Chullin 36a — le sang de l'abattage rend-il les aliments aptes à l'impureté, et la portion sèche de la mincha (hibat ha-kodech)

Chullin 36a

Sougya : La sougya poursuit l'examen de ce qui rend un aliment apte à recevoir l'impureté (hechsher). On établit d'abord que le sang des consacrés invalidés est permis à la jouissance, puis l'école de Rabbi Yichmael distingue, à partir de 'il boit le sang des tués', le sang qui rend apte du sang de giclement (kilouah) qui ne le fait pas.

Le cœur du daf est une braita : celui qui abat et fait gicler du sang sur une courge de terouma — Rabbi dit qu'elle est rendue apte, Rabbi Hiyya dit qu'on laisse en suspens (tolin). Rabbi Ochaaya conseille de s'appuyer sur Rabbi Chimon (l'abattage rend apte, non le sang).

Rav Papa puis Rav Achi précisent le point de divergence : le cas où le sang est essuyé entre les deux simanim, et la question de savoir si l'abattage est un abattage 'du début à la fin' ou 'seulement à la fin'. Enfin Resh Lakich pose un dilemme sur la portion sèche de la mincha (tzrid), rendue apte par l'affection du sacré (hibat ha-kodech) sans eau : y compte-t-on les degrés d'impureté ?

Rabbi Elazar tranche par le surplus du verset 'de tout aliment qui se mange'.

L'enjeu : à quel moment le sang devient-il 'sang d'abattage' ? début : 1er siman on essuie le sang fin : 2e siman Rabbi : du début à la fin le sang gicle dès le 1er siman = déjà sang d'abattage -> rend apte Rabbi Hiyya : seulement à la fin avant le 2e siman = sang de blessure essuyé avant la fin -> ne rend pas apte
L'enjeu central (segments 4-5) : à quel moment le sang devient sang d'abattage, et donc s'il rend la courge apte à l'impureté.
Le sang gicle sur la courge de terouma : rend-il apte à l'impureté (hechsher) ? cas : on entaille les simanim, le sang est essuyé entre le premier siman et le second Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) Rabbi Hiyya Rabbi Chimon Quand l'abattage est-il un abattage ? du début à la fin donc déjà sang d'abattage seulement à la fin avant : sang de blessure l'abattage rend apte, le sang non Verdict sur la courge RENDUE APTE (hochar) EN SUSPENS (tolin) selon Rav Papa / selon Rav Achi PAS rendue apte Rabbi Ochaaya : sur qui s'appuyer ? Sur Rabbi Chimon. Rabbi (1 voix) dit : rend apte ; Rabbi Chimon + Rabbi Hiyya (2 voix) : ne rend pas apte. l'avis d'un seul ne tient pas là où deux le contestent -> on suit les deux.
La braita de la courge (segments 2-10) : les trois positions, leur verdict, et le conseil de Rabbi Ochaaya de suivre les deux contre l'un.
Le dilemme de Resh Lakich : la portion sèche de la mincha (tzrid) rendue apte par l'affection du sacré (hibat ha-kodech), sans contact avec un liquide Côté 1 l'affection du sacré n'agit que pour invalider l'aliment lui-même (le rendre interdit) -> on NE compte PAS premier et second degré Côté 2 une fois rendu apte, peu importe par quel moyen (eau ou affection du sacré) -> on compte premier et second degré Rabbi Elazar tranche par le verset 'de tout aliment qui se mange' -> aliment venu par l'eau
Le dilemme de Resh Lakich (segments 11-14) : compte-t-on les degrés d'impureté pour la portion sèche de la mincha rendue apte par l'affection du sacré.
1
סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וַאֲסִירִי בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה, דְּמִן לִבְעֵי קְבוּרָה, קָמַשְׁמַע לַן.

Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisqu'[ils] sont interdits quant à la tonte (guiza) et au travail (avoda), [peut-être] leur sang aussi requiert-il l'enfouissement (kevoura) ; [c'est pourquoi] il nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וַאֲסִירִי בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה דִּכְתִיב תִּזְבַּח וְלֹא גִּיזָּה בָּשָׂר וְלֹא חָלָב בפ"ב דִּבְכוֹרוֹת (דַּף טו.):
Puisqu'[ils] sont interdits quant à la tonte et au travail — car il est écrit 'tu abattras' (tizbah) et non [tu tondras] sa toison, 'la viande' et non sa graisse, au [chapitre] 2 de Bekhorot (page 15a).
🗂️ Tossefot (1)
סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הוֹאִיל וַאֲסִירִי בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה כּוּ' תֵּימַהּ הָא גִּיזָּה עַצְמָהּ שָׁרְיָא כְּשֶׁעָבַר וְגָזַז דְּתִזְבַּח וְלֹא תָּגֹוז קָאָמַר כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת כה.) שְׂעַר בְּכוֹר בַּעַל מוּם שֶׁנָּשַׁר וְהִנִּיחוֹ בַּחַלּוֹן וְאַחַ״כּ שְׁחָטוֹ עֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל מַתִּיר וּבְתָלוּשׁ נָמֵי פְּלִיגִי כִּדְמוֹכַח הָתָם בְּסוֹף פִּירְקִין (חֻולִּין דַּף כו.) וַאֲפִילּוּ רַבָּנָן דְּאָסְרִי מְפָרֵשׁ הָתָם בַּגְּמָרָא גְּזֵירָה מִשּׁוּם דִּלְמָא אָתֵי לְאַשְׁהוֹיֵי אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא שָׁרֵי א״כ אֲפִילּוּ דָּם שֶׁיָּצָא מֵחַיִּים קֹודֶם שְׁחִיטַת הָרֹוב לָמָּה יֵאָסֵר וְכָל שֶׁכֵּן אַחַר שְׁחִיטָה דְּאָז שָׁרֵי אֲפִילּוּ לָגֹוז כִּדְמַשְׁמַע בפ״ב דִּבְכוֹרוֹת (דַּף טו:) וְי״ל דְּס״ד לְמֵיסַר דָּם מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן בָּשָׂר וְלֹא חָלָב וְהוּא הַדִּין דַּהֲוָה דָּרְשִׁינַן וְלֹא דָּם וְלָא דָּמֵי לְגִיזָּה דְּשָׁרְיָא דְּגִיזָּה מִתַּזֹּבֶח נָפְקָא דְּמַשְׁמַע תִּזְבַּח וְלֹא תָּגֹוז אֲבָל כָּאן וְאָכַלְתָּ בָּשָׂר כְּתִיב מַשְׁמַע בָּשָׂר וְלֹא חֵלֶב וְדָם וְלֶאֱסֹור אַף בַּהֲנָאָה אֲתָא אע״ג דְּאֵין הַדְּרָשָׁה מְיֻושֶּׁבֶת עַל דָּם כְּמוֹ עַל חֵלֶב דְּשָׁרֵי בַּאֲכִילָה מ״מ דָּם נָמֵי בַּר אֲכִילָה הוּא וְהָא דְּלָא מַיְיתֵי הָכָא בָּשָׂר וְלֹא חֵלֶב רֵישָׁא דְּמִילְּתָא נְקַט אִי נָמֵי הָכִי פֵּירוּשׁוֹ הוֹאִיל וַאֲסִירִי בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְאַפֵּי' לְעִנְיַן מַלְקוֹת כְּמוֹ קֹודֶם שֶׁנִּפְסְלוּ כְּדִתְנַן (בְּכוֹרוֹת דַּף טו:) הַגּוֹזֵז וְהָעוֹבֵד סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים וְכֵיוָן דְּהֶחְמִירָה תּוֹרָה כָּל כָּךְ רָאוּי לִדְרוֹשׁ נָמֵי בָּשָׂר וְלֹא דָּם וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ״ק דִּבְכוֹרוֹת (דַּף ו:) דִּלְאִיסּוּר חָלָב אֲתָא קְרָא וְלֹא לֶאֱסֹור לַחֲלֹוב דְּבָעֵי לְמֵידַק מִינֵּיהּ דְּחֵלֶב חֻולִּין שָׁרֵי מִדְּאִצְטְרִיךְ לֶאֱסֹור חָלָב בִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין מִבָּשָׂר וְלֹא חָלָב:
'Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisqu'[ils] sont interdits quant à la tonte et au travail etc.' — [c'est] étonnant : or la tonte elle-même [est] permise [à posteriori] lorsqu'[on a] transgressé et tondu, car '[tu abattras] et tu ne tondras pas' [voilà ce qu'il] dit, comme nous l'avons appris au chapitre Ha-loke'ah behema (Bekhorot 25a) : 'la laine d'un premier-né (bekhor) défectueux qui est tombée, et [qu']il a déposée dans une niche, et [qu']ensuite il a abattu — Akavia ben Mahalalel permet' ; et sur [la laine] détachée aussi ils divergent, comme [cela] ressort là, à la fin du chapitre (Houlin 26a) ; et même les Sages qui interdisent — [le Talmud] explique là, dans la guemara, [que c'est] un décret (guezera) de peur qu'il [n']en vienne à temporiser (le-achouyei), mais selon la Torah [c'est] permis. S'il en est ainsi, même le sang qui est sorti du vivant [de la bête] avant l'abattage de la majorité [des simanim], pourquoi serait-il interdit ? et à plus forte raison après l'abattage, ou [c'est] alors permis même de tondre, comme [cela] ressort au [chapitre] 2 de Bekhorot (page 15b). Et l'on peut dire qu'il [t']est venu à l'esprit d'interdire le sang parce que nous exposons 'la viande' et non la graisse (helev), et de même aurions-nous exposé 'et non le sang' ; et [cela] ne ressemble pas à la tonte, qui [est] permise — car la tonte se déduit de 'tu abattras', [ce] qui implique 'tu abattras et tu ne tondras pas' ; mais ici 'et tu mangeras de la viande' [est] écrit, [ce] qui implique 'la viande' et non la graisse ni le sang, et [il] vient interdire même quant à la jouissance (hanaa). Bien que l'exposition ne s'ajuste pas au sang comme [elle s'ajuste] à la graisse — qui [est] permise à la consommation —, néanmoins le sang aussi est objet de consommation. Et le fait qu'il n'apporte pas ici 'la viande' et non la graisse [c'est qu']il prend le début du propos. Ou bien voici son explication : 'puisqu'[ils] sont interdits quant à la tonte et au travail' même quant à la peine de flagellation (malkout), comme avant qu'[ils] ne soient devenus invalides, ainsi que nous l'avons appris (Bekhorot 15b) : 'celui qui tond et celui qui travaille reçoit les quarante [coups]' ; et puisque la Torah a tant aggravé, il convient d'exposer aussi 'la viande' et non le sang. Et de même [cela] ressort au [chapitre] 1 de Bekhorot (page 6b), [à savoir] que le verset vient [enseigner] l'interdit de la graisse (helev) et non interdire de traire (lahalov) — car [le Talmud] veut en déduire que le lait (halav) profane [est] permis, du fait qu'il a fallu interdire le lait des consacrés invalides à partir de 'la viande' et non la graisse.
💡 Explication

Le contexte (suite de 35b) : les consacrés invalides (pessoulei ha-moukdachin), rachetés par un défaut, restent interdits quant à la tonte et au travail. On aurait pu croire que cette sainteté résiduelle s'étend au sang, qui exigerait alors l'enfouissement ; le verset enseigne au contraire que leur sang est permis à la jouissance.

2
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וְדַם חֲלָלִים יִשְׁתֶּה״ – פְּרָט לְדַם קִילּוּחַ, שֶׁאֵינוֹ מַכְשִׁיר אֶת הַזְּרָעִים.

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'et [il] boit le sang des tués' (Nombres 23:24) — [cela vient] exclure le sang de giclement (dam kilouah), qui ne rend pas les semences (zera'im) aptes [à l'impureté].

