Chullin 35b — le profane fait au niveau du sacré, et ce qui rend la viande apte à l'impureté (la chehita ou le sang)

Chullin 35b

Sougya : La première moitié du daf poursuit le débat sur le houlin (profane) préparé au niveau de pureté du kodech (sacré) : Rabbi Yitzhak tient que la teroumah, 'pure' en elle-même, est 'impure' à l'égard du kodech, mais seulement dans les aliments ; Rabbi Yirmeya de Difti et Rav Houna bar Natan lui objectent (le quart de log de kodech mélangé à la teroumah, et la braita sur les degrés d'impureté), et l'on résout en distinguant les liquides 'en jonction' (béhibourin) et en posant une mahloket de tannaim (Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok). La seconde moitié passe à Rabbi Chimon : la chehita (abattage) rend la viande apte à l'impureté (mouchkar le-toum'a), et — selon Rav Assi — c'est la chehita et non le sang.

La Guemara teste cette thèse par une suite de braitot sur les types de sang : sang d'abattage, sang du mort de soi-même, sang de la blessure, sang des tués (dam halalim) ; ce dernier seul rend apte, d'après 'et il boit le sang des tués' (Nb 23:24), le verset 'tu le verseras comme l'eau' (Deut 12:16) venant non pour le hechser mais pour permettre de tirer profit du sang des consacrés invalides.

Les degrés de toum'a (impureté) et ce que chaque catégorie transmet le sacré (kodech) compte un degré de plus que la teroumah : il a un quatrième Houlin (profane) 1er : impur 2e : impur 3e : (n'existe pas) un 2e de houlin rend impur un liquide profane (-> 1er) Teroumah 1er : impur 2e : impur 3e : passoul (invalide) 4e : (n'existe pas) souche : rend impurs DEUX, en invalide UN Kodech (sacré) 1er : impur 2e : impur 3e : impur 4e : passoul (invalide) un 3e de houlin (fait au niveau du kodech) rend impur un liquide de kodech
Les degrés d'impureté dans houlin, teroumah et kodech (segments 3-5) : le sacré va jusqu'au 4e degré, d'où tout l'enjeu du houlin fait au niveau du kodech.
Rabbi Chimon : qu'est-ce qui rend la viande apte (mouchkar) à l'impureté ? un aliment ne contracte l'impureté que s'il a d'abord été mouillé par l'un des sept liquides La chehita (l'abattage) rend apte car elle permet la viande à la consommation Rav Assi : la chehita, PAS le sang le sang d'abattage ne mouille pas les graines Quels sangs rendent apte (mouillent) ? sang de tués (dam halalim) -> OUI 'et il boit le sang des tués' (Nb 23:24) sang du mort de soi-même -> NON sang de la blessure -> NON non visé par le verset 'il boit'
La thèse de Rabbi Chimon / Rav Assi (segments 6-14) : la chehita rend apte à l'impureté, et quels sangs mouillent les aliments.
1
שמא תשב עליהן אשתו נדה, אבל בפירי לא אמרינן. ורבי יצחק בפירי נמי אמר.

[On craint] que sa femme, [étant] nidah, ne s'asseye dessus ; mais pour les fruits, nous ne [le] disons pas. Or Rabbi Yitzhak, pour les fruits aussi, [l']a dit.

