Chullin 51b — la bête tombée (nefoula) et la crainte du brisement des membres (risouk evarim)

Chullin 51b

Sougya : La sougya cherche s'il faut craindre, pour un nouveau-né ou une bête tombée, un brisement interne des membres (risouk evarim) qui la rendrait tereifa. Plusieurs braitot semblent prouver qu'on ne le craint pas (le zav, le veau né le jour de fête, le premier-né né avec son défaut), mais la Guemara les écarte une à une (naissance par la paroi, ou bête qui se dresse aussitôt sur ses pattes).

Rav Nahman pose qu'à l'abattoir on ne craint pas le brisement, et Rav explique que la bête plante ses ongles en tombant. Rav Yehouda au nom de Rav fixe la règle de la nefoula : levée sans avoir marché -> examen mais pas d'attente de vingt-quatre heures ; a marché -> même pas d'examen ; et la halakha tranche en ce sens.

On précise ensuite l'étendue de l'examen (entrailles selon Rav Dimi, toute la cavité selon Rav Papa, simanim dispensés selon Rav Achi). Enfin Chmouel et une longue baraita appliquent ces principes à l'oiseau tombé : nager à contre-courant vaut marche, et toute une casuistique distingue les surfaces dures (on craint) des surfaces molles (on ne craint pas).

La bête tombée (nefoula) : faut-il attendre, examiner, ou rien ? crainte d'un brisement des membres (risouk evarim) qui rend tereifa Bête tombée de haut Ni levée ni marche attente de 24 heures (mehet le-et) PLUS examen et même trouvée intacte tereifa (membres disloqués) Levée, pas marche pas d'attente de 24 heures examen requis (moelle, côtés, vertèbres) À marche ni attente ni examen cachere Halakha finale : tombée à son insu, levée sans marcher -> examen sans attente ; a marché -> rien.
La règle de la bête tombée (segments 7-9) : selon qu'elle s'est levée, a marché, ou ni l'un ni l'autre.
Que faut-il examiner dans une bête tombée ? Rav Dimi de Nehardea en face des entrailles (keneged bnei meayim) déchirure de la membrane ou perforation des intestins Rav Papa toute la cavité (keneged bet ha-halal kulo) bris de la plupart des côtés ou arrachement des vertèbres Les simanim ? Rav Achi : pas besoin les simanim (trachée + oesophage) sont durs et résistent à la chute
L'étendue de l'examen (segments 10-11) : entrailles, toute la cavité, et le sort des simanim.
L'oiseau tombé sur l'eau ou sur une surface : dur ou mou ? nager sur toute sa longueur en remontant le courant = comme la marche (pas d'examen) DUR -> on craint (heshinan) vêtement tendu sur des piquets filet aux nœuds serrés lin en ballots ; fagots de roseaux lin battu non cardé ; lin à graines fibre de palmier ; cendre tamisée surface ferme -> brisement possible MOU -> on ne craint pas vêtement non tendu ou plié filet aux nœuds espacés côtés des ballots ; lin battu et cardé écorce de palmier en lanières étoupe fine ; cendre non tamisée surface molle -> le choc est amorti
L'oiseau tombé (segments 12-15) : la casuistique des surfaces dures (on craint) et molles (on ne craint pas).
1
מְטַמֵּא בְּזִיבָה, וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם רִיסּוּקֵי אֵבָרִים, אִיקְּרִי כָּאן ״מִבְּשָׂרוֹ״ וְלֹא מֵחֲמַת אָונְסוֹ.

[...] devient impur par une émission [génitale] anormale (ziva). Or, s'il te venait à l'esprit qu'il y a [chez le nouveau-né] un souci de brisement des membres (risouk evarim), applique ici [le verset] 'de sa chair' (mi-bessaro) — et non par suite d'une cause forcée (ones).

📜 Rachi (2)
מְטַמֵּא בְּזִיבָה אִם יָצָא מִמֶּנּוּ זוֹב:
Devient impur par la ziva — si une émission anormale (zov) est sortie de lui.
וְאִי ס"ד יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם רִיסּוּקֵי אֵבָרִים הֲרֵי חוֹלֶה הוּא וְזוֹ אֶחָד מִשִּׁבְעָה דְּרָכִים שֶׁהַזָּב נִבְדָּק בָּהֶן דְּזָב אֵינוֹ מְטַמֵּא בְּאֹונֶס דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא טו) זָב מִבְּשָׂרוֹ שֶׁיְּהֵא בְּשָׂרוֹ כְּמוֹת שֶׁהוּא שָׁלֵם וְלֹא בְּאֹונֶס:
Or, s'il te venait à l'esprit qu'il y a [chez lui] un souci de brisement des membres — [c'est qu']alors il est malade, et ceci [est] l'une des sept manières par lesquelles le zav est examiné, car le zav ne devient pas impur par [une émission due à] une cause forcée (ones), ainsi qu'il est écrit (Lévitique 15) 'le zav, de sa chair' — [à savoir] que sa chair soit telle qu'elle est, [c'est-à-dire] saine (chalem), et non par [une émission due à] une cause forcée.
💡 Explication

Suite d'une preuve (depuis 51a). Une baraita enseigne qu'un nouveau-né devient impur s'il a une émission de type ziva. Or le zav ne devient impur que si l'émission vient 'de sa chair' (Lev 15:2), c'est-à-dire d'un corps sain, et non par une cause forcée (maladie ou accident, ones). Donc si l'on craignait que les membres du nouveau-né soient brisés (donc qu'il soit malade), son émission ne le rendrait pas impur — preuve, semble-t-il, qu'on ne craint pas le brisement des membres.

🖼️ Schéma
La bête tombée (nefoula) : faut-il attendre, examiner, ou rien ? crainte d'un brisement des membres (risouk evarim) qui rend tereifa Bête tombée de haut Ni levée ni marche attente de 24 heures (mehet le-et) PLUS examen et même trouvée intacte tereifa (membres disloqués) Levée, pas marche pas d'attente de 24 heures examen requis (moelle, côtés, vertèbres) À marche ni attente ni examen cachere Halakha finale : tombée à son insu, levée sans marcher -> examen sans attente ; a marché -> rien.
Le risouk evarim (brisement interne des membres) en jeu dans tout le daf : quand faut-il craindre que la bête soit tereifa après une chute ou une naissance.
2
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁיָּצָא דֶּרֶךְ דֹּופֶן.

De quoi traitons-nous ici ? Par exemple [le cas] où il est sorti par la paroi (derech dofen, naissance par césarienne).

📜 Rachi (1)
דֶּרֶךְ דֹּופֶן ע"י סַם וּבֵין הוּא וּבֵין אִמּוֹ חַיִּין וְאֵין לוֹמַר שֶׁלְּאַחַר שֶׁמֵּתָה אִמּוֹ הוֹצִיאוּהוּ דקיי"ל בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף מד.) הוּא מָיֵית בְּרֵישָׁא:
Par la paroi — au moyen d'une drogue (sam), et tant lui que sa mère [restent] vivants ; et l'on ne peut dire qu'on l'a fait sortir après que sa mère fut morte, car nous tenons pour établi, au traité Nidda (folio 44a), [que] c'est lui [qui] meurt en premier.
💡 Explication

Réfutation de la preuve : la baraita parle d'un nouveau-né sorti par la paroi (naissance par césarienne, derech dofen) et non par le canal étroit. Un tel nouveau-né ne risque pas le brisement des membres ; mais pour une naissance normale, on craint bel et bien le risouk evarim. La preuve tombe.

3
תָּא שְׁמַע: עֵגֶל שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב – שׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב. הָכָא נָמֵי, כְּגוֹן שֶׁיָּצָא דֶּרֶךְ דֹּופֶן.

Viens entendre [une preuve] : un veau qui est né le jour de fête (yom tov), on l'abat le jour de fête [même]. Ici aussi [réponse] : par exemple [le cas] où il est sorti par la paroi.

📜 Rachi (1)
עֵגֶל שֶׁנּוֹלַד בי"ט אֵין כָּאן מִשּׁוּם מֻוקְצֶה שֶׁהֲרֵי מוּכָן הָיָה אַגַּב אִמּוֹ וְשׁוֹחֲטִין אוֹתוֹ בּוֹ בַּיּוֹם. אַלְמָא מִשּׁוּם רִיסּוּקֵי אֵבָרִים נָמֵי לֵית בֵּיהּ:
Un veau qui est né le jour de fête — il n'y a là aucun [interdit] de mouktse, car il était déjà prêt (moukhan) du fait de sa mère, et on l'abat le jour même. On voit [donc] qu'il n'y a pas non plus chez lui [de souci] de brisement des membres.
💡 Explication

Autre preuve : une baraita permet d'abattre le jour de fête un veau né ce jour-là — sans attendre vingt-quatre heures comme pour une bête tombée du toit. Signe, apparemment, qu'on ne craint pas le brisement des membres à la naissance. Réponse, identique à la précédente : la baraita vise un veau né par la paroi, pour lequel il n'y a pas de crainte.

4
תָּא שְׁמַע: וְשָׁוִין שֶׁאִם נוֹלַד הוּא וּמוּמוֹ עִמּוֹ, שֶׁזֶּה מִן הַמּוּכָן. וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי שֶׁיָּצָא דֶּרֶךְ דֹּופֶן – דֶּרֶךְ דֹּופֶן מִי קָדוֹשׁ? וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוֹדֶה הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן לְעִנְיַן קָדָשִׁים שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ!

Viens entendre [une preuve] : et ils s'accordent (chavin) [pour dire] que, s'il est né lui [le premier-né] et son défaut (moum) avec lui, ceci [relève] du [déjà] prêt (min ha-moukhan). Et si tu dis [qu']ici aussi [c'est le cas] où il est sorti par la paroi — [mais] celui [qui est sorti] par la paroi est-il [seulement] sanctifié (kadoch) ?

Or Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : Rabbi Chimon admettait, pour ce qui est des [animaux] consacrés (kodachim), qu'il n'est pas sanctifié !

