Chullin 31b — l'intention (kavana) dans la purification et l'abattage : profane, dîme et sacré

Chullin 31b

Sougya : La sougya poursuit le débat sur l'intention requise pour la pureté. Pour les choses profanes (houlin) on n'exige aucune kavana : la michna des Makhchirin (fruits tombés dans un canal, mains lavées sans intention) le prouve.

Rava objecte à Rav Nahman depuis une michna de Haguiga (immersion pour le houlin et statut acquis), Rav Nahman répond et une braita lui donne raison : on est permis au houlin sans intention mais interdit au maaser. Abaye veut en réfuter Rabbi Yo'hanan (qui exige l'intention pour la nidda) ; Rav Yossef rattache Rabbi Yo'hanan à Rabbi Yonatan ben Yossef (vêtement lépreux : 'lavé une seconde fois' à l'instar de la première, avec intention).

Rav Chimi bar Achi objecte par la règle 'la halakha suit une michna anonyme', or la michna 'le couteau est tombé et a abattu' (sans intention) suit Rabbi Natan ; on répond que pour l'abattage même Rabbi Yonatan ben Yossef concède [pas de kavana], du verset 'à votre gré vous égorgerez' qui invalide l'inadvertance dans les sacrés. Les Sages distinguent égorger (zevicha) et couper (haticha) ; Rava tranche pour Rabbi Natan : il est écrit 'et tu égorgeras', non 'et tu couperas'.

Enfin Rav Papa et Rava appliquent la mahloket à la nidda tombée du pont (Rabbi Natan) ou descendue se rafraîchir (les Sages), et à la vache rousse abattue avec une autre bête.

Faut-il une intention (kavana) selon le niveau de pureté visé ? Profane (houlin) manger viande, se laver les mains PAS d'intention la pureté prend même par hasard (seul Rabbi Yo'hanan l'exige pour la nidda) Dîme (maaser) manger la dîme en pureté intention REQUISE s'immerger pour le houlin ne vaut pas pour le maaser Sacré (kodachim) offrande, teroumah intention REQUISE plus le degré de pureté est haut, plus on exige une intention délibérée Règle de fond : l'immersion pour un usage bas ne dispense pas d'une intention nouvelle pour un usage plus élevé.
L'échelle de l'intention (segments 6-9) : aucune pour le profane, requise pour la dîme et le sacré.
L'intention dans l'abattage : Rabbi Natan contre les Sages Rabbi Natan PAS d'intention requise, ni pour égorger (zevicha) ni pour couper (haticha) le verset dit 'tu égorgeras', non 'tu couperas' : même règle couteau tombé seul -> le couteau jeté : valide Les Sages (Rabbanan) pas d'intention pour la mise à mort (zevicha), MAIS intention pour couper les simanim jeter le couteau à la main -> valide ; tombé seul -> invalide Riposte de Rava : 'et tu égorgeras' englobe la coupe ; on ne sépare pas les deux exigences.
La mahloket sur l'abattage (segments 16-18) : Rabbi Natan contre les Sages, et la riposte de Rava.
1
וְכֵלִים דֻּומְיָא דְּאָדָם, מֶה אָדָם דְּבָעֵינַן כַּוָּונָה, אַף כֵּלִים נָמֵי דְּקָא מְכַוֵּין לְהוּ אָדָם!

Et les ustensiles [doivent être] semblables à l'homme : de même que pour l'homme nous requérons une intention [pour sa purification], de même aussi pour les ustensiles, [ils ne sont purs] que [dans le cas] où un homme a l'intention [de les purifier] !

📜 Rachi (1)
ה"ג וְכֵלִים דֻּומְיָא דְּאָדָם מֶה אָדָם דְּבַר כַּוָּונָה הוּא אַף כֵּלִים דְּקָמִיכַּוֵּין לְהוּ אָדָם:
Telle est la leçon (hakhi garsinan) : 'et les ustensiles [doivent être] semblables à l'homme — de même que l'homme est chose d'intention' — de même aussi les ustensiles [ne sont purs que dans le cas] où un homme a l'intention [de les purifier].
💡 Explication

Suite de la discussion (depuis 31a). On compare les ustensiles à l'homme : si l'homme requiert une intention (kavana) pour être purifié, alors les ustensiles aussi ne sont purifiés que si quelqu'un en a l'intention. Le point en jeu : faut-il une intention pour la purification des choses profanes (houlin) ?

2
וְכִי תֵּימָא, בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה, מַאי לְמֵימְרָא?

Et si tu dis [que la michna parle] de celui qui est assis et guette [le moment où la vague se détache], qu'y a-t-il à enseigner [par là] ?

🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה מַאי לְמֵימְרָא פֵּירוּשׁ אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא דְּלָא מַייְרֵי בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה אֶלָּא סְתָמָא כִּדְקָתָנֵי א"ש דְּמַשְׁמַע דְּאַשְׁמוֹעִינַן דְּחֻולִּין לָא בָּעוּ כַּווָּנָה אֲבָל אִי אִיכָּא לְמִידְחֵי דְּאַייְרֵי בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה מַאי לְמֵימְרָא דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דַּאֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּבָעוּ כַּוָּונָה דְּהָא לָא מַשְׁמַע מִינֵּיהּ דְּאַייְרֵי בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה דִּסְתָמָא קָתָנֵי וְנָפַל דְּמַשְׁמַע טְפֵי בְּלֹא יוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה והרי"ך פֵּירֵשׁ מַאי לְמֵימְרָא דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דַּאֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּבָעוּ כַּוָּונָה דְּהָא קָתָנֵי טְהוֹרָה מַשְׁמַע דְּקֻולָּא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן:
'Et si tu dis [que cela parle] de celui qui est assis et guette, qu'y a-t-il à enseigner' — c'est-à-dire : admettons (bichlama) que [la michna] ne traite pas de celui qui est assis et guette, mais [énonce la chose] absolument (setama) comme il est enseigné, [alors] c'est bien (atya chappir), car [cela] implique qu'elle nous enseigne que les [choses] profanes ne requièrent pas d'intention ; mais si l'on peut repousser [cela en disant] qu'elle traite de celui qui est assis et guette, qu'y a-t-il à enseigner ? car on ne peut [même] pas dire qu'elle vient nous enseigner qu'elles requièrent une intention, puisqu'il n'en ressort pas qu'elle traite de celui qui est assis et guette, car elle enseigne absolument 'et [la vague] tomba', ce qui implique plutôt [un cas] sans 'assis et guette'. Et le Ri''kh (Rabbi Yehouda Kohen) a expliqué : 'qu'y a-t-il à enseigner' — c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire qu'elle vient nous enseigner qu'elles requièrent une intention, puisqu'elle enseigne 'pure', ce qui implique qu'elle vient nous enseigner un allègement (koula).
💡 Explication

Objection : si la michna [sur la vague de mer qui se détache et purifie] traite de quelqu'un qui est assis et guette [donc qui a déjà l'intention], elle n'enseigne rien de neuf — c'est évident. Le novum ne peut donc venir de là que si l'on n'a précisément pas besoin d'intention.

3
מַהוּ דְתֵימָא: לִיגְזַר מִשּׁוּם חַרְדָּלִית שֶׁל גְּשָׁמִים, אִי נָמֵי לִיגְזַר רָאשִׁין אַטּוּ כִּיפִּין, קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא גָּזְרִינַן!

