Chullin 38b — le signe de vie jusqu'au bout de l'acte, et le Juif qui abat pour un non-Juif

Chullin 38b

Sougya : La première moitié du daf achève la lecture du verset (Lévitique 22:27) qui exclut du sacrifice cinq bêtes : kilayim (croisement), nidmeh (qui ressemble à une autre espèce), yotze dofen (né par césarienne), mechusar zman (qui n'a pas sept jours) et yatom (orphelin). Rava analyse le sens de 'orphelin' : ni la mère qui met bas puis meurt, ni la mère morte avant la mise bas (déjà exclue comme yotze dofen), mais celle qui meurt en fin de mise bas — elle part vers la mort, lui vers la vie.

De là, un principe : partout où l'on exige un signe de vie, il le faut à l'achèvement de l'acte ; ainsi Rava tranche [comme] la braita sur la bête moribonde qui ne sursaute pas en fin d'abattage. La seconde moitié ouvre une nouvelle michna : le Juif qui abat pour un non-Juif — l'abattage [est] valide, mais Rabbi Eliezer [l']invalide (la pensée implicite du non-Juif vise l'idolâtrie), tandis que Rabbi Yossei valide à fortiori (kal vahomer) : tout suit celui qui accomplit l'acte, non le propriétaire.

La Guemara rattache le débat à Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei (les propriétaires rendent piggoul) et propose deux lectures (lechana kama et ikka de-amri) du point où portent les Tanaim.

Cinq exclusions du verset (Lévitique 22:27) : ce qui ne peut pas être offert ou mouton o kessev exclut kilayim croisement (brebis x bouc) ou chèvre o ez exclut nidmeh qui ressemble à une autre espèce quand il naît ki yivaled exclut yotze dofen né par césarienne sept jours chivat yamim exclut mechusar zman qui n'a pas encore sept jours sous sa mère tahat imo exclut yatom orphelin (mère morte) chaque mot superflu du verset retranche un cas de la liste des bêtes aptes au sacrifice la Guemara s'arrête sur le dernier : qu'est-ce au juste qu'un 'orphelin' ?
Les cinq exclusions tirées du verset (segment 0) : chaque mot superflu retranche une bête de la liste des aptes au sacrifice.
Que veut dire 'orphelin' (yatom) ? Le raisonnement de Rava Hypothèse 1 la mère met bas PUIS meurt rejeté : la mère ne vit pas éternellement Hypothèse 2 la mère meurt PUIS il sort rejeté : c'est déjà 'yotze dofen' (ki yivaled) Conclusion la mère meurt EN FIN de mise bas elle part vers la mort, lui part vers la vie Le principe dégagé si le verset doit exclure ce cas, c'est qu'on exige la vie JUSQU'À la fin de la mise bas ; partout où les Sages exigent un 'signe de vie', il le faut à l'ACHÈVEMENT de l'acte. d'où le lien avec la michna : la bête moribonde doit montrer un sursaut à la fin de la chehita.
L'analyse de Rava sur l'orphelin (segments 1-2) et le principe dégagé : un signe de vie est requis à l'achèvement de l'acte.
Le Juif qui abat pour un non-Juif : trois positions la pensée (mahshava) du propriétaire non-Juif rend-elle l'abattage invalide ? Tana Kama abattage VALIDE on ne dit pas que la pensée implicite du non-Juif vise l'idole s'il l'a entendu dire son intention : alors invalide (le propriétaire peut rendre piggoul) Rabbi Eliezer abattage INVALIDE même sans l'avoir entendu : la pensée implicite du non-Juif vise l'idolâtrie le propriétaire peut rendre piggoul ; interdit même au profit (hanaa) Rabbi Yossei abattage VALIDE même s'il l'a entendu dire son intention 'celui-ci pense, celui-là accomplit' ne s'applique pas à fortiori (kal vahomer) : tout suit l'officiant, pas le propriétaire
La michna et sa sougya (segments 6-10) : les trois positions sur l'abattage par un Juif pour un non-Juif.
1
אוֹ כֶּשֶׂב״ – פְּרָט לְכִלְאַיִם, ״אוֹ עֵז״ – פְּרָט לְנִדְמֶה, ״כִּי יִוָּלֵד״ – פְּרָט לְיוֹצֵא דֹּופֶן, ״שְׂבֵעַת יָמִים״ – פְּרָט לִמְחֻוסַּר זְמַן, ״תַּחַת אִמּוֹ״ – פְּרָט לְיָתוֹם.

'ou un mouton' (o kessev) — à l'exclusion d'un croisement (kilayim) ; 'ou une chèvre' (o ez) — à l'exclusion de [la bête] qui ressemble [à une autre espèce] (nidmeh) ; 'quand il naîtra' (ki yivaled) — à l'exclusion de [la bête] qui sort par le flanc (yotze dofen, par césarienne) ; 'sept jours' (chivat yamim) — à l'exclusion de [la bête] dont le temps n'est pas accompli (mechusar zman) ; 'sous sa mère' (tahat imo) — à l'exclusion de l'orphelin (yatom).