📜 Rachi (2)
פְּרָט לְדַם קִילּוּחַ שֶׁמַּקִּיז אֶת הַבְּהֵמָה בַּתְּחִלָּה הַדָּם שׁוֹתֵת בַּטִּיפָּה אַחַת אוֹ שְׁתַּיִם וְאַחַ"כּ הוּא מְקַלֵּחַ וְאַחַ"כּ הוּא מַשְׁחִיר וְהָכִי קַיְימָא לַן בִּכְרִיתוֹת (דַּף כב.) וְתַנְיָא הָתָם אֵיזֶהוּ דַּם הֶיקֵּז שֶׁהַנֶּפֶשׁ יוֹצְאָהּ בּוֹ מִטִּיפָּה הַמַּשְׁחֶרֶת וְאֵילָךְ אֲבָל דַּם קִילּוּחַ לָא הָוֵי דַּם הַנֶּפֶשׁ:
[Cela vient] exclure le sang de giclement — car lorsqu'on saigne (makiz) la bête, au début le sang s'écoule goutte à goutte, une ou deux gouttes, puis il gicle, puis il noircit ; et ainsi tranchons-nous dans Keritot (page 22a). Et il y est enseigné : 'quel est le sang [de la saignée] par lequel l'âme s'en va ? à partir de la goutte qui noircit et au-delà' ; mais le sang de giclement n'est pas le sang de l'âme.
אֶת הַזְּרָעִים לִישָּׁנָא דִּקְרָא נְקַט וְכִי יֻותַּן מַיִם עַל זֶרַע (וַיִּקְרָא יא):
Les semences — il prend la langue du verset 'et [si] de l'eau est mise sur une semence' (Lévitique 11).
🗂️ Tossefot (1)
וְדַם חֲלָלִים יִשְׁתֶּה פְּרָט לְדַם קִילּוּחַ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּדַם חֲלָלִים מַשְׁמַע שֶׁהִיא נַעֲשֵׂית חָלָל מִמֶּנּוּ וְדַם קִילּוּחַ אֵין הַנֶּפֶשׁ יוֹצְאָהּ בּוֹ אֶלָּא מִטִּיפָּה הַמַּשְׁחֶרֶת וְאֵילָךְ שֶׁהוּא אַחַר הַקִּילּוּחַ וְקָשֶׁה דְּבִכְרִיתוֹת (דַּף כב.) מַשְׁמַע דְּלָמֶ"ד מִטִּיפָּה הַמַּשְׁחֶרֶת וְאֵילָךְ לָא אֲתָא לְמַעוּטֵי דַּם הַקִּילּוּחַ וְהָכֵי אִיתָא הָתָם בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (ג"ז שָׁם) אִיתְּמַר אֵיזֶהוּ דַּם הַקָּזָה שֶׁהַנְּשָׁמָה יוֹצְאָה בּוֹ רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כָּל זְמַן שֶׁמְּקַלֵּחַ וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר מִטִּיפָּה הַמַּשְׁחֶרֶת וְאֵילָךְ מֵיתִיבִי אֵיזֶהוּ דַּם הַקָּזָה שֶׁהַנְּשָׁמָה יוֹצְאָה בּוֹ כ"ז שֶׁמְּקַלֵּחַ יָצָא דַּם הַתַּמְצִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא שׁוֹתֵת מַאי לַָאו אֲפִילּוּ רִאשׁוֹן וְאַחֲרוֹן לָא לְמַעוּטֵי טִיפָּה הַמַּשְׁחֶרֶת וְאִי לר"ל לִמְעוּטֵי דַּם קִילּוּחַ קָאָתֵי לְעוֹלָם תִּקְשֵׁי לֵיהּ בָּרַיְיתָא אֶלָּא לכ"ע דַּם קִילּוּחַ נְשָׁמָה יוֹצְאָהּ בּוֹ וְדַם הַקָּזָה בַּתְּחִלָּה יוֹצֵא שָׁחוֹר וְאַחַ"כּ יוֹצֵא אָדֹום הַכֹּל בְּלֹא קִילּוּחַ וּלְבַסּוֹף מְקַלֵּחַ וְאַחַר הַקִּילּוּחַ מִתְמַעֵט וְשׁוֹתֵת וְיוֹרֵד בְּסָמוּךְ וְכָל זְמַן שֶׁמְּקַלֵּחַ דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן הַייְנוּ אֶמְצָעִי וּלְרֵישׁ לָקִישׁ הָוֵי דָּם שֶׁהַנְּשָׁמָה יוֹצְאָה בּוֹ מִשֶּׁכָּלָה הַמַּשְׁחִיר וּמַתְחִיל לְהַאְדִּים אע"ג שֶׁעֲדַיִין אֵינוֹ מְקַלֵּחַ וְהַשְׁתָּא פָּרִיךְ לְרֵישׁ לָקִישׁ מִבָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי יָצָא דַּם הַתַּמְצִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא שׁוֹתֵת וה"נ שׁוֹתֵת וּמְשַׁנֵּי לָא לְמַעוֹטֵי דָּם הַמַּשְׁחִיר וְהָכָא לְגַבֵּי הֶכְשֵׁר זְרָעִים לְכָךְ אֵינוֹ מַכְשִׁיר מִשּׁוּם דְּדַם חֲלָלִים כְּתִיב וְלָא מִיקְּרֵי דַּם חָלָל אֶלָּא אוֹתוֹ שֶׁיּוֹצֵא אַחַר מִיתָה שֶׁנַּעֲשָׂה כְּבָר חָלָל פְּרָט לְדַם קִילּוּחַ שֶׁאֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה וְכֵן פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בִּכְרִיתוֹת (דַּף כב.) וְדַם שְׁחִיטָה הָוֵי אִיפְּכָא דְּלָא חֲשִׁיב דַּם שְׁחִיטָה אֶלָּא דָּם שֶׁהַנְּשָׁמָה יוֹצְאָה בּוֹ אֲבָל לְאַחַר מִיתָה אֵינוֹ קָרוּי דָּם כִּדְאָמַר בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף טז:) וַהֲרֵי דַּם הַתַּמְצִית שֶׁנִּשְׁפַּךְ כַּמַּיִם וְאֵינוֹ מַכְשִׁיר א"ל הַנַּח לְדַם הַתַּמְצִית דַּאֲפִילּוּ בְּחֻולִּין נָמֵי לָא מַכְשִׁיר דְּאָמַר קְרָא כִּי הַדָּם הוּא הַנָּפֶשׁ דָּם שֶׁהַנֶּפֶשׁ יוֹצְאָה בּוֹ קָרוּי דָּם וְכוּ':
'Et [il] boit le sang des tués, [cela vient] exclure le sang de giclement' — le Commentaire (le Kountras) a expliqué que 'le sang des tués' implique qu'[on] en devient un 'tué', et [que pour] le sang de giclement l'âme ne s'en va pas par lui, mais [seulement] à partir de la goutte qui noircit et au-delà, [ce] qui [vient] après le giclement. Et [c'est] difficile : car dans Keritot (page 22a) [il] ressort que, pour celui qui dit '[le sang de l'âme] à partir de la goutte qui noircit et au-delà', [le verset] ne vient pas exclure le sang de giclement ; et ainsi [le texte] est-il là, au chapitre Dam chehita (ibidem) : 'il a été dit : quel est le sang de la saignée par lequel l'âme s'en va ? Rabbi Yo'hanan dit : tant qu'il gicle ; et Resh Lakich dit : à partir de la goutte qui noircit et au-delà'. [On] objecte : 'quel est le sang de la saignée par lequel l'âme s'en va ? tant qu'il gicle — [cela] exclut le sang de l'égouttement (tamtzit), parce qu'il s'écoule [goutte à goutte]' — [n'est-ce] pas [vrai] même [pour] le premier et le dernier [sang] ? Non, [cela vient] exclure la goutte qui noircit. Et si, selon Resh Lakich, [le verset] venait exclure le sang de giclement, la braita lui ferait toujours difficulté ! Plutôt, de l'avis de tous, le sang de giclement [est] [le sang] par lequel l'âme s'en va ; et le sang de la saignée sort d'abord noir, puis sort rouge, le tout sans giclement, et à la fin il gicle, et après le giclement il diminue et s'écoule goutte à goutte et descend par la suite. Et 'tant qu'il gicle', [ce] que dit Rabbi Yo'hanan, [c'est] le [sang] intermédiaire ; et pour Resh Lakich [c'est] le sang par lequel l'âme s'en va dès qu'a cessé [le sang] noir et [qu']il commence à rougir, bien qu'il ne gicle pas encore. Et maintenant [le Talmud] objecte à Resh Lakich à partir de la braita qui enseigne 'il exclut le sang de l'égouttement parce qu'il s'écoule' — or ici aussi [le sang noir] s'écoule ! Et [le Talmud] répond : non, [cela vient] exclure le sang qui noircit. Et ici, quant à rendre les semences aptes, [le sang de giclement] ne rend pas apte parce que 'le sang des tués' [est] écrit, et n'est appelé 'sang de tué' que celui qui sort après la mort, lorsqu'[on est] déjà devenu un tué — [cela vient] exclure le sang de giclement, qui n'[est] pas après la mort. Et ainsi [le Commentaire] a-t-il expliqué dans Keritot (page 22a). Et [pour] le sang de l'abattage [c'est] l'inverse : car n'est appelé 'sang de l'abattage' que le sang par lequel l'âme s'en va, mais après la mort il n'est pas appelé sang, comme il est dit au [chapitre] 1 de Pessahim (page 16b) : 'or il y a le sang de l'égouttement, qui se répand comme de l'eau et ne rend pas apte !' [le Talmud] lui dit : 'laisse [de côté] le sang de l'égouttement, qui même dans les [bêtes] profanes ne rend pas apte', car le verset dit 'car le sang, c'est l'âme' — [seul] le sang par lequel l'âme s'en va est appelé sang, etc.
💡 Explication

L'école de R. Yichmael lit 'le sang des tués' (halalim) : seul le sang qui sort une fois la bête déjà tuée (au moment où l'âme s'en va) rend les semences aptes à l'impureté (mekhshir). Il exclut le sang de giclement (kilouah) — le jet sous pression au tout début de l'abattage ou de la saignée, qui n'est pas encore 'sang de l'âme'.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: הַשּׁוֹחֵט וְהִתִּיז דָּם עַל הַדַּלַּעַת – רַבִּי אוֹמֵר: הֻוכְשַׁר, רַבִּי חַייָּא אוֹמֵר: תּוֹלִין.