[On aurait pu penser :] de peur que tu ne dises — décrétons [l'invalidité] à cause d'une cascade d'eaux de pluie (hardalit chel guechamim) ; ou bien décrétons [l'invalidité des] têtes [des vagues] à cause des arches (kipin) — [c'est pourquoi la michna] nous enseigne que nous ne décrétons pas !

📜 Rachi (3)
חַרְדְּלִית שֶׁל גְּשָׁמִים זֶרֶם גְּשָׁמִים הַמְקַלֵּחַ מִן הָהָר בְּכֹחַ וְאֵין טוֹבְלִין בּוֹ דְּהַנִּצּוֹק וְהַקָּטַפְרֵס אֵינוֹ חִיבּוּר וְלָא הָווּ מִקְוֶה דְּאַרְבָּעִים סְאָה שֶׁהֲרֵי אֵין מ' סְאָה בְּמָקוֹם אֶחָד וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה לְמַטָּה וּלְמַעְלָה הָא קָתָנֵי אֵינוֹ חִיבּוּר. חַרְדְּלִית הַייְנוּ קָטַפְרֵס מִדְרוֹן וְרַב הַאי גָּאוֹן גָּרֵיס הַרַּדְלִית שֶׁבָּאִין מַדְלָיו שֶׁל הָר:
Une cascade d'eaux de pluie (hardalit) — un flot de pluie qui jaillit de la montagne avec force ; on ne s'y immerge pas, car l'eau qui s'écoule (natzouk) et la pente (katfres) ne font pas jonction (hibour), et [cela] ne constitue pas un mikve de quarante seah, puisqu'il n'y a pas quarante seah en un seul lieu — et bien qu'il y en ait beaucoup en bas et en haut, [la michna] enseigne [pourtant] : 'ce n'est pas une jonction'. 'Hardalit', c'est [la même chose que] 'katfres', une pente ; et Rav Haï Gaon lit 'hardalit', [eaux] qui viennent du 'deli' (seau) de la montagne.
נִגְזוֹר רָאשִׁין אַטּוּ כִּיפִּין דִּתְנַן מַטְבִּילִין כֵּלִים בְּרֹאשׁ הַגַּל הַנִּתְלָשׁ מִן הַיָּם וְהָלַךְ לְמֵרָחוֹק וּבָא לָאָרֶץ נִכְנַס אָדָם תַּחַת רֹאשׁוֹ וּמְקַבְּלוֹ דְּהָוֵי טְבִילָה זוֹ בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע:
Décrétons [l'invalidité des] têtes à cause des arches — car nous avons appris : on immerge des ustensiles dans la tête de la vague qui se détache de la mer, va au loin et revient vers la terre ; un homme entre sous sa tête et la reçoit, et cette immersion-là [se fait] en jonction avec le sol.
קמ"ל דְּלָא גָזְרִינַן לְשׁוֹן קוּשְׁיָא הוּא וּדְלָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה לְחֻולִּין מִנָּלַן:
Il nous enseigne que nous ne décrétons pas — c'est une formulation de difficulté (questionnement) : et que [la règle de] 'nous n'exigeons pas d'intention pour les profanes', d'où [la tirons-nous] ?
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם חַרְדָּלִית שֶׁל גְּשָׁמִים פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְאֵין טוֹבְלִין בְּחַרְדְּלִית מִשּׁוּם דִּתְנַן (טְהָרוֹת פ"ח מ"ט) הַנִּצּוֹק וְהַקָּטַפְרֵס אֵין חִיבּוּר וְאֵין כָּאן מ' סְאָה בְּמָקוֹם אֶחָד אע"פ שֶׁיֵּשׁ הַרְבֵּה לְמַעְלָה וּלְמַטָּה וּבְחִנָּם פֵּירֵשׁ כֵּן דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ כַּמָּה סְאִין בְּאוֹתוֹ מִדְרוֹן אָסוּר לִטְבֹּול בּוֹ דְּמִקְוֶה אֵינוֹ מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין כִּדְתַנְיָא בת"כ אַךְ מַעְיָן וּבוֹר וְגוֹ' אִי מַה מַעְיָן מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין אַף מִקְוֶה כו' ת"ל אַךְ מַעְיָן וּבוֹר מַעְיָן מְטַהֵר בְּזוֹחֲלִין וּמִקְוֶה בְּאַשְׁבֹּורֶן וּבַקּוּנְטְרֵס הֱבִיאָהּ פֶּרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (שַׁבָּת דַּף סה: ד"ה וְסָבַר):
'Décret à cause de la cascade d'eaux de pluie' — il a expliqué dans le Kountras (Rachi) qu'on ne s'immerge pas dans la cascade parce que nous avons appris (Tohorot 8:9) : 'l'eau qui s'écoule (natzouk) et la pente (katfres) ne font pas jonction', et il n'y a pas là quarante seah en un seul lieu, bien qu'il y en ait beaucoup en haut et en bas. Mais c'est en vain (be-hinam) qu'il a expliqué ainsi, car même s'il y a plusieurs seah dans cette pente, il est interdit de s'y immerger, [puisqu']un mikve ne purifie pas par [des eaux] courantes (zohalin), comme il est enseigné dans le Torat Kohanim : '[seuls] une source (maayan), une citerne (bor) etc.' — [aurais-je dit :] de même que la source purifie par [des eaux] courantes, de même le mikve etc. ? — l'enseignement [du verset] dit 'mais (akh) une source et une citerne' : la source purifie par [eaux] courantes, et le mikve [seulement] par [eaux] accumulées (achbaren). Et dans le Kountras il a apporté cela au chapitre Bameh Icha (Chabbat 65b, dibour 'vesaver').
💡 Explication

Le novum (chiddouch) de la michna : on aurait pu décréter que la vague détachée ne purifie pas, par crainte qu'on n'immerge dans une cascade de pluie (hardalit, eau qui dévale en pente, où il n'y a pas quarante seah rassemblées en un seul lieu) ; ou décréter que les têtes des vagues ne valent pas, à cause des arches (kipin, le creux de la vague en l'air, où l'on ne peut s'immerger). La michna enseigne qu'on ne décrète pas.

4
וּמְנָא תֵּימְרָא דְּלָא מַטְבְּלִינַן בְּכִיפִּין? דִּתְנַן: מַטְבִּילִין בְּרָאשִׁין, וְאֵין מַטְבִּילִין בְּכִיפִּין, שֶׁאֵין מַטְבִּילִין בָּאֲוִיר.

Et d'où dis-tu que nous ne nous immergeons pas dans les arches ? — car nous avons appris : on s'immerge dans les têtes [des vagues], mais on ne s'immerge pas dans les arches, car on ne s'immerge pas dans l'air.

