Sougya : Le daf clôt d'abord la discussion sur l'aiguille trouvée dans la paroi de l'estomac : une goutte de sang (kort dam) sur l'aiguille prouve que la perforation est antérieure à l'abattage (tereifa), son absence qu'elle est postérieure (cachere) ; la Guemara explique pourquoi ce critère du sang vaut ici alors qu'ailleurs une perforation sans sang rend déjà tereifa (l'aiguille offre une prise au sang, mido le-mishrakh). Rav Safra rapporte à Abaye le cas de Rav Avira : une aiguille trouvée d'un seul côté du bet ha-koussot, déclarée tereifa par Rabbi — apparente contradiction levée quand on apprend que Rabbi avait retourné l'organe et découvert une goutte de sang du côté externe (donc perforation des deux côtés) ; Abaye conclut que ce n'est que la michna.
La sougya passe ensuite à la bête tombée du toit et au principe d'écrasement des membres (rissouk evarim) : Rav Houna, Rav Achi, Rav Yemar, Rav Menachi et Rav Yehouda au nom de Rav distinguent les cas où l'on craint l'écrasement (chute après choc, animal rendu par crainte, bâton à nœuds ou coup en travers) de ceux où on ne le craint pas (saut volontaire, béliers qui se cognent, jet sur les hanches), avec les cas des pattes traîneuses (rhumatisme contre moelle sectionnée) et de la matrice (jamais d'écrasement), appuyé par la braita du nourrisson d'un jour.
[Si une goutte de sang est trouvée sur l'aiguille,] il est certain qu'[elle date] d'avant l'abattage [et la bête est tereifa]. [Si] il ne s'est pas trouvé sur elle de goutte de sang (kort dam), il est certain qu'[elle date] d'après l'abattage [et la bête est cachere].
Conclusion de la sougya précédente sur l'aiguille trouvée dans la paroi de l'estomac. Une goutte de sang (kort dam) sur l'aiguille prouve que la perforation a saigné, donc qu'elle s'est produite du vivant de la bête, avant l'abattage : la bête est tereifa (invalide). L'absence de sang prouve que la perforation est survenue après l'abattage, quand le sang était déjà arrêté : la bête est cachere.
[Si] l'ouverture de la plaie s'est recouverte d'une croûte (higlid), il est certain que [la perforation s'est produite] trois jours avant l'abattage. [Si] l'ouverture de la plaie ne s'est pas recouverte d'une croûte, [c'est le principe :] celui qui veut extraire [un bien] de la main de son prochain, sur lui [repose] la preuve (ha-motzi me-havero alav ha-raaya).
Application au commerce. Une plaie dont l'ouverture s'est déjà recouverte d'une croûte (higlid) a au moins trois jours : si la bête à été achetée dans les trois jours, la vente est un marché erroné (mekah taout) et le vendeur doit rembourser. Si la plaie n'a pas de croûte, on ignore si la perforation précède ou suit l'achat : selon le principe celui qui réclame doit prouver (ha-motzi me-havero alav ha-raaya), c'est à l'acheteur, qui veut récupérer son argent, d'apporter la preuve.
Et en quoi [ce cas] diffère-t-il de toutes les [bêtes] perforées du monde, [pour lesquelles,] bien qu'il n'y ait pas de sang, le Maître [les] déclare tereifa ? Là-bas (dans les autres cas), il n'y a rien à quoi [le sang] puisse s'accrocher (le-misrakh) ; ici, puisqu'il y a une aiguille, s'il était vrai que [la perforation date] d'avant l'abattage, [le sang] se serait accroché (misrakh hava sarikh) [à l'aiguille].
Objection : d'ordinaire une perforation rend tereifa même sans sang visible — pourquoi exiger ici une goutte de sang ? Réponse : dans les autres cas, le sang qui sort de la plaie n'a aucune prise (eyn le-misrakh), il est essuyé par l'humidité de la chair et disparaît. Ici, l'aiguille offre une surface : si la perforation était antérieure à l'abattage, le sang se serait accroché (sarikh) à l'aiguille. Son absence prouve donc une perforation postérieure.
Rav Safra dit à Abaye : le Maître a-t-il vu ce jeune érudit (tsourva me-rabbanan) qui est venu d'Occident (de Terre d'Israël) et a dit 'mon nom est Rav Avira', et a dit : il advint un cas [qui] vint devant Rabbi [au sujet d']une aiguille qui s'est trouvée dans l'épaisseur du bet ha-koussot (le réseau) d'un seul côté, et il [la] déclara tereifa ? [Abaye] lui envoya [un message, mais Rav Avira] ne vint pas vers lui ; [Abaye] alla lui-même vers lui.
[Rav Avira] se tenait sur un toit. [Abaye] dit : que le Maître descende et vienne.
