Chullin 49b — la graisse interdite (boyaux ou caillette), et la graisse qui bouche une perforation

Chullin 49b

Sougya : Le daf poursuit la mahloket de Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva sur l'inclusion par le mot 'toute' (kol) du verset 'et toute la graisse qui est sur les entrailles' : pour l'un, [cela] inclut la graisse sur les boyaux (dakin) ; pour l'autre, [cela] inclut la graisse sur la caillette (kevah). Une braita (critères 'membrane qui se pèle' et 'étalée') semble se contredire ; Ravin, au nom de Rabbi Yo'hanan, renverse la première braita, et Rav Nahman bar Yitzhak précise que Rabbi Yichmael ne dit la position indulgente qu'au nom de ses pères.

La sougya passe ensuite à la tereifa : Rav (la graisse pure 'bouche' une perforation, l'impure non) contre Rav Chechet (les deux bouchent). Rabbi Zira interroge la graisse de la bête sauvage ; Abaye tranche [qu'elle] n'adhère pas.

Deux cas viennent devant Rava, qui invoque 'la Torah épargne l'argent d'Israël' (un nkav bouche par graisse impure ; une jarre de miel découverte) — mais Rav Papa et Rav Nahman bar Yitzhak [le] reprennent, [car il s'agit] d'un interdit de la Torah et d'un danger mortel. Suit la règle des liquides sujets au 'découvert' (gilui) face au venin de serpent.

Enfin Rav Nahman : la graisse 'en bonnet' (ke-kova) ne bouche pas, et le couple chimtza / bar chimtza, dont l'un bouche et l'autre non (le fils l'emporte sur le père).

Le graisse (chelev) interdite : sur les boyaux ou sur la caillette ? Verset : 'et toute la graisse qui est sur les entrailles (kerev)' (Lev 3) 'toute' (kol) inclut une graisse de plus : laquelle ? Rabbi Yichmael 'toute' inclut la graisse sur les boyaux (dakin) -> celle de la caillette permise Rabbi Akiva 'toute' inclut la graisse sur la caillette (kevah) (donc plus sévère) Contradiction (braita de R. Chimon / R. Akiva) puis renversement critère : graisse 'à membrane qui se pèle' (kroum ve-niklaf) et 'étalée' (totav) Ravin au nom de R. Yo'hanan : renverser la PREMIÈRE braita -> R. Akiva interdit les boyaux ; R. Yichmael interdit aussi la caillette
Segments 0-4 : ce que le mot 'toute' (kol) inclut selon chaque Tana, le critère de la braita, et le renversement opéré par Ravin.
La graisse 'bouche'-t-elle une perforation (tereifa) ? un boyau perforé que la graisse recouvre : la bête reste-t-elle cachere ? Rav graisse PURE (permise) -> bouche graisse IMPURE (interdite) -> ne bouche pas Rav Chechet l'une comme l'autre bouchent Le ressort : adhérence (mehadek), pas simple permission R. Zira : la graisse de bête sauvage (haya) est permise mais peu adhérente -> bouche-t-elle ? Abaye : même permise, elle n'adhère pas -> ne bouche pas graisse 'en bonnet' (ke-kova) : grains du rectum / capsule du cœur -> ne bouche pas
Segments 5-7 et 12 : la graisse 'bouche'-t-elle une perforation ? Le vrai ressort est l'adhérence (mehadek), non la permission à la consommation.
Découvert (gilui) : danger du venin de serpent Interdits par gilui (michna) vin, eau, lait Sans gilui (braita, 1ers Tanaim) saumure, vinaigre, huile, miel, mourayes R. Chimon : même ces cinq sont sujets au gilui débat sur le miel : concède pour la saumure (Rav Papa la coupe au venin), pas pour le miel (R. Chimon ben Elazar interdit le miel découvert, comme R. Chimon)
Segments 9-11 : les liquides sujets au 'découvert' (gilui) et le débat sur la saumure et le miel.
1
וְגוֹ׳״ – לְהָבִיא חֵלֶב שֶׁעַל גַּבֵּי הַדַּקִּין, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: לְהָבִיא חֵלֶב שֶׁעַל גַּבֵּי הַקֵּבָה.

...etc. [le mot 'toute'] vient inclure la graisse qui est sur les boyaux (dakin) — paroles de Rabbi Yichmael.

Rabbi Akiva dit : [le mot 'toute' vient] inclure la graisse qui est sur la caillette (kevah).

📜 Rachi (1)
חֵלֶב שֶׁעַל הַדַּקִּין לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף צג.) אָמְרִינַן רֵישׁ מְעַיָּא בְּאַמְּתָא בָּעֵי גְּרִירָה וְזֶהוּ חֵלֶב שֶׁעַל הַדַּקִּין כְּשֶׁהַמֵּעַיִם מַתְחִילִים לִימָּשֵׁךְ מִן הַקֵּיבָה הָוֵי חֵלֶב שֶׁעַל הַדַּקִּין אָסוּר עַד אַמָּה לְדִבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל מִפְּנֵי שֶׁחֵלֶב שֶׁעַל הַקֶּרֶב שֶׁקּוֹרִין טיל"א מְחֻובָּר בּוֹ וְהַכָּתוּב מַרְבֵּהוּ בִּכְלָל מִוְּאֶת כָּל הַחֵלֶב אֲבָל חֵלֶב שֶׁעַל הַקֵּיבָה לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מֻותָּר וְהַיְינוּ מְסַייֵּעַ כָּהֲנֵי:
La graisse qui est sur les boyaux — plus loin (Houlin 93a) nous disons : la tête des boyaux, sur une coudée (ama), requiert le raclage (guérira) ; et c'est cela 'la graisse qui est sur les boyaux' : lorsque les intestins commencent à se détacher de la caillette, [il y a] la graisse sur les boyaux, interdite jusqu'à une coudée, selon les paroles de Rabbi Yichmael, parce que la graisse qui est sur les entrailles, qu'on appelle 'tila' [en vernaculaire], y est attachée, et l'Écriture l'inclut dans l'ensemble de 'et toute la graisse' ; mais la graisse qui est sur la caillette, pour Rabbi Yichmael, est permise — et c'est cela [le sens de] 'celui-ci [Rabbi Yichmael] appuie ceux-là [les prêtres qui usaient d'indulgence]'.
🗂️ Tossefot (1)
לְהָבִיא חֵלֶב שע"ג הַדַּקִּין לֹא הָיָה צָרִיךְ לְמִיכְתַּב (וַיִּקְרָא ג׳:ג׳) אֶת הַחֵלֶב הַמְכַסֶּה אֶת הַקֶּרֶב דְּמִוֹּאת כָּל הַחֵלֶב אֲשֶׁר עַל הַקֶּרֶב מִרַבֵּינַן אַף שֶׁעַל הַדַּקִּין אוֹ שֶׁעַל הַקֵּיבָה לְאִידָךְ וּלְמַעֵט חֵלֶב שֶׁעַל גַּבֵּי דְּפָנוֹת כַּתְבֵיהּ כְּדִדְרִישׁ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים:
[Le mot 'toute' vient] inclure la graisse qui est sur les boyaux — il n'aurait pas fallu écrire (Lev 3:3) 'la graisse qui couvre les entrailles', car de 'et toute la graisse qui est sur les entrailles' nous incluons aussi celle qui est sur les boyaux ou celle qui est sur la caillette pour l'autre [Tana] ; et [c'est] pour exclure la graisse qui est sur les parois (dfanot) [qu']il l'a écrit, comme [le] dérive le Torat Kohanim.
💡 Explication

Suite de la sougya (depuis 49a). Le verset 'et toute (kol) la graisse qui est sur les entrailles' (Lev 3) : le mot 'toute' sert à inclure une graisse de plus que celle déjà nommée. Pour Rabbi Yichmael, il inclut la graisse sur les boyaux (dakin) — donc celle sur la caillette (kevah) reste permise. Pour Rabbi Akiva, il inclut [aussi] celle sur la caillette.

