Sougya : La Guemara achève l'analyse de l'oiseau invalide : le verset 'des tourterelles ou des jeunes pigeons' exclut l'oiseau objet de bestialité (nirva) ou idolâtre (neevad), et la dérivation de la braita ('au début du jaunissement') n'est qu'un appui (asmakhta). On établit ensuite, par l'école de Rabbi Yichmael, que le mot 'corruption' (hashhata) vise toujours la débauche (erva) et l'idolâtrie (avoda zara) — d'après 'ki hishhit kol bassar' (Genèse) et 'pen tash'hitoun' (Deutéronome).
On aurait pu croire [que], les oiseaux n'étant pas invalides par un défaut (moum), ils ne le seraient pas non plus par la débauche ou l'idole ; le verset enseigne le contraire. Le daf passe alors à une nouvelle question de Rabbi Zera : celui qui voue 'un holocauste de bétail, du bélier ou de l'agneau' et apporte un palges (animal entre douze et treize mois) — a-t-il acquitté son vœu ?
Selon Rabbi Yo'hanan, le palges est une créature à part entière (berya), tirée du verset 'ou pour un bélier', donc pas de question ; la question ne se pose que selon bar Pada, qui [le] tient pour un cas de doute (safek).
[En réalité,] lorsque le verset était nécessaire, [c'était] pour exclure [l'oiseau] objet de bestialité (nirva) et [l'oiseau] idolâtre (neevad).
La Guemara rejette une preuve précédente : le verset 'des tourterelles ou des jeunes pigeons' (Lévitique 1:14) n'est pas nécessaire pour exclure 'le début du jaunissement' [du plumage, signe d'un âge intermédiaire], mais pour exclure l'oiseau qui a été l'objet de bestialité (nirva) ou qui a été idolâtre (neevad). La dérivation de la braita ['au début du jaunissement'] n'est qu'un appui (asmakhta), et le statut [de cet âge intermédiaire] reste un doute (safek).
Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit [au sujet des sacrifices] 'car leur corruption (mish'hatam) [est] en eux, [il y a] un défaut (moum) en eux' (Lévitique 22:25) — et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : partout où est dit [le terme] 'corruption' (hash'hâta), [il] ne [s'agit] que d'une chose de débauche (erva) et d'idolâtrie (avoda zara) ; [une] chose de débauche, comme il est écrit 'car toute chair avait corrompu (hish'hit) sa voie sur la terre' (Genèse 6:12) ;
Établissement du raisonnement (hava amina). Le mot corruption (mish'hatam) figure près des sacrifices, à côté de 'défaut (moum)' : les deux invalident. Or, selon l'école de Rabbi Yichmael, 'corruption (hash'hâta)' désigne toujours deux choses : la débauche (erva — qui inclut le saillisseur et l'objet de bestialité) et l'idolâtrie (avoda zara). La preuve pour la débauche : 'toute chair avait corrompu sa voie' (Genèse 6:12), 'voie' faisant allusion à la conduite sexuelle de la génération du déluge.
idolâtrie, comme il est écrit 'de peur que vous [ne] vous corrompiez (pen tash'hitoun) et [ne] vous fassiez une idole sculptée' (Deutéronome 4:16). [On aurait pu dire :] tout ce que le défaut (moum) invalide — une chose de débauche et l'idolâtrie [l']invalident ; et tout ce que le défaut n'invalide pas — une chose de débauche et l'idolâtrie ne l'invalident pas.
Et ces oiseaux, puisqu'un défaut ne les invalide pas — car le Maître a dit : [il y a une exigence d']intégrité (tamout) et de masculinité (zakhrout) chez la bête [domestique] (behema), mais il n'y a pas d'[exigence d']intégrité et de masculinité chez les oiseaux — dis [qu']une chose de débauche et l'idolâtrie ne devraient pas les invalider [non plus] : [voilà pourquoi le verset] nous enseigne [le contraire].
Preuve pour l'idolâtrie : 'de peur que vous [ne] vous corrompiez et [ne] vous fassiez une idole' (Deut 4:16). On aurait alors pu poser une règle d'équivalence : ce que le défaut (moum) invalide est aussi invalide par la débauche et l'idolâtrie, et inversement. Or les oiseaux ne sont pas invalidés par un défaut — car l'exigence d'intégrité et de masculinité ne vaut que pour la behema, non pour les oiseaux. On aurait donc cru que débauche et idolâtrie ne les invalident pas non plus. Le verset 'des tourterelles' enseigne au contraire qu'ils sont bel et bien invalidés.
Rabbi Zera a demandé : celui qui dit 'voici à ma charge un holocauste de bétail (olat behema), du bélier (ayil) ou de l'agneau (keves)', et [qui] a apporté un palgès — quoi [le statut] ?
Nouvelle sougya. À propos des âges intermédiaires [comme le début du jaunissement], Rabbi Zera pose un cas analogue : un homme voue 'un holocauste de bétail, du bélier ou de l'agneau' [au choix], puis apporte un palgès — un animal d'âge intermédiaire, entre douze et treize mois, ni tout à fait agneau ni tout à fait bélier. A-t-il acquitté son vœu ?
Selon Rabbi Yo'hanan, ne pose pas [la question], car il a dit [que le palgès] est une créature [à part] (berya), comme nous avons appris [dans une michna] : [s']il l'a offert — il apporte avec lui les libations (nessakhim) d'un bélier, mais son sacrifice ne lui compte pas (ein oleh lo mizivho).
Selon Rabbi Yo'hanan, il n'y a pas matière à question : le palgès est une créature à part entière (berya) — ni agneau ni bélier, mais une troisième catégorie. Preuve par la michna (Para 1:3) : qui apporte un palgès [comme holocauste] y joint les libations d'un bélier, mais cela n'acquitte pas son obligation [d'apporter un agneau ou un bélier]. Pour Rabbi Yo'hanan, donc, qui s'est engagé 'bélier ou agneau' n'a rien acquitté avec un palgès.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : 'ou pour un bélier (o la-ayil)' [vient] inclure le palgès.
Rabbi Yo'hanan précise la source : le verset des libations 'ou pour un bélier, tu prépareras une oblation...' (Nombres 15:6) — le mot 'ou' vient inclure le palgès [pour les libations d'un bélier]. Or il a fallu un verset pour l'inclure : preuve qu'il s'agit bien d'une créature à part (berya), et non d'un simple doute — car en cas de doute, on n'aurait pas eu besoin d'un verset [puisque, par précaution, on apporterait de toute façon les libations d'un bélier].
Lorsque tu poses [la question], [c'est] selon bar Pada,
Conclusion : la question de Rabbi Zera ne se pose que selon bar Pada, qui tient le palgès pour un cas de doute (safek) [peut-être agneau, peut-être bélier] — et non une créature à part. C'est seulement dans ce cadre qu'on peut se demander si celui qui a voué 'bélier ou agneau' a acquitté son vœu en apportant un palgès [puisqu'il est peut-être l'un ou l'autre].
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).