Chullin 26a — le tamed (piquette) entre eau et vin : maaser cheni, invalidation du mikve, et prélèvement des dîmes

Chullin 26a

Sougya : Digression (de 25b) sur le tamed — la piquette obtenue en versant de l'eau sur le marc de raisin (cendres, rafles). Question de fond : est-ce de l'eau ou un fruit (pira) ?

La mahloket entre Rabbi Yehouda et les Sages ne porte, selon Rav Nahman et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, que sur le tamed qui a fermenté (et donc a un goût de vin). Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : un tamed acheté avec de l'argent de maaser cheni qui finit par fermenter — l'achat est valide rétroactivement, car la chose se révèle avoir été un fruit dès le départ.

La Guemara demande pourquoi la michna tranche que le non-fermenté n'est pas achetable (peut-être aurait-il fermenté si on l'avait laissé ?). Rabba répond : on en a gardé un peu dans un verre et il n'a pas fermenté.

Rava propose une autre lecture : la michna suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri (de Mikvaot 7:5), pour qui tout suit l'aspect (chazout) ; tant que le tamed n'a pas fermenté, son goût et son aspect sont ceux de l'eau, donc il invalide le mikve et n'est pas achetable. Suit la position de Rabbi Elazar : tous concèdent qu'on ne prélève pas la dîme de ce tamed sur un autre tamed tant qu'il n'a pas fermenté — de peur de prélever du soumis sur le dispense.

Enfin une braita ouvre la question de la purification du tamed impur par contact avec l'eau (hachaka), selon qu'il a fermenté ou non.

Le tamed (piquette) est-il un fruit (pira) ou de l'eau ? enjeu : maaser cheni (achat) et invalidation du mikve Tant qu'il n'a pas fermenté goût et aspect = EAU non achetable au maaser (selon Rav Nahman) Une fois fermenté goût = VIN -> fruit (pira) achetable au maaser cheni invalide le mikve (3 logim) Rav Nahman on suit l'aboutissement (la fin) s'il fermente : rétroactivement fruit = comme les Sages (rabbanan) : on ne suit PAS l'aspect Rava on suit l'aspect actuel (chazouta) aspect d'eau -> invalide le mikve = comme R. Yo'hanan ben Nouri : tout suit l'aspect
L'enjeu central : tamed = eau ou fruit ? Et l'opposition Rav Nahman (on suit la fin) / Rava (on suit l'aspect actuel).
Michna de Mikvaot : 3 logim moins un kortov + un kortov ajouté 3 logim d'eau puisée invalident le mikve ; aspect vs mesure Cas 1 : kortov de VIN eau (-1 kortov) + vin aspect = VIN n'invalide pas le vin ôte l'aspect d'eau (et il manque la mesure de 3 logim d'eau) Cas 2 : kortov de LAIT eau (-1 kortov) + lait aspect = EAU tanna kama : n'invalide pas il manque la mesure d'eau (le lait ne complète pas) R. Yo'hanan b. Nouri tout suit l'ASPECT cas 1 (aspect vin) : ne pas invalider cas 2 (aspect eau) : invalide le lait complète les 3 logim car l'aspect reste celui de l'eau Rava : le tamed non fermenté est comme le lait -> aspect d'eau -> invalide le mikve
La michna de Mikvaot 7:5 invoquée par Rava (segments 3-6) : kortov de vin (aspect vin) face à kortov de lait (aspect eau), et la règle de R. Yohanan ben Nouri.
R. Elazar : on ne prélève pas le maaser d'un tamed sur un autre risque : l'un fermentera (obligation), l'autre non (dispense) Tamed A fermentera -> fruit (pira) soumis (hayav) a besoin d'être dîme Tamed B ne fermentera pas -> eau dispensé (patour) n'a pas besoin d'être dîme prélever de l'un sur l'autre -> on dîme du soumis sur le dispense (ou l'inverse) : INTERDIT R. Yehouda n'oblige que mineh ouveh (du tamed sur lui-même)
Rabbi Elazar (segments 7-8) : pourquoi on ne prélève pas la dîme d'un tamed sur un autre tant qu'il n'a pas fermenté.
1
בשהחמיץ מחלוקת, ומתניתין רבי יהודה. וכן אמר רבי יוסי ברבי חנינא: בשהחמיץ מחלוקת.

C'est dans le cas où [le tamed] a fermenté qu'[il y a] mahloket [entre Rabbi Yehouda et les Sages], et notre michna [est selon] Rabbi Yehouda. Et de même a dit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : c'est dans le cas où [le tamed] a fermenté qu'[il y a] mahloket.

