Sougya : Le daf achève d'abord le débat sur la graisse de la caillette (keva), en forme d'arc : la graisse de l'arc (deakchta, face bombée) et celle de la corde (deyatra, face plate). Deux versions : pour la première, tous interdisent l'arc et l'on discute de la corde ; pour la seconde, tous permettent la corde et l'on discute de l'arc.
Les sages de Terre d'Israël qui la permettent en prélèvent d'abord une poignée (mekamtzin). Puis vient une braita de Rabban Chimon ben Gamliel : un intestin perforé mais scellé par le mucus (liha, le chirka des intestins) est cachere.
Rabbi Yo'hanan aurait tranché comme RChbG pour la tereifa et comme Rabbi Chimon pour le deuil ; mais Rabbi Abba corrige : ce n'est PAS la halakha pour la tereifa, et pour le deuil [c'est] un litige (Rav Hisda et Rav Yo'hanan disent oui, Rav Nahman non). Conclusion : intestin perforé = tereifa ; pour le deuil, on suit l'indulgent (Chmouel).
Enfin la technique des makifin (comparer une perforation douteuse à un trou-témoin percé à côté) est exposée pour les intestins (Rav Chimi, puis Rav Mecharchia qui frotte), le poumon (Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar, avec la règle aroga-à-aroga) et la trachée (Abaye et Rava, houlia-à-houlia). Le daf se clôt sur Zeiri : le rectum (chalcholet) perforé est cachere car les hanches le maintiennent, avec la mesure de Rabbi Yo'hanan, et l'avertissement de Rava de ne pas s'appuyer [sur Rav Nahman].
Et pour nous [les Babyloniens], non seulement [elle est interdite], mais elle ne scelle même pas [une perforation] ? [Cela ne se peut pas : si la graisse n'est interdite que par coutume, elle scelle quand même.]
Fin de la sougya commencée en 49b sur le scellement (setima) d'une perforation par la graisse. Question incrédule : se peut-il que, pour nous, gens de Babylonie, cette graisse soit non seulement interdite à la consommation mais ne scelle même pas une perforation [de la caillette] ? Si elle n'est interdite que par coutume (et non par la Torah), nous devons malgré tout la tenir pour de la graisse pure (chelev tahor), apte à sceller.
[Selon la première version :] [pour la graisse] de l'arc (deakchta), tout le monde ne diverge pas : elle est interdite ; [c'est] quand ils divergent — [au sujet de la graisse] de la corde (deyatra).
Première version (lichna kamma) du litige. La caillette ayant la forme d'un arc : la graisse de l'arc (face bombée extérieure, deakchta) est interdite de l'avis de tous, y compris des gens de Terre d'Israël ; la divergence ne porte que sur la graisse de la corde (face plate intérieure, deyatra). Selon Rav Nahman, c'est l'arc qui est le 'himtza' (qui ne scelle pas), et la corde le 'bar himtza'.
Il y a [d'autres] qui disent [une seconde version] : [pour la graisse] de la corde (deyatra), tout le monde ne diverge pas : elle est permise ; [c'est] quand ils divergent — [au sujet de la graisse] de l'arc (deakchta).
Seconde version (lichna batra). Cette fois, la graisse de la corde (deyatra) est permise de l'avis de tous — c'est elle le 'bar himtza' ; la divergence ne porte que sur la graisse de l'arc (deakchta), c'est elle le 'himtza'. Rachi note que, selon cette version, le propos de Rav Nahman ne tient plus : si la corde, déjà permise par tous, scelle à plus forte raison, qui donc 'ne scelle pas' ? On retient donc la première version, et par rigueur (lehoumra), car nous, gens de l'exil, suivons les gens de Babylonie.
Comme dans ce [cas] : Rav Avia a dit au nom de Rabbi Ami : on prélève une poignée (mekamtzin) ; et de même Rabbi Yannai a dit au nom d'un certain ancien : on prélève une poignée. Rav Avia a dit : je me tenais devant Rabbi Ami ; ils [en] prélevèrent une poignée, [le reste] lui fut donné, et il [en] mangea.
Application de la première version (selon laquelle la corde est permise par les gens de Terre d'Israël) : ils en mangeaient en prélevant d'abord une poignée (mekamtzin) — on ôte un peu de graisse du haut, [la part] interdite par le verset 'toute la graisse qui est sur les entrailles' (Lv 3:3), car la graisse intérieure (chelev ha-kerev) repose dessus, et l'on mange le reste. Rabbi Ami, comme Rabbi Yannai au nom d'un ancien, en témoigne ; et Rav Avia l'a vu de ses yeux chez Rabbi Ami.
Le serviteur de Rabbi Hanina se tenait devant Rabbi Hanina. Il lui dit : prélève une poignée, donne-moi [le reste] pour que je [le] mange.
Il le vit qui hésitait ; il lui dit : tu es babylonien — coupe [tout] et jette.