📜 Rachi (2)
שמא תשב שמא ישבה ואע"ג דאוכלי תרומה מזדהרי בה שפיר מיהו לגבי קדש לא הויא שמירה וחיישינן הואיל וטומאה מצויה היא:
[On craint] qu'elle ne s'asseye — qu'elle se soit [peut-être] assise [dessus] ; et bien que ceux qui mangent de la teroumah y prennent bien garde, néanmoins, à l'égard du sacré (kodech), ce [n']est pas une garde [suffisante], et nous craignons [un manquement], puisque l'impureté [de nidah] est chose fréquente.
אבל בפירי דאין טומאתן מצויה הויא שמירת תרומה שמירה לקדש למאי דנטריה דא"כ תרומה טהורה נמי תימא דמטמאה קודש:
Mais pour les fruits — dont l'impureté n'est pas fréquente, la garde [au niveau] de la teroumah est une garde [valable] aussi pour le sacré, pour ce qu'il a gardé ; car s'il en était autrement [si la garde de la teroumah ne valait pas], une teroumah pure aussi, dis [donc], rendrait le sacré impur !
🗂️ Tossefot (1)
שמא תשב עליהן אשתו נדה אבגדי עם הארץ מדרס לפרושין צריך נמי האי טעמא דע"ה אינו עושה מדרס ולא מטמא בהיסט כדתנן בהדיא במסכת טהרות בפ"ז (משנה ו) הגנבים שנכנסו לבית אינו טמא אלא מקום רגלי הגנבים ומה הם מטמאים אוכלין ומשקין וכלי חרס פתוחים אבל לא המשכבות והמושבות וכלי חרס המוקפין צמיד פתיל ואם יש עמהן עובד כוכבים או אשה הכל טמא משמע בהדיא דע"ה אינו עושה משכב ומושב ואינו מטמא בהיסט ובהנחנקין (דף סא:) נמי פריך גבי מוקף צמיד וליחוש שמא תסיטנו אשתו נדה משמע דהוא עצמו אין מטמא בהיסט וצריך ליתן טעם דמ"ש דלענין צינורא שלו עשאוהו כזב שמעיינותיו טמאים כדמשמע בפ' בנות כותים (נדה דף לג:) ובפ' חומר בקדש (חגיגה דף כג.) ולענין מדרס והיסט לא עשאוהו כזב ונראה דטעמא משום דאין גוזרין גזירות על הציבור אלא א"כ רוב הציבור יכולין לעמוד בהם ובצינורא שלו אפשר ליזהר אבל חומרא יתירה כגון משכב ומושב בהיסט לא רצו חכמים להחמיר ובפרק בנות כותים (נדה דף לג:) יש להאריך יותר ולא כאן:
[On craint] que sa femme, [étant] nidah, ne s'asseye dessus — [au sujet] des vêtements d'un am ha-arets [qui sont] midras pour les perouchim (ceux qui se gardent en pureté), il faut aussi ce motif-ci : qu'un am ha-arets ne produit pas de midras et ne rend pas impur par hesset (déplacement), comme il est enseigné explicitement au traité Taharot, au chapitre 7 (michna 6) : 'les voleurs qui sont entrés dans une maison — n'est impur que l'emplacement des pieds des voleurs ; et que rendent-ils impurs ? les aliments, les boissons et les vases de terre ouverts, mais non les couches et les sièges (michkavot et mochavot) ni les vases de terre scellés d'un couvercle hermétique ; et s'il y a avec eux un idolâtre ou une femme, tout est impur' — il ressort explicitement qu'un am ha-arets ne produit pas michkav et mochav et ne rend pas impur par hesset. Et au [chapitre] Ha-nehenakin (Sanhédrin 61b) aussi il objecte, à propos [d'un vase] entouré d'un couvercle scellé : 'que l'on craigne plutôt que sa femme nidah ne le déplace' — ce qui implique que lui-même ne rend pas impur par hesset ; et il faut donner [la] raison de la différence : pourquoi, quant à sa salive (tsinora), l'a-t-on rendu [pareil à] un zav, dont les écoulements sont impurs, comme il ressort au chapitre Benot Koutim (Nidah 33b) et au chapitre Homer ba-kodech (Haguigah 23a), et quant au midras et au hesset on ne l'a pas rendu [pareil à] un zav ? Et il apparaît que la raison [est] qu'on ne décrète de décrets sur le public que si la majorité du public peut les supporter ; et pour sa salive il est possible de prendre garde, mais une rigueur excessive comme [celle] du michkav et mochav par hesset, les Sages n'ont pas voulu [l']imposer. Et au chapitre Benot Koutim (Nidah 33b) il y a lieu de développer davantage, et non ici.
💡 Explication

Suite (depuis 35a) du propos de Rabbi Yitzhak : un objet 'pur' à l'égard de la teroumah peut être 'impur' à l'égard du kodech (sacré). On distingue les vêtements des fruits : pour des vêtements gardés au niveau de la teroumah, on craint que la femme nidah (menstruée) ne s'y soit assise (impureté fréquente), donc ils ne valent pas pour le kodech ; mais pour les fruits, dont l'impureté n'est pas fréquente, on ne dit pas [cela]. Or Rabbi Yitzhak applique sa règle aussi aux fruits.

2
מתיב רבי ירמיה מדיפתי: ומי אמרינן בפירי? והתנן: אם אמר ״הפרשתי לתוכה רביעית קדש״ – נאמן, ולא קא (מטמא) [מטמיא] ליה תרומה לקדש. ואי אמרת: טהרתה טומאה היא אצל הקדש – תטמא תרומה לקדש!

Rabbi Yirmeya de Difti objecta : et disons-nous [cela] pour les fruits ? Or n'avons-nous pas appris : si [un am ha-arets] a dit 'j'ai prélevé dedans un quart [de log] de [vin de] sacré' — il est cru ; et la teroumah ne rend pas le sacré impur !

Or si tu dis [que] sa pureté est une impureté à l'égard du sacré, [alors] que la teroumah rende le sacré impur !