📜 Rachi (3)
וְשָׁוִין תַּנָּאֵי דִּפְלִיגִי בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף כו:) גַּבֵּי בְּכוֹר שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מוּם בי"ט וְשָׁוִין דַּאֲפִילּוּ הָאוֹסֵר בְּנוֹלַד בּוֹ בַּיּוֹם מוּם מִשּׁוּם דְּמֻוקְצֶה הָיָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מֵחֲמַת אִיסּוּר קָדָשִׁים בַּחוּץ אֲבָל אִם נוֹלַד הַיּוֹם וּמוּמוֹ עִמּוֹ מוּכָן הוּא שֶׁלֹּא נֶאֱסַר מֵעוֹלָם דְּהָא בִּמְעֵי אִמּוֹ הָיָה מוּכָן אַגַּב אִמּוֹ וּמֻותָּר דִּבְכוֹר אֵינוֹ קָדוֹשׁ עַד שֶׁיִּוָּלֵד וּכְשֶׁנּוֹלַד הֲרֵי מוּמוֹ עִמּוֹ וְרָאוּי לִישָּׁחֵט בַּחוּץ:
Et ils s'accordent — [ce sont] les Tanaim qui divergent au traité Beitsa (folio 26b) à propos d'un premier-né en qui est apparu un défaut le jour de fête ; et ils s'accordent [pour dire] que même celui qui interdit [la bête] en qui un défaut est apparu le jour même — parce qu'elle était mouktse à la tombée de la nuit (bein ha-chemachot) du fait de l'interdit [pesant sur] les consacrés au-dehors — néanmoins, s'il est né le jour même et son défaut avec lui, il est prêt (moukhan), car il n'a jamais été interdit : en effet, dans le ventre de sa mère il était prêt du fait de sa mère et permis, car le premier-né n'est pas sanctifié jusqu'à ce qu'il naisse, et lorsqu'il est né, voici son défaut avec lui, et il est propre à être abattu au-dehors.
דֶּרֶךְ דֹּופֶן מִי קַדִּישׁ בִּבְכוֹרָה דְּבָעֵינַן מוּם לִישָּׁחֵט בַּמְּדִינָה:
Celui [qui est sorti] par la paroi est-il [seulement] sanctifié — pour ce qui est de la primogéniture, ou nous exigeons un défaut [pour] l'abattre en province (médina) ?
מוֹדֶה ר"ש אע"ג דִּפְלִיג בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף מ.) גַּבֵּי יוֹצֵא דֹּופֶן וְאָמַר הֲרֵי הוּא כְּיָלוּד וְיוֹשֶׁבֶת עָלָיו יְמֵי טֻומְאָה וְטָהֳרָה הָתָם הוּא דְּאִיתְרַבַּאי מִוְאִם נְקֵבָה תֵּלֵד לְרַבּוֹת יוֹצֵא דֹּופֶן אֲבָל לְעִנְיַן קָדָשִׁים מוֹדֶה שֶׁאֵינוֹ קָדוֹשׁ דִּכְתִיב כִּי יִוָּלֵד פְּרָט לְיוֹצֵא דֹּופֶן (לְעֵיל חֻולִּין דַּף לח:):
Rabbi Chimon admet — bien qu'il diverge au traité Nidda (folio 40a) à propos de [celui qui est sorti] par la paroi, où il dit 'le voici comme un enfant né [normalement]' et [la mère] observe à son sujet les jours d'impureté et de pureté — c'est là-bas [qu'il l'inclut], parce qu'il a été inclus par [le verset] 'et si elle enfante une femelle' (Lévitique 12), [venu] inclure [celui qui est sorti] par la paroi ; mais pour ce qui est des [animaux] consacrés, il admet qu'il n'est pas sanctifié, car il est écrit 'qui naîtra' (ki yivaled) — à l'exclusion de [celui qui est sorti] par la paroi (plus haut, Houlin 38b).
🗂️ Tossefot (1)
מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן לְעִנְיַן קָדָשִׁים לָא הֲוָה צָרִיךְ כָּאן לְדִבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן דְּבִבְכוֹר עָסְקִינַן דְּתָלֵי רַחֲמָנָא בְּפֶטֶר רֶחֶם וְקָדָשִׁים גּוּפַיְיהוּ לָא יָלֵיף ר"ש אֶלָּא מִבְּכוֹר לֵידָה לֵידָה כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה דַּף מ.) וְלִרְבוּתָא נְקַט הָכָא כָּל קָדָשִׁים:
Rabbi Chimon admettait pour ce qui est des consacrés — on n'avait pas besoin ici des paroles de Rabbi Yo'hanan, car nous traitons d'un premier-né, [statut] que le Miséricordieux a fait dépendre de 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem) ; et les [animaux] consacrés eux-mêmes, Rabbi Chimon ne les apprend que du premier-né, [par guezera chava] 'naissance-naissance' (leda-leda), comme il [le] dit au début de [chapitre] Yotse Dofen (Nidda folio 40a) ; et [s'il] a pris ici 'tous les consacrés', [c'est] pour [introduire] un cas plus fort (rebouta).
💡 Explication

Troisième preuve, plus serrée. Une baraita (Beitsa 26b) : tous s'accordent qu'un premier-né (bekhor) né avec son défaut déjà présent est 'prêt' (moukhan) et peut être mangé le jour de fête — donc sans attente, donc sans crainte de brisement. On ne peut répondre 'sorti par la paroi', car un premier-né né par la paroi n'est pas sanctifié (R. Yo'hanan : R. Chimon l'admet pour les consacrés). Or s'il n'est pas sanctifié, il n'a pas le statut de premier-né et la baraita ne parlerait pas de lui : elle vise donc une naissance normale — preuve à nouveau qu'on ne craint pas le risouk.

5
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, שֶׁהִפְרִיס עַל גַּבֵּי קַרְקַע.

De quoi traitons-nous ici ? [Le cas] où elle a posé ses pattes (hifris) sur le sol.

📜 Rachi (2)
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן הָא דְּקָתָנֵי מֻותָּר בּוֹ בַּיּוֹם וְלָא חָיֵישׁ לְרִיסּוּק אֵבָרִים:
De quoi traitons-nous ici — [à savoir] ce qui est enseigné [qu']il est permis le jour même et [qu']on ne craint pas le brisement des membres.
כְּגוֹן שֶׁהִפְרִיס ע"ג קַרְקַע נִנְעַר לַעֲמֹוד וְתָחַב פַּרְסוֹתָיו לַעֲמֹוד דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן גַּבֵּי נְפוּלָה עָמְדָה מִנְּפִילָתָהּ אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת:
Par exemple [le cas] où elle a posé [ses pattes] sur le sol — elle s'est ébrouée (nin'ar) pour se tenir debout et a enfoncé ses sabots [dans le sol] pour se tenir, car nous disons plus loin à propos de la bête tombée (nefoula) : [si] elle s'est tenue debout après sa chute, elle ne requiert pas [d'attente] de vingt-quatre heures (mehet le-et).
💡 Explication

Réponse à la troisième preuve : la baraita qui permet [d'abattre] le jour même parle d'un premier-né qui a posé ses sabots (hifris) sur le sol, c'est-à-dire qui s'est aussitôt dressé sur ses pattes après la naissance. Une bête qui se tient ainsi debout n'est certainement pas tereifa par brisement des membres. La crainte du risouk demeure donc pour les autres cas.

6
וְאָמַר רַב נַחְמָן: בֵּית הַמִּטְבָּחַיִם אֵין בּוֹ מִשּׁוּם רִיסּוּקֵי אֵבָרִים.

Et Rav Nahman a dit : [pour ce qui est de] l'abattoir (bet ha-mitbahayim), il n'y a pas chez [la bête] de souci de brisement des membres.

