Sougya : La sougya cherche la source scripturaire de la chehita (abattage) faite au cou. Un Tana la tire du verset 'voici la loi de la bête et de l'oiseau' (Lev 11:46) : en quoi la bête et l'oiseau sont-ils assimilés ?
Non en impureté (leurs règles diffèrent), mais en abattage — de même que la bête s'abat, l'oiseau aussi ; le mot 'zot' (voici) limite ce rapprochement, de sorte qu'un seul siman suffit pour l'oiseau. R.
Eliezer en tire plutôt que, comme la melika de l'oiseau se fait depuis le cou, l'abattage de la bête aussi. Bar Kapara situe l'oiseau entre la bête et le poisson (un seul siman).
Suit une longue digression sur la création : la bête vient de la terre sèche, l'oiseau de la boue (rekak), le poisson de l'eau — d'où le nombre de simanim requis — avec l'échange entre Rabban Yo'hanan ben Zakai et l'hegemon. Enfin R.
Yehouda au nom de R. Yitzhak ben Pinhas soutient que l'abattage de l'oiseau n'est pas d'ordre toranique ('il versera' — un simple versement suffit), et la Guemara confronte cette thèse à la bête sauvage, à l'oiseau et à deux braitot sur la couverture du sang.
Et le suif (peder) premier que le Miséricordieux a écrit, pourquoi m'[est-il nécessaire] ? Il [le] faut pour ce qui est enseigné [dans une braita] : comment fait-il [le prêtre] ?
Il couvre le suif sur le lieu de l'abattage (beit ha-chehita) et [l']élève [à l'autel] ; et c'est [là] une manière respectueuse envers le Très-Haut.
Reliquat d'une discussion sur le verset 'les morceaux, la tête et le suif' (Lev 1:8). Pourquoi le mot 'suif' (peder) figure-t-il une première fois ? Réponse : il enseigne que le prêtre couvre de suif le lieu de l'abattage (le cou ensanglanté) avant d'élever la tête à l'autel — par respect pour le Très-Haut.
Et ce Tana[-là] la tire d'ici [d'un autre verset], car il est enseigné [dans une braita] : 'voici la loi de la bête et de l'oiseau' (Lev 11:46) — or en quelle loi la bête à-t-elle été assimilée à l'oiseau et l'oiseau à la bête ? [Pas en impureté :] la bête souille au contact et au portage, l'oiseau ne souille pas au contact et au portage !
L'oiseau souille les habits dans le gosier (beit ha-bleia), la bête ne souille pas les habits dans le gosier !
Un autre Tana dérive l'abattage 'depuis le cou' d'un autre verset : 'voici la loi de la bête et de l'oiseau' (Lev 11:46) — qui les assimile (hekech). Mais en quoi se ressemblent-ils ? Pas en impureté : leurs lois de souillure diffèrent (la bête souille au contact et au portage ; l'oiseau ne souille pas ainsi mais souille les habits quand on l'avalé, ce que ne fait pas la bête).
En quelle loi la bête à-t-elle été assimilée à l'oiseau et l'oiseau à la bête ? [C'est] pour te dire : de même que la bête [se rend apte] par l'abattage, ainsi l'oiseau [se rend apte] par l'abattage.
Si [tu dis] : de même que là-bas [pour la bête c'est] par la majorité des deux [simanim], ainsi ici [pour l'oiseau ce serait] par la majorité des deux [simanim] ? L'enseignement [le] dit : 'voici' (zot).
La réponse : la bête et l'oiseau se ressemblent en abattage — de même que la bête devient apte (cachere) par la chehita, l'oiseau aussi. Objection : faudra-t-il alors, comme pour la bête, couper la majorité des deux simanim (trachée + oesophage) ? Le mot 'zot' (voici) limite le rapprochement : non en tout point — d'où (plus loin) un seul siman suffit pour l'oiseau.
