Sougya : La sougya poursuit l'examen de ce qui rend un aliment apte à recevoir l'impureté (hechsher). On établit d'abord que le sang des consacrés invalidés est permis à la jouissance, puis l'école de Rabbi Yichmael distingue, à partir de 'il boit le sang des tués', le sang qui rend apte du sang de giclement (kilouah) qui ne le fait pas.
Le cœur du daf est une braita : celui qui abat et fait gicler du sang sur une courge de terouma — Rabbi dit qu'elle est rendue apte, Rabbi Hiyya dit qu'on laisse en suspens (tolin). Rabbi Ochaaya conseille de s'appuyer sur Rabbi Chimon (l'abattage rend apte, non le sang).
Rav Papa puis Rav Achi précisent le point de divergence : le cas où le sang est essuyé entre les deux simanim, et la question de savoir si l'abattage est un abattage 'du début à la fin' ou 'seulement à la fin'. Enfin Resh Lakich pose un dilemme sur la portion sèche de la mincha (tzrid), rendue apte par l'affection du sacré (hibat ha-kodech) sans eau : y compte-t-on les degrés d'impureté ?
Rabbi Elazar tranche par le surplus du verset 'de tout aliment qui se mange'.
Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisqu'[ils] sont interdits quant à la tonte (guiza) et au travail (avoda), [peut-être] leur sang aussi requiert-il l'enfouissement (kevoura) ; [c'est pourquoi] il nous enseigne [qu'il n'en est rien].
Le contexte (suite de 35b) : les consacrés invalides (pessoulei ha-moukdachin), rachetés par un défaut, restent interdits quant à la tonte et au travail. On aurait pu croire que cette sainteté résiduelle s'étend au sang, qui exigerait alors l'enfouissement ; le verset enseigne au contraire que leur sang est permis à la jouissance.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'et [il] boit le sang des tués' (Nombres 23:24) — [cela vient] exclure le sang de giclement (dam kilouah), qui ne rend pas les semences (zera'im) aptes [à l'impureté].
L'école de R. Yichmael lit 'le sang des tués' (halalim) : seul le sang qui sort une fois la bête déjà tuée (au moment où l'âme s'en va) rend les semences aptes à l'impureté (mekhshir). Il exclut le sang de giclement (kilouah) — le jet sous pression au tout début de l'abattage ou de la saignée, qui n'est pas encore 'sang de l'âme'.
Nos Maîtres ont enseigné : celui qui abat et a fait gicler (hitiz) du sang sur la courge (delaa't) [de terouma] — Rabbi dit : [elle est] rendue apte ; Rabbi Hiyya dit : on laisse en suspens (tolin).
Une braita pose le cas-clé : on abat une bête et un jet de sang gicle sur une courge de terouma [détachée]. Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) : la courge est rendue apte à l'impureté (le sang est sang d'abattage, assimilé à l'eau). Rabbi Hiyya : on laisse la chose en suspens (tolin) — le sens de 'tolin' sera précisé plus loin.
Rabbi Ochaaya a dit : du moment que Rabbi dit '[elle est] rendue apte' et que Rabbi Hiyya dit 'on laisse en suspens', sur qui nous appuierons-nous ? Venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon, car Rabbi Chimon disait : l'abattage (chehita) rend apte, et non le sang.
Devant le partage entre Rabbi et Rabbi Hiyya, Rabbi Ochaaya propose de trancher en s'appuyant sur Rabbi Chimon, qui enseigne que c'est l'acte d'abattage [d'une bête consacrée] qui rend apte à l'impureté, non le sang. Rabbi Chimon vient ainsi renforcer Rabbi Hiyya contre Rabbi : un avis isolé contre deux.
Rav Papa a dit : tous reconnaissent que, là où le sang se trouve [sur la courge] du début à la fin — tout le monde s'accorde [à dire] qu'il rend apte ; ils ne divergent que [dans le cas] où le sang a été essuyé entre [le premier] siman et [le second] siman. Rabbi tient : l'abattage est [un abattage] du début à la fin, et ce sang-ci [est] du sang d'abattage.
