Chullin 32a — la vache rousse abattue avec une autre bête ; l'interruption (chehiya) de l'abattage ; charogne ou tereifa

Chullin 32a

Sougya : Le daf ouvre en achevant la règle de Rava sur la vache rousse (para aduma) : si une autre bête est abattue avec elle sans intention, pour Rabbi Natan (la chehita de profane sans intention vaut chehita) la vache est invalide et l'autre bête valide ; pour les Sages, c'est l'inverse. On précise les cas voisins (couper une courge avec ou sans intention).

Vient ensuite une michna sur l'interruption (chehiya) au milieu de l'abattage : si l'on s'arrête 'le temps d'un abattage', l'abattage est invalide. La Guemara échelonne les avis sur cette mesure (Rav, Chmouel, Rabbi Yo'hanan, Rabbi Hanania, Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina), traite du couteau émoussé, et laisse en suspens (teikou) le cumul des pauses et la pause sur le reste des simanim.

Rabbi Chimon mesure plutôt par 'le temps d'un examen'. Enfin une seconde michna distingue, quand l'abattage est raté (ordre inverse des simanim, attente, couteau dissimulé), la charogne (nevela) de la tereifa : Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) dit nevela, Rabbi Akiva tereifa, puis se rallie ; la Guemara confronte cela à la michna 'voici les tereifot'.

La vache rousse abattue avec une autre bête : Rabbi Natan vs les Sages Rabbi Natan les Sages (Rabbanan) Principe chehita de profane sans intention = valide chehita de profane sans intention = non valide La vache (para aduma) INVALIDE (passoul) un autre travail s'y est joint VALIDE (kechera) pas de travail joint L'autre bête (profane) VALIDE (kechera) sa chehita a pris INVALIDE (passoul) sa chehita n'a pas pris Les deux cas voisins (de l'avis de tous) : a coupé une courge AVEC INTENTION -> vache invalide (c'est un travail joint) une courge a été coupée SANS INTENTION -> vache valide
Segments 0-2 : la vache rousse abattue avec une autre bête (Rabbi Natan vs les Sages) et les deux cas de la courge.
'L'intervalle d'un abattage' (kedei chehita) : combien de temps invalide ? si l'on s'interrompt au milieu d'une chehita pendant cette durée, l'abattage est invalide Rav bête pour bête, oiseau pour oiseau (la plus stricte pour l'oiseau) Chmouel = Rabbi Yo'hanan durée d'une bête même pour un oiseau (plus indulgente pour l'oiseau) Rabbi Hanania le temps d'amener une bête et de l'abattre (bête déjà là : la jeter + abattre) Rabbi Yossi b. Rabbi Hanina la soulever, la coucher et l'abattre menue pour menue, grosse pour grosse (implique : oiseau pour oiseau, strict) Rabbi Chimon (michna) : l'intervalle d'un examen (kedei bikour) = le temps qu'un boucher-sage examine le couteau (sans le trajet vers le sage) Questions de Rava laissées ouvertes : plusieurs pauses se cumulent-elles ? pause sur le reste des simanim ? (teikou)
Segments 4-15 : les avis sur la mesure de l'interruption qui invalide ('le temps d'un abattage' / 'd'un examen').
Charogne (nevela) ou tereifa ? Le principe de Rabbi Yechevav Invalidée PAR sa chehita -> NEVELA Chehita correcte + autre cause -> TEREIFA a coupé le veshet (oesophage) puis a sectionné le kaneh (arraché, sans chehita) a sectionné le kaneh puis abattu le veshet (ordre inverse : la trachée d'abord) a coupé un seul siman, attendu sa mort a glissé le couteau sous le 2e siman (hahlada : dissimulé, coupé par-dessous) Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) : NEVELA Rabbi Akiva : TEREIFA puis Rabbi Akiva se rallie au principe de Rabbi Yechevav nevela : transmet l'impureté par contact et par portage ; tereifa : interdite à la consommation, sans impureté
Segments 16-17 : le principe de Rabbi Yechevav distinguant charogne (nevela) et tereifa.
1
נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ, לְרַבִּי נָתָן – פָּרָה פְּסוּלָה בְּהֵמָה כְּשֵׁרָה, לְרַבָּנָן – פָּרָה כְּשֵׁרָה בְּהֵמָה פְּסוּלָה.

[Si] une autre bête à été abattue avec elle [la vache rousse, sans intention], pour Rabbi Natan — la vache [est] invalide [et] la bête valide ; pour les Sages — la vache [est] valide [et] la bête invalide.

📜 Rachi (3)
נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ בְּלֹא מִתְכַּוֵּין:
Une autre bête à été abattue avec elle — sans intention.
לְרַבִּי נָתָן דְּמַכְשִׁיר שְׁחִיטַת חֻולִּין בְּלֹא כַּווָּנָה בְּהֵמָה כְּשֵׁרָה וּפָרָה פְּסוּלָה ואע"ג דְּשָׁלָא בְּכַוָּונָה לָא מַסַּח דַּעְתֵּיהּ וְלָא מִיקְּרֵי מִתְעַסֵּק בִּמְלָאכָה אַחֶרֶת הוֹאִיל וּשְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה מִיפַּסְלָא מִשּׁוּם וְשָׁחַט אוֹתָהּ וְלֹא אוֹתָהּ וַחֲבִירְתֵּהּ:
Pour Rabbi Natan — qui valide la chehita de profane sans intention, la bête [est] valide et la vache invalide ; et bien que, [agissant] sans intention, il ne s'est pas distrait [de la vache] et n'est pas appelé 'occupé à un autre travail', néanmoins, du fait que sa chehita [à l'autre bête] est valide, [la vache] devient invalide en raison de '[et] il l'abattra elle' (Nombres 19:3) — elle, et non elle et sa compagne.
לְרַבָּנָן פָּרָה כְּשֵׁרָה דְּהָא שְׁחִיטַת בֶּהֱמַת חֻולִּין לָאו שְׁחִיטָה הִיא וּמִשּׁוּם מְלָאכָה לֵיכָּא לְמִיפְסַל דְּשָׁלָא בְּמִתְכַּוֵּין לָא מִיקְּרֵי עוֹסֵק בִּמְלָאכָה אַחֶרֶת דְּטַעֲמָא דִּמְלָאכָה אַחֶרֶת מִשּׁוּם דְּמַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִפָּרָה הוּא וְהֵיכָא דְּלָא אִיכַּוֵּין לִמְלָאכָה אַחֶרֶת לֵיכָּא הֶיסַּח הַדַּעַת וְהָכִי אָמְרִינַן לְקַמָּן נֶחְתְּכָה דַּלַּעַת עִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה:
Pour les Sages la vache [est] valide — car la chehita d'une bête profane [sans intention] n'est pas une chehita, et il n'y a pas lieu de [l']invalider en raison d'un travail, car [agir] sans intention n'est pas appelé 'occupé à un autre travail' : la raison [pour laquelle] un autre travail [invalide est] qu'il se distrait de la vache, et là où il n'a pas eu l'intention d'un autre travail il n'y a pas de distraction. Et ainsi disons-nous plus loin : [si] une courge a été coupée avec elle, de l'avis de tous [elle est] valide.
🗂️ Tossefot (1)
נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ לְרַבָּנָן פָּרָה כְּשֵׁרָה וְאִם תֹּאמַר וְאוֹתָהּ וְלֹא אוֹתָהּ וַחֲבִירְתֵּהּ לְרַבָּנָן לָמָּה לִי אִי לְשׁוֹחֵט בְּהֵמָה אַחֶרֶת עִמָּהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִטַּעַם מְלָאכָה כְּמוֹ חָתַךְ דְּלַעַת עִמָּהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִיצְטְרִיךְ לְשׁוֹחֵט שְׁתֵּי פָּרוֹת וְנִתְכַּוֵּין לִשְׁחֹוט דְּמִשּׁוּם מְלָאכָה אַחֶרֶת לָא מִפִּסְלוֹ כֵּיוָן דִּשְׁתֵּיהֶן לְשֵׁם פָּרָה:
[Si] une autre bête à été abattue avec elle, pour les Sages la vache [est] valide — et si tu objectes : 'elle, et non elle et sa compagne', pour les Sages pourquoi [ce verset est-il] nécessaire ? si [c'est] pour celui qui abat une autre bête avec elle, qu'il le tire [plutôt] du motif du travail, comme [pour celui qui] a coupé une courge avec elle ! On peut dire qu'il [est] nécessaire pour celui qui abat deux vaches [rousses] et a eu l'intention de [les] abattre, [cas] où elles ne sont pas invalidées en raison d'un autre travail, puisque toutes deux [sont abattues] au titre de [la] vache [rousse].
💡 Explication

Fin de la règle de Rava sur la vache rousse (para aduma) : tout travail accompli en même temps que son abattage l'invalide. Si une autre bête profane est abattue en même temps, sans intention : pour Rabbi Natan, la chehita d'un profane sans intention vaut quand même chehita, donc l'autre bête est valide — et de ce fait un 'autre travail' s'est joint à l'abattage de la vache, qui devient invalide. Pour les Sages, une telle chehita ne vaut pas chehita : l'autre bête est invalide, donc aucun travail ne s'est joint, et la vache reste valide.

🖼️ Schéma
La vache rousse abattue avec une autre bête : Rabbi Natan vs les Sages Rabbi Natan les Sages (Rabbanan) Principe chehita de profane sans intention = valide chehita de profane sans intention = non valide La vache (para aduma) INVALIDE (passoul) un autre travail s'y est joint VALIDE (kechera) pas de travail joint L'autre bête (profane) VALIDE (kechera) sa chehita a pris INVALIDE (passoul) sa chehita n'a pas pris Les deux cas voisins (de l'avis de tous) : a coupé une courge AVEC INTENTION -> vache invalide (c'est un travail joint) une courge a été coupée SANS INTENTION -> vache valide
La vache rousse abattue avec une autre bête sans intention : positions inverses de Rabbi Natan et des Sages, et les deux cas de la courge.
2
פְּשִׁיטָא! נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת לְרַבִּי נָתָן אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: ״וְשָׁחַט אוֹתָהּ״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא אוֹתָהּ וַחֲבִירְתֵּהּ, וְהֵיכִי דָּמֵי – כְּגוֹן שֶׁשָּׁחַט שְׁתֵּי פָּרוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, אֲבָל בְּהֵמָה דְּחֻולִּין אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident ! [Pourquoi enseigner cela ?] [Mais le cas] 'une autre bête à été abattue [avec elle]' était nécessaire selon Rabbi Natan : il pourrait te venir à l'esprit de dire [que] le Miséricordieux a dit '[et] il l'abattra elle' — elle, et non elle et sa compagne ; et de quoi s'agit-il ? par exemple [le cas] où il a abattu deux vaches [rousses] ensemble ; mais une bête profane, dis [que] non [elle n'invalide pas la vache] — [c'est pourquoi le texte] nous fait savoir [qu'il en va de même].

