Sougya : Le daf s'ouvre sur le canard dont on craint que l'oesophage (veshet) soit perforé : on ne peut abattre puis examiner (la coupe risque de tomber sur la perforation), ni examiner puis abattre (l'oesophage ne se vérifie que du dedans, dit Rabba). Rav Yossef fils de Rava dégage la marche à suivre : examiner la trachée du dehors, égorger la seule trachée — un siman suffit pour l'oiseau — puis retourner l'oesophage pour le vérifier ; d'où le principe qu''un siman' signifie soit la trachée soit l'oesophage.
Vient ensuite l'avis de Rabbi Yehuda exigeant que l'on coupe les veines (veridin) : Rav Hisda restreint cela à l'oiseau (rôtil entier), et la Guemara discute si les veines tiennent de l'abattage ou ne servent qu'à vider le sang, concluant qu'il suffit de les perforer au moment de l'abattage. Enfin s'ouvre la mahloket entre Rav (moitié-moitié équivaut à la majorité) et Rav Kahana (moitié n'est pas majorité), appuyée sur l'ordre donné à Moché et éprouvée par la michna, le tesson partagé en deux (impossibilité de mesurer au plus juste) et la règle de Rav Papa : pas deux majorités dans un seul objet.
Égorgeons-le puis examinons-le ? [Non,] car peut-être [le sacrificateur] égorgera-t-il précisément à l'endroit de la perforation [et l'on ne pourra plus savoir si l'oesophage était perforé avant l'abattage] !
Examinons-le puis égorgeons-le ? Mais Rabba n'a-t-il pas dit : l'oesophage (veshet) n'a pas d'examen possible du dehors, mais seulement du dedans !
Suite de 28a : un canard que le chat a saisi à la gorge, soupçonné d'oesophage perforé (donc tereifa). Deux ordres naïfs échouent. Abattre puis examiner : la coupe (chehita) pourrait tomber juste sur la perforation, qui deviendrait alors indiscernable. Examiner puis abattre : impossible, car selon Rabba l'oesophage ne s'examine que de l'intérieur (sa face interne est blanche, une goutte de sang y trahit la perforation ; sa face externe est rouge et la cache).
Rav Yossef son fils lui dit : examinons la trachée (kaneh), égorgeons la trachée et rendons-[le] valide [par là], puis retournons l'oesophage et examinons-le. Rava dit : mon fils Yossef est aussi savant que Rabbi Yo'hanan dans [les lois des] tereifot.
[On voit] par là qu''un seul [siman]' que [la michna] énonce [signifie] : soit celui-ci, soit celui-là.
La solution de Rav Yossef fils de Rava (voir le schéma). La trachée, elle, s'examine du dehors (elle n'est tereifa que si la majorité est sectionnée, défaut visible). Donc : 1) examiner la trachée ; 2) égorger la seule trachée — car pour l'oiseau un seul siman suffit à valider l'abattage ; 3) ensuite retourner l'oesophage et l'examiner du dedans. Rava le loue. Corollaire : 'un siman' dans la michna veut dire soit la trachée soit l'oesophage, au choix.
Rabbi Yehuda dit : [l'abattage n'est pas valide] jusqu'à ce qu'il égorge [aussi les veines]. Rav Hisda dit : Rabbi Yehuda n'a dit [cela] qu'à propos de l'oiseau, puisqu'on le rôtit tout entier d'un seul tenant ; mais une bête [domestique], du fait qu'on la dépèce membre par membre — [il n'en] est pas besoin.
La michna (27b) rapporte que Rabbi Yehuda exige, outre les deux simanim, qu'on coupe les veines (veridin) du cou. Rav Hisda restreint : cela ne vaut que pour l'oiseau, qu'on rôtit entier (il faut donc en faire sortir tout le sang) ; pour la bête, qu'on dépèce membre par membre, le sang s'écoule de lui-même, et l'on n'a pas besoin de couper les veines.
[Cela revient-il] à dire que la raison de Rabbi Yehuda [est] à cause du sang ? Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : Rabbi Yehuda dit [qu'il n'est pas valide] jusqu'à ce qu'il égorge (chehita) les veines [ce qui implique que couper les veines relève de l'abattage lui-même] !
Objection contre Rav Hisda : si les veines ne servaient qu'à vider le sang, pourquoi la michna emploie-t-elle le verbe 'yichhot' (qu'il égorge) les veines ? Ce terme suggère que couper les veines est une composante de la chehita elle-même, et non un simple drainage.
Dis [plutôt] : jusqu'à ce qu'il perfore les veines ; et qu'est-ce que 'jusqu'à ce qu'il égorge' ? [Cela veut dire] jusqu'à ce qu'il [les] perfore au moment de l'abattage.
