Sougya : Suite de la michna sur le haut de la trachée (kaneh). La braita valide l'abattage dans les autres anneaux (qui n'enserrent pas tout le kaneh mais sa majorité) et invalide la moggeremet (cut détourné au-dessus du grand anneau) ; mais Rabbi Hanina ben Antigonos témoigne que la moggeremet est valide.
Rav Yossef lit Rabbi Yossi bar Yehouda comme tenant deux propos : Rav et Chmouel s'accordent avec lui sur un (la majorité du kaneh dans le grand anneau vaut le tout) et divergent sur l'autre (les autres anneaux). Puis Rabbi Zeira, monte en Terre d'Israël, y mange la moggeremet interdite à Babylone ; on l'interpelle, et il se défend en disant que la règle babylonienne ne vient pas de Rav et Chmouel mais de Yossef bar Hiya (Rav Yossef), 'qui apprend de tout le monde' — ce qui vexe Rav Yossef.
La Guemara discute alors la règle des coutumes du lieu (Abaye, Rav Achi) : qui monte de Babylone en Terre d'Israël suit la Terre d'Israël, surtout sans intention de revenir. Enfin, le daf monte tout en haut du kaneh : Resh Lakich valide à la pointe du casque (R.
Yo'hanan le juge trop indulgent), Rav Papi déclare tereifa si l'on rencontre les chitei (cartilages aryténoïdes), et un débat s'ouvre sur 'rencontrer' (toucher ou non) puis sur le fait de 'laisser' une part des chitei.
Celui qui abat dans les autres anneaux (taba'ot) [du kaneh] : bien qu'ils n'enserrent pas tout le kaneh (trachée), dès lors qu'ils enserrent la majorité du kaneh — son abattage [est] valide ; et la [coupe] détournée (moggeremet) [est] invalide. Rabbi Hanina ben Antigonos a témoigné au sujet de la moggeremet qu'elle [est] valide.
Suite de la michna sur le haut du kaneh (trachée). On peut abattre dans les autres anneaux (au-dessous du grand anneau) : même s'ils n'entourent pas toute la circonférence, ils en enserrent la majorité, et 'majorité vaut tout' (rouba ke-koula) en fait un lieu d'abattage valide. La moggeremet — coupe détournée qui dérive au-dessus du grand anneau — est déclarée invalide. Mais Rabbi Hanina ben Antigonos témoigne qu'elle est en réalité valide.
Rav Yossef a dit : Rabbi Yossi bar Yehouda dit deux [choses]. Rav et Chmouel pensent comme lui sur une [chose] et divergent de lui sur une [autre].
Rav Yossef analyse l'avis de Rabbi Yossi bar Yehouda comme contenant deux propos distincts. Rav et Chmouel s'accordent avec lui sur l'un (couper la majorité du kaneh dans le grand anneau vaut le tout) et divergent de lui sur l'autre (faire des autres anneaux un lieu d'abattage valide).
Mais ils ont dit '[Rabbi Yossi] n'a pas dit' ! [Donc ils lui attribuaient son propre raisonnement.] Voici ce qu'ils disent : la halakha [est] comme lui pour le grand anneau, et la halakha n'[est] pas comme lui pour les autres anneaux.
Objection : Rav et Chmouel avaient dit que 'même Rabbi Yossi n'a pas dit' [sa règle pour les autres anneaux] — formule qui semble leur prêter son raisonnement à lui, non le leur. Réponse : ce qu'ils veulent dire, c'est que la halakha suit Rabbi Yossi pour le grand anneau (couper la majorité y vaut le tout), mais pas pour les autres anneaux.
Lorsque Rabbi Zeira monta [en Terre d'Israël], il mangea de la moggeremet de Rav et Chmouel [celle qu'ils déclarent invalide]. Ils lui dirent : n'es-tu pas du lieu (atra) de Rav et Chmouel ?
