Sougya : La sougya tranche : la tereifa (bête déchirée, atteinte d'un manque qui la condamne) et la mesoukenet (bête simplement en péril de mort imminente) ne forment pas une seule catégorie. La preuve part du verset sur le chelev (graisse) : 'chelev de nevela ... et chelev de tereifa, vous n'en mangerez pas' (Lev 7:24).
Si la mesoukenet était une tereifa, la Torah n'aurait pas eu besoin d'écrire 'chelev de nevela', car un kal va-homer l'aurait enseigné ; du fait qu'elle l'écrit, on infère que la mesoukenet n'est pas une tereifa, donc qu'abattue à temps elle est permise. Mar bar Rav Achi objecte (le 'nevela' viserait le cas du gistra, bête tranchée en deux), objection écartée.
La Guemara propose deux autres appuis : le redoublement du mot 'chelev', et le verset d'Ezechiel (4:14) qui se vante de n'avoir jamais mangé de nevela ni de tereifa — grandeur qui n'a de sens que si la mesoukenet était permise. Enfin, définition de la mesoukenet (Rav Yehuda au nom de Rav : celle qu'on dresse et qui ne tient pas debout, même si elle mange du bois), avec les variantes d'enseignement de Soura et de Poumbedita, et l'enquête de Chmouel auprès des élèves de Rav.
Et si tu venais à penser [que la] tereifa, c'est la même [chose que la] mesoukenet (bête en péril de mort), [alors] que le Miséricordieux écrive : 'le chelev (graisse) de nevela (charogne) sera employé à tout ouvrage, et le chelev de tereifa, vous n'en mangerez pas' [en n'interdisant la consommation que pour la tereifa] — et moi, je dirais : si du vivant [de la bête] l'interdit de tereifa vient se poser sur l'interdit de chelev, après la mort faut-il [seulement le] dire [pour l'interdit de nevela] ?!
Suite de l'argument (depuis 37a). Le verset (Lev 7:24) interdit à la fois le chelev de nevela (graisse de charogne) et le chelev de tereifa. Or l'interdit de chelev préexiste à la mort de la bête. Si l'on supposait que tereifa = mesoukenet (donc interdite déjà du vivant, par simple proximité de la mort), il aurait suffi d'écrire 'chelev de tereifa, vous n'en mangerez pas' : car si l'interdit de tereifa se pose déjà du vivant sur le chelev, à fortiori (kal va-homer) l'interdit de nevela, postérieur à la mort, se pose lui aussi sur ce chelev. Écrire 'chelev de nevela' serait donc superflu.
Plutôt, du fait que le Miséricordieux a écrit 'nevela', on infère par déduction que la tereifa n'est pas la même [chose que la] mesoukenet.
Conclusion : puisqu'il a précisément fallu que la Torah écrive 'chelev de nevela' (pour enseigner que l'interdit de nevela se pose sur celui de chelev), c'est donc que le kal va-homer ne fonctionnait pas — et il ne fonctionne pas parce que la tereifa n'est pas la mesoukenet. La tereifa du verset est une bête déchirée, atteinte d'un manque ; elle seule est interdite après abattage, tandis que la mesoukenet abattue est permise.
Mar bar Rav Achi objecte là-dessus : et peut-être, en réalité je te dirais [que la] tereifa, c'est la même [chose que la] mesoukenet ; et ce que tu disais — 'le nevela que le Miséricordieux a écrit, pourquoi [m'est-il nécessaire] ?' —, [c'est] pour cette nevela qui ne vient pas en vertu de [l'état de] mesoukenet. Et quel en est le cas ?
[Celui] où on l'a rendue gistra (tranchée en deux). [Réponse :] là aussi, il est impossible qu'elle n'ait pas été un peu mesoukenet avant qu'on ne [lui] tranche la majeure partie.
Objection de Mar bar Rav Achi : peut-être tereifa = mesoukenet après tout, et le mot 'nevela' du verset vise un cas de nevela qui ne provient pas d'un état de mesoukenet — par exemple le gistra (bête tranchée en deux dans le sens de la largeur), qui devient nevela sans avoir agonisé. Réfutation : même là, il est impossible qu'avant qu'on n'ait tranché la majeure partie [du corps], la bête n'ait pas été un peu mesoukenet — l'interdit serait donc déjà venu du vivant, et le verset reste inutile dans cette hypothèse.
Et si tu veux, dis [autrement] : s'il en était ainsi [que la mesoukenet est interdite], que [le verset] dise 'chelev de nevela et de tereifa' ; [le mot] 'chelev' [redouble], 'chelev' [chelev de nevela puis chelev de tereifa], pourquoi [m'est-il nécessaire] ? [Pour enseigner :] c'est celle-ci (la tereifa) dont le chelev n'est pas distinct de sa chair [tout est interdit], mais tu en as une autre dont le chelev est distinct de sa chair [le chelev interdit, la chair permise] ; et laquelle est-ce ?
La mesoukenet.
