Sougya : La sougya poursuit le débat sur le hechsher (la susceptibilité à l'impureté) : un aliment ne devient impur que s'il a d'abord été mouillé par l'un des sept liquides. Deux versets l'enseignent, l'un pour l'impureté d'un mort et l'autre pour celle d'un reptile (cherets), et la Guemara montre que les deux sont nécessaires.
Rav Yossef objecte à Rabbi Elazar (qui exige le hechsher par liquide pour compter les degrés premier et second) à partir de Rabbi Chimon ('rendus récepteurs par l'abattage') ; Rabbi Zira objecte à partir du vendangeur pour le pressoir (Chammai contre Hillel). Abaye répond chaque fois que l'assimilation à l'eau n'est que rabbinique.
Rav Yossef riposte : réponds donc de même à Resh Lakich (à propos de la chiba) ! Abaye distingue : Resh Lakich ne s'interroge pas sur le fait de tenir en suspens (rabbinique) mais sur le fait de brûler (toranique).
La Guemara cherche alors d'où la chiba est toranique, écarte le sang des consacrés (R. Yo'hanan), les liquides de l'abattoir (R.
Yossi b. Hanina), le repli sur la vache humide (Chmouel), et conclut par le 'et la chair' superflu qui inclut le bois et l'encens : c'est la chiba seule qui les rend récepteurs et leur donne statut d'aliment.
N'est-ce pas pour exclure le 'regard de sainteté' (chibat ha-kodech) [du compte des liquides qui rendent récepteur] ? Non : l'un [des deux versets parle] de l'impureté d'un mort (toum'at met), et l'autre de l'impureté d'un reptile (toum'at cherets).
Fin d'un raisonnement (depuis 36a) : la Torah répète à deux reprises l'idée que l'aliment ne devient impur qu'après avoir été mouillé (hechsher). On suggère que cette redondance vient exclure la chiba (le simple fait qu'un aliment soit sacré ne le rend pas récepteur comme l'eau). La Guemara rejette : les deux versets ne sont pas redondants — l'un enseigne le hechsher pour l'impureté d'un mort, l'autre pour celle d'un reptile (cherets).
Et [ils sont] nécessaires : car si [la Torah] nous avait enseigné [le hechsher seulement pour] l'impureté d'un mort — c'[est] là qu'il requiert un hechsher, parce qu'[un mort] ne rend pas impur [par une parcelle] de la taille d'une lentille (ke-adacha) ; mais un reptile, qui rend impur [par une parcelle] de la taille d'une lentille — dis [qu'il] ne requiert pas de hechsher.
Premier sens de la nécessité des deux versets. Si l'on ne connaissait le hechsher que pour le mort, on dirait : il requiert un hechsher parce que son impureté est moins grave (le mort ne rend impur que par un volume minimal plus grand). Mais le reptile, plus grave (il rend impur dès la taille d'une lentille), on aurait cru qu'il rend impur même sans hechsher.
Et si [la Torah] nous avait enseigné [le hechsher seulement pour] le reptile — [on aurait dit qu'il requiert un hechsher] parce qu'[un reptile] ne rend pas impur d'une impureté de sept [jours] (toum'at chiv'a) ; mais un mort, qui rend impur d'une impureté de sept [jours] — dis [qu'il] ne requiert pas de hechsher. [Aussi est-ce] nécessaire.
Second sens de la nécessité, en sens inverse. Si l'on ne connaissait le hechsher que pour le reptile, on dirait : il le requiert parce que son impureté est moins grave (elle ne dure pas sept jours). Mais le mort, dont l'impureté dure sept jours, on aurait cru qu'il rend impur sans hechsher. Les deux versets sont donc l'un et l'autre nécessaires.
Rav Yossef objecte : Rabbi Chimon dit [d'une bête abattue] : elle a été rendue récepteur par l'abattage (houkhcheirou ba-chehita). 'Rendue récepteur' — [c'est] même [pour] y compter un premier [degré] et un second [degré d'impureté].
