Sougya : Le daf poursuit les tereifot du poumon (riaa). Le poumon collé à la paroi (semoukha la-dofen) ne fait pas craindre une perforation : on impute l'adhérence à un défaut de la paroi et l'on déclare cachere ; mais s'il a poussé des crêtes (tsemahim) en cet endroit, on craint, et Avimi craint dans tous les cas.
La méthode d'examen (détacher au couteau fin, chercher un défaut dans la paroi) est exposée par Rava au nom de Ravin bar Chava, et Rav Nehemia examine en plus à l'eau tiède (pechoureï). Rav Achi distingue ce cas du cas de Rava (deux lobes collés l'un à l'autre, sans recours).
On confronte alors deux propos de Rav Nahman : il craint pour les crêtes (donc une perforation rendrait tereifa), mais il enseigne aussi que 'le poumon perforé que la paroi obture est cachere' ; on résout par la distinction lieu de croissance (mekom rivta = la découpe des lobes) / hors de ce lieu. Ravina restreint l'obturation au cas où le poumon s'accroche dans la chair (saviekh be-bissra), et Rav Yossef objecte ; on appuie sur la braita du membre perforé puis obturé ('un invalide qui redevient apte').
Rav Oukva et la Guemara répondent par le principe : on n'enseigne pas dans la michna l'organe par lequel la bête n'est pas rendue tereifa. Enfin, sur les crêtes elles-mêmes : Chmouel les déclare cacheres (la règle 'pus = tereifa, eau claire = cachere' de Rav Matna ne vaut que pour le rein), Rabbi Yirmeya s'abstient de trancher par rigueur, et Rava commence un récit sur Rav Nahman au marché.
Sa vessie (chalpouhit) [perforée] — [la bête est] cachere. Son foie a été infesté de vers (hitli'a kaved) : ce fut un fait réel, et les gens d'Assia montèrent à son sujet trois fois de suite (chelocha regalim) à Yavne ; à la troisième fois ils [la] leur permirent.
Fin de la michna des tereifot : une vessie (chalpouhit, ici la poche où se tient le foetus) perforée laisse la bête cachere. Puis un cas réel : un foie infesté de vers ; les habitants d'Assia (Asie Mineure) montèrent trois fois au grand tribunal de Yavne ; ce n'est qu'à la troisième fois, après délibération, qu'on le leur permit.
Rav Yossef bar Minyomi a dit au nom de Rav Nahman : un poumon collé à la paroi (riaa hassémoukha la-dofen) — on ne craint pas pour lui [il n'y a pas à craindre une perforation] ; [s']il a poussé des crêtes (tsemahim) [à cet endroit] — on craint pour lui. Mar Yehouda, au nom d'Avimi, a dit : et celui-ci et celui-là [avec ou sans crêtes] — on craint pour lui.
Un poumon collé à la paroi thoracique (semoukha la-dofen) : Rav Nahman ne craint pas de perforation, car on impute l'adhérence à un défaut de la paroi (une plaie ancienne y a cicatrisé en saisissant le poumon). Mais si des crêtes (tsemahim, petites excroissances) ont poussé autour de l'adhérence, on craint — la présence d'un défaut visible fait soupçonner une perforation du poumon. Pour Avimi, on craint dans les deux cas.
Comment procède-t-on ? Rava a dit : Ravin bar Chava me l'a expliqué : nous apportons un couteau dont le fil est fin (dehalich pouméh) et nous détachons [le poumon de la paroi].
S'il y a un défaut (ri'outa) dans la paroi — nous rattachons [l'adhérence] à la paroi ; et sinon — [l'adhérence] vient du poumon, et [la bête est] tereifa ; et [cela] bien que [le poumon] ne laisse pas échapper d'air (lo ka mafka zika).