Deuxième appui. Si la mesoukenet était interdite, le verset aurait pu condenser : 'chelev de nevela et de tereifa'. Le fait de redoubler le mot 'chelev' ('chelev de nevela ... et chelev de tereifa') enseigne une distinction : la tereifa est celle dont le chelev n'est pas distinct de sa chair (les deux sont interdits) ; mais il existe une autre bête dont le chelev est distinct de la chair — le chelev interdit, mais la chair permise : c'est la mesoukenet (abattue, sa chair est permise, seul son chelev demeure interdit comme pour toute bête).
Et si tu veux, dis [qu'on le dérive] d'ici : 'Et je dis : Ah, Seigneur Dieu, voici, mon âme ne s'est pas souillée ; et charogne (nevela) et bête déchirée (tereifa) je n'ai pas mangé depuis ma jeunesse jusqu'à maintenant, et il n'est pas venu dans ma bouche de chair de piggoul (sacrifice rendu abominable)' (Ezechiel 4:14).
Troisième appui, tiré d'Ezechiel (4:14). Le prophète énumère ses scrupules alimentaires. Dieu lui avait ordonné de cuire son pain 'sur des excréments humains' (Ez 4:12) ; Ezechiel proteste de sa pureté. Les mots-clés seront détaillés au segment suivant.
'Voici, mon âme ne s'est pas souillée' — [c'est-à-dire] que je n'ai pas eu de pensée impure le jour [au point] d'en venir à l'impureté la nuit (accident nocturne) ; 'et charogne et bête déchirée je n'ai pas mangé depuis ma jeunesse' — [c'est-à-dire] que je n'ai jamais mangé de viande [d'une bête à propos de laquelle on dit] 'kous kous' (abats-la, abats-la [vite]) ; 'et il n'est pas venu dans ma bouche de chair de piggoul' — [c'est-à-dire] que je n'ai pas mangé d'une bête à propos de laquelle un sage ('hakham) a [dû] rendre une décision. Au nom de Rabbi Natan on a dit : [c'est-à-dire] que je n'ai pas mangé d'une bête dont les dons [aux cohanim] n'avaient pas été prélevés.
Lecture mot à mot du verset (voir le schéma). 'Mon âme ne s'est pas souillée' : pas de pensée impure le jour menant à une pollution nocturne. 'Nevela et tereifa je n'ai pas mangé' : jamais de mesoukenet, cette bête dont on presse 'abats-la, abats-la !' (kous kous) avant qu'elle ne crève. 'Pas de chair de piggoul' : rien d'une bête sur laquelle un sage a dû trancher un doute (selon R. Natan : rien d'une bête dont les dons sacerdotaux — patte, mâchoire, caillette — n'avaient pas été prélevés).
Accorde, si tu dis [qu'elle est] permise — c'est cela le mérite (rebouta) d'Ezechiel ; mais si tu dis [qu'elle est] interdite — quel [est] le mérite d'Ezechiel ?
La preuve décisive (voir le schéma). Si la mesoukenet est permise, alors le fait qu'Ezechiel s'en soit abstenu par scrupule (par dégoût) est un véritable mérite. Mais si elle était interdite, ne pas en manger n'aurait rien d'un mérite (il était de toute façon tenu de s'en abstenir, comme tout le monde). Conclusion : la mesoukenet est permise.
Quel [est] le cas d'une mesoukenet ? Rav Yehuda a dit au nom de Rav : toute [bête] qu'on dresse et [qui] ne tient pas debout.
Rav Hanina bar Chelamia au nom de Rav a dit : même [si] elle mange des copeaux [de bois]. Rami bar Ye'hezkel a dit : même [si] elle mange des poutres.
Définition pratique de la mesoukenet. Rav Yehuda au nom de Rav : toute bête qu'on met sur ses pattes et qui ne tient pas debout seule. Rav Hanina bar Chelamia précise : c'est une mesoukenet même si elle a encore assez de force dans la mâchoire pour manger des copeaux de bois. Rami bar Ye'hezkel renforce : même si elle ronge des poutres — du moment qu'elle ne tient pas debout, c'est une mesoukenet. (Ces ajouts ne contredisent pas Rav Yehuda, ils renforcent son critère.)
À Soura on enseignait ainsi [comme ci-dessus]. À Poumbedita on enseignait ainsi : quel [est] le cas d'une mesoukenet ?
Rav Yehuda a dit au nom de Rav : toute [bête] qu'on dresse et [qui] ne tient pas debout, et même [si] elle mange des copeaux [de bois]. Rami bar Ye'hezkel a dit : même [si] elle mange des poutres.
Variante d'école. À Soura, on enseignait la version du segment 7 (l'ajout 'même si elle mange des copeaux' étant attribué à Rav Hanina, distinct de Rav Yehuda). À Poumbedita, on rattachait cet ajout à Rav Yehuda lui-même ('toute bête qu'on dresse... et même si elle mange des copeaux'), ne laissant que la mention des poutres à Rami bar Ye'hezkel.
Chmouel trouva les élèves de Rav [après la mort de Rav]. Il leur dit : qu'a dit Rav au sujet de la mesoukenet ?
Ils lui dirent : ainsi a dit Rav :
Transition (la suite est au daf 38a). Chmouel, après la disparition de Rav, interroge ses élèves sur l'enseignement précis de Rav concernant la mesoukenet — preuve de l'autorité reconnue à la tradition de Rav. La réponse 'ainsi a dit Rav' s'achève sur la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).