Chullin 23a — l'oiseau objet de bestialité ou d'idolâtrie, et le vœu du bélier ou de l'agneau (le palges)

Chullin 23a

Sougya : La Guemara achève l'analyse de l'oiseau invalide : le verset 'des tourterelles ou des jeunes pigeons' exclut l'oiseau objet de bestialité (nirva) ou idolâtre (neevad), et la dérivation de la braita ('au début du jaunissement') n'est qu'un appui (asmakhta). On établit ensuite, par l'école de Rabbi Yichmael, que le mot 'corruption' (hashhata) vise toujours la débauche (erva) et l'idolâtrie (avoda zara) — d'après 'ki hishhit kol bassar' (Genèse) et 'pen tash'hitoun' (Deutéronome).

On aurait pu croire [que], les oiseaux n'étant pas invalides par un défaut (moum), ils ne le seraient pas non plus par la débauche ou l'idole ; le verset enseigne le contraire. Le daf passe alors à une nouvelle question de Rabbi Zera : celui qui voue 'un holocauste de bétail, du bélier ou de l'agneau' et apporte un palges (animal entre douze et treize mois) — a-t-il acquitté son vœu ?

Selon Rabbi Yo'hanan, le palges est une créature à part entière (berya), tirée du verset 'ou pour un bélier', donc pas de question ; la question ne se pose que selon bar Pada, qui [le] tient pour un cas de doute (safek).

Pourquoi un verset pour exclure l'oiseau nirva et neevad 'des tourterelles ou jeunes pigeons' min ha-torim o min bnei ha-yona exclut nirva et neevad bestialité et idole : oiseau invalide La règle (école de R. Yichmael) partout où 'hashhata' (corruption) -> débauche (erva) ET idolâtrie (avoda zara) erva : 'ki hishhit kol bassar' (Gen 6) ; avoda zara : 'pen tash'hitoun' (Deut 4) behema : moum invalide -> erva et avoda zara invalident aussi oiseau : pas de moum (tamout/zakhrout) -> on aurait cru erva/avoda zara non plus ; le verset l'exclut
Segments 0-2 : pourquoi un verset est nécessaire pour exclure l'oiseau nirva et neevad, alors que la règle 'corruption -> débauche et idolâtrie' ne porte que sur ce que le défaut (moum) invalide.
Le palges : âge intermédiaire entre l'agneau et le bélier keves (agneau) jusqu'à 12 mois palges 1er mois de la 2e année ayil (bélier) dès 13 mois révolus Vœu : 'un holocauste, du bélier OU de l'agneau' ; il apporte un palges. Quoi ? R. Yo'hanan : berya créature à part entière (ni l'un ni l'autre) 'o la-ayil' inclut le palges (nessakhim de bélier) -> pas de question : ce n'est ni l'un ni l'autre bar Pada : safek doute : peut-être agneau, peut-être bélier a-t-il acquitté son vœu (l'un ou l'autre) ? -> c'est ici que la question de R. Zera se pose
Segments 3-6 : la question de Rabbi Zera sur le palges, et pourquoi elle ne se pose que selon bar Pada (safek) et non selon Rabbi Yohanan (berya).
1
כי איצטריך קרא למעוטי נרבע ונעבד.

[En réalité,] lorsque le verset était nécessaire, [c'était] pour exclure [l'oiseau] objet de bestialité (nirva) et [l'oiseau] idolâtre (neevad).