📜 Rachi (3)
פְּשִׁיטָא אַכַּתִּי לָא שָׁמְעִינַן דְּכָל הָעוֹסְקִים בַּפָּרָה פּוֹסְלִין אוֹתָהּ בִּמְלָאכָה:
C'est évident — nous n'avons pas encore appris que tous ceux qui s'occupent de la vache l'invalident par un [autre] travail.
נִשְׁחֲטָה בְּהֵמָה אַחֶרֶת לֵר' נָתָן אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ דְּכֵיוָן דִּמְלָאכָה לָא מִיקַּרְיָא שֶׁלֹּא בְּכַווָּנָה כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן נֶחְתְּכָה דַּלַּעַת עִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה מִשּׁוּם שְׁחִיטַת חֲבִירְתֵּהּ נָמֵי אע"ג דִּשְׁחִיטָה שֶׁלֹּא בְּכַווָּנָה שְׁמָהּ שְׁחִיטָה הֲוָה אֲמִינָא לֹא תִּפְסֹול דִּוְשָׁחַט אוֹתָהּ מַשְׁמַע וְלֹא אוֹתָהּ וַחֲבֶירְתָּהּ וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן שֶׁשָּׁחַט שְׁתֵּי פָּרוֹת אֲדֻומּוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי:
'Une autre bête à été abattue' était nécessaire selon Rabbi Natan — car, puisque [agir] sans intention n'est pas appelé un travail — comme nous disons plus loin : [si] une courge a été coupée avec elle, de l'avis de tous [elle est] valide — en raison de la chehita de sa compagne [profane] aussi, bien que la chehita sans intention soit appelée chehita, il pourrait [te] venir [à l'esprit] de dire [qu']elle n'invalide pas, car '[et] il l'abattra elle' signifie 'elle et non elle et sa compagne', et de quoi s'agit-il ? par exemple [le cas] où il a abattu deux vaches rousses ensemble.
קמ"ל דְּחֻולִּין נָמֵי מַשְׁמַע אֲבָל רֵישָׁא דְּנִתְכַּוֵּין לְאַחֶרֶת לָא אִיצְטְרִיכָא דִּנְהִי נָמֵי דְּאוֹתָהּ וַחֲבִירְתֵּהּ מַשְׁמַע שְׁתֵּי פָּרוֹת אֲדֻומּוֹת מִיהוּ כֵּיוָן דְּנִתְכַּוֵּין לִמְלָאכָה אַחֶרֶת מִיפַּסְלָא מִשּׁוּם הֶיסַּח הַדַּעַת דְּלָא גָּרְעָה מֵחֲתִיכַת דְּלַעַת:
[Le texte] nous fait savoir — qu'un profane aussi est inclus [dans le sens du verset]. Mais le début [du cas], où il a eu l'intention pour une autre [bête], n'était pas nécessaire : car bien même que 'elle et sa compagne' signifie deux vaches rousses, néanmoins, puisqu'il a eu l'intention d'un autre travail, [la vache] est invalidée en raison de la distraction, [le cas] n'étant pas moindre que [celui de] couper une courge.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל פָּרָה דְּחֻולִּין אֵימָא לָא קמ"ל וא"ת דְּאָמַר בְּרֵישׁ זְבָחִים (דַּף ז.) שָׁחַט אַחַת עַל מִי שֶׁמְּחֻוייָּב חַטָּאת פְּסוּלָה עַל מִי שֶׁמְּחֻוייָּב עוֹלָה כְּשֵׁרָה דִּכְתִיב וְכִפֶּר עָלָיו וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ חֲבֵירוֹ דֻּומְיָא דִידֵיהּ שֶׁמְּחֻוייָּב חַטָּאת כְּמוֹתוֹ וְהָכָא נָמֵי נֵימָא אוֹתָהּ וְלֹא אוֹתָהּ וַחֲבִירְתֵּהּ דֻּומְיָא דִּידֵהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם וְכִפֶּר עָלָיו מַשְׁמַע עָלָיו מְכַפֵּר וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ מְכַפֵּר עַל הַמְחֻוייָּב חַטָּאת כָּזֶה דְּשַׁיְיכָא בֵּיהּ כַּפָּרָה זוֹ:
'Mais une [vache] profane, dis [que] non, [le texte] nous fait savoir' — et si tu objectes : il est dit au début de Zevahim (7a) : [s'il] a abattu [un sacrifice] pour celui qui est tenu d'un sacrifice expiatoire (hatat), [il est] invalide ; pour celui qui est tenu d'un holocauste (ola), [il est] valide, car il est écrit 'et il expiera pour lui' — pour lui, et non pour un autre ; [or] 'un autre' [doit être] semblable à lui, [c'est-à-dire] tenu d'une hatat comme lui ; et ici aussi, disons [que] 'elle et non elle et sa compagne' [vise] une [compagne] semblable à elle ! On peut dire que là, 'et il expiera pour lui' signifie 'sur lui [il] expie et non sur un autre' — [il] expie pour celui qui est tenu d'une hatat comme celui-ci, auquel se rattache cette expiation[-là].
💡 Explication

Objection : la règle est évidente. Réponse : ce cas devait être énoncé selon Rabbi Natan. On aurait pu croire que le verset 'il l'abattra elle' (et non elle et sa compagne) ne vise que l'abattage de deux vaches rousses ensemble (deux objets de même nature sacrée), mais que l'abattage joint d'une simple bête profane n'invalide pas la vache. Rava enseigne qu'il invalide tout de même.

3
חָתַךְ דְּלַעַת עִמָּהּ – דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, נֶחְתְּכָה דְּלַעַת עִמָּהּ – דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה.

[Si] il a coupé une courge avec elle [avec intention] — de l'avis de tous [elle est] invalide ; [si] une courge a été coupée avec elle [sans intention] — de l'avis de tous [elle est] valide.

📜 Rachi (2)
חָתַךְ דַּלַּעַת עִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה דְּהָא מְלָאכָה הִיא:
[Si] il a coupé une courge avec elle, de l'avis de tous [elle est] invalide — car c'est un travail.
נֶחְתְּכָה דַּלַּעַת עִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה דְּשָׁלָא בְּכַוָּונָה לָא מִיקְּרֵי עוֹסֵק בִּמְלָאכָה וְרֵישָׁא לְרַבִּי נָתָן טַעְמָא דִּכְתִיב וְשָׁחַט אוֹתָהּ וְלֹא חֲבִירְתֵּהּ עִמָּהּ וְשֶׁלֹּא בְּכַווָּנָה נָמֵי שְׁמָהּ שְׁחִיטָה:
[Si] une courge a été coupée avec elle, de l'avis de tous [elle est] valide — car [agir] sans intention n'est pas appelé 'occupé à un travail' ; et le début [du cas, l'invalidation] selon Rabbi Natan [tient] au motif qu'il est écrit 'il l'abattra elle' — et non sa compagne avec elle — [et] sans intention aussi [cela] est appelé chehita.
💡 Explication

Rava ajoute les deux cas de la courge (delaat), tranchés à l'unanimité. Couper une courge avec intention, en même temps que la vache : c'est un véritable travail joint à l'abattage — la vache est invalide. Si une courge a été coupée sans intention : ce n'est pas un travail (point de distraction), et ce n'est pas non plus exclu par 'il l'abattra elle' (qui ne vise que ce qui est de la nature d'une chehita) — la vache reste valide.

4
מַתְנִי׳ נָפְלָה סַכִּין וְהִגְבִּיהָהּ, נָפְלוּ כֵּלָיו וְהִגְבִּיהָן, הִשְׁחִיז אֶת הַסַּכִּין וְעָף, בָּא חֲבֵירוֹ וְשָׁחַט, אִם שָׁהָה כְּדֵי שְׁחִיטָה – פְּסוּלָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אִם שָׁהָה כְדֵי בִיקּוּר.

MICHNA. [Si] le couteau est tombé et [qu']il l'a relevé, [si] ses vêtements sont tombés et [qu']il les a relevés, [s']il a aiguisé le couteau et [s']est épuisé, [et qu']un autre est venu et a abattu — s'il s'est interrompu le temps d'un abattage (kedei chehita), [l'abattage est] invalide.

Rabbi Chimon dit : [seulement] s'il s'est interrompu le temps d'un examen (kedei bikour).

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' נָפְלָה סַכִּין וְהִגְבִּיהָהּ וְשָׁהָה בְּהַגְבָּהָה זוֹ:
MICHNA. [Si] le couteau est tombé et [qu']il l'a relevé — et [qu']il s'est interrompu dans cette action de [le] relever.
כֵּלָיו בְּגָדָיו:
Ses vêtements (kelav) — ses habits.
אוֹ שֶׁהִשְׁחִיז אֶת הַסַּכִּין קֹודֶם שְׁחִיטָה:
Ou [s']il a aiguisé le couteau — avant l'abattage.
וְעָף נִתְייַגֵּעַ וּכְשֶׁהִתְחִיל לִשְׁחֹוט לֹא הָיָה בּוֹ כֹּחַ וּפָסַק שְׁחִיטָתוֹ וּבָא חֲבֵירוֹ וְשָׁחַט:
Et [s']est épuisé — il s'est fatigué, et lorsqu'il a commencé à abattre il n'avait pas la force [nécessaire], il a interrompu son abattage, et un autre est venu et a abattu.
כְּדֵי בִּיקּוּר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Le temps d'un examen — [cela] est expliqué dans la Guemara.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' נָפְלָה סַכִּין וְהִגְבִּיהַּ נָפְלוּ כֵּלָיו וְהִגְבִּיהָן הִשְׁחִיז אֶת הַסַּכִּין וְעָף וּבָא חֲבֵירוֹ וְשָׁחַט אִם שָׁהָה כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחֶרֶת פְּסוּלָה ר"ש אוֹמֵר כְּדֵי בִּיקּוּר:
MICHNA. [Si] le couteau est tombé et [qu']il l'a relevé, [si] ses vêtements sont tombés et [qu']il les a relevés, [s']il a aiguisé le couteau et [s']est épuisé, et [qu']un autre est venu et a abattu — s'il s'est interrompu le temps de l'abattage d'une autre bête (kedei chehitat behema aheret), [l'abattage est] passoul (invalide). Rabbi Chimon dit : le temps d'un examen (kedei bikour).
💡 Explication

La michna traite de l'interruption (chehiya) au milieu de l'abattage. Si, le couteau ou les vêtements étant tombés, ou l'abatteur s'étant épuisé (après avoir aiguisé) au point qu'un autre doive achever, il y a une pause d'une durée d'un abattage entier (kedei chehita), l'abattage est invalide. Rabbi Chimon abaisse le seuil : la pause invalide dès qu'elle atteint la durée d'un simple examen (kedei bikour) du couteau.

5
גְּמָ׳ מַאי כְּדֵי שְׁחִיטָה? אָמַר רַב: כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחֶרֶת.

GUEMARA. Qu'est-ce que 'le temps d'un abattage' ?

Rav a dit : le temps de l'abattage d'une autre bête.