🖼️ Schéma
Le graisse (chelev) interdite : sur les boyaux ou sur la caillette ? Verset : 'et toute la graisse qui est sur les entrailles (kerev)' (Lev 3) 'toute' (kol) inclut une graisse de plus : laquelle ? Rabbi Yichmael 'toute' inclut la graisse sur les boyaux (dakin) -> celle de la caillette permise Rabbi Akiva 'toute' inclut la graisse sur la caillette (kevah) (donc plus sévère) Contradiction (braita de R. Chimon / R. Akiva) puis renversement critère : graisse 'à membrane qui se pèle' (kroum ve-niklaf) et 'étalée' (totav) Ravin au nom de R. Yo'hanan : renverser la PREMIÈRE braita -> R. Akiva interdit les boyaux ; R. Yichmael interdit aussi la caillette
Ce que 'toute' (kol) inclut : graisse des boyaux (R. Yichmael) ou de la caillette (R. Akiva), avec le critère de la braita et le renversement de Ravin.
2
וּרְמִינְהִי: ״אֶת הַחֵלֶב אֲשֶׁר עַל הַקֶּרֶב״ – רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: מָה חֵלֶב הַמְכַסֶּה אֶת הַקֶּרֶב קְרוּם וְנִקְלָף, אַף כֹּל קְרוּם וְנִקְלָף. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מָה חֵלֶב הַמְכַסֶּה אֶת הַקֶּרֶב תּוֹתָב קְרוּם וְנִקְלָף, אַף כֹּל תּוֹתָב קְרוּם וְנִקְלָף.

Et l'on objecte [par contradiction] : 'la graisse qui est sur les entrailles' — Rabbi Chimon dit : de même que la graisse qui couvre les entrailles est [pourvue d'une] membrane et se pèle (kroum ve-niklaf), de même toute [graisse pourvue d'une] membrane qui se pèle [est interdite]. Rabbi Akiva dit : de même que la graisse qui couvre les entrailles est étalée (totav), [pourvue d'une] membrane et se pèle, de même toute [graisse] étalée, [pourvue d'une] membrane qui se pèle [est interdite].

📜 Rachi (3)
קְרוּם וְנִקְלָף קְרוּם דַּק יֵשׁ עָלָיו וְנִקְלָף הַקְּרוּם מֵעַל הַחֵלֶב שֶׁאֵינוֹ אָדוּק בּוֹ כָּל כָּךְ:
[Pourvue d'une] membrane et se pèle — il y a sur elle une membrane fine (kroum dak), et la membrane se pèle de dessus la graisse, car elle ne lui adhère pas tant que cela.
אַף כֹּל קְרוּם וְנִקְלָף וְהַייְנוּ חֵלֶב שע"ג הַקֵּבָה וכ"ש חֵלֶב שע"ג הַדַּקִּין:
De même toute [graisse pourvue d'une] membrane qui se pèle — et c'est la graisse qui est sur la caillette, et à plus forte raison la graisse qui est sur les boyaux.
תּוֹתָב הִיא שִׂמְלָתוֹ מְתַרְגְּמִינַן הִיא תּוֹתְבֵּיהּ (שְׁמוֹת כב). כְּשִׂמְלָה הוּא פָּרוּשׁ עַל הַקֶּרֶב וְכֵן עַל הַדַּקִּין בְּרֹאשָׁן אֲבָל חֵלֶב הַקֵּבָה אֵינוֹ תּוֹתָב אֶלָּא חֲתִיכוֹת חֲתִיכוֹת הוּא אָדוּק וְשֶׁעַל הַדַּקִּים מֵרֹאשׁוֹ וָהָלְאָה הַיְינוּ מִן הַכַּנְּתָא כְּשֶׁמַּפְרִישִׁין אוֹתוֹ מֵהֶן נִשְׁאַר מִן הֶחָלָב אֶצְלָם וְלָאו תּוֹתָב הוּא אֶלָּא אָדוּק בָּהֶם:
Etalée (totav) — c'est [un terme de] 'son vêtement' (simlato), que [le Targoum] traduit 'hi totveih' (Exode 22) : comme un vêtement, elle est étendue sur les entrailles, et de même sur les boyaux à leur tête ; mais la graisse de la caillette n'est pas étalée, [elle est] plutôt par morceaux, adhérente ; et celle qui est sur les boyaux, depuis sa tête et au-delà — c'est-à-dire depuis le 'kanta' [le gros boyau] — lorsqu'on l'en sépare, il reste de la graisse auprès d'eux, et [ce] n'est pas [de la graisse] étalée mais adhérente à eux.
💡 Explication

Une braita parallèle contredit en apparence le partage des opinions. Le critère : la graisse interdite est celle qui a une membrane qui se pèle (kroum ve-niklaf) — et, pour Rabbi Akiva, qui est en plus étalée (totav, étendue comme un drap). Or la graisse de la caillette est par 'morceaux' adhérents, donc pas étalée : pour R. Akiva [ici], elle serait permise — l'inverse de ce qu'on lui prêtait au segment 0.

3
שְׁלַח רָבִין מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: כָּךְ הִיא הַצָּעָה שֶׁל מִשְׁנָה, וְאִיפּוּךְ קַמַּיְיתָא.

Ravin a envoyé au nom de Rabbi Yo'hanan : telle est la disposition de la michna [de la braita], et renverse la première [braita].

📜 Rachi (1)
כָּךְ הִיא הַצָּעָה שֶׁל מִשְׁנָה כְּמוֹ שֶׁהֵשַׁבְתָּ וְאִיפּוּךְ קַמַּיְיתָא:
Telle est la disposition de la michna — comme tu [l']as répondu, et renverse la première [braita].
💡 Explication

Résolution de la contradiction. Ravin transmet au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est la seconde braita (celle 'à critère') qui donne la disposition correcte des opinions ; il faut donc renverser les attributions de la première. Résultat : Rabbi Akiva interdit la graisse des boyaux, et Rabbi Yichmael interdit [aussi] celle de la caillette.

