Sougya : Le daf poursuit la michna des tereifot du systeme digestif. Rav Nahman fixe d'abord que, meme si tout le point de jonction du rectum est enleve, la bete reste cachere pourvu qu'il reste 'de quoi saisir' (un doigt, meme chez un grand bลuf).
Le cลur de la sougya : definir la 'panse interne' (keres ha-penimit), perforee au moindre trou et donc tereifa, par opposition a la 'panse externe' qui n'est tereifa que par une dechirure majoritaire. Sept avis s'affrontent (le caecum sania divi ; l'orifice istomkha ; un endroit etroit indetermine ; de l'etranglement vers le bas ; la zone sans 'laine' ; un tefah d'oesophage ; toute la panse), puis Rabba bar Rav Houna la situe a la mafraata (le cote tourne vers le sol, decouvert a l'ouverture de la bete), pratique suivie a Nehardea, ou Ameimar montre a Rav Achi que la plupart des avis s'y rattachent.
R. Elazar relit ensuite 'grande' et 'petite' panse de Rabbi Yehouda non litteralement mais comme deux seuils (tefah ou majorite).
Geneiva fixe le trou rond invalidant (plus grand qu'un sela, soit trois noyaux de datte). Enfin la braita traite de l'aiguille trouvee dans l'epaisseur du feuillet-bonnet (bet ha-kossot) : cachere si elle perce d'un seul cote, tereifa des deux cotes, avec examen d'un grumeau de sang.
[Des] cruches vides ? [c'est-a-dire des propos sans substance, attribues a tort ?] Ainsi a dit Rav Nahman : [au] lieu de la jonction [du rectum aux cuisses], meme s'il a ete enleve en entier โ [la bete est] cachere, et ce[la] pourvu qu'il en soit reste de quoi saisir.
Et combien [faut-il] ? Abaye a dit : pleine largeur d'un doigt (beteda) chez un bลuf.
La Guemara poursuit une discussion entamee plus haut : 'des cruches vides' designe des propos creux attribues a tort a un Maitre. Puis Rav Nahman tranche sur le point ou le rectum se rattache aux cuisses : meme si toute cette jonction (mekom ha-devek) a ete arrachee, la bete reste cachere tant qu'il subsiste 'de quoi saisir'. Abaye precise la mesure : la largeur d'un doigt, et cela suffit meme chez un grand bลuf.
[La michna :] 'la panse interne (ha-keres ha-penimit) [perforee, tereifa].' Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Natan bar Chila, chef des bouchers de Tsippori, a temoigne devant Rabbi [Yehouda ha-Nassi] au nom de Rabbi Natan : quelle est la panse interne ? Le sania divi (le caecum).
Et de meme a dit Rabbi Yehochoua ben Korha : le sania divi. Rabbi Yichmael a dit : l'istomkha de-karsa (l'orifice de la panse).
On ouvre la definition de la panse interne (keres ha-penimit), celle qui rend tereifa au moindre trou. Premier groupe d'avis : Rabbi Natan et Rabbi Yehochoua ben Korha l'identifient au sania divi, une poche close, maigre et repugnante (le caecum) ; Rabbi Yichmael l'identifie a l'istomkha de-karsa, l'orifice ou entree de la panse.
Rav Asi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il y a un endroit etroit dans la panse [, et c'est lui la panse interne], mais je ne sais pas lequel [c'est]. Rav Nahman bar Yitshak a dit : la panse est tombee dans un puits [tu ne nous as rien explique du tout].
Rav Aha bar Rav Ava a dit au nom de Rav Asi : depuis l'etranglement (ha-mitsar) et vers le bas.
Rabbi Yo'hanan situe la panse interne en un endroit etroit de la panse, mais avoue 'je ne sais pas lequel'. Rav Nahman bar Yitshak ironise : 'la panse est tombee dans un puits' โ definition introuvable, donc inutilisable. Rav Aha bar Rav Ava precise au nom de Rav Asi : depuis l'etranglement (le point ou la panse se retrecit vers l'oesophage) et vers le bas.
Rabbi Yaakov bar Nahmani a dit au nom de Chmouel : l'endroit ou il n'y a pas de 'laine' (milat). Rabbi Avina a dit [au nom de] Geneiva, au nom de Rav : un tefah (une paume) dans l'oesophage, attenant a la panse โ c'est cela la panse interne.
Encore deux avis. Pour Chmouel, c'est la zone sans 'laine' (milat) : l'endroit lisse de la panse, depourvu des villosites qu'on racle a l'eau bouillante. Pour Rav (rapporte par Geneiva via Rabbi Avina), c'est en realite un tefah de l'oesophage (veshet) attenant a la panse โ donc situe non dans la panse mais juste avant elle.
On dit en Occident (Terre d'Israel) au nom de Rabbi Yossi bar Hanina : toute la panse entiere โ c'est cela la panse interne ; et quelle est la panse externe ? La chair qui enveloppe la majorite de la panse.
Rabba bar Rav Houna a dit : sa mafraata. Qu'est-ce que la mafraata ?
Rav Avya a dit : la ou les bouchers ouvrent (eventrent).
L'avis de la Terre d'Israel (R. Yossi bar Hanina) : toute la panse est 'interne' (donc tereifa au moindre trou), et la 'panse externe' de la michna designe non une partie de la panse, mais la chair qui l'enveloppe (la membrane epaisse couvrant la majorite de la panse). Puis Rabba bar Rav Houna donne la definition qui sera retenue en pratique : la mafraata, expliquee par Rav Avya comme l'endroit que les bouchers eventrent (le cote tourne vers le sol, decouvert des qu'on ouvre la bete).
A Nehardea, ils pratiquaient comme Rabba bar Rav Houna. Rav Achi dit a Ameimar : tous ces enseignements [les autres avis], quoi [en faire] ?
