Sougya : La sougya part d'une contradiction entre notre michna (oesophage perforé, trachée tranchée = tereifa) et une michna parallèle (42à). Rava distingue selon l'ordre : si l'on a coupé l'oesophage puis sectionné la trachée, la bête à été invalidée PENDANT l'abattage et devient nevela (charogne) ; si l'on a sectionné la trachée puis coupé l'oesophage, c'est comme si une autre cause l'avait invalidée et elle est tereifa.
Une braita objecte que l'ordre est indifférent, et Rava se reprend : 'Elou tereifot' ne dit pas tereifot au sens strict mais 'voici les [bêtes] interdites', dont certaines sont nevelot et d'autres tereifot. On objecte qu'il faudrait alors compter aussi Hizkia (bête coupée en deux = nevela) et Rabbi Elazar (cuisse arrachée) ; réponse : la michna ne compte que les nevelot qui ne souillent pas du vivant de la bête.
Resh Lakich résout autrement (au même endroit de la coupe ou non), mais cela contredit son principe (trachée tranchée = poumon comme déposé dans un panier). Rabbi Yo'hanan conclut : la michna 42a est d'avant la rétractation de Rabbi Akiva, la notre d'après, et une michna ne bouge pas de sa place.
La fin discute le poumon perforé (cachere) contre les entrailles perforées (tereifa) après la coupe de la trachée, l'objection de Rabbi Zeira, sa rétractation, et le dilemme de la jonction des deux simanim, rapproché de la question d'Ilfa sur le foetus qui sort sa patte entre les deux simanim.
[La michna de notre chapitre enseigne :] l'oesophage perforé (nekouvat ha-veshet) et la trachée tranchée (pessoukat ha-gargueret) [rendent la bête tereifa] !
Reprise d'une difficulté (depuis 32a) : notre michna range l'oesophage perforé et la trachée tranchée parmi les cas de tereifa, donc pas de nevela (charogne). Or, puisque Rabbi Akiva s'est rétracté et a admis à Rabbi Yechevav [que la trachée tranchée pendant l'abattage rend nevela], de quel Tana relève cette michna [qui dit tereifa] ?
Rava a dit : ce n'est pas une difficulté. Ici [notre michna, c'est le cas] où l'on a abattu [coupé l'oesophage] puis sectionné [la trachée] ; là [michna 42a, c'est le cas] où l'on a sectionné [la trachée] puis abattu [coupé l'oesophage].
[S']il a abattu puis sectionné — elle est invalidée pendant l'abattage ; [s']il a sectionné puis abattu — c'est comme si une autre chose l'avait fait invalider (davar acher garam la lipassel).
Réponse de Rava, fondée sur l'ordre de la coupe des deux simanim (voir le schéma). Si l'on coupe d'abord l'oesophage (veshet) puis qu'on sectionne la trachée (gargueret/kaneh), l'invalidation survient pendant l'abattage même -> nevela. Si l'on sectionne d'abord la trachée puis qu'on coupe l'oesophage, l'invalidation est due à une autre cause survenue avant l'abattage proprement dit -> tereifa.
Rav Aha bar Houna objecta à Rava [d'une braita] : [s']il a abattu l'oesophage puis sectionné la trachée, [ou s']il a sectionné la trachée et ensuite (ve-achar kakh) abattu l'oesophage — [c'est] nevela !
Objection de Rav Aha bar Houna, tirée d'une braita : les deux ordres — oesophage puis trachée, ou trachée puis oesophage — donnent nevela. Donc, contre Rava, l'ordre serait indifférent : même si la trachée est tranchée la première, la bête est nevela.
[Rava répond :] dis [plutôt] : et il avait déjà coupé l'oesophage au préalable (me-ikara).
Rava réinterprète la braita : le second cas ('trachée tranchée puis oesophage coupé') ne veut pas dire qu'on coupe l'oesophage après ; il faut comprendre qu'on avait déjà coupé l'oesophage auparavant, de sorte que la trachée est sectionnée en dernier — ce qui rentre dans son principe (oesophage d'abord -> nevela).
