Sougya : Le daf poursuit la sougya des degrés d'impureté. On admet d'abord que le ragoût de terouma (nezid ha-dema) n'a pas un kazayit de terouma dans le temps d'une akhilat peras, donc il reste profane.
Rabbi Yonatan au nom de Rabbi enseigne que celui qui mange un shelishi de terouma elle-même est interdit de manger [de la terouma] mais autorisé à [la] toucher ; la Guemara montre que cet enseignement et celui de Oulla (sur le houlin fait sur la pureté de la terouma) sont tous deux nécessaires. Rav Yitzhak bar Chemouel bar Marta pose une règle : seul le kodech mekoudash (sanctifié dans son corps) fait un revi'i ; donc celui qui mange un shelishi de houlin fait sur la pureté du kodech reste pur pour manger du kodech.
Rami bar Hama objecte depuis la michna ('shelishi : sheni pour le kodech') ; Rav Yitzhak répond : 'laisse la terouma, car sa pureté est une impureté à l'égard du kodech'. Il l'établit par la michna des vêtements (am ha-arets / perouchin / terouma / kodech, chaque cran étant madras pour le suivant), et Rava distingue : les madrasot sont différentes [des aliments].
[On a maintenu le ragoût de terouma (nezid ha-dema) comme profane] car il n'y a pas un kazayit [de terouma] dans le temps d'une akhilat peras (le temps de manger une demi-miche).
Clôture du raisonnement entamé plus haut sur le nezid ha-dema (ragoût assaisonné d'épices de terouma). On le tient pour profane (houlin) parce qu'il n'y a pas un kazayit (volume d'une olive) de terouma consommé dans le temps d'une akhilat peras (le temps de manger une demi-miche) : sans ce minimum dans ce laps de temps, l'aliment n'a pas le statut de terouma et n'exige pas la pureté de la terouma.
Rabbi Yonatan a dit au nom de Rabbi : celui qui mange un shelishi de terouma elle-même — il est interdit de manger [de la terouma], mais il est permis de [la] toucher.
Enseignement de Rabbi Yonatan au nom de Rabbi : celui qui consomme un aliment de shelishi (troisième degré) de terouma elle-même devient invalidé pour manger de la terouma, mais peut encore la toucher (il ne la rendrait pas impropre par contact). C'est l'analogue de l'enseignement de Oulla, mais pour la terouma elle-même et non pour le houlin fait sur la pureté de la terouma.
Et [l'enseignement] de Oulla était nécessaire, et [celui] de Rabbi Yonatan était nécessaire. Car si [on l'apprenait] de Oulla [seul], j'aurais dit : ceci [vaut] dans du profane fait sur la pureté de la terouma, mais la terouma [elle-même] — par contact aussi [c'est] interdit ; [c'est pourquoi celui] de Rabbi Yonatan était nécessaire.
Et si [on l'apprenait] de Rabbi Yonatan [seul], j'aurais dit : ceci [vaut pour la] terouma, mais le profane — par consommation aussi [c'est] permis ; [aussi] sont-ils [tous deux] nécessaires.
La Guemara montre que les deux enseignements sont indispensables. De Oulla seul (houlin sur pureté de terouma : interdit de manger, permis de toucher), on aurait pu croire que pour la terouma elle-même le contact aussi est interdit — d'où la nécessité de Rabbi Yonatan. De Rabbi Yonatan seul (terouma : interdit de manger, permis de toucher), on aurait pu croire que pour le houlin même la consommation est permise — d'où la nécessité de Oulla.
Rav Yitzhak bar Chemouel bar Marta était assis devant Rav Nahman, et il était assis et disait : celui qui mange un shelishi de profane fait sur la pureté du kodech — il est pur pour manger du kodech ; car tu n'as rien qui fasse un revi'i dans le kodech, hormis le kodech mekoudash (sanctifié) seul.
Enseignement central du daf (voir le schéma de synthèse). Rav Yitzhak bar Chemouel bar Marta : celui qui mange un aliment du shelishi d'un houlin fait sur la pureté du kodech reste pur pour manger du kodech, parce qu'aucun aliment ne produit un revi'i (quatrième degré) dans le domaine du kodech, sauf le kodech mékoudash (sacrifice dont le corps a été sanctifié). Le houlin, même préparé sur la pureté du kodech, n'atteint pas ce statut et ne fait donc pas de revi'i.
Rami bar Hama objecta : [la michna enseigne] 'un shelishi [est] sheni pour le kodech, et [il n'est] pas sheni pour la terouma' — [il s'agit] d'un profane fait sur la pureté de la terouma. Pourquoi [serait-il sheni pour le kodech] ? or [il n'est] pas du kodech mékoudash !
Objection de Rami bar Hama depuis une michna (33b) : un shelishi devient sheni à l'égard du kodech (mais pas sheni à l'égard de la terouma). Cette michna ne peut viser qu'un houlin fait sur la pureté de la terouma (puisqu'on ne mange pas de terouma impure). Or, selon Rav Yitzhak, pourquoi ce houlin serait-il sheni pour le kodech, alors qu'il n'est pas du kodech mékoudash et ne devrait donc rien produire dans le kodech ?
Il lui dit : laisse la terouma, car sa pureté est une impureté à l'égard du kodech.
Réponse de Rav Yitzhak : laisse la terouma — le cas de la michna ne contredit pas sa règle, car la pureté de la terouma compte comme impureté à l'égard du kodech. Un houlin préparé sur la pureté de la terouma (mais non sur celle, plus exigeante, du kodech) est déjà considéré comme impur pour le kodech ; c'est pourquoi son shelishi rend l'homme sheni pour le kodech — non parce qu'il ferait un revi'i, mais par cette infériorité de niveau.
Et d'où [le] dis-tu ? De ce que nous avons appris : 'les vêtements d'un am ha-arets [sont] madras (objet de foulage) pour les perouchin ; les vêtements des perouchin [sont] madras pour les mangeurs de terouma ; les vêtements des mangeurs de terouma [sont] madras pour le kodech.'
Preuve par la michna de Haguiga (18b), illustrée par le schéma. Une échelle à quatre crans : am ha-arets < perouchin (qui mangent leur houlin en pureté) < mangeurs de terouma < mangeurs de kodech. Les vêtements de chaque cran sont, pour le cran au-dessus, comme un madras (objet sur lequel un zav s'est appuyé, av ha-toum'a). Donc les vêtements des mangeurs de terouma — pourtant tenus en pureté de terouma — sont impurs (madras) à l'égard du kodech : preuve que la pureté de la terouma vaut impureté pour le kodech.
Rava dit : tu parles de madrasot ? Les madrasot sont différentes,
Rava écarte la preuve : on ne peut rien déduire des madrasot (vêtements rendus impurs par foulage) pour la règle des aliments. Le décret rendant les vêtements des mangeurs de terouma madras pour le kodech est une rigueur particulière, par crainte que l'am ha-arets ne s'y soit appuyé ; il ne prouve pas que la pureté de la terouma vaille impureté s'agissant des fruits eux-mêmes. La phrase reste en suspens et se poursuit au-delà du daf.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).