Chullin 42a — Hadran sur HaShochet, et le début d'Elou Tereifot : la liste des dix-huit tereifot et l'allusion scripturaire

Chullin 42a

Sougya : Le daf clôt d'abord le chapitre HaShochet (segment 0 : on n'aurait pas su, sans Rabbi Elazar, que celui qui abat pour l'holocauste de l'accouchée de sa femme rend l'abattage invalide, car peut-être a-t-elle avorté sans que cela soit notoire) ; puis vient le Hadran. S'ouvre alors le chapitre Elou Tereifot, dont la michna énumère les lésions qui rendent une bête tereifa (interdite à la consommation) : oesophage perforé, trachée sectionnée, membrane du cerveau perforée, cœur perforé jusqu'à sa cavité, colonne brisée avec moelle coupée, foie totalement enlevé ; poumon perforé ou manquant (Rabbi Chimon : seulement jusqu'aux bronches) ; caillette, vésicule biliaire, intestins grêles, panse, feuillet et bonnet perforés ; chute du toit, majorité des côtés brisées, griffure d'un prédateur (Rabbi Yehouda détaille les couples prédateur/proie).

Le principe : tout [animal] dont une bête semblable ne pourrait vivre est tereifa. La Guemara cherche enfin l'allusion scripturaire au fait que la tereifa ne survit pas : Rabbi Chimon ben Lakich la tire de 'voici l'être vivant que vous mangerez' (Lévitique 11:2), lue 'le vivant, mangez-le ; le non-vivant, non'.

La sougya confronte cette lecture à celle qui tient que la tereifa vit, et à l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael (Dieu montra à Moché chaque espèce, et 'les dix-huit tereifot dites à Moché au Sinaï'), avant de relever que la liste n'est pas close (il en manque, mnémonique BSGR, et sept enseignements amoraiques).

Les tereifot de la michna : où se situe la lésion (segments 2-4) Cou et tête oesophage (veshet) perforé — même un cheveu trachée (gargeret) sectionnée sur la majorité membrane du cerveau perforée moelle / colonne : voir colonne de droite veshet = mou (examen sur la chair) ; gargeret = dur (examen sur l'ongle) Poitrine et dos cœur perforé jusqu'à sa cavité (bet hallal) colonne vertébrale brisée + moelle (hout) coupée majorité des côtés brisées poumon perforé ou manquant R. Chimon : poumon tereifa seulement s'il est perforé jusqu'aux bronches (samponot) Ventre et entrailles foie (kaved) totalement enlevé caillette (keva), vésicule biliaire (mara) perforées intestins grêles (dakin) perforés panse interne perforée / externe déchirée maj. feuillet (hemses) + bonnet (bet ha-kossot) perforés vers l'extérieur (pas au point de jonction) Atteinte par choc / griffure chute du toit (risque d'organes broyés) griffure (derissa) d'un prédateur R. Yehouda : loup sur petit bétail ; lion sur gros bétail ; épervier sur petit oiseau ; rapace sur grand oiseau (le venin brûle et fait mourir) Le principe général (ze ha-klal) Tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre — tereifa. Critère unificateur : la lésion est de celles qui empêchent de survivre.
Carte des tereifot de la michna (segments 2-4), classées par région du corps, jusqu'au principe général 'ze ha-klal'.
La tereifa vit-elle ? Une même verset, deux lectures (segments 6-9) 'Voici l'être vivant (zot ha-haya) que vous mangerez' (Lévitique 11:2) Tereifa ne vit pas lecture : 'l'être VIVANT, mangez-le ; le non-vivant, ne le mangez pas' -> la tereifa ne vit pas le mot 'zot' sert alors à la leçon de l'école de R. Yichmael : Dieu montra chaque espèce à Moché Tereifa vit lecture : 'CECI (zot), mangez-le ; un autre vivant, ne le mangez pas' -> la tereifa vit [mais reste interdite] il tire 'tereifa vit' d'un autre enseignement de R. Yichmael : 'le vivant qui ne se mange pas' Nafka mina : la tereifa survit-elle ou non ? débat repris plus loin (Houlin 57b) ; la michna 'ze ha-klal' suit l'avis 'ne vit pas'.
La double lecture du verset 'zot ha-haya' (segments 6-9) : selon que l'on tient que la tereifa ne vit pas ou qu'elle vit.
1
מַהוּ דְתֵימָא: אִם אִיתָא דְּיָלְדָה – קָלָא הֲוָה לֵיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן: אֵימַר אִפּוּלִי אַפִּיל.

[On aurait pu dire :] que dirais-tu ? S'il était vrai qu'elle a accouché, cela aurait fait du bruit [serait notoire] ; [Rabbi Elazar] vient nous apprendre : dis [plutôt] qu'elle a peut-être avorté.

📜 Rachi (4)
מַהוּ דְתֵימָא כְּלוֹמַר וְאִיצְטְרִיךְ רַבִּי אֶלְעָזָר לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּכִי יֵשׁ לוֹ אִשָּׁה פְּסוּלָה אַף עַל גַּב דְּאָמְרָה רַבִּי אֶלְעָזָר לְעֵיל גַּבֵּי תְּמוּרָה:
Que dirais-tu — c'est-à-dire : il a fallu que Rabbi Elazar nous enseigne que, lorsqu'il a une femme, [l'abattage est] invalide, bien que Rabbi Elazar [l']ait déjà dit plus haut à propos du remplacement [d'un animal consacré] (temoura).
מַהוּ דְּתֵימָא אִם אִיתָא דְּיָלְדָה קָלָא הֲוָה לֵיהּ וּמִידָּע יָדְעִי דִּמְשַׁקֵּר:
Que dirais-tu : s'il était vrai qu'elle a accouché, cela aurait fait du bruit — et l'on saurait qu'il ment.
קמ"ל ר' אֶלְעָזָר דְּאֵימַר אַפּוֹלִי אַפִּיל:
[Rabbi Elazar] vient nous l'apprendre — que [l'on doit] dire qu'elle a peut-être avorté.
לִישָּׁנָא אַחְרִינָא הָא דָּר' אֶלְעָזָר וְר' אָבָהוּ לָא גָּרְסִינַן וה"ג לַאֲתוּיֵי עוֹלַת יוֹלֶדֶת מַהוּ דְתֵימָא אֵימָא יְלוּדֵי יְלִיד קמ"ל דְּאִם אִיתָא דְּאוֹלִיד קָלָא אִית לָהּ וּבְשֶׁיֶּשׁ לוֹ אִשָּׁה מִתּוֹקְמָא מַתְנִיתִין וְאִיצְטְרִיךְ לְתַנָּא לְמַתַּנְייָה בְּזֶה הַכְּלָל דְּמַהוּ דְּתֵימָא נִיחוּשׁ לָהּ לְמָאֵן דַּחֲזֵי סָבַר בְּצִינְעָא אוֹלִיד קמ"ל. זֶה שָׁמַעְתִּי וְעִיקָּר הוּא חֲדָא דְּהָא לֹא אָמְרוּ וְהַאי מַהוּ דְתֵימָא בְּכָל הָנָךְ שְׁמַעְתָּתָא דְּאָמוֹרָאֵי דְּלָא שֶׁאָנוּ דִּלְעֵיל אַמַּתְנִיתִין דְּזֶה הַכְּלָל קַמָּא אָמְרוּ מַהוּ דְתֵימָא וְאוֹרְחָא דִּגְמָרָא לְמֵימַר מַהוּ דְתֵימָא אַכְּלָל דְּמַתְנִיתִין וְעוֹד בְּשֶׁאֵין לוֹ אִשָּׁה לָמָּה לֵיהּ לְמַתַּנְיָיה זֶה הַכְּלָל לַאֲתוּיֵי פְּשִׁיטָא לְמַאי נִיחוּשׁ לָהּ:
Autre version : ce [passage] de Rabbi Elazar et Rabbi Abahou, nous ne le lisons pas, et voici comment il faut lire : 'pour inclure l'holocauste de l'accouchée, que dirais-tu : dis qu'elle a peut-être enfanté [un enfant viable] ; [Rabbi Elazar] vient nous apprendre que, s'il était vrai qu'elle a enfanté, il y aurait dû bruit à son sujet' — et la michna se rapporte au cas où il a une femme, et il a fallu au Tana l'enseigner dans [le cas de] 'ceci est la règle', car 'que dirais-tu : craignons que celui qui [le] voit ne pense qu'il a enfanté en secret ; [Rabbi Elazar] vient nous l'apprendre'. Voilà ce que j'ai entendu, et c'est l'essentiel : d'abord, parce qu'on n'a pas dit ce 'que dirais-tu' dans toutes ces traditions des Amoraim que nous avons énoncées plus haut à propos de la michna ; c'est sur la règle de la première michna ['ceci est la règle'] qu'on a dit 'que dirais-tu', et la manière de la Guemara est de dire 'que dirais-tu' sur la règle générale de la michna ; et de plus, dans [le cas où] il n'a pas de femme, pourquoi [le Tana] aurait-il besoin de l'enseigner dans 'ceci est la règle, pour inclure' ? c'est évident — que craindrions-nous ?
💡 Explication

Fin du chapitre précédent (HaShochet). On traite de celui qui abat une bête en déclarant que c'est pour l'holocauste de l'accouchée (olat yoledet) de sa femme. On aurait cru cet abattage valide : si sa femme avait réellement accouché, ce serait notoire (le bruit en aurait couru), donc personne ne se méprendrait. Rabbi Elazar enseigne néanmoins que l'abattage est invalide : car peut-être a-t-elle avorté (apoulei apil) — elle est alors tenue d'apporter une offrande, mais cela n'est pas notoire, l'enfant n'étant pas né vivant.