📜 Rachi (1)
גְּמָ' מַאי כְּדֵי שְׁחִיטָה אָמַר רַב כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחֶרֶת וְלָא תֵּימָא כְּדֵי שֶׁיִּגְמֹור שְׁחִיטָתוֹ וְתוּ לָא:
GUEMARA. Qu'est-ce que 'le temps d'un abattage' ? Rav a dit : le temps de l'abattage d'une autre bête — et ne dis pas [que cela signifie] le temps qu'il achève son [propre] abattage, et rien de plus.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאי כְּדֵי שְׁחִיטָה רַב אָמַר כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחֶרֶת וְלֹא בִּגְמַר אוֹתָהּ שְׁחִיטָה. אִיתְּמַר רַב אָמַר כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה לִבְהֵמָה וְעוֹף לְעוֹף. וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֲפִילּוּ בְּהֵמָה לְעוֹף. כִּי אֲתָא רָבִין א"ר יוֹחָנָן אֲפִילּוּ בְּהֵמָה לְעוֹף וְר' חֲנִינָא אָמַר כְּדֵי שֶׁיָּבִיא בְּהֵמָה אַחֶרֶת וְיִשְׁחֹוט יָבִיא וְאַפֵּי' מֵעָלְמָא א"כ נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין. א"ר פָּפָּא עוֹמֶדֶת לְהַטִּיל אִיכָּא בֵּינַייְהוּ ה"ג רַשִׁ"י. וּפֵירֵשׁ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וּדְרַבִּי חֲנִינָא. דְּרַבִּי יוֹחָנָן לֹא מַצְרִיךְ אֶלָּא כְּדֵי שְׁחִיטָה. וְרַבִּי חֲנִינָא מַצְרִיךְ כְּדֵי הַטָּלֶה וּשְׁחִיטָה. וְאֵין גִּירְסָא זוֹ נְכוֹנָה. דְּרַב פַּפָּא לֹא בָּא אֶלָּא לְתָרֵץ מַה שֶׁהִקְשָׁה נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין. הִלְכָּךְ נִרְאֶה כַּסְּפָרִים דְּגָרְסִי אָמַר רַב פָּפָּא בְּעוֹמֶדֶת לְהַטִּילָהּ כְּלוֹמַר הָא דְּאָמַר ר' חֲנִינָא יָבִיא בְּהֵמָה אַחֶרֶת הַיְינוּ בְּעוֹמֶדֶת כָּאן וְאֵינָהּ מְחֻוסֶּרֶת אֶלָּא הַטָּלֶה: אָמְרִי בְּמַעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כְּדֵי שֶׁיַּגְבִּיהֶנָּה וְיַרְבִּיצֶנָּה וְיִשְׁחֹוט גַּסָּה לְגַסָּה וְדַקָּה לְדַקָּה. וּפָסַק רַשִׁ"י הֲלָכָה כְּרַב מִשּׁוּם דְּקָסָבַר רַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא כְּוָותֵיהּ וְאָמַר דַּקָּה לְדַקָּה. וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דה"ה עוֹף לְעוֹף. וְאֶפְשָׁר דְּלָא פָּסַק כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' תְּנֵינָא אֶלָּא בְּמַה שֶׁנֶּחְלְקוּ רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן וְהִכְרִיעַ הוּא בֵּינַיְיהוּ. אֲבָל בְּמַה שֶׁהִשְׁווּ רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל דְּלָא בָּעֵינַן שִׁיעוּר הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה הֲלָכָה כְּמוֹתָם וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא. אֲבָל לְפִי אוֹתָהּ גִּירְסָא שֶׁהִיא עִיקָּר דְּגָרְסִינַן אָמַר רַב פָּפָּא בְּעוֹמֶדֶת לְהַטִּיל נִרְאֶה דְּרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל לֹא דִּבְּרוּ כְּלוּם בְּשִׁיעוּר הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה. וְלֹא בָּאוּ לְפָרֵשׁ אֶלָּא שְׁחִיטָה דְּמַתְנִיתִין אִי מְשַׁעֲרִינַן בִּשְׁחִיעַת בְּהֵמָה לָעוֹף אוֹ נֹאמַר בְּהֵמָה לִבְהֵמָה וְעוֹף לְעוֹף. אֲבָל כְּדֵי שְׁחִיטָה לֹא בָּאוּ לְפָרֵשׁ אִם נֹאמַר שִׁיעוּר שְׁהִייַּת שְׁחִיטָה לְבַדָּהּ אוֹ שֶׁמָּא הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה הָוֵי בִּכְלַל כְּדֵי שְׁחִיטָה. וּמַה שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּ הֵם בָּא ר' חֲנִינָא וּפֵירְשָׁהּ וְאַמַּתְנִיתִין קָאֵי וְלֹא עַל דִּבְרֵי רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן. וְאֵין שׁוּם אָמוֹרָא חוֹלֵק עַל רַבִּי חֲנִינָא. וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ דִּבְרֵי רַב אִלְפָּס זַ"ל שֶׁהֲרֵי הֵבִיא כָּל דִּבְרֵי רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל וּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל. וְהֵבִיא דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא כְּדֵי שֶׁיַּגְבִּיהֶנָּה וְיַרְבִּיצֶנָּה וְיִשְׁחֹוט דַּקָּה לְדַקָּה וְגַסָּה לְגַסָּה. וּמֵאַחַר שֶׁפָּסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וּשְׁמוּאֵל דַּאֲפִילּוּ בְּהֵמָה לְעוֹף כָּל שֶׁכֵּן דִּמְשַׁעֲרִינַן בִּשְׁהִייַּת גַּסָּה לְדַקָּה. אֶלָּא לֹא הֵבִיא רַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא אֶלָּא לִפְסַק הֲלָכָה דְּהַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה וּלְהַשְׁמִיעֵנוּ דְּעַל זֶה לֹא נֶחְלְקוּ רַב וּשְׁמוּאֵל וְרַבִּי יוֹחָנָן. וּמַה שֶׁלֹּא הֵבִיא דְּרַבִּי חֲנִינָא שֶׁגַּם הוּא אִית לֵיהּ שִׁיעוּר הַרְבָּצָה וּבְהָכִי הָוֵי נִיחָא טְפֵי כִּי אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא בְּכָל דְּבָרָיו. לְפִי שֶׁרַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא פֵּירֵשׁ טְפֵי שִׁיעוּר הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה. כִּי יֵשׁ לְדַקְדֵּק מֵאַחַר שֶׁפָּסַק רַב אִלְפָּס הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר בְּהֵמָה לְעוֹף וּפָסַק נָמֵי הֲלָכָה דְּבָעֵינַן שְׁהִיָּיה כְּדֵי הַרְבָּצָה כִּי מְשַׁעֲרִינַן בְּהֵמָה לְעוֹף אִי מְשַׁעֲרִינַן כְּשִׁיעוּר הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה בְּהֵמָה לְעוֹף אִי כְּשִׁיעוּר שְׁחִיטַת בְּהֵמָה לְחוּדָהּ. וּמִסְתַּבֵּר דְּבִשְׁחִיטַת בְּהֵמָה לְחוּדָהּ מְשַׁעֲרִינַן וְלָא מַקְּלִינַן כֻּולֵּי הַאי לְשַׁעֵר בְּהַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה דִּבְהֵמָה לָעוֹף. וּבְהָכִי נִיחָא מַה שֶׁהֵבִיא דָּר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא לְפִי שֶׁפֵּירֵשׁ בִּדְבָרָיו הַגְבָּהָה וְהַרְבָּצָה דַּקָּה לְדַקָּה וְגַסָּה לְגַסָּה וְעוֹף לְעוֹף. ואע"ג דְּאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ. בִּשְׁחִיטַת דַּקָּה לְדַקָּה. בְּהַגְבָּהָה וּבְהַרְבָּצָה דַּקָּה לְדַקָּה הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ. וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ דִּבְרֵי רַבִּי חֲנִינָא מִדְּקָאָמַר כְּדֵי שֶׁיָּבִיא בְּהֵמָה אַחֶרֶת מַשְׁמַע בְּהֵמָה אַחֶרֶת כַּיּוֹצֵא בְּזוֹ מִדְּלָא קָאָמַר שֶׁיָּבִיא בְּהֵמָה וְיִשְׁחֹוט. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל כָּתַב וּבָעוֹף כְּדֵי שֶׁיַּגְבִּיהַּ בְּהֵמָה דַּקָּה וְיַרְבִּיצֶנָּה וְיִשְׁחֹוט. וְנִרְאִין דְּבָרָיו זוֹ כְּמוֹ פְּשָׁרָה וְאֵין נִרְאִין דְּבָרָיו דְּכֵיוָן דִּמְקִילִּינַן לְפִי דְּבָרָיו לְשַׁעֵר בְּהַרְבָּצַת בְּהֵמָה לְעוֹף לָמָּה לֹא נְשַׁעֵר בְּהַרְבָּצַת בְּהֵמָה גַּסָּה לְעוֹף. וְעוֹד שֶׁכָּתַב דִּמְשַׁעֲרִינַן בְּהַרְבָּצַת דַּקָּה לְדַקָּה וְלַח בְּהַרְבָּצַת גַּסָּה לְדַקָּה וא"כ לָמָּה נָקֵל בְּעוֹף לְשַׁעֵר בְּהַרְבָּצַת בְּהֵמָה. וְגַם כָּתַב אִם שָׁהָה כְּדֵי שֶׁיַּגְבִּיהֶנָּה וְיַרְבִּיצֶנָּה וּכְדֵי שֶׁיִּשְׁחֹוט שְׁחִיטָה גְּמוּרָה הֲרֵי זוֹ סְפֵק נְבֵלָה וְלֹא יָדַעְתִּי לָמָּה הִכְנִיס סָפֵק בַּדָּבָר דְּוַדַּאי נְבֵלָה הִיא. וּמִדְּקָאָמַר שְׁחִיטָה גְּמוּרָה מַשְׁמַע כְּדֵי שְׁחִיטַת כָּל הַסִּימָנִים וְלֹא מִסְתַּבֵּר כֵּן דִּבְרֹוב סִימָנִין סַגִּי. ואע"ג דִּמְקִילִּינַן לְהַצְרִיךְ כְּדֵי הַרְבָּצָה. לְפִי שֶׁהַרְבָּצָה הָוֵי בִּכְלַל כְּדֵי שְׁחִיטָה לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְשָׁחֲטָה עַד שֶׁיַּרְבִּיצֶנָּה. אֲבָל מִכִּי שָׁחַט רֹוב סִימָנִין אָזְלָא לָהּ הֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה: אָמַר רָבָא הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין רָעָה אֲפִילּוּ הוֹלִיךְ וְהֵבִיא כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ כָּשֵׁר. בָּעֵי רָבָא שְׁהִיּוֹת מַהוּ שֶׁיִּצְטָרְפוּ. וְתִפְשׁוֹט לָהּ מִדִּידֵיהּ. הָתָם בִּדְלָא שָׁהָה. בָּעֵי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן שָׁהָה בְּמִיעוּט סִימָנִין מַהוּ תֵּיקוּ. וְכָל תֵּיקוּ דְּאִיסּוּרָא לְחוּמְרָא.