Méthode d'examen : on prend un couteau au fil fin (delich pouméh, tranchant et mince, pour ne pas déchirer la membrane du poumon en le décollant) et l'on détache le poumon de la paroi. Si la paroi présente un défaut, on lui impute l'adhérence (cachere) ; sinon, l'adhérence vient du poumon -> tereifa. Et ce, même si le poumon insufflé ne laisse pas fuir l'air : on suppose qu'une croûte a bouche la perforation, et une telle croûte ne sauve pas.
Rav Nehemia fils de Rav Yossef l'examinait à l'eau tiède (pechouréï). Mar Zoutra fils de Rav Houna fils de Rav Papi dit à Ravina : ce [propos] de Rav Nehemia fils de Rav Yossef, vous, vous l'enseignez sur ceci [le poumon collé à la paroi] ; nous, nous l'enseignons sur [le propos de] Rava — car Rava a dit : ces deux lobes du poumon (tartei ounéi de-riaa) qui adhèrent l'un à l'autre (dessarikhan le-hadadei) n'ont pas d'examen [permettant] de les rendre cacheres.
[Et pourtant] Rav Nehemia fils de Rav Yossef l'examinait à l'eau tiède.
Rav Nehemia ajoutait un examen à l'eau tiède (pechouréï) : après avoir détaché le poumon et trouvé une plaie dans la paroi, il l'insufflait ; si des bulles apparaissaient, c'est qu'il était perforé -> tereifa. Mar Zoutra précise une divergence de transmission : selon Ravina, ce procédé vise le poumon collé à la paroi ; selon eux, il vise le cas de Rava — deux lobes collés l'un à l'autre (sarikhan le-hadadei), qui n'ont en principe aucun examen validant ; et Rav Nehemia les examinait quand même à l'eau tiède.
Rav Achi objecte à cela : qu'est-ce que ceci [comment valider par cet examen le cas des deux lobes] ? Soit (bichlama) ici [poumon collé à la paroi], nous rattachons [l'adhérence] à la paroi, et [la bête est] cachere ; mais là [deux lobes collés l'un à l'autre] — si celui-ci a été perforé, [la bête est] tereifa, et si celui-là a été perforé, [la bête est] tereifa !
Objection de Rav Achi : l'examen à l'eau tiède n'a de sens que pour le poumon collé à la paroi, où l'on peut imputer l'adhérence à la paroi et valider (si pas de bulles, on dit qu'il n'y a pas de perforation). Mais pour deux lobes collés l'un à l'autre, il n'y a aucun tiers à qui imputer le défaut : l'adhérence vient forcément d'une plaie de l'un ou l'autre lobe ; lequel qu'il soit qui a été perforé, c'est tereifa — et l'absence de bulles s'explique par une croûte qui a bouche le trou.
Et Rav Nahman a-t-il vraiment dit ainsi [qu'on craint, pour les crêtes, une perforation rendant tereifa] ? Mais Rav Yossef bar Minyomi n'a-t-il pas dit au nom de Rav Nahman : un poumon qui a été perforé et [que] la paroi obture (ve-dofen sotamta) — [la bête est] cachere !
[Réponse :] ce n'est pas une difficulté : là [il est cachere, c'est] au lieu de croissance (bimkom rivta) ; ici [on craint, c'est] hors du lieu de croissance (chelo bimkom rivta).
Contradiction interne chez Rav Nahman : il craint pour les crêtes (donc une perforation du poumon serait tereifa, l'obturation par la paroi ne sauvant pas) ; or il enseigne aussi que 'le poumon perforé que la paroi obture est cachere'. Résolution : tout dépend du lieu de croissance (mekom rivta). À cet endroit, le poumon et la paroi croissent ensemble, l'adhérence est stable et l'obturation tient -> cachere. Hors de cet endroit, le poumon est loin de la paroi, l'adhérence se détache et l'obturation lâche -> on craint, et l'on suit Avimi par rigueur (puisque c'est une interdiction de la Torah).
Et où est le lieu de croissance (mekom rivta) ? [Au lieu de] la découpe des lobes (hitoukhéi de-onéi).