2
הַדְרָן עֲלָךְ הַשּׁוֹחֵט.

Nous revenons sur toi, [chapitre] HaShochet.

💡 Explication

Hadran : formule de clôture du chapitre HaShochet (le deuxième chapitre de Houlin). Littéralement 'nous sommes revenus sur toi', c'est-à-dire 'nous avons fait le tour de toi et y reviendrons'. S'ouvre maintenant le chapitre Elou Tereifot.

3
מַתְנִי׳ אֵלּוּ טְרֵפוֹת בַּבְּהֵמָה: נְקוּבַת הַוֶּושֶׁט, וּפְסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת, נִיקַּב קְרוּם שֶׁל מוֹחַ, נִיקַּב הַלֵּב לְבֵית חֲלָלוֹ, נִשְׁבְּרָה הַשִּׁדְרָה וְנִפְסַק הַחוּט שֶׁלָּהּ, נִיטַּל הַכָּבֵד וְלֹא נִשְׁתַּיֵּיר הֵימֶנּוּ כְּלוּם.

MICHNA. Voici les tereifot dans une bête : l'oesophage perforé, la trachée sectionnée, la membrane du cerveau perforée, le cœur perforé jusqu'à sa cavité, la colonne vertébrale brisée avec sa moelle coupée, le foie enlevé sans qu'il en reste rien.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' אֵלּוּ טְרֵיפוֹת כָּל נֶקֶב בְּמַשֶּׁהוּ:
MICHNA. Voici les tereifot — toute perforation, [si minime soit-elle,] d'une quelconque mesure.
פְּסוּקָה לִרְחָבָה בְּרֻובָּהּ:
Sectionnée — sur la majorité de sa largeur.
לְבֵית חֲלָלוֹ וְאִם לֹא הִגִּיעַ לֶחָלָל קָתָנֵי סֵיפָא דִּכְשֵׁרָה:
Jusqu'à sa cavité — et si [la perforation] n'a pas atteint la cavité, la fin [de la michna, plus loin] enseigne qu'elle [est] cachere.
נִשְׁבְּרָה הַשִּׁדְרָה וְנִפְסַק הַחוּט חֲדָא הִיא וּטְרֵפוֹת דִּידֵהּ מִשּׁוּם חוּט הוּא וְנִשְׁבְּרָה הַשִּׁדְרָה דְּקָתָנֵי אוֹרְחָא דְמִילְּתָא נְקַט דִּפְסִיקַת הַחוּט ע"י שְׁבִירַת שִׁדְרָה הִיא:
La colonne vertébrale brisée avec la moelle coupée — c'est une seule [chose], et sa tereifa [provient] de la moelle ; et 'la colonne vertébrale brisée' qu'il enseigne, [c'est] qu'il prend la manière ordinaire de la chose, car la section de la moelle se produit par la brisure de la colonne.
🗂️ Tossefot (2)
מַתְנֵי' אֵלּוּ טְרֵפוֹת אִי גָּרְסִינַן אֵלּוּ נִיחָא וְאִי גָּרְסִינַן וְאֵלּוּ יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּקָאֵי אַפְּלוּגְתָּא דר' יְשֻׁבַּב וְר' עֲקִיבָא וְהוֹדָה לוֹ ר' עֲקִיבָא דִּנְבֵלָה אוֹ קָאֵי אָכַל הָנֵי שְׁחִיטָתוֹ פְּסוּלָה דִּלְעֵיל דַּהֲוָה פָּסוּל שֶׁאֵירַע בַּשְּׁחִיטָה וְהָוֵי נְבֵלָה וְקָאָמַר הָכָא וְאֵלּוּ הֵן טְרֵפוֹת:
Voici les tereifot — si l'on lit 'voici' (elou), [c'est] facile ; et si l'on lit 'et voici' (ve-elou), on peut expliquer que cela se rapporte à la controverse de Rabbi Yichbav et Rabbi Akiva — et Rabbi Akiva lui a concédé [qu'il s'agit d'une] charogne (nevela) ; ou bien cela se rapporte à tous ces [cas] dont 'l'abattage est invalide' [énoncés] plus haut, qui [étaient] une invalidité survenue dans l'abattage et qui [rendent la bête] charogne (nevela), et il dit ici : 'et voici, ceux-ci sont des tereifot'.
נִיקַּב הַלֵּב לְבֵית חֲלָלוֹ בִּשְׁאָר נְקוּבֵי לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי לְבֵית חֲלָלוֹ שֶׁהֵן דַּקִּין וּפְשִׁיטָא שֶׁאֵין נֶקֶב חָשׁוּב בָּהֶם כְּלָל אִם לֹא נִיקַּב לְבֵית חֲלָלוֹ אֲבָל לֵב שֶׁהוּא עָב ס"ד שֶׁאִם נִיקַּב בְּעֹומֶק שֶׁהוּא חָשׁוּב נֶקֶב וְנִיטַּל הַלֵּב וְהָרֵיאָה וְהַדַּקִּין לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי דְּבִכְלַל נְקוּבִים הוּא דְּאַף עַל גַּב דְּבִטְחוֹל אָמַר בַּגְּמָרָא דְּנִיטַּל כָּשֵׁר וְנִיקַּב טְרֵפָה בְּכָל הָנֵי נְקוּבִים דִּתְנָא פְּשִׁיטָא דְּכָל שֶׁכֵּן נִיטַּל וְנִיקְּבָה הַמָּרָה נָמֵי נִרְאֶה דכ"ש נִיטַּל דִּטְרֵיפָה ומ"מ נִיטְּלָה הַכָּבֵד וְלֹא נִשְׁתַּיֵּיר הֵימֶנָּה כְּלוּם אִיצְטְרִיךְ דְּאֶפְשָׁר לִהְיוֹת דְּנִיטַּל כָּל הַכָּבֵד וְלֹא הַמָּרָה שֶׁנִּיטַּל כָּל בָּשָׂר הַכָּבֵד וְנִשְׁאַר הַמָּרָה דְּבוּקָה בְּגִידֵי הַכָּבֵד וְהַסִּמְפּוֹנוֹת וְהָא דִּתְנַן (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף נד.) גַּבֵּי וְאֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת נִיקַּב הַלֵּב וְלֹא לְבֵית חֲלָלוֹ צָרִיךְ לוֹמַר דְּמֵהָכָא לָא הֲוָה שָׁמְעִינַן דַּהֲוָה אָמֵינָא ה"ה סָמוּךְ לְבֵית חֲלָלוֹ דְּסוֹפוֹ לִינָּקֵב עַד בֵּית הֶחָלָל וְהָא דְּקָתָנֵי נִיקְּבָה הַגַּרְגֶּרֶת כְּשֵׁרָה הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי נִסְדְּקָה וְנִשְׁבְּרָה הַשִּׁדְרָה וְלֹא נִפְסַק הַחוּט שֶׁלָּהּ אִיצְטְרִיךְ דְּאִי מֵהָכָא הֵ"א אוֹ הָא אוֹ הָא אִי נָמֵי הֵ"א דְּבָעֲיָא תַּרְתֵּי קָא מַשְׁמָע לַן דִּבְחוּט תָּלֵי מִילְּתָא וְנִיטַּל הַכָּבֵד וְלֹא נִשְׁתַּייֵּר הֵימֶנָּה כַּזַּיִת פָּרִיךְ בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן חֻולִּין מו.) רֵישָׁא לְסֵיפָא:
Le cœur perforé jusqu'à sa cavité — pour les autres [organes] perforés, il n'a pas fallu enseigner 'jusqu'à sa cavité', car ils sont minces et il est évident qu'il n'y a chez eux aucune perforation digne de ce nom tant qu'elle n'a pas atteint leur cavité ; mais le cœur, qui est épais, on aurait pu penser que, s'il était perforé en profondeur, [cette perforation] vaudrait perforation [même sans atteindre la cavité]. Quant à 'le cœur enlevé', ainsi que le poumon et les [intestins] grêles, il n'a pas fallu l'enseigner, car cela est inclus dans les [organes] perforés : bien que, pour la rate, la Guemara dise qu'enlevée elle [est] cachere et perforée elle [est] tereifa, pour tous ces [organes] perforés qu'enseigne le Tana, il est évident qu'à plus forte raison [s'ils sont] enlevés [c'est tereifa]. Et la vésicule biliaire perforée aussi, il semble qu'à plus forte raison enlevée elle [est] tereifa. Néanmoins, 'le foie enlevé sans qu'il en reste rien' à dû être enseigné, car il est possible que tout le foie soit enlevé sans la vésicule biliaire — c'est-à-dire que toute la chair du foie ait été enlevée et que la vésicule biliaire soit restée, adhérant aux ligaments du foie et aux conduits (samponot). Et ce que nous avons appris (plus loin, Houlin 54a) à propos de 'voici celles qui [sont] cashères' : 'le cœur perforé, mais non jusqu'à sa cavité' — il faut le dire, car d'ici nous n'aurions pas su [le statut de la perforation non profonde], car on aurait pu dire qu'il en va de même [pour une perforation] proche de la cavité, qui finira par se percer jusqu'à la cavité. Et ce qu'il enseigne 'la trachée perforée [est] cachere', [c'est] parce qu'il veut enseigner 'fendue'. Et 'la colonne vertébrale brisée sans que sa moelle soit coupée' [est cachere] — il a fallu [l']enseigner, car d'ici on aurait pu dire 'ou ceci ou cela' [suffirait pour la tereifa] ; ou bien on aurait pu dire qu'il faut les deux ; [la michna] vient nous apprendre que la chose dépend de la moelle. Et 'le foie enlevé sans qu'il en reste un olive (kazayit)' — la Guemara (plus loin, Houlin 46a) oppose le début [de la michna] à la fin.
💡 Explication