📜 Rachi (1)
וְאֵין מַטְבִּילִין בְּכִיפִּין שֶׁלֹּא יִזְרֹוק כֵּלִים בְּכֵיפִי הַגַּל דְּהַייְנוּ בְּאֶמְצָעִיתוֹ שֶׁהוּא עָשׂוּי כְּכִיפָּה וְטַעֲמָא כְּדִמְפָרֵשׁ מִפְּנֵי שֶׁהִיא טְבִילַת אֲוִיר וְאֵין מַטְבִּילִין בָּאֲוִיר:
Et on ne s'immerge pas dans les arches — qu'il ne jette pas des ustensiles dans l'arche de la vague, c'est-à-dire en son milieu, fait en forme d'arche ; et la raison [est] comme [le texte l']explique : parce que c'est une immersion dans l'air, et on ne s'immerge pas dans l'air.
🗂️ Tossefot (1)
דִּתְנַן מַטְבִּילִין בְּרָאשִׁין קְצָת תֵּימַהּ דְּאִי מִשְׁנָה הִיא מַה צָרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן תְּרֵי זִימְנֵי דְּמַטְבִּילִין בְּרָאשִׁין וְשֶׁמָּא הַהוּא דְּמַטְבִּילִין בְּרָאשִׁין אַיְירֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא דֻּומְיָא דְּאֵין מַטְבִּילִין בְּכִיפִּין דְּהָוֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא וּבְהַהִיא דֶּגֶל שֶׁנִּתְלַשׁ אַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן לָא גָּזְרִינַן:
'Car nous avons appris : on s'immerge dans les têtes' — c'est un peu étonnant : si c'est une michna, pourquoi faut-il nous enseigner deux fois qu'on s'immerge dans les têtes ? Et peut-être [le cas] de 'on s'immerge dans les têtes' [ici] traite-t-il [d'une obligation] de la Torah (mi-deoraita), à l'instar de 'on ne s'immerge pas dans les arches' qui est [une règle] de la Torah ; et dans ce [cas] de la vague qui se détache, [le Talmud] nous enseigne que même [au titre] rabbinique nous ne décrétons pas.
💡 Explication

Source du second décret envisagé : une braita enseigne qu'on s'immerge dans les têtes des vagues mais non dans les arches (le creux suspendu de la vague), car on ne s'immerge pas dans l'air — l'immersion doit se faire en contact avec le sol.

5
אֶלָּא חֻולִּין דְּלָא בָּעֵי כַּווָּנָה מִיהָא מְנָלַן? דִּתְנַן: פֵּירוֹת שֶׁנָּפְלוּ לְתוֹךְ אַמַּת הַמַּיִם, וּפָשַׁט מִי שֶׁיָּדָיו טְמֵאוֹת וּנְטָלָן – יָדָיו טְהוֹרוֹת, וּפֵירוֹת אֵינָן ב״כי יֻותַּן״.

Mais en fin de compte, [pour le fait] que les profanes (houlin) ne requièrent pas d'intention — d'où [le tenons-nous] ? — car nous avons appris : des fruits qui sont tombés dans un canal d'eau (amat ha-mayim), et [si] celui dont les mains sont impures a tendu [la main] et les a pris — ses mains [sont] pures, et les fruits ne sont pas [dans la catégorie de] 'si l'on y met [de l'eau]' (ki youtan).

📜 Rachi (2)
יָדָיו טְהוֹרוֹת דְּלָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה לְחֻולִּין:
Ses mains [sont] pures — car nous n'exigeons pas d'intention pour les profanes.
אֵינָן בְּכִי יֻותַּן דְּלָא אַחְשְׁבָה לְהַךְ נְפִילָה:
Ne sont pas [dans la catégorie de] 'ki youtan' — car il n'a pas tenu cette chute [pour importante / désirable].
💡 Explication

Retour à la question de fond : d'où sait-on que les profanes ne requièrent pas d'intention ? D'une michna (Makhchirin 4:7) : des fruits tombés dans un canal, qu'un homme aux mains impures attrape — ses mains deviennent pures [par l'immersion fortuite dans l'eau, sans intention], et les fruits ne sont pas rendus aptes à l'impureté par 'ki youtan' [le verset Lev 11:38 : l'eau ne rend apte que si le propriétaire l'a voulue].

6
וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁיֻּודְחוּ יָדָיו – טְהוֹרוֹת, וּפֵירוֹת ב״כי יֻותַּן״.

Et si [c'est] afin que ses mains soient rincées [qu'il les a plongées] — [ses mains sont] pures, et les fruits sont [dans la catégorie de] 'ki youtan'.

📜 Rachi (3)
וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁיֻּודְחוּ יָדָיו נִתְכַּוֵּין לִיטֹּול אֶת הַפֵּירוֹת מִן הַמַּיִם:
Et si [c'est] afin que ses mains soient rincées — il a eu l'intention de prendre les fruits hors de l'eau [en sus du rinçage].
יָדָיו טְהוֹרוֹת כ"ש שֶׁנִּתְכַּוֵּין:
Ses mains [sont] pures — à plus forte raison, puisqu'il a eu l'intention.
וּפֵירוֹת הֲרֵי הֵן בְּכִי יֻותַּן וּמְקַבְּלִין טֻומְאָה מִכָּאן וְאֵילָךְ דְּאַחְשְׁבָה לְהַךְ נְפִילַת פֵּירוֹת לִיטֹּול יָדָיו בְּהַגְבָּהָתָן וַהֲוָה לֵיהּ מַשְׁקֶה שֶׁסּוֹפוֹ לְרָצוֹן וּתְנַן מַכְשִׁירִין (פ"א מ"א) כָּל מַשְׁקֶה שֶׁסּוֹפוֹ לְרָצוֹן אע"פ שֶׁאֵין תְּחִלָּתוֹ לְרָצוֹן מַכְשִׁיר:
Et les fruits, voici qu'ils sont [dans la catégorie de] 'ki youtan' — et ils reçoivent l'impureté à partir de là, car il a tenu pour [importante] cette chute des fruits, [voulant] prendre ses mains [= se rincer les mains] en les soulevant ; et c'est [alors] un liquide dont la fin [est] selon le gré (le-ratzon). Et nous avons appris (Makhchirin 1:1) : tout liquide dont la fin [est] selon le gré, bien que son début ne [soit] pas selon le gré, rend apte [à l'impureté].
🗂️ Tossefot (1)
וּפֵירוֹת הֲרֵי הֵן בְּכִי יֻותַּן הַייְנוּ לְאַחַר שֶׁהֶעֱלָם דְּכָל זְמַן שֶׁהֵן מְחֻובָּרִין בַּמַּיִם לָא מִיתַּכְשְׁרִי כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת מַכְשִׁירִין (פ"ד מ"ו) נִדָּה שֶׁהָיְתָה מְדִיחָה צְנוֹן בִּמְעָרָה טָהוֹר הֶעָלַתְהוּ כָּל שֶׁהוּא טָמֵא פֵּירוּשׁ דְּאָז הֻוכְשְׁרוּ וְהָא דְּאָמַר פ"ק דִּפְסָחִים (דַּף טז.) דְּאִיכָּא תְּרֵי קְרָאֵי לְעִנְיַן הֶכְשֵׁר חַד בִּתְלוּשִׁין וְחַד בִּמְחֻובָּרִין וּצְרִיכִי הַיְינוּ כְּשֶׁנָּפְלוּ בִּמְחֻובָּרִין דְּמִיתַּכְשְׁרִי לְאַחַר שֶׁהֶעֱלָם ואע"פ שֶׁאָז הֵם תְּלוּשִׁין מִכָּל מָקוֹם אִצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דְּבִתְחִלַּת דִּיבּוּקָן הָיוּ בְּמַיִם מְחֻובָּרִים:
'Et les fruits, voici qu'ils sont [dans la catégorie de] ki youtan' — c'est-à-dire après qu'il les a sortis [de l'eau], car tant qu'ils sont attachés [= immergés] dans l'eau ils ne deviennent pas aptes, comme nous avons appris au traité Makhchirin (4:6) : 'une nidda qui rinçait un radis (tznon) dans une grotte [d'eau] — [c'est] pur ; [si] elle l'a sorti, [pour] si peu que ce soit — [c'est] impur', c'est-à-dire que c'est alors qu'ils sont rendus aptes. Et ce qu'on dit au premier chapitre de Pessahim (16a), qu'il y a deux versets pour le sujet de l'aptitude (hekhcher), l'un pour les [fruits] détachés (telouchin) et l'un pour les [fruits] attachés (mehouvarin), et [que] tous deux sont nécessaires — c'est [le cas] où ils sont tombés alors qu'ils étaient attachés, [et] qui deviennent aptes après qu'il les a sortis ; et bien qu'ils soient alors détachés, néanmoins [le verset] était nécessaire parce qu'au début de leur contact ils étaient dans l'eau, attachés.
💡 Explication