GUEMARA. Qu'est-ce que 'le temps d'un abattage' (kedei chehita) ? Rav a dit : le temps de l'abattage d'une autre bête, et non [le temps qu'il faut] pour achever cet abattage-ci. Il a été énoncé [comme tranché amoraique] : Rav a dit — le temps de l'abattage d'une bête pour une bête, et d'un oiseau pour un oiseau. Et Chmouel a dit : même [le temps d']une bête pour un oiseau. Quand Ravin vint [de Terre d'Israël], il dit [au nom de] Rabbi Yo'hanan : même [le temps d']une bête pour un oiseau. Et Rabbi Hanina a dit : le temps qu'il amène une autre bête et [l']abatte. Amènerait-il [même] de n'importe où ? [Si oui,] tu rends alors ta parole [dépendante] des circonstances (chiourin, mesures variables). Rav Papa a dit : [le cas d'une bête] qui se tient [déjà là] mais qu'il faut [encore] jeter [à terre], voilà [la différence] entre eux. Ainsi est la leçon (girsa) de Rachi. Et il a expliqué : la différence entre eux [porte] sur [les avis] de Rabbi Yo'hanan et de Rabbi Hanina : Rabbi Yo'hanan ne requiert que le temps d'un abattage, tandis que Rabbi Hanina requiert le temps de [la] jeter à terre (hatala) et de [l']abattre. Mais cette leçon n'est pas correcte, car Rav Papa n'est venu que résoudre la difficulté [posée par] 'tu rends ta parole [dépendante] des circonstances'. C'est pourquoi il paraît [préférable de suivre] les livres qui lisent : Rav Papa a dit : [le cas d'une bête] qui se tient [déjà là] mais qu'il faut [encore] jeter à terre. C'est-à-dire : ce que Rabbi Hanina a dit — 'qu'il amène une autre bête' — [vise] le cas où elle se tient ici et ne lui manque que d'être jetée à terre. On dit en Occident (Terre d'Israël) au nom de Rabbi Yossi bar Hanina : le temps qu'il la soulève, la couche [à terre] et l'abatte — [bête] menue pour [bête] menue et grosse pour grosse. Et Rachi a tranché la halakha comme Rav, parce qu'il [Rachi] tient que Rabbi Yossi bar Hanina [se prononce] comme lui [Rav] en disant 'menue pour menue', et de la même [règle] on entend de soi-même [qu'il en va] 'oiseau pour oiseau'. Or il est possible qu'il [Rabbi Yossi bar Hanina] n'ait tranché comme [Rav] que sur ce en quoi Rav et Rabbi Yo'hanan divergeaient, ou il a arbitré entre eux ; mais sur ce en quoi Rav, Rabbi Yo'hanan et Chmouel s'accordaient — [à savoir] que nous n'exigeons pas la mesure [du temps] de soulever (hagbaha) et de coucher (harbatza) — la halakha est comme eux, et non comme Rabbi Yossi bar Hanina. Mais selon cette leçon qui est la principale, où nous lisons 'Rav Papa a dit : [le cas d'une bête] qui se tient [déjà là] mais qu'il faut [encore] jeter à terre', il paraît que Rav, Rabbi Yo'hanan et Chmouel n'ont rien dit au sujet de la mesure [du temps] de soulever et de coucher ; ils ne sont venus expliquer que [la mesure de] la chehita de la michna : mesurons-nous par l'abattage d'une bête [même] pour un oiseau, ou disons-nous [une] bête pour [une] bête et un oiseau pour un oiseau ? Mais [pour] 'le temps d'un abattage' — [savoir] si l'on dit [que c'est] la mesure de la durée de l'abattage seul, ou bien [si] le soulever et le coucher entrent dans [la notion de] 'le temps d'un abattage' — ils ne sont pas venus l'expliquer. Et ce qu'ils n'ont pas expliqué, Rabbi Hanina est venu l'expliquer, et il se rapporte à la michna et non aux paroles de Rav et de Rabbi Yo'hanan ; et aucun Amora ne diverge de Rabbi Hanina. Et de même il ressort des paroles de Rav Alfas [le Rif], de mémoire bénie, car il a rapporté toutes les paroles de Rav, de Rabbi Yo'hanan et de Chmouel, et a tranché la halakha comme Rabbi Yo'hanan et Chmouel. Et il a rapporté les paroles de Rabbi Yossi bar Hanina — 'le temps qu'il la soulève, la couche et l'abatte, menue pour menue et grosse pour grosse'. Or, puisqu'il a tranché la halakha comme Rabbi Yo'hanan et Chmouel [selon lesquels on mesure] même [par] une bête pour un oiseau, à plus forte raison mesurons-nous [pour une bête menue] par la durée [d'abattage] d'une [bête] grosse pour une menue. Il n'a donc rapporté Rabbi Yossi bar Hanina que pour trancher la halakha du soulever et du coucher, et pour nous faire savoir que sur cela Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan ne divergeaient pas. Et s'il n'a pas rapporté Rabbi Hanina, qui lui aussi tient [qu'il faut] la mesure du coucher — [c'est] parce qu'il est plus aisé ainsi, car la halakha n'est pas comme Rabbi Yossi bar Hanina en toutes ses paroles, du fait que Rabbi Yossi bar Hanina a expliqué davantage la mesure du soulever et du coucher. Car il y a lieu de scruter : puisque Rav Alfas a tranché la halakha comme Rabbi Yo'hanan, qui dit 'une bête pour un oiseau', et a tranché aussi la halakha [selon laquelle] nous exigeons une interruption [du] temps du coucher — quand nous mesurons [une] bête pour un oiseau, mesurons-nous selon la mesure du soulever et du coucher d'une bête pour un oiseau, ou selon la mesure de l'abattage d'une bête seul ? Et il est raisonnable [de dire] que nous mesurons par l'abattage d'une bête seul, et que nous ne sommes pas indulgents jusqu'à mesurer par le soulever et le coucher d'une bête pour un oiseau. Et ainsi s'explique aisément ce qu'il a rapporté de Rabbi Yossi bar Hanina : parce qu'il a expliqué en ses paroles le soulever et le coucher 'menue pour menue et grosse pour grosse et oiseau pour oiseau'. Et bien que la halakha ne soit pas comme lui pour l'abattage 'menue pour menue', [pour ce qui est] du soulever et du coucher 'menue pour menue' la halakha est comme lui. Et de même il ressort des paroles de Rabbi Hanina : du fait qu'il dit 'le temps qu'il amène une autre bête', cela implique une autre bête semblable à celle-ci, puisqu'il ne dit pas 'qu'il amène une bête et [l']abatte'. Et le Rambam, de mémoire bénie, a écrit : 'et pour l'oiseau, le temps qu'il soulève une bête menue, la couche et l'abatte'. Et ses paroles paraissent comme un compromis, mais ses paroles ne paraissent pas [justes] : car puisque nous sommes indulgents, selon ses paroles, [au point] de mesurer par le coucher d'une bête pour un oiseau, pourquoi ne mesurerions-nous pas par le coucher d'une bête grosse pour un oiseau ? Et de plus il a écrit que nous mesurons par le coucher d'une [bête] menue pour une menue, mais non par le coucher d'une grosse pour une menue ; si donc [tel est le cas], pourquoi serions-nous indulgents pour l'oiseau [au point] de mesurer par le coucher d'une bête ? Et il a écrit aussi : 's'il s'est interrompu le temps qu'il la soulève, la couche et le temps qu'il abatte un abattage complet, voilà un doute de nevela'. Et je ne sais pas pourquoi il a introduit un doute (safek) en la chose, car [c'est] certainement une nevela (charogne). Et du fait qu'il dit 'un abattage complet', cela implique [qu'il faut] le temps de l'abattage de tous les simanim ; mais [ce] n'est pas raisonnable ainsi, car [couper] la plupart des simanim (rov simanin) suffit. Et bien que nous soyons indulgents [au point] d'exiger [seulement] le temps du coucher — parce que le coucher entre dans [la notion de] 'le temps d'un abattage', du fait qu'il ne peut l'abattre tant qu'il ne l'a couchée — [pour autant], dès lors qu'il a abattu la plupart des simanim, la validité de l'abattage (hekhcher chehita) s'en va [est acquise]. Rava a dit : celui qui abat avec un mauvais couteau (sakin raa), même s'il a mené et ramené [le couteau] toute la journée entière, [l'abattage est] kacher (valide). Rava a demandé : les interruptions (chehiyot), peuvent-elles se cumuler ? Et qu'il [le] résolve de son propre [enseignement] ! Là [dans le cas du mauvais couteau, il s'agissait] du cas où il ne s'est pas interrompu [du tout]. Rav Houna, fils de Rav Natan, a demandé : [s']il s'est interrompu sur la minorité des simanim (miout simanin), quoi [le statut] ? [La question] demeure (teikou). Et tout teikou [portant] sur un interdit — [on tranche] par rigueur.
💡 Explication