📜 Rachi (2)
בשהחמיץ מחלוקת אבל בשלא החמיץ רבי יהודה מודה דלאו פירא הוא ורבנן אפילו בשהחמיץ פליגי:
C'est dans le cas où [le tamed] a fermenté qu'[il y a] mahloket — mais dans le cas où il n'a pas fermenté, Rabbi Yehouda concède que ce n'est pas un fruit (pira) ; et les Sages (rabbanan), [eux,] divergent même dans le cas où il a fermenté.
ומתניתין רבי יהודה היא ובשלא החמיץ לא בעי רב נחמן לאוקמי לפלוגתייהו ותיקום מתניתין כרבנן דקסבר ר"נ דכיון דכשלא מצא אלא כדי מדתו קא מיירי אי לא החמיץ לא מחייב עליה רבי יהודה:
Et notre michna [est] Rabbi Yehouda — et dans le cas où [le tamed] n'a pas fermenté, Rav Nahman ne veut pas établir leur divergence et faire que la michna soit selon les Sages ; car Rav Nahman tient que, du moment qu'[on traite du cas] où l'on n'a trouvé [d'eau] qu'à hauteur de sa mesure [versée sur le marc], si [le tamed] n'a pas fermenté, Rabbi Yehouda ne [le] déclare pas soumis [à la dîme].
🗂️ Tossefot (2)
בשהחמיץ מחלוקת לאו דוקא בשהחמיץ אלא כיון שסופו להחמיץ אע"ג דלא החמיץ כדאמר בסמוך ובודאי יין חשיב לר' יהודה מדנקח בכסף מעשר ואפילו יש בו ג' לוגין מים מלבד היין אינו פוסל את המקוה כי היכי דנחשבינן המים כפרי להיות נקחים בכסף מעשר לענין מקוה נמי נחשבים כפרי ולא פסלי ליה ואין לומר הא דנקחין משום דהוו כקנקן שנקח אגב היין לא דמי דעל ידי הקנקן משומר היין אבל במים שבתמד אין נקחין אלא משום דחשיב כיין לפי שיש בה טעם כמו יין מזוג ואפילו למאן דתנא חסר קורטוב ברישא במשנה דמייתי בסמוך הא שלש לוגין של מים פסלי ליה לא דמי דהתם ליכא טעמא דחמרא אלא חזותא לבד ולא חיישינן בחזותא כיון דליכא טעמא אבל הכא דאיכא טעמא חמרא מזגא איקרי והיכא דלא החמיץ חשיב ליה כודאי מים מדפוסלין את המקוה דספק מים שאובין למקוה כשר:
C'est dans le cas où [le tamed] a fermenté qu'[il y a] mahloket — [ce n']est pas précisément dans le cas où il a [déjà] fermenté, mais du moment que sa fin [est] de fermenter, bien qu'il n'ait pas [encore] fermenté, comme il [le] dit plus loin ; et certainement, pour Rabbi Yehouda, [c'est] considéré comme du vin, du fait qu'il s'achète avec de l'argent de maaser. Et même s'il y a en lui trois logim d'eau, en plus du vin, il n'invalide pas le mikve : de même que nous considérons l'eau comme un fruit (pira) pour être achetée avec de l'argent de maaser, de même aussi, au regard du mikve, elle est considérée comme un fruit et ne l'invalide pas. Et il ne faut pas dire [que] ce qu['elle] s'achète, [c'est] parce qu'[elle] serait comme la cruche (kankan) qui s'achète à l'occasion du vin — [cela] n'est pas comparable, car par le moyen de la cruche le vin est conservé, tandis que l'eau qui [est] dans le tamed ne s'achète que parce qu'elle est considérée comme du vin, du fait qu'il y a en elle un goût comme [celui d']un vin coupé [d'eau]. Et même pour celui qui enseigne 'moins un kortov' dans le début [du cas] de la michna qu'[on] apporte plus loin, [à savoir que] voici, trois logim d'eau l'invalident — [cela] n'est pas comparable, car là il n'y a pas de goût de vin mais [seulement] l'aspect (chazout) seul, et nous ne nous soucions pas de l'aspect du moment qu'il n'y a pas de goût ; mais ici, où il y a un goût, [le liquide] est appelé vin coupé (chamra mizga). Et là où [le tamed] n'a pas fermenté, [on] le considère comme de l'eau certaine, du fait qu['il] invalide le mikve, [car] de l'eau puisée douteuse [tombée] dans le mikve [le laisse] cachere.
ומתני' רבי יהודה היא והא דלא מוקי פלוגתייהו בשלא החמיץ ומתניתין כרבנן משום דאף רבי יהודה היה פוטר בלא החמיץ:
Et notre michna [est] Rabbi Yehouda — et ce qu'[on] n'établit pas leur divergence dans le cas où [le tamed] n'a pas fermenté, et [que] la michna [serait] selon les Sages, [c'est] parce que même Rabbi Yehouda dispensait [de la dîme] dans le cas où [le tamed] n'a pas fermenté.
💡 Explication

Suite de 25b. Le tamed est la piquette qu'on obtient en versant de l'eau sur le marc de raisin (pépins et rafles) ; toute la question est de savoir si c'est de l'eau ou un fruit (pira), avec des conséquences pour le maaser cheni et le mikve. Rav Nahman précise : la mahloket entre Rabbi Yehouda (qui le tient pour vin si le goût y est) et les Sages ne vaut que pour le tamed fermenté ; et notre michna, qui traite le tamed fermenté comme du vin, suit Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina confirme.

2
ואמר רב נחמן אמר רבה בר אבוה: תמד שלקחו בכסף מעשר, ולבסוף החמיץ – קנה מעשר. מאי טעמא? איגלאי מילתא למפרע דפירא הוא.

Et Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : un tamed qu'on a acheté avec de l'argent de maaser [cheni], et qui a finalement fermenté — [l'argent de] maaser est désacralisé [et le tamed acquiert la sainteté]. Quelle [en est] la raison ?

La chose s'est révélée rétroactivement [à savoir] que c'[était] un fruit (pira).