4
מַאי חָזֵית דְּאָפְכַתְּ קַמַּיְיתָא? אִיפּוּךְ בָּתְרָייְתָא! שָׁאנֵי הָכָא, כֵּיוָן דְּקָתָנֵי ״מַה״, דַּוְוקָא.

Qu'as-tu vu [pour] renverser la première [braita] ? Renverse la dernière !

[Réponse :] [c'est] différent ici : puisqu'elle enseigne 'de même que' (ma), c'[est] précis (davka).

📜 Rachi (2)
כֵּיוָן דְּקָתָנֵי מָה חֵלֶב כו' שֶׁדּוֹרֵשׁ אֶת הַמִּקְרָא וְהֻוצְרַךְ לְדַקְדֵּק לְמַר קְרוּם וְנִקְלָף וּלְמַר תּוֹתָב קְרוּם וְנִקְלָף:
Puisqu'elle enseigne 'de même que la graisse etc.' — car elle expose l'Écriture, et il [lui] a fallu préciser : pour l'un, '[pourvue d'une] membrane qui se pèle' ; pour l'autre, 'étalée, [pourvue d'une] membrane qui se pèle'.
דַּווְקָא הוּא וְלֹא נְחַלֵּיף דִּבְרֵי שֶׁל זֶה בָּזֶה:
C'[est] précis (davka) — et nous ne permutons pas les paroles de celui-ci avec celles de celui-là.
💡 Explication

Pourquoi renverser la première plutôt que la seconde ? Parce que la seconde braita est précise : elle expose les versets ('de même que la graisse qui couvre... de même...'), s'astreignant à justifier chaque position par le texte. Une braita qui argumente ainsi est présumée exacte sur l'attribution ; on corrige donc l'autre.

5
אִי הָכִי, כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל? כְּרַבִּי עֲקִיבָא הִיא! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: שֶׁאָמַר מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו, וְלֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ.

S'il en est ainsi, [comment dire] 'selon Rabbi Yichmael' ? C'[est] selon Rabbi Akiva !

Rav Nahman bar Yitzhak a dit : [Rabbi Oucha'ya a voulu dire] qu'il [Rabbi Yichmael] [le] disait au nom de ses pères (avotav), mais que lui-même n'est pas de cet avis.

📜 Rachi (1)
אִי הָכִי כְּר' יִשְׁמָעֵאל בִּתְמִיהַּ. הָא דַּאֲמַרְתְּ לְעֵיל נָהֲגוּ בּוֹ הֶיתֵּר כַּר' יִשְׁמָעֵאל וְהָא רַבִּי עֲקִיבָא הוּא דְּשָׁרֵי לֵיהּ וְלֹא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל:
S'il en est ainsi, [comment dire] 'selon Rabbi Yichmael' — par interrogation [étonnée]. Ce que tu as dit plus haut, '[les prêtres] usaient d'indulgence à son sujet selon Rabbi Yichmael' — or c'[est] Rabbi Akiva qui le permet, et non Rabbi Yichmael !
💡 Explication

Objection : plus haut (49a), Rabbi Oucha'ya disait [que] les prêtres usaient d'indulgence 'selon Rabbi Yichmael' (permettant la graisse de la caillette) ; or, après le renversement, [c'est] Rabbi Akiva qui permet ! Réponse de Rav Nahman bar Yitzhak : Rabbi Yichmael rapporte la position indulgente au nom de ses pères, mais lui-même ne la tient pas [il interdit la graisse de la caillette].

6
אָמַר רַב: חֵלֶב טָהוֹר – סוֹתֵם, טָמֵא – אֵינוֹ סוֹתֵם. וְרַב שֵׁשֶׁת אוֹמֵר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה סוֹתֵם.

Rav a dit : graisse pure (tahor) — bouche ; impure (tamei) — ne bouche pas. Et Rav Chechet dit : l'une comme l'autre bouche.

📜 Rachi (2)
חֵלֶב טָהוֹר סוֹתֵם כְּגוֹן דַּקִּין שֶׁנִּיקְּבוּ וְחֵלֶב הַכַּנְּתָא סוֹתֵם אֶת הַנֶּקֶב כְּשֵׁרָה דְּחֵלֶב טָהוֹר אָדוּק הוּא מְאֹד וְהָוֵי סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא:
Graisse pure bouche — par exemple des boyaux qui se sont perforés et [où] la graisse du 'kanta' bouche la perforation : [la bête est] cachere, car la graisse pure adhère très fortement et constitue une obturation pleine et entière.
טָמֵא אֵינוֹ סוֹתֵם כְּגוֹן כֶּרֶס אוֹ הֶמְסֵס שֶׁנִּיקַּב וְחֵלֶב הַמְכַסֶּה אֶת הַקֶּרֶב סוֹתְמָן אֵינָהּ סְתִימָה לְפִי שֶׁאֵינוֹ חִיבּוּר אֶלָּא תּוֹתָב:
Impure ne bouche pas — par exemple la panse (keres) ou le 'hemses' [feuillet] qui s'est perforé et [où] la graisse qui couvre les entrailles les bouche : ce n'est pas une obturation, parce qu'elle n'est pas attachée mais [seulement] étalée (totav).
🗂️ Tossefot (1)
חֵלֶב טָהוֹר סוֹתֵם לָא מַייְרֵי הָכָא בְּרִיאָה וְשֻׁומָּן סוֹתַמְתָּהּ אוֹ נִסְרְכָה בְּשֻׁומָּן דִּפְשִׁיטָא דִּטְרֵפָה דִּסְתִימָה זוֹ אֵינָהּ כְּלוּם דְּאֵין שֻׁומָּן לָרֵיאָה וְאֵין זֶה שֻׁומָּן שֶׁלָּהּ וְלָא מַייְרֵי הָכָא אֶלָּא כְּגוֹן דַּקִּין שֶׁנִּיקְּבוּ וְחֵלֶב הַכַּנְּתָא סוֹתֵם אֶת הַנֶּקֶב שֶׁהוּא שֻׁומָּן שֶׁלָּהֶם וְתָמִיד שׁוֹכְבִים בּוֹ וְאָדוּק הוּא מְאֹד וְהָוְיָא סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וְחֵלֶב הֶעָשׂוּי כְּכוֹבַע נָמֵי דְּאִצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּאֵינוֹ סוֹתֵם הַיְינוּ כְּגוֹן טַרְפְּשָׁא דְּלִיבָּא כִּדְאָמַר לְקַמָּן שֶׁהֵן שָׁם כָּל שָׁעָה אֲבָל בְּרִיאָה אֵין שׁוּם חָלָב סוֹתֵם:
Graisse pure bouche — il ne s'agit pas ici du poumon que de la graisse boucherait, ou [qui] se serait collé (nisrekha) à de la graisse, car [il est] évident [qu'une telle bête est] tereifa : cette obturation n'est rien, car le poumon n'a pas de graisse [propre] et ce n'est pas sa graisse. Il ne s'agit ici que, par exemple, de boyaux qui se sont perforés et [où] la graisse du 'kanta' bouche la perforation — laquelle est leur graisse [propre], ils reposent toujours dedans, et elle adhère très fortement et constitue une obturation pleine et entière. Et la graisse faite en bonnet (ke-kova) aussi, dont [le texte] a besoin de dire qu'elle ne bouche pas, c'est par exemple le 'tarpacha de-liba' [la capsule du cœur], comme il [le] dit plus loin, [graisses] qui sont là à chaque instant ; mais pour le poumon, aucune graisse ne bouche.
💡 Explication

Bascule vers la tereifa (voir le schéma). Quand un organe est perforé mais qu'une graisse recouvre le trou, la bête reste-t-elle cachere ? Pour Rav : la graisse pure (permise à la consommation, donc fortement adhérente) bouche (sotem) la perforation, mais la graisse impure (interdite) ne bouche pas. Pour Rav Chechet : les deux bouchent.

