Sougya : La sougya poursuit l'examen des houlin (profanes) préparés en état de pureté. Rabbi Zeira au nom d'une chaîne remontant à Rabbi Yannai enseigne : celui qui mange un aliment de troisième degré (chelichi) de houlin préparés au niveau de pureté du kodech voit son corps devenir un second (sheni) à l'égard du kodech.
Rabbi Zeira objecte à Rabbi Asi depuis la michna [de Tohorot] qui ne mentionne un chelichi que pour des houlin préparés au niveau de la terouma — d'où il semblerait qu'au niveau du kodech il n'y a pas de chelichi ; Rabbi Asi répond [que la michna] use du style 'il n'est pas besoin de dire' (lo mibaya). La Guemara confronte ce propos à celui de Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan ('moi non plus je n'ai parlé que de la terouma') : ce sont deux Amoraim qui divergent sur l'avis de Rabbi Yo'hanan.
Oulla énonce ensuite : celui qui mange un chelichi de houlin préparés au niveau de la terouma voit son corps disqualifié de manger la terouma ; la Guemara montre que ce point n'est pas un simple redoublement de la michna. Enfin Rav Hamnouna objecte à Oulla depuis la michna du rishon, du sheni et du chelichi (ce dernier se mangeant dans le nezid ha-demaa, un plat où de la terouma est mêlée) : comment donnerait-on a manger à quelqu'un ce qui disqualifie son corps ?
Oulla répond : laisse le nezid ha-demaa [il n'y a pas là de quoi atteindre la mesure].
[...sa pureté] est une impureté à l'égard du kodech. [Les Sages ont décrété que, même celui qui se garde de manger sa terouma en pureté, est tenu pour impur à l'égard de celui qui mange du kodech ; aussi celui qui a mangé un aliment préparé au niveau de pureté de la terouma et devenu impur de troisième degré (chelichi) prend-il un second degré (sheni) et rend-il le kodech impur.]
Fin de la phrase de Rabbi Yehochoua amorcée au daf précédent (34a) : '[moi non plus je n'ai parlé que de la terouma,] dont la pureté est [tenue pour] une impureté à l'égard du kodech'. Autrement dit, dans des houlin préparés au niveau de pureté de la terouma, ce qui passe pour pur reste néanmoins impur au regard du kodech : c'est pourquoi un chelichi (troisième degré) y rend le mangeur sheni (second degré) à l'égard du kodech. Le daf 34b s'ouvre donc sur la clôture de cette mahloket R. Eliezer / R. Yehochoua.
Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Asi au nom de Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yannai : celui qui mange un [aliment de] troisième degré (chelichi) de houlin préparés au niveau de pureté du kodech (al taharat ha-kodech) — son corps devient un second (sheni) à l'égard du kodech.
Premier enseignement du daf, par une chaîne de transmission remontant à Rabbi Yannai : celui qui mange un aliment de troisième degré (chelichi) — pris dans des houlin préparés au niveau de pureté du kodech (par un homme qui s'astreint à manger ses profanes avec la rigueur du sacré) — voit son corps devenir un second (sheni) à l'égard du kodech : son contact rendra désormais le kodech impur d'un troisième degré. C'est, en acte, la position de R. Eliezer ('qui mange un troisième devient troisième'), appliquée au kodech.
Rabbi Zeira objecta à Rabbi Asi : un [aliment de] troisième degré (chelichi) [fait du mangeur] un second à l'égard du kodech, et non un second à l'égard de la terouma — [cela vaut] pour des houlin préparés au niveau de pureté de la terouma. [Donc :] 'au niveau de pureté de la terouma' — oui ; 'au niveau de pureté du kodech' — non !
Rabbi Zeira objecte à partir de la michna [de Tohorot, déjà citée en 33b] : 'un chelichi [fait du mangeur] un sheni à l'égard du kodech, et non un sheni à l'égard de la terouma' — et cette michna ne le dit que pour des houlin préparés au niveau de pureté de la terouma. Par inférence (diyouk) : au niveau de la terouma oui [il y a un chelichi], mais au niveau du kodech non [il n'y aurait pas de chelichi] — ce qui contredirait R. Yannai.
Il lui dit : [la michna] énonce 'il n'est pas besoin de dire' (lo mibaya).
Réponse de Rabbi Asi : la michna use du style 'lo mibaya' ('il n'est pas besoin de dire'). C'est-à-dire : il n'est pas besoin de dire que même dans ces houlin-là [préparés au niveau, plus rigoureux, du kodech] il y a un chelichi — cela va de soi ; la michna enseigne [le cas moins évident] que même dans des houlin préparés au niveau de la terouma il y a un chelichi. Donc l'inférence 'au kodech non' tombe.
Mais [Rabbi Yehochoua] a [pourtant] dit 'moi non plus je n'ai parlé que de la terouma' ! [Cela montrerait qu'au niveau du kodech il n'y a pas de chelichi.] [Réponse :] ce sont des Amoraim [qui divergent], et [tous deux] selon [l'avis de] Rabbi Yo'hanan.