📜 Rachi (1)
בֵּית הַמִּטְבָּחַיִם כְּשֶׁמִּפִּילִין אוֹתוֹ לָאָרֶץ לְשׁוֹחֲטוֹ אֲפִילּוּ מִמָּקוֹם גָּבוֹהַּ:
L'abattoir — lorsqu'on jette [la bête] à terre pour l'abattre, [et cela] même depuis un endroit élevé.
⚖️ Rosh (1)
נָפְלָה מִן הַגָּג אָמַר רַב הוּנָא הִנִּיחַ בְּהֵמָה לְמַעְלָה וּבָא וּמְצָאָהּ לְמַטָּה אֵין חוֹשְׁשִׁין מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים. הַהוּא גַּדְיָא דַּהֲוָה בֵּי רָבִינָא דַּחֲזָא חֻושְׁלָא אַפֻּומָּא דְּאִיגָּרָא. דְּגֵר בָּתְרָהּ נָפַל מֵאִיגָּרָא לְאַרְעָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי א"ל הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא הִנִּיחַ בְּהֵמָה לְמַעְלָה וּבָא וּמְצָאָהּ לְמַטָּה אֵין חוֹשְׁשִׁין מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים מִשּׁוּם דְּאִית לֵיהּ מִידִי לְמִיסְרַךְ וְהַאי לָא ה"ל מִידֵּי לְמִיסְרַךְ. אוֹ דִּילְמָא מִשּׁוּם דְּאָמְדָה נַפְשָׁהּ וְהַאי נָמֵי אָמֵדה נַפְשֵׁהּ. א"ל אִין טַעְמָא דְּרַב הוּנָא מִשּׁוּם דְּאָמְדָה נַפְשָׁהּ וְהַאי נָמֵי אָמֵדה נַפְשֵׁהּ: הַהוּא אִימַּרְתָּא דַּהֲווָת מְשַׁגְּרָא כַּרְעָא בָּתְרָיָיתָא אָמַר רַב ייֵמַר הָא וַדַּאי שִׁגְרוֹנָא נָקְטָה. מַתְקֵיף לַהּ רָבִינָא וְדִילְמָא חוּט הַשִּׁדְרָה אִיפְּסִיק. בָּדוּק וְאִישְׁתְּכַח כְּרָבִינָא. וַאֲפִילּוּ הָכִי הִילְכְתָא כְּרַב ייֵמַר. מ"ט שִׁגְרוֹנָא שְׁכִיחַ חוּט הַשִּׁדְרָה לָא שְׁכִיחַ: אָמַר רַב הוּנָא זְכָרִים הַמְנַגְּחִין זֶה אֶת זֶה. אֵין חוֹשְׁשִׁין לְרִיסּוּק אֵיבָרִים וְאִי נָפַל לְאַרְעָא וַדַּאי חָייְשִׁינַן. אע"ג דְּבָעֵינַן גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה טְפָחִים כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַפָּרָה דַּף נ: דְּהַהוּא תּוֹרָא דִּנְפַל לַאֲרִיתָּא דְּדַלָּאֵי. וּמִכְּרֵיסָא דְּתוֹרָא עַד לְאַרְעָא לֵיכָּא אֶלָּא אַרְבָּעָה טְפָחִים. מ"מ חָיְישִׁינַן הָכָא כֵּיוָן שֶׁנָּפַל מִכֹּחַ חֲבֵירוֹ שֶׁהִפִּילוֹ: אָמַר רַב מְנַשְּׁיָא הָנֵי דִּכְרֵי דְּפִתְקֵי גַּנָּבֵי אֵין חוֹשְׁשִׁין מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרֶיהָ מ"ט אַמָּתְנַייְהוּ שָׁדוּ לְהוּ כִּי הֵיכִי דְּלִירְהֲטוּ קַמַּייְהוּ. אַהְדְּרִינְהוּ וַדַּאי חָיְישִׁינַן. וְהָנֵי מִילֵּי דְּאַהְדְּרִינְהוּ מֵחֲמַת יִרְאָה. אֲבָל אַהְדְּרִינְהוּ מֵחֲמַת תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה מְעַלְּיוּתָא עָבְדִי: אָמַר רַב נַחְמָן בֵּית הָרֶחֶם אֵין בּוֹ מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים. וְאַף עַל גַּב דְּחָזֵינַן בֵּיהּ רֵיעוּתָא שֶׁאֵין יָכוֹל לַעֲמֹוד. וְאָמַר רַב נַחְמָן בֵּית הַמִּטְבָּחַיִים אֵין בּוֹ מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים. הָהוּא תּוֹרָא דִּנְפַל וְאִשְׁתְּמַע קוֹל גְּנִיחוּתוֹ. עָאל רַבִּי יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא וּשְׁקִיל מִינֵּיהּ מְשֻׁופְּרֵי שׁוֹפְרֵי אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לָא חָיֵישׁ מַר לְרִיסּוּק אֵיבָרִים. אֲמַר לְהוּ הָכִי אָמַר רַב צִפָּורְנָיו נוֹעֵץ בַּקַּרְקַע עַד שֶׁמַּגִּיעַ לָאָרֶץ. יְרוּשַׁלְמִי בְּיוּמוֹי דְּרַבִּי פִּנְחָס חַבְטוּן תּוֹרָא בְּחֵילָא. אֲמַר לְהוּ בְּחִיְּיכוּן שֶׁרֻונֶּיהָ שָׁרוּ לֵיהּ עֲרַק וְאָמַר בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בָּהֶם וּבְדִבְרֵיהֶם דְּאָמְרִין אִלֵּין תּוֹרִין דְּחָבְטִין בְּחֵילָא לֵית בְּהוּ מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים: אָמַר רַב יְהוּדָה הִכָּהּ עַל רֹאשָׁהּ וְהָלְכָה לָהּ כְּלַפֵּי זְנָבָהּ אוֹ עַל זְנָבָהּ וְהָלְכָה לָהּ עַל כְּלַפֵּי רֹאשָׁהּ עַל פְּנֵי כָּל הַשִּׁדְרָה אֵין חוֹשְׁשִׁין מִשּׁוּם רִיסּוּק אֵיבָרִים וְאִי שְׁלֵים חוּטְרָא אַפַּלְגָא דְּגַבָּא חָיְישִׁינַן וְאִי אִיכָּא בֵּיהּ קִיטְרֵי חָייְשִׁינַן וְאִי מַחְיַיהּ אַפְסְקֵיהּ חָייְשִׁינַן:
Elle est tombée du toit. Rav Houna a dit : [si] l'on a laissé une bête en haut et que l'on est venu la retrouver en bas, on ne craint pas [pour elle] le brisement des membres (risouk evarim). Il y eut ce chevreau (gadya), [qui se trouvait] dans [la maison] de Ravina, qui aperçut de l'orge concassée (houchla) au bord du toit, [et qui,] l'ayant convoitée, tomba du toit à terre. [Le cas] vint devant Rav Achi. [Ravina] lui dit : ce qu'a dit Rav Houna — [savoir que si] l'on a laissé une bête en haut et que l'on est venu la retrouver en bas, on ne craint pas [pour elle] le brisement des membres — [est-ce] parce qu'elle a de quoi s'agripper (li-misrakh, s'accrocher en descendant) et que celui-ci [le chevreau] n'avait pas de quoi s'agripper [donc on craindrait] ? Ou peut-être [est-ce] parce qu'elle s'est évaluée elle-même (amda nafcha, s'est raidie en prévision), et que celui-ci aussi s'est évalué lui-même [donc on ne craint pas] ? Il lui dit : oui, la raison de Rav Houna [est] parce qu'elle s'est évaluée elle-même, et celui-ci aussi s'est évalué lui-même [donc permis]. Il y eut cette brebis (immarta) qui traînait sa patte arrière. Rav Yemar dit : ceci [est] assurément [qu']un rhumatisme (chigrona) l'a saisie [et elle est cachere]. Ravina objecta [contre] lui : et peut-être la moelle épinière (hout ha-chidra) s'est-elle rompue [ce qui la rendrait tereifa] ? On [l']examina et l'on trouva [conforme] à [l'avis de] Ravina [la moelle était bien rompue]. Et malgré cela, la halakha [suit] Rav Yemar. Quelle [en est] la raison ? Le rhumatisme [est] fréquent (chekiah), [tandis que] la rupture de la moelle épinière [n']est [pas] fréquente. Rav Houna a dit : des béliers (zekharim) qui se cognent (menaguehin) l'un l'autre, on ne craint pas [pour eux] le brisement des membres ; mais si [l'un d'eux] est tombé à terre, assurément nous craignons. Bien que nous exigions [une hauteur de chute d']au moins dix tefahim [pour craindre], comme il est [rapporté] au chapitre Ha-Para (folio 50b) : [le cas de] ce bœuf (tora) qui tomba dans le canal des puisatiers (aritta de-dalaei), et [où] du ventre du bœuf jusqu'au sol il n'y avait que quatre tefahim, [pourtant] en tout cas nous craignons ici [pour les béliers], puisqu'il [le bélier] est tombé par la force de son compagnon qui l'a fait tomber [ce qui aggrave le choc]. Rav Menachia a dit : ces béliers [rançonnés] pour rachat (pitkei, [par] des voleurs [de bétail]), on ne craint pas [pour eux] le brisement de leurs membres. Quelle [en est] la raison ? Ils [les voleurs] les jettent sur leur croupe (à-matnaihou) afin qu'ils courent devant eux. [S']ils les [ont] ramenés, assurément nous craignons. Et cela [ne vaut que] lorsqu'ils les ont ramenés par crainte (mehamat yira, poursuivis, jetés) ; mais s'ils les ont ramenés par repentir (mehamat techouva), [c'est] un repentir accompli qu'ils font [et alors on ne craint pas]. Rav Nahman a dit : [pour] la matrice (bet ha-rehem, la mise-bas), il n'y a pas [de souci] de brisement des membres, et [cela] bien que nous voyions en elle [chez le nouveau-né] une faiblesse (reiouta), [à savoir] qu'il ne peut se tenir debout. Et Rav Nahman a [aussi] dit : [pour] l'abattoir (bet ha-mitbahayim), il n'y a pas [de souci] de brisement des membres. [Le cas de] ce bœuf qui tomba et [dont] le bruit de son gémissement (kol genihouto) se fit entendre. Rabbi Yitzhak bar Chmouel bar Marta entra et préleva de lui les meilleurs des meilleurs morceaux (mechoufrei choufrei). Les rabbins lui dirent : Maître, ne crains-tu pas le brisement des membres ? Il leur dit : ainsi a dit Rav — [le bœuf] enfonce ses ongles (tsipornav) dans le sol jusqu'à atteindre la terre [freinant sa chute]. [Talmud de] Jérusalem : aux jours de Rabbi Pinhas, l'on abattit [projeta] un bœuf avec force (be-heila). Il leur dit : par votre vie, ses tendons (charonneiha) se sont détendus [c.-à-d. il est intact] ; laissez-le. Il [le bœuf] s'échappa (arak), et il [Rabbi Pinhas] dit : béni [soit celui] qui les a choisis, eux et leurs paroles, [eux] qui disent [que] ces bœufs qui sont projetés avec force n'ont pas [de souci] de brisement des membres. Rav Yehouda a dit : [si] on l'a frappée sur la tête et que [le coup] est allé vers sa queue, ou sur sa queue et que [le coup] est allé vers sa tête, sur toute [la longueur de] la colonne vertébrale (chidra), on ne craint pas [pour elle] le brisement des membres. Mais si le bâton (houtra) [de mesure] recouvre la moitié du dos [c.-à-d. le coup s'est concentré sur une portion], nous craignons. Et s'il y a en lui [dans le bâton] des nœuds (kitrei), nous craignons. Et s'il l'a frappée en la sectionnant (afsekeih, transversalement), nous craignons.
💡 Explication

Nouvelle règle de Rav Nahman : lorsqu'on jette la bête à terre à l'abattoir pour l'abattre, même depuis un endroit élevé, on ne craint pas le brisement des membres — car la bête, jetée de la main, retient sa chute (voir la suite).

7
הַהוּא תּוֹרָא דְּנָפַל, וְאִישְׁתְּמַע קַל גְּנִיחוֹתֶיהָ, עָל רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא שְׁקַל מְשֻׁופְּרֵי שֻׁופְרִי. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנָן: מְנָא לָךְ הָא? אֲמַר לְהוּ: הָכִי אָמַר רַב: צִפָּרְנָיו נוֹעֵץ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לָאָרֶץ.

Un certain taureau tomba [à l'abattoir], et le bruit de ses gémissements se fit entendre. Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta entra [et] préleva des meilleurs morceaux (mi-choufrei choufrei).

Les rabbins lui dirent : d'où tiens-tu cela [que la bête est permise] ? Il leur dit : ainsi a dit Rav — [le taureau] enfonce ses ongles [griffes] jusqu'à ce qu'il atteigne le sol.

📜 Rachi (4)
דְּנָפַל בְּבֵית הַמִּטְבָּחַיִם:
Qui tomba — à l'abattoir.
קַל גְּנִיחוֹתֶיהָ כְּמוֹ (בּ"ק דַּף פ.) גּוֹנֵחַ מִלִּבּוֹ פלינדרי"ש בְּלַעַ"ז. שֶׁנִּשְׁמָע קוֹל יִלְלָתוֹ כְּשֶׁנָּפַל:
Le bruit de ses gémissements — comme [dans l'expression] (Baba Kama folio 80a) 'genissant de son cœur' ; 'plindrich' en langue vernaculaire ; [à savoir] que le bruit de son cri se fit entendre lorsqu'il tomba.
מְנָא לָךְ הָא דְּלָא חָיְישַׁתְּ לְרִיסּוּק:
D'où tiens-tu cela — [à savoir] que tu ne crains pas le brisement.
צִפָּרְנָיו נוֹעֵץ כְּשֶׁהוּא שׁוֹהֶה לִיפֹּול כָּל שָׁעָה הוּא מִתְחַזֵּק בְּצִפָּורְנָיו עַד שֶׁאֵינוֹ נוֹפֵל מִגֹּובַהּ:
Il enfonce ses ongles — lorsqu'il tarde à tomber, à chaque instant il se renforce avec ses ongles, de sorte qu'il ne tombe pas [brutalement] de haut.
💡 Explication

Illustration. Un taureau tombé à l'abattoir, on entend ses gémissements [signe du choc] ; pourtant Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta prend sans crainte les meilleurs morceaux. Justification, au nom de Rav : en tombant, le taureau plante ses griffes et freine sa descente jusqu'au sol — il ne s'écrase donc pas et n'est pas à craindre.

8
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: עָמְדָה – אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת, בְּדִיקָה – וַדַּאי בָּעֲיָא, הָלְכָה – אֵינָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה. רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר: אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ צְרִיכָה בְּדִיקָה.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [si] elle s'est tenue debout (amda) — elle ne requiert pas [d'attente] de vingt-quatre heures ; un examen (bedika) — certes elle [le] requiert ; [si] elle a marché (halekha) — elle ne requiert pas d'examen. Rav Hiya bar Achi a dit : tant celle-ci que celle-là requiert un examen.