📜 Rachi (2)
קנה מעשר ומי שהמעות בידו יכול לאכלו חוץ לירושלים מפני שנתחללו על התמד דאילו לא החמיץ הוו הנך מעות קיימי בקדושתייהו ביד המוכר:
[L'argent de] maaser est désacralisé — et celui qui a l'argent en main peut le consommer hors de Jérusalem, parce qu'il a été désacralisé [au profit] du tamed ; car s'il n'avait pas fermenté, cet argent serait resté dans sa sainteté entre les mains du vendeur.
איגלאי מילתא דבשעת לקיחה פירא הוה דנכנס בהם כח החרצנים אלא שעדיין לא נגמר וחילול מעליא הוא שאם לא היה יין בחרצנים לא היה מחמיץ לעולם:
La chose s'est révélée — [à savoir] qu'au moment de l'achat c'était un fruit, car la force des pépins (hartzanim) était entrée en eux [= dans l'eau], sauf qu'[elle] ne s'était pas encore achevée ; et c'[est] une désacralisation pleinement valide, car s'il n'y avait pas eu de vin dans les pépins, [le tamed] n'aurait jamais fermenté.
💡 Explication

Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh : si l'on a acheté avec de l'argent de maaser cheni un tamed qui finit par fermenter, l'achat est valide — l'argent est désacralisé (transféré sur le tamed, qui devient saint) et peut être consommé hors de Jérusalem. Pourquoi ? Parce que la fermentation révèle rétroactivement qu'au moment de l'achat, c'était déjà un fruit (la force des pépins y était déjà entrée, simplement pas encore achevée).

3
אלא, מתניתין דקתני החמיץ – אין, לא החמיץ – לא, דלמא אי שבקיה הוה מחמיץ! אמר רבה: כששייר ממנו בכוס ולא החמיץ.

Mais [si oui], notre michna qui enseigne : à fermenté — oui [il s'achète avec l'argent de maaser], n'a pas fermenté — non, [pourquoi cette certitude ?] peut-être, si on l'avait laissé, aurait-il fermenté ! Rabba a dit : [c'est] dans le cas où l'on en a gardé un peu dans un verre et [où] il n'a pas fermenté.

📜 Rachi (3)
אלא מתניתין דקתני לא החמיץ אין נקח בכסף מעשר ומשמע דאינה לקיחה והדמים קדושים ביד המוכר:
Mais [si oui], notre michna qui enseigne — [que si le tamed] n'a pas fermenté, il ne s'achète pas avec de l'argent de maaser ; et [cela] implique que ce n'[est] pas un achat [valide] et [que] l'argent [reste] saint entre les mains du vendeur.
דלמא אי שבקיה הוה מחמיץ היכא דליתיה קמן ניזיל בתר רובא ורובא מחמיצין הן ומדקתני אין נקח ופוסל ש"מ כל כמה דלא החמיץ אע"פ שעתיד להחמיץ ההיא שעתא מיהא לאו פירא הוא ולא הוי חלול:
Peut-être, si on l'avait laissé, aurait-il fermenté — là où [le tamed] n'est pas devant nous, suivons la majorité, et la majorité fermentent ; et du fait qu'[on] enseigne 'il ne s'achète pas' et 'il invalide [le mikve]', conclus-en que tant qu'il n'a pas fermenté, bien qu'il soit destiné à fermenter, à cette heure-là du moins ce n'[est] pas un fruit, et [l'achat] n'[est] pas une désacralisation.
כששייר ממנו מוכר זה בכוס ולא החמיץ:
[Dans le cas] où l'on en a gardé un peu — ce vendeur, dans un verre, et [où] il n'a pas fermenté.
🗂️ Tossefot (1)
דלמא אי שבקיה הוה מחמיץ לאו אאין נקחין בכסף מעשר פריך דבדין הוא דאין נקחין מספק אלא אפוסל את המקוה פריך דמספק אין לפסול כדתניא בתוספתא מקוה שהניחו ריקן ובא ומצאו מלא כשר מפני שהוא ספק מים שאובין למקוה וכן מוכח בכמה משניות:
Peut-être, si on l'avait laissé, aurait-il fermenté — [la difficulté] ne porte pas sur 'ils ne s'achètent pas avec de l'argent de maaser', car il est de règle qu'ils ne s'achètent pas en cas de doute ; mais [la difficulté] porte sur 'il invalide le mikve', car en cas de doute on ne doit pas [le] déclarer invalide, comme il est enseigné dans la Tossefta : un mikve qu'on a laissé vide et qu'[on] est venu trouver plein [est] cachere, parce que c'[est] un doute [d']eau puisée [tombée] dans le mikve ; et ainsi est-ce démontré dans plusieurs michnayot.
💡 Explication

Difficulté sur la michna : elle tranche catégoriquement que le tamed fermenté s'achète avec l'argent de maaser, mais que le non-fermenté ne s'achète pas (et l'argent reste saint). Or comment être sur ? Peut-être aurait-il fermenté si on l'avait laissé reposer ! Réponse de Rabba : la michna vise le cas où l'on en a gardé un échantillon dans un verre qui, lui, n'a pas fermenté — preuve que ce n'était pas un fruit.

4
רבא אמר: הא מני? רבי יוחנן בן נורי היא, דתנן: שלשה לוגין מים חסר קורטוב, שנפל לתוכן קורטוב יין, ומראיהן כמראה יין, ונפלו למקוה – לא פסלוהו.

