Sougya : Après la michna des tereifot, la Guemara confronte le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui enseigne un nombre fixe de dix-huit tereifot et pas davantage, à une série de cas qui ne figurent pas dans ce compte (le moyen mnémotechnique BeSaGaR, puis le manque dans la colonne vertébrale et les sept enseignements des Amoraim, chev chemaateta). À chaque objection, la Guemara sauve le nombre dix-huit en retirant un cas et en insérant l'autre, ou en montrant que le Tana tranche comme un avis qui valide : pattes coupées au-dessus du genou (R.
Chimon ben Elazar : cautère et survie, donc valide), manque dans la colonne (on fond feuillet et bonnet en un seul cas, ce qui libère une place), peau entièrement ôtée gueloudat (valide selon R. Meir), poumon ratatiné harouta (on sort la vésicule biliaire, avis individuel de R.
Yossi ben R. Yehouda, et l'on insère harouta), enfin les huit perforations comptées comme une seule, ce qui ouvre sept places pour les sept enseignements amoraiques.
La sougya s'achève sur une réplique : si l'on fond ainsi, on devrait fondre aussi les deux organes sectionnés en un seul (il manquerait alors un cas), et la rate perforée de Rav Avira est elle-même une perforation (il en manquerait deux).
Soit, pour le Tana qui est le nôtre (celui de notre michna) : ce qu'il a enseigné, il l'a enseigné, et ce qu'il a omis [se trouve] inclus dans [la clause] 'voici la règle (zeh ha-kelal)'. Mais pour le Tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui dit : dix-huit tereifot, et pas davantage — or il y a [pourtant] la bête dont les pattes ont été coupées depuis le genou (arkouva) et au-dessus, [qui est] tereifa !
[Réponse :] il tient comme Rabbi Chimon ben Elazar, qui dit : elle peut être cautérisée et vivre [donc ce n'est pas une tereifa].
Notre michna n'a pas fixé de nombre : ce qu'elle énumère, elle l'énumère, et le reste entre dans la clause générale 'voici la règle (zeh ha-kelal)'. Mais le Tana de l'école de Rabbi Yichmael a fixé dix-huit tereifot 'et pas davantage' : la Guemara va donc le confronter aux cas oubliés, à commencer par le moyen mnémotechnique BeSaGaR (voir le schéma). Premier cas : les pattes coupées au-dessus du genou (arkouva). Réponse : il tient comme R. Chimon ben Elazar, pour qui le moignon peut être cautérisé et la bête survivre — donc elle n'est pas tereifa.
Bien qu'elle puisse être cautérisée et vivre — [mais] selon qui [cette objection] est-elle dite ? [Elle est dite] au Tana de l'école de Rabbi Yichmael ; or le Tana de l'école de Rabbi Yichmael tient [qu']une tereifa [peut] vivre !
[La capacité à survivre ne prouve donc pas qu'elle n'est pas tereifa.] Plutôt [il faut dire qu']il tient comme Rabbi Chimon ben Elazar, qui dit : 'elle est valide (kechera)'.
Objection à la réponse précédente : le fait que la bête puisse survivre ne suffit pas à la rendre valide. Car à qui adresse-t-on l'objection ? Au Tana de l'école de Rabbi Yichmael ; or celui-ci tient qu'une tereifa peut vivre (il lit 'la bête (hayya) que vous ne mangerez pas' comme appelant la tereifa 'vivante'). Donc la survie ne prouve rien. Réponse corrigée : il tient comme R. Chimon ben Elazar non pour la raison de la survie, mais parce que ce dernier la déclare carrément valide (kechera).
Or il y a [le cas du] manque dans la colonne vertébrale (chisaron be-chidra), comme nous avons appris : combien [doit être] le manque dans la colonne vertébrale ? Beit Chammai disent : deux vertèbres ; et Beit Hillel disent : une seule vertèbre.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et de même pour la tereifa [selon Beit Hillel, une seule vertèbre manquante la rend tereifa].
Nouvelle objection au compte : le manque dans la colonne vertébrale (chisaron be-chidra). La michna d'Ohalot (à propos de l'impureté que transmet un cadavre sous un même toit) demande : combien de manque dans la colonne pour qu'[un corps] ne soit plus considéré comme un cadavre entier ? Beit Chammai : deux vertèbres ; Beit Hillel : une seule. Et Rav Yehouda au nom de Chmouel étend la controverse à la tereifa : pour Beit Hillel, une bête à qui manque une seule vertèbre est tereifa. Ce cas n'est pas dans le compte de dix-huit.
[Réponse :] le feuillet (hemses) et le bonnet (beit ha-kossot) que tu comptes comme deux [cas], compte-les comme un seul ; sors-en un [du compte des dix-huit perforations] et fais-en entrer un [le manque dans la colonne]. [Le total reste dix-huit.]
La Guemara sauve le nombre. Le feuillet (hemses, troisième estomac) et le bonnet (beit ha-kossot, deuxième estomac), perforés, sont comptés comme deux cas distincts dans la michna ; le Tana de l'école de R. Yichmael peut les fondre en un seul, car ils sont accolés l'un à l'autre. Cela libère une place : on retire un cas et l'on insère le manque dans la colonne.