Il leur dit : qui [donc] l'a dite [cette règle] ? Yossef bar Hiya !
[Or] Yossef bar Hiya apprend de tout le monde.
Rabbi Zeira, monté de Babylone en Terre d'Israël, y mange une moggeremet — celle-là même que Rav et Chmouel déclarent invalide à Babylone. On l'interpelle : tu viens du lieu de Rav et Chmouel [tu devrais suivre leur rigueur] ! Sa défense : ce ne sont pas Rav et Chmouel qui ont énoncé cette règle, mais Yossef bar Hiya (= Rav Yossef, segment 1) — lequel 'apprend de tout le monde' [et a pu recevoir la chose d'un transmetteur imprécis].
Rav Yossef entendit [cela], se vexa, [et] dit : Moi, [est-ce] de tout le monde [que] j'apprends ? Moi, c'est de Rav Yehouda [que] j'apprends, lequel étudiait même les incertitudes touchant les hommes (sefekei de-gavrei) !
Car Rav Yehouda a dit : Rabbi Yirmeya bar Abba a dit — incertain [si c'est] au nom de Rav, incertain [si c'est] au nom de Chmouel : trois [juges] rendent permis le premier-né (bekhor) en un lieu où il n'y a pas d'expert (moumhe).
Rav Yossef, blessé par le 'apprend de tout le monde', se défend : lui apprend de Rav Yehouda, transmetteur si rigoureux qu'il rapportait jusqu'aux incertitudes sur l'identité de l'auteur (sefekei de-gavrei). Exemple de cette minutie : Rav Yehouda transmet au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba — sans pouvoir trancher si c'est au nom de Rav ou de Chmouel — que trois [hommes ordinaires] peuvent permettre [l'abattage d']un premier-né (bekhor) défectueux là où il n'y a pas de sage expert à consulter.
Et Rabbi Zeira, n'admet-il pas [le principe] : on impose [au voyageur] les rigueurs (houmrei) du lieu d'où il est sorti et les rigueurs du lieu où il s'est rendu ?
Objection de la Guemara contre la conduite de Rabbi Zeira : ne tient-il pas le principe (michna de Pessahim) selon lequel celui qui se déplace porte à la fois les rigueurs du lieu qu'il a quitté et celles du lieu où il arrive ? Il aurait donc dû s'abstenir de la moggeremet, interdite à Babylone.
Abaye dit : ces propos [valent] de Babylone à Babylone, et de Terre d'Israël à Terre d'Israël, ou encore de Terre d'Israël à Babylone ; mais de Babylone à Terre d'Israël — dès lors que nous [Babyloniens] leur sommes soumis (kayfinan), nous agissons comme eux.
Abaye délimite le principe : il vaut entre lieux de même rang (Babylone-Babylone, Terre d'Israël-Terre d'Israël) ou en descendant (Terre d'Israël vers Babylone). Mais en montant de Babylone vers la Terre d'Israël, comme la Babylonie est subordonnée (kayfinan) à la Terre d'Israël [pour la fixation du calendrier et les peines], on suit leur coutume. D'où Rabbi Zeira pouvait manger la moggeremet.
Rav Achi a dit : tu peux même dire [que cela vaut] de Babylone à Terre d'Israël — [mais] ces propos [valent] là où son intention [est] de revenir (da'ato la-hazor) ; [or] Rabbi Zeira, son intention n'[était] pas de revenir.
Rav Achi propose une autre délimitation : on peut maintenir le principe même de Babylone vers la Terre d'Israël, mais à la condition que le voyageur ait l'intention de revenir (da'ato la-hazor) chez lui. Rabbi Zeira, lui, n'avait pas l'intention de revenir à Babylone [il s'établissait en Terre d'Israël] — il était donc dispensé des rigueurs babyloniennes.