Rav Papa circonscrit la dispute (voir le schéma). Si le sang demeure sur la courge du début à la fin de l'abattage, tous conviennent qu'il rend apte. Le désaccord ne porte que sur le cas où le sang a été essuyé entre les deux simanim. Pour Rabbi, l'abattage est un acte continu 'du début à la fin', donc le sang giclé dès le premier siman est déjà sang d'abattage -> rend apte.
Rabbi Hiyya tient : l'abattage n'est [un abattage] qu'à la fin, et ce sang-ci [est] du sang de blessure (dam maka) ; et qu'est-ce que 'on laisse en suspens' ? On laisse la chose en suspens jusqu'à l'achèvement de l'abattage : si le sang se trouve [encore sur la courge] à la fin de l'abattage, [il] rend apte ; et sinon — [il] ne rend pas apte.
Pour Rabbi Hiyya, l'abattage ne devient un abattage qu'à la fin (à l'achèvement du second siman). Le sang giclé avant cela, puis essuyé, n'était encore que du sang de blessure, qui ne rend pas apte. D'où le sens de 'tolin' : on suspend le jugement jusqu'à la fin de l'abattage — si du sang demeure sur la courge à ce moment, elle est apte ; sinon, non.
Et qu'est-ce que 'venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon' ? [Mais] selon Rabbi Chimon [le sang] ne rend pas apte, [tandis que] selon Rabbi Hiyya [il] rend apte !
Objection sur le conseil de Rabbi Ochaaya : selon cette lecture de Rav Papa, Rabbi Chimon et Rabbi Hiyya ne s'accordent pas ! Pour Rabbi Chimon, le sang ne rend jamais apte ; pour Rabbi Hiyya, il rend bien apte [si du sang demeure à la fin]. Comment alors 's'appuyer sur Rabbi Chimon' pour renforcer Rabbi Hiyya ?
[Réponse :] dans [le cas] où [le sang] a été essuyé, en tout cas, ils se rejoignent l'un l'autre : ce Maître [Rabbi Chimon] ne rend pas apte, et ce Maître [Rabbi Hiyya] ne rend pas apte ; [Rabbi] se trouve donc être un [avis] isolé, et les paroles d'un seul ne [tiennent] pas là où il y en a deux.
Réponse : sur le point précis qui oppose Rabbi à Rabbi Hiyya — le cas où le sang a été essuyé entre les simanim —, Rabbi Chimon et Rabbi Hiyya coïncident : ni l'un ni l'autre ne rend la courge apte. Rabbi reste donc seul de son avis ; or l'opinion d'un unique sage ne prévaut pas face à deux.
Rav Achi a dit : 'on laisse en suspens' signifie 'pour toujours' (le-olam) ; et [dans le cas] où [le sang] a été essuyé, [c'est] pour Rabbi Hiyya un véritable doute (sefeka mesafka leh) : [il ne sait] si l'abattage est [un abattage] du début à la fin, ou s'il n'est [un abattage] qu'à la fin. Et qu'est-ce que 'on laisse en suspens' ?
On ne [la] mange pas et on ne [la] brûle pas.
Rav Achi donne une autre lecture de 'tolin' : non pas 'jusqu'à la fin de l'abattage' (Rav Papa), mais pour toujours — un doute halakhique irrésolu. Pour Rabbi Hiyya, dans le cas du sang essuyé, il y a doute réel sur la définition de l'abattage. D'où 'tolin' = on traite la courge [de terouma] comme un doute d'impureté : on ne la mange pas (peut-être impure) et on ne la brûle pas (peut-être pure).
Et qu'est-ce que 'venez et appuyons-nous sur les paroles de Rabbi Chimon' ? Selon Rabbi Chimon [le sang] ne rend pas apte, selon Rabbi Hiyya [il y a] doute ; quant à la combustion, en tout cas, ils se rejoignent l'un l'autre : et selon ce Maître on ne brûle pas, et selon ce Maître on ne brûle pas.
Même objection sur Rabbi Ochaaya, selon la lecture de Rav Achi : Rabbi Chimon dit que le sang ne rend pas apte (courge pure, on ne la brûle pas), tandis que pour Rabbi Hiyya c'est un doute (on ne la brûle pas non plus, par précaution). Réponse : quant à la combustion, les deux coïncident — ni l'un ni l'autre ne brûle la courge.