Nos Maîtres ont enseigné : celui qui abat et a fait gicler (hitiz) du sang sur la courge (delaa't) [de terouma] — Rabbi dit : [elle est] rendue apte ; Rabbi Hiyya dit : on laisse en suspens (tolin).

📜 Rachi (3)
וְהִתִּיז בִּתְחִלַּת שְׁחִיטָה:
Et a fait gicler — au début de l'abattage.
עַל הַדְּלַעַת תְּלוּשָׁה שֶׁל תְּרוּמָה:
Sur la courge — [une courge] détachée, de terouma.
רַבִּי חִייָּא אוֹמֵר תּוֹלִין לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי תּוֹלִין:
Rabbi Hiyya dit : on laisse en suspens — plus loin [le Talmud] explique ce qu'est 'on laisse en suspens'.
💡 Explication

Une braita pose le cas-clé : on abat une bête et un jet de sang gicle sur une courge de terouma [détachée]. Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) : la courge est rendue apte à l'impureté (le sang est sang d'abattage, assimilé à l'eau). Rabbi Hiyya : on laisse la chose en suspens (tolin) — le sens de 'tolin' sera précisé plus loin.

4
אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מֵאַחַר שֶׁרַבִּי אוֹמֵר הֻוכְשַׁר, וְרַבִּי חִייָּא אוֹמֵר תּוֹלִין, אָנוּ עַל מִי נִסְמֹוךְ? בֹּאוּ וְנִסְמֹוךְ עַל דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן, שֶׁהָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: שְׁחִיטָה מַכְשֶׁרֶת וְלֹא דָּם.

Rabbi Ochaaya a dit : du moment que Rabbi dit '[elle est] rendue apte' et que Rabbi Hiyya dit 'on laisse en suspens', sur qui nous appuierons-nous ? Venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon, car Rabbi Chimon disait : l'abattage (chehita) rend apte, et non le sang.

📜 Rachi (1)
בֹּאוּ וְנִסְמֹוךְ עַל דִּבְרֵי ר"ש שֶׁהוּא מְסַייֵּעַ אֶת רַבִּי חַייָּא שֶׁאָמַר אֵין דָּם מַכְשִׁיר וַהֲוָה לֵיהּ רַבִּי יָחִיד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם:
Venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon — car il vient en renfort de Rabbi Hiyya, qui a dit [que] le sang ne rend pas apte ; et [Rabbi] se trouve être un [avis] isolé là où il y en a deux.
💡 Explication

Devant le partage entre Rabbi et Rabbi Hiyya, Rabbi Ochaaya propose de trancher en s'appuyant sur Rabbi Chimon, qui enseigne que c'est l'acte d'abattage [d'une bête consacrée] qui rend apte à l'impureté, non le sang. Rabbi Chimon vient ainsi renforcer Rabbi Hiyya contre Rabbi : un avis isolé contre deux.

5
אָמַר רַב פָּפָּא: הַכֹּל מוֹדִים הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ לְדָם מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף – כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּמַכְשַׁיר. כִּי פְּלִיגִי בְּנִתְקַנֵּחַ הַדָּם בֵּין סִימָן לְסִימָן, רַבִּי סָבַר: יֶשְׁנָהּ לִשְׁחִיטָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף, וְהַאי דַּם שְׁחִיטָה הוּא.

Rav Papa a dit : tous reconnaissent que, là où le sang se trouve [sur la courge] du début à la fin — tout le monde s'accorde [à dire] qu'il rend apte ; ils ne divergent que [dans le cas] où le sang a été essuyé entre [le premier] siman et [le second] siman. Rabbi tient : l'abattage est [un abattage] du début à la fin, et ce sang-ci [est] du sang d'abattage.

📜 Rachi (2)
הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ לְדָם עַל הַדְּלַעַת עַד גְּמַר שְׁחִיטָה שֶׁלֹּא נִתְקַנַּח:
Là où le sang se trouve — sur la courge jusqu'à l'achèvement de l'abattage, sans avoir été essuyé.
דְּמַכְשִׁיר דְּדַם שְׁחִיטָה הוּא וְאִיתַּקַּשׁ לְמַיִם:
Qu'il rend apte — car [c'est] du sang d'abattage, et [il] a été assimilé (houkach) à l'eau.
💡 Explication

Rav Papa circonscrit la dispute (voir le schéma). Si le sang demeure sur la courge du début à la fin de l'abattage, tous conviennent qu'il rend apte. Le désaccord ne porte que sur le cas où le sang a été essuyé entre les deux simanim. Pour Rabbi, l'abattage est un acte continu 'du début à la fin', donc le sang giclé dès le premier siman est déjà sang d'abattage -> rend apte.

6
רַבִּי חַייָּא סָבַר: אֵינָהּ לִשְׁחִיטָה אֶלָּא בַּסּוֹף, וְהַאי דַּם מַכָּה הוּא, וּמַאי ״תּוֹלִין״? תּוֹלִין הַדָּבָר עַד גְּמַר שְׁחִיטָה – אִי אִיתֵיהּ לְדָם בְּסוֹף שְׁחִיטָה מַכְשִׁיר, וְאִי לָא – לֹא מַכְשִׁיר.

Rabbi Hiyya tient : l'abattage n'est [un abattage] qu'à la fin, et ce sang-ci [est] du sang de blessure (dam maka) ; et qu'est-ce que 'on laisse en suspens' ? On laisse la chose en suspens jusqu'à l'achèvement de l'abattage : si le sang se trouve [encore sur la courge] à la fin de l'abattage, [il] rend apte ; et sinon — [il] ne rend pas apte.

