Sougya : La sougya établit d'abord que la vache rousse (para aduma) n'est rendue apte que par l'abattage (chehita), non par la nuque brisée (arifa), tiré du verset 'il l'égorgera' joint au mot 'houka' (statut). La Guemara demande si le mot 'houka' bloque toujours le raisonnement à fortiori (kal va-homer), et montre, par le bouc de Yom Kippour, qu'il ne le bloque pas à lui seul : il faut un mot restrictif explicite ('ve-asahou', 'zot', 'ha-arufa', 've-arefou' redoublé).
On établit symétriquement que la génisse (egla arufa) n'est valide que par la nuque brisée, non par l'abattage. La michna passe alors aux disqualifications du service : le Cohen (prêtre) est invalidé par les défauts (moumin) mais non par les années ; le Levi par les années mais non par les défauts.
La braita le dérive de 'zot acher la-leviim' (les années seules, et nul autre défaut, pour les Leviim) et de 'acher la-leviim' (et non aux prêtres). Au désert (portage), les années invalident le Levi de 30 à 50 ans ; à Chilo et au Temple éternel, où le service leviy n'est plus que chant et garde, il n'est invalidé que par la voix (kol).
Enfin la confrontation des versets (25 ans / 30 ans) donne 25 ans pour l'apprentissage (talmoud) et 30 ans pour le service ; d'où la règle sur l'élève qui ne voit pas de bon signe dans son étude après cinq ans (Rabbi Yossi : trois ans).
Le verset dit 'il l'égorgera' (ve-chahat), et [il y a aussi] 'houka' (statut) : par l'abattage (chehita), oui [elle est apte] ; par la nuque brisée (arifa), non.
Réponse à une question posée plus haut : pourquoi ne pas valider la vache rousse (para aduma) aussi par la nuque brisée (arifa) ? Parce que l'Écriture dit 'et il l'égorgera' (ve-chahat, Nb 19:3) et la qualifie de 'houka' (statut, Nb 19:2) : seul l'abattage (chehita) la rend apte, non l'arifa.
Et partout où 'houka' est écrit à son sujet, ne déduisons-nous pas un raisonnement à fortiori (kal va-homer) ? Mais voici, à propos de Yom Kippour, où 'houka' est écrit à son sujet — et il est enseigné [dans une braita] : 'et il le rendra sacrifice expiatoire (chatat)' — le tirage au sort (goral) rend [le bouc] sacrifice expiatoire, et la désignation [verbale] (chem) ne [le] rend pas sacrifice expiatoire.
Objection : le mot 'houka' bloque-t-il toujours le raisonnement à fortiori (kal va-homer) ? À Yom Kippour, 'houka' est écrit, et pourtant une braita doit enseigner que c'est le tirage au sort (goral) — et non la simple désignation verbale (chem) — qui fait du bouc un sacrifice expiatoire (chatat). Signe que sans ce verset explicite, on aurait infère autrement, malgré le 'houka'.
Car on pourrait [croire que] — n'est-ce pas un raisonnement [logique] : et si, la où le tirage ne consacre pas, la désignation [verbale] consacre, la où le tirage consacre, n'est-il pas logique (din) que la désignation consacre ? L'Écriture [vient] enseigner 'et il le rendra sacrifice expiatoire' — le tirage rend [le bouc] sacrifice expiatoire, et la désignation ne [le] rend pas sacrifice expiatoire.
La braita expose le kal va-homer qu'il a fallu écarter : la où le tirage ne consacre pas (les couples d'oiseaux du zav et de l'accouchée, fixés par la seule désignation), la désignation consacre ; donc à Yom Kippour, où le tirage consacre, ne devrait-elle pas à plus forte raison consacrer ? Le verset 'et il le rendra sacrifice expiatoire' coupe court : c'est le tirage qui fixe, non la désignation.
La raison [en est donc] que le Miséricordieux a écrit 'et il le rendra sacrifice expiatoire' ; sinon (ha lav hakhi), nous déduirions un raisonnement à fortiori (kal va-homer) !
L'inférence du Talmud : c'est seulement parce que le verset 'et il le rendra sacrifice expiatoire' est écrit que l'on ne fait pas le kal va-homer ; sinon, on le ferait — et ce, malgré la présence du mot 'houka' à Yom Kippour. Donc 'houka' à lui seul ne bloque pas le à fortiori.