Il ne descendit pas ; [Abaye] monta vers lui [et] lui dit : dis-moi, le corps du fait (goufa de-ouvda), comment fut-il ?
Rav Safra rapporte à Abaye un cas troublant : Rav Avira, venu de Terre d'Israël, raconte que Rabbi a déclaré tereifa une aiguille trouvée dans l'épaisseur du bet ha-koussot (le réseau, l'un des estomacs des ruminants) visible d'un seul côté. Cela semble contredire la règle [selon laquelle il faut une perforation des deux côtés pour rendre tereifa]. Abaye veut en avoir le cœur net : il convoque Rav Avira, qui ne se déplace pas, puis monte le rejoindre sur le toit et lui demande le fait exact (goufa de-ouvda).
[Rav Avira] lui dit : je suis directeur des assemblées (maftir kenessiyot), au-dessus de Rabbi le Grand (Rabbi Rabba). Or Rav Houna le Tsipporien et Rabbi Yossi le Mède étaient assis devant lui, et vint devant Rabbi une aiguille qui s'était trouvée dans l'épaisseur du bet ha-koussot d'un seul côté ; Rabbi la retourna et trouva sur elle une goutte de sang, et [la] déclara tereifa, et dit : s'il n'y a pas là de plaie [du côté externe], cette goutte de sang, d'où [viendrait-elle] ?
[Abaye] lui dit : on a fatigué cet homme-là [pour rien] (tara tarye le-hahou gavra) ! C'est [déjà] notre michna : le hemsess et le bet ha-koussot qui ont été perforés vers l'extérieur [rendent la bête tereifa].
Résolution de l'apparente contradiction. Rav Avira précise : Rabbi avait retourné l'organe et trouvé, du côté opposé, une goutte de sang en face de l'aiguille — donc la perforation traversait les deux côtés ('pas de plaie, d'où ce sang ?'). Abaye conclut, agacé, que cela ne fait que répéter la michna ([qui enseigne déjà que] le hemsess [feuillet] et le bet ha-koussot [réseau] perforés vers l'extérieur rendent tereifa) : Rav Avira l'a dérangé pour rien.
[La michna a enseigné :] [une bête qui] est tombée du toit [est tereifa, par crainte de l'écrasement des membres]. Rav Houna dit : [si] l'on a laissé une bête en haut [sur le toit] et qu'on est venu [puis] l'a trouvée en bas [à terre, sans l'avoir vue tomber], on ne craint pas l'écrasement des membres (rissouk evarim).
Début de la sougya sur la chute. La michna déclare tereifa une bête tombée du toit (par crainte que ses membres ne se soient écrasés, rissouk evarim). Rav Houna restreint : si l'on a laissé la bête en haut et qu'on l'a retrouvée en bas sans l'avoir vue tomber, on ne craint pas l'écrasement — on présume qu'elle a sauté volontairement [et ne s'est pas blessée].
[Il y avait] un certain chevreau (gadya) appartenant à Ravina, qui vit des grains d'orge (houchla) en face de l'ouverture [de la lucarne, et] sauta (de-gar) [et] tomba du toit à terre. On l'amena devant Rav Achi.
[Ravina] lui dit : ce que dit Rav Houna, 'on a laissé une bête en haut et on est venu [puis] l'a trouvée en bas, on ne craint pas l'écrasement des membres' — [est-ce] parce qu'elle a [le long des murs] quelque chose à quoi s'agripper (mido le-misrakh), et celui-ci n'a rien à quoi s'agripper ? Ou bien [est-ce] parce qu'elle s'est jaugée (amda nafsha), et celui-ci aussi s'est jaugé ?
Cas concret de Ravina : son chevreau, attiré par des grains d'orge aperçus à travers une lucarne, a sauté et est tombé. Ravina pose à Rav Achi la question de fond : le permis de Rav Houna tient-il à ce que la bête, en sautant le long des murs, trouve une prise (mido le-misrakh) — auquel cas ce chevreau, tombé par la lucarne loin du mur, devrait inquiéter ? Ou bien tient-il à ce que la bête s'évalue avant de sauter (amda nafsha) — auquel cas ce chevreau aussi s'est jaugé, et il n'y a rien à craindre ?
[Rav Achi] lui dit : [c'est] parce qu'elle s'est jaugée (amda nafsha), et celui-ci aussi s'est jaugé [donc on ne craint pas l'écrasement des membres].
Réponse de Rav Achi : le permis de Rav Houna repose sur le second motif — la bête s'évalue (amda nafsha) avant de sauter. Le chevreau de Ravina aussi s'étant jaugé, on ne craint pas l'écrasement de ses membres, bien qu'il soit tombé par la lucarne, loin de tout mur.
