Sougya : Le daf clôt d'abord le chapitre HaShochet (segment 0 : on n'aurait pas su, sans Rabbi Elazar, que celui qui abat pour l'holocauste de l'accouchée de sa femme rend l'abattage invalide, car peut-être a-t-elle avorté sans que cela soit notoire) ; puis vient le Hadran. S'ouvre alors le chapitre Elou Tereifot, dont la michna énumère les lésions qui rendent une bête tereifa (interdite à la consommation) : oesophage perforé, trachée sectionnée, membrane du cerveau perforée, cœur perforé jusqu'à sa cavité, colonne brisée avec moelle coupée, foie totalement enlevé ; poumon perforé ou manquant (Rabbi Chimon : seulement jusqu'aux bronches) ; caillette, vésicule biliaire, intestins grêles, panse, feuillet et bonnet perforés ; chute du toit, majorité des côtés brisées, griffure d'un prédateur (Rabbi Yehouda détaille les couples prédateur/proie).
Le principe : tout [animal] dont une bête semblable ne pourrait vivre est tereifa. La Guemara cherche enfin l'allusion scripturaire au fait que la tereifa ne survit pas : Rabbi Chimon ben Lakich la tire de 'voici l'être vivant que vous mangerez' (Lévitique 11:2), lue 'le vivant, mangez-le ; le non-vivant, non'.
La sougya confronte cette lecture à celle qui tient que la tereifa vit, et à l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael (Dieu montra à Moché chaque espèce, et 'les dix-huit tereifot dites à Moché au Sinaï'), avant de relever que la liste n'est pas close (il en manque, mnémonique BSGR, et sept enseignements amoraiques).
[On aurait pu dire :] que dirais-tu ? S'il était vrai qu'elle a accouché, cela aurait fait du bruit [serait notoire] ; [Rabbi Elazar] vient nous apprendre : dis [plutôt] qu'elle a peut-être avorté.
Fin du chapitre précédent (HaShochet). On traite de celui qui abat une bête en déclarant que c'est pour l'holocauste de l'accouchée (olat yoledet) de sa femme. On aurait cru cet abattage valide : si sa femme avait réellement accouché, ce serait notoire (le bruit en aurait couru), donc personne ne se méprendrait. Rabbi Elazar enseigne néanmoins que l'abattage est invalide : car peut-être a-t-elle avorté (apoulei apil) — elle est alors tenue d'apporter une offrande, mais cela n'est pas notoire, l'enfant n'étant pas né vivant.
Nous revenons sur toi, [chapitre] HaShochet.
Hadran : formule de clôture du chapitre HaShochet (le deuxième chapitre de Houlin). Littéralement 'nous sommes revenus sur toi', c'est-à-dire 'nous avons fait le tour de toi et y reviendrons'. S'ouvre maintenant le chapitre Elou Tereifot.
MICHNA. Voici les tereifot dans une bête : l'oesophage perforé, la trachée sectionnée, la membrane du cerveau perforée, le cœur perforé jusqu'à sa cavité, la colonne vertébrale brisée avec sa moelle coupée, le foie enlevé sans qu'il en reste rien.
Début du chapitre. La michna énumère les tereifot (lésions qui rendent la bête interdite, même correctement abattue). Six premiers cas : oesophage (veshet) perforé — la moindre perforation suffit ; trachée (gargeret) sectionnée — sur la majorité de sa largeur ; membrane du cerveau perforée ; cœur perforé jusqu'à sa cavité (bet hallal) ; colonne vertébrale brisée avec la moelle (hout) coupée ; foie totalement enlevé.
Le poumon qui a été perforé ou qui manque [d'une partie] — Rabbi Chimon dit : [il n'est tereifa] que s'il est perforé jusqu'aux bronches. La caillette perforée, la vésicule biliaire perforée, les intestins grêles perforés, la panse interne perforée, ou bien la majorité de l'externe déchirée — Rabbi Yehouda dit : pour la grande [bête], un palme, et pour la petite, sur sa majorité.
Le feuillet et le bonnet perforés vers l'extérieur.
Suite de la liste, région du ventre. Poumon (réa) perforé ou manquant ; pour Rabbi Chimon il faut une perforation jusqu'aux bronches (samponot, les ramifications où perle le sang). Puis : caillette (keva), vésicule biliaire (mara), intestins grêles (dakin) perforés ; panse (keres) interne perforée, ou externe déchirée sur la majorité ; Rabbi Yehouda nuance selon la taille (un palme pour la grande, la majorité pour la petite). Enfin feuillet (hemses) et bonnet (bet ha-kossot) perforés vers l'extérieur — voir le schéma du trajet de la nourriture.
[La bête] tombée du toit, [celle dont] la majorité des côtés a été brisée, et la proie d'un loup (derousat ha-zeev). Rabbi Yehouda dit : la proie d'un loup pour [le bétail] menu, la proie d'un lion pour [le bétail] gros, la proie de l'épervier pour le petit oiseau, et la proie du [rapace] gros pour le gros oiseau.
Voici la règle : tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre est tereifa.
