Chullin 42b — sauver le compte des dix-huit tereifot de l'école de Rabbi Yichmael

Chullin 42b

Sougya : Après la michna des tereifot, la Guemara confronte le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui enseigne un nombre fixe de dix-huit tereifot et pas davantage, à une série de cas qui ne figurent pas dans ce compte (le moyen mnémotechnique BeSaGaR, puis le manque dans la colonne vertébrale et les sept enseignements des Amoraim, chev chemaateta). À chaque objection, la Guemara sauve le nombre dix-huit en retirant un cas et en insérant l'autre, ou en montrant que le Tana tranche comme un avis qui valide : pattes coupées au-dessus du genou (R.

Chimon ben Elazar : cautère et survie, donc valide), manque dans la colonne (on fond feuillet et bonnet en un seul cas, ce qui libère une place), peau entièrement ôtée gueloudat (valide selon R. Meir), poumon ratatiné harouta (on sort la vésicule biliaire, avis individuel de R.

Yossi ben R. Yehouda, et l'on insère harouta), enfin les huit perforations comptées comme une seule, ce qui ouvre sept places pour les sept enseignements amoraiques.

La sougya s'achève sur une réplique : si l'on fond ainsi, on devrait fondre aussi les deux organes sectionnés en un seul (il manquerait alors un cas), et la rate perforée de Rav Avira est elle-même une perforation (il en manquerait deux).

Sauver le compte de 18 tereifot (Tana de l'école de R. Yichmael) à chaque cas oublié, on retire un cas du compte et on en insère un autre : le total reste 18 Cas absent du compte (objection : et pourtant il y a...) Réponse (retrait / insertion ou rejet du cas) 1. pattes coupées au-dessus du genou cautère et survit (R. Chimon b. Elazar) : valide 2. manque dans la colonne vertébrale on fond feuillet+bonnet en UN -> place libre 3. peau entièrement ôtée (gueloudat) valide pour R. Meir 4. poumon ratatiné (harouta) on sort la vésicule biliaire, on insère harouta 5. les sept enseignements (amoraim) les 8 perforations comptées en UN -> 7 places Réplique finale : alors comptons aussi les 2 sectionnés en UN -> il manque un cas ; et la rate perforée de Rav Avira est elle-même une perforation -> il en manque deux
Le mécanisme de la sougya : à chaque cas oublié, on retire un cas du compte de dix-huit et on en insère un autre, pour préserver le nombre.
Le moyen mnémotechnique BeSaGaR (quatre cas de michna/braita absents du compte) B Behema la bête dont les pattes sont coupées au-dessus du genou S Chidra (S) manque dans la colonne vertébrale G Gueloudat la bête dont la peau a été entièrement ôtée R Harouta (R) poumon ratatiné, durci comme une branche de palmier acrostiche des initiales hébraïques ; ces quatre cas sont enseignés ailleurs mais hors du compte de 18
Le moyen mnémotechnique BeSaGaR (segment 0) : quatre cas de tereifa enseignés ailleurs mais absents du compte de dix-huit.
Les sept enseignements des Amoraim (chev chemaateta) : sept tereifot hors michna 1. Rav Matna tête du fémur (bouka de-atma) déboîtée de sa place tereifa 2. Rakhich b. Papa / Rav un seul rein malade (lakta) tereifa 3. Rav Avira / Rava rate ôtée : valide ; rate perforée tereifa 4. R. bar bar Hana / Chmouel simanim majoritairement déboîtés (nidaldelou) tereifa 5. R. bar R. Chila / Chmouel côte arrachée à sa racine tereifa 6. (idem) Chmouel crâne majoritairement écrasé (nehbessa) tereifa 7. (idem) Chmouel chair couvrant la majeure partie de la panse, déchirée en majorité : tereifa
Les sept enseignements des Amoraim (segments 6-7) : sept tereifot rapportées au nom de maîtres, non incluses dans la michna.
1
בשלמא לתנא דידן, דתנא, תנא ודשייר – אתיא בזה הכלל, אלא לתנא דבי רבי ישמעאל דאמר: שמונה עשרה טרפות ותו ליכא, והא איכא בהמה שנחתכו רגליה מן הארכובה ולמעלה טרפה? סבר ליה כרבי שמעון בן אלעזר, דאמר: יכולה היא ליכוות ולחיות.

Soit, pour le Tana qui est le nôtre (celui de notre michna) : ce qu'il a enseigné, il l'a enseigné, et ce qu'il a omis [se trouve] inclus dans [la clause] 'voici la règle (zeh ha-kelal)'. Mais pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui dit : dix-huit tereifot, et pas davantage — or il y a [pourtant] la bête dont les pattes ont été coupées depuis le genou (arkouva) et au-dessus, [qui est] tereifa !

[Réponse :] il tient comme Rabbi Chimon ben Elazar, qui dit : elle peut être cautérisée et vivre [donc ce n'est pas une tereifa].