🖼️ Schéma
La graisse 'bouche'-t-elle une perforation (tereifa) ? un boyau perforé que la graisse recouvre : la bête reste-t-elle cachere ? Rav graisse PURE (permise) -> bouche graisse IMPURE (interdite) -> ne bouche pas Rav Chechet l'une comme l'autre bouchent Le ressort : adhérence (mehadek), pas simple permission R. Zira : la graisse de bête sauvage (haya) est permise mais peu adhérente -> bouche-t-elle ? Abaye : même permise, elle n'adhère pas -> ne bouche pas graisse 'en bonnet' (ke-kova) : grains du rectum / capsule du cœur -> ne bouche pas
La graisse 'bouche'-t-elle une perforation ? Rav (seule la graisse pure) contre Rav Chechet (les deux), et le ressort caché : l'adhérence.
7
בָּעֵי רַבִּי זֵירָא: חֵלֶב חַיָּה מַאי? דַּוְקָא אָמַר חֵלֶב טָהוֹר סוֹתֵם, וְהַאי נָמֵי טָהוֹר הוּא, אוֹ דִלְמָא מִשּׁוּם דִּמְהַדַּק, וְהַאי לָא מְהַדֵּק?

Rabbi Zira a demandé : la graisse d'une bête sauvage (haya), quoi [son statut] ? Est-ce précisément [parce qu'elle est permise qu']il a dit '[la] graisse pure bouche', et celle-ci aussi [la graisse de la haya] est pure [permise] ?

Ou bien peut-être [est-ce] parce qu'elle adhère (mehadek), et celle-ci n'adhère pas ?

📜 Rachi (4)
חֲלֵב חַיָּה הַמְכַסֶּה אֶת הַקֶּרֶב:
La graisse d'une bête sauvage — celle qui couvre les entrailles.
מַהוּ שֶׁיִּסְתֹּום אִם נִיקַּב הַכָּרֵס שֶׁל חַיָּה וּלְהָא דְּבָעֵי הָא בַּעְיָא לָא אִפְּשִׁיט לֵיהּ אַכַּתִּי טַעְמֵיהּ דְּרַב מַהוּ:
Quoi [son statut] — pour boucher, si la panse de la bête sauvage s'est perforée. Et cette question-ci, [même] cette question, ne lui a pas été tranchée : quel est encore le motif de Rav ?
הָא נָמֵי טָהוֹר דְּלָא אָסַר רַחֲמָנָא אֶלָּא כָּל חֵלֶב שׁוֹר וְכֶשֶׂב וָעֵז:
Celle-ci aussi est pure — car le Miséricordieux n'a interdit que 'toute graisse de bœuf, de mouton et de chèvre'.
מְהַדֵּק מְחֻובָּר יָפֶה בַּבָּשָׂר:
Adhère (mehadek) — bien attachée à la chair.
🗂️ Tossefot (1)
חֲלֵב חַיָּה מַאי נִשְׁאַל לְרַבֵּינוּ יִצְחָק עַל מַחַט שֶׁנִּמְצָא בַּקֻּורְקְבָן וְנִיקְּבָה הַכִּיס שֶׁלּוֹ וְגַם בְּשָׂרוֹ רַק שֶׁהָיָה שֻׁומָּן סוֹתֵם לְמַעְלָה וְהִתִּיר דְּלָא מִבָּעֵי לָן הָכָא אֶלָּא חֵלֶב חַיָּה שֶׁכְּנֶגְדּוֹ בִּבְהֵמָה טָמֵא אֲבָל בְּחֵלֶב טָהוֹר דְּעוֹף שֶׁלֹּא מָצִינוּ כְּנֶגְדּוֹ טָמֵא פְּשִׁיטָא דְּסוֹתֵם דְּמִיהַדַּק שַׁפִּיר:
La graisse d'une bête sauvage, quoi — on a interrogé Rabbenou Yitzhak au sujet d'une aiguille qu'on a trouvée dans le gésier (kourkevan) et qui en avait perforé la poche, ainsi que sa chair, mais [où] de la graisse [le] bouchait par-dessus : il [l']a permis. Car nous ne posons ici la question que [pour] la graisse d'une bête sauvage, dont l'équivalent chez la bête domestique est impur (interdit) ; mais pour la graisse pure d'un oiseau, dont nous ne trouvons pas d'équivalent impur, [il est] évident qu'elle bouche, car elle adhère fort bien.
💡 Explication

Rabbi Zira interroge un cas intermédiaire : la graisse de la bête sauvage (haya), dont toute la graisse est permise à la consommation. Le ressort de Rav était-il la permission (alors la graisse de la haya, pure, bouche) ou l'adhérence (alors la graisse de la haya, qui n'adhère pas, ne bouche pas) ?

8
אָמַר אַבַּיֵּי: מַאי תִּיבָּעֵי לֵיהּ? נְהִי דְּשָׁרֵי בַּאֲכִילָה, אִהַדּוֹקֵי לָא מְהַדֵּק.

Abaye a dit : pourquoi [Rabbi Zira] poserait-il la question ? Quoiqu'elle soit permise à la consommation, elle n'adhère [tout de même] pas.

💡 Explication

Abaye tranche le doute de Rabbi Zira : il n'y a pas lieu d'hésiter. Même si la graisse de la bête sauvage est permise à la consommation, elle n'adhère pas (elle est étalée, comme celle qui couvre les entrailles d'une bête domestique) — elle ne bouche donc pas la perforation.

9
הָהוּא נֶקֶב דְּסַתְמֵהּ חֵלֶב טָמֵא, דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא. אָמַר רָבָא: לְמַאי נִיחוּשׁ לָהּ? חֲדָא – דְּהָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: חֵלֶב טָמֵא נָמֵי סוֹתֵם, וְעוֹד – הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: רַב, וְאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא, וְאַתְּ אָמְרַתְּ ״הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל״?!

Une certaine perforation que de la graisse impure bouchait, qui vint devant Rava. Rava dit : de quoi devrions-nous nous inquiéter ?