📜 Rachi (1)
אם אמר הפרשתי לתוכה כו' בחומר בקדש (חגיגה דף כד:) תנן ביהודה נאמנין עמי הארץ על טהרת יין לנסכים אם אמרו טהורין הן והימנוהו רבנן כדי שלא יהא כל אחד הולך ובונה במה לעצמו ושורף פרה אדומה לעצמו אבל על התרומה אין נאמנין אלא בשעת הגיתות והבדים עברו הגיתות והבדים והביאו לו חבית של יין דתרומה ה"ז לא יקבל הימנו ואם אמר לו הפרשתי לתוך חבית זה רביעית לנסכים נאמן על כולם ומקבלם כהן ושותה:
Si [un am ha-arets] a dit 'j'ai prélevé dedans, etc.' — au [chapitre] Homer ba-kodech (Haguigah 24b) nous avons appris : 'en [terre de] Yéhoudah, les amei ha-arets sont crus quant à la pureté du vin pour les libations (nessakhim)' — si [ils] ont dit 'ils sont purs', et les Sages les ont crus, afin que chacun n'aille pas se bâtir un autel pour lui-même et brûler une vache rousse pour lui-même ; 'mais quant à la teroumah ils ne sont pas crus, sinon au temps des pressoirs (gitot) et des pressoirs à huile (badim)'. [Si] les [saisons des] pressoirs et pressoirs à huile sont passées et [qu']on lui a apporté une cruche de vin de teroumah — celui-ci ne [la] recevra pas de lui ; mais s'[il] lui a dit 'j'ai prélevé dans cette cruche un quart [de log] pour les libations', il est cru sur le tout, et le prêtre les reçoit et [les] boit.
🗂️ Tossefot (2)
ואם אמר הפרשתי לתוכה רביעית קדש נאמן וא"ת היאך יאכל כהן תרומה כיון דקדש מעורב בה וי"ל דע"י ברירה שיאמר רביעית שאני עתיד להפריש יהא קדש:
Et s'il a dit 'j'ai prélevé dedans un quart [de log] de sacré', il est cru — et si tu objectes : comment le prêtre mangera-t-il [boira-t-il] la teroumah, puisque du sacré y est mélangé ? On peut dire [que c'est] par berirah (désignation rétroactive), [l'am ha-arets] disant : 'le quart que je suis destiné à prélever sera le sacré'.
תטמא תרומה לקדש וא"ת שאני הכא ששמרה על טהרת קדש וממ"נ כיון דמהמנית ליה אקדש מהימן נמי אתרומה וי"ל דס"ד כיון דתרומת חבר נמי מטמא קודש משום דטהרתה טומאה אצל הקדש לא שייך הכא להימניה לעם הארץ משום שלא יהא בונה במה לעצמו אי נמי פריך דה"ל למיחש שמא נתן קדש בחבית אחר שנתן בה תרומה:
Que la teroumah rende le sacré impur — et si tu objectes : [c'est] différent ici, [puisqu']il l'a gardée au niveau de pureté du sacré, et à fortiori (mi-mah-nafchakh), dès lors qu'on le croit pour le sacré, on le croit aussi pour la teroumah ! On peut dire [que] cela monte à l'esprit : puisque la teroumah d'un haver (homme scrupuleux) aussi rend le sacré impur, du fait que sa pureté [est] une impureté à l'égard du sacré, il n'y a pas lieu ici de croire l'am ha-arets au motif qu'il ne se bâtisse pas un autel pour lui-même. Ou bien [encore] il objecte [ainsi] : il aurait fallu craindre qu'il n'ait mis du sacré dans la cruche après y avoir mis la teroumah.
💡 Explication

Objection de Rabbi Yirmeya de Difti contre Rabbi Yitzhak. La michna (Haguigah 24b) : un am ha-arets qui déclare avoir mis dans sa cruche de teroumah un quart de log de vin consacré (nessakhim) est cru, et le prêtre boit le tout — donc la teroumah ne rend pas impur le kodech qui y est mélangé. Or si, selon Rabbi Yitzhak, la 'pureté' de la teroumah est une 'impureté' à l'égard du kodech, elle devrait rendre ce sacré impur !

3
אמר ליה: טומאה בחבורין קאמרת? טומאה בחבורין שאני, דמגו דמהימן אקדש – מהימן נמי אתרומה.

Il lui dit : [c'est] de l'impureté en jonction (béhibourin) que tu parles ? L'impureté en jonction est différente, car puisqu'il est cru pour le sacré, il est cru aussi pour la teroumah.

📜 Rachi (1)
בחיבורין ששניהם בכלי אחד תמיד:
En jonction — [c'est-à-dire] que les deux [sont] toujours dans un seul récipient.
💡 Explication

Réponse de Rabbi Yitzhak : ton objection porte sur de l'impureté en jonction (béhibourin) — le quart de sacré et la teroumah sont en permanence réunis dans un même récipient. Ce cas est différent : puisque l'am ha-arets est cru pour le sacré (qui exige plus de scrupule), il est à fortiori cru pour la teroumah. La règle générale de Rabbi Yitzhak demeure donc.

4
מתיב רב הונא בר נתן: השני שבחולין מטמא משקה חולין, ופוסל אוכלי תרומה, והשלישי מטמא משקה קדש, ופוסל אוכלי קדש, בחולין שנעשו על טהרת הקדש.

Rav Houna bar Natan objecta : le second [degré] dans le profane rend impur un liquide de profane et invalide les aliments de teroumah ; et le troisième rend impur un liquide de sacré et invalide les aliments de sacré — [il s'agit] du profane fait au niveau de pureté du sacré.

