Sougya : La braita dérive du verset le statut des deux oiseaux du sacrifice : les tourterelles (torim) ne sont valides que grandes, les pigeonneaux (bnei yona) seulement jeunes — contre le kal va-homer qui voudrait étendre chacune à l'autre âge. Rava montre que ces restrictions sont contraignantes (le'ikouva) du fait que l'Écriture n'écrit jamais 'bnei ha-torim' ni 'min ha-yona'.
Une autre braita exclut, par 'min ha-torim' (et non toutes) et 'min bnei ha-yona' (et non tous), le début du jaunissement (tehilat ha-tzihouv), invalide aussi bien comme tourterelle que comme pigeonneau ; on précise quand chacun devient apte (micheyazhivou pour les tourterelles, micheyitzhivou pour leur invalidation), et Yaakov Korha ajoute micheyaleou expliqué par Abaye (dès qu'on arrache une plume et que du sang sort). Rabbi Zira pose alors la question : celui qui a voué 'un holocauste de tourterelles ou de pigeonneaux' et a apporté le début du jaunissement des deux — est-ce un doute (et il s'acquitte) ou une entité à part (bria, et il ne s'acquitte pas) ?
Rava tranche, par la braita même, que c'est une bria, car il n'était pas nécessaire qu'un verset vienne exclure un simple doute.
Or, si les pigeonneaux (bnei yona), qui ne sont pas déclarés aptes [quand ils sont] grands, sont déclarés aptes [quand ils sont] petits, les tourterelles (torim), qui sont déclarées aptes [quand elles sont] grandes, n'est-il pas logique (din) qu'elles soient déclarées aptes [quand elles sont] petites ? L'enseignement [du] verset [vient] dire : 'tourterelles' — grandes et non petites.
La braita examine les deux oiseaux du sacrifice d'oiseaux (voir le schéma de synthèse). Par un kal va-homer (raisonnement à fortiori), on voudrait déclarer les tourterelles (torim) valides même jeunes, puisque les pigeonneaux (bnei yona) le sont bien quand ils sont petits. Le verset 'torim' coupe court : les tourterelles ne valent que grandes, non petites.
'Pigeonneaux' — petits et non grands ; car on pourrait [raisonner ainsi] : n'est-ce pas logique (din) ? Or, si les tourterelles, qui ne sont pas déclarées aptes [quand elles sont] petites, sont déclarées aptes [quand elles sont] grandes, les pigeonneaux, qui sont déclarés aptes [quand ils sont] petits, n'est-il pas logique qu'ils soient déclarés aptes [quand ils sont] grands ?
L'enseignement [du] verset [vient] dire : 'pigeonneaux' — petits et non grands.
La même symétrie est appliquée dans l'autre sens : un kal va-homer voudrait déclarer les pigeonneaux valides même grands, puisque les tourterelles le sont bien grandes. Le verset 'bnei yona' (pigeonneaux = fils) coupe court : les pigeonneaux ne valent que petits, non grands.
Quel [est] l'enseignement (talmuda) ? Rava a dit : que le verset ne se soit jamais dérobé [au point] d'écrire 'des fils des tourterelles, ou de la colombe' (min bnei ha-torim o min ha-yona).
Question : d'où tire-t-on que ces restrictions d'âge sont contraignantes (et non un simple usage) ? Rava répond : nulle part l'Écriture n'écrit l'inverse — jamais 'fils des tourterelles' (torim jeunes) ni 'la colombe' (yona adulte, sans 'fils'). Cette constance prouve que les tourterelles doivent être grandes et les pigeonneaux jeunes.
Dis [plutôt] : les pigeonneaux, au sujet desquels le Miséricordieux a écrit 'fils' — petits oui, grands non ; les tourterelles — s'il le veut qu'il apporte des grandes, s'il le veut qu'il apporte des petites ! [Réponse :] [les tourterelles] sont semblables aux pigeonneaux : de même que les pigeonneaux — petits oui, grands non, de même les tourterelles — grandes oui, petites non.