📜 Rachi (1)
למעוטי נרבע ונעבד ואף על גב דתנא קתני פרט לתחלת הציהוב אסמכתא בעלמא הוא ולעולם פסולייהו משום ספיקא. רובע ליכא למימר בעופות דאין לך עוף רובע:
Pour exclure [l'oiseau] objet de bestialité et idolâtre — et bien que la braita enseigne 'à l'exclusion du début du jaunissement', [ce n']est qu'un simple appui (asmakhta), et en réalité leur invalidité [tient] à un doute (safek). [Quant à l'oiseau] saillissant (rovea), il n'y a pas lieu d'[en] parler pour les oiseaux, car tu n'as pas d'oiseau saillissant [un humain].
🗂️ Tossefot (1)
כי איצטריך קרא למעוטי נרבע ונעבד תימה דסותר סתמא דש"ס דרשא דברייתא כדי לדחות ראייתו ומוקי ליה קרא לדרשא אחרת ויש לומר דקים ליה דאצטריך קרא להאי דרשא דהא רבי עקיבא אית ליה דרשא דמשחתם בפרק בתרא דבכורות (דף נז.) דקסבר מעשר בהמה חל על רובע ונרבע כמו שחל על בעלי מומין ומשמע בפרק המזבח מקדש (זבחים דף פה:) דאית ליה נרבע בעופות דקאמר רבי עקיבא מכשיר בעלי מומין ולא קאמר ובנרבע הואיל וכשר בעופות ומנא ליה אלא ע"כ מהאי קרא וא"ת א"כ תפשוט דספיקא הוי דאי בריה הוי אצטריך קרא למעוטי וא"כ מנלן דיש נרבע בעופות ונ"ל דמעיקרא ס"ד ודאי דאיצטריך קרא למעוטי אי הוה בריה אבל השתא דמסיק דאצטריך קרא לנרבע ונעבד ס"ל דלבריה לא אצטריך קרא למעוטי דממילא אימעיט מבתורים דומיא דבני יונה מה בני יונה דוקא קטנים אף תורים דוקא גדולים למעוטי תחלת הציהוב שבזה ושבזה דלא הוי לא קטנים ולא גדולים ודרשא דברייתא אסמכתא בעלמא היא ומורי ה"ר אהרן מריגנשפור"ק תירץ דאינו סותר השתא דרשא דברייתא דתרי מיעוטי כתיבי מן התורים או מן בני היונה חד למעוטי נרבע ונעבד ולאפוקי מדרשא דמשחתם ואידך למעוטי תחלת הציהוב וקמי שמיא ודאי גליא אי קטנים הוו אי גדולים הוו ואי קטנים הוו ממעטינהו מן התורים ואי גדולים הוו ממעטינהו מבני היונה ואנן הוא דלא ידעינן מהי ממעטינהו והשתא אי בריה הוו אתי נמי שפיר כמו שפירש לפי המסקנא דחד למעוטי בריה וחד למעוטי נרבע ונעבד ומעיקרא ס"ד דאצטריך תרוייהו לבריה דאי לא הוה כתיב אלא חד מיעוטא לא הוה ממעטי להו אלא או מגדולים או מקטנים ואם הביא משניהם הוה נפיק ממה נפשך אבל ק"ק על פירושו דאי אתא קרא לאשמועינן שהם או גדולים או קטנים אף ע"ג דקמי שמיא גליא א"כ מאי פריך בסוף על אלו מומין שהבאתי לעיל מני אילימא ת"ק ספק הוא איצטריך קרא למעוטי ספיקא נימא דקרא מיעט לאנדרוגינוס או משום שהוא זכר משונה או משום דאשמעינן שהוא נקבה ואנן הוא דלא ידעינן הוי ספק אלא משמע אם קמי שמיא גליא שהוא נקבה לא היה לו להשמיענו והא דאיכא תרי מיעוטי איכא למימר דאתא חד לנרבע וחד לנעבד ויותר נראה דנרבע ונעבד נפקי מחד מיעוטא אלא אצטריך חד מיעוטא לתורים וחד לבני יונה ולמאי דס"ד נמי מעיקרא דאתא למעוטי בריה אצטריך תרי מיעוטי חד למעוטי תורים וחד לבני יונה:
Lorsque le verset était nécessaire, [c'était] pour exclure [l'oiseau] objet de bestialité et idolâtre — [c'est] étonnant, car [la Guemara] contredit l'énoncé anonyme du Talmud : [elle prend] l'exégèse de la braita pour repousser sa preuve, et établit le verset pour une autre exégèse ! Et l'on peut dire qu'il lui est acquis (kim leh) [que] le verset est nécessaire pour cette exégèse-ci, car Rabbi Akiva tient l'exégèse de 'mish'hatam' (leur corruption), au dernier chapitre de Bekhorot (57a), [puisqu']il considère [que] la dîme du bétail (maaser behema) s'applique à l'animal saillissant (rovea) et à l'objet de bestialité (nirva) comme elle s'applique aux [animaux] à défaut (baalei moumin) ; et il ressort, au chapitre 'Ha-mizbeah mekadech' (Zevahim 85b), qu'il admet [l'existence d'un oiseau] objet de bestialité chez les oiseaux, car Rabbi Akiva [y] déclare aptes les [oiseaux] à défaut, et ne dit pas 'et [aussi] l'objet de bestialité, puisqu'il est apte chez les oiseaux' — d'où le tient-il ? Force est [de dire que c'est] de ce verset. Et si tu dis : s'il en est ainsi, déduis-en [que c'est] un doute (safek), car si c'était une créature [à part] (berya), le verset serait nécessaire pour [l']exclure, et alors d'où tenons-nous qu'il y a [un oiseau] objet de bestialité chez les oiseaux ? Il me semble [qu']au départ on pensait [qu']assurément le verset était nécessaire pour [l']exclure si c'était une créature [à part], mais maintenant que [la Guemara] conclut [que] le verset est nécessaire pour [l'oiseau] nirva et neevad, [on] tient [que], pour une créature [à part], le verset n'est pas nécessaire pour [l']exclure, car elle est exclue d'elle-même : [exclue] de 'tourterelles', à l'instar de 'jeunes pigeons' — de même que 'jeunes pigeons' [vise] spécifiquement [des] petits, de même 'tourterelles' [vise] spécifiquement [des] grands, à l'exclusion du début du jaunissement [présent] chez l'un et chez l'autre, qui n'est ni petit ni grand ; et l'exégèse de la braita n'est qu'un simple appui (asmakhta). Et mon maître Rabbi Aharon de Regensburg a expliqué [que la Guemara] ne contredit pas [maintenant] l'exégèse de la braita, car deux mots exclusifs sont écrits, 'des tourterelles' ou 'des jeunes pigeons' : l'un pour exclure [l'oiseau] nirva et neevad et pour écarter l'exégèse de 'mish'hatam', et l'autre pour exclure le début du jaunissement ; et devant le Ciel il est assurément révélé s'ils [= les oiseaux au début du jaunissement] sont petits ou grands : s'ils sont petits, on les exclut de 'tourterelles', et s'ils sont grands, on les exclut de 'jeunes pigeons' ; et c'est nous qui ne savons pas par lequel des deux les exclure. Et maintenant, si c'était une créature [à part], cela [s'expliquerait] aussi bien selon ce qu'il a expliqué d'après la conclusion : l'un pour exclure la créature [à part] et l'un pour exclure [l'oiseau] nirva et neevad ; et au départ on pensait [que] les deux étaient nécessaires pour la créature [à part], car si un seul mot exclusif était écrit, on ne les exclurait que des grands ou des petits, et s'il en apportait [un] des deux [catégories], cela ressortirait par 'de toute façon (mima nafach)' [= valide quoi qu'il en soit]. Mais [voici] une légère difficulté sur son explication : si le verset venait nous enseigner qu'ils sont ou grands ou petits, bien que cela soit révélé devant le Ciel — s'il en est ainsi, que demande [la Guemara] à la fin, à propos de ces défauts que j'ai cités plus haut, 'selon qui ? si l'on dit [le] premier Tana, [il tient que] c'est un doute, [donc] le verset était nécessaire pour exclure un doute' — disons [plutôt] que le verset a exclu l'androgyne (androguinos), soit parce que c'est un mâle anormal, soit pour nous enseigner que c'est une femelle, et que c'est nous qui ne savons pas [et que cela] constitue [donc] un doute ! Mais il ressort [de là] que, si [le sexe] est révélé devant le Ciel comme étant une femelle, [le verset] n'avait pas à nous l'enseigner. Et [quant] au fait qu'il y a deux mots exclusifs, on peut dire [que] l'un vient pour [l'oiseau] nirva et l'un pour le neevad ; et il [me] semble plus juste [que] nirva et neevad ressortent d'un seul mot exclusif, mais [qu']il faut un mot exclusif pour 'tourterelles' et un pour 'jeunes pigeons' ; et selon ce qu'on pensait aussi au départ, [à savoir] qu'[il] vient exclure la créature [à part], il faut deux mots exclusifs, l'un pour exclure [des] tourterelles et l'un pour [des] jeunes pigeons.
💡 Explication