La Guemara précise la mesure. 'Le temps d'un abattage' (kedei chehita) ne signifie pas le temps qu'il faudrait pour achever cet abattage-ci, mais — selon Rav — le temps d'abattre une autre bête entière.

6
אָמְרִי לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב: כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה לִבְהֵמָה, וְעוֹף לָעוֹף, אוֹ דִּלְמָא אַף בְּהֵמָה לְעוֹף?

Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : [est-ce] le temps de l'abattage d'une bête pour une bête, et [d']un oiseau pour un oiseau ; ou peut-être [le temps d']une bête même pour un oiseau ?

📜 Rachi (2)
בְּהֵמָה לִבְהֵמָה וְעוֹף לְעוֹף כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה אַחֶרֶת מְשַׁעֲרִין לִשְׁהִייַּת שְׁחִיטַת בְּהֵמָה וּבִכְדֵי שְׁחִיטַת עוֹף אַחֵר מְשַׁעֲרִינַן לִשְׁהִיַּית שְׁחִיטַת עוֹף:
Une bête pour une bête, et un oiseau pour un oiseau — le temps de l'abattage d'une autre bête, [voilà] par quoi on mesure l'interruption de l'abattage d'une bête ; et par le temps de l'abattage d'un autre oiseau on mesure l'interruption de l'abattage d'un oiseau.
אוֹ דִּילְמָא אֲפִילּוּ בִּכְדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה מְשַׁעֲרִינַן לִשְׁהִיַּית שְׁחִיטַת הָעוֹף דְּהַיְינוּ קֻולָּא:
Ou peut-être même — par le temps de l'abattage d'une bête on mesure l'interruption de l'abattage de l'oiseau, ce qui est une indulgence.
⚖️ Rosh (1)
בָּעֵי רַב פָּפָּא הֶחְלִיד בְּמִיעוּט סִימָנִין מַהוּ תֵּיקוּ וּלְעֵיל בפ"ק כָּתַבְתִּי מַה שפרש"י דְּאַיְּירִי בְּמִיעוּט בָּתְרָא וּפָסַק כֵּיוָן דְּלָא אִיפְּשִׁיטָא עָבְדִינַן לְחוּמְרָא וּפָסְלִינַן חֲלָדָה וְהַגָּרְמָה וּשְׁהִיָּיה בְּמִיעוּט בָּתְרָא ור"ת הִקְשָׁה עַל פרש"י מֵהָא דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא שָׁחַט רֹוב גַּרְגֶּרֶת בְּעוֹף אע"פ שֶׁשָּׁהָה זְמַן מְרֻובֶּה שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה וּפֵירֵשׁ ר"ת הֶחֱלִיד בְּמִיעוּט סִימָנִין הַיְינוּ בְּמִיעוּט קַמָּא וְקָבָעֵי לְרַב יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר תַּחַת הָעוֹר דִּילְמָא אִם תָּחַב הַסַּכִּין תַּחַת מִיעוּט הַסִּימָן וְחָתַךְ הָרֹוב הָוֵי חֲלָדָה טְפֵי אוֹ דִּילְמָא אֲפִילּוּ לְאָמְרִי דְּבֵי רַב דְּאָמְרִי תַּחַת הָעוֹר אֵינִי יוֹדֵעַ הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּשְׁחִיטָה לָא שַׁייְכָא בָּעוֹר וְהָוֵי חֲלָדָה לְפִי שֶׁהוּא שָׁלֵם אֲבָל סִימָנִין דְּשַׁיְיכָא בְּהוּ שְׁחִיטָה וְאַפֵּ"ה אֵין צָרִיךְ לִשְׁחֹוט אֶלָּא הָרֹוב הַאי מִיעוּט שֶׁעַל הַסַּכִּין הָוֵי כְּאִילּוּ כְּבָר נֶחְתַּךְ לָא הָוֵי חֲלָדָה א"נ קָמִיבְּעֵי לֵיהּ כְּשֶׁתָּחַב הַסַּכִּין תַּחַת מִיעוּט קַמָּא וּשְׁחָטוֹ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה וְאַחַ"כּ שָׁחַט אֶת הָרֹוב כְּדַרְכָּן וְכֵן שָׁהָה בְּמִיעוּט סִימָנִין מְפָרֵשׁ ר"ת בְּמִיעוּט קַמָּא דְּוֵושֶׁט וּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אע"ג דְּמִיטַּרְפָא בִּנְקִיבַת הַוֶּושֶׁט דִּילְמָא לֹא פָּסְלָה שְׁהִיָּיה אֶלָּא בְּמִידֵּי דְּמִנְּבֵלָה בֵּיהּ כְּגוֹן אַחַר רֹוב סִימָן. אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא. וּלְפֵירוּשׁוֹ את"ל דְּכָשֵׁר אַף בְּמִיעוּט קַמָּא לֹא פָּסְלָה שְׁהִייָּה בְּעוֹף מִן הַתּוֹרָה דְּהֶכְשֵׁירוֹ בְּרוֹב אֶחָד. וְהָא דְּאָמַר לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף לב.) גַּבֵּי שְׁהִייָּה כְּדֵי בְּהֵמָה לִבְהֵמָה וְעוֹף לְעוֹף הַיְינוּ מִדְּרַבָּנָן. וְדֹוחַק הוּא וְגַם לְפֵירוּשׁוֹ קָשֶׁה מֵהָא דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא שָׁחַט מִיעוּט ווֵשֶׁט וְשָׁהָה כְּדֵי שְׁהִייַּת שְׁחִיטָה פְּסוּלָה אַלְמָא יֵשׁ שְׁהִיָּיה בְּמִיעוּט קַמָּא וְאַמַּאי סָלְקָא בְּתֵיקוּ וְלֹא הֵבִיא הַבָּרַיְיתָא לִפְשֹׁוט. וא"ת לֹא יָדַע בַּעַל הַשַּׁ"ס. א"כ לֹא קָשֶׁה נָמֵי מַה שֶׁהִקְשָׁה לפרש"י בְּמִיעוּט בָּתְרָא מִבָּרַייְתָא דְּתוֹסֶפְתָּא וּמִיהוּ לָא דָּמֵי דְּקָשֶׁה מִן הַבָּרַיְיתָא לִפְסַק רַשִׁ"י וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל מַכְשִׁיר בְּמִיעוּט בָּתְרָא אִם שָׁהָה בּוֹ אוֹ שֶׁהֶחֱלִיד אוֹ הַגֵּרִים אוֹ דָּרַס כֵּיוָן שֶׁנִּשְׁחַט הָרֹוב כָּרָאוּי. וְאֶפְשָׁר שֶׁסָּמַךְ עַל הַתּוֹסֶפְתָּא שֶׁמִּכְּשֵׁרָה שְׁהִיָּיה בְּמִיעוּט בָּתְרָא וה"ה לְכֻולָּן. וְכֵן הַגְרָמָה מַכְשְׁרִי רַבָּנָן לְעֵיל (חֻולִּין דַּף יט.) בְּמִיעוּט בָּתְרָא וְאִיכָּא לְמֵימַר כֵּיוָן דְּסָלֵיק גְּמָרָא בְּתֵיקוּ בְּבַעְיָא דְּחֻלְדָּה וּשְׁהִייָּה יֵשׁ לָנוּ לְהַחְמִיר כְּדִבְרֵי רַשִׁ"י דְּמִסְתַּבֵּר טְפֵי לְמֵימַר שֶׁלֹּא רָצָה בַּעַל הַשַּׁ"ס לְהָבִיא הַבָּרַיְיתָא הַשְּׁנוּיָה בַּתּוֹסֶפְתָּא הַמַּכְשֶׁרֶת בְּמִיעוּט בָּתְרָא וְלִפְשׁוֹט הַבַּעְיָא מִשּׁוּם דְּקִים לֵיהּ דְּלָא מִיתַּנְיָא בַּר' חִיָּיא וְר' אוֹשַׁעְיָא אֵין לִסְמֹוךְ עָלֶיהָ מִמַּה שֶׁנֶּאֱמַר שֶׁלֹּא יָדַע בַּעַל הַשַּׁ"ס. וּמִסְתַּבֵּר שֶׁכָּל תּוֹסֶפְתָּא שֶׁלֹּא נִתְפַּשְּׁטָה עַד אַחַר סִידּוּר הַשַּׁ"ס לָאו דְּסָמְכָא הִיא. דְּמִסְּתָמָא כֵּיוָן שֶׁרָצוּ חַכְמֵי בְּיִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת חִבּוּר קַיָּים אֱמֶת חָקְרוּ וְחָזְרוּ לֵידַע כָּל הַסְּפָרִים שֶׁנִּכְתְּבוּ עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים וּבֵירְרוּ אוֹתָם שֶׁהֵם בַּר סַמְכָא וְעַל יָדָם חֲבֵרוֹ הַשַּׁ"ס הִילְכָּךְ אֵין לִסְמֹוךְ עַל תּוֹסֶפְתָּא זוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵין בַּעַל הַשַּׁ"ס מַסְכִּים עָלֶיהָ. וְהָא דְּמַכְשַׁר הַגְרָמָה בְּמִיעוּט בָּתְרָא כְּבָר כָּתַבְתִּי לְעֵיל מַה שֶׁמְּחַלֵּק הר"י בַּר' מֵאִיר זַ"ל בֵּין הַגְרָמָה לִשְׁאָר פְּסוּלֵי שְׁחִיטָה. וְהַפֵּירוּשׁ הַנָּכוֹן הוּא שֶׁפֵּירֵשׁ ה"ר אוֹשַׁעְיָא הֶחֱלִיד בְּמִיעוּט סִימָנִין הַייְנוּ אַחַר שֶׁשָּׁחַט רֹוב סִימָן אֶחָד בַּבְּהֵמָה הֶחֱלִיד הַסַּכִּין תַּחַת אוֹתוֹ מִיעוּט הַנִּשְׁאָר וְשָׁחַט מִיעוּט הַשֵּׁנִי אַף את"ל תַּחַת הָעוֹר וְצֶמֶר מְסֻובָּךְ וּמַטְלִית לָא הָוְיָא חֲלָדָה הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיבֵי בִּבְהֵמָה. אוֹ דִּילְמָא אַף את"ל דְּתָחַב הָוֵי חֲלָדָה הָכָא שָׁאנֵי כֵּיוָן שֶׁנִּשְׁחַט הָרֹוב הַמִּיעוּט הַנִּשְׁאָר כְּחָתוּךְ דָּמֵי וְשָׁהָה בְּמִיעוּט סִימָנִין מְפָרֵשׁ דְּקָאֵי אֶשְׁחַט בְּסַכִּין רָעָה וּמִבַּעְיָא אִם שָׁחַט רֹוב אֶחָד בַּבְּהֵמָה וְהוֹלִיךְ וְהֵבִיא כָּל הַיּוֹם עַל הַמִּיעוּט הַנִּשְׁאָר מַהוּ. דִּילְמָא הָא דְּמַכְשְׁרִינַן בְּהוֹלִיךְ וְהֵבִיא כָּל הַיּוֹם הַיְינוּ כְּשֶׁמִּתְעַסֵּק לַחְתֹּוךְ הַסִּימָנִים. אֲבָל כְּשֶׁנֶּחְתַּךְ רֹוב הַסִּימָן הָוֵי כְּאִילּוּ נֶחְתַּךְ כֻּולּוֹ וּמוֹלִיךְ וּמֵבִיא בְּמִיעוּט הַנִּשְׁאָר הָוֵי כְּאִילּוּ מוֹלִיךְ וּמֵבִיא בְּיָדָהּ אוֹ בְּרַגְלָהּ וְהָוֵי שְׁהִיָּיה. וּלְפֵירוּשׁ זֶה לֹא שַׁייָּךְ כְּלָל לְהַהִיא דְּתוֹסֶפְתָּא. וּבְאַשְׁכְּנַז וּבְצָרְפַת נָהֲגוּ לְהַחְמִיר כְּדִבְרֵי רַשִׁ"י. וּתְמֵיהֵנִי עַל רַב אִלְפָּס זַ"ל שֶׁלֹּא הֵבִיא בָּעֲיָא דְּחֻלְדָּה וְהֵבִיא בָּעֲיָא דִּשְׁהִיָּיה:
Rav Papa a demandé : [s']il a glissé [le couteau] (hehlid) sur la minorité des simanim, quoi [le statut] ? [La question] demeure (teikou). Plus haut, au premier chapitre, j'ai écrit ce qu'a expliqué Rachi — qu'il s'agit de la minorité dernière (miout batra) — et il a tranché : puisque [la question] n'a pas été résolue, nous agissons par rigueur et invalidons [en cas de] halada, hagrama et chehiya [portant] sur la minorité dernière. Et Rabbenou Tam a objecté contre l'explication de Rachi à partir de ce qui est enseigné dans la Tossefta : 's'il a abattu la plupart de la trachée (gargeret) d'un oiseau, bien qu'il se soit interrompu un long moment, son abattage est kacher'. Rabbenou Tam a expliqué [que] 'il a glissé [le couteau] sur la minorité des simanim' [vise] la minorité première (miout kama), et [que la Guemara] pose la question à Rav Yehouda, qui valide [la halada] sous la peau : peut-être, s'il a enfoncé le couteau sous la minorité du siman et [en] a coupé la plupart, y a-t-il halada davantage ; ou peut-être, même selon ceux de l'école de Rav (dvei Rav) qui disent 'sous la peau, je ne sais pas' — [cela n'est] que parce que la chehita ne s'applique pas à la peau, et [que] c'est [donc] une halada du fait qu'elle [la peau] est entière ; mais les simanim, auxquels s'applique la chehita, et bien que l'on n'ait besoin d'en couper que la plupart, cette minorité qui est sur le couteau est comme si elle était déjà coupée, [de sorte que] ce n'est pas une halada. Ou bien encore, il pose la question [dans le cas] où il a enfoncé le couteau sous la minorité première et [l']a abattue de bas en haut, puis a abattu la plupart selon la manière [normale]. Et de même, 's'il s'est interrompu sur la minorité des simanim' — Rabbenou Tam l'explique [comme visant] la minorité première de l'oesophage (veshet), et il pose la question : bien qu'elle devienne tereifa par la perforation du veshet, peut-être l'interruption (chehiya) n'invalide-t-elle que dans une chose par laquelle elle deviendrait nevela [si l'acte y était accompli], comme après la plupart du siman ; ou peut-être n'y a-t-il pas de différence. Et selon son explication, si tu veux dire qu'[elle est] kacher, même sur la minorité première l'interruption n'invalide pas l'oiseau selon la Tora, car sa validité [tient] par un seul [siman] majoritairement [coupé]. Et ce qui est dit plus loin (Houlin daf 32a) à propos de l'interruption, 'le temps [de l'abattage] d'une bête pour une bête et d'un oiseau pour un oiseau', [ne vaut] que d'ordre rabbinique (mi-derabbanan). Mais [cela] est forcé. Et de plus, selon son explication, il est difficile [d'expliquer] ce qui est enseigné dans la Tossefta : 's'il a abattu la minorité de l'oesophage et s'est interrompu le temps de la durée d'un abattage, [c'est] passoul' — d'où [il ressort qu']il y a [bien] une interruption [invalidante] sur la minorité première ; et pourquoi [alors la question] serait-elle restée en teikou, et [pourquoi la Guemara] n'a-t-elle pas rapporté la baraita pour [la] résoudre ? Et si tu dis [que] l'auteur du Talmud (baal ha-Chas) ne [la] connaissait pas — s'il en est ainsi, n'est pas non plus difficile ce qui a été objecté contre l'explication de Rachi sur la minorité dernière, à partir de la baraita de la Tossefta. Mais [le cas] n'est pas semblable, car [ce] qui est difficile à partir de la baraita l'est [contre] la décision (pessak) de Rachi. Et le Rambam, de mémoire bénie, valide sur la minorité dernière s'il s'y est interrompu, ou s'il a glissé [le couteau] (hehlid), ou coupé en biais (higrim), ou appuyé (daras), du moment que la plupart a été abattue comme il convient. Et il est possible qu'il se soit appuyé sur la Tossefta qui valide l'interruption sur la minorité dernière, et il en va de même pour [les cas] de toutes [ces catégories]. Et de même la hagrama, les Sages la valident plus haut (Houlin daf 19a) sur la minorité dernière. Et il y a lieu de dire : puisque la Guemara conclut en teikou sur la question de la halada et de la chehiya, nous avons à être rigoureux selon les paroles de Rachi ; car il est plus raisonnable de dire que l'auteur du Talmud n'a pas voulu rapporter la baraita enseignée dans la Tossefta, qui valide sur la minorité dernière, et [de la sorte] résoudre la question, parce qu'il tenait pour certain qu'elle n'était pas enseignée [dans les recueils] de Rabbi Hiyya et de Rabbi Ochaya, [et qu']il n'y a pas à s'appuyer sur elle — [plutôt] que de dire que l'auteur du Talmud ne [la] connaissait pas. Et il est raisonnable que toute Tossefta qui ne s'est répandue qu'après l'arrangement (siddour) du Talmud n'est pas [d'autorité] sur laquelle s'appuyer. Car, vraisemblablement, puisque les sages d'Israël ont voulu faire une compilation stable [et] véridique, ils ont examiné et sont revenus s'assurer de tous les livres qui avaient été écrits sur les paroles des Sages, et ils ont trié ceux qui sont dignes de foi (bar samkha), et c'est par eux que le Talmud a été composé. C'est pourquoi il n'y a pas à s'appuyer sur cette Tossefta, puisque l'auteur du Talmud n'y consent pas. Et pour ce qui est de [ce qui] valide la hagrama sur la minorité dernière, j'ai déjà écrit plus haut ce que distingue le Rabbi Yits'hak fils de Rabbi Meir, de mémoire bénie, entre la hagrama et les autres invalidités (pessoulei) de l'abattage. Et l'explication correcte est celle qu'a donnée Rabbi Ochaya : 'il a glissé [le couteau] sur la minorité des simanim' [signifie] : après avoir abattu la plupart d'un siman dans la bête, il a glissé le couteau sous cette minorité restante et a abattu la seconde minorité ; même si tu veux dire [que] sous la peau, la laine emmêlée ou une pièce d'étoffe ce n'est pas une halada — [c'est] parce qu'elles ne sont pas comptées pour [importantes] dans la bête. Ou peut-être, même si tu veux dire que [le cas où] il a enfoncé [le couteau ainsi] est une halada, ici c'est différent : puisque la plupart a été abattue, la minorité restante est comme coupée. Et 's'il s'est interrompu sur la minorité des simanim' — il l'explique [comme] se rapportant à 'celui qui abat avec un mauvais couteau', et il pose la question : s'il a abattu la plupart d'un [siman] dans la bête, et [qu']il a mené et ramené [le couteau] toute la journée sur la minorité restante, quoi [le statut] ? Peut-être [que] ce que nous validons dans [le cas où] il a mené et ramené toute la journée [ne vaut] que lorsqu'il est occupé à couper les simanim ; mais lorsque la plupart du siman a été coupée, c'est comme si tout avait été coupé, et [le fait de] mener et ramener sur la minorité restante est comme [le fait de] mener et ramener sur sa main ou sur son pied [de l'animal], et c'est [donc] une interruption. Et selon cette explication, cela n'a aucun rapport avec la [baraita de la] Tossefta. Et en Achkenaz (Allemagne) et en France, on a coutume d'être rigoureux selon les paroles de Rachi. Et je m'étonne de Rav Alfas [le Rif], de mémoire bénie, de ce qu'il n'a pas rapporté la question de la halada et [qu']il a rapporté la question de la chehiya.
💡 Explication

