Sougya : La sougya cherche s'il faut craindre, pour un nouveau-né ou une bête tombée, un brisement interne des membres (risouk evarim) qui la rendrait tereifa. Plusieurs braitot semblent prouver qu'on ne le craint pas (le zav, le veau né le jour de fête, le premier-né né avec son défaut), mais la Guemara les écarte une à une (naissance par la paroi, ou bête qui se dresse aussitôt sur ses pattes).
Rav Nahman pose qu'à l'abattoir on ne craint pas le brisement, et Rav explique que la bête plante ses ongles en tombant. Rav Yehouda au nom de Rav fixe la règle de la nefoula : levée sans avoir marché -> examen mais pas d'attente de vingt-quatre heures ; a marché -> même pas d'examen ; et la halakha tranche en ce sens.
On précise ensuite l'étendue de l'examen (entrailles selon Rav Dimi, toute la cavité selon Rav Papa, simanim dispensés selon Rav Achi). Enfin Chmouel et une longue baraita appliquent ces principes à l'oiseau tombé : nager à contre-courant vaut marche, et toute une casuistique distingue les surfaces dures (on craint) des surfaces molles (on ne craint pas).
[...] devient impur par une émission [génitale] anormale (ziva). Or, s'il te venait à l'esprit qu'il y a [chez le nouveau-né] un souci de brisement des membres (risouk evarim), applique ici [le verset] 'de sa chair' (mi-bessaro) — et non par suite d'une cause forcée (ones).
Suite d'une preuve (depuis 51a). Une baraita enseigne qu'un nouveau-né devient impur s'il a une émission de type ziva. Or le zav ne devient impur que si l'émission vient 'de sa chair' (Lev 15:2), c'est-à-dire d'un corps sain, et non par une cause forcée (maladie ou accident, ones). Donc si l'on craignait que les membres du nouveau-né soient brisés (donc qu'il soit malade), son émission ne le rendrait pas impur — preuve, semble-t-il, qu'on ne craint pas le brisement des membres.
De quoi traitons-nous ici ? Par exemple [le cas] où il est sorti par la paroi (derech dofen, naissance par césarienne).
Réfutation de la preuve : la baraita parle d'un nouveau-né sorti par la paroi (naissance par césarienne, derech dofen) et non par le canal étroit. Un tel nouveau-né ne risque pas le brisement des membres ; mais pour une naissance normale, on craint bel et bien le risouk evarim. La preuve tombe.
Viens entendre [une preuve] : un veau qui est né le jour de fête (yom tov), on l'abat le jour de fête [même]. Ici aussi [réponse] : par exemple [le cas] où il est sorti par la paroi.
Autre preuve : une baraita permet d'abattre le jour de fête un veau né ce jour-là — sans attendre vingt-quatre heures comme pour une bête tombée du toit. Signe, apparemment, qu'on ne craint pas le brisement des membres à la naissance. Réponse, identique à la précédente : la baraita vise un veau né par la paroi, pour lequel il n'y a pas de crainte.
Viens entendre [une preuve] : et ils s'accordent (chavin) [pour dire] que, s'il est né lui [le premier-né] et son défaut (moum) avec lui, ceci [relève] du [déjà] prêt (min ha-moukhan). Et si tu dis [qu']ici aussi [c'est le cas] où il est sorti par la paroi — [mais] celui [qui est sorti] par la paroi est-il [seulement] sanctifié (kadoch) ?
Or Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : Rabbi Chimon admettait, pour ce qui est des [animaux] consacrés (kodachim), qu'il n'est pas sanctifié !
Troisième preuve, plus serrée. Une baraita (Beitsa 26b) : tous s'accordent qu'un premier-né (bekhor) né avec son défaut déjà présent est 'prêt' (moukhan) et peut être mangé le jour de fête — donc sans attente, donc sans crainte de brisement. On ne peut répondre 'sorti par la paroi', car un premier-né né par la paroi n'est pas sanctifié (R. Yo'hanan : R. Chimon l'admet pour les consacrés). Or s'il n'est pas sanctifié, il n'a pas le statut de premier-né et la baraita ne parlerait pas de lui : elle vise donc une naissance normale — preuve à nouveau qu'on ne craint pas le risouk.
De quoi traitons-nous ici ? [Le cas] où elle a posé ses pattes (hifris) sur le sol.