📜 Rachi (2)
עָמְדָה אַמַּתְנִיתִין קָאֵי שֶׁנָּפְלָה מִן הַגַּג וְעָמְדָה וְלֹא הָלְכָה אֵינָהּ צְרִיכָה שְׁהִיָּיה מֵעֵת לְעֵת:
[Si] elle s'est tenue debout — [cela] se réfère à la michna (plus loin) : [la bête] qui est tombée du toit et s'est tenue debout sans marcher ne requiert pas l'attente (chehiya) de vingt-quatre heures.
אֲבָל בְּדִיקָה בָּעֲיָא בְּחוּט הַשִּׁדְרָה וּבִשְׁבִירַת רֹוב צְלָעוֹת וּבַעֲקִירַת חֻולְיָא. וְהֵיכָא דְּלָא עָמְדָה אֲפִילּוּ בְּדַקְנוּהָ וְנִמְצֵאת שְׁלֵמָה טְרֵפָה מִשּׁוּם הַחֲבָט שֶׁנִּתְפָּרְקוּ פְּרָקֶיהָ וְחוֹלִיּוֹתֶיהָ וְאִם הָלְכָה אֲפִילּוּ בְּדִיקָה לָא בָּעֲיָא:
Mais elle requiert un examen — [de] la moelle épinière (hout ha-chidra), et [pour vérifier l'absence de] bris de la plupart des côtés, et d'arrachement d'une vertèbre (hulya). Et là où elle ne s'est pas tenue debout, même [si] nous l'avons examinée et qu'elle s'est révélée intacte, elle [est] tereifa à cause du choc (havat) qui a disloqué ses articulations et ses vertèbres ; et si elle a marché, elle ne requiert même pas d'examen.
🗂️ Tossefot (1)
עָמְדָה אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת אֲבָל בְּדִיקָה וַדַּאי בָּעֲיָא אֲבָל לֹא עָמְדָה בָּעֲיָא וַדַּאי מֵעֵת לְעֵת וּבָעֲיָא נָמֵי בְּדִיקָה כְּדִתְנַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נו.) דְּרָסָהּ וּטְרָפָהּ בַּכֹּותֶל אוֹ שֶׁרִיצְּצַתָּה בְּהֵמָה צָרִיךְ מֵעֵת לְעֵת וְאָמַר בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם ר"א בַּר' יַנַּאי אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ צְרִיכָה בְּדִיקָה וא"ת וְהָא תַּנְיָא בְּפֶ' הַתַּעֲרֹובֶת (בִּזְבָחִים דַּף ע:) נִתְעָרְבָה בְּשׁוֹר שֶׁנֶּעֶבְדָה בּוֹ עֲבֵירָה בְּכִלְאַיִם וּבִטְרֵפָה וּבַגְּמָרָא (דַּף עַד:) פָּרִיךְ הַאי טְרֵפָה הֵיכִי דָמֵי אִי דְּיָדַע לֵיהּ לְשָׁקְלָה אִי דְּלָא יָדַע לֵיהּ מְנָא יָדַע וּמְשַׁנֵּי ר"ל דְּאִיעָרַב בִּנְפוּלָה וּפָרִיךְ בִּנְפוּלָה לִבְדָקֶיהָ וּמְשַׁנֵּי קָסָבַר עָמְדָה צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת הָלְכָה צְרִיכָה בְּדִיקָה וְהַשְׁתָּא עַל כָּרְחָךְ עִיקַּר שִׁינּוּיָא לָא הָוֵי מַעֲמָדָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת דְּאַכַּתִּי לִיבְדְּקֵיהּ בְּהִילּוּךְ וְעוֹד דְּכֵיוָן דְּמֵעֵת לְעֵת סַגִּי אַמַּאי קָתָנֵי יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ אֶלָּא עִיקַּר שִׁינּוּיָא מֵהֲלָכָה צְרִיכָה בְּדִיקָה וְכֵיוָן דְּאֵין מַרְוִיחַ שׁוּם דָּבָר בְּמַה שֶׁאוֹמֵר עָמְדָה צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת ל"ל לְמֵימַר הָכִי הָא כ"ע מוֹדוֹ הָכָא דְּעָמְדָה אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת וְנִרְאֶה דְּגָרְסִי' הָתָם עָמְדָה אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת אע"ג דְּלָא צְרִיךְ לֵיהּ הָתָם נַקְטֵיהּ אַגַּב הָלְכָה בָּעֲיָא בְּדִיקָה:
[Si] elle s'est tenue debout, elle ne requiert pas vingt-quatre heures, mais un examen, certes, elle [le] requiert — mais [si] elle ne s'est pas tenue debout, elle requiert certainement [l'attente de] vingt-quatre heures et requiert aussi un examen, comme nous l'avons appris plus loin (Houlin folio 56a) : [si une bête] l'a foulée aux pieds (derassa) ou l'a heurtée contre un mur, ou [si] une [autre] bête l'a écrasée, elle requiert [l'attente de] vingt-quatre heures ; et l'on dit dans la Guemara, au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Yannai : tant celle-ci que celle-là requiert un examen. Et si tu objectes : mais il est enseigné au chapitre Ha-Taarovet (Zevahim folio 70b) [qu']elle [une bête tereifa] s'est mélangée à un bœuf avec lequel on a commis une transgression, [ou] avec un [animal de] kilayim, et avec une [bête] tereifa — et dans la Guemara (folio 74b) [le Talmud] objecte : cette tereifa, comment se présente-t-elle ? si on la connaît, qu'on la prenne [et qu'on l'écarte] ; et si on ne la connaît pas, d'où la connaîtrait-on ? Et Rech Lakich répond [qu'il s'agit] d'une [bête] qui s'est mélangée dans [le cas d']une néfoula. Et [le Talmud] objecte : qu'on examine la néfoula ! et il répond : il tient [que pour] celle qui s'est tenue debout [il faut l'attente de] vingt-quatre heures, [et que celle] qui a marché requiert un examen. Or maintenant, l'essentiel de la réponse ne tient pas à 'celle qui s'est tenue debout [requiert] vingt-quatre heures', car il pourrait encore l'examiner par la marche ; et de plus, dès lors que [l'attente de] vingt-quatre heures suffit, pourquoi enseigne-t-on [là-bas] 'qu'elles paissent jusqu'à ce qu'elles deviennent inaptes' ? Mais l'essentiel de la réponse [tient] à 'celle qui a marché requiert un examen' ; et puisqu'on ne gagne rien à dire 'celle qui s'est tenue debout requiert vingt-quatre heures', pourquoi le dire, alors que tout le monde admet ici [que] celle qui s'est tenue debout ne requiert pas [l'attente de] vingt-quatre heures ? Et il apparaît qu'on lit là-bas 'celle qui s'est tenue debout ne requiert pas vingt-quatre heures' ; bien qu'on n'en ait pas besoin là-bas, on l'a pris à cause [du membre] 'celle qui a marché requiert un examen'.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּד' אָמַר רַב עָמְדָה אֵין צְרִיכ' מעל"ע אֲבָל בְּדִיקָה וַדַּאי בָּעֲיָא אֲבָל לֹא עָמְדָה לָא מְהַנְּיָא בְּדִיקָה בְּתוֹךְ מֵעֵת לְעֵת כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נו.) דְּרָסָהּ וּטְרָפָהּ בַּכֹּותֶל אוֹ שֶׁרִצְּצַתָּה בְּהֵמָה צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת. וְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ צְרִיכָה בְּדִיקַת חָכָם. וְאִם לֹא עָמְדָה אֲפִילּוּ בְּדִיקָה לָא מְהַנֵּי לָהּ בְּתוֹךְ מֵעֵת לְעֵת הָלְכָה אֵין צְרִיכָה בְּדִיקָה. רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר אַחַת זוֹ וְאַחַת זוֹ צְרִיכָה בְּדִיקָה. אָמַר רַב הוּנָא בַּר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב שֵׁשֶׁת א"ר יִרְמְיָה אָמַר רַב פָּשְׁטָה יָדָהּ לַעֲמֹוד אע"פ שֶׁלֹּא עָמְדָה. עָקְרָה רַגְלָהּ לַהֲלֹוךְ אע"פ שֶׁלֹּא הָלְכָה. רַב חִסְדָּא אָמַר נִנְעֲרָה לַעֲמֹוד אע"פ שֶׁלֹּא עָמְדָה. רַב אִלְפָּס לֹא הֵבִיא אֶלָּא דִּבְרֵי רַב יְהוּדָה. וּבַעַל הֲלָכוֹת וּבַעַל הָעִיטּוּר פָּסְקוּ כְּרַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה דְּפָשְׁטָה יָדָהּ וְעָקְרָה רַגְלָהּ מוֹעִיל. וְכֵן מַשְׁמַע שֶׁבָּאוּ לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַב יְהוּדָה וְלֹא לַחֲלֻוקָּה וּמַה שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים וְהִלְכְתָא הֵיכָא דְּנָפְלָה וְלֹא וְעָמְדָה וְלֹא הָלְכָה צְרִיכָה בְּדִיקָה הֲלָכָה אֲפִילּוּ בְּדִיקָה לָא בָּעֲיָא תּוֹסֶפֶת הוּא מִלְּשׁוֹן הַפּוֹסְקִים וְאֵינוֹ בִּלְשׁוֹן הַגְּמָרָא. וּמַה שֶׁפָּסַק רַב אִלְפָּס זַ"ל כְּרַב יְהוּדָה וְלֹא פָּסַק לְחוּמְרָא כְּרַב חַיָּיא בַּר אַשִּׁי דְּהָא תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב קָאָמְרִי. מִשּׁוּם דְּבִזְבָחִים פֶּרֶק הַתַּעֲרֹובֶת דַּף עַד: קָאָמַר קָסָבַר רֵישׁ לָקִישׁ עָמְדָה צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת הָלְכָה צְרִיכָה בְּדִיקָה. וְרַבִּי יַנַּאי וְרַבִּי יִרְמְיָה כְּרֵישׁ לָקִישׁ לָא אָמְרִי קָסָבְרִי עָמְדָה אֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת הָלְכָה אֵינָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה וְרַבִּי יַנַּאי וְרַבִּי יִרְמְיָה רַבִּים נִינְהוּ וְהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ. וְעוֹד דְּרַבִּי יַנַּאי רַבּוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן הֲוָה וַאֲפִילּוּ לְגַבֵּי רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּוָותֵיהּ וכ"ש לְגַבֵּי רֵישׁ לָקִישׁ. וּנְפוּלָה שֶׁאָמְרוּ צְרִיכָה בְּדִיקָה כְּנֶגֶד כָּל הֶחָלָל כֻּולּוֹ אֲבָל בְּסִימָנִין אֵין צְרִיכָה בְּדִיקָה דְּסִימָנִין קָשִׁין הֵן אֵצֶל נְפִילָה אֲבָל קְרוּם שֶׁל מוֹחַ אֵינוֹ בִּכְלַל הֶחָלָל וְאֵין צָרִיךְ בְּדִיקָה. וְכֵן מוּכָח לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נד.) גַּבֵּי דָּרוּס' דְּקָאָמַר רַב נַחְמָן דְּרַב מוֹרֶה בָּהּ מִכַּפָּא דְּמוֹחָא וְעַד אַטְּמֵא וּמַשְׁמַע שֶׁבָּא לְהוֹסִיף עַל כְּנֶגֶד כָּל הֶחָלָל:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : [si] elle s'est tenue debout, elle ne requiert pas [d'attente de] vingt-quatre heures (meelaal = méhet le-et), mais un examen (bedika), certes, elle [le] requiert. Mais [si] elle ne s'est pas tenue debout, un examen ne sert de rien (la méhania) durant les vingt-quatre heures, comme il est enseigné plus loin (Houlin folio 56a) : [si une bête] l'a foulée aux pieds (derassa) et l'a heurtée contre un mur, ou [si] une [autre] bête l'a écrasée, elle requiert [l'attente de] vingt-quatre heures. Et nous disons dans la Guemara : tant celle-ci que celle-là requiert l'examen d'un sage (bedikat 'hakham). Et si elle ne s'est pas tenue debout, même un examen ne lui sert de rien durant les vingt-quatre heures. [Si] elle a marché, elle ne requiert pas d'examen. Rav Hiya bar Achi a dit : tant celle-ci que celle-là requiert un examen. Rav Houna bar Rav Yehouda a dit au nom de Rav Chechet, [qui a dit] au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rav : [si] elle a étendu sa patte (pachta yada) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas tenue debout [cela suffit] ; [si] elle a soulevé son pied (akra ragla) pour marcher, bien qu'elle n'ait pas marché [cela suffit]. Rav Hisda a dit : [si] elle s'est ébrouée (nin'ara) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas tenue debout [cela suffit]. Rav Alfas (le Rif) n'a rapporté que les paroles de Rav Yehouda. Et le Baal Halakhot (auteur des Halakhot Guedolot) et le Baal ha-Ittour ont tranché [la halakha] selon Rav Houna bar Yehouda, [savoir] que [le fait qu']elle a étendu sa patte et soulevé son pied est efficace (moïl, suffit). Et de même il ressort qu'ils [ces amoraim] sont venus expliquer les paroles de Rav Yehouda et non le contredire. Et ce qui est écrit dans les livres [le texte de la Guemara] : 'Et la halakha [est] : la où elle est tombée, [ne s'est] pas [tenue debout et ne s'est levée], et s'est tenue debout sans marcher, elle requiert un examen ; [si] elle a marché, elle ne requiert même pas d'examen' — [ceci] est un ajout [emprunté] au langage des décisionnaires (possekim), et ne figure pas dans le langage de la Guemara. Et ce que Rav Alfas, de mémoire bénie, a tranché selon Rav Yehouda et n'a pas tranché par rigueur (le-houmra) selon Rav Hiya bar Achi — bien que tous deux parlent au nom de Rav — [c'est] parce que, dans [le traité] Zevahim, chapitre Ha-Taarovet (folio 74b), il est dit : Rech Lakich tient [que] celle qui s'est tenue debout requiert [l'attente de] vingt-quatre heures, [et que] celle qui a marché requiert un examen. Or Rabbi Yannai et Rabbi Yirmeya n'ont pas dit comme Rech Lakich [mais] tiennent [que] celle qui s'est tenue debout ne requiert pas [d'attente de] vingt-quatre heures [et que] celle qui a marché ne requiert pas d'examen. Et Rabbi Yannai et Rabbi Yirmeya sont plusieurs [la majorité], et la halakha [suit] leur avis. Et de plus, Rabbi Yannai était le maître de Rabbi Yo'hanan, et même à l'égard de Rabbi Yo'hanan la halakha [suit] son avis, et à plus forte raison à l'égard de Rech Lakich. Et [pour] la néfoula dont ils ont dit qu'elle requiert un examen — [c'est] en face de toute la cavité (keneged kol hé-halal koulo) ; mais [pour] les simanim, elle ne requiert pas d'examen, car les simanim sont durs (kachin) à l'égard de la chute. Quant à la membrane du cerveau (kroum chel moah), elle n'entre pas dans [le compte de] la cavité et ne requiert pas d'examen. Et de même cela est prouvé plus loin (Houlin folio 54a) à propos de la [bête] foulée aux pieds (dérousa), où Rav Nahman dit que Rav enseigne [d'examiner] à son sujet depuis le sommet du crâne (mikafa de-moha) jusqu'aux cuisses (atma), et [cela] laisse entendre qu'il vient ajouter [quelque chose] au-delà de 'en face de toute la cavité'.
💡 Explication