[Rabbi] se trouve donc être un [avis] isolé, et les paroles d'un seul ne [tiennent] pas là où il y en a deux. Et voici ce qu'il [Rabbi Hiyya] dit : dans un cas tel que celui-ci, on laisse en suspens — on ne [la] mange pas et on ne [la] brûle pas.
Conclusion selon Rav Achi : Rabbi (qui, lui, brûle la courge devenue impure, le sang ayant rendu apte) reste seul contre deux, et son avis ne tient pas. Le sens définitif de Rabbi Hiyya : dans un tel cas, on laisse en suspens — on ne la mange pas et on ne la brûle pas.
Rabbi Chimon ben Lakich a posé [cette question] : la portion sèche des offrandes de farine (tzrid chel menahot) — y compte-t-on [le] premier et [le] second [degré d'impureté], ou n'y compte-t-on pas [le] premier et [le] second ? Lorsque l'affection du sacré (hibat ha-kodech) agit pour invalider [l'aliment] lui-même, [c'est] pour y compter [le] premier et [le] second [qu']elle n'[agit] pas ; ou peut-être [n'y a-t-il] pas de différence ?
Dilemme de Resh Lakich (voir le schéma) sur le tzrid : les miettes de farine sèche agglomérées dans une offrande de farine (mincha), où l'huile n'a pas pénétré. Cet aliment a été rendu apte à l'impureté non par un liquide mais par l'affection du sacré (hibat ha-kodech). Question : y compte-t-on les degrés d'impureté (un aliment qui touche une source d'impureté devient de premier degré, ce qu'il touche ensuite de second degré) ? Soit l'affection du sacré n'agit que pour invalider l'aliment lui-même [sans transmettre], soit elle équivaut pleinement à l'eau et l'on compte les degrés.
Rabbi Elazar a dit : viens et entends [une preuve] — 'de tout aliment qui se mange [sur lequel vient de l'eau, sera impur]' (Lévitique 11:34) : un aliment venu dans l'eau (ba ba-mayim) — [est] rendu apte ; un aliment qui n'est pas venu dans l'eau — n'[est] pas rendu apte.
Rabbi Elazar tranche le dilemme par le verset 'de tout aliment qui se mange, sur lequel vient de l'eau, sera impur' (Lev 11:34). On en déduit que seul l'aliment venu en contact avec l'eau est rendu apte [à transmettre l'impureté par degrés] ; un aliment qui n'est pas venu par l'eau ne l'est pas. Donc pour le tzrid (rendu apte sans eau, par la seule affection du sacré), on ne compte pas les degrés.
Est-ce à dire que Rabbi Chimon ben Lakich n'a pas [connaissance de la règle] 'un aliment venu dans l'eau' ? Voici ce que Rabbi Chimon ben Lakich demande : l'affection du sacré (hibat ha-kodech) est-elle comme un aliment venu dans l'eau, ou non ?
Objection : Resh Lakich ignorerait-il une règle aussi élémentaire que 'seul l'aliment venu par l'eau est rendu apte' ? Réponse : sa question n'était pas là. Il demandait si l'affection du sacré (qui rend bien apte) est équivalente au hechsher par l'eau [au point de transmettre l'impureté par degrés], ou si elle se limite à invalider l'aliment lui-même.
Rabbi Elazar lui aussi [l']énonce à partir du surplus des versets (mi-yetourei kera'ei) : du moment qu'il est écrit 'et lorsque de l'eau est mise sur une semence' (Lévitique 11:38), 'de tout aliment qui se mange' (Lévitique 11:34) — pourquoi m'[est-il nécessaire] ?
On explique que Rabbi Elazar ne se contente pas de citer une règle déjà connue de Resh Lakich : il argumente à partir du surplus (yetour) des versets. Puisqu'un verset enseigne déjà le hechsher par l'eau ('lorsque de l'eau est mise sur une semence', Lev 11:38), pourquoi un second verset, 'de tout aliment qui se mange' (Lev 11:34) ? Ce surplus enseigne précisément que seul ce qui vient par l'eau est apte — excluant donc le tzrid rendu apte par l'affection du sacré.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).