Difficulté : Rabbi Yehochoua a dit lui-même (cité par Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan, en 34a) 'moi non plus je n'ai parlé que de la terouma' — ce qui exclut le niveau du kodech, et contredit donc R. Asi [au nom de R. Yo'hanan / R. Yannai]. Réponse : il s'agit de deux Amoraim (Rabba bar bar Hana et Rabbi Asi) qui rapportent diversement l'avis de Rabbi Yo'hanan ; ils divergent sur ce que R. Yo'hanan a transmis du sens de la parole de R. Yehochoua.
Oulla a dit : celui qui mange un [aliment de] troisième degré (chelichi) de houlin préparés au niveau de pureté de la terouma (al taharat ha-terouma) — son corps est disqualifié de manger de la terouma.
Nouvel enseignement, par Oulla, au sujet cette fois de houlin préparés au niveau de la terouma : celui qui en mange un aliment de troisième degré (chelichi) voit son corps disqualifié de manger de la terouma. Le mangeur devient lui-même chelichi — donc interdit à la consommation de terouma — sans pour autant devenir sheni (il ne disqualifie pas par contact la terouma qu'il touche).
Que [vient-il] nous enseigner ? Nous [l']avons [déjà] appris [dans la michna] : un [aliment de] troisième degré (chelichi) [fait] un second à l'égard du kodech, et non un second à l'égard de la terouma — [cela] pour des houlin préparés au niveau de pureté de la terouma.
[Inférence :] c'est un second qu'il ne devient pas, mais un troisième (chelichi) il [le] devient [et il est donc disqualifié de la terouma].
Objection : qu'apporte Oulla ? La michna l'enseigne déjà : 'un chelichi [fait] un sheni à l'égard du kodech, et non un sheni à l'égard de la terouma', pour des houlin préparés au niveau de la terouma. Or, par inférence, s'il ne devient pas sheni à l'égard de la terouma, il en devient tout de même chelichi (troisième) — et un chelichi est disqualifié de la consommation de la terouma. La règle d'Oulla semblerait donc déjà contenue dans la michna.
[Réponse :] si [c'était] de cette [michna] [seulement], j'aurais dit : il ne devient ni un second ni un troisième (chelichi) ; et c'est seulement parce qu'[elle] énonce 'un second à l'égard du kodech' qu'[elle] énonce aussi 'et non un second à l'égard de la terouma' — [Oulla] nous enseigne [donc que, malgré cela, il devient bien chelichi et reste interdit de manger la terouma].
Réponse : sans Oulla, on aurait pu lire la michna autrement — qu'à l'égard de la terouma le mangeur ne devient ni sheni ni chelichi (rien du tout), la michna ne mentionnant 'non sheni à l'égard de la terouma' que par symétrie avec 'sheni à l'égard du kodech' qu'elle venait d'énoncer, sans en déduire un statut de chelichi. Oulla enseigne donc que le mangeur devient bel et bien chelichi et reste interdit de manger la terouma.
Rav Hamnouna objecta à Oulla : le premier (rishon) [degré] dans les houlin [est] impur et rend impur ; le second (sheni) disqualifie et ne rend pas impur ; et le troisième (chelichi) se mange dans le nezid ha-demaa (un plat où de la terouma est mêlée).
Objection de Rav Hamnouna à Oulla, depuis une michna (Tohorot 2:3, sur des houlin au niveau de la terouma) : le rishon (premier degré) est impur et rend impur (il fait de la terouma qu'il touche un sheni, lequel disqualifie un chelichi) ; le sheni (second) disqualifie la terouma sans la rendre impure (le chelichi de terouma ne fait pas de revii) ; et le chelichi (troisième) se mange dans le nezid ha-demaa — un plat de houlin auquel on a le droit d'ajouter des épices de terouma (ail, huile). Or si manger un chelichi disqualifie le corps (Oulla), comment le prêtre y mêlerait-il, et mangerait-il, de la terouma ?
Or si tu dis [comme Oulla que] son corps est disqualifié de manger de la terouma — lui donnons-nous à manger une chose qui disqualifie son corps ? Il lui dit : laisse le nezid ha-demaa,
Le cœur de l'objection : si, selon Oulla, manger un chelichi disqualifie le corps de la consommation de la terouma, comment la michna permet-elle de donner à manger à un prêtre ce chelichi mélangé à de la terouma (le nezid ha-demaa) — on lui ferait avaler ce qui le rend lui-même inapte à la terouma qu'il y mêle ! Réponse d'Oulla : 'laisse le nezid ha-demaa' [il n'y a pas là matière à difficulté] — la suite [au daf 35a] précisera qu'il n'y a pas, dans un tel plat, de quoi atteindre la mesure d'un kazayit dans le temps de manger un pras, de sorte que le corps n'est pas réellement disqualifié.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).