Début du chapitre. La michna énumère les tereifot (lésions qui rendent la bête interdite, même correctement abattue). Six premiers cas : oesophage (veshet) perforé — la moindre perforation suffit ; trachée (gargeret) sectionnée — sur la majorité de sa largeur ; membrane du cerveau perforée ; cœur perforé jusqu'à sa cavité (bet hallal) ; colonne vertébrale brisée avec la moelle (hout) coupée ; foie totalement enlevé.

4
הָרֵיאָה שֶׁנִּיקְּבָה אוֹ שֶׁחֲסֵרָה, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עַד שֶׁתִּינָּקֵב לְבֵית הַסִּמְפּוֹנוֹת. נִיקְּבָה הַקֵּבָה, נִיקְּבָה הַמָּרָה, נִיקְּבוּ הַדַּקִּין, הַכָּרֵס הַפְּנִימִית שֶׁנִּיקְּבָה אוֹ שֶׁנִּקְרַע רֹוב הַחִיצוֹנָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַגְּדוֹלָה טֶפַח, וְהַקְּטַנָּה בְּרֻובָּהּ. הֶמְסֵס וּבֵית הַכּוֹסוֹת שֶׁנִּיקְּבוּ לַחוּץ.

Le poumon qui a été perforé ou qui manque [d'une partie] — Rabbi Chimon dit : [il n'est tereifa] que s'il est perforé jusqu'aux bronches. La caillette perforée, la vésicule biliaire perforée, les intestins grêles perforés, la panse interne perforée, ou bien la majorité de l'externe déchirée — Rabbi Yehouda dit : pour la grande [bête], un palme, et pour la petite, sur sa majorité.

Le feuillet et le bonnet perforés vers l'extérieur.

📜 Rachi (9)
אוֹ שֶׁחֲסֵרָה בַּגְּמָרָא פָּרִיךְ (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף מז:) הַיְינוּ נֶקֶב:
Ou qui manque — dans la Guemara (plus loin, Houlin 47b), [le Talmud] objecte : c'est [la même chose qu'une] perforation !
סִמְפּוֹנוֹת קְנוֹקָנוֹת קְטַנּוֹת הַמִּתְפַּשְּׁטוֹת בְּתוֹךְ הָרֵיאָה שֶׁהַדָּם נוֹבֵעַ בָּהּ כְּשֶׁחוֹתְכִים אוֹתָהּ:
Bronches — fines ramifications qui se déploient à l'intérieur du poumon, dans lesquelles le sang perle (sourd) lorsqu'on les coupe.
הַכָּרֵס הַפְּנִימִית בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן חֻולִּין נ:) מְפָרֵשׁ:
La panse interne — dans la Guemara (plus loin, Houlin 50b), [le Talmud] l'explique.
שֶׁנִּיקְּבָה בְּמַשֶּׁהוּ:
Perforée — d'une quelconque mesure [la moindre].
רֹוב הַחִיצוֹנָה בַּגְּמָרָא (שָׁם דַּף נ:) מְפָרֵשׁ:
La majorité de l'externe — dans la Guemara (là, 50b), [le Talmud] l'explique.
גְּדוֹלָה וּקְטַנָּה לֹא גַּסָּה וְדַקָּה קָאָמַר אֶלָּא עַל [שׁוֹר] קָטָן וְשׁוֹר גָּדוֹל אִם נִקְרַע טֶפַח בְּשׁוֹר אע"ג דְּלָא הָוֵי רֻובָּא:
Grande et petite — il ne parle pas de [bête] grasse et maigre, mais d'un [bœuf] petit et d'un [bœuf] grand : si, chez un bœuf, [il s'en est] déchiré un palme, bien que cela ne soit pas la majorité [c'est tereifa].
הֶמְסֵס צינפויי"ל:
Feuillet (hemses) — 'tsenfouil' [en langue vernaculaire].
וּבֵית הַכּוֹסוֹת סוֹף הַכָּרֵס שֶׁקּוֹרִין פנצ"א עָשׂוּי כְּכוֹבַע וְקָרוּי בֵּית הַכּוֹסוֹת וְהַמַּסָּס מְחֻובָּר בּוֹ וּסְבִיב סָבִיב לְחִיבּוּרָם כְּשֶׁאַתָּה מַבְדִּילָן יֵשׁ דֹּופֶן לָזֶה וְדֹופֶן לָזֶה וּבְאֶמְצַע הֵן שׁוֹפְכִין זֶה לְתוֹךְ זֶה וְהַמַּאֲכָל נִכְנָס מִבֵּית הַכּוֹסוֹת לַהֶמְסֵס וּמֵהַמַּסָּס לַקֵּבָה וּמֵהַקֵּבָה לְדַקִּין:
Et le bonnet (bet ha-kossot) — la fin de la panse, qu'on appelle 'pantsa', faite en forme de bonnet (couvre-chef) et appelée 'bet ha-kossot' [maison des coupes] ; le feuillet y est attaché, et tout autour de leur jonction, lorsque tu les séparés, il y a une paroi pour celui-ci et une paroi pour celui-là, et au milieu ils se versent l'un dans l'autre ; et la nourriture passe du bonnet au feuillet, du feuillet a la caillette, de la caillette aux [intestins] grêles.
שֶׁנִּיקְּבוּ לַחוּץ שֶׁהַנֶּקֶב נִרְאֶה מִבַּחוּץ וּכְגוֹן שֶׁנִּיקְּבוּ אוֹ זֶה אוֹ זֶה שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם חִיבּוּרָן לְאַפּוֹקֵי שֶׁנִּיקְּבוּ בִּמְקוֹם חִיבּוּרָן בִּשְׁתֵּי דָּופְנוֹתֵיהֶן וְהַנֶּקֶב הוֹלֵךְ מְחַלְּלוֹ שֶׁל זֶה לַחֲלָלוֹ שֶׁל זֶה:
Perforés vers l'extérieur — que la perforation soit visible du dehors, c'est-à-dire qu'ils aient été perforés, soit l'un soit l'autre, en un endroit autre que le lieu de leur jonction ; à l'exclusion [du cas] où ils ont été perforés au lieu de leur jonction, dans leurs deux parois, et [où] la perforation va de la cavité de l'un à la cavité de l'autre [ce qui n'est pas tereifa].
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ שֶׁחֲסֵרָה מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אוֹ שֶׁחֲסֵרָה מִבִּפְנִים וְלָמֶ"ד חִסָּרוֹן מִבִּפְנִים לָא שְׁמֵיהּ חֶסְרוֹן מְפָרֵשׁ נִיקְּבָה לְרַבָּנָן אוֹ שֶׁחֲסֵרָה לר"ש דְּאָמַר עַד שֶׁתִּינָּקֵב לְבֵית הַסִּמְפּוֹנוֹת וּבְחִסָּרוֹן כָּל שֶׁהוּא מוֹדֶה:
Ou qui manque — [le Talmud] l'explique dans la Guemara : 'ou qui manque' de l'intérieur ; et pour l'avis qui tient qu'un manque de l'intérieur ne s'appelle pas manque, on l'explique [ainsi] : 'perforé' selon les Sages, 'ou qui manque' selon Rabbi Chimon, qui dit '[seulement] s'il est perforé jusqu'aux bronches' — et [pourtant] pour un manque, si minime soit-il, il concède [que c'est tereifa].
💡 Explication