Suite de la michna : si l'homme a plongé les mains pour les rincer (et non par hasard), ses mains sont pures à plus forte raison [il y avait intention], et cette fois les fruits sont rendus aptes par 'ki youtan' — car il a tenu pour désirable le mouillage de ses mains. La première clause prouve donc que les mains se purifient même sans intention.

7
אֵיתִיבֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: טָבַל לְחֻולִּין וְהֻוחְזַק לְחֻולִּין – אָסוּר לְמַעֲשֵׂר. הֻוחְזַק – אִין, לֹא הֻוחְזַק – לֹא.

Rava souleva une objection à Rav Nahman : [si] l'on s'est immergé pour le profane (houlin) et [si] l'on a acquis [le statut de pureté] pour le profane — [il est néanmoins] interdit [d'en manger au titre] de la dîme (maaser). [Donc :] [s']il a acquis [le statut] — oui ; [s']il n'a pas acquis [le statut] — non.

📜 Rachi (1)
לְחֻולִּין לֶאֱכֹול חֻולִּין. הֻוחְזַק נִתְכַּוֵּין בִּשְׁעַת טְבִילָה לְכָךְ:
Pour le profane — pour manger du profane. '[S']il a acquis [le statut]' — il a eu l'intention, au moment de l'immersion, pour cela [= pour ce niveau].
💡 Explication

Objection de Rava à Rav Nahman, depuis une michna (Haguiga 18b) : qui s'immerge pour le profane et a acquis ce statut de pureté ne peut pas pour autant manger la dîme (maaser). Par inférence : s'il a 'acquis' (houhzak, c'est-à-dire à eu l'intention au moment de l'immersion) — oui [il est pur pour le houlin] ; sinon — non. Donc même pour le profane, une intention serait requise.

8
הָכִי קָאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁהֻוחְזַק לְחֻולִּין – אָסוּר לְמַעֲשֵׂר.

Voici ce qu'[elle] dit [la michna] : bien qu'il ait acquis [le statut de pureté] pour le profane — [il est] interdit [d'en manger au titre] de la dîme.

📜 Rachi (1)
הָכִי קָאָמַר לְעוֹלָם חֻולִּין לָא בָּעוּ כַּווָּנָה וְהַאי דִּתְנָא בְּהוּ הֻוחְזַק דְּאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דאע"ג דְּאִיכַּוֵּין לִטְבִילַת טָהֳרָה לָא הָוְיָא כַּוָּונַת חֻולִּין כַּווָּנָה לְמַעֲשֵׂר:
Voici ce qu'[elle] dit — en vérité, le profane ne requiert pas d'intention ; et si [la michna] a enseigné à leur sujet '[s']il a acquis [le statut]', [c'est] parce qu'il était nécessaire de nous enseigner que, bien qu'il ait eu l'intention pour une immersion de pureté, l'intention [relative] au profane n'est pas une intention [valable] pour la dîme.
💡 Explication

Réponse de Rav Nahman : la michna ne prouve pas qu'il faille une intention pour le profane. Son sens est : même s'il a acquis le statut de pureté pour le profane [donc avec intention], cela ne suffit pas pour la dîme — il faut une intention propre, plus élevée, pour le maaser.

9
אַיְּתִיבֶיהָ: טָבַל וְלֹא הֻוחְזַק – כְּאִילּוּ לֹא טָבַל. מַאי לַָאו: כְּאִילּוּ לֹא טָבַל כְּלָל?

[Rava] lui souleva [une autre] objection : [s']il s'est immergé mais n'a pas acquis [le statut] — [c'est] comme s'il ne s'était pas immergé. N'est-ce pas [que cela signifie] : comme s'il ne s'était pas immergé du tout ?

💡 Explication

Seconde objection de Rava depuis la même michna : 'qui s'est immergé sans acquérir le statut, c'est comme s'il ne s'était pas immergé'. Rava comprend : comme s'il ne s'était pas immergé du tout [même pour le profane] — preuve qu'il faut une intention.

10
לֹא, כְּאִילּוּ לֹא טָבַל לְמַעֲשֵׂר, אֲבָל טָבַל לְחֻולִּין. הוּא סָבַר: דַּיחוֹיֵי קָא מְדַחֵי לֵיהּ. נְפַק דָּק וְאַשְׁכַּח, דְּתַנְיָא: טָבַל וְלֹא הֻוחְזַק – מֻותָּר לַחֻולִּין וְאָסוּר לַמַּעֲשֵׂר.

Non, [cela signifie] : comme s'il ne s'était pas immergé pour la dîme ; mais il s'est [bien] immergé pour le profane. [Rava] pensait [que Rav Nahman] le repoussait [seulement par une échappatoire].

Il sortit, examina [les sources], et trouva — car il est enseigné [dans une braita] : [s']il s'est immergé mais n'a pas acquis [le statut] — [il est] permis [d'en manger au titre] du profane, mais interdit [au titre] de la dîme.

🗂️ Tossefot (1)
הוּא סָבַר דַּיחוֹיֵי קָא מְדַחֵי לֵיהּ נְפַק דָּק וְאַשְׁכַּח דְּתַנְיָא כּוּ' וְא"ת אַמַּאי סָבַר דְּמַדְחֵי לֵיהּ וַהֲלֹא כְּבָר זֶה דִּקְדֵּק מִן הַמִּשְׁנָה דְּקָתָנֵי יָדָיו טְהוֹרוֹת וּמַה מְדַקְדֵּק יוֹתֵר מִבָּרַיְיתָא זוֹ וי"ל דְּיֵשׁ חִילּוּק בֵּין טְבִילַת כָּל גּוּפוֹ לִנְטִילַת יָדַיִם דִּטְבִילַת גּוּפוֹ חֲמִירָא טְפֵי וְכֵן צָרִיךְ לוֹמַר בְּסָמוּךְ דְּפָרִיךְ מִסְּתָם מִשְׁנָה לְר' יוֹחָנָן וּמְשַׁנֵּי דִּשְׁחִיטָה אֲפִילּוּ ר' יוֹחָנָן מוֹדֶה וְאַכַּתִּי תִּקְשֵׁי לֵיהּ מִשְׁנָה דְּמַסֶּכֶת מַכְשִׁירִין (פ"ד מ"ז) אֶלָּא טְבִילַת יָדַיִם שָׁאנֵי:
'Il pensait [qu'il] le repoussait [par une esquive] ; il sortit, examina et trouva car il est enseigné etc.' — et si tu objectes : pourquoi pensait-il qu'[il] le repoussait, alors qu'il avait déjà déduit cela de la michna qui enseigne 'ses mains [sont] pures' — et en quoi déduit-il plus de cette braita[-ci] ? On peut dire qu'il y a une différence entre l'immersion de tout le corps et le lavage des mains (netilat yadayim) : l'immersion du corps est plus rigoureuse (hamira tefei). Et il faut [le] dire de même un peu plus loin, où [le Talmud] objecte d'une michna anonyme contre Rabbi Yo'hanan et répond que pour l'abattage (chehita) même Rabbi Yo'hanan concède ; et l'on pourrait encore lui objecter la michna du traité Makhchirin (4:7) — [réponse :] mais l'immersion des mains, c'est différent (chani).
💡 Explication