Rav Yossef objecte à Rabbi Elazar (qui soutient qu'on ne compte les degrés d'impureté — premier, second — que pour un aliment rendu récepteur par un liquide). D'après Rabbi Chimon, l'abattage lui-même (chehita) rend la bête récepteur, et ce 'pleinement' : même pour y compter un premier et un second degré d'impureté, alors qu'aucun liquide n'est intervenu.
Pourquoi [donc] ? Mais ce n'est pas un aliment qui est venu [au contact] de l'eau (okhel ha-ba be-mayim) !
Abaye lui dit : [les Sages] l'ont assimilé à un hechsher par l'eau, d'ordre rabbinique (mi-de-rabbanan).
La difficulté de Rav Yossef contre Rabbi Elazar : si l'abattage rend la bête récepteur pleinement alors qu'elle n'a eu aucun contact avec l'eau, c'est qu'un hechsher sans liquide vaut pleinement. Abaye répond : non — pour Rabbi Chimon, ce n'est pas de la Torah ; les Sages ont seulement assimilé l'abattage à un hechsher par l'eau, d'ordre rabbinique.
Rabbi Zira dit : viens [et] entends [une autre objection]. Celui qui vendange [du raisin] pour le pressoir (ha-botzer la-gat) — Chammai dit : [le raisin] a été rendu récepteur (houkhchar) ; Hillel dit : il n'a pas été rendu récepteur ; et Hillel resta silencieux devant Chammai.
Pourquoi [Chammai dit-il qu'il a été rendu récepteur] ? Mais ce n'est pas un aliment qui est venu [au contact] de l'eau !
Abaye lui dit : [les Sages] l'ont assimilé à un hechsher par l'eau, d'ordre rabbinique.
Seconde objection, par Rabbi Zira, tirée de la mahloket sur le vendangeur pour le pressoir. Le jus qui suinté des grappes n'est pas voulu (on les cueille pour les presser, non pour le jus qui s'échappe en chemin) ; or le hechsher requiert le consentement du propriétaire. Chammai tient pourtant le raisin pour récepteur, et Hillel finit par se taire (il se range). Donc un hechsher sans contact volontaire avec l'eau vaut. Abaye répond derechef : assimilation rabbinique.
Rav Yossef lui dit : moi, je te dis 'elles ont été rendues récepteur par l'abattage', et toi tu me dis '[les Sages] l'ont assimilé à un hechsher par l'eau' ; et Rabbi Zira te [le] dit [à partir du vendangeur], et tu lui dis '[les Sages] l'ont assimilé à un hechsher par l'eau' — [donc] pour Rabbi Chimon ben Lakich [au sujet de la chiba], dis aussi '[les Sages] l'ont assimilé à un hechsher par l'eau' !
Riposte de Rav Yossef : à chacune des deux objections, Abaye répond 'c'est rabbinique'. Mais alors, le dilemme de Resh Lakich (à propos de la chiba : compte-t-on les degrés pour un aliment sacré rendu récepteur par le seul regard de sainteté ?), réponds-y de la même manière — l'assimilation y est aussi rabbinique, et le dilemme se dissout !
[Abaye] lui dit : est-ce à dire que Rabbi Chimon ben Lakish s'interrogeait sur [le fait de] tenir en suspens (li-tlot) ? Lorsqu'il s'interroge, [c'est] sur [le fait de] brûler (li-srof).
Réponse décisive d'Abaye : le dilemme de Resh Lakich n'est pas de savoir s'il faut tenir en suspens (li-tlot) — cela relèverait du rabbinique, et serait déjà clair. Son dilemme porte sur le fait de brûler (li-srof) terouma ou consacrés qui auraient touché l'aliment, ce qui suppose une impureté de la Torah. La chiba doit donc bien être toranique, et l'analogie avec l'abattage ou le vendangeur (rabbiniques) ne vaut pas.
Il s'ensuit que le regard de sainteté [est] d'ordre toranique (chibat ha-kodech de-oraita) ! D'où [le savons-]nous ?
Si l'on dit [que c'est] de ce qui est écrit 'et la chair qui touche tout [objet] impur [ne se mangera pas]' (Lévitique 7:19), [il faut demander :] cette chair, par quoi a-t-elle été rendue récepteur ?