Or il y a [le cas de] la bête entièrement écorchée (gueloudat) ! [Réponse :] il tient comme Rabbi Meir, qui [la] valide.
Autre objection : la gueloudat, la bête dont toute la peau a été enlevée (par une plaie, un abcès ou un travail). La michna (plus loin, Houlin 54a) la déclare tereifa selon les Sages. Réponse : le Tana de l'école de R. Yichmael tient comme Rabbi Meir, qui la valide — elle ne figure donc pas dans son compte.
Or il y a [le cas du poumon] ratatiné (harouta) ! [Réponse :] la vésicule biliaire (mara) [perforée], qui l'enseigne ?
Rabbi Yossi ben Rabbi Yehouda. Sors la vésicule biliaire [du compte], et fais-y entrer harouta.
Objection du R de BeSaGaR : harouta, le poumon ratatiné et durci comme une branche de palmier. La michna (54a) le déclare valide quand c'est 'par la main du Ciel' (peur soudaine, et il se rétablit), mais tereifa quand c'est 'par la main de l'homme'. Réponse : la vésicule biliaire perforée (mara), comptée parmi les dix-huit, n'est qu'un avis individuel de R. Yossi ben R. Yehouda (qu'on lira en 43a) ; le Tana de l'école de R. Yichmael ne l'admet pas. On la retire et l'on insère harouta.
Or il y a [aussi] les sept enseignements (chev chemaateta) [sept tereifot rapportées par les Amoraim] ! Car Rav Matna a dit : cette tête du fémur (bouka de-atma) qui s'est déboîtée de sa place [est] tereifa ; et Rakhich bar Papa a dit au nom de Rav : [si] elle a été atteinte d'un mal dans un seul rein, [elle est] tereifa ; et nous avons appris : [si] la rate a été ôtée, [elle est] valide ; et Rav Avira a dit au nom de Rava : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas où] elle a été ôtée, mais [si] elle a été perforée, [elle est] tereifa.
Dernière objection, et la plus lourde : les sept enseignements (chev chemaateta), sept tereifot que les Amoraim tenaient par tradition (voir le schéma). Trois d'abord : (1) la tête du fémur (bouka de-atma) déboîtée de sa cavité — tereifa (Rav Matna) ; (2) un seul rein malade (lakta be-koulya) — tereifa, à plus forte raison les deux (Rakhich bar Papa au nom de Rav) ; (3) la rate ôtée est valide, mais la rate perforée est tereifa (Rav Avira au nom de Rava).
Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Chmouel : [si] les simanim (trachée et oesophage) se sont détachés (nidaldelou) en majeure partie, [elle est] tereifa. Et Rabba bar Rav Chila a dit, au nom de Rav Matna au nom de Chmouel : [si] une côte à été arrachée de sa racine (meikara), [elle est] tereifa ; et un crâne qui a été écrasé (nehbessa) en majeure partie, et la chair qui couvre la majeure partie de la panse (kares), [déchirée] en sa majeure partie — [elle est] tereifa.
Suite des sept enseignements : (4) les simanim (trachée, kaneh, et oesophage, veshet) détachés en majeure partie (nidaldelou) — tereifa (R. bar bar Hana au nom de Chmouel) ; (5) une côte arrachée de sa racine (avec une demi-vertèbre) — tereifa ; (6) un crâne écrasé (nehbessa) en majeure partie, même sans que la membrane soit perforée ; (7) la chair couvrant la majeure partie de la panse (kares), déchirée en majorité — tereifa (les trois derniers : R. bar Rav Chila au nom de Rav Matna au nom de Chmouel).
[Réponse :] les [organes] perforés [comptés dans la michna] sont au nombre de huit ; compte-les comme un seul. Sors-en sept [du compte], et fais-en entrer sept [les sept enseignements].
La Guemara sauve une dernière fois le nombre. La michna compte huit organes perforés distincts (huit cas de perforation rendant tereifa) ; le Tana de l'école de R. Yichmael les compte comme un seul cas. Cela libère sept places : on retire sept et l'on insère les sept enseignements (chev chemaateta) amoraiques.
Si [tu raisonnes] ainsi, les [organes] sectionnés (pessoukei) aussi sont au nombre de deux : compte-les comme un seul, [et alors] il leur manque un [cas, le total tombe à dix-sept] ! Et de plus, [le cas de] Rav Avira au nom de Rava est lui aussi [un cas de] perforation [donc il devrait, lui aussi, être fondu dans le cas unique des perforations, et il manquerait deux cas] !
Réplique finale, qui laisse une difficulté ouverte. (1) Si l'on fond ainsi les perforations en un seul cas, alors les deux organes sectionnés (pessoukei : la moelle épinière, hout ha-chidra, et la trachée, gargueret) devraient aussi être fondus en un seul — et le compte tomberait à dix-sept. (2) De plus, la rate perforée de Rav Avira (l'un des sept enseignements) est elle-même une perforation : elle devrait donc, elle aussi, être incluse dans le cas unique des perforations, et il manquerait deux cas. La sougya reste ainsi en tension.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).