Sougya : Le daf ouvre en achevant la règle de Rava sur la vache rousse (para aduma) : si une autre bête est abattue avec elle sans intention, pour Rabbi Natan (la chehita de profane sans intention vaut chehita) la vache est invalide et l'autre bête valide ; pour les Sages, c'est l'inverse. On précise les cas voisins (couper une courge avec ou sans intention).
Vient ensuite une michna sur l'interruption (chehiya) au milieu de l'abattage : si l'on s'arrête 'le temps d'un abattage', l'abattage est invalide. La Guemara échelonne les avis sur cette mesure (Rav, Chmouel, Rabbi Yo'hanan, Rabbi Hanania, Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina), traite du couteau émoussé, et laisse en suspens (teikou) le cumul des pauses et la pause sur le reste des simanim.
Rabbi Chimon mesure plutôt par 'le temps d'un examen'. Enfin une seconde michna distingue, quand l'abattage est raté (ordre inverse des simanim, attente, couteau dissimulé), la charogne (nevela) de la tereifa : Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) dit nevela, Rabbi Akiva tereifa, puis se rallie ; la Guemara confronte cela à la michna 'voici les tereifot'.
[Si] une autre bête à été abattue avec elle [la vache rousse, sans intention], pour Rabbi Natan — la vache [est] invalide [et] la bête valide ; pour les Sages — la vache [est] valide [et] la bête invalide.
Fin de la règle de Rava sur la vache rousse (para aduma) : tout travail accompli en même temps que son abattage l'invalide. Si une autre bête profane est abattue en même temps, sans intention : pour Rabbi Natan, la chehita d'un profane sans intention vaut quand même chehita, donc l'autre bête est valide — et de ce fait un 'autre travail' s'est joint à l'abattage de la vache, qui devient invalide. Pour les Sages, une telle chehita ne vaut pas chehita : l'autre bête est invalide, donc aucun travail ne s'est joint, et la vache reste valide.
C'est évident ! [Pourquoi enseigner cela ?] [Mais le cas] 'une autre bête à été abattue [avec elle]' était nécessaire selon Rabbi Natan : il pourrait te venir à l'esprit de dire [que] le Miséricordieux a dit '[et] il l'abattra elle' — elle, et non elle et sa compagne ; et de quoi s'agit-il ? par exemple [le cas] où il a abattu deux vaches [rousses] ensemble ; mais une bête profane, dis [que] non [elle n'invalide pas la vache] — [c'est pourquoi le texte] nous fait savoir [qu'il en va de même].
Objection : la règle est évidente. Réponse : ce cas devait être énoncé selon Rabbi Natan. On aurait pu croire que le verset 'il l'abattra elle' (et non elle et sa compagne) ne vise que l'abattage de deux vaches rousses ensemble (deux objets de même nature sacrée), mais que l'abattage joint d'une simple bête profane n'invalide pas la vache. Rava enseigne qu'il invalide tout de même.
[Si] il a coupé une courge avec elle [avec intention] — de l'avis de tous [elle est] invalide ; [si] une courge a été coupée avec elle [sans intention] — de l'avis de tous [elle est] valide.
Rava ajoute les deux cas de la courge (delaat), tranchés à l'unanimité. Couper une courge avec intention, en même temps que la vache : c'est un véritable travail joint à l'abattage — la vache est invalide. Si une courge a été coupée sans intention : ce n'est pas un travail (point de distraction), et ce n'est pas non plus exclu par 'il l'abattra elle' (qui ne vise que ce qui est de la nature d'une chehita) — la vache reste valide.
MICHNA. [Si] le couteau est tombé et [qu']il l'a relevé, [si] ses vêtements sont tombés et [qu']il les a relevés, [s']il a aiguisé le couteau et [s']est épuisé, [et qu']un autre est venu et a abattu — s'il s'est interrompu le temps d'un abattage (kedei chehita), [l'abattage est] invalide.
Rabbi Chimon dit : [seulement] s'il s'est interrompu le temps d'un examen (kedei bikour).
La michna traite de l'interruption (chehiya) au milieu de l'abattage. Si, le couteau ou les vêtements étant tombés, ou l'abatteur s'étant épuisé (après avoir aiguisé) au point qu'un autre doive achever, il y a une pause d'une durée d'un abattage entier (kedei chehita), l'abattage est invalide. Rabbi Chimon abaisse le seuil : la pause invalide dès qu'elle atteint la durée d'un simple examen (kedei bikour) du couteau.