La règle-clé de la néfoula, au nom de Rav (voir le schéma). Une bête tombée du toit qui s'est tenue debout [sans marcher] : pas d'attente de vingt-quatre heures (méhet le-et), mais un examen après l'abattage est requis. Si elle a aussi marché : même pas d'examen. Rav Hiya bar Achi est plus sévère : dans les deux cas (debout ou marché) un examen reste requis.

9
אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַחָא אָמַר רַב: פָּשְׁטָה יָדָהּ לַעֲמֹוד, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא עָמְדָה. עָקְרָה רַגְלָהּ לְהַלֵּךְ, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הָלְכָה. וְרַב חִסְדָּא אָמַר: נִנְעֲרָה לַעֲמֹוד, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא עָמְדָה.

Rav Yirmeya bar Aha a dit au nom de Rav : [si] elle a étendu sa patte (pachta yada) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas [effectivement] tenue debout ; [si] elle a soulevé son pied (akra ragla) pour marcher, bien qu'elle n'ait pas [effectivement] marché [il en va de même]. Et Rav Hisda a dit : [si] elle s'est ébrouée (nin'ara) pour se tenir debout, bien qu'elle ne se soit pas [effectivement] tenue debout [cela suffit].

📜 Rachi (2)
אע"ג דְּלָא עָמְדָה וְאֵינָהּ צְרִיכָה שְׁהִיָּיה מֵעֵת לְעֵת:
Bien qu'elle ne se soit pas tenue debout — et elle ne requiert pas l'attente de vingt-quatre heures.
נִנְעֲרָה לַעֲמֹוד אע"פ שֶׁלֹּא פָּשְׁטָה יָדָהּ אֶלָּא נִתְחַזְּקָה וְרָצְתָה לַעֲמֹוד:
[Si] elle s'est ébrouée pour se tenir debout, bien — qu'elle n'ait pas étendu sa patte, mais [qu']elle s'est renforcée et a voulu se tenir debout.
💡 Explication

Extensions de la règle. Rav Yirmeya bar Aha (au nom de Rav) : il suffit qu'elle ait étendu une patte pour se lever (même sans se lever) pour valoir 'levée', et qu'elle ait soulevé un pied pour marcher (même sans marcher) pour valoir 'a marché'. Rav Hisda assouplit encore : il suffit qu'elle se soit ébrouée (efforcée, nin'ara) pour se lever — même sans tendre la patte — pour valoir 'levée'.

10
וְהִלְכְתָא: הֵיכָא דְּנָפְלָה מִן הַגָּג בִּדְלָא יָדְעָה, וְעָמְדָה וְלֹא הָלְכָה – צְרִיכָה בְּדִיקָה, וְאֵינָהּ צְרִיכָה מֵעֵת לְעֵת. וְאִם הָלְכָה – אֲפִילּוּ בְּדִיקָה נָמֵי לָא צְרִיכָה.

Et la halakha [est] : la où elle est tombée du toit à son insu (be-delà yad'a) et s'est tenue debout sans marcher — elle requiert un examen et ne requiert pas [l'attente de] vingt-quatre heures ; et si elle a marché — elle ne requiert même pas d'examen.

📜 Rachi (1)
הֵיכָא דְּנָפְלָה מִן הַגָּג בְּלֹא יָדְעָה דְּאִי יָדְעָה הָא אָמְרִינַן דְּאָמְדָה נַפְשָׁהּ:
Là où elle est tombée du toit — à son insu, car si elle [le] savait [d'avance], nous disons [qu']elle s'est évaluée elle-même (amda nafcha) [s'est raidie pour amortir, et il n'y a pas de crainte].
🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא הֵיכָא דְּנָפְלָה מִן הַגָּג כו' הָא דְּלָא קָאָמַר הֲלָכָה כְּרַב יְהוּדָה בְּרִיסּוּק אֵבָרִים מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּוְקָא עָמְדָה לִמְעוּטֵי פָּשְׁטָה יָדָהּ לַעֲמֹוד וְנִנְעֲרָה לַעֲמֹוד:
Et la halakha [est] : la où elle est tombée du toit, etc. — la raison pour laquelle il ne dit pas 'la halakha [suit] Rav Yehouda pour [ce qui est du] brisement des membres', [c'est] parce qu'il veut nous enseigner [que] spécifiquement 'elle s'est tenue debout' [vaut], à l'exclusion de 'elle a étendu sa patte pour se tenir debout' et de 'elle s'est ébrouée pour se tenir debout'.
💡 Explication

Tranchée finale. Pour une bête tombée à son insu (be-delà yad'a, sans s'y être préparée) : si elle s'est levée sans marcher, on l'examine après l'abattage mais sans attendre vingt-quatre heures ; si elle a marché, ni examen ni attente. La halakha suit donc Rav (segment 7), contre Rav Hiya bar Achi.

11
אָמַר אַמֵּימָר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב דִּימִי מִנְּהַרְדְּעָא: נְפוּלָה שֶׁאָמְרוּ – צְרִיכָה בְּדִיקָה כְּנֶגֶד בְּנֵי מֵעַיִים. אֲמַר לֵיהּ מָר זוּטְרָא: הָכִי אָמְרִינַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב פָּפָּא: צְרִיכָה בְּדִיקָה כְּנֶגֶד בֵּית הֶחָלָל כֻּולּוֹ.

Amemar a dit au nom de Rav Dimi de Nehardea : la néfoula dont [les Sages] ont parlé requiert un examen en face des entrailles (keneged bnei meayim). Mar Zoutra lui dit : ainsi disons-nous au nom de Rav Papa — elle requiert un examen en face de toute la cavité (bet ha-halal kulo).

