Sougya : Suite de la michna sur la bête moribonde (mesukenet) : pour que son abattage soit valide, elle doit donner un signe de vie (pirkous) pendant la chehita. La sougya précise quels mouvements comptent : Rav (Abba) admet le mugissement, l'expulsion de crottes, le remuement de l'oreille ; Chmouel exige davantage.
Rav Anan rapporte au nom de Chmouel le critère de la patte (repliée puis tendue = sortie de l'âme ; tendue puis repliée = pirkous). Une braita de Rabbi Yossei semble contredire Rav sur le mugissement et les crottes ; la Guemara concilie par la distinction voix forte / voix faible et crottes projetées / crottes en filet.
Puis trois Amoraim disputent du moment requis : Rav Hisda (au milieu, ce qu'il nomme 'fin'), Rava (à la fin au sens propre, vie attestée après l'abattage), Rav Nahman bar Yitzhak (dès le début). Chacun apporte une preuve, notamment de la michna sur le sang qui gicle (zinuk) la nuit et que l'on retrouve au matin, selon la mesure de Rabbi Eliezer.
La discussion situe le zinuk dans la hiérarchie des signes (Rabban Gamliel, les Sages, Rabbi Eliezer) et s'achève sur l'ouverture d'une braita ('chor...') appuyant Rava.
[Si la bête] à mugi, ou a expulsé des crottes, ou a remué l'oreille — ceci est un pirkous (convulsion, signe de vie). [Chmouel] leur dit : il a fallu à Abba (Rav) [le critère de] remuer l'oreille [a-t-on vraiment besoin de cela] ? car je dis [pour ma part] : tout ce qu['une bête] ne fait pas [parmi] les choses que la mort [elle-même] fait [est un signe de vie suffisant].
Suite de la michna sur la bête moribonde (mesukenet) : pour valider son abattage, elle doit manifester un signe de vie (pirkous) pendant la chehita. Rav (que Chmouel nomme Abba par déférence) admet comme signes : mugir, expulser des crottes, remuer l'oreille. Chmouel juge que le critère de Rav est trop exigeant : pour lui, suffit tout mouvement que la mort elle-même ne produit pas.
Quelles sont ces choses que la mort [elle-même] fait ? Rav Anan dit : à moi cela m'a été expliqué par Maître Chmouel lui-même — [si] sa patte était repliée et [qu']elle l'a tendue, [c'est] une chose que la mort fait ; [si elle était] tendue et [qu']elle l'a repliée, [ce sont] des choses que la mort ne fait pas.
Rav Anan précise, au nom de Chmouel, le critère de la patte antérieure : patte repliée puis tendue = simple sortie de l'âme (la mort étend les membres), donc pas un pirkous ; patte tendue puis repliée = mouvement que la mort ne produit pas, donc pirkous (signe de vie).
Que nous enseigne[-t-il par la] ? Nous l'avons [déjà] appris [dans la michna] : une bête menue qui a tendu sa patte et ne l'a pas ramenée [repliée] — [son abattage est] invalide, car ce n'est rien d'autre que la sortie de l'âme ; [d'où l'on infère :] mais [si] elle l'a ramenée — [son abattage est] valide.
Objection : l'enseignement de Chmouel (rapporté par Rav Anan) ne serait-il pas superflu ? La michna l'enseigne déjà : la bête menue qui tend la patte sans la replier -> invalide (simple agonie) ; d'où l'on déduit a contrario que si elle la replie ensuite -> valide.
[Réponse :] si [c'était] de la michna [seule], j'aurais dit : c'est spécifiquement [le cas] où elle l'a repliée, puis tendue, puis l'a de nouveau repliée [qui vaut pirkous] ; mais [le cas où la patte était déjà] tendue [au départ] et [qu']elle l'a repliée — non [ce ne serait pas un pirkous]. [C'est pourquoi Chmouel] nous enseigne [que ce dernier cas vaut pirkous].
Réponse : de la michna seule on aurait pu restreindre — n'aurait valu pirkous que la séquence repliée, tendue, puis de nouveau repliée ; on aurait exclu le cas d'une patte tendue d'emblée puis repliée. Chmouel enseigne donc que ce dernier cas vaut bien pirkous.
On objecte : Rabbi Yossei dit : Rabbi Meir disait — [si la bête] à mugi pendant l'abattage, ce n'est pas un pirkous. Rabbi Elazar fils de Rabbi Yossei dit en son nom (au nom de Rabbi Yossei) : même [si] elle a expulsé des crottes ou remué la queue, ce n'est pas un pirkous.