Abaye dit à Rav Yossef : mais voici [que] des Sages venus de Mehoza disent [que] Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Nahman : la moggeremet [est] valide ! Il lui dit : chaque fleuve [suit] son lit (nahara nahara ou-pachteh).
Abaye objecte à Rav Yossef : des Sages de Mehoza rapportent que Rabbi Zeira au nom de Rav Nahman déclarait la moggeremet valide [donc la règle 'invalide' ne fait pas l'unanimité à Babylone]. Réponse de Rav Yossef : 'chaque fleuve suit son lit' (nahara nahara ou-pachteh) — chaque endroit suit sa propre coutume ; certains lieux de Babylonie suivent Rav et Chmouel, d'autres non.
Rabbi Chimon ben Lakich a validé [un abattage] à la pointe du casque (be-houda de-kova). Rabbi Yo'hanan proclama à son sujet : gissa gissa (grossier, grossier — [tu valides] bien trop [haut]) !
Rav Papi a dit au nom de Rava : [s']il a rencontré les chitei (grains) — [la bête est] tereifa.
On monte tout en haut du kaneh. Resh Lakich valide un abattage à la pointe du casque (chouda de-kova), tout en haut. Rabbi Yo'hanan proteste : 'gissa gissa' (litt. 'le gros, le gros') — tu valides bien trop haut ; même selon Rabbi Hanina [ben Antigonos] ce n'est valide qu'à partir de l'endroit où la pointe commence à s'élever. Rav Papi, au nom de Rava, pose une limite : si le couteau rencontre les chitei (les 'grains', cartilages aryténoïdes posés sur le kaneh près du casque), la bête est tereifa — on est au-dessus de la zone d'abattage.
On leur demanda (une question fut posée) : [le verbe] 'pagaa' (il rencontra) [signifie-t-il] qu'il les a touchés (naga) — comme il est écrit 'il le frappa (vayifga bo) et il mourut' (I Rois 2) — ou bien peut-être 'il rencontra mais ne toucha pas', comme il est écrit 'des anges de Dieu le rencontrèrent (vayifge'ou bo)' (Genèse 32) ?
Question de définition sur le mot de Rav Papi. 'Pagaa [bahen]' (il rencontra les chitei) veut-il dire qu'il les a effectivement touchés — comme 'vayifga bo' = 'il le frappa et il mourut' (I Rois 2:25) — ou seulement qu'il les a approchés sans toucher, comme 'des anges le rencontrèrent' (Gen 32:2), simple rencontre ? Selon Rachi, 'pagaa ve-lo naga' désigne le cas où l'on a coupé très près des chitei mais en dessous, sans les atteindre.
Il fut énoncé (itmar) : Rav Papa a dit au nom de Rava : [s']il a laissé une part dans les chitei (chiyer be-hitei) — [l'abattage est] valide. Rav Amimar bar Mar Yenouka a dit : je me tenais devant Rabbi Hiya fils de Rav Avya, et il me dit : [s']il a laissé une part dans les chitei — valide.
Ravina a dit à Rav Achi : Rav Chemen de Souvra m'a dit [que] Mar Zoutra arriva chez nous et exposa : [s']il a laissé une part dans les chitei — valide. Mar bar Rav Achi a dit : [s']il a rencontré les chitei — valide ; [s']il a laissé une part dans les chitei — tereifa.
Faisceau de traditions pour trancher. Rav Papa au nom de Rava : si l'on a laissé une part des chitei (chiyer be-hitei) — c'est-à-dire qu'on les a coupés en leur milieu, en laissant un peu vers la tête et un peu vers le kaneh (= 'rencontrer et toucher') — l'abattage est valide. Même propos rapporté par Rav Amimar bar Mar Yenouka (au nom de Rabbi Hiya fils de Rav Avya) et par Ravina-Rav Chemen-Mar Zoutra. Mar bar Rav Achi inverse : rencontrer les chitei (sans les laisser) — valide ; en laisser une part [donc les entamer] — tereifa.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).