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד בְּנֵי מַעְיָין שֶׁמָּא נִקְרַע רֹוב הַחִיצוֹנָה אוֹ נִיקְּבוּ הַדַּקִּין:
En face des entrailles — de peur que la [membrane] extérieure [se] soit déchirée en majeure partie, ou que les [intestins] grêles [se] soient perforés.
כְּנֶגֶד כָּל הֶחָלָל מִשּׁוּם שְׁבִירַת רֹוב צְלָעוֹת אוֹ עֲקִירַת חֻולְיוֹת:
En face de toute la cavité — à cause d'un bris de la plupart des côtés ou d'un arrachement des vertèbres (hulyot).
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר בְּנֵי מֵעַיִים שֶׁנִּיקְּבוּ וְלֵיחָה סוֹתַמְתָּן כְּשֵׁירָה וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ: לְעֵיל (חֻולִּין דַּף מג.) נִיקְּבָה הַמָּרָה אָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף א"ר יוֹחָנָן מָרָה שֶׁנִּקְּבָה וְכָבֵד סוֹתַמְתָּהּ כְּשֵׁירָה. א"ר שִׁימִי בַּר חַיָּיא מַקִּיפִין בִּבְנֵי מֵעַיִים הָנְהוּ בְּנֵי מֵעַיִים דְּאִייָּתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אַקְּפִינְהוּ וְלָא אִידְּמוֹ אֲתָא רַב מְשַׁרְשְׁיָא בְּרֵיהּ מְשַׁמֵּשׁ בְּהוּ וְאַקְּפִינְהוּ וְאִידְּמוּ א"ל מְנָא לָךְ הָא. א"ל מִסְּבָרָא כַּמָּה יְדָא מִמְּשַׁמְּשֵׁי בְּהוּ מִקַּמֵּי דְּלֵיתוּ קַמֵּיהּ דְּמַר אָמַר רָבָא חַכִּים בָּרִי בִּטְרֵיפוֹת כַּר' יוֹחָנָן. כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר זַ"ל דה"ה בְּלֵב וְקֻורְקְבָן דְּאִינְהוּ בְּנֵי מֵעַיִים אִיקְּרוֹ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נו:) גַּבֵּי נֶחְמְרוּ בְּנֵי מֵעֶיהָ לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּלֵב וְקֻרְקְבָן וְכָבֵד. ור"י פֵּירֵשׁ לְקַמָּן דִּנְהִי דְּבִלְשׁוֹן מִשְׁנָה וּבָרַיְיתָא הָוֵי בִּכְלַל בְּנֵי מֵעַייִם בִּלְשׁוֹן הָאָמוֹרָאִים לָא הָוֵי בִּכְלַל מֵעַיִים. כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נא:) גַּבֵּי נְפוּלָה דְּאָמַר אָמֵימָר נְפוּלָה שֶׁאָמְרוּ צְרִיכָה בְּדִיקָה כְּנֶגֶד בְּנֵי מֵעַייִם מַר זוּטְרָא מוֹסִיף כְּנֶגֶד כָּל הֶחָלָל. וְכֵן נָמֵי גַּבֵּי דְּרוּסָה דַּף נג: מַשְׁמַע דִּלְאָמֵימָר בְּנֵי מֵעַיִים הַכָּרֵס וְהַדַּקִּין וַאֲתָא מַר זוּטְרָא לְהוֹסִיף כְּנֶגֶד הַדְּפָנוֹת כְּגוֹן רֵיאָה וְלֵב וְכָבֵד הִילְכָּךְ בְּנֵי מֵעַיִם דְּהָכָא הַייְנוּ כֶּרֶס וְדַקִּין. רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ מַקִּיפִין בָּרֵיאָה אָמַר רָבָא לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּאוֹתָהּ עֲרוּגָה אֲבָל מֵעֲרוּגָה לַעֲרוּגָה לָא וְהִלְכְתָא אֲפִילּוּ מֵעֲרוּגָה לַעֲרוּגָה מִדַּקָּה לְדַקָּה וּמִגַּסָּה לְגַסָּה. פֵּירוּשׁ מֵרֵיאָה שֶׁל צֹאן לְצֹאן וּמִשֶּׁל שׁוֹר לְשׁוֹר אַחֵר. אֲבָל מִדַּקָּה לְגַסָּה וּמִגַּסָּה לְדַקָּה לֹא. רַבָּה וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מַקִּיפִין בַּקָּנֶה. א"ר פָּפָּא לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּאוֹתָהּ חֻולְיָא אֲבָל מֵחֻולְיָא לְחֻולְיָא לָא וְהִילְכְתָא אֲפִילּוּ מֵחֻולְיָא לְחֻולְיָא וּמִבַּר חֻולְיָא לְבַר חֻולְיָא. אֲבָל לָא מֵחֻולְיָא לְבַר חֻולְיָא וּמִבַּר חֻולְיָא לְחֻולְיָא. פירש"י חֻולְיָא שְׁלֹשָׁה טַבָּעוֹת כִּדְאָמְרִינַן מְנָחוֹת דַּף לט. גַּבֵּי צִיצִית דְּקָרֵי חֻולְיָא לְשָׁלֹשׁ כְּרִיכוֹת וּבַר חֻולְיָא הַייְנוּ מֵחֶצְייָן שֶׁל הַטַּבָּעוֹת וּלְמַטָּה כְּשֶׁמַּתְחִילִין לִהְיוֹת דַּקִּין. וי"מ חֻולְיָא הַייְנוּ הַטַּבָּעוֹת וּבַר חֻולְיָא הָעוֹר שֶׁבֵּין הַטַּבָּעוֹת וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ מִדַּקָּה לְדַקָּה וּמִגַּסָּה לְגַסָּה מֵאֻונָּא לְאַוָּנָא וּמֵאוּמָא לְאוּמָא אֲבָל לֹא מֵאוּמָא לְאַוָּנָא וּמֵאֻונָּא לְאוּמָא. וְהֵבִיא רְאָיָה מִבַּעַל הֲלָכוֹת שֶׁכָּתַב בָּתַר שְׁמַעְתָּא וְכֵן בְּקָנֶה אַלְמָא רֵיאָה דֻּומְיָא דְּקָנֶה מַה קָנֶה בְּאוֹתוֹ קָנֶה עַצְמוֹ אַף רֵיאָה בְּאוֹתָהּ רֵיאָה עַצְמָהּ. דְּלָא מִיסְתַּבֵּר לֵיהּ לְהָקֵל כֻּולֵּי הַאי לְהַקִּיף מִבְּהֵמָה לִבְהֵמָה. וְלִישָּׁנָא דְּמִדַּקָּה לְדַקָּה מַשְׁמַע כְּפֵירוּשׁ רַב אִלְפָּס זַ"ל דִּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִקְּטַנָּה לִגְדוֹלָה. כִּדְקָאָמַר ר' יְהוּדָה בְּכָרֵס לְעֵיל (חֻולִּין דַּף מב.) וּמִיהוּ לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נד.) גַּבֵּי שְׁמוּטָה וּשְׁחוּטָה הוֹכִיחַ ר"י מֵהַהוּא דְּשָׁחַט הַוֶּושֶׁט וְנִמְצֵאת הַגַּרְגֶּרֶת שְׁמוּטָה דְּאֵין מַקִּיפִין מִבְּהֵמָה לַבְּהֵמָה:
Il est enseigné [dans une baraita] : Rabban Chimon ben Gamliel dit : des entrailles (bnei meayim) qui ont été perforées et [que] du mucus (leha) obstrue [colmate], [la bête est] cachere. Et la halakha ne [suit] pas son avis. Plus haut (Houlin folio 43a) : [au sujet de] la vésicule biliaire (mara) qui a été perforée — Rav Yitzhak bar Yossef a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une vésicule biliaire qui a été perforée et [que] le foie (kaved) obstrue, [la bête est] cachere. Rabbi Chimi bar Hiya a dit : on procède par rapprochement (makkifin, comparaison des tissus) pour les entrailles. [Le cas de] ces entrailles que l'on apporta devant Rava : on les rapprocha [de tissus sains pour comparer les perforations] et elles ne parurent pas semblables [le verdict penchait pour tereifa]. Vint Rav Mécharcheya son fils, [qui] les manipula (mechamech, tâta, palpa) et les rapprocha, et elles parurent semblables [donc cachere]. Il lui dit : d'où tiens-tu cela ? Il lui dit : par raisonnement (mi-svara) — combien de mains les ont manipulées avant qu'elles ne vinssent devant le Maître [ce qui a altéré l'aspect des trous]. Rava dit : mon fils est expert (hakim) dans les trefot comme Rabbi Yo'hanan. Le Baal ha-Ittour, de mémoire bénie, a écrit qu'il en va de même (dhu ha-din) pour le cœur (lev) et le gésier (kourkevan), car ils sont [aussi] appelés 'entrailles' (bnei meayim), comme nous disons plus loin (Houlin folio 56b) à propos de [la formule] 'ses entrailles ont été brûlées (néhmerou)' : on n'a enseigné [cela] que pour le cœur, le gésier et le foie. Mais le Ri (Rabbeinou Yits'hak) a expliqué plus loin que, bien que dans le langage de la Michna et de la baraita [le cœur et le gésier] entrent dans [la catégorie] 'entrailles', dans le langage des Amoraim ils n'entrent pas dans [la catégorie] 'entrailles' — comme nous disons plus loin (Houlin folio 51b) à propos de la néfoula, où Amemar dit : la néfoula dont ils ont parlé requiert un examen en face des entrailles (bnei meayim), [et] Mar Zoutra ajoute : en face de toute la cavité. Et de même aussi à propos de la [bête] foulée aux pieds (dérousa, folio 53b), il ressort que pour Amemar les 'entrailles' [désignent] la panse (keres) et les [intestins] grêles (dakkin), et Mar Zoutra vient ajouter [l'examen] en face des parois (defanot), tels le poumon (reia), le cœur et le foie. Par conséquent, les 'entrailles' [dont il est question] ici, c'est [précisément] la panse et les grêles. Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar qui disent tous deux : on procède par rapprochement pour le poumon (reia). Rava a dit : nous n'avons dit cela que dans un même lobe (aroga, plate-bande = section/lobe du poumon), mais de lobe à lobe, non. Et la halakha [est] : même de lobe à lobe, de [poumon de bête] menue à [poumon de bête] menue et de [bête] grosse à [bête] grosse. Explication : du poumon d'un [animal du] petit bétail (tson) à [celui d'un autre du] petit bétail, et de celui d'un bœuf (chor) à un autre bœuf. Mais de [bête] menue à [bête] grosse et de grosse à menue, non. Rabba et Rava qui disent tous deux : on procède par rapprochement pour la trachée (kaneh). Rav Papa a dit : nous n'avons dit cela que dans une même vertèbre (houlya, anneau), mais de vertèbre à vertèbre, non. Et la halakha [est] : même de vertèbre à vertèbre et de bar-houlya à bar-houlya, mais non de vertèbre à bar-houlya ni de bar-houlya à vertèbre. Rachi a expliqué : houlya [désigne] trois anneaux, comme nous disons [au traité] Menahot (folio 39a) à propos des tsitsit, où l'on appelle 'houlya' trois enroulements [du fil] ; et bar-houlya, c'est depuis la moitié des anneaux vers le bas, là où [les anneaux] commencent à devenir minces. Et certains expliquent : houlya, ce sont les anneaux [cartilagineux] eux-mêmes, et bar-houlya, la peau [la membrane] qui [se trouve] entre les anneaux. Et Rachi a expliqué : de menue à menue et de grosse à grosse — de lobe (ouna) à lobe et d'umma à umma [autres subdivisions du poumon], mais non d'umma à lobe ni de lobe à umma. Et il a apporté une preuve du Baal Halakhot, qui a écrit après [cette] sougya : 'et de même pour la trachée' — ce qui montre [que] le poumon [est] semblable à la trachée : de même que la trachée [se compare] dans cette trachée-là même, de même le poumon [se compare] dans ce poumon-là même. Car il ne lui paraît pas raisonnable d'alléger à ce point [jusqu'à] procéder par rapprochement d'une bête à une [autre] bête. Et l'expression 'de menue à menue' laisse entendre [qu'elle est conforme] à l'explication de Rav Alfas, de mémoire bénie ; car, selon l'explication de Rachi, il aurait fallu dire 'de petite à grande' [en parlant des lobes], comme le dit Rabbi Yehouda à propos de la panse plus haut (Houlin folio 42a). Toutefois plus loin (Houlin folio 54a), à propos de [la trachée] arrachée et [de la bête] abattue (chemouta ou-chehouta), le Ri a prouvé, de ce cas où l'on a abattu l'oesophage (veshet) et [où] l'on a trouvé la trachée (gargeret) arrachée, que l'on ne procède pas par rapprochement d'une bête à une [autre] bête.
💡 Explication