Suite de la liste, région du ventre. Poumon (réa) perforé ou manquant ; pour Rabbi Chimon il faut une perforation jusqu'aux bronches (samponot, les ramifications où perle le sang). Puis : caillette (keva), vésicule biliaire (mara), intestins grêles (dakin) perforés ; panse (keres) interne perforée, ou externe déchirée sur la majorité ; Rabbi Yehouda nuance selon la taille (un palme pour la grande, la majorité pour la petite). Enfin feuillet (hemses) et bonnet (bet ha-kossot) perforés vers l'extérieur — voir le schéma du trajet de la nourriture.

🖼️ Schéma
Les estomacs du ruminant et le trajet de la nourriture (segment 3) Bet ha-kossot bonnet (réticulum) fin de la panse, en forme de bonnet Hemses feuillet (omasum) soudé au bonnet, se versent l'un l'autre Keva caillette (vrai estomac) Dakin intestins grêles La nourriture passe du bonnet au feuillet, du feuillet a la caillette, de la caillette aux grêles. Feuillet et bonnet : tereifa s'ils sont perforés VERS L'EXTÉRIEUR, non au point de jonction commun.
Les estomacs du ruminant (bonnet, feuillet, caillette) et le trajet de la nourriture ; feuillet et bonnet : tereifa s'ils sont perforés vers l'extérieur.
5
נָפְלָה מִן הַגַּג, נִשְׁתַּבְּרוּ רֹוב צַלְעוֹתֶיהָ, וּדְרוּסַת הַזְּאֵב. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: דְּרוּסַת הַזְּאֵב בְּדַקָּה, וּדְרוּסַת אֲרִי בְּגַסָּה, דְּרוּסַת הַנֵּץ בְּעוֹף הַדַּק, וּדְרוּסַת הַגַּס בְּעוֹף הַגַּס. זֶה הַכְּלָל: כֹּל שֶׁאֵין כָּמוֹהָ חַיָּה – טְרֵפָה.

[La bête] tombée du toit, [celle dont] la majorité des côtés a été brisée, et la proie d'un loup (derousat ha-zeev). Rabbi Yehouda dit : la proie d'un loup pour [le bétail] menu, la proie d'un lion pour [le bétail] gros, la proie de l'épervier pour le petit oiseau, et la proie du [rapace] gros pour le gros oiseau.

Voici la règle : tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre est tereifa.

📜 Rachi (10)
נָפְלָה מִן הַגַּג וּשְׁחָטָהּ מִיָּד טְרֵפָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵין שֶׁבֶר נִרְאֶה בָּהּ חוֹשְׁשִׁין שֶׁנִּתְרַסְּקוּ וְנִתְפָּרְקוּ אַבְּרֵיהּ וְאֵין טַעַם בְּטַרְפוּת שֶׁהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הֵן. וּבַגְּמָרָא (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף נא:) אָמַר שֶׁאִם שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת וּשְׁחָטָהּ כְּשֵׁרָה ואע"פ שֶׁלֹּא עָמְדָה:
Tombée du toit — et [si] on l'a abattue aussitôt, [elle est] tereifa, bien qu'aucune fracture ne soit visible en elle : on craint que ses membres n'aient été broyés et disloqués ; et il n'y a pas à [chercher de] raison aux tereifot, [car] ce sont des lois [transmises] à Moché au Sinaï. Et dans la Guemara (plus loin, Houlin 51b), [le Talmud] dit que si elle a attendu un jour entier (meet le-et) puis qu'on l'a abattue, elle [est] cachere, bien qu'elle ne se soit pas tenue debout.
נִשְׁתַּבְּרוּ רֹוב צַלְעוֹתֶיהָ בְּלֹא שׁוּם נְפִילָה טְרֵפָה וּבַגְּמָרָא (שָׁם דַּף נב.) מְפָרֵשׁ מַאי רֹוב:
La majorité de ses côtés brisée — sans aucune chute, [elle est] tereifa ; et dans la Guemara (là, 52a), [le Talmud] explique ce qu'est la 'majorité'.
דְּרוּסַת הַזְּאֵב שֶׁהִכָּה בְּצִפָּרְנָיו וּמַטִּיל בָּהּ אֶרֶס וְשׂוֹרְפָהּ בְּדַקָּה אֲבָל בְּגַסָּה לָא אַלִּים זִיהֲרֵיהּ לְמִיקַּלְיָיה:
La proie d'un loup — qui l'a frappée de ses griffes, y injecte son venin et la brûle, pour le [bétail] menu ; mais pour le [bétail] gros, non, car son venin n'est pas assez fort pour [le] brûler.
וּדְרוּסַת אֲרִי בְּגַסָּה וְכָל שֶׁכֵּן בְּדַקָּה וְתַנָּא קַמָּא סָבַר אַלִּים זִיהֲרֵיהּ דִּזְאֵב לְמִקַּלְיָיה נָמֵי לְגַסָּה:
Et la proie d'un lion pour [le bétail] gros — et à plus forte raison pour [le bétail] menu ; et le premier Tana tient que le venin du loup est assez fort pour brûler aussi le [bétail] gros.
הַנֵּץ אשפרוי"ר:
L'épervier (ha-nets) — 'esprevier' [en langue vernaculaire].
בְּעוֹף הַדַּק צִפָּרְנַיִם וְיוֹנִים:
Pour le petit oiseau — passereaux et colombes.
וּדְרוּסַת הַגַּס אוסטויי"ר:
Et la proie du gros — 'ostour' [autour, en langue vernaculaire].
בְּעוֹף הַגַּס אַווָּזוֹת וְתַרְנְגוֹלִים:
Pour le gros oiseau — oies et coqs.
זֶה הַכְּלָל בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן חֻולִּין נד.) מְפָרֵשׁ לַאֲתוּיֵי מַאי:
Voici la règle — dans la Guemara (plus loin, Houlin 54a), [le Talmud] explique ce qu'[elle vient] inclure.
כֹּל שֶׁאֵין כָּמוֹהָ חַיָּה שֶׁלָּקְתָה מַכָּה שֶׁאֵין בְּהֵמָה לְקוּיָה דֻּוגְמָתָהּ רְאוּיָה לִחְיוֹת:
Tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre — qui a été frappée d'un coup tel qu'aucune bête frappée de la sorte ne serait apte à vivre.
🗂️ Tossefot (2)
דְּרוּסַת הַנֵּץ גַּבֵּי טְרֵפוֹת עוֹף הוּא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי אֶלָּא מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה תְּנָא לֵיהּ הָכָא:
La proie de l'épervier — c'est à propos des tereifot de l'oiseau qu'il convenait de l'enseigner ; mais c'est à cause de Rabbi Yehouda qu'il l'a enseignée ici.
דְּרוּסַת הַנֵּץ גָּרְסִי' בַּתּוֹסֶפְתָּא [פ"ג] וּבֶעָרוּךְ [עֵרֶךְ נֵץ ד'] וְכֵן יָסַד הַפַּייָּט בִּסְלִיחוֹת תּוֹחֶלֶת יִשְׂרָאֵל מִדְרָס הַגַּס וְנֵץ אֶפְרוֹחִים קְרוּצִים וְטַעֲמָא לֹא מִשּׁוּם דְּסוֹפוֹ לִינָּקֵב דא"כ בִּכְלַל נְקוּבָה הִיא וּמֵהַאי טַעְמָא לָא תָּנֵי בְּמַתְנִיתִין דָּמְיָא לִדְיוֹתָא וְדָמְיָא לְבִישְׂרָא אֶלָּא טַעְמָא דִּדְרוּסָה שֶׁהָאֶרֶס שׂוֹרֵף וְסוֹפָהּ לָמוּת:
La proie de l'épervier — nous lisons [ce terme] dans la Tossefta [chap. 3] et dans le Aroukh [entrée 'nets', sens 4], et de même le poète l'a fondé dans les selihot 'Espoir d'Israël' : 'le piétinement du gros et de l'épervier, poussins brisés'. Et la raison [pour laquelle la derissa est tereifa] n'est pas qu'elle finira par se perforer — car, s'il en était ainsi, elle serait incluse dans [le cas de] 'perforée', et c'est pour cette [même] raison qu'on ne l'enseigne pas dans la michna [comme un cas de perforation] ; et [ce n'est pas non plus] parce qu'[elle ressemblerait à de l'encre ou] à de la chair [décolorée] ; mais la raison de la derissa [est] que le venin brûle et qu'elle finira par mourir.
💡 Explication