📜 Rachi (3)
מטמא משקה חולין כדאמרן לעיל (חולין דף לד.) דעביד להו תחלה:
Rend impur un liquide de profane — comme nous l'avons dit plus haut (Houlin 34a), qu'il [le] rend premier degré (téchila).
והשלישי שבחולין:
Et le troisième — du profane.
בחולין שנעשו כו' כלומר באלו חולין אמרו כשנעשה על טהרת הקדש וקתני דעביד רביעי בקדש:
[Il s'agit] du profane fait, etc. — c'est-à-dire : de ces profanes-ci on a parlé, lorsqu'ils ont été faits au niveau de pureté du sacré ; et il enseigne [qu']il produit un quatrième [degré] dans le sacré.
💡 Explication

Objection de Rav Houna bar Natan, tirée d'une braita sur les degrés d'impureté (voir le schéma). Le second degré dans le profane rend impur un liquide profane (qui devient premier degré) et invalide la teroumah ; le troisième degré rend impur un liquide de sacré et invalide les aliments de sacré — et cela vaut pour le profane fait au niveau du sacré. Donc ce profane atteint bien un troisième degré et agit sur le sacré, contre Rabbi Yitzhak qui réservait le quatrième degré au seul kodech consacré.

5
תנאי היא, דתניא: חולין שנעשו על טהרת קדש – הרי הן כחולין.

[C'est] une [controverse de] tannaim, car il est enseigné : le profane fait au niveau de pureté du sacré — il est [traité] comme du profane.

📜 Rachi (1)
הרי הן כחולין ואין באין לכלל שלישי:
Il est [traité] comme du profane — et il n'entre pas dans la catégorie du troisième [degré].
💡 Explication

Réponse : c'est une controverse de tannaim. Une braita enseigne que le profane fait au niveau du sacré reste traité comme du profane — il n'accède donc pas à un troisième degré, conformément à Rabbi Yitzhak.

6
רבי אלעזר ברבי צדוק אומר: הרי הן כתרומה, לטמא שנים, ולפסול אחד.

Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : il est [traité] comme de la teroumah, pour rendre impurs deux et invalider un.

📜 Rachi (1)
הרי הן כתרומה כדמפרש לטמא שנים ולפסול אחד כלומר הראשון והשני טמא בהן והשלישי פסול ואינו טמא לעשות רביעי אפילו בקדש וכיון דאשמועינן בדידהו דלא שייך בהו רביעי תו לא מיקרי שלישי דידהו טמא אלא פסול ולא עביד רביעי בקדש והאי תנא ס"ל כרבי יצחק ותנא דמתניתין קמייתא פליג עליה כדקתני ופוסל אוכלי קדש:
Il est [traité] comme de la teroumah — comme [le texte] l'explique : 'pour rendre impurs deux et invalider un', c'est-à-dire [que] le premier et le second sont impurs en eux, et le troisième [est] invalide (passoul) mais non impur [au point] de produire un quatrième, même dans le sacré. Et puisqu'il nous a enseigné, à leur sujet, qu'un quatrième ne s'y applique pas, [on] n'appelle plus leur troisième 'impur' mais 'invalide', et il ne produit pas de quatrième dans le sacré. Et ce tanna tient comme Rabbi Yitzhak, tandis que le tanna de la première michna le contredit, comme il est enseigné : 'et il invalide les aliments de sacré'.
💡 Explication

Position adverse dans la braita : Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok tient que le profane fait au niveau du sacré est traité comme de la teroumah : une souche d'impureté rend impurs deux (le premier et le second degré sont impurs) et en invalide un (le troisième est passoul, invalide, sans produire de quatrième degré, même dans le sacré). D'après les deux avis de la braita, ce profane n'invalide donc pas le sacré — contre la michna de Taharot.

7
רבי שמעון אומר: הוכשרו בשחיטה. אמר רב אסי: אומר היה רבי שמעון, שחיטתו מכשרת ולא דם.

Rabbi Chimon dit : ils ont été rendus aptes par l'abattage. Rav Assi dit : Rabbi Chimon disait : c'est son abattage (chehita) qui rend apte, et non le sang.

📜 Rachi (1)
שחיטה מכשרת את הבשר לטומאה דמשויא ליה אוכלא:
L'abattage rend apte — la viande à l'impureté, car il en fait un aliment (okhla).
🗂️ Tossefot (1)
שחיטה מכשרת ולא דם וטעמא משום דמתרת בשר באכילה וכן פירש בקונטרס:
L'abattage rend apte et non le sang — et la raison [en est] qu'il permet la viande à la consommation ; et ainsi a-t-il expliqué dans le commentaire (de Rachi).
💡 Explication

Retour à la michna (33a) : celui qui abat une bête, un animal sauvage ou un oiseau et qu'il n'en sort pas de sang — Rabbi Chimon dit qu'ils ont été rendus aptes à l'impureté par l'abattage (mouchkar le-toum'a). Un aliment ne contracte l'impureté que s'il a d'abord été mouillé par un liquide ; ici, Rav Assi précise la thèse de Rabbi Chimon : c'est la chehita elle-même qui rend apte (parce qu'elle permet la viande à la consommation), et non le sang.