Anecdote : Rabbi Hanina (de Terre d'Israël) demande à son serviteur de prélever la poignée et de lui donner le reste de la graisse de la corde. Voyant le serviteur hésiter (mehassem) — parce qu'en Babylonie on la tient pour interdite —, il lui dit : 'tu es babylonien [accoutumé à l'interdire] : alors coupe tout jusqu'à la racine et jette'.
Il est enseigné [dans une braita] : Rabban Chimon ben Gamliel dit : les intestins (bnei meayim) qui ont été perforés, mais [dont] le mucus (liha) les scelle — [la bête est] cachere. Qu'est-ce que le mucus ?
Rav Kahana a dit : c'est le chirka des intestins (chirka demeaya) qui sort sous la pression [du raclage].
La michna a enseigné qu'un intestin perforé rend la bête tereifa. La braita rapporte l'avis de Rabban Chimon ben Gamliel : si le mucus (liha) scelle la perforation, la bête reste cachere. Rav Kahana précise : ce mucus est le chirka des intestins — une matière gluante (glida) collée à l'intérieur, qu'on en extrait sous pression en raclant.
Les compagnons de Rabbi Abba [l']ont appris de Rabbi Abba — et qui sont-ils ? Rabbi Zeira.
Et certains disent : les compagnons de Rabbi Zeira [l']ont appris de Rabbi Zeira — et qui sont-ils ? Rabbi Abba.
Rabbi Abba fils de Rabbi Hiyya bar Abba a dit : ainsi a dit Rabbi Hiyya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha [est] comme Rabban Chimon ben Gamliel pour la tereifa, et la halakha [est] comme Rabbi Chimon pour le deuil (avel).
Transmission d'une double tradition au nom de Rabbi Yo'hanan : (1) la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel pour la tereifa (le mucus scelle), et (2) la halakha suit Rabbi Chimon pour le deuil (avel — voir la règle exposée aux segments suivants). Rachi distingue ce Rabbi Abba (fils de Rabbi Hiyya bar Abba) du premier Rabbi Abba.
La halakha [est] comme Rabban Chimon ben Gamliel pour la tereifa — c'est ce que nous avons dit [à l'instant]. [La halakha est] comme Rabbi Chimon pour le deuil — qu'est-ce [que cela] ?
Comme nous avons appris [dans une braita] : durant tous les trois premiers jours, [celui qui] vient d'un endroit proche compte avec eux.
Explicitation de la seconde tradition. La règle du deuil (avelout) : si l'on apprend le décès d'un proche après que les [autres] endeuillés ont commencé leur deuil, alors durant les trois premiers jours, celui qui vient d'un endroit proche (à moins d'une journée de marche, où il aurait pu apprendre la nouvelle le jour même) compte son deuil avec eux, depuis le premier jour.
[Celui qui vient] d'un endroit éloigné compte pour lui-même. À partir de là [après les trois jours], même [s']il vient d'un endroit proche, il compte pour lui-même.
Rabbi Chimon dit : même au septième jour, [s']il vient d'un endroit proche, il compte avec eux.
Suite de la braita. Celui qui vient d'un endroit éloigné compte seul (sept jours à partir du moment où il apprend la nouvelle) ; et passe les trois jours, même venant de près, il compte seul. Rabbi Chimon est plus indulgent : même le septième jour, celui qui vient de près compte avec eux [et achève son deuil avec les autres].
Quelqu'un dit : que je mérite de monter [en Terre d'Israël] et d'apprendre cette tradition de la bouche de son maître. Lorsqu'il monta, il trouva Rabbi Abba fils de Rabbi Hiyya bar Abba.
Il lui dit : le maître a-t-il dit [que] la halakha [est] comme Rabban Chimon ben Gamliel pour la tereifa ? Il lui dit : cela, [je dis qu']il n'y a PAS [de] halakha [comme lui].
Un disciple (anonyme) monte en Terre d'Israël pour vérifier la tradition auprès de sa source. Il interroge Rabbi Abba fils de Rabbi Hiyya bar Abba : as-tu bien dit que la halakha suit RChbG pour la tereifa ? Réponse : au contraire — j'ai dit qu'il n'y a pas de halakha comme lui [l'intestin perforé, même scellé par le mucus, reste tereifa].
[Et] comme Rabbi Chimon pour le deuil, qu'en [est-il] ? Il lui dit : ce sont [des avis] en litige (peluguta), car il a été dit : Rav Hisda a dit [que c'est] halakha, et de même Rabbi Yo'hanan a dit [que c'est] halakha ; et Rav Nahman a dit [que ce n']est PAS halakha.
Le disciple poursuit : et la tradition 'comme Rabbi Chimon pour le deuil' ? Rabbi Abba répond que c'est un point controverse (peluguta) : Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan disent que oui, c'est la halakha ; Rav Nahman dit que non.
Et [la] halakha [n']est PAS comme Rabban Chimon ben Gamliel pour la tereifa, et [la] halakha [est] comme Rabbi Chimon pour le deuil — car Chmouel a dit : la halakha [est] comme les paroles de l'indulgent (ha-mekel) pour le deuil.