Atteintes par traumatisme. Chute du toit : même sans fracture visible, on craint que les organes n'aient été broyés (et il n'y a pas à chercher de raison aux tereifot, ce sont des lois transmises à Moché au Sinaï). Majorité des côtés brisées. Derissa (griffure venimeuse d'un prédateur) : Rabbi Yehouda apparie prédateur et proie selon la force du venin (loup -> petit bétail ; lion -> gros ; épervier -> petit oiseau ; grand rapace -> gros oiseau). La michna se clôt par le principe général (ze ha-klal) : est tereifa toute bête frappée d'une lésion dont une bête semblable ne pourrait survivre.

6
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: רֶמֶז לִטְרֵפָה מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? מִנַּיִן?! ״וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ״! אֶלָּא, רֶמֶז לִטְרֵפָה שֶׁאֵינָהּ חַיָּה מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן? דְּקָתָנֵי סֵיפָא: זֶה הַכְּלָל, כֹּל שֶׁאֵין כָּמוֹהָ חַיָּה – טְרֵפָה, מִכְּלָל דִּטְרֵפָה אֵינָהּ חַיָּה, מְנָא לַן?

GUEMARA. Rabbi Chimon ben Lakich a dit : d'où [vient] l'allusion à la tereifa dans la Torah ? — Une allusion ?!

[Mais c'est explicite :] 'Et de la chair déchirée dans les champs (tereifa) vous ne mangerez pas' (Exode 22:30) ! — Plutôt : d'où [vient] l'allusion, dans la Torah, à [ce qu']une tereifa ne vit pas ? Car la fin [de la michna] enseigne : 'voici la règle, tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre est tereifa' — d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa ne vit pas ; d'où [le savons]-nous ?

📜 Rachi (2)
גְּמ' וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה ואע"ג דְּיָלְפִינַן מִינֵּיהּ בְּעָלְמָא (מַכּוֹת דַּף יח.) בְּשַׂר קָדָשִׁים שֶׁיָּצָא חוּץ מִמְּחִיצָתוֹ מ"מ טְרֵפָה מַשְׁמַע טְרֵפָה מַמָּשׁ:
GUEMARA. Et de la chair déchirée dans les champs (tereifa) — et bien que nous en dérivions, ailleurs (Makot 18a), [la règle concernant] la chair des sacrifices (kodachim) qui est sortie de son enceinte, néanmoins [le mot] 'tereifa' signifie tereifa au sens propre.
אֶלָּא מִנַּיִן לִטְרֵפָה שֶׁאֵין סוֹפָהּ לִחְיוֹת. לְפָרוֹשֵׁי מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי כֹּל שֶׁאֵין כָּמוֹהָ חַיָּה טְרֵפָה אַלְמָא טְרֵפָה אֵינָהּ חַיָּה:
Plutôt — d'où [vient l'allusion] qu'une tereifa ne finira pas par vivre ? [Cette question vient] pour expliquer la michna qui enseigne 'tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre est tereifa', d'où [il ressort] qu'une tereifa ne vit pas.
💡 Explication

Ouverture de la Guemara. Resh Lakich demande l'allusion scripturaire à la tereifa. On l'interrompt : ce n'est pas une allusion, c'est explicite — 'la chair déchirée dans les champs (tereifa), vous n'en mangerez pas' (Ex 22:30). On reformule donc : la question porte non sur l'interdit (clair), mais sur le fait qu'une tereifa ne survit pas — principe sous-jacent au 'ze ha-klal' de la michna ('tout animal dont une semblable ne pourrait vivre'). D'où tire-t-on ce principe ?

7
דִּכְתִיב: ״וְזֹאת הַחַיָּה אֲשֶׁר תֹּאכְלוּ״, חַיָּה – אֱכֹול, שֶׁאֵינָהּ חַיָּה – לָא תֵּיכוֹל, מִכְּלָל דִּטְרֵפָה לֹא חַיָּה.

Car il est écrit : 'Voici l'être vivant (zot ha-haya) que vous mangerez' (Lévitique 11:2) — [ce qui est] vivant, mange[-le] ; [ce qui] n'est pas vivant, ne [le] mange pas ; d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa ne vit pas.

📜 Rachi (1)
זֹאת הַחַיָּה קְרִי בֵיהּ זֹאת חַיָּה:
'Zot ha-haya' [voici l'être vivant] — lis-y : 'voici, [ce qui est] vivant [mange]'.
💡 Explication

Réponse de Resh Lakish : le verset 'voici l'être vivant (ha-haya) que vous mangerez' (Lv 11:2) se lit 'le vivant, mange-le ; le non-vivant, ne le mange pas' — d'où : la tereifa, qui ne vit pas, est interdite.

8
וּלְמַאן דְּאָמַר טְרֵפָה חַיָּה, מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״זֹאת הַחַיָּה אֲשֶׁר תֹּאכְלוּ״ – ״זֹאת הַחַיָּה״ אֱכֹול, חַיָּה אַחֶרֶת לָא תֵּיכוֹל, מִכְּלָל דִּטְרֵפָה חַיָּה.

Et pour celui qui dit qu'une tereifa vit, d'où [le tire]-t-il ? Il le tire de '[voici] l'être vivant que vous mangerez' (zot ha-haya acher tokhelou) — 'celui-ci (zot ha-haya), mange[-le] ; un autre vivant, ne [le] mange pas' ; d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa vit.

📜 Rachi (3)
וְלָמֶ"ד טְרֵפָה חַיָּה לְקַמָּן בְּפִרְקִין (חוֹלִין דַּף נז:) אָמְרוּ לוֹ וַהֲלֹא הַרְבֵּה מִתְקַיְּימוֹת שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים:
Et pour celui qui dit qu'une tereifa vit — plus loin, dans notre chapitre (Houlin 57b), [les Sages] lui ont dit : 'mais beaucoup [de bêtes tereifot] survivent deux ou trois ans !'.
זֹאת הַחַיָּה זֹאת מִיעוּטָא הוּא וְהָכִי מַשְׁמַע זֹאת סְתָם בְּהֵמוֹת שֶׁהֵן חַיּוֹת אֱכֹול:
'Zot ha-haya' [voici l'être vivant] — 'zot' (celui-ci) est un terme restrictif, et voici ce que [le verset] veut dire : 'ceci', [c'est-à-dire] les bêtes ordinaires qui sont vivantes [aptes à vivre], mange[-les].
חַיָּה אַחֶרֶת כְּגוֹן טְרֵפָה דאע"פ שֶׁהִיא חַיָּה לֹא תֹּאכַל:
Un autre vivant — par exemple une tereifa, qui, bien qu'elle vive, ne sera pas mangée.
💡 Explication

L'avis opposé tient que la tereifa vit (peut survivre), tout en restant interdite. Il lit le même verset autrement : 'celui-ci (zot, mot restrictif), mange-le ; un autre vivant [comme la tereifa, qui pourtant vit], ne le mange pas' — d'où : la tereifa vit. La nafka mina apparaît au schéma.