La Guemara rejette une preuve précédente : le verset 'des tourterelles ou des jeunes pigeons' (Lévitique 1:14) n'est pas nécessaire pour exclure 'le début du jaunissement' [du plumage, signe d'un âge intermédiaire], mais pour exclure l'oiseau qui a été l'objet de bestialité (nirva) ou qui a été idolâtre (neevad). La dérivation de la braita ['au début du jaunissement'] n'est qu'un appui (asmakhta), et le statut [de cet âge intermédiaire] reste un doute (safek).

2
סלקא דעתך אמינא: הואיל וכתיב ״כי משחתם בהם מום בם״, ותנא דבי רבי ישמעאל: כל מקום שנאמר השחתה, אינו אלא דבר ערוה ועבודה זרה; דבר ערוה, דכתיב: ״כי השחית כל בשר את דרכו על הארץ״;

Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit [au sujet des sacrifices] 'car leur corruption (mish'hatam) [est] en eux, [il y a] un défaut (moum) en eux' (Lévitique 22:25) — et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : partout où est dit [le terme] 'corruption' (hash'hâta), [il] ne [s'agit] que d'une chose de débauche (erva) et d'idolâtrie (avoda zara) ; [une] chose de débauche, comme il est écrit 'car toute chair avait corrompu (hish'hit) sa voie sur la terre' (Genèse 6:12) ;

📜 Rachi (5)
הואיל וכתיב גבי קרבנות:
Puisqu'il est écrit — au sujet des sacrifices.
כי משחתם בהם מום בם לא ירצו לכם דבין השחתה בין מום פוסלים בהם ותנא דבי רבי ישמעאל וכו':
Car leur corruption [est] en eux, [il y a] un défaut en eux — '[ils] ne vous seront pas agréés (lo yeratzou lakhem)' : car tant la corruption (hash'hâta) que le défaut (moum) [les] rendent invalides ; et l'école de Rabbi Yichmael etc.
דבר ערוה רובע ונרבע:
[Une] chose de débauche — [l'animal] saillisseur (rovea) et [l'animal] objet de bestialité (nirva).
עבודת כוכבים נעבד שהשתחוה לבהמתו:
Idolâtrie — [l'animal] idolâtre (neevad), [celui] devant lequel on s'est prosterné, [c'est-à-dire] devant sa bête.
כי השחית כל בשר בדור המבול כתיב ודור המבול בערוה קלקלו כדכתיב (בראשית ו) ויקחו להם נשים וגו' שהיו נזקקין לנשי ריעיהן ולכל בהמה וחיה:
Car toute chair avait corrompu — [cela] est écrit au sujet de la génération du déluge ; et la génération du déluge se dévoyait par la débauche, comme il est écrit (Genèse 6) 'et ils se prirent des femmes etc.', car ils s'accouplaient [aussi] aux femmes de leurs compagnons et à toute bête et bête sauvage.
🗂️ Tossefot (1)
כי משחתם בהם מום בם כאן משמע דלכ"ע אית להו הך דרשא דמשחתם דאי פליג אדרשא זו ההוא תנא דדריש מן הבהמה להוציא את הרובע אם כן לידוק דבריה הוי למאן דלא דריש דרשא דמשחתם אלא ודאי כולהו דרשי להו ואפילו הכי איצטריך מן הבהמה ומן הבקר להוציא רובע ונרבע ולא הוי דרשינן ממשחתם דהא בהא תליא אלא משום דאשכחן כבר בקדשים ששוים בהן דבר ערוה ועבודת כוכבים ומום ונ"מ דרשא דמשחתם למעשר בהמה דחל על רובע ונרבע כמו שחל על בעל מום (ולרבי ישמעאל) [ולר"ש] נ"מ גם לפרה וא"ת בריש כל האסורין (תמורה דף כח:) אמרינן דתנא דמשחתם מוקי קרא דמן הבהמה פרט לזקן וחולה ומזוהם ויש לומר דתנא דמשחתם ודאי משמע ליה לש"ס דמפיק רובע ונרבע ממשחתם לחודיה אבל שאר תנאי דנפקי ממן הבהמה אית להו דרשא דמשחתם כדפרישית וכן משמע בפרק בתרא דבכורות (דף נז.) דפליגי התם כמה תנאי גבי מעשר בהמה גבי טומטום ואנדרוגינוס ובמחוסר זמן ויוצא דופן אבל בנרבע ורובע ומוקצה ונעבד לא אשכחן שום פלוגתא ומשמע דכולהו מודו דמתעשרין כדדרשינן התם ממשחתם ומיהו מהכא איכא למדחי דאפילו מאן דלית ליה דרשא דמשחתם איצטריך מן התורים למעוטי נרבע דסלקא דעתך כיון דעופות ליתנהו ברובע ליתנהו נמי בנרבע דכה"ג אמר בפרק המזבח מקדש (זבחים פה:):
Car leur corruption [est] en eux, [il y a] un défaut en eux — il ressort ici [que] tous (le-koulei alma) tiennent cette exégèse de 'mish'hatam' ; car si [un Tana] divergeait de cette exégèse — ce Tana qui exégète 'de la bête (min ha-behema)' pour exclure le saillisseur (rovea) — alors déduis-en [qu'il tient] que [le palgès] est une créature [à part] (berya), selon celui qui ne tient pas l'exégèse de 'mish'hatam' ! Force est donc [de dire que] tous l'exégètent, et que malgré cela 'de la bête' et 'du gros bétail (min ha-bakar)' étaient nécessaires pour exclure le saillisseur et l'objet de bestialité, et [que] nous ne [les] aurions pas déduits de 'mish'hatam', car ceci dépend de cela ; mais [c'est] parce que nous avons déjà trouvé, pour les [animaux] consacrés (kodachim), que la chose de débauche, l'idolâtrie et le défaut y sont égaux. Et la différence pratique (nafka mina) de l'exégèse de 'mish'hatam' [vaut] pour la dîme du bétail (maaser behema), [qui] s'applique au saillisseur et à l'objet de bestialité comme elle s'applique à [l'animal] à défaut ; et selon Rabbi Chimon, la différence pratique [vaut] aussi pour la vache [rousse] (para). Et si tu dis : au début [du chapitre] 'Kol ha-issourin' (Temoura 28b) nous disons [que] le Tana de 'mish'hatam' établit le verset 'de la bête' [comme venant] exclure le vieux (zaken), le malade (holeh) et le répugnant (mezoham) ! On peut dire [que], pour le Tana de 'mish'hatam', il est assurément clair pour le Talmud [qu']il déduit le saillisseur et l'objet de bestialité de 'mish'hatam' seul, mais [que] les autres Tannaim qui [les] déduisent de 'de la bête' tiennent [aussi] l'exégèse de 'mish'hatam' comme je l'ai expliqué. Et ainsi ressort-il au dernier chapitre de Bekhorot (57a), où plusieurs Tannaim divergent là, au sujet de la dîme du bétail, sur le tomtom [à sexe indéterminé] et l'androgyne, sur le manque-de-temps (mehoussar zeman) et le [né par] flanc ouvert (yotze dofen) ; mais sur l'objet de bestialité, le saillisseur, le [sacrifice] écarté (mouktze) et l'idolâtre, nous ne trouvons aucune divergence, et il ressort [que] tous admettent [qu']ils sont soumis à la dîme, comme nous l'exégètons là à partir de 'mish'hatam'. Toutefois, de ce [passage]-ci on peut repousser [l'objection], [à savoir] que même celui qui ne tient pas l'exégèse de 'mish'hatam' avait besoin de 'des tourterelles' pour exclure l'objet de bestialité, car il pourrait te venir à l'esprit [que], puisque les oiseaux ne comportent pas de saillisseur (rovea), ils ne comportent pas non plus d'objet de bestialité (nirva) — comme on [le] dit de la sorte au chapitre 'Ha-mizbeah mekadech' (Zevahim 85b).
💡 Explication