📜 Rachi (2)
אֵינָהּ לִשְׁחִיטָה אֶלָּא לְבַסּוֹף וּכְשֶׁנִּתְקַנַּח קֹודֶם סִימָן שֵׁנִי עֲדַייִן לֹא הָיָה קָרוּי דַּם שְׁחִיטָה אֶלָּא דַּם מַגֵּפָתוֹ:
L'abattage n'est [un abattage] qu'à la fin — et lorsqu'[il] a été essuyé avant le second siman, [le sang] n'était pas encore appelé sang d'abattage, mais [seulement] le sang de sa blessure (dam maguifato).
תָּלוּי הַדָּבָר אִי הָוֵי הֶכְשֵׁר אִי לֹא:
La chose est en suspens — [pour savoir] si [c'est] un hechsher ou non.
💡 Explication

Pour Rabbi Hiyya, l'abattage ne devient un abattage qu'à la fin (à l'achèvement du second siman). Le sang giclé avant cela, puis essuyé, n'était encore que du sang de blessure, qui ne rend pas apte. D'où le sens de 'tolin' : on suspend le jugement jusqu'à la fin de l'abattage — si du sang demeure sur la courge à ce moment, elle est apte ; sinon, non.

7
וּמַאי ״בֹּאוּ וְנִסְמֹוךְ עַל דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן״? לְרַבִּי שִׁמְעוֹן לֹא מַכְשִׁיר, לְרַבִּי חַיָּיא מַכְשִׁיר!

Et qu'est-ce que 'venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon' ? [Mais] selon Rabbi Chimon [le sang] ne rend pas apte, [tandis que] selon Rabbi Hiyya [il] rend apte !

📜 Rachi (1)
לר"ש לֹא מַכְשִׁיר לְעוֹלָם וְאֵינוֹ מְסַיֵּיעַ אֶת רַבִּי חַיָּיא:
Selon Rabbi Chimon [le sang] ne rend pas apte — jamais, et il ne vient pas en renfort de Rabbi Hiyya.
💡 Explication

Objection sur le conseil de Rabbi Ochaaya : selon cette lecture de Rav Papa, Rabbi Chimon et Rabbi Hiyya ne s'accordent pas ! Pour Rabbi Chimon, le sang ne rend jamais apte ; pour Rabbi Hiyya, il rend bien apte [si du sang demeure à la fin]. Comment alors 's'appuyer sur Rabbi Chimon' pour renforcer Rabbi Hiyya ?

8
בְּנִתְקַנֵּחַ מִיהוּ אַשְׁווֹ לַהֲדָדֵי, מַר לֹא מַכְשִׁיר, וּמַר לֹא מַכְשִׁיר, הֲוָה לֵיהּ רַבִּי חַד, וְאֵין דְּבָרָיו שֶׁל אֶחָד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם.

[Réponse :] dans [le cas] où [le sang] a été essuyé, en tout cas, ils se rejoignent l'un l'autre : ce Maître [Rabbi Chimon] ne rend pas apte, et ce Maître [Rabbi Hiyya] ne rend pas apte ; [Rabbi] se trouve donc être un [avis] isolé, et les paroles d'un seul ne [tiennent] pas là où il y en a deux.

📜 Rachi (2)
בְּנִתְקַנַּח דִּפְלִיגִי בֵּיהּ רַבִּי וְרַבִּי חַיָּיא:
[Le cas] où [le sang] a été essuyé — [c'est ce] sur quoi divergent Rabbi et Rabbi Hiyya.
מִיהָא מְסַייַּע לֵיהּ לר"ש דְּבֵין לְמָר וּבֵין לְמָר לָא מַכְשְׁרָא:
En tout cas — [Rabbi Chimon] renforce Rabbi Hiyya, car selon ce Maître comme selon ce Maître [la courge] n'est pas rendue apte.
💡 Explication

Réponse : sur le point précis qui oppose Rabbi à Rabbi Hiyya — le cas où le sang a été essuyé entre les simanim —, Rabbi Chimon et Rabbi Hiyya coïncident : ni l'un ni l'autre ne rend la courge apte. Rabbi reste donc seul de son avis ; or l'opinion d'un unique sage ne prévaut pas face à deux.

9
רַב אַשִּׁי אָמַר: ״תּוֹלִין״ לְעוֹלָם מַשְׁמַע, וְנִתְקַנֵּחַ לְרַבִּי חִיָּיא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ, אִי יֶשְׁנָהּ לִשְׁחִיטָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף, אוֹ אֵינָהּ לִשְׁחִיטָה אֶלָּא בַּסּוֹף, וּמַאי ״תּוֹלִין״? לֹא אוֹכְלִין וְלֹא שׂוֹרְפִין.

Rav Achi a dit : 'on laisse en suspens' signifie 'pour toujours' (le-olam) ; et [dans le cas] où [le sang] a été essuyé, [c'est] pour Rabbi Hiyya un véritable doute (sefeka mesafka leh) : [il ne sait] si l'abattage est [un abattage] du début à la fin, ou s'il n'est [un abattage] qu'à la fin. Et qu'est-ce que 'on laisse en suspens' ?