8
לימא מסייע ליה, רבי שמעון אומר: הוכשרו בשחיטה. מאי לאו בשחיטה ולא בדם? לא, אף בשחיטה.

Disons [qu'une braita] vient à son appui : Rabbi Chimon dit : ils ont été rendus aptes par l'abattage. N'[est-ce] pas [à dire] : par l'abattage et non par le sang ?

Non : aussi (af) par l'abattage.

📜 Rachi (2)
ולא בדם ונפקא מינה דאילו נפל דם שחיטה על הזרעים לא הוכשרו דלא מיקרי דם שחיטה משקה:
Et non par le sang — et la différence (nafka mina) [est] que, si le sang d'abattage est tombé sur des graines, elles n'ont pas été rendues aptes, car le sang d'abattage n'est pas appelé 'liquide'.
אף בשחיטה היכא דליכא דם ולעולם כי איכא דם נמי מכשיר את הזרעים:
Aussi par l'abattage — là où il n'y a pas de sang ; mais en tout état de cause, lorsqu'il y a du sang [il] rend aussi les graines aptes.
💡 Explication

Tentative d'appui pour Rav Assi : la formule 'ils ont été rendus aptes par l'abattage' ne signifie-t-elle pas 'par l'abattage et non par le sang' ? Réfutation : non, elle peut signifier 'aussi (af) par l'abattage' — c'est-à-dire que le sang rend apte, et l'abattage aussi. L'appui n'est donc pas concluant.

9
תא שמע: אמר להן רבי שמעון: וכי הדם מכשיר? והלא שחיטה מכשרת! הכי קאמר להן: וכי דם בלבד מכשיר? אף שחיטה נמי מכשרת.

Viens entendre : Rabbi Chimon leur dit : est-ce le sang qui rend apte ? n'est-ce pas l'abattage qui rend apte ! Voici ce qu'il leur dit : est-ce le sang seul qui rend apte ? l'abattage aussi rend apte.

💡 Explication

Autre tentative d'appui, par une braita où Rabbi Chimon objecte aux Sages : 'est-ce le sang qui rend apte ? n'est-ce pas l'abattage !' — ce qui semblerait exclure le sang. Réfutation : Rabbi Chimon dit seulement 'est-ce le sang seul ? l'abattage aussi rend apte' — donc le sang rend apte lui aussi. Toujours pas de preuve pour Rav Assi.

10
תא שמע: רבי שמעון אומר: דם המת אינו מכשיר. מאי לאו, הא דם שחיטה מכשיר? לא, הא דם חללים מכשיר, אבל דם שחיטה מאי – לא מכשיר?

Viens entendre : Rabbi Chimon dit : le sang du mort ne rend pas apte. N'[est-ce] pas [à dire] que le sang d'abattage rend apte ?

Non : [c'est à dire] que le sang des tués (halalim) rend apte ; mais le sang d'abattage, quoi — ne rend-il pas apte ?