Étendue de l'examen (voir le schéma). Rav Dimi de Nehardea : il faut examiner en face des entrailles (keneged bnei meayim), de peur que la membrane extérieure soit déchirée ou les intestins perforés. Rav Papa, plus large : examen de toute la cavité du corps (bet ha-halal kulo), à cause d'un éventuel bris de la plupart des côtés ou d'un arrachement des vertèbres.

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אֲמַר לֵיהּ הוּנָא מָר בַּר בְּרֵיהּ דְּרַב נְחֶמְיָה לְרַב אָשֵׁי: סִימָנִין מַאי? אֲמַר לֵיהּ: סִימָנִין קָשִׁין הֵן אֵצֶל נְפִילָה.

Houna Mar, fils du fils de Rav Nehemia, dit à Rav Achi : les simanim, quoi [leur statut, requièrent-ils un examen] ? Il lui dit : les simanim sont durs (kachin) à l'égard de la chute.

📜 Rachi (1)
סִימָנִין מַאי מִי בָּעֵי בְּדִיקָה שֶׁמָּא נֶעֶקְרוּ:
Les simanim, quoi — requièrent-ils un examen, de peur qu'ils [se] soient arrachés (ne'ekrou) ?
💡 Explication

Question sur les simanim (les deux organes à sectionner à l'abattage : la trachée, kaneh, et l'oesophage, veshet). Faut-il aussi les examiner après une chute, de peur qu'ils aient été arrachés ? Réponse de Rav Achi : les simanim sont durs (résistants) face à la chute — ils ne requièrent donc pas d'examen.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: עוֹף שֶׁנֶּחְבַּט עַל פְּנֵי הַמַּיִם, כֵּיוָן שֶׁשָּׁט מְלֹא קוֹמָתוֹ – דַּיּוֹ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא מִמַּטָּה לְמַעְלָה, אֲבָל מִלְמַעְלָה לְמַטָּה – מַיָּא הוּא דְּאַשְּׁפֵלוֹ. וְאִי מַיָּא קָיְימִי – לֵית לַן בַּהּ, וְאִי שְׁדָא צִיבֵי וְקַדְמֵיהּ – הָא קַדְמֵיהּ.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : un oiseau qui a été projeté (néhbat) sur la surface de l'eau — dès lors qu'il a nagé sur toute sa hauteur (chat mélo komato), cela lui suffit. Et nous n'avons dit cela que [lorsqu'il a nagé] de bas en haut (mi-mata le-maala, à contre-courant) ; mais de haut en bas (mi-maala le-mata, dans le sens du courant) — [c'est] l'eau qui l'a fait descendre [emporté par le flot].

Et si l'eau [est] stagnante (kaymi) — nous n'avons rien [à craindre]. Et si l'on a jeté des brindilles (tsivei) et qu'il les a devancées — voici qu'il les a devancées [par sa propre force].

📜 Rachi (6)
עוֹף שֶׁנֶּחְבַּט וְנָפַל עַל כָּרְחוֹ עַל פְּנֵי הַנָּהָר וְאִיכָּא לְמִיחַשׁ לְרִיסּוּק:
Un oiseau qui a été projeté — et est tombé malgré lui sur la surface du fleuve, et il y a lieu de craindre le brisement.
כֵּיוָן שֶׁשָּׁט מְלֹא קוֹמָתוֹ הֲוָה לֵיהּ כַּהֲלִיכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה:
Dès lors qu'il a nagé sur toute sa hauteur — il en va pour lui comme [pour] la marche, qui ne requiert pas d'examen.
וְאִי מַיָּא דְּקָיְימִי כְּגוֹן אֲגַמִּים:
Et si l'eau [est] stagnante — par exemple [dans] des étangs (agamim).
לֵית לַן בַּהּ דַּאֲפִילּוּ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה שַׁפִּיר דָּמֵי:
Nous n'avons rien [à craindre] — car même [s'il a nagé] de haut en bas, cela [est] convenable.
וְאִי שָׁדֵי צִיבֵי וְאִם הָיוּ קִסְמֵי עֵצִים מֻושְׁלָכִין בַּנָּהָר:
Et si l'on a jeté des brindilles — et si des éclats de bois (kessamim) étaient jetés dans le fleuve.
וְקַדְמֵיהּ אִיהוּ לְצִיבֵי מִלְמַעְלָה לְמַטָּה אֲפִילּוּ בְּמַיָּא דְּלָא קָיְימִי שָׁרֵי דְּכֵיוָן דְּקַדְמֵיהּ אִיהוּ לְצִיבֵי אִיהוּ דְּקָא שָׁט:
Et qu'il les a devancées — lui, [il a devancé] les brindilles, [même] de haut en bas [et] même dans une eau non stagnante, [c'est] permis ; car, dès lors que lui a devancé les brindilles, c'est [bien] lui qui nage [par sa propre force].
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב עוֹף שֶׁנֶּחְבַּט עַל פְּנֵי הַמַּיִם כֵּיוָן דְּשָׁט מָלֵא קוֹמָתוֹ דַּיּוֹ. וה"מ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אֲבָל מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה לָא מַיָּא הוּא דְּקָמְשְׁפִילִי לָהּ וְאִי קַיְימָא מַיָּא לֵית לַן בַּהּ. וְאִי אִיכָּא צִיבֵי וּקְדֵים אִיהוּ לְצִיבֵי אִיהוּ קָמְסַגֵּי. גְּלִימָא וּמְתִיח חָיְישִׁינַן. לֹא מְתִיחַ לָא חָייְשִׁינַן עוּף וּמֵיעֵף לָא חָיְישִׁינַן. כְּלָלָא דְּמִילְּתָא כֹּל דְּמִיחְבָּט עַל דָּבָר קָשֶׁה חָייְשִׁינַן. עַל דָּבָר רַךְ אוֹ שְׁרִיק לָא חָיְישִׁינַן. דִּיבְקָא אָמֵימָר אָסַר וְרַב אַסִּי שָׁרֵי. בְּחַד גַּפָּא דִּבְרֵי הַכֹּל שָׁרִי. כִּי פְּלִיגִי בִּתְרֵי גַּפֵּי. מַאן דְּאָסַר בְּמַאי נְיָיח. וּמַאן דְּשָׁרֵי אֶפְשָׁר דִּנְיָיח בְּעִיקְבָּא דְּגַפָּא וְהִלְכְתָא בְּחַד גַּפָּא שָׁרִי בִּתְרֵי גַּפֵּי אָסוּר. וּבְכָל הָנֵי דְּאָמְרִינַן חָייְשִׁינַן יֵשׁ בּוֹ כָּל דִּין נְפוּלָה דְּמַתְנִי'. וּבְכָל הָנֵי דְּאָמְרִינַן אֵין חוֹשְׁשִׁין אֵין כָּאן בֵּית מֵיחוֹשׁ כְּלָל. כְּהַהִיא דְּבֵית מִטְבָּחַיִים:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : un oiseau qui a été projeté (nehbat) sur la surface de l'eau, dès lors qu'il a nagé sur toute sa hauteur (chat mêle komato), cela lui suffit. Et cela [ne vaut que] de bas en haut (à contre-courant) ; mais de haut en bas, non — [car c'est] l'eau qui le fait descendre [l'emporte]. Et si l'eau [est] stagnante (kayma), nous n'avons rien [à craindre]. Et s'il y a des brindilles (tsivei) et qu'il devance lui-même les brindilles, c'est [bien] lui [qui] avance [par sa propre force]. [S'il tombe sur] un vêtement (glima) et [qu'il est] tendu (metih), nous craignons ; [s'il n'est] pas tendu, nous ne craignons pas. [Un] oiseau qui [tombe et] s'envole (of oumeif), nous ne craignons pas. La règle de la chose (kelala de-milta) : tout [oiseau] qui est projeté sur un objet dur, nous craignons ; sur un objet mou ou glissant (chariq), nous ne craignons pas. [Un oiseau] pris [collé, dibka], Amemar [l']interdit et Rav Assi [le] permet. [Attrapé] par une seule aile (had gappa), de l'avis de tous [c'est] permis ; ils divergent [seulement] quand [c'est] par les deux ailes (terei gappei). Celui qui interdit [demande] : sur quoi reposerait-il [pour amortir, ayant les deux ailes prises] ? Et celui qui permet [répond] : il est possible qu'il repose sur le talon [la base] de l'aile (ikva de-gappa). Et la halakha [est] : par une seule aile, [c'est] permis ; par les deux ailes, [c'est] interdit. Et dans tous ces cas où nous disons 'nous craignons', il y a pour lui tout le régime (din) de la nefoula de la Michna [examen, et attente de vingt-quatre heures selon les cas]. Et dans tous ces cas où nous disons 'nous ne craignons pas', il n'y a ici aucun lieu de crainte (bet meihoch) du tout, comme dans ce cas de l'abattoir (bet mitbahayim).
💡 Explication

Application à l'oiseau (voir le schéma). Chmouel : un oiseau projeté sur l'eau [donc à craindre pour le risouk], dès qu'il nage sur toute sa longueur, c'est suffisant — cela vaut comme la marche [pas d'examen]. Mais seulement s'il nage à contre-courant (de bas en haut) ; dans le sens du courant, c'est peut-être l'eau qui l'emporte. En eau stagnante, aucune crainte [même vers l'aval]. Et même à contre-courant ou en eau courante, s'il devance des brindilles jetées devant lui, c'est qu'il nage par sa propre force.