Premièrement, Rav Chechet a [bien] dit [que] la graisse impure bouche elle aussi ; et de plus, la Torah épargne l'argent d'Israël (ha-Torah hassa al mamonam chel Yisrael). Rav Papa dit à Rava : [il y a] Rav, et [c'est] un interdit de la Torah (issoura de-Oraita), et toi tu dis 'la Torah épargne l'argent d'Israël' ?!

📜 Rachi (2)
הַתּוֹרָה חָסָה כו' בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים נָפְקָא לָן מוְּצוּהָ הַכֹּהֵן וּפִנּוּ אֶת הַבַּיִת בְּטֶרֶם יָבֹא הַכֹּהֵן לִרְאוֹת אֶת הַנֶּגַע וְלֹא יִטְמָא וְגוֹ' א"ר מֵאִיר וְכִי מַה מִטַּמֵּא לָן שֶׁאָמְרָה תּוֹרָה לְהַמְתִּין שֶׁלֹּא יִרְאֶה הַכֹּהֵן אֶת הַנֶּגַע וְלֹא יֹאמַר טָמֵא עַד שֶׁיְּהוּ הַכֵּלִים נִפְנִין וא"ת כְּלֵי עֵצָיו בְּגָדָיו וּמַתֶּכֶת מַטְבִּילָן וְהֵם טְהוֹרִים וְעַל מֶה חָסָה תוֹרָה עַל כְּלֵי חֶרֶס וּפַכּוֹ שֶׁאֵין לָהֶן טָהֳרָה אֶלָּא שְׁבִירָה וְכָל כָּךְ חָסָה תּוֹרָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל צָרֵי עַיִן ק"ו עַל מָמוֹנָן שֶׁל צַדִּיקִים:
La Torah épargne etc. — dans le Torat Kohanim, nous le dérivons de 'le prêtre ordonnera qu'on vide la maison avant que le prêtre n'entre pour examiner la plaie, afin que tout ce qui est dans la maison ne devienne pas impur' (Lev 14:36) ; Rabbi Meir a dit : et qu'est-ce donc qui peut nous devenir impur, [au point] que la Torah ait dit d'attendre que le prêtre n'examine pas la plaie et ne déclare pas 'impur' jusqu'à ce que les ustensiles soient évacués ? Et si tu dis [que ce sont] ses ustensiles de bois, ses vêtements et [son] métal — il les immerge et ils [redeviennent] purs ! Sur quoi donc la Torah a-t-elle eu égard ? Sur les ustensiles de terre cuite et sa cruche, qui n'ont d'autre purification que le brisement. Et si la Torah a tant eu égard à l'argent des gens à l'œil mauvais [les avares], à plus forte raison [a-t-elle égard] à l'argent des justes.
א"ל רַב פָּפָּא לְרָבָא רַב כְּלוֹמַר הָא רַב דְּאָמַר לְעֵיל טָמֵא אֵינוֹ סוֹתֵם וּטְרֵפָה אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְיֵשׁ לָנוּ לֵילֵךְ אַחַר הַמַּחְמִיר דְּקַייְמָא לָן (ע"ז ז.) בְּשֶׁל תּוֹרָה הַלֵּךְ אַחַר הַמַּחְמִיר וְאַתְּ אָמְרַתְּ כו':
Rav Papa dit à Rava : [il y a] Rav — c'est-à-dire : voici Rav qui a dit plus haut [que] l'impure ne bouche pas, et la tereifa est un interdit de la Torah, et nous devons suivre celui qui est sévère, car nous tenons (Avoda Zara 7a) [qu']en [matière] de Torah on suit le plus sévère ; et toi tu dis etc.
🗂️ Tossefot (1)
רַב וְאִיסּוּרָא דְּאוֹרָיְיתָא וְכוּ' כִּדְרַב פָּפָּא הֲלָכָה וּמִסְתַּבְּרָא דְּרָבָא נָמֵי חָזַר בּוֹ דְּקָאָמַר לְקַמָּן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב נַחְמָן חִימְצָא וּבַר חִימְצָא חַד סָתֵים וְחַד לָא סָתֵים:
Rav, et [c'est] un interdit de la Torah etc. — la halakha [est] comme Rav Papa ; et il est logique [de dire] que Rava aussi s'est rétracté, car il dit plus loin, au nom de Rav Nahman, '[le] chimtza et [le] bar chimtza : l'un bouche et l'autre ne bouche pas'.
💡 Explication

Premier cas pratique. Une perforation bouchée par de la graisse impure arrive devant Rava, qui veut être indulgent : (1) Rav Chechet tient [que] même l'impure bouche ; (2) le principe 'la Torah épargne l'argent d'Israël'. Rav Papa objecte : Rav [lui] tient [que] l'impure ne bouche pas, et il s'agit d'un interdit de la Torah (une tereifa) — or, en matière d'interdit toranique, on suit la position sévère ; le principe d'épargne ne s'applique pas ici.

10
מִנְיוֹמִין כַּנְדּוּקָא אִיגַּלִּי לֵיהּ בֻּסְתְּקָא דְּדֻובְשָׁא, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא. אָמַר רָבָא: לְמַאי נִיחוּשׁ לָהּ? חֲדָא – דִּתְנַן, שְׁלֹשָׁה מַשְׁקִים אֲסוּרִים מִשּׁוּם גִּילּוּי: הַיַּיִן וְהַמַּיִם וְהֶחָלָב, וּשְׁאָר כָּל הַמַּשְׁקִים מֻותָּרִים, וְעוֹד – הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרָבָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן, וְסַכָּנַת נְפָשׁוֹת, וְאַתְּ אָמְרַתְּ ״הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל״?

[À] Minyumin le marchand de jarres (kenadoka), il se découvrit une jarre (sista) de miel. Il vint devant Rava.

Rava dit : de quoi devrions-nous nous inquiéter ? Premièrement, nous avons appris : trois boissons sont interdites à cause du 'découvert' (gilui) — le vin, l'eau et le lait ; et toutes les autres boissons sont permises.

Et de plus, la Torah épargne l'argent d'Israël. Rav Nahman bar Yitzhak dit à Rava : [il y a] Rabbi Chimon, et [c'est] un danger pour les vies (sakanat nefachot), et toi tu dis 'la Torah épargne l'argent d'Israël' ?