📜 Rachi (2)
דם המת בהמה שמתה מאליה:
Le sang du mort — une bête morte d'elle-même.
דם חללים שנהרגה ולקמיה מפרש טעמא:
Le sang des tués — [d'une bête] qui a été mise à mort ; et plus loin il en explique la raison.
🗂️ Tossefot (1)
דם המת אינו מכשיר פירש בקונטרס בהמה שמתה מאליה ובסמוך נמי גבי דם מגפתו אינו מכשיר פירש כמו כן דם מכת בהמה וקשיא לר"ת דא"כ הל"ל דם מיתה דם מגפתה ועוד דגבי אדם תנן לה במסכת מכשירין (פ"ו משנה ו) והכי איתא התם אלו מטמאין ומכשירין זובו ורוקו שכבת זרעו ומימי רגליו ורביעית דם מן המת ודם הנדה כו' רבי שמעון אומר דם המת אינו מכשיר ועוד דדם מגפתה של בהמה אפילו רבנן מודו דלא מכשיר דאמר בפרק חבית (שבת דף קמג:) לא אם טמא חלב אשה שלא לרצון שכן דם מגפתה טמא יטמא חלב בהמה שלא לרצון שדם מגפתה טהור ומסתמא כרבנן אתי דלא מסתבר לאוקומי כרבי שמעון ולא כרבנן ועוד דאי שייך דם חללים בבהמה מאי שנא גבי אדם דאמר מה לי קטלה כולה מה לי קטלה פלגא דדם מגפתו מכשיר ומאי שנא גבי בהמה דלא אמרינן ועוד דאמרינן בסמוך רבי חייא סבר דאינה לשחיטה אלא לבסוף והא דם מכה היא ולא מכשר והתם כרבנן דהא מכשר דם שחיטה ובפרק העור והרוטב (לקמן חולין קכא.) אמר שונין ישראל בטמאה ועובד כוכבים בטהורה צריכי מחשבה (בה) והכשר ממקום אחר ואמאי לא מכשר מטעם דם חללים מיהו פירש בקונטרס שם דלא מקרי דם חלל אלא על ידי גיסטרא ומצואר כדקאמר בסוטה לתת אותה על חללי צוארי רשעים ואין נראה דהא לצד בית השחיטה הוא דאיקרי צואר כדמשמע בפ"ק (לעיל חולין דף יט:) לכך נראה לר"ת דכולה שמעתתא איירי באדם דשייך ביה דם חללים ולא בבהמה:
Le sang du mort ne rend pas apte — il a expliqué dans le commentaire (de Rachi) [que c'est] une bête morte d'elle-même, et plus bas aussi, à propos de 'le sang de sa blessure ne rend pas apte', il a expliqué de même '[c'est] le sang du coup [porté à] la bête' ; et cela fait difficulté à Rabbenou Tam, car s'il en était ainsi, il aurait fallu dire 'le sang de la mort, le sang de sa blessure'. De plus, à propos de l'homme, on l'enseigne au traité Makhchirin (chapitre 6, michna 6), et voici ce qui [y] est dit : 'voici ceux qui rendent impur et rendent apte : son écoulement (zovo), sa salive, son sperme, son urine, et un quart [de log] de sang [provenant] d'un mort, et le sang de la nidah, etc. ; Rabbi Chimon dit : le sang du mort ne rend pas apte'. De plus, [pour] le sang du coup [porté à] une bête, même les Sages (rabbanan) admettent qu'il ne rend pas apte, car il est dit au chapitre Hevit (Chabbat 143b) : 'non ! si tu as [dit que] le lait d'une femme, [même] contre son gré, est impur, [c'est] parce que le sang de sa blessure est impur ; diras-tu [autant] du lait d'une bête, [tiré] contre son gré, dont le sang de la blessure est pur ?' — et c'est sans doute selon les Sages, car il n'est pas raisonnable de l'établir [comme suivant] Rabbi Chimon et non les Sages. De plus, [pourquoi], à propos de l'homme, dit-il 'que m'importe [qu'il l'ait] tué en entier, que m'importe [qu'il l'ait] tué à moitié', [au point que] le sang de sa blessure rende apte, alors qu'à propos de la bête on ne le dit pas ? De plus, nous disons plus loin [que] Rabbi Hiyya tient que la chehita n'[agit] qu'à la fin (le-vasof) — or ceci [serait] du sang de coup et ne rendrait pas apte ! et là [c'est] selon les Sages, puisqu'il rend apte le sang d'abattage. Et au chapitre Ha-or ve-ha-rotev (plus loin, Houlin 121a) il dit : 'les Israélites enseignent [la règle] pour [une bête] impure, et l'idolâtre pour [une bête] pure, [toutes deux] requièrent [une] pensée (ma'hchava) et un hechser [provenant] d'un autre endroit' — et pourquoi ne rend-il pas apte au titre du sang des tués ? Toutefois il a expliqué là que [le sang] n'est appelé 'sang d'un tué (halal)' que par le truchement d'une gistera (mise en quartiers) et [à partir] du cou, comme il dit dans Sotah : 'pour la mettre sur les tués, [à savoir] le cou des impies' ; mais cela ne paraît pas [exact], car c'est du côté de l'emplacement de l'abattage que [le mot] 'cou' est employé, comme il ressort au premier chapitre (plus haut, Houlin 19b). C'est pourquoi il paraît, à Rabbenou Tam, que toute la sougya parle de l'homme, à propos duquel s'applique [la notion de] sang des tués, et non de la bête.
💡 Explication

Cette fois, braita contre Rav Assi : 'le sang du mort (la bête morte de soi-même) ne rend pas apte' — n'implique-t-il pas, par contraste, que le sang d'abattage rend apte (contre Rav Assi qui dit : seule la chehita) ? Réfutation : non, le contraste vise le sang des tués (dam halalim, bête tuée mais non abattue rituellement) qui rend apte ; quant au sang d'abattage, la question reste ouverte — peut-être ne rend-il pas apte.

11
לישמעינן דם שחיטה, וכל שכן דם המת! דם המת איצטריכא ליה, סלקא דעתך אמינא: מה לי קטליה איהו, מה לי קטליה מלאך המות? קא משמע לן.

Qu'il nous enseigne [donc] le sang d'abattage, et à fortiori le sang du mort ! [C'est que] le sang du mort lui était nécessaire ; il aurait pu monter à l'esprit de dire : que m'importe [qu'il] l'ait tué lui-même, que m'importe [que ce soit] l'ange de la mort [qui] l'ait tué ?

[C'est pourquoi] il nous [l']enseigne.