Réponse : il faut relire l'enseignement de Rabbi Yehuda comme 'jusqu'à ce qu'il perfore (yinkov) les veines'. Le mot 'yichhot' ne désigne pas un véritable abattage des veines, mais signifie seulement qu'il faut les perforer au moment de l'abattage, quand le sang chaud s'écoule.
Viens [et] entends [une preuve] : 'les veines [se font] par l'abattage', paroles de Rabbi Yehuda. [Réponse :] dis [plutôt] : 'les veines, il faut les perforer au moment de l'abattage', paroles de Rabbi Yehuda.
Nouvelle preuve par une braita : 'les veines [se font] par l'abattage (bi-chehita)', selon Rabbi Yehuda — ce qui semble dire qu'elles relèvent de la chehita. La Guemara la relit dans le même sens : il faut les perforer au moment de l'abattage (alors que le sang est chaud et sort), non les égorger rituellement.
Viens [et] entends : les Sages dirent à Rabbi Yehuda : du moment que les veines n'ont été mentionnées que pour en faire sortir le sang, que m'importe [qu'on les coupe] par l'abattage, que m'importe [qu'on les coupe] hors de l'abattage ? [On voit] par là, par déduction, que Rabbi Yehuda tient [qu'on les coupe] par l'abattage.
Autre preuve : les Sages objectent à Rabbi Yehuda que, les veines n'étant là que pour vider le sang, peu importe qu'on les coupe pendant ou hors de l'abattage. Cette objection même suppose que, pour Rabbi Yehuda, les couper relève de l'abattage (sinon les Sages n'auraient rien à lui reprocher).
Voici ce qu'ils lui disent : que m'importe de les perforer au moment de l'abattage, que m'importe de les perforer hors du moment de l'abattage ? Et lui [Rabbi Yehuda] tient : au moment de l'abattage [le] sang vient parce qu'il est vif [chaud] ; hors du moment de l'abattage [le] sang ne vient pas parce qu'il est refroidi.
La Guemara repousse la preuve précédente : les Sages ne disaient pas 'par l'abattage / hors de l'abattage' mais 'perforer au moment de l'abattage / hors de ce moment' — donc ils n'attribuent pas à Rabbi Yehuda une vraie chehita des veines. Et Rabbi Yehuda répond qu'il faut le faire au moment de l'abattage car alors le sang, chaud, s'écoule ; refroidi, il ne sort plus.
Rabbi Yirmeya demanda : les veines, selon Rabbi Yehuda — s'il a interrompu (chehiya) en elles, [s'il] a appuyé (derassa) en elles, quoi [le statut] ?
Question de Rabbi Yirmeya : si Rabbi Yehuda tient les veines pour une vraie chehita, alors les actes qui invalident l'abattage des simanim — l'interruption (chehiya) et la pression (derassa, couper en appuyant au lieu de mener-ramener la lame) — l'invalident-ils aussi lorsqu'ils surviennent dans la coupe des veines ? Rachi note que Rabbi Yirmeya n'avait pas entendu l'enseignement de Rav Hisda [qui aurait tranché la question].
Un certain vieillard lui dit : ainsi a dit Rabbi Elazar ; et certains rapportent [la chose ainsi] : un certain vieillard dit à Rabbi Elazar : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — il les perfore avec une épine (kotz) et elles [sont] valides [donc couper les veines ne relève pas de l'abattage].
Réponse au dilemme : on peut perforer les veines avec une simple épine et c'est valide. Cela prouve que couper les veines n'est pas une chehita (sinon une épine, qui ne mène-ramène pas la lame, ne conviendrait pas) ; donc ni l'interruption ni la pression n'y nuisent.
Il est enseigné [une braita] conforme [à l'avis] de Rav Hisda : [si] l'on a égorgé deux moitiés de simanim dans un oiseau — [c'est] invalide, et nul besoin de [le] dire pour une bête. Rabbi Yehuda dit : pour l'oiseau, [ce n'est valide] que s'il égorge l'oesophage et les veines.
Une braita confirme Rav Hisda : Rabbi Yehuda n'exige les veines que pour l'oiseau. Elle pose d'abord que couper deux demi-simanim (la moitié de chacun) est invalide dans l'oiseau — à plus forte raison dans la bête [qui requiert deux simanim entiers]. Puis Rabbi Yehuda ajoute : pour l'oiseau, il faut couper l'oesophage et les veines.
[La michna :] 'la moitié d'un [siman] dans un oiseau, etc.' [est invalide]. Il fut dit [une mahloket d'Amoraim] : Rav dit : moitié-moitié [équivaut] à la majorité ; Rav Kahana dit : moitié-moitié n'[équivaut] pas à la majorité.