9
וְאִידָךְ, הַאי ״זֹאת״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״זֹאת הַחַיָּה אֲשֶׁר תֹּאכְלוּ״ – מְלַמֵּד שֶׁתָּפַס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִכָּל מִין וּמִין וְהֶרְאָה לוֹ לְמֹשֶׁה, וְאָמַר לוֹ: זֹאת אֱכֹול, וְזֹאת לָא תֵּיכוֹל.

Et l'autre [avis], ce [mot] 'zot' (celui-ci), qu'en fait-il ? Il lui [en] faut [un usage] pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael ; car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'voici l'être vivant que vous mangerez' (zot ha-haya acher tokhelou) — [cela] enseigne que le Saint, béni soit-Il, a saisi [un spécimen] de chaque espèce et l'a montré à Moché, et lui a dit : 'celle-ci, mange[-la], et celle-ci, ne [la] mange pas'.

🗂️ Tossefot (1)
זֹאת הַחַיָּה מְלַמֵּד שֶׁתָּפַס הקב"ה כָּל מִין וּמִין וְהֶרְאָה לְמֹשֶׁה וְהָא דְּלָא חָשֵׁיב לֵיהּ בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כט.) גַּבֵּי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁנִּתְקַשָּׁה מֹשֶׁה מְנוֹרָה רֹאשׁ חֹדֶשׁ וּשְׁרָצִים וְלָא חֲשִׁיב נָמֵי הָא דְּאָמַר בַּמִּדְרָשׁ כְּמִין מַטְבֵּעַ אֵשׁ הֶרְאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה דִּכְתִיב זֶה יִתְּנוּ שֶׁמָּא לָא חֲשִׁיב אֶלָּא מִידִי דְּנִתְקַשָּׁה אֲבָל הָנֵי אע"פ שֶׁהֶרְאָהוּ לֹא נִתְקַשָּׁה בָּהֶן אֶלָּא שֶׁתָּמַהּ עַל הַדָּבָר מַה יוּכַל אָדָם לִיתֵּן כֹּופֶר נַפְשׁוֹ הֶרְאָהוּ הקב"ה לְהַבְחִין הֵיטֵב וּלְהוֹדִיעַ לְיִשְׂרָאֵל וְכֵן הָכָא לְהַרְאוֹת לְיִשְׂרָאֵל אֵיזוֹ הִיא אֲסוּרָה וְאֵיזוֹ הִיא מֻותֶּרֶת:
'Zot ha-haya', [cela] enseigne que le Saint béni soit-Il a saisi [un spécimen] de chaque espèce et l'a montré à Moché — et le fait qu'on ne le compte pas, dans [le chapitre] Ha-Kometz Rabba (Menahot 29a), parmi les trois choses qui furent difficiles à Moché (le candélabre, la néoménie et les [créatures] grouillantes), et qu'on ne compte pas non plus ce qui est dit dans le Midrach, [à savoir] que le Saint béni soit-Il montra à Moché une sorte de pièce [de monnaie] de feu, comme il est écrit 'ceci (ze) ils donneront' — [c'est] peut-être [parce] qu'on ne compte que ce qui lui fut difficile ; mais ces [choses-ci], bien qu'Il les lui ait montrées, ne lui furent pas difficiles, sinon qu'il s'étonnait de la chose : 'comment un homme peut-il donner la rançon de son âme ?' — le Saint béni soit-Il [la] lui montra pour bien [la] discerner et [la] faire connaître à Israël ; et de même ici, pour montrer à Israël laquelle [est] interdite et laquelle [est] permise.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"זֹאת הַחַיָּה אֲשֶׁר תֹּאכְלוּ", מְלַמֵּד שֶׁתָּפַס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִכָּל מִין וּמִין, וְהֶרְאָה לוֹ לְמֹשֶׁה, וְאָמַר לוֹ: זֹאת אָכַל, וְזֹאת לֹא תֹּאכַל (וַיִּקְרָא יא, ב) . הַמַּאֲמָר הַזֶּה יִפָּלֵא מְאֹד לָמָּה תָּפַס מִין וּמִין, יֹאמַר בְּהֵמָה פְּלוֹנִית אֱכוֹל וּבְהֵמָה פְּלוֹנִית לֹא תֹּאכַל? וְעוֹד הֵיכָן תְּפָסָם, בַּשָּׁמַיִם אוֹ בָּאָרֶץ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת פָּרָשַׁת עֵקֶב) בְּסוֹד הַכָּתוּב וַיִּקְרָא הָאָדָם שֵׁמוֹת לְכָל הַבְּהֵמָה וּלְכָל הַחַיָּה (בְּרֵאשִׁית ב, כ) כִּי עִנְיַן קְרִיאַת הַשֵּׁמוֹת אֵינוֹ אֶלָּא תִּיקּוּן מַמָּשׁ וְכַמְבֹואָר בַּזֹּוהַר רְאֵה קָרָאתִי בְשֵׁם בְּצַלְאֵל (שְׁמוֹת לֹא, ב) וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל בְּבֵיאוּרוֹ עַל הַתּוֹרָה בְּפָרָשַׁת בְּרֵאשִׁית עַל פָּסוּק וַיִּקְרָא אֱלֹקִים לָאוֹר יוֹם (בְּרֵאשִׁית א, ה) וַיִּקְרָא אֱלֹקִים לַיַּבָּשָׁה אֶרֶץ (בְּרֵאשִׁית א, י) וְהָעִנְיָן הוּא כִּי הוּא בֵּירֵר כָּל חֶלְקֵי נְפָשׁוֹת בַּעֲלֵי חַיִּים כֻּולָּם שֶׁהָיוּ בְּסִיגִים וְזֶהוּ הַטַּעַם שֶׁל קְרִיאַת הַשֵּׁמוֹת שֶׁקָּרָא אָדָם הָרִאשׁוֹן לִבְהֵמָה וְלַחַיָּה וּלְעוֹפוֹת כִּי בִּקְרִיאָתוֹ שֵׁמוֹת לָהֶם עָשָׂה לָהֶם תִּיקּוּן וְזֶה הַטַּעַם שֶׁנֶּאֱסַר לְאָדָם הָרִאשׁוֹן אֲכִילַת בְּשַׂר בַּעֲלֵי חַיִּים כִּי הָאֲכִילָה הִיא לְצֹורֶךְ הַבֵּירוּר כְּדֵי לְבָרֵר הַטּוֹב שֶׁבַּמַּאֲכָל הַהוּא וּלְהַעֲלוֹתוֹ מִן הַקְּלִיפָּה וְהַסִּיגִים שֶׁמְּעֹורָב בָּהֶם וּכְבָר הָיוּ כָּל הִבָּעֲלִי חַיִּים מְבֹורָרִים כְּשֶׁקָּרָא לָהֶם שֵׁמוֹת וּלְכָךְ לֹא הֻותְּרוּ לוֹ בַּאֲכִילָה וּבָזֶה תָּבִין גְּדֻולַּת אָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם שֶׁחָטָא. וְהִנֵּה אַחַר שֶׁחָטָא אָדָם הָרִאשׁוֹן חָזְרוּ כָּל הַבְּחִינוֹת לְהִתְקַלְקֵל שֶׁבְּחִינַת נִשְׁמוֹת בְּנֵי אָדָם וּבְחִינַת נַפְשׁוֹת בַּעֲלֵי חַיִּים אֲשֶׁר שְׁתֵּי בְּחִינוֹת אֵלּוּ הָיוּ מְבֹורָרִים כְּבָר חָזְרוּ וְיָרְדוּ בְּעִמְקֵי הַקְּלִיפּוֹת וְנִתְעָרְבוּ עִם הַסִּיגִים וְהַקְּלִיפּוֹת טוֹב בְּרַע כְּבַתְּחִלָּה קֹודֶם שֶׁהֻובְרְרוּ וְעַד נֹחַ וּבָנָיו לֹא הָיָה בָּהֶם כֹּחַ לְבָרֵר הִבָּעֲלִי חַיִּים עַל יְדֵי אֲכִילָה וּבָבָא נֹחַ וּבָנָיו דִּכְתִיב בֵּיהּ אִישׁ צַדִּיק וְכוּ' (בְּרֵאשִׁית ו, ט) הֻותַּר לוֹ אֲכִילַת בַּעֲלֵי חַיִּים אֲשֶׁר נִתְקַלְקְלוּ בְּחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן וְהָיוּ צְרִיכִין לְהִתְבָּרֵר עַל יְדֵי אֲכִילָה וְהָיוּ נֹחַ וּבָנָיו רְאוּיִים לְבָרְרָם עַל יְדֵי אֲכִילָתָם וּמֵאָז וְאֵילָךְ הֻותַּר אֲכִילַת הַבָּשָׂר כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר כְּיֶרֶק עֵשֶׂב נָתַתִּי לָכֶם אֶת כֹּל וְכוּ' (בְּרֵאשִׁית ט, ג) . אֲבָל דַּע דְּאַף עַל פִּי שֶׁאֲנַחְנוּ מְבָרְרִין אוֹתָם עַל יְדֵי אֲכִילָה וְחוֹזְרִין לִהְיוֹת חֵלֶק אֵבֶר הָאָדָם מַמָּשׁ עִם כָּל זֶה אֵין מִתְבָּרְרִין בִּגְמַר הַבֵּירוּר הָרָאוּי לָהֶם שֶׁאֵין הָאֲכִילָה בֵּירוּר גָּמוּר כְּכָל צֹורֶךְ מַדְרֵגָתָם כְּמוֹ שֶׁהָיָה עַל יְדֵי אָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם שֶׁחָטָא וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁאֵין בָּנוּ כֹּחַ לְבָרֵר אֲפִילּוּ זֶה הַבֵּירוּר הַגָּרוּעַ אֶלָּא בַּבְּהֵמוֹת הַטְּהוֹרוֹת אֲשֶׁר הַקְּדֻושָּׁה שֶׁבָּהֶם מְרֻובֶּה עַל הַקְּלִיפָּה אֲבָל מִן הַבְּהֵמוֹת הַטְּמֵאוֹת אֵין בָּנוּ כֹּחַ לְבָרֵר כְּלָל וְעִיקָּר וְלָכֵן נֶאֶסְרוּ בַּאֲכִילָה כִּי לֹא דַּי שֶׁלֹּא יוּכַל הָאָדָם לְבָרְרָם עַל יְדֵי אֲכִילָתוֹ אֶלָּא שֶׁאַדְּרַבָּה תִּתְאַחֵז קְלִיפַּת הַטֻּומְאָה הַמְעֹורֶבֶת בָּהֶם וְתִתְדַּבֵּק בָּאָדָם הָאוֹכֵל אוֹתָם וְיִסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ כָּל הַקְּדֻושָּׁה אֲשֶׁר בּוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו זלה"ה עַייֵּן שָׁם. וְעַתָּה בִּדְבָרִים הַיְּקָרִים הַנִּפְלָאִים הָאֵלֶּה בֵּין תָּבִין מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַנִּזְכָּר לְנָכוֹן דְּאָמְרוּ ' מְלַמֵּד שֶׁתָּפַס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִכָּל מִין וּמִין ' כְּלוֹמַר שֶׁתָּפַס הַנְּפָשׁוֹת שֶׁל כָּל מִין וּמִין מִבַּעֲלֵי חַיִּים 'וְהֶרְאָה לוֹ לְמֹשֶׁה' שְׁמוֹתָם בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ בְּאֵין אוֹמֵר וְאֵין דְּבָרִים שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר לוֹ שְׁמוֹתָם בְּפֵירוּשׁ אֶלָּא אָמַר לוֹ 'זֹאת אֱכֹל וְזֹאת לָא תֹּאכַל' וְהַייְנוּ שֶׁלֹּא רָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִקְרֹא אוֹתָם בִּשְׁמוֹתָם יַעַן כִּי קְרִיאַת הַשֵּׁם הוּא עוֹשֶׂה תִּיקּוּן וּבֵירוּר וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשֵׁם זֹוהַר הַקָּדוֹשׁ וּבְשֵׁם הָרַמְבַּ"ן זַ"ל וְאִם הָיָה קוֹרֵא אוֹתָם בִּשְׁמוֹתָם הָיוּ נִתְקָנִים וְנִבְרָרִים בִּידֵי שָׁמַיִם וְרָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁיִּהְיֶה תִּיקּוּנָם וּבֵרוּרָם עַל יְדֵי בְּנֵי אָדָם לִזְכוּתָם דְּהָא אֲפִילּוּ אָדָם הָרִאשׁוֹן עָשָׂה לָהֶם תִּיקּוּן וּבֵירוּר בִּקְרִיאַת הַשֵּׁמוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זלה"ה וְכָל שֶׁכֵּן אִם הָיָה קוֹרֵא אוֹתָם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, עַל כֵּן מֶה עָשָׂה תָּפַס נְפָשׁוֹת שֶׁל כָּל מִין וְאָמַר לוֹ זֶה אֱכֹול וְזֶה לֹא תֹּאכַל וְכַאֲשֶׁר כָּתַב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶת שְׁמוֹתָם בַּתּוֹרָה שֶׁל הַטְּהוֹרִים וְשֶׁל הַטְּמֵאִים נִגְלוּ אֵלָיו שְׁמוֹת כָּל אֶחָד וְאֶחָד בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְלֹא יָצָא דִּבּוּר מִפִּיו יִתְבָּרֵךְ בִּקְרִיאַת שְׁמוֹתָם אֶלָּא כֵּיוָן בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁאוֹתָם בַּעֲלֵי חַיִּים שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֱכוֹל כָּךְ וְכָךְ שְׁמוֹתָם וְאוֹתָם בַּעֲלֵי חַיִּים שֶׁאָמַר לוֹ 'לֹא תֹּאכַל' כָּךְ וְכָךְ שְׁמוֹתָם. וְדָבָר זֶה יֵשׁ לוֹ הֶכְרֵחַ גָּדוֹל מִדִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל שֶׁהֵבִיא מִזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וּמִן הָרַמְבַּ"ן זַ"ל דְּבִקְרִיאַת שֵׁמוֹת שֶׁקּוֹרֵא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עוֹשֶׂה בֵּירוּר וְתִיקּוּן וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל פָּסוּק רְאֵה קָרָאתִי בְשֵׁם בְּצַלְאֵל וּפָסוּק וַיִּקְרָא אֱלֹקִים לָאוֹר יוֹם וַיִּקְרָא אֱלֹקִים לַיַּבָּשָׁה אֶרֶץ וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל וּדְבָרִים בְּרוּרִים לְנָכוֹן בעזה"י.