Question de Rav Kahana et Rav Assi : la mesure suit-elle l'espèce abattue — durée d'une bête pour une bête, durée d'un oiseau pour un oiseau (rigueur) — ou bien prend-on toujours la durée, plus longue, d'une bête, même lorsqu'on abat un oiseau (indulgence) ?

7
אֲמַר לְהוּ: לָא הֲוָה בְּדִיחְנָא בֵּיהּ בְּחַבִּיבִי, דְּאִישְׁיְילֵיהּ.

Il leur dit : je n'étais pas assez familier avec mon cher [oncle] pour [le] lui demander.

📜 Rachi (1)
אֲמַר לְהוּ לָא הֲוָה בְּדִיחְנָא בַּחֲבִיבֵי דְּאִישְׁיְילֵיהּ לֹא הָיְתָה דַּעְתִּי גַּסָּה בְּדוּדֵי רַבִּי חַייָּא כְּשֶׁלָּמַדְתִּי הֲלָכָה זוֹ וְלֹא הָיָה בְּסֵבֶר פָּנִים עִמִּי שֶׁאֶשְׁאָלֶנּוּ דָּבָר זֶה. רַב בַּר אֲחוּהַּ וּבַר אֲחָתֵיהּ דְּרַבִּי חַיָּיא הֲוָה:
Il leur dit : je n'étais pas assez familier avec mon cher [oncle] pour [le] lui demander — ma pensée n'était pas présomptueuse [au point de m'autoriser près] de mon oncle Rabbi Hiyya quand j'ai appris cette loi, et il n'avait pas le visage [assez] avenant avec moi pour que je lui demande cette chose. Rav était fils du frère et fils de la sœur de Rabbi Hiyya.
💡 Explication

Rav répond qu'il ne peut trancher : lorsqu'il a appris cette loi de son oncle bien-aimé, Rabbi Hiyya, il n'osait pas, par déférence, lui poser une telle question. Il transmet donc l'enseignement sans pouvoir résoudre le doute.

8
אִתְּמַר: אָמַר רַב: כְּדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה לִבְהֵמָה, וְעוֹף לָעוֹף, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲפִילּוּ בְּהֵמָה לָעוֹף, וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ בְּהֵמָה לְעוֹף.

Il a été dit [comme tranché amoraique] : Rav a dit — le temps de l'abattage d'une bête pour une bête, et d'un oiseau pour un oiseau ; et Chmouel a dit — [le temps d']une bête même pour un oiseau ; et de même, quand Ravin vint [de Terre d'Israël], il dit [au nom de] Rabbi Yo'hanan : [le temps d']une bête même pour un oiseau.

📜 Rachi (1)
אַף בְּהֵמָה לְעוֹף קֻולָּא הִיא שֶׁנָּתְנוּ לָעוֹף שִׁיעוּר שְׁחִיטַת בְּהֵמָה לִשְׁהִיָּיתוֹ:
[Le temps d']une bête même pour un oiseau — c'est une indulgence, qu'on a donnée à l'oiseau [en lui accordant] la mesure de l'abattage d'une bête pour son interruption.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר אַף בְּהֵמָה לְעוֹף ר"ח פָּסַק כִּשְׁמוּאֵל וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמְרִי בְּהֵמָה לְעוֹף וּבַקּוּנְטְרֵס פָּסַק לְחוּמְרָא כְּרַב דְּאָמַר עוֹף לְעוֹף דְּקָיְימִי אָמוֹרָאֵי דְּמַעֲרָבָא כְּוָותֵיהּ דְּאָמְרִי דַּקָּה לְדַקָּה וְגַסָּה לְגַסָּה וכ"ש עוֹף לְעוֹף דְּיוֹתֵר חָלוּק עוֹף מִבְּהֵמָה מִמַּה שֶׁחֲלוּקִין דַּקָּה מִגַּסָּה וְגַם בה"ג פָּסַק גַּסָּה לְגַסָּה וְדַקָּה לְדַקָּה וְעוֹף לְעוֹף:
Et Chmouel a dit : [le temps d']une bête même pour un oiseau — Rabbenou Hananel a tranché comme Chmouel et Rabbi Yo'hanan, qui disent 'une bête pour un oiseau' ; et dans le commentaire [de Rachi] il a tranché par rigueur comme Rav, qui dit 'un oiseau pour un oiseau', car les Amoraim de Terre d'Israël (Maarava) se tiennent comme lui, [eux] qui disent 'menue pour menue, grosse pour grosse', et à plus forte raison 'oiseau pour oiseau', car l'oiseau diffère plus de la bête que ne diffèrent la [bête] menue de la grosse ; et dans les Halakhot Guedolot aussi il a tranché 'grosse pour grosse, menue pour menue, et oiseau pour oiseau'.
💡 Explication

Tranché des avis : Rav mesure selon l'espèce (bête pour bête, oiseau pour oiseau — strict pour l'oiseau) ; Chmouel, et de même Rabbi Yo'hanan (rapporté par Ravin), prennent la durée d'une bête même pour un oiseau — indulgence, car on tolère alors une pause plus longue.

9
רַבִּי חֲנַנְיָא אָמַר: כְּדֵי שֶׁיָּבִיא בְּהֵמָה אַחֶרֶת וְיִשְׁחֹוט. יָבִיא אֲפִילּוּ מֵעָלְמָא? נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין!

Rabbi Hanania a dit : le temps qu'il amène une autre bête et [l']abatte. Amènerait-on [même] de n'importe où ?

[Mais alors] tu rends ta parole [dépendante] des circonstances !

📜 Rachi (1)
לְשִׁיעוּרִין פְּעָמִים שֶׁהִיא רְחוֹקָה וּפְעָמִים קְרוֹבָה:
[Tu rends ta parole dépendante] des circonstances — tantôt elle [la bête] est éloignée, tantôt proche.
💡 Explication

Avis de Rabbi Hanania : la mesure est le temps d'amener une autre bête et de l'abattre. Objection : amener depuis n'importe quel lieu ? La distance varie (parfois loin, parfois près) — tu rends ta parole dépendante des circonstances (lechiourin), donc sans mesure fixe.

10
אָמַר רַב פָּפָּא: עוֹמֶדֶת לְהַטִּיל אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.

Rav Papa a dit : [le cas d'une bête] qui se tient [déjà là] mais [qu']il faut [encore] jeter [à terre], voilà [la différence] entre eux.

📜 Rachi (2)
עוֹמֶדֶת כָּאן וּמְחֻוסֶּרֶת הַטָּלֶה לָאָרֶץ:
[Une bête] qui se tient — ici, et à laquelle manque [encore] d'être jetée à terre.
אִיכָּא בֵּין רַבִּי חֲנִינָא לְרַבִּי יוֹחָנָן רַבִּי יוֹחָנָן מְשַׁעֵר בִּשְׁחִיטָה לְחוּדָהּ וְרַבִּי חֲנִינָא בָּעֵי הַטָּלֶה וּשְׁחִיטָה:
Voilà [la différence] — entre Rabbi Hanina et Rabbi Yo'hanan : Rabbi Yo'hanan mesure par le seul abattage, et Rabbi Hanina requiert [le temps de] jeter à terre et d'abattre.
💡 Explication

Résolution de Rav Papa : Rabbi Hanania ne parle pas d'aller chercher une bête au loin. La différence entre Rabbi Hanania et l'avis précédent (Rabbi Yo'hanan) porte sur une bête déjà présente mais qu'il reste à jeter à terre : Rabbi Yo'hanan mesure par le seul abattage, Rabbi Hanania exige le temps de la jeter à terre puis de l'abattre.

11
אָמְרִי בְּמַעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: כְּדֵי שֶׁיַּגְבִּיהֶנָּה וְיַרְבִּיצֶנָּה וְיִשְׁחֹוט, דַּקָּה לְדַקָּה וְגַסָּה לְגַסָּה.