Réponse à la troisième preuve : la baraita qui permet [d'abattre] le jour même parle d'un premier-né qui a posé ses sabots (hifris) sur le sol, c'est-à-dire qui s'est aussitôt dressé sur ses pattes après la naissance. Une bête qui se tient ainsi debout n'est certainement pas tereifa par brisement des membres. La crainte du risouk demeure donc pour les autres cas.
Et Rav Nahman a dit : [pour ce qui est de] l'abattoir (bet ha-mitbahayim), il n'y a pas chez [la bête] de souci de brisement des membres.
Nouvelle règle de Rav Nahman : lorsqu'on jette la bête à terre à l'abattoir pour l'abattre, même depuis un endroit élevé, on ne craint pas le brisement des membres — car la bête, jetée de la main, retient sa chute (voir la suite).
Un certain taureau tomba [à l'abattoir], et le bruit de ses gémissements se fit entendre. Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta entra [et] préleva des meilleurs morceaux (mi-choufrei choufrei).
Les rabbins lui dirent : d'où tiens-tu cela [que la bête est permise] ? Il leur dit : ainsi a dit Rav — [le taureau] enfonce ses ongles [griffes] jusqu'à ce qu'il atteigne le sol.
Illustration. Un taureau tombé à l'abattoir, on entend ses gémissements [signe du choc] ; pourtant Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta prend sans crainte les meilleurs morceaux. Justification, au nom de Rav : en tombant, le taureau plante ses griffes et freine sa descente jusqu'au sol — il ne s'écrase donc pas et n'est pas à craindre.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [si] elle s'est tenue debout (amda) — elle ne requiert pas [d'attente] de vingt-quatre heures ; un examen (bedika) — certes elle [le] requiert ; [si] elle a marché (halekha) — elle ne requiert pas d'examen. Rav Hiya bar Achi a dit : tant celle-ci que celle-là requiert un examen.
La règle-clé de la néfoula, au nom de Rav (voir le schéma). Une bête tombée du toit qui s'est tenue debout [sans marcher] : pas d'attente de vingt-quatre heures (méhet le-et), mais un examen après l'abattage est requis. Si elle a aussi marché : même pas d'examen. Rav Hiya bar Achi est plus sévère : dans les deux cas (debout ou marché) un examen reste requis.
Rav Yirmeya bar Aha a dit au nom de Rav : [si] elle a étendu sa patte (pachta yada) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas [effectivement] tenue debout ; [si] elle a soulevé son pied (akra ragla) pour marcher, bien qu'elle n'ait pas [effectivement] marché [il en va de même]. Et Rav Hisda a dit : [si] elle s'est ébrouée (nin'ara) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas [effectivement] tenue debout [cela suffit].
Extensions de la règle. Rav Yirmeya bar Aha (au nom de Rav) : il suffit qu'elle ait étendu une patte pour se lever (même sans se lever) pour valoir 'levée', et qu'elle ait soulevé un pied pour marcher (même sans marcher) pour valoir 'a marché'. Rav Hisda assouplit encore : il suffit qu'elle se soit ébrouée (efforcée, nin'ara) pour se lever — même sans tendre la patte — pour valoir 'levée'.
Et la halakha [est] : la où elle est tombée du toit à son insu (be-delà yad'a) et s'est tenue debout sans marcher — elle requiert un examen et ne requiert pas [l'attente de] vingt-quatre heures ; et si elle a marché — elle ne requiert même pas d'examen.
Tranchée finale. Pour une bête tombée à son insu (be-delà yad'a, sans s'y être préparée) : si elle s'est levée sans marcher, on l'examine après l'abattage mais sans attendre vingt-quatre heures ; si elle a marché, ni examen ni attente. La halakha suit donc Rav (segment 7), contre Rav Hiya bar Achi.
Amemar a dit au nom de Rav Dimi de Nehardea : la néfoula dont [les Sages] ont parlé requiert un examen en face des entrailles (keneged bnei meayim). Mar Zoutra lui dit : ainsi disons-nous au nom de Rav Papa — elle requiert un examen en face de toute la cavité (bet ha-halal kulo).
Étendue de l'examen (voir le schéma). Rav Dimi de Nehardea : il faut examiner en face des entrailles (keneged bnei meayim), de peur que la membrane extérieure soit déchirée ou les intestins perforés. Rav Papa, plus large : examen de toute la cavité du corps (bet ha-halal kulo), à cause d'un éventuel bris de la plupart des côtés ou d'un arrachement des vertèbres.