📜 Rachi (4)
בשלמא לתנא דידן אע"ג דלא תנא אלא י"ח מ"מ לא תנא מניינא ואיכא למימר דתנא תנא ודלא תנא אתיא בזה הכלל:
Soit, pour le Tana qui est le nôtre — bien qu'il n'ait enseigné que dix-huit [tereifot], il n'a tout de même pas enseigné de nombre [explicite] ; et l'on peut dire [que] ce qu'il a enseigné, il l'a enseigné, et ce qu'il n'a pas enseigné [se trouve] inclus dans [la clause] 'voici la règle'.
אלא לתנא דבי ר' ישמעאל דתנא מניינא קשיא והא איכא בסג"ר סימן הוא ומשנה וברייתא הן בהמה שנחתכו רגליה בפרק בהמה המקשה (לקמן חולין עו.) כמה חסרון בשדרה באהילות גלודה בפרקין וכן חרותא. ושב שמעתתא שבע טרפות שמנו האמוראים ולא נשנו במשנה והן היו מקובלים מרבן. האחרונים קרי רגלים ושלפנים קרי ידים:
Mais pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael — qui a enseigné un nombre, [cela fait] difficulté ; or il y a [le moyen mnémotechnique] BeSaGaR : c'est un signe [mnémotechnique], et ce sont une michna et une braita. [B :] 'la bête dont les pattes ont été coupées' [se trouve] au chapitre 'Behema ha-makcha' (plus loin, Houlin 76a). [S :] 'combien de manque dans la colonne vertébrale (chidra)' [se trouve] dans [le traité] Ohalot. [G :] 'gueloudat' (la bête écorchée) [se trouve] dans notre chapitre. [R :] et de même 'harouta'. Et [il y a aussi] les sept enseignements (chev chemaateta) : sept tereifot que les Amoraim ont dénombrées et qui n'ont pas été enseignées dans la michna, et qu'ils tenaient par tradition de leurs maîtres. Les pattes postérieures, on les appelle 'pattes' (raglayim), et les antérieures, on les appelle 'mains' (yadayim).
ארכובה יינויי"ל מקום חיבור השוק והירך שמפרקין אותה משם בשעת הפשטה:
Arkouva — 'jointoiel' [en langue vernaculaire], le lieu de jonction du tibia (chok) et de la cuisse (yarekh), que l'on démonte de là au moment de l'écorchement.
ר' שמעון בן אלעזר בתוספתא קתני לה הכי רבי שמעון בן אלעזר מכשיר מפני שיכולה ליכוות ולחיות והכא נקט סיפא דמילתיה ולא נקט השתא ר' שמעון בן אלעזר מכשיר:
Rabbi Chimon ben Elazar — dans la Tossefta il l'enseigne ainsi : Rabbi Chimon ben Elazar valide [la bête], parce qu'elle peut être cautérisée et vivre. Et ici [la Guemara] reprend [seulement] la fin de son propos, et ne reprend pas pour l'instant [le début] 'Rabbi Chimon ben Elazar valide'.
🗂️ Tossefot (1)
והא איכא בהמה שנחתכו רגליה תימה דלא פריך מניטל צומת הגידים דתניא בהדיא בפ' בהמה המקשה (לקמן חולין עו.) דטרפה ויש לומר דהוי בכלל בהמה שנחתכו רגליה:
'Or il y a la bête dont les pattes ont été coupées' — [c'est] étonnant qu'[il] n'objecte pas à partir de [la bête] à qui l'on a ôté le faisceau des tendons (tzomet ha-guidin), au sujet de laquelle on enseigne explicitement, au chapitre 'Behema ha-makcha' (plus loin, Houlin 76a), [qu']elle [est] tereifa. Et l'on peut dire [qu']elle [se trouve] incluse dans [le cas de] la bête dont les pattes ont été coupées.
💡 Explication

Notre michna n'a pas fixé de nombre : ce qu'elle énumère, elle l'énumère, et le reste entre dans la clause générale 'voici la règle (zeh ha-kelal)'. Mais le Tana de l'école de Rabbi Yichmael a fixé dix-huit tereifot 'et pas davantage' : la Guemara va donc le confronter aux cas oubliés, à commencer par le moyen mnémotechnique BeSaGaR (voir le schéma). Premier cas : les pattes coupées au-dessus du genou (arkouva). Réponse : il tient comme R. Chimon ben Elazar, pour qui le moignon peut être cautérisé et la bête survivre — donc elle n'est pas tereifa.

🖼️ Schéma
Le moyen mnémotechnique BeSaGaR (quatre cas de michna/braita absents du compte) B Behema la bête dont les pattes sont coupées au-dessus du genou S Chidra (S) manque dans la colonne vertébrale G Gueloudat la bête dont la peau a été entièrement ôtée R Harouta (R) poumon ratatiné, durci comme une branche de palmier acrostiche des initiales hébraïques ; ces quatre cas sont enseignés ailleurs mais hors du compte de 18
Le moyen mnémotechnique BeSaGaR : Behema (pattes coupées), Chidra (manque dans la colonne), Gueloudat (peau ôtée), Harouta (poumon ratatiné).
2
אף על גב דיכולה ליכוות ולחיות, למאן קאמר? לתנא דבי רבי ישמעאל, תנא דבי רבי ישמעאל טרפה חיה סבירא ליה! אלא סבר לה כרבי שמעון בן אלעזר, דאמר: ״כשרה היא״.

Bien qu'elle puisse être cautérisée et vivre — [mais] selon qui [cette objection] est-elle dite ? [Elle est dite] au Tana de l'école de Rabbi Yichmael ; or le Tana de l'école de Rabbi Yichmael tient [qu']une tereifa [peut] vivre !

[La capacité à survivre ne prouve donc pas qu'elle n'est pas tereifa.] Plutôt [il faut dire qu']il tient comme Rabbi Chimon ben Elazar, qui dit : 'elle est valide (kechera)'.

