Sougya : Le daf poursuit les empêchements de l'abattage. Il craint d'abord que deux personnes qui tiennent un même couteau ne 'pressent' (derassa) et ne tranchent la tête d'un coup ; une braita (Rabbi Avin) admet pourtant un veshet en bas et un kaneh en haut, résolue par 'la coupe en biais comme un calame'.
Rav Yitzhak prend de la meilleure viande d'un bœuf abattu en deux ou trois endroits, enseignant que la michna des deux qui tiennent le couteau vaut même avec deux couteaux et deux personnes. Rav Yehuda au nom de Rav fixe la haladah (cacher la lame) : entre les deux simanim — invalide ; sous la peau — valide ; l'école de Rav doute même du 'sous la peau', et l'on demeure dans le teikou pour le couteau caché sous un linge, sous une laine emmêlée, ou dans la minorité des simanim.
La michna enseigne ensuite : deux têtes d'un coup — valide ; deux qui abattent, l'un en haut l'autre en bas — valide ; trancher la tête d'un coup (derassa) — invalide, sauf si la lame dépasse le col. La guemara dérive enfin de l'Écriture que 'chehita' veut dire 'tirer' (meshicha), comme la flèche tirée à l'arc ('hets chahout', 'zahav chahout'), et Rava examinait la flèche de Rabbi Yona avant d'abattre un oiseau en plein vol.
De peur qu'ils ne pressent (yidressou, de derassa) l'un sur l'autre [la lame].
Fin de la difficulté ouverte en 30a au sujet de deux personnes qui tiennent un même couteau. On craint que, chacun tirant de son côté, tous deux ne pressent ensemble la lame sur le col et ne tranchent la tête d'un seul coup (derassa) au lieu de l'abattre en tirant (chehita).
Rabbi Avin objecte : [s']il a abattu (coupé) le veshet (oesophage) en bas et le kaneh (trachée) en haut, ou bien le veshet en haut et le kaneh en bas — son abattage [est] valide. Pourquoi ?
Or il n'y a pas là d'abattage clairement étalé (chehita meforaat) [coupe nette d'un seul tenant] !
Rabbi Avin objecte depuis une braita : si l'on coupe chaque simane (oesophage, trachée) à une hauteur différente du col, l'abattage reste valide. Cela semble contredire l'exigence d'une chehita meforaat — une coupe étalée d'un seul tenant, non éparpillée. Si une coupe en deux endroits est valide, pourquoi craindre deux personnes ?
C'est lui [Rabbi Avin] qui objecte et c'est lui qui résout : [il s'agit] d'un abattage fait en biais, comme [la taille d'] un calame (kekoulmos) [pointe de roseau à écrire].
Rabbi Avin pose lui-même la difficulté et la résout : la braita ne parle pas de deux coupes à deux endroits, mais d'une coupe en biais (be-alakhson), comme la taille oblique d'un calame (koulmos). Le tout reste un seul lieu de coupe continue, donc une chehita meforaat — d'où la validité.
Un certain bœuf qui fut abattu en deux ou trois endroits : Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta prit [de la viande] des plus belles, des plus belles [parties]. Rabbi Zira lui dit : tu nous as enseigné, notre maître, [que] notre michna [vaut] même avec deux couteaux et deux personnes.
Mise en pratique : un bœuf abattu en deux ou trois endroits du col. Rav Yitzhak en prend, sans hésiter, les plus belles parties — preuve qu'il tient l'abattage valide. Rabbi Zira en déduit l'enseignement : la michna 'deux qui tiennent le couteau et abattent' vaut même avec deux couteaux et deux personnes, coupant chacun à un endroit différent.
Rav Yehuda a dit au nom de Rav : [s']il a caché (glissé) le couteau (hehelid et ha-sakin) entre un simane et l'autre simane, et [qu']il a [ainsi] tranché — invalide ; sous la peau — valide.
Rav énonce la règle de la haladah (cacher la lame, la glisser de manière dissimulée). S'il insère la lame entre les deux simanim (entre trachée et oesophage) et coupe ainsi l'un puis l'autre — invalide, car la coupe n'est pas à découvert. Mais s'il glisse la lame sous la peau [par-dessus], puis coupe les deux simanim normalement — valide.