Rabbi Eliezer dit : en quelle loi la bête à-t-elle été assimilée à l'oiseau et l'oiseau à la bête ? [C'est] pour te dire : de même que l'oiseau [se rend] apte depuis le cou (min ha-tzavar), ainsi la bête [se rend] apte depuis le cou.
R. Eliezer tire du même verset une autre leçon : de même que l'oiseau se rend apte (par la melika, pincement) depuis le cou (min ha-tzavar), ainsi la bête se rend apte (par l'abattage) depuis le cou. C'est donc de là qu'on apprend que la chehita se fait au cou.
Si [tu objectes] : de même que là-bas [pour l'oiseau c'est] 'à la nuque' (mi-moul oref), ainsi ici [pour la bête ce serait] 'à la nuque' ? L'enseignement [le] dit : 'il pincera sa tête à la nuque (mi-moul orfo) et ne [la] séparera pas' (Lev 5:8) — [c'est] la tête de celui-ci [l'oiseau, qui se fait] à la nuque, mais la tête d'un autre [la bête] n'[est] pas [traitée] à la nuque.
Objection à R. Eliezer : si l'on assimile bête et oiseau quant au 'cou', faudra-t-il aussi abattre la bête à la nuque (mi-moul oref), comme se fait la melika de l'oiseau ? Réponse : le verset 'il pincera sa tête à la nuque' (Lev 5:8) dit la tête de celui-ci (l'oiseau) — exclusivement ; la tête d'un autre (la bête) ne se traite pas à la nuque.
Et Rabbi Eliezer, ce 'zot' (voici), qu'en fait-il ? S'il n'y avait pas 'zot', j'aurais dit : de même que l'oiseau [c'est] par un seul siman, ainsi la bête [c'est] par un seul siman ; [aussi] le Miséricordieux a-t-il écrit 'zot' [pour limiter].
Question : si R. Eliezer tire le 'depuis le cou' de l'assimilation, à quoi lui sert le mot 'zot' ? Réponse : sans 'zot', on aurait assimilé à l'oiseau au point de dire que la bête aussi se suffit d'un seul siman. 'Zot' limite : la bête requiert bien la majorité des deux simanim.
Bar Kapara enseigne : 'voici la loi de la bête et de l'oiseau' — l'Écriture a placé l'oiseau entre la bête et les poissons. [Le] charger de deux simanim, [c'est] impossible — car il a déjà été assimilé aux poissons ; [l']exempter de tout, [c'est] impossible — car il a déjà été assimilé à la bête.
Comment donc [se rend-il] apte ? Par un seul siman.
Bar Kapara : le verset complet ('la bête, l'oiseau, et tout être vivant qui se meut dans les eaux') situe l'oiseau entre la bête et les poissons. Lui imposer deux simanim est impossible (il est aussi rapproché des poissons, qui ne s'abattent pas) ; l'exempter de tout est impossible (il est rapproché de la bête). Donc : un seul siman.
Les poissons, [le fait] qu'ils ne sont pas aptes à l'abattage, d'où [le savons-nous] ? Si tu dis [que c'est] parce qu'il est écrit : 'le petit et le gros bétail sera-t-il abattu (yichahet) pour eux... si tous les poissons de la mer étaient rassemblés (yeacef) pour eux' (Nb 11:22) [d'où il ressort que] pour eux [les poissons] une simple capture (assifa) suffit.
D'où sait-on que les poissons ne requièrent pas d'abattage ? Première tentative : le verset (Nb 11:22) oppose le bétail 'abattu' (yichahet) aux poissons 'rassemblés' (yeacef) — pour les poissons, une simple capture (assifa) suffit. (La Guemara rejettera cette preuve au segment suivant.)
Or [s'il en était] ainsi, à propos de la caille (selav), dont il est écrit 'et ils rassemblèrent (vayaasfou) la caille' (Nb 11:32), ainsi [dirais-tu] aussi qu'[elle ne se rend] pas [apte] par l'abattage ? Mais n'as-tu pas dit [toi-même] : '[l']exempter de tout, [c'est] impossible, car il a déjà été assimilé à la bête' !