Établissement du raisonnement (hava amina). Le mot corruption (mish'hatam) figure près des sacrifices, à côté de 'défaut (moum)' : les deux invalident. Or, selon l'école de Rabbi Yichmael, 'corruption (hash'hâta)' désigne toujours deux choses : la débauche (erva — qui inclut le saillisseur et l'objet de bestialité) et l'idolâtrie (avoda zara). La preuve pour la débauche : 'toute chair avait corrompu sa voie' (Genèse 6:12), 'voie' faisant allusion à la conduite sexuelle de la génération du déluge.

3
עבודה זרה, דכתיב: ״פן תשחתון ועשיתם לכם פסל״, כל שהמום פוסל בו – דבר ערוה ועבודה זרה פוסלין בו, וכל שאין המום פוסל בו – אין דבר ערוה ועבודה זרה פוסלין בו. והני עופות, הואיל ולא פסיל בהו מומא, דאמר מר: תמות וזכרות בבהמה ואין תמות וזכרות בעופות, אימא דבר ערוה ועבודה זרה נמי לא לפסול בהו – קא משמע לן.

idolâtrie, comme il est écrit 'de peur que vous [ne] vous corrompiez (pen tash'hitoun) et [ne] vous fassiez une idole sculptée' (Deutéronome 4:16). [On aurait pu dire :] tout ce que le défaut (moum) invalide — une chose de débauche et l'idolâtrie [l']invalident ; et tout ce que le défaut n'invalide pas — une chose de débauche et l'idolâtrie ne l'invalident pas.

Et ces oiseaux, puisqu'un défaut ne les invalide pas — car le Maître a dit : [il y a une exigence d']intégrité (tamout) et de masculinité (zakhrout) chez la bête [domestique] (behema), mais il n'y a pas d'[exigence d']intégrité et de masculinité chez les oiseaux — dis [qu']une chose de débauche et l'idolâtrie ne devraient pas les invalider [non plus] : [voilà pourquoi le verset] nous enseigne [le contraire].