📜 Rachi (3)
כִּנְדוּקָא מוֹכֵר כַּדִּים (פְּסָחִים דַּף ל.) שָׁמַעְתִּי:
Kenadoka — un marchand de jarres (Pessahim 30a) ; [ainsi] ai-je entendu.
בֻּסְתְּקָא כַּד שֶׁל דְּבַשׁ:
Sista — une jarre de miel.
ר' שִׁמְעוֹן אוֹסֵר לָהּ מִשּׁוּם גִּלּוּי כְּדִלְקַמָּן וְגָלוּי סַכָּנַת נְפָשׁוֹת הִיא וְיֵשׁ לָנוּ לֵילֵךְ אַחַר הַמַּחְמִיר:
Rabbi Chimon l'interdit à cause du 'découvert', comme [il est dit] plus loin ; et le 'découvert' est un danger pour les vies, et nous devons suivre celui qui est sévère.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁאָר כָּל הַמַּשְׁקִין מֻותָּרִין וְאִם תֹּאמַר כְּמַאן הָא אֲפִילּוּ רַבָּנָן דִּבְסָמוּךְ לָא שָׁרוּ אֶלָּא חֲמִשָּׁה וְיֵשׁ לוֹמַר דה"ה לְכֻולָּן וְאוֹתָן ה' דִּנְקַט מִשּׁוּם דִּפְלִיג רַבִּי שִׁמְעוֹן עֲלַיְיהוּ אֲבָל בִּשְׁאָר מוֹדֶה:
Et toutes les autres boissons sont permises — et si tu objectes : selon qui [cette michna] ? car même les Sages [cités] tout de suite après ne permettent que cinq [boissons] ! On peut dire qu'il en va de même pour toutes [les autres], et [s']il a pris ces cinq-là, c'est parce que Rabbi Chimon les conteste, mais pour les autres il [l']admet.
💡 Explication

Second cas, parallèle. Une jarre de miel de Minyumin est restée découverte (gilui) — d'où la crainte qu'un serpent [n']y ait bu et laissé son venin. Rava veut être indulgent : la michna n'interdit par gilui que vin, eau et lait (le miel n'y figure pas), et 'la Torah épargne l'argent d'Israël'. Rav Nahman bar Yitzhak objecte : Rabbi Chimon interdit [le miel découvert], et il y va d'un danger mortel — on suit donc le sévère.

11
רַבִּי שִׁמְעוֹן מַאי הִיא? דְּתַנְיָא: חֲמִשָּׁה אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גִּילּוּי: צִיר, וְחֹומֶץ, שֶׁמֶן, וּדְבַשׁ, וּמוּרְייָס. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אַף הֵן יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם גִּילּוּי. וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: אֲנִי רָאִיתִי נָחָשׁ שֶׁשָּׁתָה צִיר בְּצַיְדָּן. אָמְרוּ לוֹ: שָׁטְיָא הֲוָה, וְאֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַשּׁוֹטִים.

[La position de] Rabbi Chimon, quelle est-elle ? Comme il est enseigné : cinq [boissons] n'ont pas [à craindre] le 'découvert' — la saumure (tzir), le vinaigre (homets), l'huile, le miel et le mourayes [sauce de poisson].

Rabbi Chimon dit : elles aussi ont [à craindre] le 'découvert'. Et Rabbi Chimon a dit : moi, j'ai vu un serpent qui a bu de la saumure à Tzaidan.

Ils lui dirent : [c']était un [serpent] fou (chotya), et l'on n'apporte pas de preuve des fous (chotim).

📜 Rachi (3)
אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם גִּלּוּי שֶׁאֵין נָחָשׁ שׁוֹתֶה מֵהֶם:
N'ont pas [à craindre] le 'découvert' — car aucun serpent n'en boit.
בְּצַיְּידָן [שֵׁם מָקוֹם]:
À Tzaidan — [c'est] un nom de lieu.
שׁוֹטֶה הָיָה אוֹתוֹ נָחָשׁ שֶׁאֵין שְׁאָר נְחָשִׁים עוֹשִׂין כֵּן:
[C']était un [serpent] fou — ce serpent-là, que les autres serpents ne font pas comme lui.
💡 Explication

La source de l'avis de Rabbi Chimon. La braita : cinq boissons échappent au 'découvert' (les serpents n'en boivent pas) — saumure, vinaigre, huile, miel, mourayes. Rabbi Chimon les y soumet [aussi], témoignant avoir vu un serpent boire de la saumure à Tzaidan. Les Sages répliquent : ce serpent était anormal (fou), et l'on ne tire pas de règle d'un cas aberrant.

12
אֲמַר לֵיהּ: אוֹדִי לִי מִיהַת בְּצִיר, דְּהָא רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ וְרַבָּנַן, כִּי הֲוָה לְהוּ גִּילּוּיָא, שָׁדוּ לֵיהּ בְּצִיר. אֲמַר לֵיהּ: אוֹדִי לִי מִיהָא בִּדְבַשׁ, דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר קָאֵי כְּוָותֵיהּ, דְּתַנְיָא: וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹסֵר בִּדְבַשׁ.

[Rava] lui dit : concède-moi à tout le moins la saumure (tzir), car Rav Papa, Rav Houna fils de Rav Yehochoua et les Sages, lorsqu'il leur survenait un 'découvert', le jetaient dans de la saumure. [Rav Nahman bar Yitzhak] lui dit : concède-moi à tout le moins le miel (dvach), car Rabbi Chimon ben Elazar se tient comme lui [Rabbi Chimon], ainsi qu'il est enseigné : et de même Rabbi Chimon ben Elazar interdisait le miel.

📜 Rachi (5)
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק:
[Rava] lui dit — Rava [parle] à Rav Nahman bar Yitzhak.
אוֹדֵי לִי מִיהָא עַל כָּרְחָךְ בְּצִיר דְּלָא קַיְימָא לַן בֵּיהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן:
Concède-moi à tout le moins — bon gré mal gré, [pour] la saumure, ou nous ne tenons pas comme Rabbi Chimon.
דְּהָא רַב פָּפָּא כּוּ' וְכִי הֵיכִי דִּבְצִיר לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ בִּדְבַשׁ נָמֵי לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ:
Car Rav Papa etc. — et de même que pour la saumure la halakha n'est pas comme lui, pour le miel non plus la halakha n'est pas comme lui.
כִּי הָוֵי מִיגַּלִּי לְהוּ גִּילּוּיָא מַיִם אוֹ יַיִן הָווּ שָׁדוּ לֵיהּ בַּצִּיר לְפִי שֶׁהַצִּיר שׂוֹרֵף הָאֶרֶס וְשׁוּב אֵינוֹ מַזִּיק וְשׁוֹתִין אוֹתוֹ גָּלוּי:
Lorsqu'il leur survenait un 'découvert' — de l'eau ou du vin, ils le jetaient dans de la saumure, parce que la saumure brûle le venin (ars) et [qu']alors il ne nuit plus, et ils [le] buvaient [même] découvert.
אוֹדֵי לִי מִיהָא דְּבִדְבַשׁ הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּהָא קָאֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר כְּוָותֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן סְתָמָא הוּא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי:
Concède-moi à tout le moins — que pour le miel la halakha est comme lui [Rabbi Chimon], car voici Rabbi Chimon ben Elazar qui se tient comme lui : [or] Rabbi Chimon [cite] sans plus de précision, c'est Rabbi Chimon ben Yohai.
💡 Explication

Échange [d'arguments]. Rava : 'concède-moi au moins la saumure' — la halakha n'y suit pas Rabbi Chimon, puisque les maîtres y noyaient un liquide découvert (la saumure brûle le venin) ; [donc, par analogie, ne suivons pas non plus R. Chimon pour le miel]. Rav Nahman bar Yitzhak : 'concède-moi au moins le miel' — la halakha y suit bien Rabbi Chimon, car Rabbi Chimon ben Elazar [un autre Tana] interdit lui aussi le miel découvert.