Objection : le mot 'fils' restreint bien les pigeonneaux aux petits, mais pour les tourterelles, rien n'interdit à priori les jeunes — alors pourquoi pas au choix ? Réponse : par la juxtaposition constante des deux dans le verset, leur loi se calque l'une sur l'autre, mais en miroir : pigeonneaux = jeunes seulement, donc tourterelles = grandes seulement.
Nos Maîtres ont enseigné : on pourrait [croire] que toutes les tourterelles et tous les pigeonneaux [sont] valides ? L'enseignement [du] verset [vient] dire : 'des tourterelles' (min ha-torim) — et non toutes les tourterelles ; 'des pigeonneaux' (min bnei ha-yona) — et non tous les pigeonneaux ; [cela] pour exclure le début du jaunissement (tehilat ha-tzihouv), [qui est] dans celui-ci et dans celui-là, [et] qui [est] invalide.
À partir de quand les tourterelles [sont]-elles valides ? Dès qu'elles dorent (michéyazhivou).
À partir de quand les pigeonneaux [sont]-ils invalides ? Dès qu'ils jaunissent (michéyitzhivou).
Une autre braita exclut, par 'des tourterelles' / 'des pigeonneaux' (la préposition min, partitive : 'parmi', non 'toutes'), une phase intermédiaire (voir le schéma). Le début du jaunissement (tehilat ha-tzihouv), lorsque le plumage du cou commence à virer, est invalide des deux côtés : trop âgé pour un pigeonneau, trop jeune pour une tourterelle. Les bornes : la tourterelle vaut quand son plumage doré (michéyazhivou), le pigeonneau cesse de valoir dès qu'il jaunit (michéyitzhivou).
Yaakov Korha a enseigné : à partir de quand les pigeonneaux [sont]-ils valides ? Dès qu'ils [se remplissent de sang dans les côtés] (michéyaleou).
C'est lui [qui] l'a enseigné et c'est lui [qui] l'a dit [= expliqué] : '[lorsque] ses petits laperont le sang' (Job 39:30). Quand [cela] ?
Abaye a dit : dès qu'on arrache une plume de lui et [que] du sang vient.
Yaakov Korha fixe la borne d'aptitude des pigeonneaux par un terme rare, michéyaleou, qu'il explique lui-même par le verset de Job 'ses petits laperont le sang' — c'est-à-dire dès que le sang est présent dans leur chair. Abaye donne le signe pratique : on arrache une plume et du sang en sort.
Rabbi Zira a demandé : celui qui dit 'voici à ma charge un holocauste de tourterelles ou de pigeonneaux', et [qui] a apporté le début du jaunissement [qui est] dans celui-ci et dans celui-là — quoi [le statut] ? Est-ce un doute (safek), [auquel cas] il s'acquitte ; ou peut-être [est-ce] une entité à part (bria), [auquel cas] il ne s'acquitte pas ?
Question de Rabbi Zira (voir le schéma). Quelqu'un voue 'un holocauste de tourterelles ou de pigeonneaux' (au choix), puis apporte deux oiseaux au début du jaunissement, l'un comme tourterelle, l'autre comme pigeonneau. Deux lectures : si la phase est un simple doute (peut-être grand, peut-être petit), il s'acquitte (l'un des deux convient forcément) ; mais si c'est une entité à part (bria, ni grand ni petit), aucun ne convient et il ne s'acquitte pas.
Rava a dit : viens [et] écoute : 'pour exclure le début du jaunissement [qui est] dans celui-ci et dans celui-là, [qui est] invalide'. Si tu dis qu'admettons [que c'est] une entité à part (bria) — fort bien ; mais si tu dis [que c'est] un doute (safek), un verset était-il [vraiment] nécessaire pour exclure un doute ?
Rava tranche la question de R. Zira par la braita elle-même (segment 4) : si le début du jaunissement était un simple doute, on n'aurait pas eu besoin d'un verset exprès pour l'exclure (un doute se résout par les règles ordinaires). Le fait que l'Écriture l'exclut prouve que c'est une entité à part (bria) — donc on ne s'acquitte pas.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).