Sougya : Après deux anecdotes où des Sages voient des poumons couverts de kystes (kandei) ou de durillons (tinrei) et ne disent rien (donc cachere), la sougya pose la grande question : une aiguille trouvée dans le poumon, sans perforation visible à l'extérieur, rend-elle tereifa ? Rabbi Yo'hanan, Rabbi Elazar et Rabbi Hanina déclarent cachere ; Resh Lakich, Rabbi Mani bar Patich et Rabbi Chimon ben Elyakim déclarent tereifa.
La Guemara écarte l'idée qu'ils divergent sur le manque interne (hesron mibifnim) — tous admettent qu'il n'invalide pas — et fixe le vrai point : l'aiguille est-elle entrée par la trachée sans perforer la membrane (simpona nakat ve-atai, cachere), ou a-t-elle perforé son chemin depuis l'oesophage (nakuvei nakiv ve-atai, tereifa) ? Suit le cas pratique de l'aiguille trouvée dans un poumon déjà découpé : Rabbi Ami puis Rabbi Yitzhak Nappaha veulent autoriser, mais Rabbi Ami finit par interdire, car on n'a plus le poumon entier sous les yeux.
La Guemara distingue ensuite la perforation d'un bronche contre un autre (tereifa, Rav Nahman) du bronche perforé vers la chair tendre (qui se rebouche), et oppose ce cas à l'anse intestinale qui se protège elle-même — Rav Achi posant qu'on ne compare pas une tereifa à une autre. Enfin, l'aiguille trouvée dans le foie : Rav Achi tranche selon l'orientation du chas (kofa) — vers l'extérieur = perforation = tereifa, vers l'intérieur = entrée par un vaisseau = cachere — mais seulement pour une aiguille épaisse ; une aiguille fine perfore de toute façon.
Le daf s'interrompt sur le début d'une comparaison avec l'aiguille trouvée dans la paroi de la panse.
[Lavi le Vieux passait au marché] des corroyeurs, et certains disent au marché des Sages [Rabbanan] ; il voyait ces [poumons] qui se tenaient [couverts de] kystes sur kystes (kandei kandei), et il ne leur disait rien du tout.
Première anecdote (la suite de 48a). Un Sage passe au marché et voit des poumons couverts de gros kystes (kandei) remplis de liquide, mais ne dit rien aux bouchers : signe qu'il tenait ces bêtes pour cacheres, les kystes du poumon n'invalidant pas.
Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient au marché de Tibériade ; ils virent ces [poumons] qui se tenaient [couverts de] durillons sur durillons (tinrei tinrei), et ils ne leur dirent rien du tout.
Deuxième anecdote, parallèle : Rabbi Ami et Rabbi Assi voient des poumons couverts de durillons durs (tinrei), plus durs que les kystes, et n'interviennent pas — donc cacheres. Rachi précise que ces durillons sont fréquents dans nos bêtes et ne se confondent pas avec le poumon 'bouche' (atoum), défaut tout autre.
Il a été énoncé : une aiguille (mahat) qui s'est trouvée dans le poumon — Rabbi Yo'hanan, Rabbi Elazar et Rabbi Hanina déclarent [la bête] cachere ; Rabbi Chimon ben Lakich, Rabbi Mani bar Patich et Rabbi Chimon ben Elyakim déclarent [la bête] tereifa.
Le cœur du daf (voir le schéma de la controverse). Une aiguille est trouvée fichée dans le poumon, sans perforation visible à l'extérieur. Trois Amoraim déclarent cachere (Rabbi Yo'hanan, Rabbi Elazar, Rabbi Hanina) ; trois autres déclarent tereifa (Resh Lakich, Rabbi Mani bar Patich, Rabbi Chimon ben Elyakim).
Disons [que] sur ceci ils divergent : que ce maître tient [que] le manque à l'intérieur (hesron mibifnim) est appelé un manque, et [que] ce maître tient [qu']il n'est pas appelé un manque ? Non : pour tout le monde, le manque à l'intérieur n'est pas appelé un manque ; et ici, [c'est] sur ceci [qu']ils divergent : ce maître tient [que] c'est un bronche [qu']elle a saisi et [par où] elle est venue (simpona nakat ve-atai), et ce maître tient [que c'est] en perforant [qu']elle a perforé et est venue (nakuvei nakiv ve-atai).