On ne [la] mange pas et on ne [la] brûle pas.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם מַשְׁמַע עַד שֶׁיָּבֹא אֵלִיָּהוּ וְיוֹדִיעֵנוּ וְלָא תָּנֵי תַּנָּא תּוֹלִין הַדָּבָר שֶׁגָּמְרוּ מוֹכִיחַ עָלָיו:
Signifie 'pour toujours' — jusqu'à ce que vienne Eliyahou et nous [l']enseigne ; et le Tana n'a pas enseigné 'on laisse la chose en suspens', car son achèvement [même] le démontre.
לֹא אוֹכְלִין וְלֹא שׂוֹרְפִין אִם נִתְקַנַּח קֹודֶם גְּמַר שְׁחִיטָה וְאַחַר כָּךְ נָגְעָה טֻומְאָה בַּזְּרָעִים:
On ne [la] mange pas et on ne [la] brûle pas — si [le sang] a été essuyé avant l'achèvement de l'abattage, et qu'ensuite une impureté a touché les semences.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר תּוֹלִין לְעוֹלָם מַשְׁמַע וְנִתְקַנֵּחַ לְרַבִּי חִיָּא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ. מַקְשִׁים בְּשֵׁם הָרַב מִזְבֵּחַ כַּפָּרָה דְּהָרַמְבַּ"ם זַ"ל בְּפֶרֶק יוּ"ד מֵהִלְכוֹת טֻומְאַת אוֹכְלִין (הֲלָכָה ג') פָּסַק כְּרַבִּי חַיָּיא וּבְפֶרֶק א' מֵהִלְכוֹת פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (הֲלָכָה יח') כָּתַב שָׁחַט מִיעוּט סַמָּנִים וְכוּ' שֶׁיֶּשְׁנָהּ לִשְׁחִיטָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף וְהוּא פֶּלֶא אִם יֶשְׁנָהּ לִשְׁחִיטָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף אִם כֵּן בְּנִתַּז אַמַּאי תּוֹלִין עַד כָּאן דְּבָרָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב הָרָ"ן זַ"ל בְּחִידּוּשָׁיו וְזֶה לְשׁוֹנוֹ וְאֶפְשָׁר לוֹמַר דְּכָל מַשְׁקֶה מַכְשִׁיר מִמַּיִם יָלְפִינַן לֵיהּ וּמַה מַיִם מַשְׁקֶה וַדַּאי בְּשָׁעָה שֶׁעוֹמְדִין עַל הָאֳוכָלִין אַף כָּל מַשְׁקֶה אֵינוֹ מַכְשִׁיר אֶלָּא אִם כֵּן הִיא וַדַּאי מַשְׁקֶה בְּשָׁעָה שֶׁעוֹמֵד עַל הָאֹוכֶל עַד כָּאן דְּבָרָיו עַייֵּן שָׁם. וְהָשְׁתָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּהָרַמְבַּ"ם סְבִירָא לֵיהּ כְּהָרָ"ן דְּדָם אֵינוֹ מַכְשִׁיר אֶלָּא אִם כֵּן הוּא דַּם שְׁחִיטָה וַדַּאי בְּשָׁעָה שֶׁעוֹמֵד עַל הָאֹוכֶל וְלָכֵן הֲגַם דְּקַייְמָא לָן יֶשְׁנָהּ לִשְׁחִיטָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף עִם כָּל זֶה בַּתְּחִלָּה אֵינוֹ נִקְרָא וַדַּאי כְּמוֹ מַיִם דְּהָא אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִגְמֹור הַסִּימָנִים אוֹ שֶׁתִּתְנַבֵּל בְּיָדוֹ וְאֵין כָּאן דַּם שְׁחִיטָה כְּלָל וּמֵאַחַר דְּאֵינוֹ וַדַּאי כְּמוֹ מַיִם קֹודֶם שֶׁתִּגָּמֵר הַשְּׁחִיטָה לְכָךְ פָּסַק דְּתוֹלִין.
« Rav Achi a dit : “on laisse en suspens” signifie “pour toujours”, et [dans le cas] où [le sang] a été essuyé, [c'est] pour Rabbi Hiyya un véritable doute. » On soulève une difficulté au nom du Rav Mizbeah Kapara : le Rambam — que son souvenir soit une bénédiction — au chapitre 10 des Lois de l'impureté des aliments (loi 3) a tranché comme Rabbi Hiyya ; or au chapitre 1 des Lois des consacrés invalides (loi 18) il a écrit « [si] l'on a abattu une minorité des simanim, etc. », [posant ainsi] que l'abattage est [un abattage] du début à la fin. Et c'est étonnant : si l'abattage est [un abattage] du début à la fin, alors dans [le cas] où [le sang] a giclé, pourquoi [tranche-t-il que] l'on laisse en suspens ? Fin de ses paroles. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'on peut résoudre [cela] d'après ce qu'a écrit le Ran — que son souvenir soit une bénédiction — dans ses nouveautés (hiddouchim), et voici son langage : « Et il est possible de dire que tout liquide qui rend apte (machkin), nous le déduisons de l'eau (mayim) : de même que l'eau [est] un liquide certain (vadai) au moment où [elle] se tient sur les aliments, de même tout liquide ne rend apte que s'il est un liquide certain au moment où il se tient sur l'aliment. » Fin de ses paroles, vois-y. Et maintenant l'on peut dire que le Rambam est d'avis comme le Ran, [à savoir] que le sang ne rend apte que s'il est du sang d'abattage certain (vadai) au moment où il se tient sur l'aliment. C'est pourquoi, bien que nous tenions [pour acquis] que l'abattage est [un abattage] du début à la fin, malgré tout, au début [le sang] n'est pas appelé [sang] certain comme l'eau, car il est possible que l'on n'achève pas les simanim, ou que [la bête] se rende impropre (tinabel) entre ses mains, et [alors] il n'y a là aucun sang d'abattage du tout ; et puisqu'il n'est pas certain (vadai) comme l'eau avant que l'abattage ne soit achevé, c'est pourquoi [le Rambam] a tranché que l'on laisse en suspens (tolin).
💡 Explication

Rav Achi donne une autre lecture de 'tolin' : non pas 'jusqu'à la fin de l'abattage' (Rav Papa), mais pour toujours — un doute halakhique irrésolu. Pour Rabbi Hiyya, dans le cas du sang essuyé, il y a doute réel sur la définition de l'abattage. D'où 'tolin' = on traite la courge [de terouma] comme un doute d'impureté : on ne la mange pas (peut-être impure) et on ne la brûle pas (peut-être pure).

10
וּמַאי ״בֹּאוּ וְנִסְמֹוךְ עַל דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן״? לְרַבִּי שִׁמְעוֹן לֹא מַכְשִׁיר, לְרַבִּי חַיָּיא סְפֵיקָא, לְעִנְיַן שְׂרֵיפָה מִיהוּ שָׁווּ לַהֲדָדֵי: (וּמַר) [וּלְמַר] לָא שָׂרְפִינַן, (וּמַר) [וּלְמַר] לָא שָׂרְפִינַן.

Et qu'est-ce que 'venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon' ? Selon Rabbi Chimon [le sang] ne rend pas apte, selon Rabbi Hiyya [il y a] doute ; quant à la combustion, en tout cas, ils se rejoignent l'un l'autre : et selon ce Maître on ne brûle pas, et selon ce Maître on ne brûle pas.

💡 Explication

Même objection sur Rabbi Ochaaya, selon la lecture de Rav Achi : Rabbi Chimon dit que le sang ne rend pas apte (courge pure, on ne la brûle pas), tandis que pour Rabbi Hiyya c'est un doute (on ne la brûle pas non plus, par précaution). Réponse : quant à la combustion, les deux coïncident — ni l'un ni l'autre ne brûle la courge.

11
הֲוָה לֵיהּ רַבִּי חַד, וְאֵין דְּבָרָיו שֶׁל אֶחָד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם, וְהָכִי קָאָמַר: כְּגוֹן זֹאת תּוֹלִין – לֹא אוֹכְלִין וְלֹא שׂוֹרְפִין.

[Rabbi] se trouve donc être un [avis] isolé, et les paroles d'un seul ne [tiennent] pas là où il y en a deux. Et voici ce qu'il [Rabbi Hiyya] dit : dans un cas tel que celui-ci, on laisse en suspens — on ne [la] mange pas et on ne [la] brûle pas.

📜 Rachi (1)
וְהָכֵי קָאָמַר כו' גִּירְסָא דְּלָא צְרִיכָה הִיא:
Et voici ce qu'il dit etc. — [c'est] une leçon dont on n'a pas besoin (girsa de-lo tzrikha).
💡 Explication

Conclusion selon Rav Achi : Rabbi (qui, lui, brûle la courge devenue impure, le sang ayant rendu apte) reste seul contre deux, et son avis ne tient pas. Le sens définitif de Rabbi Hiyya : dans un tel cas, on laisse en suspens — on ne la mange pas et on ne la brûle pas.

12
בָּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: צָרִיד שֶׁל מְנָחוֹת, מוֹנִין בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי, אוֹ אֵין מוֹנִין בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי? כִּי מַהְנְיָא חִבַּת הַקֹּדֶשׁ לְאִפְּסוֹלֵי גּוּפֵיהּ, לְמִימְנֵא בֵּיהּ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי – לֹא, אוֹ דִּלְמָא לָא שְׁנָא?

Rabbi Chimon ben Lakich a posé [cette question] : la portion sèche des offrandes de farine (tzrid chel menahot) — y compte-t-on [le] premier et [le] second [degré d'impureté], ou n'y compte-t-on pas [le] premier et [le] second ? Lorsque l'affection du sacré (hibat ha-kodech) agit pour invalider [l'aliment] lui-même, [c'est] pour y compter [le] premier et [le] second [qu']elle n'[agit] pas ; ou peut-être [n'y a-t-il] pas de différence ?