Il lui dit : [il y a] deux réfutations à cette [réponse]. La première, [c'est] que ce serait [alors] le premier [cas] [identique au précédent] ; et de plus, n'avons-nous pas appris [explicitement dans la braita] : 'et ensuite (ve-achar kakh)' !
Rav Aha bar Houna réfute la lecture de Rava par deux arguments. (1) Si le second cas est aussi 'oesophage d'abord', il est identique au premier cas de la braita — répétition inutile. (2) La braita dit expressément 'et ensuite il a coupé l'oesophage' — donc bien l'oesophage après la trachée. La lecture de Rava est intenable.
Plutôt, Rava [se reprit et] dit : [la michna 42a] enseigné 'celles-ci [sont] interdites' (elou assourot) ; et il y en a parmi elles des nevelot, et il y en a parmi elles des tereifot.
Rava abandonne sa première réponse. Le titre 'Elou tereifot' (42a) ne signifie pas 'tereifot au sens strict' mais 'voici les [bêtes] interdites' (elou assourot), terme générique. Dans cette liste, certaines sont des nevelot (oesophage perforé, trachée tranchée) et d'autres des tereifot — il n'y a donc plus de contradiction avec notre michna.
Qu'il compte aussi [le cas] de Hizkia, car Hizkia a dit : [s']il en a fait un tesson (guistra) [en la coupant transversalement en deux] — [c'est] nevela ; et qu'il compte aussi [le cas] de Rabbi Elazar, car Rabbi Elazar a dit : [si] sa cuisse (yerekh) lui a été enlevée avec sa cavité (halal) — [c'est] nevela.
Objection contre la lecture de Rava : si la michna 42a inclut des nevelot, pourquoi ne compte-t-elle pas non plus le cas de Hizkia (bête coupée en deux dans la largeur, comme un tesson, guistra, est nevela même tant qu'elle palpite) ni celui de Rabbi Elazar (la cuisse arrachée avec sa cavité = nevela) ?
[Réponse :] quand [la michna] enseigne nevela, [c'est une nevela] qui ne souille pas du vivant [de la bête] (mi-haïm) ; mais une nevela qui souille du vivant [de la bête] — elle ne [l']enseigne pas.
Réponse : la michna 42a ne compte que les nevelot qui ne souillent pas du vivant de la bête (comme l'oesophage perforé et la trachée tranchée : elles ne deviennent nevela qu'après la mort). Les cas de Hizkia et de Rabbi Elazar font de la bête une nevela qui souille du vivant (mi-haïm) — la michna ne les enseigne donc pas ici.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : ici [notre michna, c'est le cas] où l'on a abattu à l'endroit de l'entaille (be-mekom hatakh) ; là [michna 42a, c'est le cas] où l'on a abattu hors de l'endroit de l'entaille. [S']il a abattu à l'endroit de l'entaille — elle est invalidée pendant l'abattage ; [s']il a abattu hors de l'endroit de l'entaille — c'est comme si une autre chose l'avait fait invalider.
Resh Lakich propose une autre conciliation, fondée sur l'endroit de la coupe. Au même endroit que l'entaille déjà faite à la trachée (be-mekom hatakh) -> invalidée pendant l'abattage -> nevela (notre michna). Hors de cet endroit -> une autre cause l'a invalidée -> tereifa (42a). [Selon lui, on ne lit pas 'elou assourot' mais bien 'elou tereifot'.]
Mais Rabbi Chimon ben Lakich a-t-il vraiment dit cela ? Or Rabbi Chimon ben Lakish a [aussi] dit : [s']il a abattu la trachée (kaneh) et qu'ensuite le poumon (riya) a été perforé — [la bête est] cachere !
Il en ressort [que le poumon] est comme s'il était déposé dans un panier (ke-man de-mancha be-dikoula) ; ici aussi [la trachée déjà tranchée est] comme si elle était déposée dans un panier.