La michna : couper la moitié d'un siman (dans l'oiseau) ou un siman et demi (dans la bête) rend l'abattage invalide. De là, une dispute fondatrice : pour Rav, un siman dont exactement la moitié est coupée (mehtza al mehtza) équivaut à la majorité coupée ; pour Rav Kahana, moitié n'est pas majorité.
Rav dit : moitié-moitié [équivaut] à la majorité — ainsi le Miséricordieux a-t-il dit à Moché : 'ne laisse pas [intacte] la majorité'. Rav Kahana dit : moitié-moitié n'[équivaut] pas à la majorité — ainsi le Miséricordieux a-t-il dit à Moché : 'égorge la majorité'.
Le fondement de chacun, dans la loi orale donnée à Moché (voir le schéma). Rav : l'ordre est 'né laisse pas [intacte] la majorité' — or à moitié, la majorité n'est plus laissée intacte, donc c'est valide. Rav Kahana : l'ordre est 'égorge la majorité' — or à moitié on n'a pas atteint la majorité, donc c'est insuffisant.
(Mnémotechnique : moitié, Ketina, trachée, entaille.)
Signe mnémotechnique (siman) pour retenir l'ordre des quatre preuves qui vont être discutées : 'moitié' (la michna, seg 14), 'Ketina' (Rav Ketina sur le tesson, seg 15), 'trachée' (gargeret, seg 18 et au-delà), 'entaille' (peguima).
Nous avons appris [dans la michna] : la moitié d'un [siman] dans un oiseau, ou un [siman] et demi dans une bête — son abattage [est] invalide. Si tu dis [que] moitié-moitié [équivaut] à la majorité, pourquoi [est-ce] invalide ?
Il a pourtant fait la majorité ! [Réponse :] [c'est invalide] de [par les] Sages [rabbiniquement], de peur qu'il ne [s']en vienne à faire [moins que] la moitié.
Première preuve, contre Rav : la michna déclare 'moitié d'un siman -> invalide'. Si moitié équivalait à la majorité, pourquoi serait-ce invalide ? Réponse de Rav : c'est invalide seulement de par les Sages (mi-derabanan), par crainte qu'à force on n'en vienne à couper moins que la moitié. De la Torah, l'abattage serait valide — avec pour conséquence pratique que la bête ne transmet pas l'impureté de charogne (nevela).
Rav Ketina dit : viens [et] entends [une preuve contre Rav] : [un tesson] qu'on a partagé en deux et [dont les deux parts] sont égales — les deux [sont] impurs, parce qu'il est impossible de mesurer au plus juste (letsamtsem).
Preuve de Rav Ketina, tirée d'un four (tinour) en terre cuite devenu impur, qui ne se purifie que par démolition (nitouts). S'il est brisé en deux parts en apparence égales, les deux restent impures, car 'il est impossible de mesurer au plus juste' (letsamtsem) : on ne peut obtenir deux moitiés rigoureusement égales — l'une est forcément la majorité, mais on ignore laquelle, donc aucune ne se purifie.
[Mais] s'il était possible de mesurer au plus juste — [les deux seraient] purs ! Pourquoi [seraient-ils] purs ?
Va ici, [il] y a la majorité ; va là, [il] y a la majorité !
Déduction de la braita, en faveur de Rav : la formulation 's'il était possible de mesurer au plus juste, les deux seraient purs' suppose justement que moitié équivaut à la majorité. Car sinon, pourquoi seraient-ils purs ? On pourrait dire : 'va vers cette part, il y a [au moins] une majorité [démolie] ; va vers l'autre, il y a [aussi] une majorité' — et donc les deux se purifieraient. Que cela vaille seulement si moitié compte comme majorité confirme Rav.
Rav Papa dit : il n'y a pas deux majorités dans un seul objet (mana).
Rav Papa repousse la preuve tirée du tesson (voir le schéma). Dans un seul objet brisé, 'il n'y a pas deux majorités' : si une part est la majorité, l'autre est forcément la minorité — d'où l'impureté des deux par doute. Mais l'abattage est tout autre : la 'majorité' ne se mesure que par rapport au siman coupé, sans qu'une part rivale puisse contredire ; donc moitié y peut compter comme majorité, et le tesson ne prouve rien.
Viens [et] entends [encore une preuve] : [si] l'on a égorgé la moitié de la trachée (gargeret) et [qu']on a interrompu (chehiya) en elle
Ouverture d'une dernière preuve (de la mnémotechnique : 'trachée'), dont le développement se poursuit au daf suivant : un cas où l'on a coupé la moitié de la trachée puis interrompu (chehiya) — la suite servira à éprouver encore la position de Rav.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).