📜 Rachi (5)
פְּרָט לְכִלְאַיִם בֶּן רָחֵל וְתַייִשׁ שֶׁפָּסוּל לְקָרְבָּן וּמֵרִבּוּיָא דְּאוֹ דְּרֵישׁ לֵיהּ:
À l'exclusion d'un croisement — un [petit] de brebis et de bouc, qui est invalide pour le sacrifice ; et c'est du surplus [implique par] le mot 'ou' (o) qu'il le tire.
נִדְמֶה עז שֶׁיָּלְדָה מִתַּייִשׁ כְּמוֹתָהּ וּבְנָהּ דּוֹמֶה לְרָחֵל:
Nidmeh — une chèvre qui a mis bas d'un bouc [un petit] semblable à elle, mais dont le rejeton ressemble à une brebis.
פְּרָט לְיוֹצֵא דֹּופֶן שֶׁקְּרָעוּהָ וְהוֹצִיאוּהָ פְּעָמִים שֶׁמֵּתָה וּפְעָמִים שֶׁחָיָה:
À l'exclusion de [la bête] qui sort par le flanc — [le cas] où on l'a fendue (la mère) et où on l'a fait sortir : parfois [la mère] est morte, parfois elle a vécu.
ז' יָמִים פְּרָט לִמְחֻוסַּר זְמַן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לז' יָמִים וַאֲפִילּוּ אִמּוֹ קַיֶּימֶת:
'Sept jours' à l'exclusion de [la bête] dont le temps n'est pas accompli — qui n'est pas arrivée à sept jours, et même [si] sa mère est vivante.
תַּחַת אִמּוֹ הָיָה שָׁעָה אַחַת פְּרָט לְיָתוֹם וה"ד הַאי יָתוֹם אִילֵּימָא דִּילֵידְתֵּיהּ אִמֵּיהּ וּלְאַחַר שָׁעָה מֵתָה לְעוֹלָם תֵּיחֵי בִּתְמִיהַּ וְכִי לְעוֹלָם צְרִיכָה לִחְיוֹת וְהָא תַּחַת אִמּוֹ קָרֵינַן בֵּיהּ וְהָא לֵיכָּא לְמֵימַר דְּאַשְׁמוֹעִינַן קְרָא שֶׁתִּחְיֶה אִמּוֹ כָּל ז' דְּתַנְיָא בת"כ ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר מַה תַּלְמוּד לוֹמַר תַּחַת אִמּוֹ לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר ז' יָמִים יִהְיֶה עִם אִמּוֹ יָכוֹל כָּל ז' ת"ל תַּחַת אִמּוֹ אִי תַּחַת אִמּוֹ יָכוֹל אֲפִילּוּ יָצָא מִמֶּנָּה כְּשֶׁהִיא מֵתָה ת"ל עִם אִמּוֹ מַשְׁמַע שֶׁשְּׁנֵיהֶם בָּעוֹלָם אֶחָד שֶׁתְּהֵא קְרוּיָה אִמּוֹ הָא כֵיצַד אֲפִילּוּ נִתְקַיְּימָה לוֹ אִמּוֹ שָׁעָה אַחַת וְהַאי תַּחַת אִמּוֹ מַשְׁמַע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי חֲלִיפֵי אִמּוֹ שֶׁמֵּתָה אִמּוֹ וְהוּא נִשְׁאַר בִּמְקוֹמָהּ:
Sous sa mère — [s']il a été un seul instant [sous sa mère, c'est apte] ; à l'exclusion de l'orphelin. Et de quel [cas] s'agit-il, cet orphelin ? Si l'on dit [que c'est le cas] où sa mère l'a enfanté et est morte une heure après — devra-t-elle vivre éternellement ?! [dit] avec étonnement ; faut-il qu'elle vive à jamais ? or nous lisons bien à son sujet 'sous sa mère', et cela [n'est] pas [le cas ici à exclure]. Et l'on ne peut pas dire que le verset nous enseigne que sa mère doit vivre durant tous les sept [jours], car il est enseigné dans le Torat Kohanim : Rabbi Yossi le Galiléen dit : que vient enseigner 'sous sa mère' ? Puisqu'il est dit 'sept jours il sera avec sa mère' (Lévitique 22:27), on pourrait [croire qu'il faut] tous les sept [jours] ; [c'est pourquoi] l'enseignement dit 'sous sa mère'. [Mais] si 'sous sa mère', on pourrait [croire que c'est apte] même [s']il est sorti d'elle alors qu'elle [était] morte ; [c'est pourquoi] l'enseignement dit 'avec sa mère', [ce qui] implique que tous deux [sont] dans un même monde, [pour] qu'elle soit appelée sa mère. Comment cela ? Même [si] sa mère ne lui a survécu qu'une seule heure. Et ce 'sous sa mère', Rabbi Yossi le Galiléen le comprend [comme signifiant] 'en remplacement de sa mère', [c'est-à-dire] que sa mère est morte et que lui demeure à sa place.
🗂️ Tossefot (2)
אוֹ כֶשֶׂב פְּרָט לְכִלְאַיִם תֵּימַהּ דְּהָכָא אוֹ לְמַעֵט ובפ"ק (לְעֵיל חֻולִּין דַּף כג.) קָאָמַר אוֹ לְרַבּוֹת פַּלְגָּס וְגַבֵּי אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נָמֵי דָּרְשִׁינַן (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף עח:) אוֹ שֶׂה לְרַבּוֹת כִּלְאַיִם וְיֵשׁ לוֹמַר דְּגַבֵּי פַּלְגָּס מִמֵּילָא אִימְּעִיט וְלֹא צָרִיךְ קְרָא אֶלָּא לְרַבּוֹת וְכֵן לְגַבֵּי אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ מִמֵּילָא אִימְּעִיט כִּלְאַיִם דְּשׁוֹר וְשֶׂה אִי אַתָּה יָכוֹל לְהוֹצִיא כִּלְאַיִם מִבֵּינֵיהֶם אֲבָל הָכָא כֶּשֶׂב וְעֵז כְּתִיב שֶׁאַתָּה יָכוֹל לְהוֹצִיא כִּלְאַיִם מִבֵּינֵיהֶם וּמִמֵּילָא אִיתְּרִבוּ לְהָכִי כְּתִיב אוֹ לְמַעֵט וּבְכִי הַאי גַּוְנָא מְשַׁנֵּי בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף עז:) גַּבֵּי וּטְבָחוֹ אוֹ מְכָרוֹ וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן מֵאוֹ עז הָיָה לְמַעֵט כִּלְאַיִם שֶׁאַתָּה יָכוֹל לְהוֹצִיא כִּלְאַיִם מִבֵּינֵיהֶם וּמֵאוֹ כֶּשֶׂב נִדְמֶה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּנִדְמֶה אֵינוֹ רָאוּי כָּל כָּךְ לִמְעוּטֵי כְּמוֹ כִּלְאַיִם וּלְהָכִי מִעוּטָא קַמָּא מוֹקְמִינַן בִּדְדָמֵי טְפֵי בְּכִלְאַיִם וַהֲדַר מְמַעֲטִינַן נִדְמֶה דְּנִדְמֶה לָא מְמַעֲטִינַן אֶלָּא מִשּׁוּם דְּדָמֵי לְכִלְאַיִם:
'Ou un mouton' à l'exclusion d'un croisement — [c'est] étonnant : car ici 'ou' [sert] à retrancher, alors qu'au premier chapitre (plus haut, Houlin 23a) il dit que 'ou' [sert] à inclure le pelaguess (un agneau entre l'agneau et le bélier, d'un an), et de même à propos de '[il ne faut pas égorger] lui-même et son petit' (oto ve-et beno) on interprète aussi (plus loin, Houlin 78b) 'ou un mouton' (o seh) [comme servant] à inclure le croisement ! Et l'on peut dire que, s'agissant du pelaguess, il est exclu de lui-même et le verset n'est nécessaire que pour inclure ; et de même s'agissant de 'lui-même et son petit', le croisement est exclu de lui-même [puisqu'il est dit] 'taureau ou mouton' (chor o seh) [et] tu ne peux pas en faire sortir le croisement [d'entre les deux] ; mais ici [c'est] 'mouton et chèvre' qui est écrit, [d'entre lesquels] tu peux faire sortir le croisement, et il s'inclut de lui-même [par 'mouton et chèvre'], c'est pourquoi 'ou' [est] écrit pour retrancher. Et de cette manière [le Talmud] répond dans [le chapitre] Merubeh (Baba Kama 77b) à propos de 'et il l'aura égorgé ou vendu'. Et si tu objectes : s'il en est ainsi, c'[est] de 'ou une chèvre' qu'il aurait fallu retrancher le croisement, [d'entre les espèces] desquelles tu peux faire sortir le croisement, et de 'ou un mouton' [retrancher] le nidmeh ! L'on peut dire que le nidmeh n'est pas aussi apte à être retranché que le croisement, c'est pourquoi le premier mot exclusif, nous l'établissons [pour le cas] le plus ressemblant, [à savoir] le croisement, et ensuite nous retranchons le nidmeh, car nous ne retranchons le nidmeh que parce qu'il ressemble au croisement.
כִּי יִוָּלֵד פְּרָט לְיוֹצֵא דֹּופֶן לָאו מִלְּשׁוֹן לֵידָה דָּרֵישׁ אֶלָּא גָּמַר לֵידָה לֵידָה מִבְּכוֹר כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ פֶּרֶק יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מ.) וְהָא דְּדָרְשִׁינַן הָתָם אִשָּׁה כִּי תַּזְרִיעַ וְיָלְדָה עַד שֶׁתֵּלֵד מִמָּקוֹם שֶׁמַּזְרַעַת דְּמַשְׁמַע דְּצָרִיךְ מִיעוּט לְמַעֵט יוֹצֵא דֹּופֶן וְלָא מְמַעֲטִינַן לֵיהּ מִלֵּידָה לֵידָה מִבְּכוֹר מִשּׁוּם דְּאִי לָאו כִּי תַּזְרִיעַ הֲוָה דָּרְשִׁינַן תֵּלֵד לְרַבּוֹת יוֹצֵא דֹּופֶן כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן:
'Quand il naîtra' à l'exclusion de [la bête] qui sort par le flanc — il ne le tire pas du terme de naissance (lida), mais il déduit [par guezera chava] 'naissance-naissance' du premier-né (bekhor), comme nous le disons au début du chapitre Yotze Dofen (Nidda 40a). Et le fait que nous interprétions là-bas 'une femme, lorsqu'elle concevra et enfantera' (Lévitique 12:2) — [comme signifiant qu'elle n'est impure de l'accouchement] que [si elle enfante] du lieu où elle conçoit, ce qui implique qu'un verset exclusif est nécessaire pour exclure [la bête] qui sort par le flanc, et que nous ne l'excluons pas de 'naissance-naissance' du premier-né — [c'est] parce que, sans 'lorsqu'elle concevra', nous aurions interprété 'elle enfantera' comme incluant [la bête] qui sort par le flanc, selon Rabbi Chimon.
💡 Explication