Contradiction interne chez Resh Lakish. Il enseigne ailleurs que si l'on a tranché la trachée et qu'ensuite le poumon est perforé [avant la coupe de l'oesophage], la bête est cachere — car, la trachée coupée, le poumon est hors jeu, comme déposé dans un panier (be-dikoula). Or, par la même logique, ici aussi la trachée tranchée la première serait 'déposée dans un panier' : il ne resterait qu'un seul siman [l'oesophage], et la bête ne sortirait pas du statut de nevela — contredisant sa distinction précédente.
Plutôt, Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce n'est pas une difficulté ; ici [42a, c'est] avant la rétractation (kodem hazara), là [notre michna, c'est] après la rétractation (le-achar hazara) ; et une michna ne bouge pas de sa place (michna lo zaza mi-mekoma).
Résolution retenue, de Rabbi Yo'hanan. La michna 42a (trachée tranchée = tereifa) enseigne l'avis de Rabbi Akiva avant sa rétractation ; notre michna (qui dit que Rabbi Akiva a concédé, donc nevela) est après sa rétractation. Et bien que Rabbi Akiva se soit rétracté, 'une michna ne bouge pas de sa place' : l'ancienne formulation reste enseignée dans la tradition.
[Examinons] la chose elle-même (goufa). Rabbi Chimon ben Lakich a dit : [s']il a abattu la trachée et qu'ensuite le poumon a été perforé — [la bête est] cachere.
Rava a dit : Rabbi Chimon ben Lakish n'a dit [cela] qu'à propos du poumon, puisque la vie du poumon dépend de la trachée ; mais [à propos] des entrailles (bnei meayim) — non.
Reprise et précision (goufa) de l'énoncé de Resh Lakish. Rava restreint sa portée : la règle 'cachere' ne vaut que pour le poumon (riya), dont la vie dépend de la trachée (kaneh déjà tranchée : le poumon est 'hors jeu'). Mais si ce sont les entrailles (bnei meayim) qui sont perforées entre la coupe de la trachée et celle de l'oesophage, non [la bête devient tereifa], car leur vie dépend de l'oesophage, encore intact (voir le schéma).
Rabbi Zeira objecta à cela : du moment que tu l'as permise [malgré] des signes de tereifa nés en elle [pendant l'abattage], que m'importe [que ce soit] dans le poumon, que m'importe [que ce soit] dans les entrailles !
Objection de Rabbi Zeira contre la distinction de Rava : si l'on permet déjà la bête quand des signes de tereifa apparaissent après le début de l'abattage [poumon perforé], pourquoi distinguer le poumon des entrailles ? Le principe sous-jacent serait 'pas de tereifa pour une demi-vie' (ein tereifa la-hatzi hayout) : dès qu'une partie est abattue, la bête ne devient plus tereifa — et alors les entrailles aussi devraient être permises.
Et Rabbi Zeira s'est rétracté (hadar bei), car Rabbi Zeira a demandé : [si] les entrailles ont été perforées entre [la coupe d']un siman et [celle de] l'[autre] siman, quoi [le statut] ? Le premier siman se joint-il au second siman pour la purifier du statut de nevela, ou non ?
Rabbi Zeira se rétracte de son objection (preuve : il pose le dilemme suivant). Si les entrailles sont perforées entre la coupe des deux simanim, le premier siman [déjà coupé] se joint-il au second pour purifier la bête du statut de nevela, ou non ? La question suppose que les entrailles perforées rendent bien tereifa [contre son objection précédente] ; reste à savoir si la jonction des deux coupes suffit à écarter le statut de charogne.
Et nous disons : n'est-ce pas là [question même] qu'a demandée Ilfa : [si] le foetus (oubar) a sorti sa patte [hors de la matrice] entre [la coupe d']un siman et [celle de] l'[autre] siman, quoi [le statut] ?
La Guemara rapproche le dilemme de Rabbi Zeira de celui d'Ilfa : si un foetus (oubar) sort sa patte hors de la matrice entre la coupe des deux simanim de la mère [la patte sortie devient tereifa par anticipation], quel est son statut ? Même structure de question : le premier siman déjà coupé se joint-il au second pour purifier du statut de nevela ce membre ?
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).