📜 Rachi (1)
ופרכינן אע"ג דיכולה ליכוות ולחיות קשיא היא דאפי' הכי איכא למימר דאטרפה לא פליג ר"ש דלמאן קא מותבינן אתנא דבי רבי ישמעאל דתנא מניינא ואיהו טרפה חיה סבירא ליה דקאמר ובין החיה אשר לא תאכל דקרי לה לטרפה חיה אלא הכי פריק סבר לה כרבי שמעון דאמר כשרה היא כדקתני התם רבי שמעון בן אלעזר מכשיר:
Et nous objectons : bien qu'elle puisse être cautérisée et vivre — c'est une difficulté, car même ainsi l'on peut dire que Rabbi Chimon [ben Elazar] ne diverge pas au sujet de [son statut de] tereifa. Car à qui adressons-nous l'objection ? Au Tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui a enseigné un nombre ; et lui tient [qu']une tereifa [peut] vivre, comme il dit '[et la bête (hayya)] vivante que vous ne mangerez pas (Lévitique 11:47)', appelant la tereifa 'vivante (hayya)'. Plutôt, [la Guemara] résout ainsi : il tient comme Rabbi Chimon, qui dit 'elle est valide', comme il enseigne là-bas : Rabbi Chimon ben Elazar valide.
💡 Explication

Objection à la réponse précédente : le fait que la bête puisse survivre ne suffit pas à la rendre valide. Car à qui adresse-t-on l'objection ? Au Tana de l'école de Rabbi Yichmael ; or celui-ci tient qu'une tereifa peut vivre (il lit 'la bête (hayya) que vous ne mangerez pas' comme appelant la tereifa 'vivante'). Donc la survie ne prouve rien. Réponse corrigée : il tient comme R. Chimon ben Elazar non pour la raison de la survie, mais parce que ce dernier la déclare carrément valide (kechera).

3
והאיכא חסרון בשדרה, דתנן: כמה חסרון בשדרה? בית שמאי אומרים: שתי חוליות, ובית הלל אומרים: חוליא אחת; ואמר רב יהודה אמר שמואל: וכן לטרפה.

Or il y a [le cas du] manque dans la colonne vertébrale (chisaron be-chidra), comme nous avons appris : combien [doit être] le manque dans la colonne vertébrale ? Beit Chammai disent : deux vertèbres ; et Beit Hillel disent : une seule vertèbre.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et de même pour la tereifa [selon Beit Hillel, une seule vertèbre manquante la rend tereifa].