📜 Rachi (2)
לשמעינן דם שחיטה דלא מכשר ואע"ג דאיתקוש למים דכתיב על הארץ תשפכנו כמים:
Qu'il nous enseigne le sang d'abattage — [à savoir] qu'il ne rend pas apte ; et bien qu'il ait été assimilé à l'eau, comme il est écrit (Deut 12:24) 'sur la terre tu le verseras comme l'eau'.
ס"ד אמינא דם המת עדיף דהוי כדם חללים דמה לי קטלה איהו כולה אבל דם שחיטה לא מיקרי חלל אלא זבוח:
Il monte à l'esprit de dire — le sang du mort [serait] préférable, car il [serait] comme le sang des tués, [puisque] 'que m'importe [qu'il] l'ait tué tout entier' ; mais le sang d'abattage n'est pas appelé 'tué' (halal) mais 'abattu' (zavouah).
🗂️ Tossefot (1)
לשמעינן דם השחיטה וכ"ש דם המת וא"ת ומאי כ"ש דמה ענין זה אצל זה הא מתרי קראי נפקי לרבנן דם המת מדם חללים ישתה ודם שחיטה מתשפכנו כמים וכן קשה בסמוך גבי דם מגפתו וי"ל דס"ד דאפילו לרבנן אי לאו דנפקא לן שחיטה מתשפכנו כמים הוה אמינא דדם חללים דוקא מכשיר דהיינו שנהרג ולא מת מאליו דלא אמרינן מה לי קטליה איהו מה לי קטליה מלאך המות דאין לך בו אלא חידושו דלא מצינו דם מכשיר אלא דם חללים אבל השתא דדם שחיטה מכשיר לא הוי חידוש מאי דמכשיר דם חללים ואמרינן מה לי קטלה כו' וכן בסמוך:
Qu'il nous enseigne le sang d'abattage, et à fortiori le sang du mort — et si tu objectes : quel [est ce] 'à fortiori' ? quel rapport [à] l'un avec l'autre ? car [ils] découlent de deux versets [distincts] selon les Sages : le sang du mort de 'le sang des tués il boit', et le sang d'abattage de 'tu le verseras comme l'eau' ! Et de même [il y a] difficulté plus bas, à propos du sang de sa blessure. On peut dire [qu']il monte à l'esprit de dire [que], même selon les Sages, si nous n'avions pas dérivé l'abattage de 'tu le verseras comme l'eau', j'aurais dit [que] c'est le sang des tués seul qui rend apte — c'est-à-dire celui qui a été mis à mort et n'est pas mort de soi-même, car on ne dit pas 'que m'importe [qu'il] l'ait tué lui-même, que m'importe [que] l'ange de la mort l'ait tué', vu que tu n'as là-dessus que sa nouveauté : on n'a pas trouvé que du sang rende apte sinon le sang des tués ; mais maintenant que le sang d'abattage rend apte, ce n'est plus une nouveauté que le sang des tués rende apte, et l'on dit 'que m'importe [qu'il] l'ait tué, etc.' ; et de même plus bas.
💡 Explication

Difficulté : si le sang d'abattage rendait apte, Rabbi Chimon aurait dû le dire (et le 'sang du mort' aurait suivi à fortiori). Réponse : il fallait enseigner le sang du mort par lui-même, car on aurait pu croire : 'que m'importe qu'il l'ait tué lui-même ou que l'ange de la mort l'ait tué' — donc que le sang du mort rende apte comme celui des tués. Rabbi Chimon enseigne qu'il n'en est rien ; et aucune déduction n'est possible quant au sang d'abattage.

12
תא שמע: רבי שמעון אומר: דם מגפתו אינו מכשיר. מאי לאו, הא דם שחיטה מכשיר? לא, הא דם חללים מכשיר. אבל דם שחיטה מאי, לא מכשיר?

Viens entendre : Rabbi Chimon dit : le sang de sa blessure ne rend pas apte. N'[est-ce] pas [à dire] que le sang d'abattage rend apte ?

Non : [c'est à dire] que le sang des tués rend apte ; mais le sang d'abattage, quoi — ne rend-il pas apte ?

📜 Rachi (2)
מגפתו לשון (תהילים צ״א:י״ב) פן תגוף באבן רגלך. כלומר דם מכת בהמה:
Sa blessure (magpato) — terme de (Psaumes 91:12) 'de peur que ton pied ne heurte (tigof) une pierre' ; c'est-à-dire le sang du coup [porté à] la bête.
אינו מכשיר דלא מיקרי משקה אלא דם חללים דכתיב ישתה:
Ne rend pas apte — car il n'est appelé 'liquide' que le sang des tués, dont il est écrit 'il boit'.
💡 Explication

Nouvelle braita contre Rav Assi, bâtie comme la précédente : 'le sang de sa blessure (dam magpato, le sang d'un coup porté à la bête) ne rend pas apte' — n'implique-t-il pas que le sang d'abattage, lui, rend apte ? Même réfutation : le contraste vise le sang des tués ; le sort du sang d'abattage reste indécis.