La Guemara cherche le vrai point du désaccord (voir le schéma des deux voies). Première hypothèse : divergent-ils sur le manque interne (hesron mibifnim, la chair rongée par le fer) — est-ce ou non un manque invalidant ? Réponse : non ; tous admettent qu'un manque interne n'invalide pas. Le vrai désaccord porte sur le trajet : pour les uns, l'aiguille a saisi un bronche (simpona nakat) et est descendue par la trachée sans perforer la membrane (cachere) ; pour les autres, elle a perforé son chemin (nakuvei nakiv) depuis l'oesophage, donc la membrane est perforée (tereifa).
Une certaine aiguille qui s'est trouvée dans un morceau découpé (hitoukha) du poumon : on l'apporta devant Rabbi Ami, [qui] pensa la déclarer cachere. Rabbi Yirmeya — et certains disent Rabbi Zerika — lui objecta [de la michna] : 'le poumon qui a été perforé ou qui a un manque [est tereifa]'.
Qu'est-ce que 'qui a un manque' ? Si tu dis [qu'il s'agit d'un manque] à l'extérieur — c'est [la même chose] que 'qui a été perforé' !
Plutôt, n'est-ce pas [un manque] à l'intérieur ? Et apprends-en [donc] que le manque à l'intérieur est appelé un manque !
Cas pratique (voir le schéma du va-et-vient). Une aiguille est trouvée dans un morceau de poumon déjà découpé. Rabbi Ami veut déclarer cachere (le poumon n'est plus entier mais il présume simpona nakat). Objection de la michna : 'le poumon perforé ou manquant (hasera) est tereifa' — or un manque à l'extérieur, c'est déjà une perforation ; donc 'manquant' vise un manque interne, preuve qu'un manque interne invalide, contre la présomption de Rabbi Ami.
On l'envoya ensuite (hadar) devant Rabbi Yitzhak Nappaha, [qui] pensa la déclarer cachere. Rabbi Yirmeya — et certains disent Rabbi Zerika — lui objecta [de la michna] : 'le poumon qui a été perforé ou qui a un manque [est tereifa]'.
Qu'est-ce que 'qui a un manque' ? Si tu dis [qu'il s'agit d'un manque] à l'extérieur — c'est [la même chose] que 'qui a été perforé' !
Plutôt, n'est-ce pas [un manque] à l'intérieur ? Et apprends-en [donc] que le manque à l'intérieur est appelé un manque !
Le morceau passe à un second décideur, Rabbi Yitzhak Nappaha, qui veut lui aussi déclarer cachere et reçoit la même objection. Rachi précise : ce n'est pas à cause de cette objection qu'on finira par interdire (on pourrait la repousser comme en 47b), mais parce que, le poumon étant découpé, on ne peut plus se fier à la présomption 'simpona nakat'.
On l'envoya ensuite [de nouveau] devant Rabbi Ami, et il [la] déclara tereifa. Ils lui dirent : mais les Rabbanim ne déclarent-ils pas [cachere] ?
Il leur dit : eux ont déclaré cachere, [parce] qu'ils savent pour quelle raison ils ont déclaré cachere ; nous, pour quelle raison déclarerions-nous cachere ? Peut-être, si le poumon était devant nous, serait-il [trouve] perforé.
Le morceau revient à Rabbi Ami, qui cette fois tranche tereifa. Objection : mais les Rabbanim (Rabbi Yo'hanan et compagnie) déclarent cachere ! Réponse : eux avaient le poumon entier sous les yeux et voyaient qu'il n'était pas perforé (donc simpona nakat). Nous, avec un poumon découpé, nous ne pouvons pas vérifier : peut-être, vu entier, serait-il perforé. La majorité des corps avalés passent par l'oesophage, et par l'oesophage l'aiguille perfore nécessairement.
La raison [pour déclarer tereifa, c'est] qu'il [le poumon] n'y est pas [présent] ; mais [si] il y est et qu'il n'a pas été perforé — cachere. Or Rav Nahman n'a-t-il pas dit : ce bronche du poumon (simpona de-réa) qui a été perforé — tereifa ?
Cela a été énoncé à propos d'[un bronche perforé] vers son voisin (le-haveiro).
Inférence : si l'on déclare tereifa parce que le poumon n'est plus là à examiner, c'est donc que, présent et non perforé, il serait cachere — même avec un bronche perforé en son sein. Mais Rav Nahman dit qu'un bronche perforé rend tereifa ! Réponse : Rav Nahman parle d'un bronche perforé vers un bronche voisin (paroi dure contre paroi dure, qui ne rebouche pas) ; tandis qu'un bronche perforé vers la chair tendre du poumon se trouve rebouché par cette chair.