📜 Rachi (2)
כמה חסרון בשדרה שלא תטמא באהל אלא במגע ובמשא כדין עצם כשעורה דאילו שדרה שלמה וגולגולת שלמה ורוב מניינו ורוב בניינו תנן באהילות (פ"ב מ"א) דמטמאין באהל ואע"פ שאין עליהן בשר:
Combien [doit être] le manque dans la colonne vertébrale — pour qu'[un corps] ne transmette pas l'impureté sous un toit (ohel), mais seulement par contact et par portage, à l'instar de la loi d'un os [de la taille] d'un grain d'orge. Car une colonne entière et un crâne entier, ainsi que la majeure partie du nombre [des os] et la majeure partie de la structure [du corps], nous avons appris dans Ohalot (chapitre 2, michna 1) qu'ils transmettent l'impureté sous un toit, même s'il n'y a pas de chair sur eux.
וכן לטרפה לב"ש לא הויא טרפה בבציר משתי חוליות ולב"ה בחוליא אחת מיטרפא:
Et de même pour la tereifa — pour Beit Chammai elle n'est pas tereifa avec moins de deux vertèbres [manquantes], et pour Beit Hillel elle devient tereifa avec une seule vertèbre [manquante].
🗂️ Tossefot (1)
ואמר רב יהודה אמר שמואל וכן לטרפה מסיפא דייק רב יהודה דקתני גבי גולגולת כמה חסרון בגולגולת ב"ש אומרים כמלא מקדח ובית הלל אומרים כדי שינטל מן החי וימות אלמא דבשיעור מיתה חשיב חסרון ולהכי חשיב דרב יהודה בהדי משניות משום דממתניתין דייק ולא חשיב לה בהדי שמעתא כדחשיב מלתא דרב עוירא אע"ג דאמתניתין אתמר וא"ת א"כ אמאי לא פריך נמי והא איכא גולגולת כיון דרב יהודה אכולהו קאי ואומר ר"ת דרב יהודה לא קאי אגולגולת דס"ד דחסרון דגולגולת הוי עם הקרום ובהמה מיטרפא בנקיבת הקרום לחודיה אבל אדם דאית ליה מזלא בעי חסרון גולגולת עם נקיבת הקרום והא דאמר בעירובין (דף ז:) דחשיב תרי חומרי דסתרי אהדדי כגון שדרה וגולגולת אגב שדרה נקט גולגולת אי נמי לענין טרפות אדם קאי וכן לטרפה נמי אגולגולת דמשכחת ביה חומרא וקולא חומרא לענין הורג את הנפש וקולא לענין פדיון בכור אם נטרף תוך שלשים שאין הכהן צריך להחזיר אם קבלו ולענין עשה חבירו טרפה ומיהו קשה דבסמוך גבי הא דאמר ר"י בר' יהודה ניקבה המרה טרפה דמקשו ליה רבנן מאיוב משמע דאין בהמה מיטרפא בכך כמו בן אדם ועוד לקמן (חולין דף מז:) גבי אדומה וירוקה כשרה מייתי מדרבי נתן שבאת לפניו אשה שמלה את בנה כו' אלמא מאי דחיי באדם חיי נמי בבהמה והיה נראה לפרש דחסרון הגולגולת בלא הקרום וטרפה לפי שסוף הקרום ליפסק ולהכי לא פריך הכא מגולגולת דהא קתני לה ניקב הקרום של מוח אבל אי אפשר לפרש כן שהרי יש ב"א הרבה שניטל מגולגולת שלהם יותר ממלא מקדח ועדיין חיים ונראה דחסרון הגולגולת הוי עם נקיבת קרום העליון דסוף תתאה ליפסק אבל בלא חסרון עצם אם ניקב קרום העליון אין סוף תתאה ליפסק וכן בבהמה איכא למ"ד (לקמן חולין דף מה.) תתאה מגין ואפילו למ"ד קרמא עילאה אע"ג דלא אינקיב תתאה טרפה יש לחלק בין אדם לבהמה ולא מטעם ר"ת אלא משום דבאדם הקרום התחתון קשה וחזק יותר מבהמה ומשום הכי בעי חסרון עצם עם נקיבת העליון ובבהמה התחתון רך ואין צריך חסרון עצם עם העליון אבל בדבר ששוה בזה ובזה אין לחלק ביניהן כלל:
'Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et de même pour la tereifa' — c'est de la fin [de la michna] que Rav Yehouda l'infère, car on y enseigne, au sujet du crâne : 'combien [doit être] le manque dans le crâne ? Beit Chammai disent : autant que le plein d'un foret ; et Beit Hillel disent : autant que ce qui, prélève sur le vivant, [le ferait] mourir' — preuve que l'on considère comme [véritable] manque [la quantité suffisante] à faire mourir. Et c'est pourquoi [la Guemara] compte l'[enseignement] de Rav Yehouda parmi les michnayot [et non parmi les enseignements amoraiques], parce qu'il l'infère d'une michna, et [elle] ne le compte pas parmi les enseignements [amoraiques] comme elle compte le propos de Rav Avira, bien que celui-ci aussi ait été énoncé sur une michna. Et si tu dis : s'il en est ainsi, pourquoi n'objecte-t-il pas aussi : 'or il y a [le cas du] crâne', puisque [l'enseignement de] Rav Yehouda porte sur tous [les cas de la michna] ? Rabbenou Tam dit que Rav Yehouda ne porte pas sur le crâne, car on aurait pu penser que le manque du crâne [pris en compte] inclut [la perforation de] la membrane [du cerveau], alors qu'une bête devient tereifa par la perforation de la membrane seule ; mais l'homme, qui a une 'fortune' (mazla, vitalité particulière), requiert un manque du crâne avec perforation de la membrane. Et ce qui est dit dans [le traité] Erouvin (7b), [à savoir] qu'il [adopte] deux rigueurs qui se contredisent l'une l'autre, comme [pour] la colonne et le crâne — [le Talmud] mentionne le crâne à l'occasion de la colonne ; ou bien [c'est] au sujet de la tereifa de l'homme que cela porte. Et 'de même pour la tereifa' [porterait] aussi sur le crâne, où l'on trouve une rigueur et une indulgence : une rigueur quant à celui qui tue une personne, et une indulgence quant au rachat du premier-né [bekhor] — si [le nouveau-né] est devenu tereifa dans les trente [premiers jours], le cohen n'a pas à rendre [le rachat] s'il l'a reçu — ainsi qu'au sujet de celui qui a rendu son prochain tereifa. Toutefois c'est difficile, car plus loin, à propos de ce que dit Rabbi Yossi ben Rabbi Yehouda 'la vésicule biliaire [mara] perforée [rend la bête] tereifa', auquel les Sages objectent à partir de [Job], il ressort qu'une bête ne devient pas tereifa par cela comme [le devient] un être humain. Et de plus, plus loin (Houlin 47b), à propos de [la couleur du poumon] rouge et verte [qui sont] valides, on apporte [une preuve] de [l'histoire] de Rabbi Natan, devant qui se présenta une femme qui avait circoncis son fils [et il était mort, etc.] — preuve que ce qui vit chez l'homme vit aussi chez la bête. Et il semblerait [donc] expliquer [que] le manque du crâne [se compte] sans la membrane, et [qu'elle est] tereifa parce que la membrane finira par se rompre ; et c'est pourquoi il n'objecte pas ici à partir du crâne, puisqu'on l'enseigne [déjà] [sous la forme] 'la membrane du cerveau a été perforée'. Mais il est impossible d'expliquer ainsi, car il y a beaucoup de gens à qui l'on a prélevé du crâne plus que le plein d'un foret et qui sont encore vivants. Et il semble [donc] que le manque du crâne [se compte] avec la perforation de la membrane supérieure, parce que [la membrane] inférieure finira par se rompre ; mais sans manque de l'os, si la membrane supérieure a été perforée, [la membrane] inférieure ne finira pas par se rompre. Et de même pour la bête, il y a [un avis qui] dit (plus loin, Houlin 45a) [que] l'[membrane] inférieure protège [si elle est intacte] ; et même selon l'avis [qui parle de] la membrane supérieure, bien que l'inférieure n'ait pas été perforée [la bête est] tereifa, on peut distinguer entre l'homme et la bête — non pour la raison de Rabbenou Tam, mais parce que, chez l'homme, la membrane inférieure est plus dure et plus solide que chez la bête, et c'est pourquoi il faut un manque de l'os avec la perforation de la [membrane] supérieure ; tandis que chez la bête, l'[membrane] inférieure est molle et ne requiert pas de manque de l'os avec la supérieure. Mais pour une chose qui est égale chez l'un et chez l'autre, il n'y a pas du tout lieu de distinguer entre eux.
💡 Explication