Que nous apprend-il [Rav] ? Nous [l']avons [déjà] appris [dans une michna] : ou bien [s']il a caché le couteau sous le second [simane] et [l']a tranché — Rabbi Yichbav dit : [c'est une] nevela (charogne [qui rend impur]) ; Rabbi Akiva dit : [c'est une] tereifa.
Objection : la règle de Rav est déjà une michna explicite (32a) ! Si l'on coupe le premier simane, puis glisse la lame sous le second simane et le coupe ainsi — Rabbi Yichbav tient que c'est une nevela (charogne, qui transmet l'impureté), Rabbi Akiva une tereifa (interdite à la consommation, mais sans impureté). Les deux tiennent l'abattage invalide.
Si [c'était seulement] de la michna, j'aurais dit : ces propos [valent] du bas vers le haut, où [l'on] n'agit pas à la manière de l'abattage ; mais du haut vers le bas, où [l'on] agit à la manière de l'abattage, j'aurais dit que c'est correct (chappir dami) — [c'est pourquoi Rav] nous l'apprend.
Réponse : la michna seule n'aurait pas suffi. On aurait pu croire que la haladah n'invalide que lorsqu'on coupe du bas vers le haut (contre le sens normal de l'abattage) ; mais du haut vers le bas, dans le sens habituel, on l'aurait crue valide. Rav enseigne donc que toute haladah invalide, quel que soit le sens.
[Quant à] 'sous la peau — valide', l'école de Rav (be rav) dit : sous la peau — je ne sais pas.
On examine maintenant le second membre du propos de Rav ('sous la peau — valide'). L'école de Rav nuance : pour le cas où l'on glisse la lame sous la peau [puis coupe les deux simanim], 'je ne sais pas' [s'il faut valider ou invalider pour cause de haladah].
On [leur] a demandé : selon l'école de Rav, qui dit 'sous la peau, je ne sais pas' — sous un linge (matlit) [enroulé autour du col], qu'en est-il ? Sous une laine emmêlée (tsemer messoubakh), qu'en est-il ?
[La question] demeure (teikou).
Prolongement du doute. Pour l'école de Rav (qui hésite déjà sur 'sous la peau'), que dire si l'on glisse la lame sous un linge entouré du col, ou sous une laine emmêlée (sur le cou d'un mouton) ? La peau fait-elle corps avec la bête (donc pas une vraie haladah) ou non ? Teikou : non tranché — et tout teikou en matière d'interdit se tranche par la rigueur.
Rav Papa a demandé : [s']il a caché [la lame] dans la minorité des simanim (be-mi'out simanim), qu'en est-il ? [La question] demeure (teikou).
Rav Papa pose un dernier cas : il a abattu correctement la majorité des simanim, puis caché la lame pour la minorité restante. Dit-on que la bête est déjà valablement abattue par la majorité, ou bien que tout est une seule chehita entachée de haladah ? Teikou — par rigueur ; ce que Rachi étend largement au cas parallèle de la hagrama (coupe hors du lieu propre) et de la chehiya (interruption).
MICHNA. Celui qui abat deux têtes à la fois — son abattage [est] valide.
Deux [personnes] qui tiennent le couteau et abattent, même [si] l'un [coupe] en haut et l'autre en bas — leur abattage [est] valide. [S']il a fait sauter la tête d'un seul coup (be-vat ahat) — invalide.
[S']il était en train d'abattre et [qu']il a fait sauter la tête d'un seul coup : s'il y a dans le couteau de quoi remplir [la largeur d']un col (mêla tsavar) [au-delà du col] — valide.
La michna. Quatre cas : (1) deux têtes tranchées ensemble — valide. (2) Deux personnes qui tiennent le couteau, même à deux hauteurs différentes — valide. (3) Faire sauter la tête d'un seul coup (be-vat ahat) — c'est une derassa, invalide. (4) S'il abattait en tirant et que la tête sauta : valide seulement si la lame dépasse l'épaisseur du col (mêla tsavar), car il reste alors un vrai mouvement de tiroir.