Rava a dit : qui est [l'auteur de] notre michna ? C'est Rabbi Yo'hanan ben Nouri, comme nous avons appris : trois logim d'eau moins un kortov, dans lesquels est tombé un kortov de vin, et [dont] l'aspect [est] comme l'aspect du vin, et [qui] sont tombés dans un mikve — ils ne l'ont pas invalidé.

📜 Rachi (3)
רבא אמר מתניתין דקתני עד שלא החמיץ פוסל את המקוה ואינו נקח בכסף מעשר ואע"ג דפירא הוא:
Rava a dit — notre michna qui enseigne [que] tant qu'[il] n'a pas fermenté [le tamed] invalide le mikve et ne s'achète pas avec de l'argent de maaser, et [cela] bien que ce soit un fruit (pira).
ר' יוחנן בן נורי היא דאזיל בתר חזותא ואמר קורטוב חלב משלים לג' לוגים לפסול מקוה משום דיש לו מראה מים והכא נמי אע"ג דפירא הוא עד שלא החמיץ הואיל וחזותיה מיא פוסל את המקוה ולגבי מעשר נמי הואיל וחזותיה וטעמא מיא אינו נקח ורב נחמן דאמר כרבנן דאמרי קורטוב חלב לא משלים לפסול את המקוה ואף ע"ג דחזותא דכולהו מיא הוא והכא נמי אע"ג דחזותיה מיא הואיל ופירא הוה לא פסיל מקוה ולגבי מעשר נמי נקח:
C'est Rabbi Yo'hanan ben Nouri — qui suit l'aspect (chazout) et dit [qu']un kortov de lait complète les trois logim pour invalider le mikve, parce qu'il a l'aspect de l'eau ; et ici de même : bien que ce soit un fruit tant qu'il n'a pas fermenté, du fait que son aspect [est celui de] l'eau, il invalide le mikve, et au regard du maaser aussi, du fait que son aspect et son goût [sont ceux de] l'eau, il ne s'achète pas. Et Rav Nahman, qui [a] dit [autrement, est] selon les Sages (rabbanan) qui disent qu'un kortov de lait ne complète pas pour invalider le mikve, et [cela] bien que l'aspect de l'ensemble [soit celui de] l'eau ; et ici de même : bien que son aspect [soit celui de] l'eau, du fait que c'est un fruit, il n'invalide pas le mikve, et au regard du maaser aussi, il s'achète.
לא פסלוהו דאע"ג דאיכא שלשה לוגין שלמים כיון דחזותייהו דחמרא לא פסלי:
Ils ne l'ont pas invalidé — car, bien qu'il y ait trois logim entiers, du fait que leur aspect [est celui] du vin, ils n'invalident pas.
🗂️ Tossefot (1)
רבא אמר הא מני רבי יוחנן בן נורי היא רבא בא לומר שאפילו שייר ממנו בכוס והחמיץ חשיב מים כל זמן שלא החמיץ לפסול את המקוה כרבי יוחנן בן נורי דאמר שלשה לוגין מים חסר קורטוב שנפל לתוכן קורטוב חלב חשיב כמים לפסול את המקוה כיון דטעמא וחזותא מיא והכא נמי טעמא וחזותא מיא ואף ע"ג דלא דמי לגמרי דהתם אותו חלב אין סופו להיות בו טעם חלב וגם לא היה נקח בכסף מעשר אבל הכא סופו שיהיה בו טעם יין כשיחמיץ והמים עצמם נחשבים יין להיות נקחים בכסף מעשר כדאמר בעירובין (דף כז:) בשכר לרבות תמד משיחמיץ מ"מ מדקדק רבא כיון דאפילו חלב עצמו נחשב כמים להשלים שיעור שלשה לוגין לפסול את המקוה ה"ה דהכא הוה פוסל את המקוה אע"ג דסופו להחמיץ כיון דהשתא מיהא טעמא וחזותא מיא:
Rava a dit : qui est [l'auteur de notre michna] ? c'est Rabbi Yo'hanan ben Nouri — Rava vient dire que, même [si] l'on en a gardé un peu dans un verre et [qu']il a fermenté, [le tamed] est considéré comme de l'eau tant qu'il n'a pas fermenté, pour invalider le mikve, selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri qui dit [que] trois logim d'eau moins un kortov dans lesquels est tombé un kortov de lait sont considérés comme de l'eau pour invalider le mikve, du fait que le goût et l'aspect [sont ceux de] l'eau ; et ici de même, le goût et l'aspect [sont ceux de] l'eau. Et bien que [cela] ne soit pas tout à fait semblable, car là ce lait-là, sa fin [n']est pas d'avoir en lui un goût de lait, et de plus il ne s'achetait pas avec de l'argent de maaser, tandis qu'ici, sa fin [est] d'avoir en lui un goût de vin lorsqu'il fermentera, et les eaux elles-mêmes sont considérées comme du vin pour s'acheter avec de l'argent de maaser, comme il [le] dit dans Erouvin (27b) : 'chekhar' [vient] inclure le tamed dès lors qu'il fermente — quoi qu'il en soit, Rava précise [que], du moment que même le lait lui-même est considéré comme de l'eau pour compléter la mesure de trois logim afin d'invalider le mikve, de même aussi ici [le tamed] invaliderait le mikve, bien que sa fin soit de fermenter, du fait qu'à présent du moins le goût et l'aspect [sont ceux de] l'eau.
💡 Explication

Rava propose une autre explication de la michna : elle suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri (Mikvaot 7:5). Rappel du cas : trois logim moins un kortov (1/64 de log) d'eau puisée, dans lesquels tombe un kortov de vin portant le total à trois logim ; comme l'aspect du mélange est celui du vin, et qu'il faut trois logim d'eau pour invalider, ces trois logim tombés dans le mikve ne l'invalident pas.