GUEMARA. Qu'est-ce que 'le temps d'un abattage' ?
Rav a dit : le temps de l'abattage d'une autre bête.
La Guemara précise la mesure. 'Le temps d'un abattage' (kedei chehita) ne signifie pas le temps qu'il faudrait pour achever cet abattage-ci, mais — selon Rav — le temps d'abattre une autre bête entière.
Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : [est-ce] le temps de l'abattage d'une bête pour une bête, et [d']un oiseau pour un oiseau ; ou peut-être [le temps d']une bête même pour un oiseau ?
Question de Rav Kahana et Rav Assi : la mesure suit-elle l'espèce abattue — durée d'une bête pour une bête, durée d'un oiseau pour un oiseau (rigueur) — ou bien prend-on toujours la durée, plus longue, d'une bête, même lorsqu'on abat un oiseau (indulgence) ?
Il leur dit : je n'étais pas assez familier avec mon cher [oncle] pour [le] lui demander.
Rav répond qu'il ne peut trancher : lorsqu'il a appris cette loi de son oncle bien-aimé, Rabbi Hiyya, il n'osait pas, par déférence, lui poser une telle question. Il transmet donc l'enseignement sans pouvoir résoudre le doute.
Il a été dit [comme tranché amoraique] : Rav a dit — le temps de l'abattage d'une bête pour une bête, et d'un oiseau pour un oiseau ; et Chmouel a dit — [le temps d']une bête même pour un oiseau ; et de même, quand Ravin vint [de Terre d'Israël], il dit [au nom de] Rabbi Yo'hanan : [le temps d']une bête même pour un oiseau.
Tranché des avis : Rav mesure selon l'espèce (bête pour bête, oiseau pour oiseau — strict pour l'oiseau) ; Chmouel, et de même Rabbi Yo'hanan (rapporté par Ravin), prennent la durée d'une bête même pour un oiseau — indulgence, car on tolère alors une pause plus longue.
Rabbi Hanania a dit : le temps qu'il amène une autre bête et [l']abatte. Amènerait-on [même] de n'importe où ?
[Mais alors] tu rends ta parole [dépendante] des circonstances !
Avis de Rabbi Hanania : la mesure est le temps d'amener une autre bête et de l'abattre. Objection : amener depuis n'importe quel lieu ? La distance varie (parfois loin, parfois près) — tu rends ta parole dépendante des circonstances (lechiourin), donc sans mesure fixe.
Rav Papa a dit : [le cas d'une bête] qui se tient [déjà là] mais [qu']il faut [encore] jeter [à terre], voilà [la différence] entre eux.
Résolution de Rav Papa : Rabbi Hanania ne parle pas d'aller chercher une bête au loin. La différence entre Rabbi Hanania et l'avis précédent (Rabbi Yo'hanan) porte sur une bête déjà présente mais qu'il reste à jeter à terre : Rabbi Yo'hanan mesure par le seul abattage, Rabbi Hanania exige le temps de la jeter à terre puis de l'abattre.
On dit en Occident (Terre d'Israël) au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : le temps qu'il la soulève, la couche [à terre] et l'abatte — [bête] menue pour [bête] menue et grosse pour grosse.
Avis de Terre d'Israël, au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : la mesure est le temps de soulever la bête, la coucher à terre et l'abattre, et cela selon sa taille — une bête menue se mesure par l'abattage d'une menue, une grosse par celui d'une grosse. Cet avis (espèce pour espèce) recoupe celui de Rav, d'où l'on infère aussi 'oiseau pour oiseau', et l'on tranche par rigueur.
Rava a dit : celui qui abat avec un mauvais couteau (sakin raa) — même [si cela dure] toute la journée entière — [l'abattage est] valide.
Rava : celui qui abat avec un couteau émoussé (sakin raa, qui ne tranche pas bien) — même si l'abattage très lent occupe toute la journée — la chehita est valide, pourvu qu'il ne se soit pas interrompu : il mène et ramène le couteau sans cesse, ce n'est donc pas une interruption.
Rava a demandé : les interruptions (chehiyot) — peuvent-elles se cumuler ?
Question de Rava : si l'on s'est interrompu plusieurs fois brièvement au cours d'un même abattage, ces pauses se cumulent-elles, de sorte que leur somme atteigne la durée entière qui invalide ?