Conclusion du Talmud (voir le schéma) : la halakha n'est pas comme RChbG pour la tereifa (l'intestin perforé reste tereifa, même scellé par le mucus) ; et la halakha est comme Rabbi Chimon pour le deuil, en vertu de la règle de Chmouel : pour le deuil, on suit l'avis indulgent (ha-mekel).
Rav Chimi bar Hiyya a dit : on compare (makifin) [les perforations] dans les intestins.
Nouvelle technique : makifin (la comparaison). Si l'on trouve les intestins perforés et qu'on ignore si la perforation date d'avant ou d'après l'abattage, on perce un trou-témoin à côté ; si les deux ont même aspect, c'est que la perforation douteuse date d'après l'abattage, et la bête est cachere.
Ces intestins[-ci] vinrent devant Rava ; il les compara, et ils ne se ressemblèrent pas. Vint Rav Mecharchia son fils ; il les frotta, et ils se ressemblèrent.
Il lui dit : d'où tiens-tu cela ? Il lui dit : combien de mains ont manipulé ceux-ci [les anciens trous] avant qu'ils ne viennent devant le maître !
Il lui dit : mon fils est expert (hakim) en [matière de] tereifot comme Rabbi Yo'hanan.
Illustration : Rava compare deux perforations, sans concordance. Son fils Rav Mecharchia frotte (memachmech) les nouveaux trous — et alors ils concordent, [d'où] cachere. À la question de Rava, il explique : les anciens trous avaient été manipulés par de nombreuses mains avant d'arriver, ce qui en avait modifié l'aspect ; il fallait donc frotter aussi les neufs. Rava le loue : 'mon fils est aussi expert en tereifot que Rabbi Yo'hanan'.
Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar, tous deux disent : on compare [les perforations] dans le poumon (réa). Rava a dit : nous n'avons dit [cela] que dans un même massif (aroga), mais d'un massif à [un autre] massif — non.
Et la halakha [est] : même d'un massif à [un autre] massif, [et] d'une [bête] fine (daka) à [une bête] fine, et d'une [bête] grasse (gassa) à [une bête] grasse ; mais non d'une [bête] grasse à [une bête] fine, ni d'une [bête] fine à [une bête] grasse.
Makifin appliquée au poumon : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar l'admettent. Rava la limite à un même massif (aroga — un même flanc du poumon, droit ou gauche). Mais la halakha élargit : même d'un flanc à l'autre, et même d'une bête à une autre du même calibre (fine à fine, grasse à grasse) ; mais non entre calibres différents (grasse vers fine, ou fine vers grasse).
Abaye et Rava, tous deux disent : on compare [les perforations] dans la trachée (kaneh). Rav Papa a dit : nous n'avons dit [cela] que dans une même vertèbre [anneau] (houlia), mais d'une vertèbre à [une autre] vertèbre — non.
Et la halakha [est] : même d'une vertèbre à [une autre] vertèbre, et d'un [intervalle] entre-vertèbres (bar houlia) à [un autre] entre-vertèbres ; mais non d'une vertèbre à [un] entre-vertèbres, ni d'[un] entre-vertèbres à [une] vertèbre.
Makifin appliquée à la trachée (kaneh) : Abaye et Rava l'admettent. Rav Papa la limite à une même houlia (un groupe de trois anneaux). La halakha élargit : même d'une houlia à l'autre, et d'un bar houlia à l'autre (le bar houlia est la partie amincie de la trachée, sur les flancs et au-dessous, où des lanières de chair relient les extrémités des anneaux) ; mais non entre houlia [partie épaisse] et bar houlia [partie mince].
Zeiri a dit : le rectum (chalcholet) qui a été perforé — [la bête est] cachere, puisque les hanches (yerekhayim) le maintiennent. Et combien [de perforation tolère-t-on] ?
Rabbi Ilai a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : à l'endroit de l'attache (mekom ha-dvek) — [même] sur sa majeure partie [c'est cachere] ; hors de l'endroit de l'attache — [tereifa dès qu'il est perforé] de la moindre quantité (be-machehou).
Zeiri : le rectum (chalcholet) perforé reste cachere, car les hanches (yerekhayim) le maintiennent et scellent la perforation, étant collé à elles. Mesure (Rabbi Yo'hanan) : à l'endroit de l'attache aux hanches, [c'est cachere] même si la perforation porte sur sa majeure partie ; hors de cet endroit, la moindre perforation rend tereifa.
Les Sages le dirent devant Rava au nom de Rav Nahman. Il dit : ne vous ai-je pas dit de ne pas vous appuyer sur lui
Les Sages rapportent cet enseignement [de Zeiri sur le rectum] devant Rava au nom de Rav Nahman. Rava réagit : ne vous ai-je pas dit de ne pas vous appuyer [sur Rav Nahman] — la suite (la mise en garde et sa raison) se poursuit au daf suivant (50b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).