Nouvelle objection au compte : le manque dans la colonne vertébrale (chisaron be-chidra). La michna d'Ohalot (à propos de l'impureté que transmet un cadavre sous un même toit) demande : combien de manque dans la colonne pour qu'[un corps] ne soit plus considéré comme un cadavre entier ? Beit Chammai : deux vertèbres ; Beit Hillel : une seule. Et Rav Yehouda au nom de Chmouel étend la controverse à la tereifa : pour Beit Hillel, une bête à qui manque une seule vertèbre est tereifa. Ce cas n'est pas dans le compte de dix-huit.

4
המסס ובית הכוסות, דקא חשבת להו בתרתי, חשבינהו בחדא, אפיק חדא ועייל חדא.

[Réponse :] le feuillet (hemses) et le bonnet (beit ha-kossot) que tu comptes comme deux [cas], compte-les comme un seul ; sors-en un [du compte des dix-huit perforations] et fais-en entrer un [le manque dans la colonne]. [Le total reste dix-huit.]

📜 Rachi (1)
חשבינהו כחד דהא גבי הדדי סמכי וכחד דמי:
Compte-les comme un seul — car ils s'appuient l'un sur l'autre et sont comme un seul.
🗂️ Tossefot (1)
אפיק חדא ועייל חדא ולמ"ד חסרון מבפנים לא שמיה חסרון וחסרון דמתניתין לר' שמעון דלרבנן הוי בכלל נקובה צ"ל דהך סוגיא כר' שמעון דלרבנן ליכא אלא י"ז:
Sors-en un et fais-en entrer un — et selon l'avis [pour qui] un manque interne (chisaron mi-bifnim) n'est pas appelé manque, et [pour qui] le manque [dont parle] notre michna [suit l'avis] de Rabbi Chimon [ben Gamliel], car pour les Sages il [serait] inclus dans [le cas de l'organe] perforé — il faut dire que cette sougya [suit] Rabbi Chimon ; car pour les Sages, il n'y a que dix-sept [cas].
💡 Explication

La Guemara sauve le nombre. Le feuillet (hemses, troisième estomac) et le bonnet (beit ha-kossot, deuxième estomac), perforés, sont comptés comme deux cas distincts dans la michna ; le Tana de l'école de R. Yichmael peut les fondre en un seul, car ils sont accolés l'un à l'autre. Cela libère une place : on retire un cas et l'on insère le manque dans la colonne.

5
והאיכא גלודה? סבר לה כרבי מאיר דמכשיר.

Or il y a [le cas de] la bête entièrement écorchée (gueloudat) ! [Réponse :] il tient comme Rabbi Meir, qui [la] valide.

📜 Rachi (2)
והאיכא גלודה שניטל עורה והופשטה כולה או מחמת שחין או מחמת מלאכה דקתני מתני' (לקמן חולין דף נד.) וחכמים פוסלים:
Or il y a la gueloudat — celle dont la peau a été enlevée et entièrement ôtée, soit à cause d'un abcès (chehin), soit à cause d'un travail [d'écorchement], comme l'enseigne la michna (plus loin, Houlin 54a) ; et les Sages [la] déclarent invalide.
ומשני סבר לה כר"מ דמכשיר:
Et [la Guemara] résout : il tient comme Rabbi Meir, qui [la] valide.
💡 Explication

Autre objection : la gueloudat, la bête dont toute la peau a été enlevée (par une plaie, un abcès ou un travail). La michna (plus loin, Houlin 54a) la déclare tereifa selon les Sages. Réponse : le Tana de l'école de R. Yichmael tient comme Rabbi Meir, qui la valide — elle ne figure donc pas dans son compte.

6
והא איכא חרותא? מרה – מאן קתני לה? רבי יוסי ברבי יהודה. אפיק מרה, ועייל חרותא.

Or il y a [le cas du poumon] ratatiné (harouta) ! [Réponse :] la vésicule biliaire (mara) [perforée], qui l'enseigne ?

Rabbi Yossi ben Rabbi Yehouda. Sors la vésicule biliaire [du compte], et fais-y entrer harouta.