La braita (depuis 38a) détaille le verset 'lorsqu'un taureau, ou un mouton, ou une chèvre naîtra, il sera sept jours sous sa mère' (Lévitique 22:27). Chaque mot apparemment superflu retranche une bête de la liste des aptes au sacrifice : kilayim (issu du croisement d'espèces), nidmeh (qui ressemble à une autre espèce que sa mère), yotze dofen (né par césarienne), mechusar zman (n'ayant pas encore sept jours), yatom (orphelin). Le mot 'ou' (o), normalement inclusif, est ici lu comme exclusif (voir Tossefot).

2
הַאי יָתוֹם הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּילִידְתֵּיהּ אִמֵּיהּ וַהֲדַר מִתָה, לְעוֹלָם תֵּיחֵי וְתֵיזִיל? אֶלָּא דְּמִתָה וַהֲדַר יְלִידְתֵּיהּ, מ״כי יִוָּלֵד״ נָפְקָא.

Cet orphelin, de quel [cas] s'agit-il ? Si l'on dit [que c'est le cas] où sa mère l'a enfanté puis est morte — devra-t-elle continuer à vivre indéfiniment ?!

Mais [si l'on dit que c'est le cas] où elle est morte puis l'a enfanté — [cela] se déduit [déjà] de 'quand il naîtra' (ki yivaled).

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דְּמִתָה וַהֲדַר יְלִידְתֵּיהּ הַייְנוּ יוֹצֵא דֹּופֶן דְּכֹל שֶׁקְּרָעוּהָ וְהוֹצִיאוּ אֶת וְלָדָהּ בֵּין מֵתָה וּבֵין חַיָּה הָוֵי יוֹצֵא דֹּופֶן:
Mais [le cas] où elle est morte puis l'a enfanté — c'est [précisément] [la bête] qui sort par le flanc (yotze dofen) : car tout [cas] où on l'a fendue et fait sortir le rejeton, qu'[elle soit] morte ou vivante, c'est [un] yotze dofen.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא דְּמִתָה וַהֲדַר יְלִידְתֵּיהּ וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מד.) וּבְפֶרֶק מִי שֶׁמֵּת (ב"ב דַּף קמב:) דְּעֻובָּר מָייֵת בְּרֵישָׁא הַייְנוּ הֵיכָא דְּמֵתָה מֵעַצְמָהּ כִּדְאָמַר בפ"ק דַּעֲרָכִין (דַּף ז.) דִּוְולַד אַיְּידֵי דְּזוּטָר חַיּוּתֵיהּ עָייְלָא טִיפְּתָא דְּמַלְאַךְ הַמָּוֶת וּמְחַתְּכָא לְסִימָנָיו אֲבָל נֶהֱרַג לֹא:
Mais [le cas] où elle est morte puis l'a enfanté — et ce qu'on dit dans le chapitre Yotze Dofen (Nidda 44a) et dans le chapitre Mi Che-met (Baba Batra 142b), [à savoir] que le foetus meurt en premier — c'est [le cas] où [la mère] meurt d'elle-même, comme on le dit au premier chapitre d'Arakhin (7a) : le rejeton, du fait que sa vitalité est faible, une goutte [issue] de l'ange de la mort y pénètre [d'abord] et tranche ses simanim ; mais [si] elle a été tuée, non [le foetus ne meurt pas le premier].
💡 Explication

Rava précise l'énigme du mot 'orphelin'. Première hypothèse : la mère accouche puis meurt — absurde, car aucune mère ne vit éternellement (alors tout petit serait 'orphelin'). Deuxième hypothèse : la mère meurt avant de mettre bas — mais ce cas est déjà exclu par 'quand il naîtra' comme yotze dofen (césarienne). Le mot 'orphelin' doit donc viser un troisième cas.

3
אֶלָּא פְּשִׁיטָא, זֶה פֵּירַשׁ לְמִיתָה וְזֶה פֵּירַשׁ לְחַיִּים. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בָּעֵינַן חִיּוּתָא בְּסוֹף לֵידָה – הַיְינוּ דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמַעוֹטֵי, אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא בָּעֵינַן חִיּוּתָא בְּסוֹף לֵידָה, לָמָּה לֵיהּ? מ״כי יִוָּלֵד״ נָפְקָא!

Plutôt, [c'est] évident : celle-ci (la mère) s'est écartée vers la mort et celui-là (le rejeton) s'est écarté vers la vie. Si tu admets que nous exigeons la vie à la fin de la mise bas — voilà pourquoi un verset était nécessaire pour [l']exclure ; mais si tu dis que nous n'exigeons pas la vie à la fin de la mise bas, pourquoi [ce verset] lui [faut-il] ?

[Cela] se déduit [déjà] de 'quand il naîtra' (ki yivaled) !