🖼️ Schéma
Michna de Mikvaot : 3 logim moins un kortov + un kortov ajouté 3 logim d'eau puisée invalident le mikve ; aspect vs mesure Cas 1 : kortov de VIN eau (-1 kortov) + vin aspect = VIN n'invalide pas le vin ôte l'aspect d'eau (et il manque la mesure de 3 logim d'eau) Cas 2 : kortov de LAIT eau (-1 kortov) + lait aspect = EAU tanna kama : n'invalide pas il manque la mesure d'eau (le lait ne complète pas) R. Yo'hanan b. Nouri tout suit l'ASPECT cas 1 (aspect vin) : ne pas invalider cas 2 (aspect eau) : invalide le lait complète les 3 logim car l'aspect reste celui de l'eau Rava : le tamed non fermenté est comme le lait -> aspect d'eau -> invalide le mikve
La michna de Mikvaot 7:5 : kortov de vin (aspect vin, n'invalide pas) et kortov de lait (aspect eau), avec la position de R. Yo'hanan ben Nouri.
5
שלשה לוגין מים חסר קורטוב, שנפל לתוכן קורטוב חלב, ומראיהן כמראה מים, ונפלו למקוה – לא פסלוהו.

[Et de même :] trois logim d'eau moins un kortov, dans lesquels est tombé un kortov de lait, et [dont] l'aspect [est] comme l'aspect de l'eau, et [qui] sont tombés dans un mikve — ils ne l'ont pas invalidé.

📜 Rachi (2)
שלשה לוגין חסר קורטוב שנפל לתוכן קורטוב חלב שאינו דוחה את מראה המים:
Trois logim moins un kortov, dans lesquels est tombé un kortov de lait — qui ne repousse pas l'aspect de l'eau.
ומראיהן כמראה מים כיון דליכא שיעורא במיא לא פסלי דרבנן תרתי בעו שיעורא וחזותא:
Et [dont] l'aspect [est] comme l'aspect de l'eau — du fait qu'il n'y a pas la mesure [requise] dans l'eau [seule], ils n'invalident pas ; car les Sages (rabbanan) en exigent deux : la mesure et l'aspect (chazout).
💡 Explication

Second cas de la même michna : trois logim moins un kortov d'eau, plus un kortov de lait (qui ne masque pas l'aspect de l'eau). Pour le tanna kama, ils n'invalident pas le mikve, parce qu'il manque la mesure de trois logim d'eau proprement dite (le lait ne complète pas) — les Sages exigent deux conditions : la mesure et l'aspect.

6
רבי יוחנן בן נורי אומר: הכל הולך אחר המראה.

Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : tout suit l'aspect.

📜 Rachi (1)
הכל הולך אחר המראה דכי היכי דאזלת ברישא בתר חזותא ואמרת לא פסלוהו סיפא נמי זיל בתר חזותא ואימא פסלוהו:
Tout suit l'aspect — car de même que tu suis l'aspect dans le premier cas [le vin] et dis 'ils ne l'ont pas invalidé', dans le dernier cas [le lait] aussi suis l'aspect et dis 'ils l'ont invalidé'.
💡 Explication

Position de Rabbi Yo'hanan ben Nouri : tout suit l'aspect (chazout). Donc dans le cas du kortov de lait (aspect d'eau), les trois logim invalident bel et bien le mikve — l'aspect d'eau suffit, sans qu'on exige séparément la mesure de trois logim d'eau pure.

7
לאו אמר רבי יוחנן: בתר חזותא אזלינן? הכא נמי זיל בתר חזותא, וטעמא וחזותא דהאי מיא נינהו.

[Or] Rabbi Yo'hanan [ben Nouri] n'a-t-il pas dit : nous suivons l'aspect ? Ici aussi suis l'aspect — et le goût et l'aspect de celui-ci [le tamed non fermenté sont ceux de] l'eau.