[Voici une] difficulté : mugir contre mugir, [et une] difficulté : crottes contre crottes !
Objection contre Rav, tirée d'une braita : selon Rabbi Meir (rapporté par Rabbi Yossei), mugir n'est pas un pirkous ; selon Rabbi Elazar b. Rabbi Yossei au nom de son père, expulser des crottes ou remuer la queue non plus. Or Rav tenait l'inverse : double contradiction — mugir contre mugir et crottes contre crottes.
Mugir contre mugir, [ce n'est] pas une difficulté : ceci [où c'est un pirkous, c'est] quand sa voix [est] épaisse [forte], ceci [où ce n'en est pas un, c'est] quand sa voix [est] terne [faible]. Crottes contre crottes [ce n'est] pas non plus une difficulté : ici [quand ce n'est pas un pirkous, c'est] quand [elles] coulent [en filet] ; là [quand c'en est un, c'est] quand [elle les] projette [avec force].
Conciliation. Mugir : c'est un pirkous quand la voix est épaisse et forte (signe certain de vitalité), pas quand elle est terne et faible. Crottes : pas un pirkous quand elles coulent en filet (passif), mais un pirkous quand la bête les projette au loin avec force.
Rav Hisda dit : le pirkous dont ils ont parlé [vaut] à la fin de l'abattage. Qu'est-ce que 'à la fin de l'abattage' ?
[En réalité] au milieu de l'abattage — [le mot 'fin'] pour exclure le début de l'abattage, qui [lui] ne [vaut] pas.
Rav Hisda ouvre la mahloket sur le moment requis du pirkous (voir le schéma). Selon lui, le pirkous vaut 'à la fin de l'abattage' — mais il précise aussitôt que par 'fin' il entend en fait au milieu ; le terme 'fin' sert seulement à exclure le tout début de l'abattage, où un pirkous ne suffirait pas.
Rav Hisda dit : d'où est-ce que je dis cela ? De ce que nous avons appris [dans la michna] : une bête menue qui a tendu sa patte et ne l'a pas ramenée — [son abattage est] invalide.
Quand [s'agit-il] ? Si tu dis [que c'est] à la fin de l'abattage — tant [de temps] vivrait-elle encore et continuerait[-elle à vivre] [pour pouvoir replier sa patte après la fin] ?
Plutôt, n'est-ce pas [forcément] au milieu de l'abattage ?
Preuve de Rav Hisda : la michna invalide la bête qui tend la patte sans la ramener. À quel moment ? Pas à la fin de l'abattage — car alors il faudrait que la bête vive encore longtemps après la section des simanim pour replier sa patte, ce qui est absurde. Donc forcément au milieu : c'est là qu'un pirkous (replier la patte) est exigé et compté.
Rava lui dit : en réalité [c'est] à la fin de l'abattage [au sens propre] ; car je dis : tout [ce qui] ne fait pas ainsi à la fin de l'abattage — il est certain que son âme lui a été retirée avant cela.
Rava réfute la preuve de Rav Hisda : la michna parle bien de la fin de l'abattage au sens propre. Le raisonnement : si la bête ne replie pas sa patte au terme de l'abattage, c'est la preuve que son âme l'avait déjà quittée auparavant — donc elle était morte avant la fin de la chehita, et l'abattage est invalide.
Rav Nahman bar Yitzhak dit : le pirkous dont ils ont parlé [vaut] au début de l'abattage.
Rav Nahman bar Yitzhak tranche à l'opposé des deux précédents : le pirkous suffit dès le début de l'abattage — même une convulsion survenue au tout début atteste la vitalité et valide la chehita.
Rav Nahman bar Yitzhak dit : d'où est-ce que je dis cela ? De ce que nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Chimon dit — celui qui abat de nuit, et [qui] au matin a trouvé les murs pleins de sang, [l'abattage est] valide, car [le sang] a giclé (zinka), [et c'est] selon la mesure de Rabbi Eliezer.
Et Chmouel a dit : ce sont 'les murs du lieu de l'abattage' [le cou] que nous avons appris [non les murs de la maison]. [Or] s'il te plaît d'admettre [que le pirkous vaut] au début de l'abattage — fort bien ; mais si tu dis [qu'il vaut seulement] à la fin de l'abattage, craignons : peut-être [le sang] a-t-il giclé au début de l'abattage [auquel cas, selon Rav Hisda et Rava, ce ne serait pas valide] !