Là-bas [pour la caille], la capture (assifa) n'est pas écrite à la place de l'abattage d'autrui ; ici [pour les poissons], la capture est écrite à la place de l'abattage d'autrui.
Réfutation : si 'rassembler' impliquait l'absence d'abattage, alors la caille (un oiseau) 'rassemblée' (Nb 11:32) ne s'abattrait pas non plus — ce qui contredit l'assimilation à la bête ! La distinction : pour la caille, 'capture' n'est pas écrite à côté de l'abattage d'autrui ; pour les poissons, 'rassemblés' est écrit à côté du bétail 'abattu' — le contraste prouve que la capture y remplace l'abattage.
Over le Galiléen a exposé : la bête, qui a été créée de la terre sèche (yabacha) — son aptitude [se fait] par deux simanim ; les poissons, qui ont été créés des eaux — leur aptitude [se fait] par rien du tout ; l'oiseau, qui a été créé de la boue (rekak) — son aptitude [se fait] par un seul siman. Rav Chmouel de Cappadoce dit : sache[-le], car voici, les oiseaux ont des écailles (kaskeset) à leurs pattes, comme les poissons.
Drache d'Over le Galiléen rattachant le nombre de simanim à l'origine de chaque créature (voir le schéma) : la bête vient de la terre sèche -> deux simanim ; les poissons des eaux -> rien ; l'oiseau de la boue (rekak, mélange de terre et d'eau) -> un seul siman. Rav Chmouel de Cappadoce : preuve que l'oiseau participe de l'eau — il a des écailles aux pattes comme les poissons.
Et de plus ils [l']interrogèrent : un verset dit 'et Dieu dit : que les eaux foisonnent d'un foisonnement d'êtres vivants, et des oiseaux voleront' (Gen 1:20) — il en ressort qu'ils ont été créés des eaux ; et il est écrit : 'et l'Éternel Dieu forma de la terre tout animal des champs et tout oiseau des cieux' (Gen 2:19) — il en ressort qu'ils ont été créés de la terre !
L'hegemon (gouverneur romain) interroge Rabban Yo'hanan ben Zakai sur une contradiction : un verset dit les oiseaux créés des eaux (Gen 1:20), un autre les dit formés de la terre (Gen 2:19). Lequel des deux ?
Il leur dit : ils ont été créés de la boue (rekak). [Puis] il vit ses disciples se regarder l'un l'autre ; il leur dit : il vous est pénible que j'aie écarté mon ennemi avec un brin de paille (be-kach) ?
[En vérité,] ils ont été créés des eaux ; et pourquoi [le verset] les a-t-il amenés vers l'homme ? Pour leur donner un nom.
Devant l'hegemon, Rabban Yo'hanan ben Zakai répond 'créés de la boue' (conciliant les deux versets). Voyant ses disciples perplexes, il avoue avoir esquivé l'adversaire 'avec un brin de paille' : en vérité ils furent créés des eaux ; s'ils sont aussi mentionnés avec la terre (Gen 2:19), c'est seulement parce qu'ils furent amenés à Adam pour être nommés, non parce qu'ils en furent formés.
Et certains disent : c'est dans une formulation autre qu'il parla à ce gouverneur, et dans la première formulation qu'il parla à ses disciples, parce qu'il est écrit 'forma' (vayitzer) au sujet de [l'oiseau].
Variante : selon 'certains disent', Rabban Yo'hanan ben Zakai dit à l'hegemon qu'ils furent créés des eaux, et à ses disciples la première formulation (créés de la boue) — car il est écrit 'forma' (vayitzer) à propos de l'oiseau, ce qui suggère qu'ils participent aussi de la terre.
Rav Yehouda a dit au nom de Rabbi Yitzhak ben Pinhas : il n'y a pas d'abattage [d'ordre toranique] pour l'oiseau, car il est dit : 'il versera (ve-chafakh) [son sang et le couvrira de poussière]' (Lev 17:13) — un simple versement (chefikha) suffit.