📜 Rachi (2)
לאו א"ר יוחנן כו' רבא הוא דמסיים לה למילתיה דאוקי מתניתין כרבי יוחנן בן נורי:
[Or] Rabbi Yo'hanan [ben Nouri] n'a-t-il pas dit etc. — c'est Rava qui conclut son propos, [à savoir] qu'il établit la michna selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri.
והכא נמי דתמד עד שלא החמיץ ואע"פ שעתיד להחמיץ והשתא פירא הוא הואיל וחזותיה מיא פסיל מקוה ואינו נקח ורב נחמן כרבנן דאף ע"ג דחזותיה מיא לא פסיל דתרתי בעינן לפסול מקוה [שיעורא וחזותא] ולענין מעשר נקח דאפירא קפיד רחמנא והא פירא הוא והכא לא בעי תרתי. ולבי מהסס [משום דרישא משמע דאזיל בתר חזותא וסיפא משמע דלא אזיל בתר חזותא] ונראה בעיני דרבא חסר קורטוב תני ברישא ומשום דליכא שיעורא קאמר תנא קמא לא פסלוהו אבל שלשה לוגין שלמים אפילו מראיהן כמראה יין פסלי דרבנן לא קפדי אחזותא כלל והשתא מיתוקמא שפיר דרב נחמן [דאזיל בתר בסוף אף ע"ג דהשתא חזותא מיא דאמר כת"ק דלא אזיל בתר חזותא ורבא דאמר כר"י] (דאמר כרבנן) והכי אמרינן בפרק קמא דמכות אליבא דרבא דחסר קורטוב תנינן ברישא ות"ק לא זו אף זו קאמר ור' יוחנן בן נורי ארישא נמי פליג ואתא למימר דאפילו שלשה לוגין שלמים ומראיהן כמראה יין לא פסלי ובסיפא אף ע"ג דליכא שלשה לוגין שלמים מים הואיל דאיכא מראה מים פסלי:
Et ici aussi — [pour] le tamed tant qu'il n'a pas fermenté, et bien qu'il soit destiné à fermenter et [qu']il soit à présent un fruit, du fait que son aspect [est celui de] l'eau, il invalide le mikve et ne s'achète pas. Et Rav Nahman [est] selon les Sages (rabbanan) qui [disent que], bien que son aspect [soit celui de] l'eau, il n'invalide pas, car nous exigeons deux [choses] pour invalider le mikve [la mesure et l'aspect] ; et au regard du maaser il s'achète, car c'[est] sur le fruit que la Torah est exigeante, et celui-ci est un fruit, et ici on n'exige pas les deux. Et mon cœur hésite [car le début implique qu'on suit l'aspect et la fin implique qu'on ne suit pas l'aspect], et il me semble que Rava enseigne 'moins un kortov' dans le premier cas, et [que] c'est parce qu'il n'y a pas la mesure [requise] que le tanna kama dit 'ils ne l'ont pas invalidé', mais [que] trois logim entiers, même [si] leur aspect [est] comme l'aspect du vin, invalident, [car] les Sages ne se soucient nullement de l'aspect ; et alors [la michna] s'établit bien : Rav Nahman [qui] suit la fin [du processus] bien qu'à présent l'aspect [soit celui de] l'eau, [parle] selon le tanna kama qui ne suit pas l'aspect, et Rava qui [parle] selon Rabbi Yo'hanan [ben Nouri]. Et ainsi disons-nous au premier chapitre de Makot, selon Rava, [que] 'moins un kortov' nous l'enseignons dans le premier cas, et [que] le tanna kama dit 'non seulement ceci, mais même cela' (lo zou af zou), et [que] Rabbi Yo'hanan ben Nouri diverge sur le premier cas aussi, et vient dire que même trois logim entiers dont l'aspect [est] comme l'aspect du vin n'invalident pas, et [que] dans le dernier cas, bien qu'il n'y ait pas trois logim entiers d'eau, du fait qu'il y a un aspect d'eau, ils invalident.
🗂️ Tossefot (1)
וטעמא וחזותא דהאי מיא נינהו אע"פ שלא הזכיר רבי יוחנן בן נורי אלא חזותא מ"מ צריך שלא יהא בו טעם יין ולכך נקט רבא טעמא וחזותא דפשיטא דיין לבן שהיה דומה למים לא היה פוסל את המקוה ואפילו מזוג בג' לוגים מים והא דלא נקט רבי יוחנן בן נורי הכל הולך אחר הטעם והמראה למאן דגריס בריש מכות (דף ג:) חסר קורטוב דמשמע הא יש בו ג' לוגין פוסל את המקוה ואף ע"ג דמראיהן יין ובא רבי יוחנן בן נורי לחלוק גם על רישא ולומר דאין פוסל כיון שיש בו מראה יין אע"פ שיש בו טעם מים לכך לא הזכיר טעמא אלא מראה ולמאן דלא גריס ברישא חסר קורטוב דהשתא לא קא"ר יוחנן בן נורי אלא אסיפא נקט מראה למימר דבין ברישא בין בסיפא הולך אחר המראה כלומר כי היכי דמודה ליה ברישא דאזלינן אחר המראה אודי ליה נמי בסיפא דאזלינן בתר טעמא ומראה:
Et le goût et l'aspect de celui-ci [sont ceux de] l'eau — bien que Rabbi Yo'hanan ben Nouri n'ait mentionné que l'aspect (chazout), il faut néanmoins qu'il n'y ait pas en lui de goût de vin ; et c'est pourquoi Rava a pris [le terme] 'goût et aspect', car il [est] évident qu'un vin blanc qui ressemblerait à de l'eau n'invaliderait pas le mikve, et même coupé dans trois logim d'eau. Et ce que Rabbi Yo'hanan ben Nouri n'a pas dit 'tout suit le goût et l'aspect' — pour celui qui lit au début de Makot (3b) 'moins un kortov', [ce qui] implique que [s']il y a en lui trois logim [entiers] il invalide le mikve, et [cela] bien que leur aspect [soit celui du] vin, et [que] Rabbi Yo'hanan ben Nouri vienne diverger aussi sur le premier cas et dire qu'il n'invalide pas, du fait qu'il a en lui un aspect de vin, bien qu'il ait en lui un goût d'eau — c'est pourquoi il n'a pas mentionné le goût mais [seulement] l'aspect ; et pour celui qui ne lit pas 'moins un kortov' au début [du premier cas], qui [fait que] désormais Rabbi Yo'hanan ben Nouri ne parle que du dernier cas, il a pris 'aspect' pour dire que, tant dans le premier cas que dans le dernier, on suit l'aspect, c'est-à-dire : de même qu'[on] lui concède dans le premier cas qu'on suit l'aspect, concède-lui aussi dans le dernier cas qu'on suit le goût et l'aspect.
💡 Explication