[Il y avait] une certaine brebis (imarta) [qui se trouvait] dans la maison de Rav Haviva, dont les pattes de derrière traînaient (chadran). Rav Yemar dit : c'est un rhumatisme (chigrona) qui la tient.
Ravina objecte : et peut-être la moelle épinière (hout ha-chidra) s'est-elle rompue [auquel cas la bête est tereifa] ? Ils l'examinèrent [et] la trouvèrent [conforme] à [l'avis de] Ravina [la moelle était rompue].
Et même ainsi, la loi [suit] Rav Yemar : le rhumatisme est fréquent (chakhiah), la rupture de la moelle épinière n'est pas fréquente.
Cas des pattes traîneuses. Rav Yemar attribue le trouble à un rhumatisme (chigrona), affection bénigne ; Ravina craint une moelle épinière sectionnée (hout ha-chidra), qui rendrait la bête tereifa. L'examen donne raison à Ravina dans ce cas précis. Pourtant la loi suit Rav Yemar : le rhumatisme est fréquent (chakhiah) et la rupture de la moelle rare ; on ne soumet donc pas à examen toute bête aux pattes traîneuses.
Rav Houna dit : des béliers (zekharim) qui se cognent l'un l'autre (menagehin) — on ne craint pas l'écrasement des membres ; bien qu'ils souffrent et se tiennent [immobiles], ce n'est qu'une simple chaleur (tsimra be-alma) qui les saisit. [Mais] s'ils sont tombés à terre [du fait du choc] — assurément nous craignons [l'écrasement].
Cas des béliers qui se cognent (menagehin). Rav Houna : on ne craint pas l'écrasement, car même s'ils souffrent et restent immobiles, ce n'est qu'une simple fièvre / chaleur (tsimra) passagère qui les tient. Mais s'ils tombent à terre sous le coup, alors on craint assurément l'écrasement des membres.
Rav Menachi dit : ces béliers que des voleurs dérobent (deganvei ganavei) — on ne craint pas l'écrasement des membres. Quelle [en est] la raison ?
Lorsqu'ils les jettent [par-dessus le mur], ils les jettent sur leurs hanches (a-matneihou), afin qu'ils [puissent] courir devant eux. [S']ils les ont restitués [par-dessus le mur] — assurément nous craignons [l'écrasement].
Et cela [vaut seulement] lorsqu'ils les ont restitués par crainte (mehamat yira) ; mais [s'ils les ont restitués] par repentir (techouva), [c'est] un repentir parfait qu'ils accomplissent [et ils prennent soin de ne pas les blesser].
Cas des béliers volés. Rav Menachi : on ne craint pas l'écrasement, car le voleur, en jetant la bête par-dessus le mur de la cour, la jette sur les hanches (a-matnei) — position sans danger — pour qu'elle puisse courir devant lui ensuite. Mais s'il l'a restituée par-dessus le mur, on craint l'écrasement [il ne prend plus garde]. Et cela seulement s'il l'a rendue par crainte (d'être pris) ; s'il l'a rendue par repentir sincère (techouva), il y veille et on ne craint rien.
Rav Yehouda dit au nom de Rav : [si] l'on a frappé [la bête] sur sa tête et que [le bâton] s'est prolongé vers sa queue, ou sur sa queue et que [le bâton] s'est prolongé vers sa tête, [c'est-à-dire] le long de toute la colonne vertébrale — on ne craint pas l'écrasement des membres. Et si le bâton (houtra) s'est achevé à la moitié du dos (a-palgei de-gaba) — nous craignons.
Et s'il y a en lui des nœuds (kitrei) — nous craignons. Et s'il l'a frappé en travers (a-peskita) — nous craignons.
Cas du coup de bâton. Rav, par Rav Yehouda : si le bâton s'est abattu le long de toute la colonne (de la tête vers la queue ou l'inverse), on ne craint pas l'écrasement [la force se répartit]. Mais on craint dans trois cas : si le bâton s'arrête au milieu du dos (toute la force concentrée là) ; s'il porte des nœuds (kitrei, restes de branches) ; ou si le coup a été porté en travers (a-peskita) du dos — chacun risquant de léser la moelle épinière.
Rav Nahman dit : la matrice (bet ha-rehem) n'est pas sujette à l'écrasement des membres. Rava dit à Rav Nahman : [il y a] une braita qui te soutient : un nourrisson [âgé] d'un jour [...]
Rav Nahman : la matrice (bet ha-rehem) n'est pas sujette à l'écrasement des membres — on ne craint pas que les membres d'un veau nouveau-né se soient écrasés dans l'étroit passage de la mise bas. Rava le soutient par une braita : 'un nourrisson d'un jour...' [dont le développement, qui prouve qu'on suit la majorité des nouveau-nés sains, se poursuit au daf suivant].
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).