📜 Rachi (2)
והאיכא חרותא דקתני מתניתין (שם) אלו כשרות חרותא בידי שמים ותניא לקמן (חולין דף נה:) בידי אדם טרפה ואיזו היא חרותא כל שצמקה ריאה שלה ונתקשה כחריות של דקל מחמת שהבעיתה אדם בקולו ופעמים שצומקת מקולות וברד והיא בידי שמים והדרא בריא אבל בידי אדם תו לא הדרא בריא:
Or il y a harouta — comme l'enseigne la michna (là-bas) : 'voici celles qui sont valides : [le poumon] ratatiné (harouta) par la main du Ciel'. Et on enseigne plus loin (Houlin 55b) : 'par la main de l'homme, [elle est] tereifa'. Et qu'est-ce que harouta ? Tout [poumon] dont le poumon s'est ratatiné et durci comme une branche (harout) de palmier, parce qu'un homme l'a effrayée par sa voix ; et parfois il se ratatine à cause de coups [de tonnerre] et de grêle, et [alors c'est] par la main du Ciel, et il revient à la santé ; mais par la main de l'homme, il ne revient plus à la santé.
מרה מאן קתני לה דחשבה ניקבה המרה במניינא די"ח טרפות במתניתין יחידאה היא ור"י ברבי יהודה קתני לה לקמן בפרקין (חולין דף מג.) בשמעתין ותנא דבי ר"י לית ליה מרה ואפיק מרה ועייל חרותא:
La vésicule biliaire, qui l'enseigne — [à savoir] qu'il compte 'la vésicule biliaire perforée' dans le compte des dix-huit tereifot. Dans la michna [cet avis] est individuel, et c'est Rabbi Yossi ben Rabbi Yehouda qui l'enseigne, plus loin dans notre chapitre (Houlin 43a), dans notre sougya ; et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael n'admet pas [le cas de] la vésicule biliaire. [Aussi] sors la vésicule biliaire et fais-y entrer harouta.
💡 Explication

Objection du R de BeSaGaR : harouta, le poumon ratatiné et durci comme une branche de palmier. La michna (54a) le déclare valide quand c'est 'par la main du Ciel' (peur soudaine, et il se rétablit), mais tereifa quand c'est 'par la main de l'homme'. Réponse : la vésicule biliaire perforée (mara), comptée parmi les dix-huit, n'est qu'un avis individuel de R. Yossi ben R. Yehouda (qu'on lira en 43a) ; le Tana de l'école de R. Yichmael ne l'admet pas. On la retire et l'on insère harouta.

7
והאיכא שב שמעתתא, דאמר רב מתנא: האי בוקא דאטמא דשף מדוכתיה – טרפה, ואמר רכיש בר פפא משמיה דרב: לקתה בכוליא אחת – טרפה, ותנן: ניטל הטחול – כשרה, ואמר רב עוירא משמיה דרבא: לא שנו אלא ניטל, אבל ניקב – טרפה.

Or il y a [aussi] les sept enseignements (chev chemaateta) [sept tereifot rapportées par les Amoraim] ! Car Rav Matna a dit : cette tête du fémur (bouka de-atma) qui s'est déboîtée de sa place [est] tereifa ; et Rakhich bar Papa a dit au nom de Rav : [si] elle a été atteinte d'un mal dans un seul rein, [elle est] tereifa ; et nous avons appris : [si] la rate a été ôtée, [elle est] valide ; et Rav Avira a dit au nom de Rava : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas où] elle a été ôtée, mais [si] elle a été perforée, [elle est] tereifa.

📜 Rachi (4)
בוקא דאטמא קולית הירך:
Bouka de-atma — l'os de la cuisse (koulit ha-yarekh).
דשף מדוכתיה שקפץ ממקומו חור שבעצם אליה שהוא תחוב בו ולקמן (חולין דף נד:) מסיים והוא דאיעכול ניבי. בוקא כמו בוכנא עגול ראשו ותחוב בחור כעלי זה התחוב בחור המכתשת:
Qui s'est déboîtée de sa place — qui a sauté de sa place, [du] creux qui est dans l'os de la croupe (alya) dans lequel elle est enfoncée ; et plus loin (Houlin 54b) [la Guemara] précise : et [c'est] pourvu que les nerfs (nivim) se soient désagrégés. 'Bouka' est comme 'boukhna' (le pilon) : sa tête [est] ronde et enfoncée dans un creux, à l'instar de ce pilon qui est enfoncé dans le creux du mortier.
לקתה בכוליא אחת וכ"ש בשתיהן ולקמן (חולין דף נה.) מסיים בה והוא דמטיא לקותא למקום חריץ:
Atteinte d'un mal dans un seul rein — et à plus forte raison dans les deux ; et plus loin (Houlin 55a) [la Guemara] précise : et [c'est] pourvu que le mal soit parvenu jusqu'à l'endroit de la rainure (hariz).
אבל ניקב טרפה ולקמן מפרש ניקב בעליונו מקום שהיא עבה אבל בקולשיה כשרה:
Mais [si] elle a été perforée, [elle est] tereifa — et plus loin [la Guemara] explique : [si] elle a été perforée dans sa partie supérieure, [à] l'endroit où elle est épaisse [c'est tereifa] ; mais dans sa partie mince (koulchei), [elle est] valide.
💡 Explication

Dernière objection, et la plus lourde : les sept enseignements (chev chemaateta), sept tereifot que les Amoraim tenaient par tradition (voir le schéma). Trois d'abord : (1) la tête du fémur (bouka de-atma) déboîtée de sa cavité — tereifa (Rav Matna) ; (2) un seul rein malade (lakta be-koulya) — tereifa, à plus forte raison les deux (Rakhich bar Papa au nom de Rav) ; (3) la rate ôtée est valide, mais la rate perforée est tereifa (Rav Avira au nom de Rava).