📜 Rachi (1)
בבהמה כתיב תמים זכר אבל עוף לא כתיב ביה לא תמים ולא זכר הלכך לא פסלי בהו מומין קטנים כגון דוקין שבעין אלא מומין גדולים כגון מחוסר אבר משום הקריבהו נא לפחתך:
Chez la bête [domestique] — il est écrit 'intègre, mâle (tamim zakhar)' ; mais au sujet de l'oiseau il n'est écrit ni 'intègre' ni 'mâle', c'est pourquoi les petits défauts ne les invalident pas — par exemple les taies de l'œil (doukin che-ba-ayin) —, [mais seulement] les grands défauts, par exemple le manque d'un membre (mehoussar ever), à cause de '[présente-le] donc à ton gouverneur (hakrivehou na le-fehatekha)' (Malachie 1:8).
🗂️ Tossefot (1)
תמות וזכרות בבהמה בת"כ דריש לה מדכתיב תמים זכר בבקר בכשבים ובעזים תמות וזכרות בבהמה ואין תמות וזכרות בעופות ומחוסר אבר דפסול בעוף נפקא ליה מדכתיב מן העוף ולא כל העוף בפ"ק דקדושין (דף כד:) ולא כמו שפירש כאן בקונטרס משום הקריבהו נא לפחתך וא"ת ל"ל קרא לפסול מחוסר אבר והא אפילו לבני נח נמי אסור דליכא מידי דלישראל שרי ולבני נח אסור וי"ל משום דאמרינן בפרק ארבע מיתות (סנהדרין דף נט.) דכל מצוה שנאמרה לבני נח ולא נשנית בסיני לישראל נאמרה ולא לבני נח ולכך הוצרך לשנותה כדי לאסור לזה ולזה וא"ת ל"ל קרא דאין תמות וזכרות בעופות מדאצטריך מן העוף לאסור מחוסר אבר ידעינן דאין מום פוסל בעוף דאי פוסל למה לי מן העוף ויש לומר דאי לאו קרא דאין תמות וזכרות בעופות ה"א דמום פוסל בעוף ומן העוף אתא לאסור אפילו הנך מומין דשרו בבהמה דקרא דמן העוף לאסור אתא ולא להתיר ואין להקשות נמי מדאיצטריך מן התורים לנרבע ונעבד שמעינן שפיר דאין מום פוסל בעופות דאיכא למימר דאיצטריך מן התורים משום דסלקא דעתין כיון דעופות ליתנהו ברובע ליתנהו נמי בנרבע כדפרישית לעיל:
[Il y a une exigence d']intégrité et de masculinité chez la bête [domestique] — dans le Torat Kohanim on [le] dérive de ce qu'il est écrit 'intègre, mâle, parmi le gros bétail, les brebis ou les chèvres' : [il y a] intégrité et masculinité chez la bête [domestique], mais il n'y a pas intégrité et masculinité chez les oiseaux. Et [pour] le manque d'un membre (mehoussar ever) qui [est] invalide chez l'oiseau, [il le] dérive de ce qu'il est écrit 'de l'oiseau (min ha-of)' et non 'tout oiseau', au chapitre 1 de Kiddouchin (24b) — et non comme [le] Commentateur (kountress) a expliqué ici, à cause de '[présente-le] donc à ton gouverneur'. Et si tu dis : pourquoi un verset pour invalider le manque d'un membre, alors que même aux fils de Noé (bnei Noah) [cela] est interdit, car il n'y a rien qui soit permis à un Israélite et interdit aux fils de Noé ? On peut dire [que c'est] parce que nous disons au chapitre 'Arbaa mitot' (Sanhédrin 59a) [que] toute mitsva qui a été dite aux fils de Noé et n'a pas été répétée au Sinaï a été dite pour Israël [seul] et non pour les fils de Noé ; c'est pourquoi il a fallu [la] répéter, afin d'[en] faire un interdit pour celui-ci et pour celui-là. Et si tu dis : pourquoi un verset [pour enseigner] qu'il n'y a pas intégrité et masculinité chez les oiseaux, alors que, du fait que 'de l'oiseau' était nécessaire pour interdire le manque d'un membre, nous savons [déjà] qu'aucun défaut n'invalide chez l'oiseau — car s'il [l']invalidait, pourquoi [aurais-je besoin de] 'de l'oiseau' ? On peut dire [que], n'était le verset 'il n'y a pas intégrité et masculinité chez les oiseaux', j'aurais dit [que] le défaut invalide chez l'oiseau, et [que] 'de l'oiseau' viendrait interdire même ces défauts-là qui sont permis chez la bête [domestique], car le verset 'de l'oiseau' vient interdire et non permettre. Et l'on ne peut pas non plus objecter [que], du fait que 'des tourterelles' était nécessaire pour [l'oiseau] nirva et neevad, nous déduisons bien qu'aucun défaut n'invalide chez les oiseaux — car on peut dire [que] 'des tourterelles' était nécessaire parce qu'il pourrait nous venir à l'esprit [que], puisque les oiseaux ne comportent pas de saillisseur (rovea), ils ne comportent pas non plus d'objet de bestialité (nirva), comme je l'ai expliqué plus haut.
💡 Explication