Rav Nahman précise : 'comme s'il ne s'était pas immergé' veut dire pour la dîme seulement ; pour le profane, il s'est bien immergé [pas besoin d'intention]. Rava crut à une simple esquive (dihouy), mais en cherchant il trouva une braita explicite confirmant Rav Nahman : permis au profane, interdit à la dîme.

11
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן מֵהָא?

Abaye dit à Rav Yossef : disons que de ceci [il y aura] une réfutation de Rabbi Yo'hanan ?

💡 Explication

Abaye veut tirer de cette braita une réfutation (teyouvta) de Rabbi Yo'hanan, qui avait dit (31à) qu'une nidda immergée sans intention reste interdite à son mari [chose profane] — alors que la braita admet l'immersion sans intention pour le profane.

12
אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי יוֹנָתָן בֶּן יוֹסֵף.

[Rav Yossef] lui dit : Rabbi Yo'hanan, c'est qu'il dit [son avis] selon Rabbi Yonatan ben Yossef.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר לְעֵיל אַף לְבֵיתָהּ לֹא טָהֲרָה:
Rabbi Yo'hanan — qui a dit plus haut : 'même pour son foyer [= son mari] elle n'est pas pure'.
💡 Explication

Réponse de Rav Yossef : la braita contredit certes Rabbi Yo'hanan, mais celui-ci s'appuie sur l'opinion de Rabbi Yonatan ben Yossef [qui exige l'intention même pour l'immersion d'une chose profane, comme le montre le verset suivant].

13
דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן יוֹסֵף אוֹמֵר: ״וְכוֹבֵס״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״שֵׁנִית״? מַקִּישׁ תִּכְבֹּוסֶת שְׁנִיָּה לְתִכְבֹּוסֶת רִאשׁוֹנָה: מַה תִּכְבֹּוסֶת רִאשׁוֹנָה לְדַעַת, אַף תִּכְבֹּוסֶת שְׁנִיָּה לְדַעַת.

Car il est enseigné : Rabbi Yonatan ben Yossef dit : '[le vêtement] sera lavé' — que vient enseigner [le mot] 'une seconde fois' (chenit) ? [Il vient] rapprocher (makich) la seconde lessive (tekhbosset) de la première lessive : de même que la première lessive [se fait] sciemment (le-daat), de même la seconde lessive [se fait] sciemment.

📜 Rachi (6)
נִגְעֵי בְּגָדִים כְּתִיב בְּהוּ ב' כִּבּוּסִים תִּכְבֹּוסֶת רִאשׁוֹנָה וְכִבְּסוּ אֵת אֲשֶׁר בּוֹ הַנָּגַע וְהִסְגִּירוֹ וְגוֹ' לִרְאוֹת אִם יִפְשֶׂה אוֹ יַעֲמֹוד אוֹ יִכְהֶה וְכִיבּוּס שֵׁנִי לְאַחַר הֶסְגֵּר שֶׁאַחַר כִּיבּוּס רִאשׁוֹן וְהַבֶּגֶד אוֹ הַשְּׁתִי אוֹ הָעֵרֶב אוֹ כָל כְּלִי הָעוֹר אֲשֶׁר תְּכַבֵּס בָּרִאשׁוֹנָה קֹודֶם הֶסְגֵּר וְסָר מֵהֶם הַנֶּגַע בִּימֵי הֶסְגֵּר וְכוֹבֵס שֵׁנִית לְשׁוּם טְבִילָה וְטָהֵר:
Au sujet des plaies des vêtements (nig'ei begadim) sont écrites deux lessives. La première lessive : 'et l'on lavera ce en quoi est la plaie et on [le] mettra à l'écart (vehisgiro) etc.' (Lev 13:54) — pour voir s'il [la plaie] s'étend, ou se maintient, ou s'affaiblit. Et la seconde lessive [a lieu] après la mise à l'écart qui suit la première lessive : 'et le vêtement, ou la chaîne, ou la trame, ou tout objet de cuir que tu laveras' — en premier, avant la mise à l'écart — 'et la plaie s'en sera retirée' durant les jours de mise à l'écart, 'et il sera lavé une seconde fois et sera pur' — pour [valoir] immersion (tevila).
מַה ת"ל שֵׁנִית פְּשִׁיטָא דְּשֵׁנִית הוּא:
Que vient enseigner [le mot] 'une seconde fois' — il est évident que c'[est] une seconde [lessive] !
מַקִּישׁ תִּכְבֹּוסֶת שְׁנִיָּיה שֶׁהִיא לְשֵׁם טְבִילַת טָהֳרָה:
Rapprocher la seconde lessive — qui est en vue de l'immersion de pureté.
לְתִכְבֹּוסֶת רִאשׁוֹנָה שֶׁהִיא לְהַסְגִּיר:
De la première lessive — qui est pour [la] mise à l'écart.
מָה רִאשׁוֹנָה לְדַעַת אָדָם דִּכְתִיב וְצִוָּה הַכֹּהֵן וְכִבְּסוּ:
De même que la première [se fait] sciemment — par un homme, comme il est écrit 'et le prêtre ordonnera, et l'on lavera'.
אַף שְׁנִיָּה לְדַעַת וְלֹא שֶׁיִּפֹּול בַּמַּיִם מֵאֵלָיו:
De même la seconde [se fait] sciemment — et non qu'il [le vêtement] tombe de lui-même dans l'eau.
💡 Explication

Source de Rabbi Yonatan ben Yossef, à propos du vêtement atteint de lèpre (Lev 13:58) : 'il sera lavé une seconde fois et sera pur'. Le mot 'une seconde fois' rapproche (hekech) la seconde 'lessive' — qui est l'immersion de purification — de la première lessive [avant la quarantaine], laquelle se fait sciemment, sur ordre. Donc l'immersion aussi exige une intention.

14
אִי מַה לְהַלָּן בָּעֵינַן דַּעַת כֹּהֵן, אַף כָּאן בָּעֵינַן דַּעַת כֹּהֵן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְטָהַר״, מִכָּל מָקוֹם.

Si [l'on objecte] : de même que là-bas nous requérons l'intention d'un prêtre (daat kohen), de même ici requerrons-nous l'intention d'un prêtre ? — l'enseignement [du verset] dit : 'et il sera pur' (vetaher) — en tout cas (mikol makom).