Rav Yehouda au nom de R. Yitzhak ben Pinhas : l'abattage de l'oiseau n'est pas d'ordre toranique — le verset sur la couverture du sang dit 'il versera son sang' (ve-chafakh, Lev 17:13), donc un simple versement (sans chehita rituelle au sens strict) suffirait selon la Torah ; l'exigence d'abattage de l'oiseau serait d'ordre rabbinique.
[Si] cela [est] ainsi, la [bête] sauvage (haya) aussi [n'aurait pas besoin d'abattage] ! Elle a été assimilée aux consacrés invalidés (pessoulei ha-moukdachin).
[Mais] l'oiseau aussi [a été assimilé à la bête] ! Il a été assimilé à la bête, car il est écrit : 'voici la loi de la bête et de l'oiseau' (Lev 11:46).
[Mais] voici qu'il est écrit : 'il versera son sang' (ve-chafakh et damo) !
Objection : si 'il versera' dispense d'abattage, alors la bête sauvage (haya), mentionnée au même verset, en serait dispensée aussi ! Réponse : la haya est assimilée aux consacrés invalidés (qui requièrent l'abattage). On rétorque : l'oiseau aussi est assimilé à la bête ('voici la loi de la bête et de l'oiseau') — il devrait donc requérir l'abattage ! Réponse : mais 'il versera son sang' est explicitement écrit [à son propos].
Et qu'as-tu vu [qui te conduit] à [le] jeter sur l'oiseau ? Jette-le sur la [bête] sauvage !
Il est raisonnable [de le faire], du fait qu'[il] s'achève sur lui (de-salik mineih).
Dernière objection : pourquoi appliquer 'il versera son sang' à l'oiseau (le dispensant ainsi d'abattage toranique) plutôt qu'à la sauvage ? Réponse : c'est raisonnable, parce que le verset s'achève sur l'oiseau (de-salik mineih) : '...ou un oiseau qui peut être mangé, il versera son sang' — le 'il versera' suit immédiatement la mention de l'oiseau.
(Signe [mnémotechnique] : devenue-charogne, sang, par-melika.)
Bref signe mnémotechnique (siman) annonçant les trois preuves à venir, par leurs mots-clés : 'devenue charogne' (la braita du segment 17), 'sang' (le besoin de sang du segment 18), et 'par melika' (l'exigence de melika pour l'oiseau consacré, plus loin).
On objecte [d'une braita] : celui qui abat et [dont la bête] est devenue charogne (nitnabela) sous sa main, celui qui perfore (ha-noher) et celui qui arrache les simanim (ha-meaker) — [sont] dispensés de couvrir [le sang]. Or si tu dis [qu']il n'y a pas d'abattage [toranique] pour l'oiseau, sa perforation, c'est cela son abattage — qu'[elle] requière donc la couverture !
Penses-tu [que cela parle] de l'oiseau ? Non, de la [bête] sauvage.
Objection (1re preuve) : une braita dispense de couvrir le sang celui dont l'abattage échoue (bête devenue charogne), celui qui perfore (noher) ou arrache les simanim (meaker). Or, si l'oiseau n'a pas d'abattage toranique, sa perforation tient lieu d'abattage — la couverture devrait donc s'imposer ! Réponse : la braita parle de la bête sauvage, pas de l'oiseau.
Viens [et] entends [une autre braita] : celui qui abat et [qui] a besoin du sang — [est] tenu de couvrir [le reste]. Comment fait-il ?
Ou il [la] perfore, ou il [l']arrache.
Deuxième preuve (par une autre braita) : celui qui abat en ayant besoin du sang [pour un autre usage] reste tenu de couvrir [ce qui en reste]. Comment procéder [pour utiliser le sang sans le couvrir d'abord] ? Il perfore (noher) ou arrache (oker) — [montrant que perforation et arrachement ne sont pas un abattage qui obligerait la couverture].
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).