🖼️ Schéma
Les sept enseignements des Amoraim (chev chemaateta) : sept tereifot hors michna 1. Rav Matna tête du fémur (bouka de-atma) déboîtée de sa place tereifa 2. Rakhich b. Papa / Rav un seul rein malade (lakta) tereifa 3. Rav Avira / Rava rate ôtée : valide ; rate perforée tereifa 4. R. bar bar Hana / Chmouel simanim majoritairement déboîtés (nidaldelou) tereifa 5. R. bar R. Chila / Chmouel côte arrachée à sa racine tereifa 6. (idem) Chmouel crâne majoritairement écrasé (nehbessa) tereifa 7. (idem) Chmouel chair couvrant la majeure partie de la panse, déchirée en majorité : tereifa
Les sept enseignements amoraiques (segments 6-7) : sept tereifot tenues par tradition et absentes de la michna.
8
ואמר רבה בר בר חנה אמר שמואל: סימנים שנדלדלו ברובן – טרפה. ואמר רבה בר רב שילא אמר רב מתנא אמר שמואל: נעקרה צלע מעיקרה – טרפה, וגולגולת שנחבסה ברובה, ובשר החופה את רוב הכרס ברובו – טרפה.

Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Chmouel : [si] les simanim (trachée et oesophage) se sont détachés (nidaldelou) en majeure partie, [elle est] tereifa. Et Rabba bar Rav Chila a dit, au nom de Rav Matna au nom de Chmouel : [si] une côte à été arrachée de sa racine (meikara), [elle est] tereifa ; et un crâne qui a été écrasé (nehbessa) en majeure partie, et la chair qui couvre la majeure partie de la panse (kares), [déchirée] en sa majeure partie — [elle est] tereifa.

📜 Rachi (5)
נדלדלו נתלשו בכמה מקומות ומחוברין כאן מעט וכאן מעט:
Se sont détachés (nidaldelou) — ont été arrachés en plusieurs endroits, et ne tiennent attachés qu'un peu ici et un peu là.
נעקרה צלע אע"ג דתנן במתניתין נשתברו רוב צלעותיה דוקא נשתברו התם בעינן רובא אבל נעקרה צלע אחת מעיקרה עד חצי חולייתה כדמפרש לקמן (חולין דף נב.) טרפה:
Une côte à été arrachée — bien que nous ayons appris dans la michna 'la majeure partie de ses côtés ont été brisées' : c'est spécifiquement pour 'brisées' que l'on requiert, la-bas, une majorité ; mais [si] une seule côte à été arrachée de sa racine jusqu'à la moitié de sa vertèbre, comme [la Guemara] l'explique plus loin (Houlin 52a), [elle est] tereifa.
וגולגולת שנחבסה שהוכתה מכות רבות ולא נפחתה ולא ניקב הקרום אם רובה נחבסה טרפה. נחבסה דמינציי"ר בלע"ז:
Et un crâne qui a été écrasé (nehbessa) — qui a reçu de nombreux coups, sans avoir été enfoncé et sans que la membrane ait été perforée : si sa majeure partie a été écrasée, [elle est] tereifa. 'Nehbessa' [est] 'deminetzir' en langue vernaculaire.
ובשר החופה את רוב הכרס זהו קרום עב שקורין טנפנ"א כשפותחין את הבהמה וחותכין את הבשר לאורך הבהמה והוא נראה. והאי דקרי ליה חופה את רוב הכרס ולא קרי ליה חופה את הכרס מפני שמיעוט הכרס נחבא בתוך צלעות החזה והסחוס ורובו מכוסה בבשר:
Et la chair qui couvre la majeure partie de la panse — c'est la membrane épaisse que l'on appelle 'tanfena', [visible] lorsqu'on ouvre la bête et qu'on coupe la chair dans le sens de la longueur de la bête, et elle apparaît. Et s'il l'appelle 'celle qui couvre la majeure partie de la panse' et non 'celle qui couvre la panse', [c'est] parce qu'une petite partie de la panse est dissimulée à l'intérieur des côtés de la poitrine et du cartilage, et que sa majeure partie est couverte de chair.
כרס פנצ"א לבדה בלא בית הכוסות והמסס ואם נקרע רובו של בשר כנגד הכרס אף ע"ג דכי משערת לההוא קרע לגבי כוליה בשר הוי מיעוטא שהרי אותו בשר מחזיק כל בני המעים והולך עד הירכים לא משערינן אלא במה שכנגד הכרס ואם מיקרע רובא דההוא טרפה. ושמואל לא סבירא ליה כמאן דפריש לקמן (חולין דף נ:) רוב החיצונה דמתניתין דהיינו בשר החופה את רוב הכרס דאם כן מה אתא שמואל לאשמועינן ואיהו מפרש למתניתין לקמן במילתא אחריתי:
Kares (la panse) — 'pantza', [la panse] seule, sans le bonnet (beit ha-kossot) ni le feuillet (hemses). Et si la majeure partie de la chair [située] en face de la panse a été déchirée — bien que, lorsque l'on rapporte cette déchirure à l'ensemble de la chair, [elle ne] constitue [qu']une minorité (car cette chair contient tous les intestins et s'étend jusqu'aux cuisses) — nous ne mesurons que ce qui se trouve en face de la panse ; et si la majeure partie de cela a été déchirée, [elle est] tereifa. Et Chmouel ne tient pas comme celui qui explique plus loin (Houlin 50b) [que] 'la majeure partie de l'[membrane] externe' [dont parle] la michna désigne la chair qui couvre la majeure partie de la panse ; car s'il en était ainsi, qu'est-ce que Chmouel viendrait nous enseigner ? Et lui-même explique la michna, plus loin, [comme parlant] d'une autre chose.
🗂️ Tossefot (2)
סימנין שנדלדלו ברובן טרפה פירש ר"ח דלמאי דמסיק לקמן (חולין דף מד.) ומוקי לה באיפרוק אפרוקי נדלדלו היינו שנתפרדו זה מזה:
'[Si] les simanim se sont détachés (nidaldelou) en majeure partie, [elle est] tereifa' — Rabbenou Hananel a expliqué [que], selon ce que la Guemara conclut plus loin (Houlin 44a) et établit dans le cas où [les simanim] se sont disjoints l'un de l'autre (ifrouk aproukei), 'nidaldelou' signifie qu'ils se sont séparés l'un de l'autre.
אמר שמואל נעקרה צלע מעיקרה טרפה לקמן (חולין דף נב.) פליג עליה בר זכאי ואמר נעקרו ברוב בצד אחד ונשתברו ברוב שני צדדין והכא נקט טפי מילתיה דשמואל משום אינך דקאמר גולגולת שנחבסה ובשר החופה את רוב הכרס ואם תאמר לרבי יוחנן דאמר התם בין נעקרו בין נשתברו ברוב שני צדדין חסר להו מי"ח טרפות דליכא למיחשבינהו בתרתי כיון דבזה ובזה צריך רוב שני צדדין ויש לומר דמכל מקום תרתי נינהו שזו עקורה וזו נטולה:
'Chmouel a dit : [si] une côte à été arrachée de sa racine, [elle est] tereifa' — plus loin (Houlin 52a), bar Zakai diverge de lui et dit : '[si elles] ont été arrachées en majorité d'un seul côté, ou brisées en majorité des deux côtés' [c'est tereifa]. Et ici [la Guemara] cite plutôt le propos de Chmouel à cause des autres [énoncés] qu'il dit : 'un crâne qui a été écrasé' et 'la chair qui couvre la majeure partie de la panse'. Et si tu dis : selon Rabbi Yo'hanan, qui dit là-bas 'qu'[elles] aient été arrachées ou brisées [il faut] la majorité des deux côtés', il manque [un cas] aux dix-huit tereifot, car on ne peut les compter pour deux puisque dans l'un et l'autre cas il faut la majorité des deux côtés — on peut répondre [que] de toute façon ils sont deux, car celle-ci [est] arrachée et celle-là [est] ôtée.
💡 Explication