Conclusion de Rava : puisque Rabbi Yo'hanan ben Nouri tranche que nous suivons l'aspect, il faut l'appliquer au tamed : tant qu'il n'a pas fermenté, son goût et son aspect sont ceux de l'eau — il invalide donc le mikve et ne s'achète pas avec l'argent de maaser. (À l'opposé, Rav Nahman suit le tanna kama : l'aspect ne suffit pas, et la fermentation révèle rétroactivement le fruit.)

8
ופליגא דרבי אלעזר, דאמר רבי אלעזר: הכל מודים שאין מפרישין עליו ממקום אחר, אלא אם כן החמיץ.

Et [Rav Nahman] diverge de Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit : tous concèdent qu'on ne prélève pas [la dîme] de lui [ce tamed] à partir d'un autre endroit, à moins qu'il n'ait fermenté.

📜 Rachi (4)
ופליגא דר' אלעזר הא דאמר רב נחמן לעיל בשהחמיץ מחלוקת פליגא אדר' אלעזר:
Et [Rav Nahman] diverge de Rabbi Elazar — ce que Rav Nahman a dit plus haut, [à savoir que] 'c'est dans le cas où [le tamed] a fermenté qu'[il y a] mahloket', diverge de Rabbi Elazar.
הכל מודים אפילו רבי יהודה:
Tous concèdent — même Rabbi Yehouda.
שאין מפרישין עליו ממקום אחר מתמד אחר:
Qu'on ne prélève pas [la dîme] de lui à partir d'un autre endroit — à partir d'un autre tamed.
אלא א"כ החמיץ תמד זה שהוא בא לתקן ולהפריש עליו ממקום אחר. ומדקאמר ר' אלעזר אליבא דרבי יהודה דאין מפרישין עליו ממקום אחר מכלל דמחייב ליה רבי יהודה בלא החמיץ ואתא רבי אלעזר לאשמועינן דעד כאן לא מחייב ליה רבי יהודה אלא מיניה וביה אבל ממקום אחר אפילו הוא כיוצא בו שלא החמיץ לא שמא זה עתיד להחמיץ והוי פירא וזה אין עתיד להחמיץ וקא מפריש מן הפטור על החיוב או מן החיוב על הפטור והמפריש מן הפטור על החיוב אוכל טבל שהרי אין שם מעשר חל על מעשרותיו שאינו ראוי לכך ונמצא שלא נתקן זה שהפריש עליו והמפריש מן החיוב על הפטור מאכיל טבל לכהן שהרי אין שם תרומה חלה עליו כיון שזה שהוא מפריש עליו א"צ לכך נמצא שנותן לו מטבל זה החייב בתרומה ומאכילו לכהן על חנם וטבל במיתה אף לכהן כדאמרינן באלו הן הנשרפין (סנהדרין פג.):
À moins qu'il n'ait fermenté — ce tamed-ci qu'il vient de régulariser et à propos duquel il prélève à partir d'un autre endroit. Et du fait que Rabbi Elazar dit, selon Rabbi Yehouda, qu'on ne prélève pas [la dîme] de lui à partir d'un autre endroit, [il ressort] par voie de conséquence que Rabbi Yehouda le déclare soumis [à la dîme] dans le cas où il n'a pas fermenté ; et Rabbi Elazar vient nous enseigner que Rabbi Yehouda ne le déclare soumis qu'[en prélevant] de lui-même et en lui (mineh ouveh), mais [que] d'un autre endroit, même [s'il s'agit] d'un [tamed] semblable à lui qui n'a pas fermenté, non — de peur que celui-ci soit destiné à fermenter et [soit donc] un fruit, et [que] celui-là ne soit pas destiné à fermenter, et [qu']il prélève [ainsi] du dispensé (patour) sur le soumis (hayav) ou du soumis sur le dispense ; or celui qui prélève du dispensé sur le soumis consomme du tevel, car il n'y a pas de nom de maaser qui prenne effet sur ses dîmes, [le tamed dispensé] n'étant pas apte à cela, et il se trouve que ce [tamed] sur lequel il a prélevé n'a pas été régularisé ; et celui qui prélève du soumis sur le dispense fait consommer du tevel au cohen, car il n'y a pas de nom de terouma qui prenne effet sur lui, du fait que ce [tamed] sur lequel il prélève n'a pas besoin de cela, et il se trouve qu'il lui donne, de ce tamed soumis à la terouma, et le fait manger au cohen pour rien ; et le tevel [se paie] de mort, même pour un cohen, comme nous le disons dans 'Elou hen ha-nisrafin' (Sanhédrin 83a).
🗂️ Tossefot (1)
ופליגא דר' אלעזר דאמר ר' אלעזר הכל מודים כו' וא"ת אמאי פליג הא אתי שפיר כרב נחמן דהכי קאמר אע"ג דר' יהודה מחייב במעשר משהחמיץ או שסופו להחמיץ מודה דאין מפרישין עליו מתמד אחר אלא א"כ החמיץ זה וזה משום דלמא זה סופו להחמיץ וזה אין סופו להחמיץ והוה ליה כו' וי"ל דלכך קאמר דפליגי דמשמע הלשון דמודו בין רבנן בין רבי יהודה שאפילו רבנן אמרו זה הלשון שאין מפרישין עליו ממקום אחר אלא א"כ החמיץ אבל החמיץ מפרישין ורב נחמן דמוקי פלוגתייהו בהחמיץ סבר פטרי רבנן אפי' החמיץ:
Et [Rav Nahman] diverge de Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit 'tous concèdent' etc. — et si tu objectes : pourquoi diverge-t-il ? [le propos de Rabbi Elazar] s'accorde bien avec Rav Nahman, [si] l'on dit ainsi : bien que Rabbi Yehouda déclare [le tamed] soumis à la dîme dès lors qu'il a fermenté ou que sa fin [est] de fermenter, il concède qu'on ne prélève pas de lui [la dîme] à partir d'un autre tamed, à moins que celui-ci et celui-là n'aient fermenté, de peur que celui-ci soit destiné à fermenter et celui-là ne soit pas destiné à fermenter, et [qu']il en aille [ainsi] etc. ? Et l'on peut dire que c'est pour cela qu'[on] dit qu'ils divergent, parce que la formulation [de Rabbi Elazar] implique que [tous] concèdent, tant les Sages que Rabbi Yehouda, [à savoir] que même les Sages ont dit cette formulation 'on ne prélève pas de lui à partir d'un autre endroit à moins qu'il n'ait fermenté' — mais [s']il a fermenté, on prélève ; tandis que Rav Nahman, qui établit leur divergence [sur le cas] où [le tamed] a fermenté, tient [que] les Sages dispensent même [dans le cas] où il a fermenté.
💡 Explication