Le Miséricordieux a restreint (mi'et), à propos de la génisse à la nuque brisée (egla arufa), 'celle-ci' (zot) — [seule celle-ci est mise à mort] par la nuque brisée, et nulle autre par la nuque brisée.
Application à la para aduma. À propos de la génisse à la nuque brisée (egla arufa), le verset dit 'la génisse à la nuque brisée (ha-arufa)' (Deut 21:6) — le terme 'celle-ci' (zot / ha-) restreint : cette génisse-là est tuée par la nuque brisée, et aucune autre bête (ainsi la vache rousse) ne l'est. Voilà pourquoi on n'infère pas l'arifa pour la para.
Et que la génisse soit apte par l'abattage (chehita) par raisonnement à fortiori : et si la vache [rousse], qui n'a pas été rendue apte par la nuque brisée, est apte par l'abattage, la génisse, qui est apte par la nuque brisée, n'est-il pas logique qu'elle soit rendue apte par l'abattage ? L'Écriture dit 'et ils briseront la nuque de la génisse' (ve-aréfou ha-egla) — par la nuque brisée, oui ; par l'abattage, non.
Symétrie inverse : par kal va-homer, la génisse devrait pouvoir être validée par l'abattage (si la vache rousse, inapte à l'arifa, est apte à la chehita, à plus forte raison la génisse...). Mais le verset 'et ils briseront la nuque de la génisse' (Deut 21:4), redoublé par rapport au premier verset, sert d'empêchement : pour la génisse, c'est l'arifa seulement, jamais la chehita.
MICHNA. Il y a [un cas] valide chez les prêtres [et] invalide chez les Leviim, [et un cas] valide chez les Leviim [et] invalide chez les prêtres.
La michna ouvre une série de paradoxes. Pour le service du Temple, il existe un critère valide chez les Cohanim (prêtres) mais invalidant chez les Leviim, et inversement. La Guemara précisera : les défauts (moumin) et les années (chanim) jouent en sens inverse pour les deux groupes.
GUEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : les prêtres, par les défauts (moumin) — [sont] invalides, par les années — [sont] valides.
Les Leviim, par les défauts — [sont] valides, par les années — [sont] invalides. Il se trouve [donc qu'il y a un cas] valide chez les prêtres [et] invalide chez les Leviim, [et un cas] valide chez les Leviim [et] invalide chez les prêtres.
La braita explicite (voir le schéma). Le Cohen est invalide par les défauts (moumin, Lev 21) mais reste valide quel que soit son âge. Le Levi est valide malgré un défaut, mais invalide par les années (apte seulement de 30 à 50 ans). D'où les deux cas opposés de la michna.
D'où ces choses [sont-elles tirées] ? Comme nos Maîtres ont enseigné : 'ceci [est ce] qui [revient] aux Leviim' (zot acher la-leviim) — que vient enseigner l'Écriture ?
Puisqu'il est dit 'et à partir de cinquante ans il se retirera' (Nb 8:25), nous avons appris, pour les Leviim, que les années les invalident. On pourrait [croire que] les défauts les invalident [aussi] ?
Et c'est un raisonnement : et si les prêtres, que les années n'invalident pas, les défauts les invalident, les Leviim, que les années invalident, n'est-il pas logique que les défauts les invalident ? L'Écriture [vient] enseigner 'ceci [est ce] qui [revient] aux Leviim' (zot acher la-leviim) — 'ceci' [revient] aux Leviim, et nulle autre [chose ne revient] aux Leviim.
Dérivation. On sait que les années invalident le Levi ('à partir de cinquante ans il se retirera'). On pourrait croire, par kal va-homer, que les défauts aussi l'invalident (puisqu'ils invalident le prêtre, que les années n'atteignent pourtant pas). Le verset 'ceci [est ce] qui revient aux Leviim' (zot acher la-leviim, Nb 8:24) restreint : seule cette cause-la (les années) invalide le Levi, et nulle autre (donc pas les défauts).
On pourrait [croire] que les prêtres seraient invalides par les années ? Et n'est-ce pas un raisonnement : et si les Leviim, que les défauts n'invalident pas, les années les invalident, les prêtres, que les défauts invalident, n'est-il pas logique que les années les invalident [aussi] ?
L'Écriture dit 'qui [revient] aux Leviim' (acher la-leviim) — et non 'qui [revient] aux prêtres' (acher la-cohanim).