14
גְּלִימָא מְתִיח – חָייְשִׁינַן; דְּלָא מְתִיח – לָא חָייְשִׁינַן; עוֹף וּמְעוֹפֵף – לָא חָיְישִׁינַן; אִיזְלָא וּמְקָרְבִי קִיטְרֵי – חָייְשִׁינַן; לָא מַקְרְבִי קִיטְרֵי – לָא חָיְישִׁינַן.

Un vêtement (glima) tendu — nous craignons ; non tendu — nous ne craignons pas. [Un vêtement] plié et [même tendu, l'oiseau] s'en envole — nous ne craignons pas.

Un filet (izla) dont les nœuds sont rapprochés (mikarvei kitrei) — nous craignons ; [dont] les nœuds ne sont pas rapprochés — nous ne craignons pas.

📜 Rachi (8)
גְּלִימָא פָּרוּשׁ עַל גַּבֵּי יְתֵדוֹת בָּאֲוִיר:
Un vêtement — étendu sur des piquets, en l'air.
וּמְתִיח שַׁפִּיר וְנָפַל עוֹף עָלָיו:
Et tendu — bien [tendu], et un oiseau est tombé dessus.
חָייְשִׁינַן לְרִיסּוּק וּבָעֵי שְׁהִייָּה דְּכֵיוָן דִּמְתִיח שַׁפִּיר קָשֶׁה הוּא:
Nous craignons — le brisement, et il requiert une attente (chehiya), car, dès lors qu'il est bien tendu, il est dur.
עוֹף וּמְעוֹפֵף וְאִם כְּפוּלָה הַטַּלִּית וַאֲפִילּוּ מְתוּחָה:
[Un vêtement] plié et [l'oiseau] s'en envole — et si le drap (talit) est plié, [alors] même [s'il est] tendu [nous ne craignons pas].
לָא חָיְישִׁינַן דְּאֵינָהּ נִמְתַּחַת יָפֶה:
Nous ne craignons pas — car il ne se tend pas bien.
אִיזְלָא עוֹף שֶׁנָּפַל בְּרֶשֶׁת הַפְּרוּשָׁה בָּאֲוִיר:
Izla — un oiseau qui est tombé dans un filet (rechet) étendu en l'air.
אִי מִיקָּרְבִי קִיטְרֵי קִשְׁרֵי הַחוּטִין שֶׁבָּהֶם סְמוּכִין זֶה לָזֶה תָּמִיד:
Si les nœuds sont rapprochés — les nœuds des fils qui [le composent] sont proches l'un de l'autre, partout [serrés].
חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא הַקְּשָׁרִים רִסְּקוּהוּ:
Nous craignons — de peur que les nœuds l'aient brisé.
💡 Explication

Casuistique des surfaces, pour l'oiseau tombé. Sur un vêtement tendu [donc dur] : on craint le brisement ; sur un vêtement non tendu [mou] : on ne craint pas ; sur un vêtement plié (même tendu), d'où l'oiseau s'envole : pas de crainte. Sur un filet aux nœuds serrés [surface ferme] : on craint ; aux nœuds espacés : on ne craint pas.

15
כִּיתָּנָא דַּעֲבִיד בְּטוֹנִי – חָייְשִׁינַן; דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא – לָא חָיְישִׁינַן; אִסּוּרְיָיתָא – חָיְישִׁינַן; כִּיתָּנָא דְּדָייֵק וּנְפִיץ – לָא חָיְישִׁינַן; דָּייֵק וְלָא נְפִיץ – חָיְישִׁינַן; דַּעֲבִיד בִּיזְרֵי כֵּיוָן דְּאִיכָּא בֵּיהּ קִטְרֵי – חָייְשִׁינַן; דְּקַתָּא – חָייְשִׁינַן; דַּקְדְּקָתָא – לָא חָיְישִׁינַן.

Du lin (kitna) fait en ballots (toni) — nous craignons ; [s'il est tombé] de ce côté-ci ou de ce côté-là [des ballots] — nous ne craignons pas. Des fagots (assouryata, de roseaux) — nous craignons.

Du lin battu et cardé (dayek ve-nafits) — nous ne craignons pas ; battu mais non cardé (dayek ve-la nafits) — nous craignons. [Du lin] fait en [bottes à] graines (bizrei), dès lors qu'il y a en lui des nœuds (kitrei) — nous craignons.

De l'étoupe [grossière] (dekata) — nous craignons ; de l'étoupe fine (dekdakta) — nous ne craignons pas.

📜 Rachi (14)
כִּיתָּנָא דַּעֲבִיד בְּטוֹנִי פִּשְׁתָּן הֶעָשׂוּי חֲבִילוֹת חֲבִילוֹת:
Du lin fait en ballots — du lin disposé en fagots et fagots (havilot havilot).
חָייְשִׁינַן שֶׁהֲרֵי קָשֶׁה הוּא:
Nous craignons — car il est dur.
דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא אִם נָפַל עַל צִדֵּי הַחֲבִילָה מִכָּאן וּמִכָּאן בְּהַשְׁמָטָה:
De ce côté-ci ou de ce côté-là — s'il est tombé sur les côtés du ballot, de-ci de-là, en glissant (be-hachmata).
לָא חָיְישִׁינַן דְּכִי מָטֵי עֲלַייְהוּ מִשְׁתְּרִיק וּמִשְׁתְּמִיט וְלָא מַלְקֵי לֵיהּ:
Nous ne craignons pas — car, lorsqu'il parvient sur eux, il glisse et dérape (michtarik oumichtamit) et [le ballot] ne le frappe pas.
אִסּוּרְיָיתָא חֲבִילוֹת שֶׁל קָנִים:
Assouryata — des fagots de roseaux (kanim).
כִּיתָּנָא דְּדָייֵק (וּנְפִיץ) חֲבוֹט בטוד"ה בְּלַעַ"ז:
Du lin battu (et cardé) — battu, 'tode' en langue vernaculaire.
וּנְפִיץ אשקוש"א:
Et cardé — 'achkoucha' [en langue vernaculaire].
לָא חָיְישִׁינַן אִם שָׁטוּחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע וְנוֹפֵל עוֹף עָלָיו:
Nous ne craignons pas — s'il est étalé sur le sol et qu'un oiseau tombe dessus.
דִּייֵּק וְלָא נְפִיץ שִׁבְרֵי הַגִּבְעוֹלִין מַלְקִין הָעוֹף:
Battu mais non cardé — les débris de tiges (giv'olin) frappent l'oiseau.
דַּעֲבִיד בִּיזְרֵי פופיד"ש אֲפִילּוּ דָּייֵק וּנְפִיץ חָייְשִׁינַן מִשּׁוּם קִטְרֵי דְּאִית בֵּיהּ:
Fait en [bottes à] graines — 'popides' [en langue vernaculaire] ; même [s'il est] battu et cardé, nous craignons à cause des nœuds (kitrei) qu'il y a en lui.
דְּקַתָּא נְעֹורֶת שִׁבְרֵי גִּבְעוֹלִין הַנִּנְעָרִין מִן הַפִּשְׁתִּים כְּשֶׁמְּנַפְּצִין אוֹתוֹ:
Dekata — de la filasse (ne'oret), débris de tiges qui se détachent du lin lorsqu'on le carde.
חָייְשִׁינַן אִם נָפַל עוֹף עֲלֵיהֶן:
Nous craignons — s'il tombe un oiseau dessus.
דִקַּדְקְתָּא דַּקָּה מִן הַדַּקָּה וְגַם הִיא נְעֹורֶת:
Dekdakta — [filasse] plus fine que la fine, et c'est aussi de la filasse.
לָא חָיְישִׁינַן אִם יֵשׁ מִמֶּנָּה כְּרִי עַל גַּבֵּי קַרְקַע וְנוֹפֵל עוֹף עֲלֵיהֶן לָא חָיְישִׁינַן לְפִי שֶׁהִיא רַכָּה:
Nous ne craignons pas — s'il y en a un tas sur le sol et qu'un oiseau tombe dessus, nous ne craignons pas, parce qu'elle est molle.
💡 Explication

Suite, sur le lin. Lin en ballots (toni) [dur] : on craint ; tombé sur le côté des ballots [le choc glisse] : pas de crainte. Fagots de roseaux : on craint. Lin battu et cardé [souple] : pas de crainte ; battu mais non cardé [reste des tiges piquantes] : on craint. Lin en bottes à graines, dès qu'il a des nœuds : on craint. Étoupe grossière (dekata) : on craint ; étoupe fine (dekdakta), molle : pas de crainte.

16
נִבְרָא – חָייְשִׁינַן; תִּימַחְתָא – לָא חָיְישִׁינַן; קִיטְמָא נְהִילָא – חָייְשִׁינַן; לָא נְהִילָא – לָא חָיְישִׁינַן.

[De la] fibre [de palmier] (nevara) — nous craignons ; [de l'écorce découpée en lanières,] timhata — nous ne craignons pas. De la cendre tamisée (kitma nehila) — nous craignons ; non tamisée (la nehila) — nous ne craignons pas.

📜 Rachi (4)
נִבְרָא סִיב הַגָּדֵל סְבִיב הַדְּקָלִים וּמְייַבְּשִׁין אוֹתוֹ וְנֶחֱלָק לִרְצוּעוֹת וּמַפְשִׁילִין מִמֶּנּוּ חֲבָלִים וְכָל זְמַן שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה רְצוּעוֹת הוּא קָשֶׁה:
Nevara — la fibre (siv) qui pousse autour des palmiers ; on la fait sécher, elle se divise en lanières et l'on en tresse des cordes ; et tant qu'elle n'a pas été faite en lanières, elle est dure.
תִּימַחְתָא לְאַחַר שֶׁחִלְּקוּהוּ לִרְצוּעוֹת לְהַאי נִבְרָא כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין לִקְלִיפַּת עֵץ הַקָּרוּי טי"ל:
Timhata — après qu'on a divisé cette nevara en lanières, à la manière dont on procède pour l'écorce de l'arbre appelé 'til' [en langue vernaculaire].
קִיטְמָא נְהִילָא מְרֻוקָּד בְּנָפָה נִכְבַּשׁ וְנַעֲשָׂה קָשֶׁה:
Cendre tamisée — tamisée au crible (be-napa) : elle se tasse et devient dure.
לָא נְהִילָא אֵינוֹ נִכְבָּשׁ וְכָל שָׁעָה הוּא טָפוּף וְאֵינוֹ קָשֶׁה:
Non tamisée — elle ne se tasse pas et reste à chaque instant meuble (tafouf), et elle n'est pas dure.
💡 Explication

Derniers cas. La fibre brute de palmier (nevara), tant qu'elle n'est pas découpée, est dure : on craint ; une fois fendue en lanières (timhata) : pas de crainte. La cendre tamisée (kitma nehila) se tasse et durcit : on craint ; la cendre non tamisée (la nehila), molle et meuble : pas de crainte.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).