Or Rav Nahman n'a-t-il pas dit : cette anse intestinale (hadoura de-khanta) qui a été perforée contre sa voisine — [sa voisine] la protège ? [Pourquoi donc un bronche ne protège-t-il pas un autre bronche ?] Rav Achi dit : compare-t-on les tereifot l'une à l'autre ?
On ne dit pas, dans les tereifot, [que] celle-ci ressemble à celle-là ; car [tel animal,] tu le coupes ici et il meurt, tu le coupes là et il vit !
Objection inverse : Rav Nahman dit ailleurs qu'une anse intestinale perforée contre sa voisine est protégée par celle-ci ! Pourquoi alors un bronche ne protégerait-il pas un autre bronche ? Réponse de Rav Achi : on ne compare pas les tereifot entre elles ; les règles ne se déduisent pas par analogie d'un organe à l'autre. Preuve : un même animal, coupé à un endroit il meurt (au-dessous, au niveau des tendons, tsomet ha-guidin), coupé à un autre il vit (au-dessus) — la position change tout.
Une certaine aiguille qui s'est trouvée dans le grand bronche du poumon (simpona raba de-réa) : on l'apporta devant les Rabbanim qui déclarent tereifa (Rabbanan tarofaei, ceux-là mêmes qui déclarent tereifa l'aiguille du poumon), [qui] ne dirent à son sujet ni interdit ni permis. Le permis, ils ne le dirent pas à son sujet — conformément à leur enseignement [habituel] ; l'interdit non plus, ils ne le dirent pas à son sujet — puisqu'elle s'est trouvée dans le grand bronche, dis [donc qu']elle a saisi un bronche et est venue (simpona nakat ve-atai).
Cas du grand bronche (la voie aérienne principale, proche de la trachée). On l'apporte aux 'Rabbanan Troupai' — ceux-là mêmes qui déclarent tereifa l'aiguille du poumon. Ils ne se prononcent ni dans un sens ni dans l'autre : pas permis, fidèle à leur ligne ; mais pas interdit non plus, car la position de l'aiguille dans le grand bronche oriente fortement vers 'simpona nakat' — entrée par la voie aérienne.
Une certaine aiguille qui s'est trouvée dans un morceau de foie (hatikha de-khavda) : Mar fils de Rav Yossef pensa la déclarer tereifa. Rav Achi lui dit : si elle s'était trouvée dans la chair, de la sorte, le Maître l'aurait-il déclarée tereifa [par étonnement : un foie perforé n'est pas tereifa] ?
Plutôt, Rav Achi dit : nous regardons — si le chas (kofa) [est tourné] vers l'extérieur, [c'est] en perforant [qu']elle a perforé et est venue (nakuvei nakiv ve-atai) ; si le chas [est tourné] vers l'intérieur, [c'est] un bronche [qu']elle a saisi et [par où] elle est venue (simpona nakat ve-atai).
Cas de l'aiguille dans le foie. Mar fils de Rav Yossef veut déclarer tereifa, mais Rav Achi objecte : un foie perforé n'est pas tereifa en soi (comme la chair) — donc le foie ne tranche rien par lui-même. Le critère est l'orientation du chas (kofa, l'extrémité percée de l'aiguille) : chas vers l'extérieur (la pointe enfoncée vers l'intérieur) = elle a perforé en venant de l'oesophage = tereifa ; chas vers l'intérieur (enfoui dans le foie, pointe vers la cavité) = entrée par un vaisseau = cachere.
Et ces propos [valent] pour une [aiguille] épaisse (alimta) ; mais pour une [aiguille] fine (ketinta), il n'y a pas de différence [que] le chas [soit] vers l'intérieur, il n'y a pas de différence [que] le chas [soit] vers l'extérieur : [c'est] en perforant [qu']elle a perforé et est venue (nakuvei nakiv ve-atai).
Restriction du critère précédent : il ne vaut que pour une aiguille épaisse (alimta), dont le chas est trop émoussé pour percer de lui-même. Pour une aiguille fine (ketinta) — comme nos aiguilles — l'orientation du chas n'importe plus : même par le chas elle peut perforer, donc on présume toujours nakuvei nakiv (perforation) et la bête est tereifa.
Et en quoi [cela] diffère-t-il de l'aiguille qui s'est trouvée [dans l'épaisseur de la paroi de la panse...]
Le daf s'interrompt au milieu d'une question : en quoi le cas du foie diffère-t-il de l'aiguille trouvée dans l'épaisseur de la paroi de la panse (beit ha-kossot) ? Le développement et la réponse se poursuivent au daf suivant (49a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).