La Guemara revient à la mahloket Rabbi Yehouda / Sages. Rav Nahman a dit que la divergence porte sur le tamed fermenté. Or cela contredit Rabbi Elazar, qui dit : tous (même Rabbi Yehouda) concèdent qu'on ne prélève pas la dîme de ce tamed-ci à partir d'un autre tamed, tant qu'il n'a pas fermenté. Cela implique que la divergence, pour Rabbi Elazar, porte sur le non-fermenté.

9
קסבר בלא החמיץ מחלוקת, ועד כאן לא מחייב רבי יהודה אלא מיניה וביה, אבל מעלמא לא, דלמא אתי לאפרושי מן החיוב על הפטור ומן הפטור על החיוב.

[Rabbi Elazar] tient : c'est dans le cas où [le tamed] n'a pas fermenté qu'[il y a] mahloket, et Rabbi Yehouda ne [le] déclare soumis [à la dîme] qu'[en prélevant] de lui-même et en lui (mineh ouveh), mais d'ailleurs (mealma) non, de peur qu'on en vienne à prélever du soumis sur le dispense et du dispensé sur le soumis.

💡 Explication

Explicitation de la position de Rabbi Elazar : la mahloket porte sur le tamed non fermenté. Et Rabbi Yehouda n'oblige à dîmer que mineh ouveh — de ce tamed-ci sur lui-même (s'il fermente, c'est de la dîme ; sinon, il n'a rien fait de mal). Mais on ne prélève pas d'ailleurs, de peur de prélever du soumis sur le dispense (ou l'inverse) : un tamed fermentera (fruit, soumis), l'autre non (eau, dispensé), et la dîme serait invalide.

10
תנו רבנן: התמד עד שלא החמיץ –

Nos Maîtres ont enseigné : le tamed, tant qu'il n'a pas fermenté —

🗂️ Tossefot (1)
התמד עד שלא החמיץ משיקו במים וטהור משהחמיץ אין משיקו במים וא"ת לרב נחמן דחשיב ליה פירי בשסופו להחמיץ אע"ג דלא החמיץ כמאן לא כרבי יהודה ולא כרבנן וי"ל (סיפא) עד שלא החמיץ דהכא אין סופו להחמיץ ששייר ממנו בכוס ולא החמיץ כדפרישית לעיל עד שלא החמיץ דמתניתין:
Le tamed, tant qu'il n'a pas fermenté, on le met en contact avec de l'eau et [il devient] pur ; une fois qu'il a fermenté, on ne le met pas en contact avec de l'eau — et si tu objectes : selon Rav Nahman qui le considère comme un fruit (piri) du moment que sa fin [est] de fermenter, bien qu'il n'ait pas [encore] fermenté, selon qui [se range cette braita] ? ni selon Rabbi Yehouda ni selon les Sages ! Et l'on peut dire : [le cas du tamed] 'tant qu'il n'a pas fermenté' [traite] ici [d'un tamed dont] la fin [n']est pas de fermenter, qu'on en a gardé un peu dans un verre et [qui] n'a pas fermenté, comme je l'ai expliqué plus haut [pour le] 'tant qu'il n'a pas fermenté' de la michna.
💡 Explication

Ouverture d'une braita sur la purification du tamed impur par contact avec l'eau (hachaka) : tant qu'il n'a pas fermenté (statut d'eau), on le met en contact avec une eau [pure] et il devient pur ; une fois fermenté (statut de vin/fruit), on ne le purifie plus ainsi. Le développement se poursuit au-delà de ce segment.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).