📜 Rachi (3)
צָרִיד שֶׁל מְנָחוֹת קָורְטֵי קֶמַח הַצִּבּוּר בְּמִנְחָה וְאֵין שֶׁמֶן נִכְנָס לְתוֹכוֹ. צָרִיד לְשׁוֹן יָבֵשׁ וְדֻוגְמָתוֹ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כז:) הָיָה קוֹלוֹ דַּק אוֹ עָב אוֹ צָרוּד: קַיְימָא לַן דְּחִיבַּת הֶקְדֵּשׁ מַכְשֶׁרֶת דְּתַנְיָא וְהַבָּשָׂר לְרַבּוֹת עֵצִים וּלְבוֹנָה כְּדִלְקַמָּן:
La portion sèche des offrandes de farine — des miettes de farine agglomérées dans l'offrande de farine, où l'huile ne pénètre pas. 'Tzrid' [est] un terme [signifiant] 'sec', et l'on en trouve l'équivalent dans Roch Hachana (page 27b) : '[si] sa voix était fine, ou épaisse, ou enrouée (tzaroud)'. Nous tenons pour acquis que l'affection du sacré rend apte, car il est enseigné : '[et] la viande (ve-ha-bassar)' [vient] inclure les bois (etzim) et l'encens (levona), comme [il sera dit] plus loin.
מוֹנִין בּוֹ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי כְּלוֹמַר אִם נִטְמָא מְטַמֵּא אֲחֵרִים אוֹ לֹא:
Y compte-t-on [le] premier et [le] second — c'est-à-dire : s'il a été rendu impur, rend-il les autres impurs, ou non ?
לְאִפְּסוֹלֵי גּוּפֵיהּ לִיתְּסַר בַּאֲכִילָה:
Pour invalider [l'aliment] lui-même — [pour] qu'il devienne interdit à la consommation.
🗂️ Tossefot (1)
צָרִיךְ שֶׁל מְנָחוֹת מוֹנִין כּוּ' פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס קָורְטֵי קֶמַח הַצִּבּוּרִין בַּמִּנְחָה וְאֵין שֶׁמֶן נִכְנָס לְתוֹכוֹ וא"ת וְיִצְטָרֵף כְּלִי לְעִנְיַן הֶכְשֵׁר כְּאִילּוּ הֻוכְשַׁר כֻּולּוֹ כְּמוֹ שֶׁמְּצָרֵף לְעִנְיַן טֻומְאָה מִדִּכְתִיב כַּף אַחַת דָּרְשִׁינַן עָשָׂה הַכָּתוּב לְכָל מַה שֶּׁבַּכַּף אַחַת דְּמִנְחָה נִבְלֶלֶת בִּכְלִי שָׁרֵת כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק קַמָּא דִּמְנָחוֹת (דַּף ט.) דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּלָלָהּ זָר כְּשֵׁרָה חוּץ לְחוֹמַת הָעֲזָרָה פְּסוּלָה וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּכֵיוָן דִּקְדֻושַּׁת כְּלִי הִיא נְהִי דִּכְהֻונָּה לָא בָּעֵי פָּנִים מִיהָא בָּעֲיָא וְעוֹד דְּלָא שַׁיָּיךְ חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ אֶלָּא הֵיכָא שֶׁנִּתְקַדֵּשׁ בִּכְלִי שָׁרֵת כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ הַמְּנָחוֹת וְהַנְּסָכִים (מְנָחוֹת קא.) דְּקָאָמַר עֵצִים כָּל כַּמָּה דְּלָא מְשַׁפֵּי לְהוּ בְּגִיזְרִין לָא מִתַּכְשְׁרִי וּלְבוֹנָה נָמֵי כֹּל כַּמָּה דְּלָא מְקַדֵּשׁ בִּכְלִי לָא מִתַּכְשְׁרָא וְהָא דְּאָמַר בְּהַהִיא פִּירְקָא (קב:) גַּבֵּי פָּרָה דְּמִיטַּמֵּא אע"ג דְּכָל הָעוֹמֵד לִשְׂרֹוף כְּשָׂרוּף דָּמֵי וְהָוְיָא כְּעַפְרָא מִשּׁוּם דְּחִיבַּת הֶקְדֵּשׁ מְשַׁוְּיָא לֵיהּ אֹוכֶל וְהָתָם לֵיכָּא קִדּוּשׁ כְּלִי שָׁאנֵי פָּרָה הוֹאִיל וְעָשׂוּ בָּהּ שְׁחִיטָה וְהַזָּאָה כְּעֵין קָרְבָּן וְגַם מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּפָרָה הֶחְמִירוּ שֶׁתְּהַנֵּי בָּהּ חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ וְי"ל דְּמַיְירֵי הָכָא בְּשֶׁלֹּא נָתַן עֲדַיִין שֶׁמֶן בְּמִנְחָה בַּתְּחִלָּה כְּשֶׁהַסֹּולֶת בְּבִיסַּהּ וכמ"ד מִדַּת יָבֵשׁ נִתְקַדְּשָׁה וְהָוְיָא מִנְחָה קְדוֹשָׁה בְּלֹא שֶׁמֶן אוֹ בְּמִנְחַת חוֹטֵא אוֹ בְּמִנְחַת קְנָאוֹת דְּלֵיכָּא שֶׁמֶן וְנִתְקַדֵּשׁ הַסֹּולֶת בִּכְלִי וְלֹא נָתַן בּוֹ מַיִם כְּלָל וּמִיהוּ לְשׁוֹן צָרִיד מַשְׁמַע מִקְצָתָהּ לַחָה וּמִקְצָתָהּ יְבֵשָׁה וה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמִיבְעֵי בִּבְשַׂר קֹדֶשׁ שֶׁלֹּא בָּא בְּמַיִם דְּדַם קָדָשִׁים לֹא מַכְשִׁיר:
'La portion sèche des offrandes de farine — y compte-t-on etc.' — le Commentaire (le Kountras) a expliqué : des miettes de farine agglomérées dans l'offrande de farine, où l'huile ne pénètre pas. Et si tu objectes : que le récipient (kli) [les] joigne quant au hechsher, comme si le tout avait été rendu apte, de même qu'il [les] joint quant à l'impureté — car du fait qu'il est écrit 'une coupe (kaf ahat)' nous exposons [que] le verset a fait de tout ce qui [est] dans une coupe [une seule chose] —, puisque l'offrande de farine est mélangée dans un récipient du service (kli charet), comme [cela] ressort au [chapitre] 1 de Menahot (page 9a), où Rabbi Yo'hanan dit : '[si] un non-prêtre l'a mélangée, [elle est] valide ; [s'il l'a mélangée] hors du mur du parvis (azara), [elle est] invalide', et [le Talmud] en explique la raison [par le fait que], étant donné que [c'est] une sainteté de récipient, bien qu'elle ne requière pas la prêtrise, elle requiert du moins le dedans [du parvis] ; et de plus, l'affection du sacré ne s'applique que là où [l'aliment] a été sanctifié dans un récipient du service, comme [cela] ressort au début de Ha-menahot ve-ha-nesakhim (Menahot 101a), où [le Talmud] dit : 'les bois, tant qu'on ne les a pas façonnés en bûches (guizrin), ne sont pas rendus aptes ; et l'encens aussi, tant qu'il n'a pas été sanctifié dans un récipient, n'est pas rendu apte'. Et ce qui est dit dans ce chapitre[-là] (Menahot 102b) au sujet de la [vache rousse] (para), qui se rend impure bien que tout ce qui est destiné à être brûlé soit comme [déjà] brûlé et soit comme de la poussière — [c'est] parce que l'affection du sacré en fait un aliment ; et là il n'y a pas de sanctification de récipient ! [Réponse :] la vache [rousse] est différente, du moment qu'on y a accompli un abattage et une aspersion (haza'a) à la manière d'un sacrifice, et aussi à cause de la rigueur de la vache [rousse] ils ont aggravé [la règle] pour que l'affection du sacré y agisse. Et l'on peut dire qu'il s'agit ici [du cas] où l'on n'a pas encore mis d'huile dans l'offrande de farine au début, lorsque la fleur de farine [est] dans le plat (bisa) ; et selon celui qui dit [que] la mesure des [matières] sèches a été sanctifiée [dans un récipient], [il s']agit d'une offrande de farine sainte sans huile ; ou bien d'une offrande de farine du pécheur (minhat hôte), ou d'une offrande de farine de la jalousie (minhat kena'ot), où il n'y a pas d'huile, et [où] la fleur de farine à été sanctifiée dans un récipient sans qu'on y mette d'eau du tout. Toutefois le terme 'tzrid' implique [qu']une partie [est] humide et une partie sèche ; et il en va de même [qu']il aurait pu poser [la question] au sujet de la viande consacrée qui n'est pas venue dans l'eau, car le sang des consacrés ne rend pas apte.
💡 Explication