13
אָמַר רַב נַחְמָן: חֵלֶב הֶעָשׂוּי כְּכוֹבַע אֵינוֹ סוֹתֵם. הֵיכָא? אָמְרִי לָהּ: חִיטֵּי דְּכַרְכְּשָׁא, וְאָמְרִי לָהּ: טַרְפְּשָׁא דְּלִיבָּא.

Rav Nahman a dit : une graisse faite comme un bonnet (ke-kova) ne bouche pas. Où [est-elle] ?

Certains disent : les grains [de graisse] du rectum (hitei de-karkacha) ; et certains disent : la capsule [graisseuse] du cœur (tarpacha de-liba).

📜 Rachi (2)
חִטֵּי דְּכַרְכְּשָׁא חֵלֶב שֶׁעַל חַלְחֹולֶת הַמּוֹצִיאָה רֵיעִי שֶׁקּוֹרִין טבחיי"א עָשׂוּי קְרָטִין קְרָטִין כְּעֵין חִטִּים וְאִם נִיקְּבָה וְאוֹתוֹ חָלָב סוֹתְמָהּ לָא מְהַנֵּי וּטְרֵפָה וּקְרָטִין עֲגֻולִּין הֵן כְּמוֹ כּוֹבַע:
Les grains [de graisse] du rectum (hitei de-karkacha) — la graisse qui est sur le boyau-rectum (hilhoulet) [par] lequel sort l'excrément, qu'on appelle [tabhaya, en vernaculaire], faite en petits grumeaux (kratin), comme des grains de blé (hitim) ; et si [le rectum] s'est perforé et [que] cette graisse le bouche, [cela] ne sert à rien et [la bête est] tereifa ; et les grumeaux sont ronds, comme un bonnet.
טַרְפְּשָׁא דְּלִיבָּא שֻׁומַּן הַלֵּב עָשׂוּי כְּכוֹבַע וְהַלֵּב נֶחְבָּא בּוֹ אֵינוֹ סוֹתֵם אִם נִיקַּב הַלֵּב אוֹ הָרֵיאָה בְּסָמוּךְ לוֹ וְהוּא סוֹתְמוֹ. וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּרֵיאָה הַסְּרוּכָה בְּשֻׁומַּן הַלֵּב דאע"ג דְּהַייְנוּ רְבִיתָא וְאֶצְלוֹ הוּא גָּדֵל וּלְמַטָּה מֵחִיתּוּכָא דְּאֻונֵּי הוּא טְרֵפָה דְּעַל כָּרְחֲךָ הָרֵיאָה נִיקְּבָה שֶׁאֵין סִירְכָא בְּלֹא נֶקֶב וּסְתִימָה זוֹ אֵינָהּ כְּלוּם:
La capsule du cœur (tarpacha de-liba) — la graisse du cœur, faite comme un bonnet, et le cœur se cache en elle : elle ne bouche pas si le cœur s'est perforé, ou [si] le poumon [s'est perforé] tout près de lui et [qu']elle le bouche. Et c'est là le motif pour lequel le poumon colle (saroukh) à la graisse du cœur [est tereifa] : bien que ce soit là son [lieu d']accroissement et qu'il y grandisse, en dessous de la découpe des lobes (hitoukha de-oni), [la bête est] tereifa, car nécessairement le poumon s'est perforé — car il n'y a pas de collage (sirkha) sans perforation — et cette obturation n'est rien.
💡 Explication

Retour aux graisses qui 'bouchent'. Rav Nahman précise un cas où la graisse, même permise, ne bouche pas : la graisse faite en bonnet (ke-kova, en forme de calotte arrondie). Deux identifications : les grains de graisse sur le rectum (hitei de-karkacha), ou la capsule graisseuse du cœur (tarpacha de-liba) — là où le poumon, collé à cette graisse, est néanmoins tereifa.

14
אָמַר רָבָא: שְׁמַעִית מִינֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן תַּרְתֵּי, חִימְצָא וּבַר חִימְצָא, חַד סָתֵים וְחַד לָא סָתֵים, וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּייְהוּ. רַב הוּנָא בַּר חִינָּנָא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן אָמַר: בַּר חִימְצָא סָתֵים, חִימְצָא לָא סָתֵים. אָמַר רַב טָבוֹת: וְסִימָנָיךְ – יָפֶה כֹּחַ הַבֵּן מִכֹּחַ הָאָב.

Rava a dit : j'ai entendu de lui [de Rav Nahman] deux [choses] — [le] chimtza et [le] bar chimtza : l'un bouche et l'autre ne bouche pas, mais je ne sais pas lequel d'entre eux [est lequel]. Rav Houna bar Hinena et Rav Houna fils de Rav Nahman ont dit : [le] bar chimtza bouche, [le] chimtza ne bouche pas.

Rav Tavot a dit : et ton signe [mnémonique] — la force du fils l'emporte sur la force du père (yafe koah ha-ben mi-koah ha-av).

