Sougya : La sougya poursuit le débat sur l'abattage de l'oiseau (chehita de l'of). On cherche d'abord à prouver que l'oiseau requiert l'abattage de la Torah : du sang dispense de couverture (rejeté), puis du sacrifice d'oiseau dont on coupe la nuque au couteau et qui souille les vêtements (la chehita seule purifie de la charogne).
La Guemara répond que Rabbi Yits'hak ben Pin'has suit Rabbi Elazar HaKappar, qui rapproche (hekech) le cerf et la gazelle des consacrés invalides — eux par abattage, donc le cerf et la gazelle par abattage, mais l'oiseau n'a d'abattage que des Sages (mi-divrei sofrim). Rabbi (Yehouda ha-Nassi) diverge : 'tu égorgeras comme je te l'ai commandé' enseigne que Moché fut commandé de vive voix sur l'oesophage (veshet) et la trachée (kaneh), sur la majorité d'un pour l'oiseau et de deux pour la bête.
De là, le cœur du daf : pour l'oiseau, 'un siman' — Rav Nahman dit l'oesophage OU la trachée ('un' = un quelconque), Rav Adda bar Ahava dit l'oesophage et non la trachée ('un' = le distingué). Six 'ta chema' (preuves) s'enchaînent ; le dernier, tiré de la melika du sacrifice d'oiseau ('arrive à l'oesophage ou à la trachée'), réfute Rav Adda bar Ahava (teyouvta), mais la Guemara objecte que la melika est différente (échine et nuque sont d'abord coupées) et laisse la question ouverte, jusqu'au cas du caneton de Rava au cou ensanglanté.
Est-ce que [ce n'est] pas [le cas] d'un oiseau, où il requiert son sang pour [tuer] la teigne (linikha) [de ses vêtements] ? [Si oui, l'oiseau requiert l'abattage de la Torah ; sinon, même perfore, il faudrait couvrir le sang.] Non, [c'est le cas] d'une bête sauvage (haya), où il requiert son sang pour [en faire] une teinture (lelakka).
Suite (depuis 27b) de la tentative de prouver que l'oiseau requiert l'abattage de la Torah. La braita parle de quelqu'un qui veut le sang : si c'est un oiseau (dont il veut le sang pour tuer la teigne de ses lainages), et qu'on le dispense de couvrir le sang quand il le perfore (nehira), cela montrerait que la perforation tient lieu d'abattage — donc l'oiseau n'aurait pas d'abattage toranique. La Guemara rejette : non, il s'agit d'une bête sauvage (dont on veut le sang comme teinture rouge), cas qui ne prouve rien sur l'oiseau.
Viens [et] entends : [si] l'on a coupé la nuque (malak) au couteau, [le sacrifice d'oiseau] souille les vêtements [de celui qui le mange] au moment où il est dans la gorge (a-beit ha-beli'a). Or si tu dis [que] l'oiseau n'a pas d'abattage de la Torah, [alors] même s'il est vrai que, lorsqu'il a brisé l'échine (chidra) et la nuque (mafreket) [au couteau], elle devient tereifa, le couteau devrait néanmoins lui être efficace pour la purifier du statut de charogne (nevela) !
Nouvelle preuve, tirée d'une michna (Zevahim 68a). La melika (coupe de la nuque à l'ongle) du sacrifice d'oiseau le rend consommable ; mais si on coupe la nuque au couteau, l'oiseau est nevela (charogne) et souille les vêtements de celui qui en mange (a-beit ha-beli'a). Raisonnement : si l'oiseau n'avait pas d'abattage toranique, alors même si briser l'échine et la nuque la rend tereifa, le fait de couper ensuite les simanim au couteau devrait au moins la purifier de la charogne (une tereifa abattue ne souille pas) — or elle souille : preuve que seule la chehita est efficace.
C'est lui [Rabbi Yits'hak ben Pin'has] qui parle selon ce Tana, car il est enseigné : Rabbi Elazar HaKappar be-Rabbi dit : que vient enseigner le verset 'mais comme se mange le cerf et la gazelle, etc.' (Deut 12:22) ? Or qu'avons-nous donc appris du cerf et de la gazelle désormais [si ce verset ne fait que les comparer] ?
La Guemara répond que Rabbi Yits'hak ben Pin'has suit un Tana précis : Rabbi Elazar HaKappar ('be-Rabbi' : un grand de sa génération), pour qui l'oiseau n'a pas d'abattage toranique. Son enseignement part d'un verset (Deut 12:22) qui parle des consacrés invalides (pessoulei ha-moukdachin) rachetés par un défaut : pourquoi comparer au cerf et à la gazelle ? Le verset aurait pu dire simplement 'l'impur et le pur le mangeront ensemble'.
[Plutôt,] le voici venant enseigner et se trouvant enseigné [lui-même] : il rapproche (makich) le cerf et la gazelle des consacrés invalides — de même que les consacrés invalides [se rendent consommables] par l'abattage, de même le cerf et la gazelle [se rendent consommables] par l'abattage ; et l'oiseau n'a pas d'abattage [tiré] des paroles de la Torah, mais [seulement] des paroles des Scribes (mi-divrei sofrim).