Preuve pour l'idolâtrie : 'de peur que vous [ne] vous corrompiez et [ne] vous fassiez une idole' (Deut 4:16). On aurait alors pu poser une règle d'équivalence : ce que le défaut (moum) invalide est aussi invalide par la débauche et l'idolâtrie, et inversement. Or les oiseaux ne sont pas invalidés par un défaut — car l'exigence d'intégrité et de masculinité ne vaut que pour la behema, non pour les oiseaux. On aurait donc cru que débauche et idolâtrie ne les invalident pas non plus. Le verset 'des tourterelles' enseigne au contraire qu'ils sont bel et bien invalidés.

4
בעי רבי זירא: האומר ״הרי עלי עולת בהמה מן האיל או מן הכבש״, והביא פלגס, מהו?

Rabbi Zera a demandé : celui qui dit 'voici à ma charge un holocauste de bétail (olat behema), du bélier (ayil) ou de l'agneau (keves)', et [qui] a apporté un palgès — quoi [le statut] ?

📜 Rachi (2)
מן האיל או מן הכבש מאיזה שארצה:
Du bélier ou de l'agneau — de celui que je voudrai.
פלגס כבש בן שנה בתוך שנתו קרוי כבש. ואיל משעברו י"ג חדשים שנכנס חדש שלם בתוך שנה שניה קרוי איל עד עולם. פלגס בתוך חדש ראשון של שנה שניה:
Palgès — un agneau (keves) d'un an, dans sa première année, est appelé agneau ; et [à partir du moment] où ont passé treize mois, [c'est-à-dire] où un mois complet est entré dans la deuxième année, [il] est appelé bélier (ayil) à jamais. Le palgès [est] dans le premier mois de la deuxième année.
💡 Explication

Nouvelle sougya. À propos des âges intermédiaires [comme le début du jaunissement], Rabbi Zera pose un cas analogue : un homme voue 'un holocauste de bétail, du bélier ou de l'agneau' [au choix], puis apporte un palgès — un animal d'âge intermédiaire, entre douze et treize mois, ni tout à fait agneau ni tout à fait bélier. A-t-il acquitté son vœu ?

5
אליבא דרבי יוחנן לא תבעי לך, דאמר בריה הוי, דתנן: הקריבו – מביא עליו נסכי איל, ואין עולה לו מזבחו.

Selon Rabbi Yo'hanan, ne pose pas [la question], car il a dit [que le palgès] est une créature [à part] (berya), comme nous avons appris [dans une michna] : [s']il l'a offert — il apporte avec lui les libations (nessakhim) d'un bélier, mais son sacrifice ne lui compte pas (ein oleh lo mizivho).

📜 Rachi (2)
הקריבו משנה היא במסכת פרה (פ"א מ"ג) ובפלגס קא מיירי:
[S']il l'a offert — [c'est] une michna dans le traité Para (chap. 1, michna 3), et elle traite du palgès.
ואין עולה לו מזבחו אם היה מחוייב איל לבדו או כבש לבדו וטעמא לא מפרש תנא אי משום ספיקא אי משום בריה:
Mais son sacrifice ne lui compte pas — s'il était tenu [d'apporter] un bélier seul ou un agneau seul ; et le Tana n'explique pas la raison, [à savoir] si [c'est] à cause du doute (safek) ou à cause de [son statut de] créature [à part] (berya).
💡 Explication

Selon Rabbi Yo'hanan, il n'y a pas matière à question : le palgès est une créature à part entière (berya) — ni agneau ni bélier, mais une troisième catégorie. Preuve par la michna (Para 1:3) : qui apporte un palgès [comme holocauste] y joint les libations d'un bélier, mais cela n'acquitte pas son obligation [d'apporter un agneau ou un bélier]. Pour Rabbi Yo'hanan, donc, qui s'est engagé 'bélier ou agneau' n'a rien acquitté avec un palgès.