Preuve de Rav Nahman bar Yitzhak, tirée d'une michna : selon Rabbi Chimon, celui qui abat de nuit et trouve au matin les murs pleins de sang -> abattage valide, car le sang a giclé (zinuk), selon la mesure de Rabbi Eliezer. Chmouel précise : 'murs' = ceux du lieu de l'abattage (les parois du cou), non les murs de la maison. Or, si seul un pirkous final validait, il faudrait craindre que le sang ait giclé au début — ce qui ne vaudrait pas. Que la michna valide quand même prouve que le pirkous vaut dès le début.
[Réponse :] mais peut-être le giclement (zinuk) est-il différent, car il est supérieur [comme signe de vie] !
Réfutation de la preuve : peut-être le zinuk (giclement du sang) constitue-t-il un signe de vie supérieur aux autres. Ainsi, même si les autres pirkousim ne valent qu'au milieu ou à la fin, le zinuk, lui, suffirait même au début — sans qu'on puisse en déduire la règle générale de Rav Nahman bar Yitzhak.
Et [le zinuk] est-il [vraiment] supérieur ? Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : Rabbi Eliezer dit — il lui suffit que [le sang] ait giclé ?
[Réponse :] [le zinuk est] plus léger que [le critère de] Rabban Gamliel, et [pourtant] supérieur à [celui des] Sages.
Difficulté contre la supériorité du zinuk : la michna dit que Rabbi Eliezer se contente du giclement ('il lui suffit que le sang ait giclé'), formulation qui marque un critère allégé. Réponse : le zinuk est plus léger que le critère de Rabban Gamliel (qui exige le mouvement des deux pattes), mais reste supérieur à celui des Sages (une seule patte ou la queue).
Ravina dit : Sama bar Hilkai m'a dit [que] le père de Bar Avouvram lui objecta — et certains rapportent : le frère de Bar Avouvram — et le zinuk serait-il supérieur à [celui des] Sages ? Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : et les Sages disent — jusqu'à ce qu'elle convulse, soit de la patte [antérieure], soit de la [patte] postérieure !
Nouvelle difficulté (rapportée par Ravina au nom de Sama bar Hilkai, citant le père — ou le frère — de Bar Avouvram) : le zinuk est-il vraiment supérieur au critère des Sages ? Car la michna formule l'avis des Sages avec 'jusqu'à ce qu'elle convulse de la patte antérieure ou postérieure' — formulation qui suggère un critère plus exigeant, donc supérieur, ce qui contredirait la hiérarchie précédente.
[Demande Ravina :] à quoi les Sages se réfèrent-ils [à quel avis répliquent-ils] ? Si tu dis [qu'ils répliquent] à Rabban Gamliel — il aurait fallu [qu'ils disent] 'dès lors qu'elle a convulsé' [et non 'jusqu'à ce qu'elle convulse'] !
Ravina analyse à qui répondent les Sages. Si c'est à Rabban Gamliel (le plus exigeant) : les Sages, qui sont moins exigeants, auraient dû employer la formule allégée 'dès lors qu'elle a convulsé' — et non 'jusqu'à ce qu'elle convulse', qui marque au contraire une exigence accrue. Donc ils ne répondent pas à Rabban Gamliel.
Plutôt, il est évident [qu'ils répliquent] à Rabbi Eliezer ; et si [le critère de Rabbi Eliezer était] supérieur, que [signifie] 'jusqu'à' [ad] ? [Donc le zinuk est léger ; et pourtant il suffit même au début de l'abattage.]
Conclusion : les Sages répliquent donc forcément à Rabbi Eliezer. Or, si l'avis de Rabbi Eliezer (le zinuk) était supérieur au leur, ils n'auraient pas dit 'jusqu'à ce que' (ad). On en déduit que le zinuk est un critère léger — et néanmoins il suffit, même au début de l'abattage : la preuve de Rav Nahman bar Yitzhak tient.
Rava dit : le pirkous dont ils ont parlé [vaut] à la fin de l'abattage. Rava dit : d'où est-ce que je dis cela ?
De ce qu'il est enseigné [dans une braita au sujet du verset] : 'Un bœuf [ou un mouton ou une chèvre, lorsqu'il naîtra...]' (Lévitique 22:27).
Rava réaffirme sa position : le pirkous vaut à la fin de l'abattage au sens propre (la vie doit être attestée une fois la chehita achevée). Il annonce sa preuve à partir d'une braita exégèse du verset 'Un bœuf [ou un mouton...]' (Lev 22:27) — dont le développement se poursuit au daf suivant (38b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).