On dit en Occident (Terre d'Israël) au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : le temps qu'il la soulève, la couche [à terre] et l'abatte — [bête] menue pour [bête] menue et grosse pour grosse.

📜 Rachi (1)
דַּקָּה לְדַקָּה לִשְׁהִייַּת בְּהֵמָה דַּקָּה מְשַׁעֲרִינַן בִּכְדֵי שְׁחִיטַת בְּהֵמָה דַּקָּה דִּכְווָתַהּ. וְאַף עַל גַּב דְּרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן כֵּיוָן דְּקִים לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי בַּר רַבִּי חֲנִינָא בְּשִׁיטְתֵיהּ דְּרַב דְּאָמַר דַּקָּה לְדַקָּה וְגַסָּה לְגַסָּה מִמֵּילָא שָׁמְעִינַן וְעוֹף לְעוֹף וְעָבְדִינַן לְחוּמְרָא:
[Bête] menue pour [bête] menue — pour l'interruption d'une bête menue on mesure par le temps de l'abattage d'une bête menue semblable. Et bien que, [entre] Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha [soit] comme Rabbi Yo'hanan, puisque Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina tient pour la position de Rav, qui dit 'menue pour menue et grosse pour grosse', on entend de soi-même [qu'il en va de même pour] 'oiseau pour oiseau', et l'on agit par rigueur.
💡 Explication

Avis de Terre d'Israël, au nom de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : la mesure est le temps de soulever la bête, la coucher à terre et l'abattre, et cela selon sa taille — une bête menue se mesure par l'abattage d'une menue, une grosse par celui d'une grosse. Cet avis (espèce pour espèce) recoupe celui de Rav, d'où l'on infère aussi 'oiseau pour oiseau', et l'on tranche par rigueur.

12
אָמַר רָבָא: הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין רָעָה, אֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ – כְּשֵׁרָה.

Rava a dit : celui qui abat avec un mauvais couteau (sakin raa) — même [si cela dure] toute la journée entière — [l'abattage est] valide.

📜 Rachi (3)
בְּסַכִּין רָעָה שֶׁאֵין חִידּוּדָהּ חוֹתֵךְ יָפֶה:
Avec un mauvais couteau — dont le tranchant ne coupe pas bien.
אֲפִילּוּ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וּמַאֲרִיךְ וְשׁוֹהֶה בִּשְׁחִיטָה אַחַת:
Même [si cela dure] toute la journée entière — et [qu']il prolonge et s'attarde en un seul abattage.
כְּשֵׁרָה הוֹאִיל וְכָל שָׁעָה הוּא מוֹלִיךְ וּמֵבִיא וְלֹא הִפְסִיק בִּשְׁחִיטָתוֹ:
[L'abattage est] valide — puisque, à chaque instant, il mène et ramène [le couteau] et ne s'est pas interrompu dans son abattage.
💡 Explication

Rava : celui qui abat avec un couteau émoussé (sakin raa, qui ne tranche pas bien) — même si l'abattage très lent occupe toute la journée — la chehita est valide, pourvu qu'il ne se soit pas interrompu : il mène et ramène le couteau sans cesse, ce n'est donc pas une interruption.

13
בָּעֵי רָבָא: שְׁהִיּוֹת, מַהוּ שֶׁיִּצְטָרְפוּ?

Rava a demandé : les interruptions (chehiyot) — peuvent-elles se cumuler ?

📜 Rachi (1)
שְׁהִיּוֹת מַהוּ שֶׁיִּצְטָרְפוּ הִפְסִיק ב' וְשָׁלֹשׁ פְּעָמִים בִּשְׁחִיטָה אַחַת וְשָׁהָה בֵּין שְׁלָשְׁתָּן כְּדֵי שִׁיעוּר שָׁלֵם:
Les interruptions — peuvent-elles se cumuler ? [le cas où] il s'est interrompu deux et trois fois en un seul abattage, et [où] il s'est attardé, entre les trois [pauses], le temps d'une mesure complète.
💡 Explication

Question de Rava : si l'on s'est interrompu plusieurs fois brièvement au cours d'un même abattage, ces pauses se cumulent-elles, de sorte que leur somme atteigne la durée entière qui invalide ?

14
וְתִפְשׁוֹט לָהּ מִדִּידֵיהּ! הָתָם בִּדְלָא שָׁהָה.

Mais qu'il [le] résolve de son propre [enseignement] ! Là [dans le cas du mauvais couteau, il s'agissait] du cas où il ne s'est pas interrompu [du tout].

📜 Rachi (2)
מִדִּידֵיהּ הַשּׁוֹחֵט בְּסַכִּין רָעָה אַלְמָא לָא מִצְטָרְפִי דְּקָא ס"ד וַאֲפִילּוּ הִפְסִיק קָאָמַר אֶלָּא שֶׁלֹּא שָׁהָה בְּפַעַם אַחַת כַּשִּׁיעוּר:
De son propre [enseignement] — 'celui qui abat avec un mauvais couteau' [serait la preuve qu'elles] ne se cumulent pas ; car il te vient à l'esprit que [Rava] parle même [du cas] où il s'est interrompu, seulement [qu']il ne s'est pas attardé une seule fois la mesure [entière].
הָתָם בִּדְלָא שָׁהָה כְּלָל:
Là [dans le cas] où il ne s'est pas interrompu — du tout.
💡 Explication

Objection : Rava devrait résoudre son doute par sa propre règle du mauvais couteau (valide toute la journée) — preuve que les pauses ne se cumulent pas. Réponse : là, il s'agissait d'un cas sans aucune interruption (il menait et ramenait le couteau en continu) ; le doute sur le cumul reste donc entier.

15
בָּעֵי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן: שָׁהָה בְּמִיעוּט סִימָנִין, מַהוּ? תֵּיקוּ.

Rav Houna fils de Rav Natan a demandé : [s']il s'est interrompu sur la minorité des simanim — quoi [le statut] ? [La question] demeure (teikou).

📜 Rachi (3)
בְּמִיעוּט סִימָנִים שָׁחַט הָרֹוב וְשָׁהָה בְּמִיעוּט הָאַחֲרוֹן וְגָמַר שְׁחִיטָתוֹ:
Sur la minorité des simanim — il a abattu la majorité, s'est interrompu sur la dernière minorité, puis a achevé son abattage.
מַהוּ מִי אָמְרִינַן כֵּיוָן דַּעֲבַד לֵיהּ רֻובָּא אִתַּכְשַׁר אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דַּהֲדַר וּגְמָרָהּ כֻּולָּהּ חֲדָא שְׁחִיטָה הִיא:
Quoi [le statut] — disons-nous [que], puisqu'il en a fait la majorité, [c'est] valide ? ou peut-être, puisqu'il revient l'achever tout entier, [est-ce] un seul abattage ?
תֵּיקוּ וּלְחוּמְרָא. וּבְמִיעוּט קַמָּא אִי דְּגַרְגֶּרֶת לָאו מִידֵּי עֲבִיד וְלֹא שְׁהִיָּיה הִיא וְאִי דְּווֵשֶׁט דִּנְקוּבָתוֹ בְּמַשֶּׁהוּ מִיטַּרְפָא מִמַּה נַפְשָׁךְ דְּהָא כֵּיוָן דְּשָׁהָה אָזֵיל לֵיהּ מַעֲשֶׂה קַמָּא וַהֲוָה לֵיהּ נֶקֶב בְּעָלְמָא וּטְרֵפָה. וְנִרְאֶה דְּהַשּׁוֹחֵט רֹוב סִימָנִין וְהִשְׁלִיךְ מִיָּדוֹ וְהָעוֹף שׁוֹהֶה לָמוּת אָסוּר לַחֲזֹור וְלַחְתֹּוךְ הַמִּיעוּט בְּתוֹרַת שְׁחִיטָה דְּמוּטָב שֶׁיַּכֶּה עַל הַצַּוָּאר בְּסַכִּין אוֹ יַמְתִּין עַד שֶׁיָּמוּת:
[La question] demeure — et [l'on agit] par rigueur. Et [si] la première minorité [restant à couper est celle] de la trachée (gargeret), il n'a rien fait [d'invalidant] et ce n'est pas une interruption [qui compte] ; et [si c'est celle] de l'oesophage (veshet), dont la perforation, fût-elle minime, le rend tereifa, [alors] de toute façon [c'est tereifa], car, puisqu'il s'est interrompu, le premier acte s'en va et il se trouve [n'y avoir qu']une simple perforation, [donc] tereifa. Et il paraît [que] celui qui abat la majorité des simanim, a jeté [le couteau] de sa main, et [dont] l'oiseau s'attarde à mourir, il [lui] est interdit de revenir couper la minorité au titre d'un abattage ; mieux vaut qu'il frappe sur le cou avec le couteau, ou qu'il attende qu'il meure.
💡 Explication

Question de Rav Houna fils de Rav Natan : s'il a déjà coupé la majorité des simanim, puis s'est interrompu avant d'achever la minorité restante — l'abattage étant en soi déjà accompli sur la majorité, dit-on qu'il est valide, ou bien, puisqu'il revient achever, est-ce un seul abattage [que la pause invalide] ? Teikou : non tranché (et l'on agit par rigueur).

16
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אִם שָׁהָה [כְּדֵי בִּיקּוּר]. מַאי כְּדֵי בִּיקּוּר? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּדֵי בִּיקֻּרוֹ שֶׁל חָכָם. אִם כֵּן, נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין! אֶלָּא, כְּדֵי בִּיקּוּר טַבָּח חָכָם.

Rabbi Chimon dit : s'il s'est interrompu [le temps d'un examen]. Qu'est-ce que 'le temps d'un examen' ?

Rabbi Yo'hanan a dit : le temps de l'examen [du couteau] par un sage. Si [c'est] ainsi, tu rends ta parole [dépendante] des circonstances !

Plutôt — le temps de l'examen [par] un boucher-sage (tabah 'hakham).

📜 Rachi (3)
כְּדֵי בִּיקּוּר חָכָם בְּדִיקַת סַכִּין:
Le temps de l'examen [par] un sage — l'examen du couteau (bedikat sakin).
לְשִׁיעוּרִין פְּעָמִים דְּחָכָם רָחוֹק וּפְעָמִים קָרוֹב:
[Dépendante] des circonstances — tantôt le sage [est] loin, tantôt proche.
טַבָּח חָכָם שֶׁזֶּה הַשּׁוֹחֵט חָכָם הוּא:
Un boucher-sage — [c'est-à-dire] que ce sacrificateur est [lui-même] un sage.
🗂️ Tossefot (1)
כְּדֵי בִּיקּוּר טַבָּח חָכָם וּבְסַכִּין הָרְאוּייָה לְאוֹתָהּ בְּהֵמָה חוּץ לַצַּוָּאר כִּמְלֹא צַוָּאר:
Le temps de l'examen [par] un boucher-sage — et avec le couteau qui convient à cette bête[-là], [examine] hors du cou [sur une longueur] comme la pleine [largeur] du cou.
💡 Explication

Retour à Rabbi Chimon (seuil de la pause = durée d'un examen). Qu'est-ce que 'le temps d'un examen' (kedei bikour) ? Selon Rabbi Yo'hanan, le temps qu'un sage examine le couteau. Objection : selon que le sage est loin ou près, la durée varie — tu rends ta parole dépendante des circonstances. Réponse : il s'agit du temps de l'examen accompli par un boucher qui est lui-même sage (le trajet vers un sage extérieur n'entre donc pas en compte).