13
לשמעינן דם שחיטה, וכל שכן דם מגפתו! דם מגפתו איצטריכא ליה, סלקא דעתך אמינא: מה לי קטליה כולה, מה לי קטליה פלגא.

Qu'il nous enseigne [donc] le sang d'abattage, et à fortiori le sang de sa blessure ! [C'est que] le sang de sa blessure lui était nécessaire ; il aurait pu monter à l'esprit de dire : que m'importe [qu'il] l'ait tué tout entier, que m'importe [qu'il] l'ait tué à moitié ?

💡 Explication

Même structure qu'au segment 10. Si le sang d'abattage rendait apte, on l'aurait enseigné (et le sang de la blessure suivrait à fortiori). Mais il fallait le sang de la blessure pour lui-même, car on aurait pu raisonner : 'que m'importe qu'il l'ait tué tout entier ou seulement à moitié (blessé)' — donc que ce sang rende apte comme celui des tués. Rabbi Chimon enseigne qu'il n'en est rien.

14
ומאי שנא דם חללים דמכשיר? דכתיב: ״ודם חללים ישתה״.

Et en quoi le sang des tués est-il différent, qu'il rende apte ? Parce qu'il est écrit : 'et il boit le sang des tués' (Nombres 23:24).

💡 Explication

Question : pourquoi le sang des tués (dam halalim) rend-il apte, lui ? Réponse scripturaire : il est écrit 'et il boit le sang des tués' (Nb 23:24) ; le sang qui est rattaché au verbe 'boire' est, par là, rangé parmi les liquides qui rendent les aliments aptes à l'impureté.

15
דם שחיטה נמי כתיב: ״על הארץ תשפכנו כמים״! ההוא למישרי דמן דפסולי המוקדשין בהנאה הוא דאתא.

Or pour le sang d'abattage aussi il est écrit : 'sur la terre tu le verseras comme l'eau' (Deut 12:16) ! Celui-là est venu pour permettre le sang des consacrés invalidés (pessoulei ha-moukdachin) au profit (be-hana'a).

📜 Rachi (1)
דפסולי המוקדשין לאחר שנפדו מה מים מותרים בהנאה אף דם פסולי המוקדשין מותרים בהנאה דהאי קרא בפסולי המוקדשין מוקמינן ליה בספרי:
Des consacrés invalidés — après qu'ils ont été rachetés : de même que l'eau est permise au profit (be-hana'a), de même le sang des consacrés invalidés est permis au profit ; car ce verset, [c'est] aux consacrés invalidés que le Sifri le rapporte.
🗂️ Tossefot (1)
למישרי דמן דפסולי המוקדשין ולר' אבהו דאמר בפרק כל שעה (פסחים דף כא:) דלא תאכלו משמע איסור הנאה איצטריך למישרי כל דם והכא נקט פסולי המוקדשין משום דחזקיה דפליג עליה ואמר דלא תאכלו לא משמע ליה איסור הנאה והוה מצי נמי למימר דאצטריך קרא לדם בהמה דלא בעי כסוי כדאמרינן בריש כסוי הדם (לקמן חולין דף פד.) ואומר ר"י אע"ג דאין היקש למחצה לא מסתבר ליה לר' שמעון מתשפכנו כמים אלא לענין שפיכה דלא בעי קבורה ולא כסוי אבל הכשר לא שייך מידי לשפיכה:
Pour permettre le sang des consacrés invalidés — et selon Rabbi Abahou, qui dit au chapitre Kol Cha'a (Pessahim 21b) que 'vous ne mangerez pas' implique [aussi] un interdit de profit, [le verset] était nécessaire pour permettre tout sang ; et ici il prend 'les consacrés invalidés' parce que Hizkiya, qui le contredit, dit que 'vous ne mangerez pas' n'implique pas pour lui un interdit de profit. Et il aurait pu aussi dire [que] le verset était nécessaire pour le sang d'une bête [profane], qui ne requiert pas la couverture (kissouy), comme nous le disons au début de Kissouy ha-dam (plus loin, Houlin 84a). Et Rabbi Yitzhak dit : bien qu'il n'y ait pas de hekech à moitié (heikech le-mehetsa), il ne paraît pas à Rabbi Chimon [de tirer] de 'tu le verseras comme l'eau' [autre chose] que [ce qui concerne] le versement — [à savoir] qu'il ne requiert ni enfouissement (kevourah) ni couverture (kissouy) ; mais le hechser n'a rien à voir avec le versement.
💡 Explication

Objection : le sang d'abattage aussi est assimilé à un liquide, car il est écrit 'tu le verseras comme l'eau' (Deut 12:16) — il devrait donc rendre apte ! Réponse : ce verset ne vise pas le hechser, mais vient permettre de tirer profit (be-hana'a) du sang des consacrés invalidés (pessoulei ha-moukdachin) une fois rachetés : de même que l'eau est permise au profit, de même ce sang. Il ne dit donc rien de l'aptitude à l'impureté, et le sang d'abattage ne rend pas apte.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).