Il lui dit : tous se rattachent a [l'avis de] Rabba bar Rav Houna.
Decision pratique : a Nehardea on suivait Rabba bar Rav Houna (la mafraata). Rav Achi demande alors a Ameimar ce qu'il advient des autres avis. Ameimar repond qu'ils se rattachent tous a celui de Rabba : caecum, orifice, zone sans 'laine'... tous se trouvent du cote tourne vers le sol, donc inclus dans la mafraata.
Et [l'avis de] Rav Asi au nom de Rabbi Yo'hanan, que lui a-t-il dit [comment s'y rattache-t-il] ? Rav Aha bar Ava l'a deja explique [: de l'etranglement vers le bas, ce qui correspond a la mafraata].
Et [les avis] de Rabbi Avina et des gens d'Occident, que lui a-t-il dit ? Ceux-la, assurement, divergent.
Rav Achi poursuit l'examen avis par avis. Celui de Rabbi Yo'hanan ('un endroit etroit, mais j'ignore lequel') a deja ete precise par Rav Aha bar Ava ('de l'etranglement vers le bas'), qui correspond a la mafraata. En revanche, les avis de Rabbi Avina (un tefah d'oesophage) et des gens d'Occident (toute la panse) divergent reellement de Rabba ; mais on ne les suit pas en pratique, ou l'on tranche par precaution.
[La michna :] 'Rabbi Yehouda dit : pour une grande [bete], etc. [un tefah ; pour une petite, la majorite].' Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Elazar : 'grande' n'[est] pas grande au sens propre, et 'petite' n'[est] pas petite au sens propre, mais : toute [bete] dont [la panse] se dechire d'un tefah sans que cela [n']atteigne la majorite โ c'est cela que nous avons appris [par] 'pour une grande [bete], un tefah' ; [toute bete dont la panse atteint] la majorite sans qu'il [n']y ait un tefah โ c'est cela que nous avons appris [par] 'pour une petite [bete], a la majorite'.
Relecture de la michna par Rabbi Elazar : 'grande' et 'petite' bete ne sont pas a prendre litteralement. La regle vise deux seuils : une bete a panse assez large pour qu'un tefah (une paume) dechiree ne represente pas encore la majorite -> tereifa des un tefah ; une bete a panse assez petite pour que la majorite dechiree n'atteigne pas un tefah -> tereifa des la majorite. En somme : une panse externe dechiree soit d'un tefah, soit en majorite, rend tereifa.
[Que la bete soit tereifa quand la panse atteint] la majorite sans qu'il [n']y ait un tefah โ [c'est] evident [, puisque la majorite vaut le tout] ! [Non,] ce n'est pas necessaire [a enseigner pour un cas ordinaire] : [c'est necessaire] dans [le cas] ou il y aurait un tefah au moindre [surplus] (tefah be-machehou) [: la panse externe est tout juste un peu plus petite que deux tefahim].
[Car] tu aurais pu dire : tant qu'elle ne s'est pas dechiree d'un tefah, elle n'est pas tereifa โ [c'est pourquoi la michna] nous enseigne [qu'il n'en est rien].
Objection : que la majorite rende tereifa, c'est evident (la majorite vaut le tout) ! Reponse : la regle est necessaire dans le cas limite ou la panse externe fait tout juste un peu moins de deux tefahim (donc 'un tefah au moindre surplus'). On aurait pu croire qu'ici il faut un tefah entier dechire pour rendre tereifa ; la michna enseigne que non : la majorite dechiree suffit, meme si elle fait moins d'un tefah.
Geneiva a dit au nom de Rabbi Asi : [si la panse externe] a ete percee [d'un trou rond] comme un sela (une piece) โ [la bete est] tereifa, car si on l'etire, [le trou] atteindra un tefah. Rabbi Hiyya bar Aba a dit : a moi, [la chose] m'a ete expliquee par Geneiva lui-meme, au bac (au passage d'eau) de Nehardea : comme un sela โ cachere ; plus qu'un sela โ tereifa.
Et combien [vaut] 'plus qu'un sela' ? Rav Yossef a dit : par exemple [le cas] ou trois noyaux [de datte] passent, avec la pulpe (betsifa) a l'etroit, [ou] sans la pulpe au large.
Geneiva au nom de Rabbi Asi : un trou rond de la taille d'un sela (une piece de monnaie large) rend tereifa, car etire en longueur il vaudrait un tefah. Rabbi Hiyya bar Aba precise la version exacte recue de Geneiva : un trou egal a un sela laisse la bete cachere, un trou plus grand qu'un sela la rend tereifa. La mesure du 'plus grand qu'un sela', selon Rav Yossef : un trou ou passent trois noyaux de datte a l'etroit s'ils gardent leur pulpe, ou au large s'ils en sont depouilles.
[La michna :] 'le feuillet (ha-messes) et le bonnet (bet ha-kossot) [perfores vers l'exterieur, tereifa].' Nos Maitres ont enseigne : une aiguille (mahat) qui se trouve dans l'epaisseur du bonnet (bet ha-kossot) d'un seul cote โ [la bete est] cachere ; des deux cotes โ [elle est] tereifa. [Si] l'on a trouve sur elle un grumeau (kort) de sang โ
On passe a la perforation du feuillet (ha-messes) et du bonnet (bet ha-kossot), troisieme et quatrieme estomacs du ruminant. La braita traite d'une aiguille retrouvee enfoncee dans l'epaisseur de la paroi du bonnet : si elle perce d'un seul cote (sans traverser de part en part), la bete est cachere ; si elle perce des deux cotes (paroi entierement traversee), elle est tereifa. La suite (un grumeau de sang trouve sur l'aiguille) introduit un examen complementaire qui se poursuit au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).