17
מַתְנִי׳ שָׁחַט אֶת הַווֶּשֶׁט, וּפָסַק אֶת הַגַּרְגֶּרֶת, אוֹ פָּסַק אֶת הַגַּרְגֶּרֶת וְאַחַר כָּךְ שָׁחַט אֶת הַווֶּשֶׁט, אוֹ שָׁחַט אֶחָד מֵהֶן וְהִמְתִּין לָהּ עַד שֶׁמֵּתָה, אוֹ שֶׁהֶחְלִיד אֶת הַסַּכִּין תַּחַת הַשֵּׁנִי וּפְסָקוֹ – רַבִּי יְשֵׁבָב אוֹמֵר: נְבֵלָה, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: טְרֵפָה.

MICHNA. [Si] il a abattu l'oesophage (veshet) et [a] sectionné la trachée (gargeret) [par arrachement], ou [s']il a sectionné la trachée puis abattu l'oesophage, ou [s']il a abattu l'un d'eux et [l']a attendue [la bête] jusqu'à ce qu'elle meure, ou [s']il a glissé le couteau (hehlid) sous le second [siman] et [l']a sectionné — Rabbi Yechevav dit : [c'est une] charogne (nevela) ; Rabbi Akiva dit : [c'est une] tereifa.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' וּפָסַק אֶת הַגַּרְגֶּרֶת הַייְנוּ עִיקּוּר וּבִבְהֵמָה קָאֵי:
MICHNA. Et [a] sectionné la trachée — c'est [un] arrachement (ikour), et [la michna] traite [ici] d'une bête.
תַּחַת הַשֵּׁנִי בֵּין הַסִּימָן לַצַּוָּאר:
Sous le second — entre le siman et le cou.
וּפָסְקוּ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה:
Et [l']a sectionné — de bas en haut.
יְשַׁבֵּב שֵׁם חָכָם וְכֵן הוּא בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (א' כד) גַּבֵּי מִשְׁמָרוֹת:
Yechevav — nom d'un sage ; et il en est ainsi dans les Chroniques (I 24) à propos des classes [sacerdotales].
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' שָׁחַט אֶת הַוֶּשֶׁט וּפָסַק אֶת הַגַּרְגֶּרֶת: שָׁחַט אֶת הַגַּרְגֶּרֶת וּפָסַק אֶת הַוֶּשֶׁט אוֹ שֶׁשָּׁחַט א' מֵהֶן וְהִמְתִּין לָהּ עַד שֶׁמֵּתָה אוֹ הֶחֱלִיד אֶת הַסַּכִּין תַּחַת הַשֵּׁנִי וּפְסָקוֹ רַבִּי יְשֵׁבָב אוֹמֵר נְבֵלָה ר"ע אוֹמֵר טְרֵיפָה. כְּלָל א"ר יְשֵׁבָב מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כֹּל שֶׁנִּפְסְלָה בִּשְׁחִיטָתָהּ נְבֵלָה. וְכָל שֶׁשְּׁחָטָהּ כָּרָאוּי וד"א גּוֹרֵם לָהּ לִיפָּסֵל טְרֵפָה וְהוֹדָה לוֹ ר"ע:
MICHNA. [Si] il a abattu l'oesophage (veshet) et [a] sectionné la trachée (gargeret) [par arrachement] ; [s']il a abattu la trachée et [a] sectionné le veshet, ou [s']il a abattu l'un d'eux et [l']a attendue [la bête] jusqu'à ce qu'elle meure, ou [s']il a glissé le couteau (hehlid) sous le second [siman] et [l']a sectionné — Rabbi Yechevav dit : [c'est une] nevela (charogne) ; Rabbi Akiva dit : [c'est une] tereifa. Rabbi Yechevav énonça un principe (kelal) au nom de Rabbi Yehochoua : tout [animal] qui a été invalidé par son abattage (chehita) [c'est une] nevela ; et tout [animal] dont l'abattage [s'est fait] comme il convient et [qu']une autre chose a fait devenir invalidé (lippasel) [c'est une] tereifa ; et Rabbi Akiva lui concéda [se rallia à lui].
💡 Explication

Seconde michna, sur l'abattage raté. Quatre cas : (1) abattre le veshet (oesophage) puis arracher la trachée au lieu de la couper ; (2) ordre inverse — sectionner la trachée puis abattre le veshet ; (3) couper un seul siman et attendre que la bête meure ; (4) hahlada — glisser le couteau sous le second siman et couper par-dessous (couteau dissimulé). Rabbi Yechevav : nevela (charogne, qui rend impur) ; Rabbi Akiva : tereifa (interdite, mais sans impureté).

🖼️ Schéma
Charogne (nevela) ou tereifa ? Le principe de Rabbi Yechevav Invalidée PAR sa chehita -> NEVELA Chehita correcte + autre cause -> TEREIFA a coupé le veshet (oesophage) puis a sectionné le kaneh (arraché, sans chehita) a sectionné le kaneh puis abattu le veshet (ordre inverse : la trachée d'abord) a coupé un seul siman, attendu sa mort a glissé le couteau sous le 2e siman (hahlada : dissimulé, coupé par-dessous) Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) : NEVELA Rabbi Akiva : TEREIFA puis Rabbi Akiva se rallie au principe de Rabbi Yechevav nevela : transmet l'impureté par contact et par portage ; tereifa : interdite à la consommation, sans impureté
Les quatre cas d'abattage raté et le partage nevela (Rabbi Yechevav) / tereifa (Rabbi Akiva), avant le ralliement d'Akiva.
18
כְּלָל אָמַר רַבִּי יְשֵׁבָב מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: כָּל שֶׁנִּפְסְלָה בִּשְׁחִיטָתָהּ – נְבֵלָה, כֹּל שֶׁשְּׁחִיטָתָהּ כָּרָאוּי וְדָבָר אַחֵר גָּרַם לָהּ לִיפָּסֵל – טְרֵפָה, וְהוֹדָה לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא.

Rabbi Yechevav énonça un principe au nom de Rabbi Yehochoua : tout [animal] qui a été invalidé par son abattage (chehita) — [c'est une] charogne (nevela) ; tout [animal] dont l'abattage [s'est fait] comme il faut et [qu']une autre chose a fait devenir invalidé — [c'est une] tereifa ; et Rabbi Akiva lui concéda [se rallia à lui].

💡 Explication

Le principe de Rabbi Yechevav (au nom de Rabbi Yehochoua) : ce qui est rendu invalidé par l'abattage lui-même (défaut dans l'acte) est nevela ; ce dont l'abattage fut correct mais qu'une autre cause (une lésion préexistante) rend invalidé est tereifa. Les quatre cas de la michna sont des défauts de l'abattage : donc nevela — et Rabbi Akiva se rallie à ce principe.

19
גְּמָ׳ שָׁחַט אֶת הַוֶּושֶׁט וְכוּ׳. וְהוֹדָה לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא. וּרְמִינְהִי: אֵלּוּ טְרֵפוֹת בִּבְהֵמָה

GUEMARA. '[Si] il a abattu l'oesophage etc. ... et Rabbi Akiva lui concéda.' Or [à cela] on oppose : 'voici les tereifot dans une bête : ... [la trachée sectionnée]'

🗂️ Tossefot (1)
וּרְמִינְהִי אֵלּוּ טְרֵפוֹת בַּבְּהֵמָה פְּסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת וא"ת נְהִי דִּנְבֵלָה הָוְיָא מ"מ לֹא פָּקַע מִינָּהּ אִיסּוּר טְרֵפוֹת וְחַיָּיב אַף מִשּׁוּם טְרֵיפוֹת כִּדְמַשְׁמַע בִּשְׁמַעְתִּין דִּמְסֻוכֶּנֶת (לְקַמָּן חֻולִּין לז.) וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק חַטַּאת הָעוֹף (זְבָחִים דַּף סט:) יָצָא עוֹף טָמֵא שֶׁאֵין בְּמִינוֹ טְרֵפָה לֹא מִשּׁוּם דְּלָא שַׁיְיכָא בֵּיהּ שְׁחִיטָה וַאֲפִילּוּ נִשְׁחֲטָה הָוְיָא נְבֵלָה וּפָקַע מִינָּהּ אִיסּוּר טְרֵפָה כִּי אֲתָא אִיסּוּר נְבֵלָה אֶלָּא פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין בְּמִינוֹ טְרֵפָה הַייְנוּ טְרֵפָה לְחוּדֵיהּ דְּאַף כִּי נִשְׁחַט לָקֵי אַף מִשּׁוּם נְבֵלָה וְי"ל דְּהָכִי פָּרֵיךְ דְּאִי אִיתָא דְּלָא מְהַנְּיָא בֵּיהּ שְׁחִיטָה וְהָוְיָא לֵיהּ נְבֵלָה לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי אֵלּוּ טְרֵפוֹת אֶלָּא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי וְאֵלּוּ נְבֵלוֹת שֶׁהוּא עִיקַּר הָאִיסּוּר וְאִם תֹּאמַר דִּנְקַט אִיסּוּר טְרֵפָה לְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁאִם חָתַךְ כַּזַּיִת בָּשָׂר מֵחַיִּים דְּלָקֵי אַף מִשּׁוּם טְרֵפָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַתְנִיתִין דְּאֵלּוּ טְרֵפוֹת מַשְׁמַע לֵיהּ לְאַחַר שְׁחִיטָה מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא כֹּל שֶׁאֵין כָּמוֹהָ חַיָּה וְלָא קָתָנֵי כֹּל שֶׁאֵין חַיָּה:
Or on oppose : 'voici les tereifot dans une bête : la trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret)' — et si tu objectes : même [si] elle est une charogne (nevela), de toute façon l'interdit de tereifa ne disparaît pas d'elle, et [l'on] est [donc] passible aussi au titre de tereifa, comme [cela] ressort de notre sougya [au sujet] de la messoukenet (bête moribonde, plus loin Houlin 37a) ; et ce qui est dit au chapitre Hatat ha-Of (Zevahim 69b) 'est exclu l'oiseau impur, qui n'a pas dans son espèce de tereifa' — [ce] n'est pas parce que la chehita ne s'y applique pas et [que], même abattu, il serait une charogne et l'interdit de tereifa disparaîtrait de lui [dès] que survient l'interdit de charogne ; plutôt, le sens de 'qui n'a pas dans son espèce de tereifa' [est] : [il n'a] de tereifa seule [que dans l'espèce pure], car même abattu [l'oiseau pur tereifa] est passible aussi au titre de charogne. Et l'on peut dire [qu']ainsi objecte-[t-il] : s'il était [vrai] que la chehita n'y opère pas et [qu']elle [la bête] est une charogne, [la michna] n'aurait pas dû enseigner 'voici les tereifot', mais aurait dû enseigner 'et voici les charognes', qui est l'interdit principal. Et si tu objectes [qu']il a pris l'interdit de tereifa pour nous faire savoir [que], s'il a coupé un olive de chair [de la bête] de son vivant, [on] est passible aussi au titre de tereifa — on peut dire que la michna 'voici les tereifot' s'entend [comme parlant] d'après l'abattage, du fait qu'elle enseigne à la fin 'tout [animal] qui ne peut vivre dans un état semblable', et [qu']elle n'enseigne pas 'tout [animal] qui ne vit pas'.
💡 Explication

La Guemara va opposer le principe (les cas de la michna = nevela) à la michna du chapitre suivant 'voici les tereifot' (42a), qui range parmi les tereifot la trachée sectionnée. Tossefot explique l'objection : si ces cas font une nevela, la michna 'voici les tereifot' n'aurait pas dû les y compter ; elle aurait dû enseigner 'voici les charognes', puisque c'est là l'interdit principal.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).