Précision : le lieu de croissance (mekom rivta), où l'adhérence du poumon à la paroi est stable et donc toléré, c'est la découpe des lobes (hitoukhéi de-onéi) — l'avant du poumon, près du cou, dans la partie étroite de la cavité, où les lobes touchent la paroi de tous côtés.
[Revenons] à la chose elle-même (goufa) : Rav Yossef bar Minyomi a dit au nom de Rav Nahman : un poumon qui a été perforé et [que] la paroi obture — [la bête est] cachere. Ravina a dit : et [c'est] à condition qu'il s'accroche dans la chair (saviekh be-bissra).
Rav Yossef dit à Ravina : et s'il ne s'accroche pas [dans la chair], quoi ? [Réponse :] tereifa.
Si [c'est] ainsi, [cela implique qu']on dit [qu']il a été perforé [réellement] ; [mais] si [c'est] ainsi, quand il s'accroche aussi [il devrait être tereifa] !
Reprise du propos lui-même : 'poumon perforé que la paroi obture = cachere'. Ravina restreint : seulement si le poumon s'accroche dans la chair (saviekh be-bissra) entre les côtés — là, l'obturation est ferme et ne se détache pas ; collée aux côtés nus, elle ne tient pas. Rav Yossef objecte : si, faute d'accrochage, c'est tereifa, c'est donc qu'on tient le poumon pour réellement perforé ; mais alors, même quand il s'accroche, pourquoi l'obturation sauverait-elle un organe perforé ?
Car il est enseigné (de-ha tania) : [un membre viril] qui a été perforé — [l'homme est] invalide [à entrer dans l'assemblée], parce que [la semence] coule (chotet) ; [s']il a été obturé (nistam) — [il est] apte, parce qu'il engendre (molid) ; et c'est cela un invalide qui revient à son aptitude (passoul che-hozer le-hekhchero). Et ce 'c'est cela' [vient] exclure quoi ?
N'est-ce pas exclure un cas tel que celui-ci [le poumon perforé puis bouche par la paroi, qui ne redeviendrait pas cacher] ?
Appui de Rav Yossef sur une braita (Deut 23:2, 'celui dont le membre est tranché n'entrera pas dans l'assemblée') : un membre perforé rend invalide car la semence s'écoule (chotet) sans jaillir et il n'engendre pas ; mais une fois bouche par de la chair, il redevient apte car il engendre de nouveau — 'un invalide qui revient à son aptitude' (passoul chehozer le-hekhchero). Le mot 'c'est cela' exclut un autre cas : selon Rav Yossef, il exclurait justement le poumon perforé puis bouche, qui lui ne redeviendrait pas cacher.
Non : [le mot 'c'est cela' vient] exclure une croûte (keroum) qui a poussé à la suite d'une plaie dans le poumon, laquelle n'est pas [véritablement] une croûte [obturante].
Réponse [contre Rav Yossef] : 'c'est cela' n'exclut pas le poumon bouche par la paroi, mais une croûte (keroum) qui se forme à partir d'une plaie dans le poumon lui-même — celle-là n'est pas une vraie obturation (elle est passagère). En revanche l'obturation par la paroi, elle, est solide et rend la bête cachere.
Rav Oukva bar Hama objecte à cela : si la paroi avait été perforée en face de lui [du trou du poumon], quoi ? [La bête serait] tereifa !
[Alors] qu'on enseigne [dans la michna] : '[bête dont] la paroi a été perforée' (nekouvat ha-dofen) !
Objection de Rav Oukva bar Hama au principe de Rav Nahman (poumon perforé + paroi obturante = cachere) : si la paroi elle-même venait à être perforée juste en face du trou du poumon, l'air s'échapperait et la bête serait tereifa. Le statut dépend donc de l'état de la paroi ; alors la michna aurait dû énumérer '[bête dont] la paroi a été perforée' (nekouvat ha-dofen) parmi les tereifot !
Et selon ton raisonnement (oulta'amikh) : ce que Rav Yitshak bar Yossef a dit au nom de Rabbi Yo'hanan — une vésicule biliaire (mara) qui a été perforée et [que] le foie obture (ve-kaved sotamta) — [la bête est] cachere : si le foie avait été perforé en face d'elle, quoi ? [La bête serait] tereifa !