Atteintes par traumatisme. Chute du toit : même sans fracture visible, on craint que les organes n'aient été broyés (et il n'y a pas à chercher de raison aux tereifot, ce sont des lois transmises à Moché au Sinaï). Majorité des côtés brisées. Derissa (griffure venimeuse d'un prédateur) : Rabbi Yehouda apparie prédateur et proie selon la force du venin (loup -> petit bétail ; lion -> gros ; épervier -> petit oiseau ; grand rapace -> gros oiseau). La michna se clôt par le principe général (ze ha-klal) : est tereifa toute bête frappée d'une lésion dont une bête semblable ne pourrait survivre.
GUEMARA. Rabbi Chimon ben Lakich a dit : d'où [vient] l'allusion à la tereifa dans la Torah ? — Une allusion ?!
[Mais c'est explicite :] 'Et de la chair déchirée dans les champs (tereifa) vous ne mangerez pas' (Exode 22:30) ! — Plutôt : d'où [vient] l'allusion, dans la Torah, à [ce qu']une tereifa ne vit pas ? Car la fin [de la michna] enseigne : 'voici la règle, tout [animal] dont une [bête] semblable ne pourrait vivre est tereifa' — d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa ne vit pas ; d'où [le savons]-nous ?
Ouverture de la Guemara. Resh Lakich demande l'allusion scripturaire à la tereifa. On l'interrompt : ce n'est pas une allusion, c'est explicite — 'la chair déchirée dans les champs (tereifa), vous n'en mangerez pas' (Ex 22:30). On reformule donc : la question porte non sur l'interdit (clair), mais sur le fait qu'une tereifa ne survit pas — principe sous-jacent au 'ze ha-klal' de la michna ('tout animal dont une semblable ne pourrait vivre'). D'où tire-t-on ce principe ?
Car il est écrit : 'Voici l'être vivant (zot ha-haya) que vous mangerez' (Lévitique 11:2) — [ce qui est] vivant, mange[-le] ; [ce qui] n'est pas vivant, ne [le] mange pas ; d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa ne vit pas.
Réponse de Resh Lakish : le verset 'voici l'être vivant (ha-haya) que vous mangerez' (Lv 11:2) se lit 'le vivant, mange-le ; le non-vivant, ne le mange pas' — d'où : la tereifa, qui ne vit pas, est interdite.
Et pour celui qui dit qu'une tereifa vit, d'où [le tire]-t-il ? Il le tire de '[voici] l'être vivant que vous mangerez' (zot ha-haya acher tokhelou) — 'celui-ci (zot ha-haya), mange[-le] ; un autre vivant, ne [le] mange pas' ; d'où [il ressort], par déduction, qu'une tereifa vit.
L'avis opposé tient que la tereifa vit (peut survivre), tout en restant interdite. Il lit le même verset autrement : 'celui-ci (zot, mot restrictif), mange-le ; un autre vivant [comme la tereifa, qui pourtant vit], ne le mange pas' — d'où : la tereifa vit. La nafka mina apparaît au schéma.
Et l'autre [avis], ce [mot] 'zot' (celui-ci), qu'en fait-il ? Il lui [en] faut [un usage] pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael ; car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'voici l'être vivant que vous mangerez' (zot ha-haya acher tokhelou) — [cela] enseigne que le Saint, béni soit-Il, a saisi [un spécimen] de chaque espèce et l'a montré à Moché, et lui a dit : 'celle-ci, mange[-la], et celle-ci, ne [la] mange pas'.
Selon l'avis qui tient que la tereifa ne vit pas (et a donc déjà utilisé tout le verset), à quoi sert encore le mot restrictif zot ? À la leçon de l'école de Rabbi Yichmael : Dieu saisit un spécimen de chaque espèce et le montra à Moché, en disant 'celle-ci, mange-la ; celle-là, non' — pour distinguer clairement permis et interdit.
Mais l'autre [avis] aussi en a besoin pour ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael ! — Oui, il en est bien ainsi ; mais alors [que] 'tereifa vit', d'où le tire-t-il ? Il le tire d'un autre enseignement de l'école de Rabbi Yichmael ; car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[pour distinguer] entre l'être vivant qui se mange et l'être vivant qui ne se mange pas' (Lévitique 11:47) — ce sont les dix-huit tereifot qui furent dites à Moché au Sinaï.
Objection : l'avis 'tereifa vit' a, lui aussi, besoin du mot pour la leçon de l'école de Rabbi Yichmael. Réponse : en effet — alors d'où tire-t-il que 'tereifa vit' ? D'un autre enseignement de l'école de Rabbi Yichmael, sur 'entre l'être vivant qui se mange et l'être vivant qui ne se mange pas' (Lv 11:47) : le verset appelle 'vivant' ce qui ne se mange pas, ce sont les dix-huit tereifot (halakha transmise à Moché au Sinaï).
Et n'y en a-t-il pas davantage ? Mais il y a [le groupe mnémonique] BSGR, et sept enseignements [amoraiques] !
Difficulté : la liste ne se limite pas à dix-huit. Il y a d'autres cas, résumés par le mnémonique BSGR (bet-samekh-guimel-rech), plus sept enseignements amoraiques supplémentaires. La sougya relève donc que le compte 'dix-huit' n'est pas exhaustif.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).