De la réponse d'Abaye il ressort que pour Resh Lakich la chiba est toranique (puisqu'il s'interroge sur le fait de brûler). La Guemara cherche donc d'où on le dérive. Première piste : le verset 'et la chair qui touche tout [objet] impur ne se mangera pas' (Lev 7:19) — ce qui suppose une chair récepteur. Mais alors, par quel moyen cette chair sacrée a-t-elle été rendue récepteur ?
Si l'on dit [qu']elle a été rendue récepteur par le sang [de la bête] — mais Rabbi Hiya bar Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : d'où [savons-nous] que le sang des consacrés ne rend pas récepteur ? De ce qu'il est dit 'tu ne le mangeras pas, sur la terre tu le verseras comme l'eau' (Deutéronome 12:24) — le sang qui se verse comme de l'eau rend récepteur ; [le sang] qui ne se verse pas comme de l'eau ne rend pas récepteur !
La piste du sang est écartée. R. Yo'hanan dérive d'un verset (Deut 12:24, sur le sang profane qu'on 'verse comme l'eau') que seul le sang qui se verse comme l'eau (donc le sang profane) rend récepteur ; le sang des consacrés, qu'on ne verse pas à terre mais qu'on présente sur l'autel, ne rend pas récepteur. La chair sacrée n'a donc pas pu être rendue récepteur par son sang.
Plutôt [qu']elle a été rendue récepteur par les liquides de l'abattoir (mashkei beit mitbhaya) — mais Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina n'a-t-il pas dit : les liquides de l'abattoir, non seulement ils sont purs, mais [encore] ils ne rendent pas récepteur ! Et si tu dis [qu']il a expliqué [cela] de [la catégorie 'homme', soit le sang], or il dit 'liquides' [au pluriel] !
Plutôt n'est-ce pas [qu']elle a été rendue récepteur par le regard de sainteté (chibat ha-kodech) ?
La piste des liquides de l'abattoir (l'eau dont on lavait la viande dans le parvis) est écartée à son tour : R. Yossi fils de R. Hanina enseigne qu'ils sont non seulement purs mais ne rendent pas récepteur. On ne peut limiter cela au seul sang ('expliquer de l'homme'), car R. Yossi dit 'liquides' au pluriel. Reste donc qu'elle fut rendue récepteur par la chiba — preuve qu'elle est toranique.
Et peut-être [le verset s'explique-t-il] selon Rav Yehouda au nom de Chmouel ? Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : par exemple [le cas] où l'on avait une vache [destinée] à des sacrifices de paix (zivhei chelamim), [et où] on l'a fait passer dans le torrent (nahal), [puis] on l'a abattue alors que le liquide la mouillait encore (mashke tofeah aleiha).
Objection à la preuve précédente : peut-être la chair fut-elle bien rendue récepteur par un liquide ordinaire, selon Chmouel : on a fait passer dans le torrent une vache de chelamim (dont la viande et la peau reviennent au propriétaire, qui la mouille pour faciliter l'écorchement), et on l'a abattue encore humide — le liquide tombant de la peau sur la chair l'a rendue récepteur. La preuve par la chiba ne serait alors pas nécessaire.
Plutôt, [la preuve vient] de la fin [du verset] : 'et la chair [tout (homme) pur mangera de la chair]' (Lévitique 7:19) — [ce second 'et la chair' vient] inclure le bois et l'encens (etsim u-levona). Le bois et l'encens sont-ils [donc] comestibles ?
Plutôt, [c'est] le regard de sainteté qui les rend récepteurs et leur donne statut d'aliment (okhel). Ici aussi [pour la chair sèche des oblations], [c'est] le regard de sainteté qui les rend récepteurs.
Conclusion : la preuve ne vient pas de la tête du verset (la chair, qu'on peut toujours dire rendue récepteur autrement) mais de sa fin, du second 'et la chair' (Lev 7:19) qui est superflu et vient inclure le bois et l'encens (consacrés) parmi ce qui peut contracter l'impureté des aliments. Or le bois et l'encens ne sont pas comestibles : si donc ils deviennent récepteurs, c'est par le seul regard de sainteté, qui leur donne statut d'aliment. De même pour la chair sèche des oblations (objet du dilemme de Resh Lakich) : la chiba la rend récepteur — et elle est bien toranique.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).