La clé du hekech. Le verset, en comparant le cerf et la gazelle aux consacrés invalides, établit que ces bêtes sauvages se rendent consommables par l'abattage (comme les consacrés invalides, dont le verset précédent dit 'tu égorgeras'). Mais l'oiseau n'est pas inclus dans ce rapprochement : son abattage n'est donc pas de la Torah, mais seulement des Scribes (rabbinique).
Quel est le Tana qui diverge d'avec Rabbi Elazar HaKappar [et tient que l'oiseau a un abattage de la Torah] ? C'est Rabbi (Yehouda ha-Nassi), car il est enseigné : Rabbi dit : 'tu égorgeras... comme je te l'ai commandé' (Deut 12:21) — [cela] enseigne que Moché fut commandé sur l'oesophage (veshet) et sur la trachée (kaneh), et sur la majorité d'un [siman] pour l'oiseau, et sur la majorité de deux [simanim] pour la bête.
Le Tana qui s'oppose à Rabbi Elazar HaKappar est Rabbi (Yehouda ha-Nassi). Du mot 'comme je te l'ai commandé' (Deut 12:21), il déduit que les règles de l'abattage furent transmises à Moché de vive voix (puisqu'elles ne sont pas écrites explicitement) : sur l'oesophage et la trachée, sur la majorité d'un siman pour l'oiseau, et la majorité de deux pour la bête — donc l'oiseau a bien un abattage toranique.
['L'on abatte] un [siman] pour l'oiseau' — il a été énoncé : Rav Nahman dit : soit l'oesophage soit la trachée ; Rav Adda bar Ahava dit : l'oesophage et non la trachée. Rav Nahman dit : soit l'oesophage soit la trachée — '[c'est] un' qu'il enseigne, 'un' [signifiant] quel qu'il soit.
Rav Adda bar Ahava dit : l'oesophage et non la trachée — quel est [le sens de] 'un' ? Le distingué (meyouhad) [l'oesophage].
Le cœur du daf (voir le schéma). La michna dit que, pour l'oiseau, couper un siman suffit. Mais lequel ? Rav Nahman : l'oesophage OU la trachée — 'un' veut dire un quelconque. Rav Adda bar Ahava : l'oesophage et non la trachée — 'un' veut dire le distingué (meyouhad), c'est-à-dire l'oesophage, car la vie de la bête dépend de lui (une simple perforation le rend tereifa).
(Signe [mnémotechnique] : 'à égorgé', 'moitiés', 'trachée', 'défaut', 'du sacrifice d'oiseau'.)
Signe mnémotechnique (siman) annonçant les cinq preuves à venir : 'à égorgé' (segment 7), 'moitiés' (segment 9), 'trachée' (segment 10), 'défaut' (segment 11), 'du sacrifice d'oiseau' (segment 12).
On objecte : [si] l'on a égorgé l'oesophage puis [que] la trachée s'est déplacée (nichmeta) — valide ; [si] la trachée s'est déplacée puis [qu']il a égorgé l'oesophage — invalide ; [si] l'on a égorgé l'oesophage et [que] la trachée s'est trouvée déplacée, et [qu']il ne sait pas si elle s'est déplacée avant l'abattage ou après l'abattage — [tel] fut un fait, et ils dirent : tout doute dans l'abattage [rend] invalide. Or l'abattage par la trachée n'est [justement] pas enseigné !
Première objection contre Rav Nahman, tirée d'une braita sur le déplacement (chemita) de la trachée. Trois cas : oesophage coupé puis trachée déplacée -> valide ; trachée déplacée puis oesophage coupé -> invalide ; et un cas de doute sur l'ordre -> invalide ('tout doute dans l'abattage rend invalide'). Argument : la braita ne mentionne que l'abattage de l'oesophage — elle ne dit jamais 'a coupé la trachée, valide' — ce qui suggère, contre Rav Nahman, que la trachée seule ne rend pas valide.
[La Guemara répond :] parce que la trachée est susceptible de se déplacer [c'est elle qu'on a prise comme exemple].
Réponse à la première objection : si la braita parle de couper l'oesophage et de déplacer la trachée (et non l'inverse), ce n'est pas pour exclure la trachée comme siman valide, mais simplement parce que la trachée (cartilagineuse) est sujette à se déplacer (chemita), tandis que l'oesophage, mou, ne se déplace pas. La braita ne prouve donc rien contre Rav Nahman.
Viens [et] entends : [si] l'on a égorgé deux demi-simanim (chnei hatzaei simanim) dans un oiseau — invalide ; et il n'est pas besoin de [le] dire pour une bête. Rabbi Yehouda dit : pour un oiseau — [ce n'est valide] que [si] l'on égorge l'oesophage et les veines (veridin), parce que l'oesophage est proche des veines.