📜 Rachi (5)
זֶה פֵּירַשׁ לְמִיתָה אִמּוֹ כְּלוֹמַר בִּשְׁעַת מִיתָתָהּ יָלְדָה דֶּרֶךְ הָרֶחֶם וְאַשְׁמוֹעִינַן קְרָא דְּבָעֵינַן חַיּוּת עַד גְּמַר לֵידָה וּלְאַחַר לֵידָה מְעַט וְאִי לָא ה"ל יָתוֹם דְּעַל כְּרִחְיֵהּ הַאי תַּחַת אִמּוֹ לִמְעוּטֵי חַיָּה בְּאֶמְצַע לֵידָה וּמֵתָה בִּגְמַר לֵידָה אָתֵי:
Celle-ci s'est écartée vers la mort — sa mère ; c'est-à-dire qu'au moment de sa mort elle a enfanté par la voie de la matrice (le rejeton n'est donc pas un yotze dofen) ; et le verset nous enseigne que nous exigeons la vie [de la mère] jusqu'à l'achèvement de la mise bas et un peu après la mise bas, et si [ce n']est pas [le cas, le rejeton] est [un] orphelin. Car ce 'sous sa mère' vient forcément exclure [la bête dont la mère] était vivante au milieu de la mise bas et est morte à la fin de la mise bas.
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אַחַר סוֹף לֵידָה אַשְׁמוֹעִינַן דְּבָעֵינַן חַיּוּתָא שֶׁיָּצָא כֻּולּוֹ מֵחַיִּים וּלְמִעוּטֵי מֵתָה בִּגְמַר לֵידָה:
Si tu admets — [que le verset] nous enseigne qu'après la fin de la mise bas nous exigeons la vie [de la mère], pour qu'[il] sorte tout entier du vivant [de la mère], et [c'est] pour exclure [la bête dont la mère est] morte à la fin de la mise bas.
הַייְנוּ דְּלָא אִימְּעִיט לֵיהּ מֵתָה בְּסוֹף לֵידָה מִכִּי יִוָּלֵד פְּרָט לְיוֹצֵא דֹּופֶן דְּהַאי נָמֵי לָאו יוֹצֵא דֹּופֶן הוּא כִּי מֵתָה בִּגְמַר לֵידָה:
Voilà pourquoi — [le cas de la mère] morte à la fin de la mise bas ne s'est pas trouvé exclu par 'quand il naîtra, à l'exclusion de [la bête] qui sort par le flanc', car celui-ci non plus n'est pas [un] yotze dofen lorsqu'elle est morte à la fin de la mise bas.
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא בָּעֵינַן חִיּוּתָא בְּסוֹף לֵידָה וּקְרָא לִמְעוּטֵי מֵתָה בְּאֶמְצַע לֵידָה אֲתָא:
Mais si tu dis que nous n'exigeons pas la vie à la fin de la mise bas — et [que] le verset vient exclure [la bête dont la mère est] morte au milieu de la mise bas.
לָמָּה לִי קְרָא מִכִּי יִוָּלֵד נָפְקָא דְּאַכַּתִּי ה"ל יוֹצֵא דֹּופֶן אֶלָּא ש"מ כָּל מִלְּתָא דְּבָעוּ בָּהּ רַבָּנָן חַיּוּתָא בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא חַיּוּת בִּגְמַר דִּילֵיהּ:
Pourquoi me [faut-il] un verset ? [Cela] se déduit [déjà] de 'quand il naîtra' — car alors [le rejeton] est [déjà] un yotze dofen ! Plutôt, déduis-en : toute chose pour laquelle les Sages exigent la vie, nous exigeons qu'il y ait vie à son achèvement.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא זֶה פֵּירַשׁ לְמִיתָה וְזֶה פֵּירַשׁ לְחַיִּים אֵין לְהוֹכִיחַ מִכָּאן דַּאֲפִילּוּ בִּידֵי שָׁמַיִם אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם דִּקְרָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּאִיצְטְרִיךְ אִם יָבֹא אֵלִיָּהוּ וְיֹאמַר שֶׁבְּצִמְצוּם נַעֲשָׂה וְשָׁבְקִינַן לִקְרָא דְּאִיהוּ דָּחֵיק וּמוֹקֵי אַנַּפְשֵׁיהּ:
Plutôt, celle-ci s'est écartée vers la mort et celui-là s'est écarté vers la vie — il n'y a pas à prouver de là qu'il est possible, même par [acte] des Cieux, [d'obtenir] une coïncidence parfaite (tzimtzoum), car le verset, l'on peut dire qu'il était nécessaire [pour le cas] où viendrait Élie et dirait que [cela] s'est fait par coïncidence parfaite ; et nous laissons le verset [valoir pour ce cas], lui [le verset] étant contraint et s'établissant [tant bien que mal] de lui-même.
💡 Explication

Conclusion : l'orphelin à exclure est le cas où la mère meurt exactement à la fin de la mise bas — l'une 's'écarte vers la mort', l'autre 's'écarte vers la vie' au même instant. Si l'on exige la vie de la mère jusqu'à l'achèvement de la mise bas, le mot 'orphelin' est nécessaire pour exclure ce cas (qui n'est pas un yotze dofen, la mère étant encore vivante en cours de mise bas). On en dégage le principe général : partout où les Sages exigent un signe de vie, il le faut à l'achèvement de l'acte — ce qui prépare la règle de Rava sur la bête moribonde.

4
אָמַר רָבָא: הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא – בְּהֵמָה דַּקָּה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ וְלֹא הֶחְזִירָה, פְּסוּלָה.

Rava a dit : la halakha [est] comme cette braita : une bête menue (behema daka) qui a tendu son membre antérieur (sa patte) et ne l'a pas ramené — [son abattage est] invalide.

📜 Rachi (1)
פְּסוּלָה אִם מְסֻוכֶּנֶת הִיא דְּדַרְכָּהּ לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּהוֹצָאַת נֶפֶשׁ:
Invalide — si elle est moribonde (mesoukenet), car c'est sa manière d'agir ainsi en expulsant l'âme [ce n'est donc pas un signe de vie].
💡 Explication

Application directe du principe dégagé. Rava tranche selon la braita : une behema daka (petit bétail : ovin, caprin) moribonde qui, durant l'abattage, étend sa patte avant sans la replier, n'a pas donné de véritable signe de vie (pirkous, sursaut) — cette extension étant seulement l'expulsion de l'âme (hotzaat nefech), non un mouvement de vie. Son abattage est donc invalide.

5
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? בַּיָּד, אֲבָל בָּרֶגֶל, בֵּין פָּשְׁטָה וְלֹא כָּפְפָה, בֵּין כָּפְפָה וְלֹא פָּשְׁטָה – כְּשֵׁרָה. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? בְּדַקָּה, אֲבָל בְּגַסָּה, בֵּין בַּיָּד בֵּין בָּרֶגֶל, בֵּין פָּשְׁטָה וְלֹא כָּפְפָה, בֵּין כָּפְפָה וְלֹא פָּשְׁטָה – כְּשֵׁרָה. וְעוֹף, אֲפִילּוּ לֹא רִפְרֵף אֶלָּא גַּפּוֹ, וְלֹא כִּשְׁכֵּשׁ אֶלָּא זְנָבוֹ – הֲרֵי זֶה פִּירְכּוּס.

En quel cas cela est-il dit ? [Pour le membre] antérieur (la patte avant) ; mais [pour le membre] postérieur (la patte arrière), qu'elle l'ait tendu sans le replier, ou qu'elle l'ait replié sans le tendre — [c'est] valide.

En quel cas cela est-il dit ? Pour [la bête] menue (daka) ; mais pour [la bête] grosse (gassa, gros bétail), que [le mouvement soit] de la patte avant ou de la patte arrière, qu'elle l'ait tendu sans le replier ou qu'elle l'ait replié sans le tendre — [c'est] valide.

Et [pour] l'oiseau, même [s']il n'a battu que de son aile (gapo) ou n'a remué que sa queue (zenavo) — c'est [bien] un sursaut (pirkous).

📜 Rachi (2)
גַּסָּה לָאו אוֹרְחָהּ בְּהָכִי וְחַיּוּתָא הוּא:
[La bête] grosse — ce n'est pas sa manière [de bouger] ainsi [en mourant], et [donc ce mouvement] est [un signe de] vie.
רִיפְרוּף בְּצִיר מִכִּשְׁכּוּשׁ:
Le battement [d'aile] (rifrouf) [est] moindre que le remuement [de la queue] (kichkouch).
💡 Explication

La braita gradue les signes de vie selon la partie du corps et la taille de la bête. Pour la patte avant d'un petit bétail, l'extension non suivie de repli ne vaut pas. Mais pour la patte arrière, tout mouvement vaut. Pour le gros bétail (gassa), tout mouvement de n'importe quelle patte vaut, car ce n'est pas sa manière de bouger en mourant. Pour l'oiseau, le moindre battement d'aile ou frémissement de queue est un pirkous (sursaut) valide.