[Alors] qu'on enseigne : '[bête dont] le foie a été perforé' (nekouvat ha-kaved) !
Riposte par symétrie (oulta'amikh, 'selon ton propre raisonnement') : Rabbi Yo'hanan enseigne de même qu'une vésicule biliaire (mara) perforée mais obturée par le foie laisse la bête cachere. Si le foie venait à être perforé en face du trou, ce serait tereifa ; faudrait-il alors énumérer 'le foie a été perforé' (nekouvat ha-kaved) dans la michna ? L'objection de Rav Oukva prouverait trop.
Plutôt [il faut dire] : lorsque c'est un organe perforé (nikva) par lequel [la bête] n'est pas rendue tereifa, [la michna] ne l'enseigne pas ; ici aussi, puisque [la paroi] n'est pas [l'organe] par lequel [la bête] est rendue tereifa, [la michna] ne l'enseigne pas.
Résolution : la michna n'énumère que les organes par lesquels la bête devient tereifa. Elle n'enseigne pas un organe dont la perforation ne rend pas, en lui-même, la bête tereifa. Pour la paroi (comme pour le foie face à la vésicule), la cause de tereifa serait la perforation du poumon [de la vésicule], non celle de la paroi [du foie] ; aussi la michna ne mentionne-t-elle ni l'une ni l'autre.
Rabba bar bar Hana demanda à Chmouel : [un poumon qui] a poussé des crêtes (hé'elta tsemahin), quoi [son statut] ? Il lui dit : cachere.
Il lui dit : moi aussi je dis ainsi, sauf que les élèves hésitent (mizdanzin) sur la chose, car Rav Matna a dit : [une crête] pleine de pus (mouglat) — tereifa ; [pleine] d'eau claire (mayim zakim) — cachere. Il lui dit : ce [propos] a été énoncé au sujet du rein (koulia).
Rabba bar bar Hana interroge Chmouel : un poumon qui a poussé des crêtes (tsemahin) ? Réponse : cachere. Rabba acquiesce mais signale que les élèves hésitent (mizdanzin, balbutient), à cause d'un propos de Rav Matna : crête pleine de pus (mougla) = tereifa, pleine d'eau claire = cachere. Chmouel tranche : ce critère de Rav Matna ne vise pas le poumon mais le rein (koulia).
Rabbi Yitshak bar Yossef marchait derrière Rabbi Yirmeya au marché des bouchers (chouka de-tabhei). Il vit ces [poumons] qui se tenaient [exposés], pleins de crêtes (tsemahei tsemahei).
Il lui dit : Maître ne veut-il pas [un morceau de] viande (oumtsa) ? Il lui dit : je n'ai pas de menue monnaie (peritei).
Il lui dit : je [te] le ferai prendre à crédit (akpan ana). Il lui dit : que puis-je faire pour toi ? — car, lorsqu'on venait devant Rabbi Yo'hanan [avec de tels poumons], il les envoyait devant Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon, qui y instruisait, au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, pour permettre ; mais lui-même (ve-leh) n'[en] tient pas ainsi.
Récit illustrant la retenue dans la pratique. Rabbi Yitshak bar Yossef, voulant connaître le statut de poumons pleins de crêtes exposés au marché, propose à Rabbi Yirmeya de lui acheter de la viande (même à crédit, akpan) pour le pousser à trancher. Rabbi Yirmeya, ne voulant pas statuer, explique : Rabbi Yo'hanan renvoyait ces cas à Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon, qui permettait au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon ; mais lui-même (Rabbi Yo'hanan) ne tenait pas ainsi [donc Rabbi Yirmeya s'abstient par rigueur].
Rava a dit : lorsque nous marchions derrière Rav Nahman au marché
Début d'un nouveau récit, autour de Rav Nahman au marché ; son développement se poursuit au daf suivant (48b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).