L'inverse, pour le prêtre. Par kal va-homer, on pourrait croire que les années invalident le prêtre (si elles invalident le Levi, que les défauts pourtant n'atteignent pas, à plus forte raison le prêtre que les défauts atteignent...). Le verset 'qui revient aux Leviim' (acher la-leviim) le limite : les années invalident les Leviim, non les prêtres.
On pourrait [croire qu'il en est] de même à Chilo et au Temple éternel (beit olamim) ? L'Écriture dit 'pour accomplir le travail du service et le travail de portage' (Nb 4:47) — je n'ai dit [cela] qu'au temps où le service [se fait] à l'épaule (be-katef).
L'invalidité par l'âge est-elle permanente ? On pourrait croire que les Leviim sont invalides par les années aussi à Chilo et au Temple éternel (beit olamim). Le verset 'pour accomplir le travail du service et le travail de portage' (Nb 4:47) restreint : cette règle ne vaut qu'au temps du portage (be-katef, sur l'épaule), c'est-à-dire au désert. À Chilo et au Temple, où il n'y a plus de portage, l'âge n'invalide plus.
Un verset dit 'à partir de vingt-cinq ans et au-dessus' (Nb 8:24), et un [autre] verset dit 'à partir de trente ans' (Nb 4:47). Il est impossible de dire trente, puisqu'il est déjà dit vingt-cinq ; et il est impossible de dire vingt-cinq, puisqu'il est déjà dit trente.
Comment cela [se concilie-t-il] ? Vingt-cinq pour l'apprentissage (talmoud), et trente pour le service.
Confrontation de deux versets sur l'âge léviy : 25 ans (Nb 8:24) et 30 ans (Nb 4:3). On ne peut effacer ni l'un ni l'autre. Conciliation : à 25 ans commence l'apprentissage (talmoud, l'étude des lois du service) ; à 30 ans commence le service effectif. Cinq ans d'apprentissage précèdent donc le service.
De là [on apprend] qu'un élève (talmid) qui n'a pas vu de bon signe (siman yafe) dans son étude (michna) en cinq ans, ne [le] verra plus [désormais]. Rabbi Yossi dit : [en] trois ans, comme il est dit 'et pour les élever trois ans' (Daniel 1:5), 'et pour leur enseigner l'écriture et la langue des Chaldéens' (Daniel 1:4).
Application morale : un élève qui, après cinq ans d'étude, n'a pas vu de 'bon signe' (siman yafe, un fruit, un progrès) dans son étude n'en verra plus — qu'il s'oriente autrement. Rabbi Yossi abaisse le délai à trois ans, d'après Daniel et ses compagnons, élevés trois ans et instruits dans la langue chaldéenne.
Et l'autre [Tana, qui dit cinq ans, comment lit-il Daniel] ? La langue des Chaldéens (lechon kasdim) est différente, car elle [est] facile (kalil).
Et l'autre [Rabbi Yossi, comment lit-il les versets des Leviim] ? Les lois du service (hilkhot avoda) sont différentes, car elles [sont] ardues (takifin).
Chaque Tana répond à la preuve de l'autre. Celui qui dit cinq ans écarte Daniel : la langue chaldéenne est facile (kalil), donc trois ans y suffisent, sans valeur de règle générale. Et Rabbi Yossi (trois ans) écarte les versets des Leviim : les lois du service sont particulièrement ardues (takifin), d'où les cinq ans dans ce cas précis.
Nos Maîtres ont enseigné : un prêtre (cohen), depuis qu'il fait paraître deux poils (puberté) jusqu'à ce qu'il vieillisse — [est] valide pour le service, et les défauts (moumin) l'invalident. Un fils de Levi, de trente ans jusqu'à cinquante ans, [est] valide pour le service, et les années (chanim) l'invalident.
En quel cas cela est-il dit ? Pour la tente d'assignation (ohel mo'ed) qui [était] au désert ; mais à Chilo et au Temple éternel (beit olamim), ils ne sont invalides que par la voix (kol).
Rabbi Yossi a dit : quel [est] le verset ?
Récapitulation. Le Cohen est apte dès la puberté ('deux poils') jusqu'à la vieillesse ; seuls les défauts l'invalident. Le Levi est apte de 30 à 50 ans ; les années l'invalident. Mais cette limite d'âge vaut seulement au désert (portage). À Chilo et au Temple éternel, où le Levi ne fait plus que chanter et garder, il n'est invalide que par la voix (kol) qui change [et ne lui permet plus de chanter]. La sougya reste suspendue sur la question de Rabbi Yossi : 'quel est le verset ?'
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).