Suite des sept enseignements : (4) les simanim (trachée, kaneh, et oesophage, veshet) détachés en majeure partie (nidaldelou) — tereifa (R. bar bar Hana au nom de Chmouel) ; (5) une côte arrachée de sa racine (avec une demi-vertèbre) — tereifa ; (6) un crâne écrasé (nehbessa) en majeure partie, même sans que la membrane soit perforée ; (7) la chair couvrant la majeure partie de la panse (kares), déchirée en majorité — tereifa (les trois derniers : R. bar Rav Chila au nom de Rav Matna au nom de Chmouel).

9
נקובי תמניא הוו, חשבינהו בחד, אפיק שב, ועייל שב.

[Réponse :] les [organes] perforés [comptés dans la michna] sont au nombre de huit ; compte-les comme un seul. Sors-en sept [du compte], et fais-en entrer sept [les sept enseignements].

📜 Rachi (1)
נקובי תמניא הוו וכי חשבת להמסס ובית הכוסות בחד ומדלית לה למרה אכתי פשו להו תמניא נקובי דמתניתין:
Les [organes] perforés sont au nombre de huit — et lorsque tu comptes le feuillet (hemses) et le bonnet (beit ha-kossot) comme un seul, et que tu retires [du compte] la vésicule biliaire (mara), il reste encore huit [organes] perforés [énumérés] dans la michna.
💡 Explication

La Guemara sauve une dernière fois le nombre. La michna compte huit organes perforés distincts (huit cas de perforation rendant tereifa) ; le Tana de l'école de R. Yichmael les compte comme un seul cas. Cela libère sept places : on retire sept et l'on insère les sept enseignements (chev chemaateta) amoraiques.

10
אי הכי, פסוקי נמי תרי הוו, חשבינהו בחד, בצר להו חדא, ועוד, דרב עוירא משמיה דרבא נמי נקובה היא!

Si [tu raisonnes] ainsi, les [organes] sectionnés (pessoukei) aussi sont au nombre de deux : compte-les comme un seul, [et alors] il leur manque un [cas, le total tombe à dix-sept] ! Et de plus, [le cas de] Rav Avira au nom de Rava est lui aussi [un cas de] perforation [donc il devrait, lui aussi, être fondu dans le cas unique des perforations, et il manquerait deux cas] !

📜 Rachi (2)
פסוקי תרין גרגרת וחוט:
Les [organes] sectionnés [sont] deux — la trachée (gargueret) et la moelle [épinière] (hout, le cordon de la colonne).
דרב עוירא ניקב הטחול:
[Le cas de] Rav Avira — [à savoir] '[si] la rate (tehol) a été perforée'.
💡 Explication

Réplique finale, qui laisse une difficulté ouverte. (1) Si l'on fond ainsi les perforations en un seul cas, alors les deux organes sectionnés (pessoukei : la moelle épinière, hout ha-chidra, et la trachée, gargueret) devraient aussi être fondus en un seul — et le compte tomberait à dix-sept. (2) De plus, la rate perforée de Rav Avira (l'un des sept enseignements) est elle-même une perforation : elle devrait donc, elle aussi, être incluse dans le cas unique des perforations, et il manquerait deux cas. La sougya reste ainsi en tension.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).