💡 Explication

Limite du hekech : pour la première lessive il faut l'intention d'un prêtre (qui l'ordonne) ; faudrait-il un prêtre pour l'immersion aussi ? Le mot 'et il sera pur' (vetaher) enseigne : en tout cas — la pureté survient dès qu'il y a intention [de quiconque], sans ordre de prêtre. Pour Rabbi Yonatan ben Yossef, l'immersion du vêtement profane requiert donc une intention : c'est l'appui de Rabbi Yo'hanan.

15
מַתְקִיף לַהּ רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה.

Rav Chimi bar Achi y objecte : et Rabbi Yo'hanan a-t-il [vraiment] dit ainsi ? Mais Rabbi Yo'hanan a [pourtant] dit : la halakha [suit] une michna anonyme (setam michna) !

📜 Rachi (1)
מִי א"ר יוֹחָנָן דְּחֻולִּין בָּעֵי כַּוָּונָה:
Rabbi Yo'hanan a-t-il dit — que le profane requiert une intention ?
💡 Explication

Objection de Rav Chimi bar Achi à l'association faite par Rav Yossef : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment exigé l'intention pour le profane ? Or Rabbi Yo'hanan énonce le principe 'la halakha suit une michna anonyme' — et la michna suivante, anonyme, dispense d'intention. Contradiction.

16
וּתְנַן: נָפְלָה סַכִּין וּשְׁחָטָהּ, אַף עַל פִּי שֶׁשָּׁחֲטָה כְּדַרְכָּהּ – פְּסוּלָה. וְהָוֵינַן בָּהּ: טַעְמָא דְּנָפְלָה, הָא הִפִּילָה הוּא – כְּשֵׁרָה, וְאַף עַל גַּב דְּלָא מִיכַּוֵּין. וְאָמְרִינַן: מַאן תַּנָּא דְּלָא בָּעֵי כַּווָּנָה לִשְׁחִיטָה? אָמַר רָבָא: רַבִּי נָתָן הִיא.

Et nous avons appris : [si] un couteau est tombé et a abattu — bien qu'il ait abattu de la manière [normale], [l'abattage est] invalide. Et nous nous sommes interrogés là-dessus : la raison [de l'invalidité est] qu'il est tombé [seul] ; mais [si] c'est lui [l'homme] qui l'a fait tomber — [c'est] valide, et [cela] bien qu'il n'ait pas eu l'intention [d'abattre].

Et nous avons dit : quel est le Tana qui ne requiert pas d'intention pour l'abattage ? Rava a dit : c'est Rabbi Natan.

💡 Explication

La michna anonyme en question (notre michna, 31a) : un couteau tombé seul qui abat — invalide ; mais si l'homme a fait tomber le couteau [à la main], c'est valide, même sans intention d'abattre. La Guemara avait demandé : quel Tana dispense d'intention pour l'abattage ? Rava : c'est Rabbi Natan. Donc, par 'la halakha suit la michna anonyme', Rabbi Yo'hanan devrait suivre Rabbi Natan [pas d'intention], non Rabbi Yonatan ben Yossef.

17
בִּשְׁחִיטָה, אֲפִילּוּ רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן יוֹסֵף [מוֹדֵי], מִדְּגַלִּי רַחֲמָנָא מִתְעַסֵּק בְּקָדָשִׁים פָּסוּל – מִכְּלָל דְּחֻולִּין לָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה.

Pour l'abattage (chehita), même Rabbi Yonatan ben Yossef concède [qu'on ne requiert pas d'intention] : du fait que le Miséricordieux a révélé [que] celui qui agit par inadvertance (mitassek) dans les [animaux] sacrés [est] invalide — il s'ensuit (mikhlal) que pour le profane nous ne requérons pas d'intention.

📜 Rachi (1)
מִדְּגַלִּי רַחֲמָנָא מִתְעַסֵּק בְּקָדָשִׁים שׁוֹחֵט קָדָשִׁים שֶׁלֹּא בְּכַווָּנָה דִּפְסוּלִין דִּכְתִיב לִרְצוֹנְכֶם תִּזְבְּחוּ לְדַעְתְּכֶם זְבוּחוּ בפ"ק (לְעֵיל חֻולִּין יג.):
Du fait que le Miséricordieux a révélé [au sujet de] celui qui agit par inadvertance dans les sacrés — celui qui abat des [animaux] sacrés sans intention [les rend] invalides, car il est écrit 'à votre gré vous égorgerez' (Lev 19:5) — égorgez sciemment (le-daatkhem), au premier chapitre (plus haut, Houlin 13a).
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' טַעְמָא דְּנָפְלָה הָא הִפִּילָהּ הוּא כְּשֵׁירָה ואע"ג דְּלָא מְכַוֵּין לְשׁוּם חֲתִיכָה אֶלָּא שֶׁנִּתְכַּוֵּין לְהַפִּילָהּ קָרֵינַן בֵּיהּ וְזָבַחְתָּ וְאָכַלְתָּ כֵּיוָן שֶׁנִּתְכַּוֵּין לְהַפִּילָהּ וע"י אוֹתָהּ נְפִילָה שְׁחָטָהּ. אֲבָל אִם נָפְלָה סַכִּין מִיָּדוֹ בְּלֹא כַּוָּונָה הָוֵי כְּמוֹ שֶׁאִם הָיְתָה מֻונַּחַת עַל הַקּוֹרָה וְהִפִּילַתָּה הָרוּחַ דְּלָא קָרֵינַן בֵּיהּ וְזָבַחְתָּ וְאָכַלְתָּ כֵּיוָן שֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּין לְשׁוּם דָּבָר דְּטַעֲמָא דר"נ דְּלָא בָּעֵי כַּוָּונָה כְּלָל בְּחֻולִּין מִדְּגַלִּי רַחֲמָנָא דְּמִתְעַסֵּק פּוֹסֵל בְּקָדָשִׁים. וְאַף לַחֲתִיכָה לָא בָּעֵי כַּוָּונָה דְּהָא לָא כְּתִיב וְחָתַכְתָּ אֶלָּא וְזָבַחְתָּ. וּמִיהוּ בְּלֹא כַּווָּנַת שׁוּם דָּבָר אִי אֶפְשָׁר מִדִּכְתִיב וְזָבַחְתָּ דְּהָוֵי לְכָל הַפָּחוֹת כְּמוֹ וְעָשִׂיתָ וְצָרִיךְ לְהִתְכַּוֵּין לְשׁוּם דְּבַר מַעֲשֶׂה. וּבְעִנְיָן אַחֵר לָא מִיקְּרֵי כֹּחַ גַּבְרָא. ואע"ג דִּתְנֵינָא חֲדָא זִימְנָא וְכֻולָּן שֶׁשָּׁחֲטוּ וַאֲחֵרִים רוֹאִין אוֹתָן שְׁחִיטָתָן כְּשֵׁרָה אַלְמָא לָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה לִשְׁחִיטָה. אִיצְטְרִיךְ הָכָא לְאַשְׁמוֹעִינַן. דְּאִי אַשְׁמוֹעִינַן הָתָם גַּבֵּי חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן הֵ"א הָתָם דִּמְכַוֵּין לְשֵׁם חֲתִיכָה בְּעָלְמָא אֲבָל הִפִּילָה דְּלָא מִיכַּוֵּין לְשֵׁם חֲתִיכָה אֵימָא לָא. וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן הָכָא הֵ"א מִשּׁוּם דְּקָאָתֵי מִכֹּחַ בֶּן דַּעַת. אֲבָל הָתָם דְּלָא אָתֵי מִכֹּחַ בֶּן דַּעַת אֵימָא לָא. קמ"ל :
Guemara. « La raison [de l'invalidité est] qu'il [le couteau] est tombé [seul] ; [mais] si c'est lui [l'homme] qui l'a fait tomber, [c'est] kacher (valide) » — et cela bien qu'il n'ait pas eu l'intention en vue d'une coupe (hatikha), mais [seulement] qu'il a eu l'intention de le faire tomber : nous lisons à son sujet « et tu égorgeras et tu mangeras » (vezavahta ve-akhalta), du fait qu'il a eu l'intention de le faire tomber et que par cette chute même il l'a abattu (chehita). Mais si le couteau est tombé de sa main sans intention [aucune], c'est comme s'il avait été posé sur la poutre et que le vent l'eût fait tomber : nous ne lisons pas à son sujet « et tu égorgeras et tu mangeras », puisqu'il n'a eu l'intention en vue d'aucune chose. Car la raison de Rabbi Natan (R.N.), [qui soutient] qu'on ne requiert aucune intention (kavana) dans le profane (houlin), [découle] de ce que le Miséricordieux a révélé que le mitassek (celui qui agit par inadvertance / distraction) invalide (passoul) dans les [animaux] sacrés (kodachim). Et même pour la coupe (hatikha) on ne requiert pas d'intention, car il n'est pas écrit « et tu couperas » (ve-hatakhta) mais « et tu égorgeras » (vezavahta). Toutefois, sans l'intention en vue d'une chose quelconque, [cela n']est pas possible, du fait qu'il est écrit « et tu égorgeras », [expression] qui vaut au moins comme « et tu feras » (ve-assita) : il faut donc avoir l'intention en vue de quelque chose qui soit un acte (davar maasse). Et d'une autre manière [= autrement], cela n'est pas appelé force de l'homme (koah gavra). Et bien que nous l'ayons déjà enseigné une [première] fois : « et tous ceux qui ont abattu alors que d'autres les voyaient — leur abattage (chehita) est kacher », d'où [il ressort] que nous ne requérons pas d'intention pour l'abattage, il était [néanmoins] nécessaire de nous l'enseigner ici. Car si [le Talmud] nous l'avait enseigné là-bas, à propos du sourd-muet (heirech), de l'insensé (chote) et du mineur (katan), j'aurais dit : là-bas [c'est kacher] parce qu'il a l'intention en vue d'une coupe pure et simple ; mais [dans le cas où] il l'a fait tomber, où il n'a pas l'intention en vue d'une coupe, je dirais que non [ce n'est pas kacher]. Et s'il nous l'avait [seulement] enseigné ici, j'aurais dit [que c'est kacher] parce que cela procède de la force d'un être doué de raison (ben daat) ; mais là-bas, où cela ne procède pas de la force d'un être doué de raison, je dirais que non. [C'est pourquoi] il nous [l']enseigne [aux deux endroits].
💡 Explication