[S']il était en train d'abattre et [qu']il a fait sauter deux têtes à la fois (be-vat ahat) : s'il y a dans le couteau de quoi remplir [la largeur d']un seul col (mêla tsavar ehad) — valide. Dans quel cas cela est-il dit ?
Lorsqu'il a mené sans ramener, ou ramené sans mener ; mais [s']il a mené et ramené (holikh ve-hevi) — même [si le couteau est] de n'importe quelle [longueur], même avec un izmel (rasoir fin) — valide.
Suite de la michna pour deux bêtes à la fois. Si la lame dépasse un col (en fait, comme l'explique la guemara, l'équivalent de trois cols), c'est valide. Cette exigence de longueur ne vaut que lorsqu'on a mené sans ramener ou ramené sans mener (un seul sens). Mais si l'on a mené ET ramené (va-et-vient), alors même une lame très courte, même un izmel (fin rasoir), suffit — car le va-et-vient garantit déjà un vrai tiroir.
GUEMARA. D'où [tient-on] cette règle [que faire sauter la tête d'un coup est invalide] ?
Chmouel a dit : car le verset dit 'leur langue [est] une flèche tirée (hèts chahout), [elle] parle [avec] tromperie' (Jérémie 9:7).
La guemara cherche la source scripturaire. Chmouel la tire de Jérémie 9 : 'leur langue [est] une flèche chahout'. Le mot 'chahout' (de la racine de 'chehita') y signifie 'tirée' [à l'arc] : de même que la flèche avance par un mouvement de tiroir (la corde tirée en arrière), de même la chehita doit être une méshicha, non une pression d'un coup.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[il] abattra (ve-chahat)' (Lévitique 1:5) — 've-chahat' [ne signifie] rien d'autre que 'et [il] tira' (oumachakh) ; et de même [le verset] dit 'un or tiré (zahav chahout)' (I Rois 10:16), et [il] dit 'leur langue [est] une flèche tirée (hèts chahout), [elle] parle [avec] tromperie' (Jérémie 9:7).
L'école de Rabbi Yichmael confirme depuis le mot même de la Torah : 've-chahat' (et il abattra) veut dire 'et il tira' (oumachakh). Preuves : 'zahav chahout' (un or 'tiré', étiré/poli à la manière des orfèvres) et 'hèts chahout' (la flèche 'tirée'). Donc le geste de la chehita est essentiellement un tiroir.
Que vient [enseigner ce] 'et [il] dit' [le verset supplémentaire] ? Et si tu dis : 'un or tiré (zahav chahout)' [signifie] qu'il a été filé comme un fil (kéhout), [et non 'tiré' au sens de la flèche], viens et entends : 'leur langue [est] une flèche tirée (hèts chahout)' [où 'chahout' ne peut signifier que 'tiré' à l'arc].
Pourquoi citer un troisième verset ('et il dit') ? Pour écarter une objection : on pourrait croire que 'zahav chahout' veut dire un or filé comme un fil (kehout) — sens qui ne prouverait pas le tiroir. D'où le verset 'hèts chahout' : pour une flèche, 'chahout' ne peut signifier que tirée à l'arc [par la corde ramenée en arrière], confirmant que chehita = méshicha.
Rava examinait la flèche (gira) pour Rabbi Yona bar Tahlifa, et [celui-ci] abattait avec elle un oiseau en plein vol (bahadei de-farah). Et peut-être fait-il une haladah [la flèche perforant le col et coupant à couvert] ?
Nous voyons [la suite au daf suivant]
Illustration finale : Rava examinait la flèche de Rabbi Yona (pour s'assurer qu'elle était sans entaille, pegima), et celui-ci abattait un oiseau en plein vol — la flèche, tirée à l'arc, réalise un véritable tiroir (méshicha), donc une chehita valide. Objection : et si la flèche, en pénétrant le col, faisait une haladah (coupe à couvert, de l'arrière vers l'avant) ? La réponse ('nous voyons...') se poursuit au daf suivant (31a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).