6
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? כֻּולְּהוּ תְּנַנְהִי! בְּהֵמָה דַּקָּה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ וְלֹא הֶחְזִירָה – פְּסוּלָה, שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא הוֹצָאַת נֶפֶשׁ. יד – אִין, רֶגֶל – לָא; דַּקָּה – אִין, גַּסָּה – לָא. עוֹף אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, דְּלָא תְּנַן.

Que [Rava] nous apprend-il ? Tout cela, nous l'avons [déjà] appris [dans la michna] ! 'Une bête menue qui a tendu son membre antérieur et ne l'a pas ramené — invalide, car ce n'est que l'expulsion de l'âme.' [Membre] antérieur — oui [invalide] ; [membre] postérieur — non ; [bête] menue — oui ; [bête] grosse — non.

[C'est de] l'oiseau qu'il avait besoin, car nous ne l'avons pas appris [dans la michna].

📜 Rachi (1)
כּוּלְּהוּ תְּנָנְהוּ לְשׁוֹן קוּשְׁיָא הוּא כְּלוֹמַר לָמָּה לֵיהּ לְרַבָּה לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּהִלְכְתָא הָכִי הָא סְתָם מַתְנִיתִין הִיא:
Tout cela, nous l'avons [déjà] appris — [c'est] une expression de difficulté (kouchia) ; c'est-à-dire : pourquoi [faut-il] à Rava nous enseigner que la halakha [est] ainsi ? or [la michna] est une michna anonyme (setam mishna) [qui fait déjà loi] !
💡 Explication

Objection de la Guemara : pourquoi Rava trancherait-il selon la braita, alors que tout y figure déjà dans la michna (anonyme, donc de plein droit halakhique) ? La michna implique déjà : patte avant invalide / patte arrière valide ; petit bétail oui / gros bétail non. Réponse : Rava avait besoin de la braita pour le cas de l'oiseau, qui n'est pas enseigné dans la michna.

7
מַתְנֵי׳ הַשּׁוֹחֵט לְנָכְרִי – שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁרָה, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אֲפִילּוּ שְׁחָטָהּ לֶאֱכֹול לְנָכְרִי מֵחֲצַר כָּבֵד שֶׁלָּהּ – פְּסוּלָה, שֶׁסְּתָם מַחְשֶׁבֶת נָכְרִי לַעֲבוֹדָה זָרָה.

MICHNA : Celui qui abat [une bête] pour un non-Juif (nokhri) — son abattage [est] valide ; et Rabbi Eliezer [l']invalide. Rabbi Eliezer a dit : même [s']il l'a abattue pour [en] faire manger au non-Juif du diaphragme du foie (hatzar kaved) [d'icelle] — [c'est] invalide, car la pensée implicite (stam mahshava) du non-Juif [vise] l'idolâtrie (avoda zara).

