:
Ils sont entrés dans le pays — ils se sont éloignés de l'autel.
הֻותַּר לָהֶם מִן הַמִּקְרָא הַזֶּה שֶׁיִּזְבְּחוּ בָּשָׂר לְתַאֲוָתָן וְיֹאכְלוּ:
Leur a été permis — par ce verset, [à savoir] qu'ils égorgent de la viande selon leur désir et [la] mangent.
💡 Explication

Explication : au début (au désert), la viande de désir était interdite — pour manger de la viande, il fallait l'offrir en chelamim (et en manger après l'aspersion du sang). Une fois entrés dans le pays, la viande de désir a été permise (abattre et manger partout).

16
וְעַכְשָׁיו שֶׁגָּלוּ, יָכוֹל יַחְזְרוּ לְאִיסּוּרָן הָרִאשׁוֹן? לְכָךְ שָׁנִינוּ: לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין.

Et maintenant qu'ils ont été exilés, [on] pourrait [croire] qu'ils retournent à leur interdit premier ? C'est pourquoi nous avons appris : 'l'on abatte toujours'.

📜 Rachi (1)
וְעַכְשָׁיו שֶׁגָּלוּ כּוּ' לָאו רַבִּי יִשְׁמָעֵאל קָאָמַר לֵיהּ אֶלָּא רַבָּה קָאָמַר לֵיהּ לְאוֹקְמֵי דְּמַתְנִיתִין דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא כְּלוֹמַר וּלְהָכִי תְּנָא לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין דְּלָא תֵּימָא עַכְשָׁיו שֶׁגָּלוּ יַחְזְרוּ לְאִיסּוּרָן כְּמוֹ שֶׁהָיוּ קֹודֶם שֶׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ לְכָךְ שָׁנִינוּ כו':
Et maintenant qu'ils ont été exilés, etc. — ce n'est pas Rabbi Yichmael [qui] le dit, mais Rabba [qui] le dit pour établir que la michna [c'est] Rabbi Yichmael ; c'est-à-dire : et c'est pour cela qu'on a enseigné 'l'on abatte toujours', [afin] que tu ne dises pas 'maintenant qu'ils ont été exilés, ils retournent à leur interdit comme ils [l']étaient avant d'entrer dans le pays' ; c'est pourquoi nous avons appris, etc.
💡 Explication

Rabba : et maintenant exilés, on aurait pu croire qu'ils retournent à l'interdit initial ? C'est pourquoi la michna enseigne 'on abatte toujours' (la viande de désir reste permise en tout temps).

17
מַתְקִיף לַהּ רַב יוֹסֵף: הַאי ״לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין״, ״לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין וְאוֹכְלִין״ מִבָּעֵי לֵיהּ! וְעוֹד, מֵעִיקָּרָא מַאי טַעְמָא אִיתְּסַר – מִשּׁוּם דְּהָווּ מְקָרְבִי לְמִשְׁכָּן, וּלְבַסּוֹף מַאי טַעְמָא אִישְׁתְּרוֹ – דְּהָווּ מְרַחֲקִי מִמִּשְׁכָּן,

Rav Yossef objecte : ce 'l'on abatte toujours' — 'l'on abatte toujours et l'on mange' aurait-il fallu [dire] ! Et de plus, au départ, quelle [en est] la raison [pour laquelle] c'était interdit ? parce qu'ils étaient proches du Tabernacle ; et à la fin, quelle [en est] la raison [pour laquelle] cela a été permis ? parce qu'ils étaient éloignés du Tabernacle ;

📜 Rachi (3)
לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין וְאוֹכְלִין מִבְּעֵי לֵיהּ כֵּיוָן דְּלָאו לְהִלְכוֹת שְׁחִיטָה אָתֵי לְאוֹרוֹיֵי אֶלָּא לְהַתִּיר אֲכִילַת בָּשָׂר חוּצָה לָאָרֶץ לִיתְנֵי לְעוֹלָם שׁוֹחֲטִין וְאוֹכְלִין וְהֵיכִי שְׁבַק לְעִיקַּר מִילְּתָא וּנְקַט שְׁחִיטָה לְחוּדָהּ וּמִדִּשְׁבַק לַאֲכִילָה ש"מ לָא אִיצְטְרִיךְ לְאוֹרוֹיֵי לָן אֶלָּא מִידִי דִּשְׁחִיטָה וְעוֹד לָמָּה לֵיהּ לְאַשְׁמוֹעִינַן הָא וְכִי מֵהֵיכָן תִּיסַּק אַדַּעְתִּין לְמֵימַר יַחְזְרוּ לְאִיסּוּרָן הָרִאשׁוֹן:
'L'on abatte toujours et l'on mange' aurait-il fallu [dire] — puisque ce n'est pas pour [enseigner] les lois de l'abattage qu'il vient instruire, mais pour permettre la consommation de viande hors [du Tabernacle], qu'il enseigne 'l'on abatte toujours et l'on mange' ! et comment laisse-t-il l'essentiel de la chose et prend-il l'abattage seul ? et du fait qu'il a laissé la consommation, on en conclut qu'il n'[avait] pas besoin de nous instruire d'une [autre] chose que [celle] de l'abattage ; et de plus, pourquoi avait-il [besoin] de nous enseigner ceci ? d'où nous viendrait-il à l'esprit de dire qu'ils retournent à leur interdit premier ?
מֵעִיקָּרָא בַּמִּדְבָּר:
Au départ — au désert.
מַאי טַעְמָא אִיתְּסַר מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִיקָּרְבִי לַמִּשְׁכָּן וְהָיוּ יְכוֹלִין לְהַקְרִיב קָרְבָּנוֹת מִכָּל בָּשָׂר תַּאֲוָתָן וְיַקְרִיבוּ הַדָּם וְהֶחָלָב לְבַדּוֹ וְאוֹכְלִין הַבָּשָׂר וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ וְהָיְתָה אַרְצָם רְחָבָה וְהָרְחוֹקִים לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לָבֹא בִּירוּשָׁלַיִם בְּכָל יוֹם:
Quelle [en est] la raison [pour laquelle] c'était interdit ? parce qu'ils étaient proches du Tabernacle — et [qu']ils pouvaient offrir des sacrifices de toute la viande de leur désir, offrant le sang et la graisse seuls et mangeant la viande ; et à la fin, lorsqu'ils sont entrés dans le pays et [que] leur pays était vaste, [alors] les [gens] éloignés ne pouvaient venir à Jérusalem chaque jour.
💡 Explication

Rav Yossef objecte : (1) il aurait fallu dire 'on abatte et on mange toujours' (l'enjeu est de manger, pas d'abattre) ! (2) Et puisque l'interdit initial tenait à la proximité du Tabernacle (on pouvait offrir des chelamim) et la permission à l'éloignement [dans le pays] — [le raisonnement de Rabba ne tient pas tel quel ; la suite, sur 17a].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).