"Voici l'être vivant (zot ha-haya) que vous mangerez" : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, a saisi [un spécimen] de chaque espèce et l'a montré à Moché, et lui a dit : "celle-ci, mange[-la], et celle-ci, ne [la] mange pas" (Lévitique 11:2). Cet énoncé est très étonnant : pourquoi a-t-Il saisi [un spécimen de] chaque espèce ? Qu'Il dise [simplement] : "telle bête, mange-la, et telle bête, ne la mange pas" ! Et de plus, où les a-t-Il saisis : dans les cieux ou sur la terre ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [pouvoir l'expliquer] selon ce qu'a dit notre maître le Ari (l'Arizal), de mémoire bénie (dans le Chaar Taamei ha-Mitsvot, parachat Ekev), au sujet du sod (secret) du verset "Et l'homme donna des noms à toute bête (behema) et à tout être vivant (haya)" (Genèse 2:20) : car le fait de donner les noms n'est rien d'autre qu'un véritable tikoun (réparation), comme il est expliqué dans le Zohar [sur le verset] "Vois, j'ai appelé par [son] nom Betsalel" (Exode 31:2), et comme l'a écrit le Ramban, de mémoire bénie, dans son commentaire sur la Torah, dans la parachat Berechit, sur le verset "Et Dieu appela la lumière jour" (Genèse 1:5) [et] "Et Dieu appela le sec terre" (Genèse 1:10). Et le sens [profond] en est qu'Il a trié (beror) toutes les parts des nefachot (âmes, pluriel de nefech) des êtres vivants, qui étaient toutes [enfouies] dans les scories (siguim). Telle est la raison du fait de donner les noms qu'Adam, le premier homme, donna à la bête, à l'animal et aux oiseaux : car, en leur donnant des noms, il leur a opéré un tikoun. Et telle est la raison pour laquelle il fut interdit à Adam, le premier homme, de manger la chair des êtres vivants : car l'acte de manger est en vue du birour (triage / extraction), afin de trier le bon qui est dans cette nourriture et de l'élever hors de la klipa (écorce) et des scories qui y sont mélangées ; or tous les êtres vivants étaient déjà triés lorsqu'il leur eut donné des noms, et c'est pourquoi ils ne lui furent pas permis à la consommation. Et par là tu comprendras la grandeur d'Adam, le premier homme, avant qu'il ne fautât. Or, voici qu'après qu'Adam, le premier homme, eut fauté, tous les niveaux (bechinot) revinrent à se corrompre : le niveau des nechamot (âmes supérieures) des fils d'Adam et le niveau des nefachot des êtres vivants — ces deux niveaux qui étaient déjà triés revinrent et descendirent dans les profondeurs des klipot, et se mélangèrent aux scories et aux klipot, le bien dans le mal, comme au commencement avant qu'ils ne fussent triés. Et jusqu'à Noé et ses fils, ils n'eurent pas la force de trier les êtres vivants par l'acte de manger ; et lorsque vint Noé, dont il est écrit qu'il [était] "un homme juste, etc." (Genèse 6:9), il lui fut permis de manger les êtres vivants qui s'étaient corrompus par la faute d'Adam, le premier homme, et qui avaient besoin d'être triés par l'acte de manger ; et Noé et ses fils étaient aptes à les trier par leur consommation, et à partir de là et au-delà la consommation de la chair fut permise, comme il est dit : "Comme l'herbe verte, je vous ai tout donné, etc." (Genèse 9:3). Mais sache que, bien que nous les triions par l'acte de manger et qu'ils redeviennent réellement une part d'un membre du corps de l'homme, malgré tout ils ne sont pas triés de l'achèvement du birour qui leur conviendrait, car la consommation n'est pas un birour complet selon tout le besoin de leur niveau, comme [il l'était] par Adam, le premier homme, avant qu'il ne fautât ; et bien plus, nous n'avons pas la force d'opérer même ce birour amoindri sinon dans les bêtes pures (cacheres), dans lesquelles la sainteté (kedoucha) qui est en elles l'emporte sur la klipa ; mais des bêtes impures, nous n'avons absolument aucune force de trier quoi que ce soit, et c'est pourquoi elles furent interdites à la consommation. Car non seulement l'homme ne peut les trier par sa consommation, mais au contraire la klipa de l'impureté (touma) qui leur est mélangée s'accroche et s'attache à l'homme qui les mange, et toute la sainteté qui est en lui s'en retire. Jusqu'ici ses paroles, que sa mémoire soit bénie pour la vie du monde à venir ; vois-les là-bas. Et maintenant, par ces paroles précieuses et merveilleuses, tu comprendras correctement l'énoncé de nos maîtres, de mémoire bénie, [ci-dessus] mentionné, lorsqu'ils ont dit "cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, a saisi [un spécimen] de chaque espèce" : c'est-à-dire qu'Il a saisi les nefachot (âmes) de chaque espèce des êtres vivants, "et l'a montré à Moché" — [Il lui a montré] leurs noms par l'esprit saint (roua'h ha-kodech), sans parole ni propos, car Il ne lui mentionna pas leurs noms explicitement, mais lui dit [seulement] : "celle-ci, mange[-la], et celle-ci, ne [la] mange pas". Et c'est [la raison] pour laquelle le Saint, béni soit-Il, ne voulut pas les appeler par leurs noms, parce que l'appel du nom opère un tikoun et un birour, ainsi que l'a dit notre maître [l'Ari], de mémoire bénie, au nom du saint Zohar et au nom du Ramban, de mémoire bénie ; et s'Il les avait appelés par leurs noms, ils auraient été réparés et triés par la main du Ciel, alors que le Saint, béni soit-Il, voulut que leur tikoun et leur birour fussent [opérés] par les fils d'Adam, pour leur mérite — car même Adam, le premier homme, leur a opéré un tikoun et un birour en [leur] donnant des noms, comme l'a dit notre maître, de mémoire bénie, et à plus forte raison si le Saint, béni soit-Il, les avait appelés [Lui-même]. C'est pourquoi, qu'a-t-Il fait ? Il a saisi les nefachot (âmes) de chaque espèce et lui a dit : "celle-ci, mange[-la], et celle-ci, ne [la] mange pas". Et lorsque Moché notre maître, la paix sur lui, écrivit dans la Torah leurs noms — [ceux] des [bêtes] pures et des [bêtes] impures —, les noms de chacune d'elles lui furent révélés par l'esprit saint (roua'h ha-kodech) ; et aucune parole ne sortit de la bouche [du Saint], béni soit-Il, par l'appel de leurs noms, mais Il [le] visa par l'esprit saint : ces êtres vivants dont le Saint, béni soit-Il, lui dit "mange", tels et tels [sont] leurs noms, et ces êtres vivants dont Il lui dit "ne mange pas", tels et tels [sont] leurs noms. Et cette chose trouve une grande preuve dans les paroles de notre maître [l'Ari], de mémoire bénie, qu'il a rapportées du saint Zohar et du Ramban, de mémoire bénie, [à savoir] que, par l'appel des noms qu'appelle le Saint, béni soit-Il, Il opère un birour et un tikoun — ainsi qu'ils l'ont dit sur le verset "Vois, j'ai appelé par [son] nom Betsalel" et sur le verset "Et Dieu appela la lumière jour, [et] Dieu appela le sec terre", comme mentionné plus haut ; et [ce sont] des paroles claires et justes, avec l'aide de Dieu.
💡 Explication