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל דְּכֵיוָן דִּבְהֵמָה דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים הִיא אע"ג דְּיִשְׂרָאֵל קָשְׁחִיט מְהַנְּיָא בֵּיהּ מַחֲשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכָבִים דִּסְתָם מַחְשַׁבְתּוֹ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים:
MICHNA. Et Rabbi Eliezer invalide — car, puisque la bête appartient à l'idolâtre, bien que ce soit un Juif qui [l']abat, la pensée de l'idolâtre y opère, car sa pensée implicite [vise] l'idolâtrie.
חֲצַר כָּבֵד טַרְפְּשָׁא דְּכַבְדָּא איברר"ש בְּלַעַ"ז:
Diaphragme du foie — la membrane du foie (tarpecha de-kavda), 'iverres' en langue vernaculaire.
🗂️ Tossefot (2)
מֵחֲצַר כָּבֵד שֶׁלָּהּ לָאו דַּוְקָא נְקַט יוֹתֶרֶת הַכָּבֵד מִשּׁוּם דְּעוֹלָה לְגָבוֹהַּ וְהָוְיָא כְּחֵלֶב וְדָם אֶלָּא אֲפִילּוּ כַּזַּיִת שֶׁל שְׁאֵר בָּשָׂר נָמֵי כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא יָהֵיב זוּזָא לְטַבָּחָא יִשְׂרָאֵל מַאי וְאוֹרְחָא דְּמִלְּתָא הוּא דִּנְקַט:
Du diaphragme du foie d'icelle — il n'a pas pris [l'exemple du] lobe du foie (yoteret ha-kaved) au sens strict [comme s'il fallait une part montant à l'autel] ; ce n'est pas [parce qu'il] monte en haut et serait comme la graisse et le sang [interdits], mais [c'est valable] même [pour] un volume d'olive (ke-zayit) de toute autre chair, comme nous le disons dans la Guemara : [s']il a donné une pièce [de monnaie] au boucher juif, quoi [en est-il] ? et c'est la manière ordinaire [de présenter] la chose qu'il a prise [comme exemple].
פְּסוּלָה שֶׁסְּתָם מַחֲשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְאִם תֹּאמַר לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף לט: וְשָׁם) גַּבֵּי הַשּׁוֹחֵט לְשֵׁם הָרִים דְּקָתָנֵי פְּסוּלָה וְדִיֵּיק עֲלָהּ פְּסוּלָה אִין זִבְחֵי מֵתִים לָא פֵּירוּשׁ וְלָא מִיתַּסְרִי בַּהֲנָאָה וְהָכָא קָתָנֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר פְּסוּלָה ואע"ג דְּאָסוּר אַף בַּהֲנָאָה כִּדְקָתָנֵי שֶׁסְּתָם מַחְשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְקַמָּן דָּיֵיק מִדְּלָא קָתָנֵי הֲרֵי אֵלּוּ זִבְחֵי מֵתִים אֲבָל הָכָא אַיְּידֵי דְּאָמְרִי רַבָּנָן כְּשֵׁרָה אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר פְּסוּלָה:
Invalide, car la pensée implicite de l'idolâtre [vise] l'idolâtrie — et si tu objectes : plus loin (Houlin 39b), à propos de 'celui qui abat au nom des montagnes', il enseigne 'invalide' et l'on en déduit : invalide oui, mais 'sacrifices aux morts' (zivhei metim) non — c'est-à-dire qu'[ils] ne sont pas interdits au profit (hanaa) ; or ici il enseigne 'Rabbi Eliezer dit invalide' bien que [ce soit] interdit aussi au profit, comme il l'enseigne 'car la pensée implicite de l'idolâtre [vise] l'idolâtrie' [qui est interdite au profit] ! L'on peut dire que là-bas on déduit du fait qu'il n'enseigne pas 'voici que ce sont des sacrifices aux morts' ; mais ici, du fait que les Sages disent 'valide', Rabbi Eliezer dit 'invalide' [et le mot 'invalide' n'a pas la valeur restrictive qu'on lui prête là-bas].
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' הֵיכִי דָמֵי מְסֻוכֶּנֶת. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּל שֶׁמַּעֲמִידִין אוֹתָהּ וְאֵינָהּ עוֹמֶדֶת וַאֲפִילּוּ אוֹכֶלֶת בְּקָעִיּוֹת רַב הוּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר אֲפִילּוּ אוֹכֶלֶת קוֹרוֹת. אָמַר רָבָא הִילְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא דְּתַנְיָא בְּהֵמָה שֶׁפָּשְׁטָה יָדָהּ וְלֹא הֶחְזִירָה פְּסוּלָה. בד"א בַּיָּד אֲבָל בָּרֶגֶל בֵּין שֶׁפָּשְׁטָה וְלֹא כָּפְפָה בֵּין שֶׁכָּפְפָה וְלֹא פָּשְׁטָה כְּשֵׁירָה. בד"א בְּדַקָּה אֲבָל בְּגַסָּה בֵּין בַּיָּד בֵּין בָּרֶגֶל בֵּין שֶׁכָּפְפָה וְלֹא פָּשְׁטָה בֵּין שֶׁפָּשְׁטָה וְלֹא כָּפְפָה כְּשֵׁירָה. וְעוֹף אֲפִילּוּ לֹא רִיפְרֵף אֶלָּא בְּגַפּוֹ וְלֹא כִּשְׁכֵּשׁ אֶלָּא בִּזְנָבוֹ הֲרֵי זֶה פִּירְכּוּס. וְכֵן נָמֵי בְּהֵמָה אִם כִּשְׁכְּשָׁה בִּזְנָבָהּ כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין. וְאָמְרִינַן בפ"ק דְּמַסֶּכֶת עֲבוֹדָה זָרָה דַּף טז. אָמַר רַב חָנָן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי חִיָּיא חַיָּה גַּסָּה הֲרֵי הִיא כִּבְהֵמָה דַּקָּה לְפִירְכּוּס. לְעֵיל (חֻולִּין דַּף לח.) וְאָמַר רָבָא פִּירְכּוּס שֶׁאָמְרוּ בְּסוֹף שְׁחִיטָה. וְאִם לָאו בְּיָדוּעַ שֶׁנִּשְׁמָתָהּ נִיטְּלָה הֵימֶנָּה קֹודֶם לָכֵן. וְהַאי דִּמְהַנֵּי אִם הִשְׁכִּים וּמָצָא כְּתָלִים מְלֵיאִים דָּם. מִשּׁוּם דְּאֵין דֶּרֶךְ בְּהֵמָה לְזַנֵּק כִּי אִם בִּגְמַר הַשְּׁחִיטָה:
GUEMARA. Comment se présente [une bête] moribonde (mesoukenet) ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : toute [bête] que l'on met debout et qui ne tient pas debout, et [cela] même [si] elle mange des légumineuses (bekaiyot). Rav Houna bar Chelemya, au nom de Rav, a dit : même [si] elle mange des poutres [de bois]. Rava a dit : la halakha [est] comme cette braita, comme il est enseigné : une bête qui a tendu son membre antérieur (sa patte avant) et ne l'a pas ramené — [son abattage est] invalide (passoul). En quel cas cela est-il dit ? [Pour le membre] antérieur (la patte avant) ; mais [pour le membre] postérieur (la patte arrière), qu'elle l'ait tendu sans le replier ou qu'elle l'ait replié sans le tendre — [c'est] valide (kacher). En quel cas cela est-il dit ? Pour [la bête] menue (daka, petit bétail) ; mais pour [la bête] grosse (gassa, gros bétail), que [le mouvement soit] de la patte avant ou de la patte arrière, qu'elle l'ait replié sans le tendre ou qu'elle l'ait tendu sans le replier — [c'est] valide. Et [pour] l'oiseau, même [s']il n'a battu que de son aile (gapo) ou n'a remué que de sa queue (zenavo) — c'est [bien] un sursaut (pirkous). Et de même aussi une bête, si elle a remué de sa queue [c'est valide], comme nous l'avons appris dans la michna. Et nous disons au premier chapitre du traité Avoda Zara (folio 16a) : Rav Hanan bar Abba a dit au nom de Rabbi Hiyya : une bête sauvage grosse (haya gassa) est comme une bête [domestique] menue (behema daka) quant au sursaut (pirkous). Plus haut (Houlin 38a), Rava a dit : le sursaut (pirkous) dont ils ont parlé [doit se produire] à la fin de l'abattage (chehita) ; et si [ce n']est pas [le cas], il est certain que son âme lui avait été déjà retirée auparavant. Et [quant à] ce qui est utile [comme signe de vie] — si l'on s'est levé tôt [le matin] et que l'on a trouvé les parois [du lieu de l'abattage] pleines de sang — [c'est] parce qu'il n'est pas dans la manière [d'agir] de la bête de faire jaillir [le sang] sinon à l'achèvement de l'abattage (chehita).
מַתְנֵי' הַשּׁוֹחֵט לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שְׁחִיטָתוֹ כְּשֵׁירָה. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל. א"ר אֱלִיעֶזֶר אֲפִילּוּ שְׁחָטָהּ שֶׁיֹּאכַל עוֹבֵד כּוֹכָבִים אֲפִילּוּ מֵחֲצַר כָּבֵד שֶׁלָּהּ פָּסוּל. שֶׁסְּתָם מַחֲשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. א"ר יוֹסֵי ק"ו הַדְּבָרִים וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁהַמַּחְשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בְּמֻוקְדָּשִׁין אֵין הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הָעוֹבֵד. מָקוֹם שֶׁאֵין הַמַּחֲשָׁבָה פּוֹסֵל בְּחֻולִּין אֵינוֹ דִּין שֶׁלֹּא יְהֵא הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הַשּׁוֹחֵט:
MICHNA. Celui qui abat [une bête] pour un idolâtre — son abattage (chehita) [est] valide (kacher) ; et Rabbi Eliezer [l']invalide (passoul). Rabbi Eliezer a dit : même [s']il l'a abattue pour que l'idolâtre [en] mange, [et] même du diaphragme du foie (hatzar kaved) d'icelle — [c'est] invalide (passoul), car la pensée implicite (stam ma'hchava) de l'idolâtre [vise] l'idolâtrie (avoda zara). Rabbi Yossei a dit : [voici] un raisonnement à fortiori (kal vahomer). Si la, où la pensée invalide dans les [bêtes] consacrées (moukdachin), tout ne suit que l'officiant (oved, celui qui accomplit le service) [et non le propriétaire], là, où la pensée n'invalide pas dans les [bêtes] profanes (houlin) — n'est-il pas juste (eino din) que tout ne suive que celui qui abat (chohet) ?
💡 Explication

Nouvelle michna. Un Juif qui abat pour un non-Juif : l'abattage est valide selon le premier Tana (l'intention du propriétaire ne disqualifie pas un abattage profane). Rabbi Eliezer invalide : même si le Juif abat pour faire manger au non-Juif une part aussi anodine que le diaphragme du foie (et non un morceau destinable à une idole), c'est invalide, car la pensée implicite (stam mahshava) d'un non-Juif vise l'idolâtrie — la bête devient alors comme une offrande idolâtre, interdite même au profit.

8
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: קַל וָחֹומֶר הַדְּבָרִים, וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁהַמַּחְשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בְּמֻוקְדָּשִׁין – אֵין הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הָעוֹבֵד, מְקוֹם שֶׁאֵין מַחְשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בְּחֻולִּין – אֵינוֹ דִּין שֶׁלֹּא יְהֵא הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הַשּׁוֹחֵט?