Houna Mar, fils du fils de Rav Nehemia, dit à Rav Achi : les simanim, quoi [leur statut, requièrent-ils un examen] ? Il lui dit : les simanim sont durs (kachin) à l'égard de la chute.
Question sur les simanim (les deux organes à sectionner à l'abattage : la trachée, kaneh, et l'oesophage, veshet). Faut-il aussi les examiner après une chute, de peur qu'ils aient été arrachés ? Réponse de Rav Achi : les simanim sont durs (résistants) face à la chute — ils ne requièrent donc pas d'examen.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : un oiseau qui a été projeté (néhbat) sur la surface de l'eau — dès lors qu'il a nagé sur toute sa hauteur (chat mélo komato), cela lui suffit. Et nous n'avons dit cela que [lorsqu'il a nagé] de bas en haut (mi-mata le-maala, à contre-courant) ; mais de haut en bas (mi-maala le-mata, dans le sens du courant) — [c'est] l'eau qui l'a fait descendre [emporté par le flot].
Et si l'eau [est] stagnante (kaymi) — nous n'avons rien [à craindre]. Et si l'on a jeté des brindilles (tsivei) et qu'il les a devancées — voici qu'il les a devancées [par sa propre force].
Application à l'oiseau (voir le schéma). Chmouel : un oiseau projeté sur l'eau [donc à craindre pour le risouk], dès qu'il nage sur toute sa longueur, c'est suffisant — cela vaut comme la marche [pas d'examen]. Mais seulement s'il nage à contre-courant (de bas en haut) ; dans le sens du courant, c'est peut-être l'eau qui l'emporte. En eau stagnante, aucune crainte [même vers l'aval]. Et même à contre-courant ou en eau courante, s'il devance des brindilles jetées devant lui, c'est qu'il nage par sa propre force.
Un vêtement (glima) tendu — nous craignons ; non tendu — nous ne craignons pas. [Un vêtement] plié et [même tendu, l'oiseau] s'en envole — nous ne craignons pas.
Un filet (izla) dont les nœuds sont rapprochés (mikarvei kitrei) — nous craignons ; [dont] les nœuds ne sont pas rapprochés — nous ne craignons pas.
Casuistique des surfaces, pour l'oiseau tombé. Sur un vêtement tendu [donc dur] : on craint le brisement ; sur un vêtement non tendu [mou] : on ne craint pas ; sur un vêtement plié (même tendu), d'où l'oiseau s'envole : pas de crainte. Sur un filet aux nœuds serrés [surface ferme] : on craint ; aux nœuds espacés : on ne craint pas.
Du lin (kitna) fait en ballots (toni) — nous craignons ; [s'il est tombé] de ce côté-ci ou de ce côté-là [des ballots] — nous ne craignons pas. Des fagots (assouryata, de roseaux) — nous craignons.
Du lin battu et cardé (dayek ve-nafits) — nous ne craignons pas ; battu mais non cardé (dayek ve-la nafits) — nous craignons. [Du lin] fait en [bottes à] graines (bizrei), dès lors qu'il y a en lui des nœuds (kitrei) — nous craignons.
De l'étoupe [grossière] (dekata) — nous craignons ; de l'étoupe fine (dekdakta) — nous ne craignons pas.
Suite, sur le lin. Lin en ballots (toni) [dur] : on craint ; tombé sur le côté des ballots [le choc glisse] : pas de crainte. Fagots de roseaux : on craint. Lin battu et cardé [souple] : pas de crainte ; battu mais non cardé [reste des tiges piquantes] : on craint. Lin en bottes à graines, dès qu'il a des nœuds : on craint. Étoupe grossière (dekata) : on craint ; étoupe fine (dekdakta), molle : pas de crainte.
[De la] fibre [de palmier] (nevara) — nous craignons ; [de l'écorce découpée en lanières,] timhata — nous ne craignons pas. De la cendre tamisée (kitma nehila) — nous craignons ; non tamisée (la nehila) — nous ne craignons pas.
Derniers cas. La fibre brute de palmier (nevara), tant qu'elle n'est pas découpée, est dure : on craint ; une fois fendue en lanières (timhata) : pas de crainte. La cendre tamisée (kitma nehila) se tasse et durcit : on craint ; la cendre non tamisée (la nehila), molle et meuble : pas de crainte.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).