Réponse à l'objection : pour l'abattage, même Rabbi Yonatan ben Yossef admet qu'aucune intention n'est requise. Preuve : la Torah a dû révéler que celui qui abat des sacrés par inadvertance (mitassek, sans intention) rend l'offrande invalide — du verset 'à votre gré vous égorgerez' (Lev 19:5). S'il a fallu un verset spécial pour les sacrés, c'est donc que pour le profane, par défaut, l'intention n'est pas requise.

18
וְרַבָּנָן, נְהִי דְּלָא בָּעֵינַן כַּווָּנָה לִזְבִיחָה, לַחֲתִיכָה בָּעֵינַן.

Et les Sages (Rabbanan) [diront] : certes (nehi), nous ne requérons pas d'intention pour la mise à mort (zevicha), [mais] pour la coupe (hatikha) nous [en] requérons.

📜 Rachi (1)
וְרַבָּנָן דְּאָמַר לְעֵיל וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין:
Et les Sages — qui ont dit plus haut : 'et les Sages invalident'.
🗂️ Tossefot (1)
נְהִי דְּלָא בָּעֵינַן כַּוָּונָה לִזְבִיחָה פֵּירוּשׁ לְהַתִּירָהּ בִּזְבִיחָה זוֹ לַחֲתִיכָה מִיהָא בָּעֵינַן פֵּירוּשׁ לַחֲתִיכַת סִימָנִים כִּדְפָרֵישִׁית:
'Certes nous ne requérons pas d'intention pour la mise à mort' — c'est-à-dire pour la rendre licite (le-hatira) par cette mise à mort ; [mais] pour la coupe en tout cas nous [en] requérons, c'est-à-dire pour la coupe des simanim, comme je l'ai expliqué [plus haut].
💡 Explication

Position des Sages [qui invalidaient l'abattage involontaire, contre Rabbi Natan] : on n'exige pas d'intention pour la mise à mort (zevicha, rendre la viande licite), mais on exige une intention pour la coupe elle-même (hatikha, trancher les simanim) — jeter le couteau ne suffit pas.

19
אָמַר רָבָא: בְּהָא זְכָנְהוּ רַבִּי נָתָן לְרַבָּנַן, מִי כְּתִיב ״וְחָתַכְתָּ״? ״וְזָבַחְתָּ״ כְּתִיב, אִי בָּעֵינַן כַּוָּונָה לַחֲתִיכָה – אֲפִילּוּ לִזְבִיחָה נָמֵי לִיבְעֵי, אִי לָא בָּעֵינַן כַּווָּנָה לִזְבִיחָה – לַחֲתִיכָה נָמֵי לָא לִיבְעֵי.

Rava a dit : par ceci Rabbi Natan l'a emporté (zakhnehou) sur les Sages : est-il écrit 'et tu couperas' (vehatakhta) ? 'Et tu égorgeras' (vezavahta) est écrit ! Si nous requérons une intention pour la coupe — même pour la mise à mort aussi, requérons-[en] ; si nous ne requérons pas d'intention pour la mise à mort — pour la coupe non plus ne [doit-on] pas [en] requérir.

📜 Rachi (1)
זַכִּנְהוּ נַצְחָן כְּלוֹמַר בְּזֹאת נִרְאִין דְּבָרָיו מִדִּבְרֵיהֶם:
L'a emporté (zakhnehou) — il les a vaincus (nitzhan) ; c'est-à-dire : par ceci ses paroles paraissent [plus justes] que les leurs.
💡 Explication

Riposte tranchante de Rava : Rabbi Natan l'emporte sur les Sages. Le verset dit 'et tu égorgeras' (vezavahta), non 'et tu couperas' (vehatakhta) : la Torah ne distingue pas coupe et mise à mort. Donc ou bien on exige l'intention pour les deux, ou bien pour aucune — pas de demi-mesure. Or l'inadvertance suffit pour la mise à mort ; donc elle suffit aussi pour la coupe.

20
הֵיכִי דָּמֵי נִדָּה שֶׁנֶּאֶנְסָה וְטָבְלָה? אִילֵימָא דְּאַנְסַהּ חֲבִירְתַּהּ וְאַטְבְּלַהּ, כַּוָּונָה דַּחֲבִרְתַּהּ כַּוָּונָה מְעַלַּייְתָא הִיא.