Rabbi Yossei a dit : [voici] un raisonnement à fortiori (kal vahomer). Si la, où la pensée invalide [l'acte], [à savoir] dans les [bêtes] consacrées (moukdachin) — tout ne suit que l'officiant (oved, le prêtre qui accomplit le service) [et non le propriétaire], alors la, où la pensée n'invalide pas, [à savoir] dans les [bêtes] profanes (houlin) — n'est-il pas juste (eino din) que tout ne suive que celui qui abat (chohet) ?

📜 Rachi (4)
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי קַל וָחֹומֶר דְּלָא מְהַנְּיָא בָּהּ מַחֲשֶׁבֶת בְּעָלִים הוֹאִיל וְיִשְׂרָאֵל שְׁחִיט לָהּ:
Rabbi Yossei a dit [un raisonnement] à fortiori — [pour montrer] que la pensée du propriétaire n'opère pas en elle [la bête], puisque c'est un Juif qui l'abat.
וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁמַּחְשָׁבָה פּוֹסֶלֶת דְּהַייְנוּ בְּמֻוקְדָּשִׁין כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ז) לֹא יֵחָשֵׁב קְרִי בֵיהּ לֹא יֵחָשֵׁב לְאָוכְלָהּ בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי כִּי פִּגּוּל יִהְיֶה וְהָכִי מְפָרֵשׁ בִּזְבָחִים (דַּף כט:):
Si la, où la pensée invalide — c'est-à-dire dans les [bêtes] consacrées, comme il est écrit (Lévitique 7:18) 'il ne sera pas agréé' (lo yehachev) — lis-y 'il ne pensera pas' (lo yahchov) [pour] 'le manger le troisième jour, car ce serait un piggoul' ; et ainsi [cela] est expliqué dans Zevahim (29b).
אֵין הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הָעוֹבֵד דִּכְתִיב הַמַּקְרִיב לֹא יֵחָשֵׁב אֲבָל בְּעָלִים לָא פָּסְלִי בְּמַחְשַׁבְתָּן כִּי מַקְרִיב לָהּ כֹּהֵן:
Tout ne suit que l'officiant — car il est écrit 'celui qui offre' (ha-makriv) 'ne pensera pas' ; mais les propriétaires ne [l']invalident pas par leur pensée, puisque c'est le prêtre qui l'offre.
מָקוֹם שֶׁאֵין הַמַּחְשָׁבָה פּוֹסֶלֶת כְּגוֹן בְּחֻולִּין כְּלוֹמַר חֻולִּין שֶׁאֵין הַמַּחֲשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בָּהֶם. וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי קָאָמַר דְּהָא מַחֲשֶׁבֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים פָּסְלָה בְּהוּ דְּהָא זִבְחֵי מֵתִים אִיקְּרוֹ מַה מֵת אָסוּר בַּהֲנָאָה אַף תִּקְרֹובֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֲסוּרָה בַּהֲנָאָה:
Là, où la pensée n'invalide pas — par exemple dans les [bêtes] profanes ; c'est-à-dire : [les bêtes] profanes, dans lesquelles la pensée n'invalide pas. Et dans la Guemara il explique : que dit-il ? car la pensée d'idolâtrie [y] invalide pourtant, puisqu'[elles] sont appelées 'sacrifices aux morts' (zivhei metim) ! [réponse :] de même que le mort est interdit au profit, ainsi l'offrande idolâtre est interdite au profit.
💡 Explication

Rabbi Yossei rejette l'argument de Rabbi Eliezer par un kal vahomer : même dans les bêtes consacrées, où la pensée (de sacrifier hors temps, etc.) peut invalider, seule compte la pensée de l'officiant (le prêtre), non celle du propriétaire. À fortiori dans les bêtes profanes, où la pensée n'invalide même pas — tout doit suivre celui qui abat (le Juif), non le propriétaire non-Juif. Donc l'abattage est valide.

9
גְּמָ׳ הָנֵי תַּנָּאֵי אִית לְהוּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי, דְּתַנְיָא: אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי: שָׁמַעְתִּי שֶׁהַבְּעָלִים מְפַגְּלִין.

GUEMARA : Ces Tanaim tiennent [l'opinion] de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei, comme il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei a dit : j'ai entendu (chamati) que les propriétaires rendent [l'offrande] piggoul (mefaglin).

📜 Rachi (3)
גְּמ' וְהָנֵי תַּנָּאֵי תַּנָּא קַמָּא וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִית לְהוּ דר"א בְּר' יוֹסֵי כְּלוֹמַר דְּטַעְמֵיהּ דְּתַנָּא קַמָּא דְּמַכְשַׁר לָאו מִשּׁוּם דְּאֵין מַחֲשָׁבָה הוֹלֶכֶת אֶלָּא אַחַר הָעוֹבֵד דְּא"כ הַיְינוּ ר' יוֹסֵי אֶלָּא כר"א בר"י סְבִירָא לְהוּ טַעְמֵיהּ מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
GUEMARA. Et ces Tanaim — le premier Tana et Rabbi Eliezer tiennent [l'opinion] de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei ; c'est-à-dire que le motif du premier Tana, qui valide, n'est pas parce que la pensée ne suit que l'officiant — car s'il en était ainsi, ce serait [identique à] Rabbi Yossei — mais ils tiennent comme Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei, [et] son motif [le Talmud] l'explique au fur et à mesure.
שָׁמַעְתִּי מֵרַבּוֹתַי:
J'ai entendu — de mes maîtres.
שֶׁהַבְּעָלִים מְפַגְּלִין וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק ב"ש (זְבָחִים דַּף מז.) בְּסוֹפוֹ דִּכְתִיב וְהִקְרִיב הַמַּקְרִיב וְגוֹ' אַלְמָא בְּעָלִים קָרֵי מַקְרִיב הִלְכָּךְ אִיתַנְהוּ בִּכְלַל הַמַּקְרִיב לֹא יֵחָשֵׁב אִם חָשְׁבוּ עַל שְׁחִיטַת כֹּהֵן אוֹ עַל זְרִיקָתוֹ ע"מ לֶאֱכֹול חוּץ לִזְמַנּוֹ הָוֵי פִּיגּוּל:
Que les propriétaires rendent piggoul — et le motif [en] est expliqué dans Zevahim, au chapitre Beit Chammai (Zevahim 47a), à la fin : car il est écrit 'et celui qui offre offrira...' (Nombres 15:4) — d'où [il ressort que] le propriétaire est [aussi] appelé 'celui qui offre' ; dès lors, ils sont [inclus] dans [le verset] 'celui qui offre ne pensera pas' : s'ils ont pensé, lors de l'abattage du prêtre ou de son aspersion [du sang], de [le] manger hors du temps [prescrit], c'est piggoul.
🗂️ Tossefot (1)
הָנֵי תַּנָּאֵי אִית לְהוּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּר' יוֹסֵי פֵּירוּשׁ רַבָּנָן וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּמַתְנִיתִין אֲבָל ר' יוֹסֵי לֹא סָבַר לֵיהּ כְּוָותֵיהּ דְּהָא אָמַר דְּאֵין הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶלָּא אַחַר הָעוֹבֵד:
Ces Tanaim tiennent [l'opinion] de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei — c'est-à-dire les Sages et Rabbi Eliezer de la michna ; mais Rabbi Yossei ne tient pas comme lui, puisqu'il a dit que tout ne suit que l'officiant.
💡 Explication

La Guemara explique le ressort du débat : le premier Tana et Rabbi Eliezer [de la michna] s'accordent tous deux sur l'opinion de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei, selon laquelle les propriétaires (et pas seulement le prêtre) peuvent rendre une offrande piggoul (impropre, par une pensée de la consommer hors du temps prescrit). Le motif du premier Tana [qui valide] n'est donc pas 'tout suit l'officiant' (ce serait l'avis de Rabbi Yossei), mais bien que la pensée implicite du non-Juif ne vise pas forcément l'idolâtrie.