📜 Rachi (4)
חִימְצָא וּבַר חִימְצָא שְׁנֵיהֶם בְּחֵלֶב שֶׁעַל הַקֵּיבָה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְהוּ:
[Le] chimtza et [le] bar chimtza — tous deux [sont] dans la graisse qui est sur la caillette, et plus loin [le texte] les explique.
סָתֵים אִם נִיקְּבָה הַקֵּיבָה:
Bouche (sotem) — si la caillette s'est perforée.
וְלָא יָדַעְנָא רָבָא קָאָמַר לָהּ:
Et je ne sais pas — c'est Rava qui le dit.
יָפֶה כֹּחַ הַבֵּן מִכֹּחַ הָאָב בָּרַייְתָא הִיא בִּשְׁבוּעוֹת בְּפֶרֶק כָּל הַנִּשְׁבָּעִין (שְׁבוּעוֹת דַּף מח:) שֶׁהַבֵּן גּוֹבֶה בִּשְׁבוּעָה וְשֶׁלֹּא בִּשְׁבוּעָה וְהָאָב אֵינוֹ גּוֹבֶה אֶלָּא בִּשְׁבוּעָה וְהָתָם מְפָרֵשׁ לָהּ:
La force du fils l'emporte sur la force du père — c'est une braita, dans [le traité] Chevouot, au chapitre 'Kol ha-nichbaïn' (Chevouot 48b) : que le fils recouvre [la dette] avec serment et sans serment, tandis que le père ne recouvre qu'avec serment ; et là-bas [le texte] l'explique.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן חִימְצָא וּבַר חִימְצָא בַּר חִימְצָא סָתֵים וְחִימְצָא לָא סָחִים. וְסִימָן יָפֶה כֹּחַ הַבֵּן מִכֹּחַ הָאָב. הֵי חִימְצָא הֵי בַּר תִּימְצָא. ת"ש דא"ר נַחְמָן אִינְהוּ מֵיכָל אָכְלִי אֲנַן מִיסְתָּם נָמֵי לָא סָתֵים לָן . דַּאֲקַשְׁתָּא כ"ע לָא פְלִיגִי דְּאָסוּר. כִּי פְּלִיגִי דְּאַיִּיתְרָא. אִיכָּא דְאָמְרִי דְּאַייִּתְרָא כו"ע לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי כִּי פְּלִיגִי דְּאַקַּשְׁתָּא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא לָא מִיתּוֹקְמָא מִילְּתֵיהּ דְּרַב נַחְמָן. כֵּיוָן דִּבְאַקְשְׁתָא דִּפְלִיגִי בָּהּ אָמַר רַב נַחְמָן דְּסָתֵים כָּל שֶׁכֵּן דְּאַייִּתְרָא דִּלְכוּלְּהוּ שָׁרִי וא"כ מַאי לָא סְתִיס דְּקָאָמַר רַב נַחְמָן. וּמִיסְתַּבֵּר כְּלִישָּׁנָא קַמָּא מִדְּאָמַר בְּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ דַּף נא. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֲכַל דְּאַיִּיתְרָא עוּל לְגַבֵּיהּ רַב אַוְיָא כַּסְיָיה. אַלְמָא בִּדְאַייִּתְרָא פְּלִיגִי בְּנֵי בָּבֶל וּבְנֵי א"י וּלְדִידַן תַּרְוַיְיהוּ אֲסִירָן דְּבָתַר בְּנֵי בָּבֶל גָּרְרִינַן וּכְלִישָּׁנָא קַמָּא וּלְחֻומְרָא. וְגַם מוּכָח בִּפְסָחִים כְּלִישָּׁנָא קַמָּא. וְרַב אִלְפָּס זַ"ל פָּסַק דְּאַיִּיתְרָא שָׁרִי וְלָא מִיסְתַּבֵּר אֶלָּא כְּדִפְסַק רַשִׁ"י דִּנְהִי דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא שָׁרִי דקי"ל הֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא מֵחֲבֵירוֹ מ"מ בְּנֵי בָּבֶל הֶחְמִירוּ לִנְהֹוג בּוֹ אִיסּוּר. וְכָל מִנְהָגֵינוּ כִּבְנֵי בָּבֶל:
Rav Nachman a dit : le chimtza (la graisse contestée, litt. « l'aigre ») et le bar chimtza (le « fils » du chimtza, la graisse attenante) — le bar chimtza obstrue [une perforation de la caillette, la bête reste cachère] et le chimtza n'obstrue pas. Et le signe [mnémotechnique] est : « la force du fils l'emporte sur la force du père » [c'est le « fils », le bar chimtza, qui obstrue]. [Question :] lequel est le chimtza, lequel est le bar timtza [bar chimtza] ? Viens entendre [une réfutation, ta chema], car Rav Nachman a dit : eux [les habitants de la Terre d'Israël] la mangent bel et bien, et nous [de Babylonie], même si nous ne la mangeons pas, elle ne nous obstrue pas non plus. [La guemara distingue :] pour ce qui est de l'akachta (la graisse recourbée/attachée au flanc), tout le monde s'accorde qu'elle est interdite (asour) ; là où ils divergent, c'est au sujet de l'ayitra (la graisse du surplus/du côté). Il y a ceux qui disent (ika de-amri) : pour l'ayitra, tout le monde s'accorde qu'elle est permise (chéri) ; là où ils divergent, c'est au sujet de l'akachta. Rachi a expliqué : et selon la seconde version (lichana batra), le propos de Rav Nachman ne peut se maintenir (lo mitokma) ; puisque, s'agissant de l'akachta sur laquelle ils divergent, Rav Nachman dit qu'elle obstrue, à plus forte raison (kol chèkèn) l'ayitra, qui est permise pour tous, [n'obstrue pas]. Et si tel est le cas, à quoi se rapporte le « elle ne nous obstrue pas » qu'a dit Rav Nachman ? Et il est plus vraisemblable [de trancher] selon la première version (lichana kama), d'après ce qui est dit dans [le chapitre] « Ba-makom chè-nahagou » (folio 51a) : Rabba bar bar Chana mangeait de l'ayitra ; Rav Avia entra auprès de lui, [et Rabba] la recouvrit. Il en ressort (alma) que c'est au sujet de l'ayitra que divergeaient les gens de Babylonie et les gens de la Terre d'Israël ; et pour nous, les deux [l'akachta et l'ayitra] sont interdites, car nous suivons (batar... garrinan) les gens de Babylonie, et [ce] selon la première version et par rigueur (le-choumra). Et il ressort aussi du traité Pessachim [que la halakha est] selon la première version. Or Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie, a tranché que l'ayitra est permise ; mais il n'est vraisemblable de trancher que comme l'a tranché Rachi : à savoir que, bien que d'après la Torah (mi-de-oraïta) elle soit permise — puisque nous tenons pour établi (de-kayma lan) que la halakha suit Rabbi Akiva contre son collègue [unique] — néanmoins (mi-koul-makom) les gens de Babylonie ont adopté une position rigoureuse (hèchmirou) en observant à son égard l'interdit (issour). Et tous nos usages (minhaguénou) suivent ceux des gens de Babylonie.
💡 Explication

Rava rapporte de Rav Nahman deux graisses de la caillette : le chimtza et le bar chimtza ('fils du chimtza') — l'une bouche, l'autre non, mais il ne sait plus laquelle. Tranché : le bar chimtza (le 'fils') bouche, le chimtza (le 'père') non. Signe : 'la force du fils l'emporte sur celle du père' (une formule de braita sur le recouvrement de dettes).

15
הֵי חִימְצָא וְהֵי בַּר חִימְצָא? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב נַחְמָן: אִינְהוּ מֵיכַל אָכְלִי,

Lequel [est le] chimtza et lequel [le] bar chimtza ? Viens [et] entends : car Rav Nahman a dit : eux [les gens de la Terre d'Israël], ils [le] mangent bel et bien,

📜 Rachi (2)
אִינְהוּ בְּנֵי א"י:
Eux — les gens de la Terre d'Israël (Eretz Yisrael).
מִיכַל אָכְלִי לֵיהּ דְּקָסָבְרִי חָלָב טָהוֹר הוּא:
Ils [le] mangent bel et bien — car ils tiennent [que] c'est une graisse pure [permise].
💡 Explication

On cherche à identifier laquelle des deux graisses est le chimtza. Début d'une preuve (qui se poursuit au daf suivant) : Rav Nahman observe que les gens de la Terre d'Israël en mangent [l'une des deux], la tenant pour pure [permise]. La suite du raisonnement, et la conclusion, se trouvent en 50a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).