Quel est le cas d'une nidda contrainte par force (chenaansa) et [qui s']est immergée ? Si l'on dit [que c'est le cas] où une autre femme l'a contrainte et l'a immergée — l'intention de l'autre [femme] est une intention de plein droit (kavana mealyata) !

💡 Explication

Retour à la nidda immergée sans le vouloir [évoquée par Rabbi Yo'hanan]. Quel est le cas exact ? Si c'est une autre femme qui l'a immergée de force, l'intention de cette autre est une intention pleine et valable — l'immersion devrait valoir même pour Rabbi Yo'hanan. Le cas doit donc être autre.

21
וְעוֹד, בִּתְרוּמָה נָמֵי אָכְלָה, דִּתְנַן: הַחֵרֶשֶׁת, וְהַשּׁוֹטֶה, וְהַסּוּמָא, וְשֶׁנִּטְרְפָה דַּעְתָּהּ, אִם יֵשׁ לָהֶן פִּקְּחוֹת מְתַקְּנוֹת אוֹתָן – אוֹכְלוֹת בִּתְרוּמָה.

Et de plus : [dans ce cas] elle mangerait aussi la teroumah ! Car nous avons appris : la sourde-muette (heirechet), la déficiente mentale (chota), l'aveugle (souma) et celle dont l'esprit s'est troublé — si elles ont des [femmes] lucides (pikhot) qui les préparent (metaknot), elles mangent de la teroumah.

📜 Rachi (1)
מִתַּקִּינוֹת בּוֹדְקוֹת אוֹתָן בִּשְׁעַת וִסְתָּן וּמִטְּבִילוֹת אוֹתָן בִּשְׁעַת טְבִילָתָן:
Qui les préparent (metakinot) — elles les examinent au moment de leur règle (veset) et les immergent au moment de leur immersion.
💡 Explication

Autre raison d'écarter ce cas : si l'intention d'autrui suffisait, la nidda pourrait alors même manger la teroumah [un niveau élevé]. Preuve, par une michna (Nidda 13b) : une sourde-muette, une déficiente, une aveugle, ou celle dont l'esprit s'est troublé [incapables de s'examiner seules], si des femmes lucides les préparent [les examinent et les immergent], peuvent manger la teroumah. L'intention d'autrui vaut donc même pour la teroumah — ce ne peut être le cas de notre nidda.

22
אָמַר רַב פָּפָּא: לְרַבִּי נָתָן, שֶׁנָּפְלָה מִן הַגֶּשֶׁר, וּלְרַבָּנָן, שֶׁיָּרְדָה לְהָקֵר.

Rav Papa a dit : selon Rabbi Natan, [le cas est] qu'elle est tombée du pont (guecher) ; et selon les Sages, qu'elle est descendue se rafraîchir (le-hakar).

📜 Rachi (3)
לְרַבִּי נָתָן דְּאָמַר לָא בָּעֵינַן כַּווָּנָה אֲפִילּוּ לַחֲתִיכָה וְדִכְווָתַהּ הָכָא קָאָמַר רַב אַלִּיבִּי' שֶׁנָּפְלָה מִן הַגֶּשֶׁר שֶׁלֹּא נִתְכַּוְּנָה אֲפִילּוּ לִרְחֹוץ וְר' יוֹחָנָן לָא מְדַמֵּי טְבִילָה לִשְׁחִיטָה דְּקָדָרֵישׁ וְכוֹבֵס שֵׁנִית וּבִשְׁחִיטָה קְרָא קָדָרֵישׁ לְהַכְשִׁיר כִּדְאָמְרִינַן מִדְּגַלִּי רַחֲמָנָא מִתְעַסֵּק כו':
Selon Rabbi Natan — qui dit [qu']on ne requiert pas d'intention, même pour la coupe ; de même ici dit Rav [Papa] selon lui : qu'elle est tombée du pont, sans même avoir eu l'intention de se laver. Et Rabbi Yo'hanan, lui, ne compare pas l'immersion à l'abattage, car il interprète '[le vêtement] sera lavé une seconde fois' [exigeant l'intention] ; et pour l'abattage [c'est] le verset qu'il interprète pour [le] rendre licite, comme nous disons : 'du fait que le Miséricordieux a révélé [au sujet de] celui qui agit par inadvertance etc.'.
וּלְרַבָּנָן דְּבָעוּ מִיהָא כַּווָּנָה לַחֲתִיכָה וְדִכְווָתַהּ בִּטְבִילָה מַכְשַׁר רַב אַלִּיבַּייְהוּ:
Et selon les Sages — qui requièrent en tout cas une intention pour la coupe ; de même, pour l'immersion, Rav [Papa] déclare licite selon eux [le cas suivant].
כְּשֶׁיָּרְדָה לְהָקֵר וְלֹא לִטְבֹּול וְנָפְלָה כֻּולָּהּ לְתוֹךְ הַמַּיִם:
Quand elle est descendue se rafraîchir — et non pour s'immerger, et elle est tombée tout entière dans l'eau.
💡 Explication

Rav Papa précise le cas de la nidda contrainte selon chaque avis (voir le schéma). Pour Rabbi Natan [aucune intention requise, même de coupe], le cas est qu'elle est tombée du pont — sans même vouloir se laver. Pour les Sages [qui exigent une intention d'entrer dans l'eau], le cas est qu'elle est descendue se rafraîchir — avec volonté d'entrer dans l'eau, sinon de s'immerger.

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אָמַר רָבָא: שָׁחַט פָּרָה וְשָׁחַט בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ, לְדִבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה.

Rava a dit : [si] l'on a abattu une vache [rousse] (para) et [qu'on] a abattu une autre bête avec elle — de l'avis de tous (le-divrei ha-kol) [la vache rousse est] invalide.

📜 Rachi (3)
שָׁחַט פָּרָה אֲדֻומָּה:
[Si] l'on a abattu — la vache rousse (para adouma).
וְשָׁחַט אַחֶרֶת עִמָּהּ חֻולִּין שֶׁנִּתְכַּוֵּין לָהּ:
Et [qu'on] a abattu une autre [bête] avec elle — [une bête] profane (houlin) a laquelle il a eu l'intention.
דִּבְרֵי הַכֹּל פָּרָה פְּסוּלָה מֵחֲמַת מְלָאכָה הָאַחֶרֶת וּבְהֵמָה כְּשֵׁרָה: ה"ג שָׁחַט פָּרָה וְשָׁחַט בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ לֵר' נָתָן פָּרָה פְּסוּלָה בְּהֵמָה כְּשֵׁרָה לְרַבָּנַן פָּרָה כְּשֵׁרָה בְּהֵמָה פְּסוּלָה:
De l'avis de tous — la vache [rousse est] invalide à cause de l'autre travail (melakha), et la bête [profane est] valide. Telle est la leçon (hakhi garsinan) : 'l'on a abattu une vache et l'on a abattu une autre bête avec elle — de l'avis de tous [la vache est] invalide ; [si] une autre bête à été abattue avec elle [d'elle-même] — selon Rabbi Natan, la vache [est] invalide [et] la bête valide ; selon les Sages, la vache [est] valide [et] la bête invalide'.
💡 Explication

Application finale de la mahloket. Rava : si l'on abat la vache rousse (para adouma) en abattant en même temps une autre bête [profane, voulue], tous s'accordent que la vache rousse est invalide — disqualifiée par le 'travail' étranger (melakha) accompli simultanément ; l'autre bête, elle, est valide.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).