Selon l'avis qui tient que la tereifa ne vit pas (et a donc déjà utilisé tout le verset), à quoi sert encore le mot restrictif zot ? À la leçon de l'école de Rabbi Yichmael : Dieu saisit un spécimen de chaque espèce et le montra à Moché, en disant 'celle-ci, mange-la ; celle-là, non' — pour distinguer clairement permis et interdit.

10
וְאִידַּךְ נָמֵי מִבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל! אִין הָכִי נָמֵי, אֶלָּא טְרֵפָה חַיָּה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מֵאִידַּךְ תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״בֵּין הַחַיָּה הַנֶּאֱכֶלֶת וּבֵין הַחַיָּה אֲשֶׁר לֹא תֵאָכֵל״ – אֵלּוּ שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה טְרֵפוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

Mais l'autre [avis] aussi en a besoin pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael ! — Oui, il en est bien ainsi ; mais alors [que] 'tereifa vit', d'où le tire-t-il ? Il le tire d'un autre enseignement de l'école de Rabbi Yichmael ; car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[pour distinguer] entre l'être vivant qui se mange et l'être vivant qui ne se mange pas' (Lévitique 11:47) — ce sont les dix-huit tereifot qui furent dites à Moché au Sinaï.

📜 Rachi (2)
וּבֵין הַחַיָּה אֲשֶׁר לֹא תֵאָכֵל אע"פ שֶׁחַיָּה לֹא תֹּאכַל:
'Et l'être vivant qui ne se mange pas' — bien qu'il [soit] vivant, ne [le] mange pas.
שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה טְרֵפוֹת לָאו מִקְּרָא קָמִישְׁתַּמְעִי אֶלָּא הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הֵן:
Dix-huit tereifot — ce n'est pas de l'Écriture qu'elles se déduisent, mais ce sont des lois [transmises] à Moché au Sinaï.
💡 Explication

Objection : l'avis 'tereifa vit' a, lui aussi, besoin du mot pour la leçon de l'école de Rabbi Yichmael. Réponse : en effet — alors d'où tire-t-il que 'tereifa vit' ? D'un autre enseignement de l'école de Rabbi Yichmael, sur 'entre l'être vivant qui se mange et l'être vivant qui ne se mange pas' (Lv 11:47) : le verset appelle 'vivant' ce qui ne se mange pas, ce sont les dix-huit tereifot (halakha transmise à Moché au Sinaï).

11
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָא אִיכָּא בסג״ר, וְשָׁב שְׁמַעְתְּתָא!

Et n'y en a-t-il pas davantage ? Mais il y a [le groupe mnémonique] BSGR, et sept enseignements [amoraiques] !

📜 Rachi (1)
וְתוּ לֵיכָּא אֶלָּא שְׁמוֹנָה עָשָׂר:
Et n'y en a-t-il pas davantage — [seulement] dix-huit ?
💡 Explication

Difficulté : la liste ne se limite pas à dix-huit. Il y a d'autres cas, résumés par le mnémonique BSGR (bet-samekh-guimel-rech), plus sept enseignements amoraiques supplémentaires. La sougya relève donc que le compte 'dix-huit' n'est pas exhaustif.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).