Deuxième objection (du siman : 'moitiés'). Couper deux demi-simanim (une moitié de chacun) dans un oiseau est invalide (il faut la majorité d'un siman entier), et à fortiori pour une bête (qui exige deux). Rabbi Yehouda ajoute : pour l'oiseau, il faut couper l'oesophage et les veines (afin que le sang s'écoule bien). La Guemara répond : Rabbi Yehouda ne mentionne l'oesophage (et non la trachée) que parce qu'il est proche des veines — non pour exclure la trachée.
Viens [et] entends : [si] l'on a égorgé la moitié de la trachée, [qu']il a fait une pause (chaha) le temps d'un autre abattage, puis [qu']il a achevé son abattage — valide. Est-ce que [ce n'est] pas [le cas] d'un oiseau, et quel est [le sens de] 'il l'a achevé' — il a achevé la trachée ?
[Cela prouverait Rav Nahman.] Non, [c'est le cas] d'une bête, et quel est [le sens de] 'il l'a achevé' — il a achevé l'abattage tout entier.
Troisième objection (du siman : 'trachée'), invoquée cette fois en faveur de Rav Nahman. Couper la moitié de la trachée, faire une pause (chehiya), puis achever -> valide. Si c'est un oiseau et que 'achever' = achever la trachée, alors la trachée seule rend valide (Rav Nahman). La Guemara répond : non, il s'agit d'une bête, et 'achever' = achever tout l'abattage (les deux simanim) — car couper une demi-trachée n'est même pas un début d'abattage qui rendrait la pause problématique.
Viens [et] entends : si l'on avait une moitié de trachée défectueuse (pagoum) et [qu']on lui a ajouté un rien (kol che-hou) et [qu']on l'a achevée — son abattage est valide. Est-ce que [ce n'est] pas [le cas] d'un oiseau, et quel est [le sens de] 'il l'a achevée' — il a achevé la trachée ?
[Cela prouverait Rav Nahman.] Non, [c'est le cas] d'une bête, et quel est [le sens de] 'il l'a achevée' — il a achevé l'oesophage.
Quatrième objection (du siman : 'défaut'), de nouveau en faveur de Rav Nahman. Une demi-trachée déjà entaillée (pagoum), à laquelle on ajoute une coupe infime pour atteindre la majorité et qu'on achève -> valide. Si c'est un oiseau et que 'achever' = achever la trachée, alors la trachée seule suffit. La Guemara répond de même : non, c'est une bête, et 'achever' = ensuite achever l'oesophage ; ce 'kol che-hou' a porté la trachée à sa majorité, puis on coupe l'oesophage.
Viens [et] entends : comment coupe-t-on la nuque (molkin) du sacrifice d'oiseau (hatat ha-of) ? On coupe l'échine (chidra) et la nuque (mafreket) sans [couper] la majorité de la chair, jusqu'à ce que l'on arrive à l'oesophage ou à la trachée ; [une fois] arrivé à l'oesophage ou à la trachée, on coupe un siman et la majorité de la chair avec lui ; et pour l'holocauste [d'oiseau] (ola) — [on coupe] les deux [simanim] ou la majorité des deux.
[C'est] une réfutation de Rav Adda bar Ahava, une réfutation [définitive] !
Cinquième et dernière preuve (du siman : 'du sacrifice d'oiseau'), décisive. La braita décrit la melika du sacrifice expiatoire d'oiseau : on coupe échine et nuque jusqu'à arriver à l'oesophage OU à la trachée, puis on coupe un siman avec la majorité de la chair. Le fait qu'on dise 'l'oesophage ou la trachée' indifféremment soutient Rav Nahman (un siman quelconque) et constitue une réfutation (teyouvta) de Rav Adda bar Ahava (qui exigeait l'oesophage seul).
Qu'en est-il donc [advenu] [de la question] ? — 'Qu'en est-il donc [advenu] ?!' [N'est-ce pas] comme tu l'as dit [que Rav Adda fut réfuté] ? — [Pas tout à fait,] car peut-être est-ce différent là-bas [dans la melika], où il y a [d'abord la coupe de] l'échine et la nuque [si bien que couper la trachée seule suffit].
Reprise critique. La Guemara demande : 'qu'en est-il advenu' de la question, pour l'abattage profane ? Réponse provisoire : comme tu l'as dit, Rav Adda fut réfuté. Mais on nuance : la preuve de la melika n'est peut-être pas concluante pour la chehita, car la melika est différente — on y coupe d'abord l'échine et la nuque, ce qui affaiblit la vie de la bête, en sorte que couper ensuite la trachée seule peut suffire là, mais pas nécessairement dans l'abattage ordinaire.
[Alors] quoi ? Viens [et] entends : [le cas] de ce caneton (bar avaza) qui se trouvait dans la maison de Rava, [et] qui vint, son cou souillé de sang (memasmes kou'ei dama).
Rava dit : comment ferons-nous [pour le vérifier] ?
La sougya cherche une issue par un fait. Un caneton (bar avaza) de la maison de Rava se présente le cou ensanglanté (memasmes kou'ei dama) : on ignore si le sang vient de la trachée sectionnée ou de l'oesophage perforé (deux cas de tereifa). Rava se demande 'comment ferons-nous' pour examiner les simanim — le développement (l'examen de l'oesophage) se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).