10
מִיהוּ תַּנָּא קַמָּא סָבַר: אִי שֶׁמֵּעֵינֵיהּ דְּחָשֵׁיב – אִין, אִי לָא – לֹא, סְתָם מַחְשֶׁבֶת נָכְרִי לַעֲבוֹדָה זָרָה לָא אָמְרִינַן. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: אַף עַל גַּב דְּלָא שַׁמְעִינֵיהּ דְּחַשֵּׁיב, סְתָם מַחְשֶׁבֶת נָכְרִי לַעֲבוֹדָה זָרָה אָמְרִינַן. וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר: אַף עַל גַּב דְּשַׁמְעִינֵיהּ דְּחַשֵּׁיב, זֶה מְחַשֵּׁב וְזֶה עוֹבֵד לָא אָמְרִינַן.

Toutefois, le premier Tana tient : si nous l'entendons [le non-Juif] exprimer [une telle] pensée — oui [c'est invalide] ; sinon — non ; [car] nous ne disons pas [que] la pensée implicite du non-Juif [vise] l'idolâtrie. Rabbi Eliezer tient : bien que nous ne l'entendions pas exprimer [une telle] pensée, nous disons [que] la pensée implicite du non-Juif [vise] l'idolâtrie.

Et Rabbi Yossei vient dire : bien que nous l'entendions exprimer [une telle] pensée, nous ne disons pas 'celui-ci pense et celui-là accomplit [l'acte]' [pour invalider].

📜 Rachi (3)
מִיהוּ תַּנָּא קַמָּא דְּמַכְשַׁר:
Toutefois le premier Tana — qui valide.
סָבַר אִי הֲוָה שֶׁמֵּעֵינֵיהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּחָשֵׁיב עַל שְׁחִיטַת יִשְׂרָאֵל וְאָמַר שְׁחִיטַת בְּהֵמָה זוֹ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים תְּהֵא אֲסוּרָה דִּמְהַנְּיָא מַחֲשֶׁבֶת בְּעָלִים כַּר' אֱלִיעֶזֶר בְּר' יוֹסֵי וְאִי לָא שַׁמְעִינֵיהּ דְּחַשֵּׁיב סְתָם מַחְשֶׁבֶת עוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לָא אָמְרִינַן:
Tient : si nous l'entendions — le non-Juif exprimer une pensée à propos de l'abattage du Juif, et [qu']il dise 'l'abattage de cette bête sera [voué] à l'idolâtrie' — [c'est] interdit, car la pensée du propriétaire opère, comme [pour] Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei ; mais si nous ne l'entendons pas exprimer [une telle] pensée, nous ne disons pas [que] la pensée implicite du non-Juif [vise] l'idolâtrie.
זֶה עוֹבֵד מִשּׁוּם שְׁחִיטַת פָּנִים נְקַט לָהּ דַּאֲפִילּוּ בְּקָרְבָּן ס"ל לְר' יוֹסֵי דְּאֵין הַבְּעָלִים מְפַגְּלִין וְרַבִּי יוֹסֵי פְּלִיג אַתַּנָּא קַמָּא וְאַרַבִּי אֱלִיעֶזֶר:
Celui-là accomplit — [le Talmud] le formule à propos de l'abattage de l'intérieur [du Temple] (chehitat penim), car même pour un sacrifice Rabbi Yossei tient que les propriétaires ne rendent pas piggoul ; et Rabbi Yossei diverge [à la fois] du premier Tana et de Rabbi Eliezer.
💡 Explication

Les trois positions précisées (voir le schéma de synthèse). Premier Tana : la pensée du non-Juif invalide seulement si on l'a entendu l'exprimer ; sa pensée implicite ne suffit pas. Rabbi Eliezer : même sans l'avoir entendu, la pensée implicite vise l'idolâtrie et invalide. Rabbi Yossei : même si on l'a entendu exprimer cette pensée, on ne dit pas que 'celui-ci pense (le propriétaire) et celui-là accomplit (le Juif)' invalide — l'acte suit toujours l'officiant.

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אִיכָּא דְאָמְרִי: בִּדְשַׁמְעִינֵיהּ דַּחֲשִׁיב פְּלִיגִי, תַּנָּא קַמָּא סָבַר: כִּי אָמְרִינַן ״זֶה מְחַשֵּׁב וְזֶה עוֹבֵד״ – הָנֵי מִילֵּי בִּפְנִים, אֲבָל בַּחוּץ לֹא, חוּץ מִפָּנִים

Il y a [ceux] qui disent (ikka de-amri) : c'est dans [le cas] où nous l'entendons exprimer [une telle] pensée qu'ils divergent. Le premier Tana tient : lorsque nous disons 'celui-ci pense et celui-là accomplit [l'acte, c'est invalide]' — ces propos [valent] à l'intérieur [du Temple] (bi-fnim), mais à l'extérieur (ba-houtz) non, [car déduire] l'extérieur de l'intérieur

📜 Rachi (2)
אִיכָּא דְאָמְרִי אֲפִילּוּ בִּדְשַׁמְעִינֵיהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דַּחֲשִׁיב פְּלִיגִי רַבָּנַן עָלֶיהָ דר"א וְאִית לְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ בְּעָלִים מְפַגְּלִין בְּקָרְבָּן כַּר' אֱלִיעֶזֶר בְּר' יוֹסֵי וְגַבֵּי חֻולִּין פְּלִיגִי:
Il y a [ceux] qui disent : même dans [le cas] où nous l'entendons — le non-Juif exprimer une pensée, les Sages divergent d'avec Rabbi Eliezer, et tous deux tiennent [que] les propriétaires rendent piggoul dans un sacrifice, comme Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossei ; et c'est à propos des [bêtes] profanes qu'ils divergent.
חוּץ מִפָּנִים מַחֲשֶׁבֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּחֻולִּין מִמַּחֲשֶׁבֶת פִּיגּוּל בְּקָרְבָּן:
L'extérieur [déduit] de l'intérieur — la pensée d'idolâtrie dans les [bêtes] profanes [serait déduite] de la pensée de piggoul dans un sacrifice [mais cette déduction n'est pas admise par le premier Tana].
💡 Explication

Seconde lecture de la michna (ikka de-amri). Cette fois, le débat porte sur le cas où l'on a bien entendu le non-Juif exprimer son intention. Premier Tana : le principe 'celui-ci pense et celui-là accomplit [invalide]' ne vaut qu'à l'intérieur du Temple (pour les sacrifices), non à l'extérieur (abattage profane) — car on ne peut déduire l'abattage profane (houtz) de l'abattage des offrandes (penim). [Le passage se poursuit au daf 39a.]

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).