Dilemme de Resh Lakich (voir le schéma) sur le tzrid : les miettes de farine sèche agglomérées dans une offrande de farine (mincha), où l'huile n'a pas pénétré. Cet aliment a été rendu apte à l'impureté non par un liquide mais par l'affection du sacré (hibat ha-kodech). Question : y compte-t-on les degrés d'impureté (un aliment qui touche une source d'impureté devient de premier degré, ce qu'il touche ensuite de second degré) ? Soit l'affection du sacré n'agit que pour invalider l'aliment lui-même [sans transmettre], soit elle équivaut pleinement à l'eau et l'on compte les degrés.

13
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: תָּא שְׁמַע, ״מִכָּל הָאֹכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל וְגוֹ׳״ – אֹוכֶל הַבָּא בַּמַּיִם – הֻוכְשַׁר, אֹוכֶל שֶׁאֵינוֹ בָּא בְּמַיִם – לֹא הֻוכְשַׁר.

Rabbi Elazar a dit : viens et entends [une preuve] — 'de tout aliment qui se mange [sur lequel vient de l'eau, sera impur]' (Lévitique 11:34) : un aliment venu dans l'eau (ba ba-mayim) — [est] rendu apte ; un aliment qui n'est pas venu dans l'eau — n'[est] pas rendu apte.

💡 Explication

Rabbi Elazar tranche le dilemme par le verset 'de tout aliment qui se mange, sur lequel vient de l'eau, sera impur' (Lev 11:34). On en déduit que seul l'aliment venu en contact avec l'eau est rendu apte [à transmettre l'impureté par degrés] ; un aliment qui n'est pas venu par l'eau ne l'est pas. Donc pour le tzrid (rendu apte sans eau, par la seule affection du sacré), on ne compte pas les degrés.

14
אַטּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ לֵית לֵיהּ אֹוכֶל הַבָּא בְּמַיִם? רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ הָכִי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ: חִבַּת הַקֹּדֶשׁ כְּאֹוכֶל הַבָּא בְּמַיִם דָּמֵי, אוֹ לָא?

Est-ce à dire que Rabbi Chimon ben Lakich n'a pas [connaissance de la règle] 'un aliment venu dans l'eau' ? Voici ce que Rabbi Chimon ben Lakich demande : l'affection du sacré (hibat ha-kodech) est-elle comme un aliment venu dans l'eau, ou non ?

📜 Rachi (2)
אַטּוּ רֵישׁ לָקִישׁ דְּבָעֵי לָהּ לֹא יָדַע לְהַאי קְרָא דְּהֶכְשֵׁר עַל יְדֵי מַיִם הוּא:
Est-ce à dire que Resh Lakich — qui pose cette [question], ne connaîtrait pas ce verset [enseignant] que le hechsher [se fait] au moyen de l'eau ?
רֵישׁ לָקִישׁ בְּקָדָשִׁים מִיבְּעֵי לֵיהּ אִי הָוְיָא חִיבַּת הַקֹּדֶשׁ כְּהֶכְשֵׁר מַיִם בְּחֻולִּין אוֹ לֹא. וּמַהְדַּר גְּמָרָא לְשַׁנּוֹיֵי וְרַבִּי אֶלְעָזָר נָמֵי דִּפְשִׁיט לֵיהּ נִיהֲלֵיהּ מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא פְּשָׁטֵיהּ נִיהֲלֵיהּ:
Resh Lakich — c'est au sujet des consacrés (kodachim) qu'il s'interroge : [savoir] si l'affection du sacré [est] comme le hechsher de l'eau dans les [bêtes] profanes (houlin), ou non. Et la guemara répond [à cela], et Rabbi Elazar aussi, qui le lui tranche, [le lui tranche] à partir du surplus du verset, [le lui] tranchant [ainsi].
💡 Explication

Objection : Resh Lakich ignorerait-il une règle aussi élémentaire que 'seul l'aliment venu par l'eau est rendu apte' ? Réponse : sa question n'était pas là. Il demandait si l'affection du sacré (qui rend bien apte) est équivalente au hechsher par l'eau [au point de transmettre l'impureté par degrés], ou si elle se limite à invalider l'aliment lui-même.

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רַבִּי אֶלְעָזָר נָמֵי מִיִּתּוּרֵי קְרָאֵי קָאָמַר, מִכְּדֵי כְּתִיב ״וְכִי יֻתַּן מַיִם עַל זֶרַע״, ״מִכָּל הָאֹכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל״ לָמָּה לִי?

Rabbi Elazar lui aussi [l']énonce à partir du surplus des versets (mi-yetourei kera'ei) : du moment qu'il est écrit 'et lorsque de l'eau est mise sur une semence' (Lévitique 11:38), 'de tout aliment qui se mange' (Lévitique 11:34) — pourquoi m'[est-il nécessaire] ?

💡 Explication

On explique que Rabbi Elazar ne se contente pas de citer une règle déjà connue de Resh Lakich : il argumente à partir du surplus (yetour) des versets. Puisqu'un verset enseigne déjà le hechsher par l'eau ('lorsque de l'eau est mise sur une semence', Lev 11:38), pourquoi un second verset, 'de tout aliment qui se mange' (Lev 11:34) ? Ce surplus enseigne précisément que seul ce qui vient par l'eau est apte — excluant donc le tzrid rendu apte par l'affection du sacré.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).