6
ואמר רבי יוחנן: ״או לאיל״, לרבות את הפלגס.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : 'ou pour un bélier (o la-ayil)' [vient] inclure le palgès.

📜 Rachi (1)
וא"ר יוחנן מנא לן דמביא עליו נסכי איל של שני עשרונים ושלישית ההין יין דכתיב בפרשת נסכים בשלח לך אנשים או לאיל האחד וגו' או לרבות את הפלגס בנסכים הללו ומדאיצטריך קרא לרבויי ש"מ קסבר רבי יוחנן דת"ק דאמר אין עולה לו מזבחו משום דבריה הוא ולענין נסכים רחמנא רבייה דאי ספיקא הוא לא מרבייה קרא דכיון דשמא איל הוא פשיטא דבעי אתויי נסכי איל ואתנויי דאי איל הוא ליהוי דידיה ואי כבש הוא יהא היתר נדבה שהרי מתנדבין נסכים בלא קרבן כדאמרינן במנחות בפרק בתרא (דף קז.) ואע"ג דתני אין מתנדבין לוג אחד ולא ב' וה' אלא שלשה כדי שיהו קרויין נסכי כבש או ארבעה שיהו קרויין נסכי איל או ששה הראוין לפר הכא כי האי גוונא בהדי אחריני קרבי:
Et Rabbi Yo'hanan a dit — d'où nous [vient] qu'il apporte avec lui les libations d'un bélier, [soit] deux dixièmes [d'epha de fleur de farine] et un tiers de hin de vin ? De ce qu'il est écrit, dans la section des libations [du récit] 'Chelah lekha anachim' [= Nombres], 'ou pour un bélier, [tu prépareras] etc.' : 'ou (o)' [vient] inclure le palgès dans ces libations-là. Et du fait qu'il a fallu un verset pour [l']inclure, apprends-en [que] Rabbi Yo'hanan tient [que] le premier Tana, qui dit 'son sacrifice ne lui compte pas', [se fonde] sur [le fait] qu'[il] est une créature [à part] (berya), et [que c'est] pour ce qui [touche aux] libations que le Miséricordieux l'a inclus ; car si c'était un doute (safek), le verset ne l'aurait pas inclus, puisque, [le palgès] étant peut-être un bélier, il est évident qu'il faut [en] apporter les libations d'un bélier et [les] conditionner [ainsi] : si c'est un bélier, qu'elles soient siennes [= du sacrifice], et si c'est un agneau, que ce soit une offrande volontaire permise — car on offre volontairement des libations sans sacrifice, comme nous le disons dans Menahot, au dernier chapitre (107a). Et bien qu'il soit enseigné [qu']on ne fait pas d'offrande volontaire d'un seul log [de vin], ni de deux, ni de cinq, mais de trois — afin qu'ils soient appelés 'libations d'agneau' —, ou de quatre — afin qu'ils soient appelés 'libations de bélier' —, ou de six — convenant pour un taureau —, ici, en pareil cas, [elles] sont offertes avec d'autres.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan précise la source : le verset des libations 'ou pour un bélier, tu prépareras une oblation...' (Nombres 15:6) — le mot 'ou' vient inclure le palgès [pour les libations d'un bélier]. Or il a fallu un verset pour l'inclure : preuve qu'il s'agit bien d'une créature à part (berya), et non d'un simple doute — car en cas de doute, on n'aurait pas eu besoin d'un verset [puisque, par précaution, on apporterait de toute façon les libations d'un bélier].

7
כי תבעי לך אליבא דבר פדא,

Lorsque tu poses [la question], [c'est] selon bar Pada,

🗂️ Tossefot (1)
כי תבעי לך אליבא דבר פדא בפ' שתי מדות (מנחות דף צא:) איתותב בר פדא מהאי קרא דאו לאיל דמדרבה פלגס דלא אתא קרא לרבויי ספיקא:
Lorsque tu poses [la question], [c'est] selon bar Pada — au chapitre 'Chte midot' (Menahot 91b), bar Pada est réfuté (itotav) à partir de ce verset 'ou pour un bélier', [argument] de Rabba [selon lequel] le palgès [est tel] que le verset n'est pas venu inclure un doute (safek).
💡 Explication

Conclusion : la question de Rabbi Zera ne se pose que selon bar Pada, qui tient le palgès pour un cas de doute (safek) [peut-être agneau, peut-être bélier] — et non une créature à part. C'est seulement dans ce cadre qu'on peut se demander si celui qui a voué 'bélier ou agneau' a acquitté son vœu en apportant un palgès [puisqu'il est peut-être l'un ou l'autre].

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).