Mais qu'il [le] résolve de son propre [enseignement] ! Là [dans le cas du mauvais couteau, il s'agissait] du cas où il ne s'est pas interrompu [du tout].
Objection : Rava devrait résoudre son doute par sa propre règle du mauvais couteau (valide toute la journée) — preuve que les pauses ne se cumulent pas. Réponse : là, il s'agissait d'un cas sans aucune interruption (il menait et ramenait le couteau en continu) ; le doute sur le cumul reste donc entier.
Rav Houna fils de Rav Natan a demandé : [s']il s'est interrompu sur la minorité des simanim — quoi [le statut] ? [La question] demeure (teikou).
Question de Rav Houna fils de Rav Natan : s'il a déjà coupé la majorité des simanim, puis s'est interrompu avant d'achever la minorité restante — l'abattage étant en soi déjà accompli sur la majorité, dit-on qu'il est valide, ou bien, puisqu'il revient achever, est-ce un seul abattage [que la pause invalide] ? Teikou : non tranché (et l'on agit par rigueur).
Rabbi Chimon dit : s'il s'est interrompu [le temps d'un examen]. Qu'est-ce que 'le temps d'un examen' ?
Rabbi Yo'hanan a dit : le temps de l'examen [du couteau] par un sage. Si [c'est] ainsi, tu rends ta parole [dépendante] des circonstances !
Plutôt — le temps de l'examen [par] un boucher-sage (tabah 'hakham).
Retour à Rabbi Chimon (seuil de la pause = durée d'un examen). Qu'est-ce que 'le temps d'un examen' (kedei bikour) ? Selon Rabbi Yo'hanan, le temps qu'un sage examine le couteau. Objection : selon que le sage est loin ou près, la durée varie — tu rends ta parole dépendante des circonstances. Réponse : il s'agit du temps de l'examen accompli par un boucher qui est lui-même sage (le trajet vers un sage extérieur n'entre donc pas en compte).
MICHNA. [Si] il a abattu l'oesophage (veshet) et [a] sectionné la trachée (gargeret) [par arrachement], ou [s']il a sectionné la trachée puis abattu l'oesophage, ou [s']il a abattu l'un d'eux et [l']a attendue [la bête] jusqu'à ce qu'elle meure, ou [s']il a glissé le couteau (hehlid) sous le second [siman] et [l']a sectionné — Rabbi Yechevav dit : [c'est une] charogne (nevela) ; Rabbi Akiva dit : [c'est une] tereifa.
Seconde michna, sur l'abattage raté. Quatre cas : (1) abattre le veshet (oesophage) puis arracher la trachée au lieu de la couper ; (2) ordre inverse — sectionner la trachée puis abattre le veshet ; (3) couper un seul siman et attendre que la bête meure ; (4) hahlada — glisser le couteau sous le second siman et couper par-dessous (couteau dissimulé). Rabbi Yechevav : nevela (charogne, qui rend impur) ; Rabbi Akiva : tereifa (interdite, mais sans impureté).
Rabbi Yechevav énonça un principe au nom de Rabbi Yehochoua : tout [animal] qui a été invalidé par son abattage (chehita) — [c'est une] charogne (nevela) ; tout [animal] dont l'abattage [s'est fait] comme il faut et [qu']une autre chose a fait devenir invalidé — [c'est une] tereifa ; et Rabbi Akiva lui concéda [se rallia à lui].
Le principe de Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) : ce qui est rendu invalidé par l'abattage lui-même (défaut dans l'acte) est nevela ; ce dont l'abattage fut correct mais qu'une autre cause (une lésion préexistante) rend invalidé est tereifa. Les quatre cas de la michna sont des défauts de l'abattage : donc nevela — et Rabbi Akiva se rallie à ce principe.
GUEMARA. '[Si] il a abattu l'oesophage etc. ... et Rabbi Akiva lui concéda.' Or [à cela] on oppose : 'voici les tereifot dans une bête : ... [la trachée sectionnée]'
La Guemara va opposer le principe (les cas de la michna = nevela) à la michna du chapitre suivant 'voici les tereifot' (42a), qui range parmi les tereifot la trachée sectionnée. Tossefot explique l'objection : si ces cas font une nevela, la michna 'voici les tereifot' n'aurait pas dû les y compter ; elle aurait dû enseigner 'voici les charognes', puisque c'est là l'interdit principal.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).