Sougya : Fin de la sougya de la bête tombée (nefoula) : on distingue les surfaces qui font craindre des membres broyés (risouk evarim) de celles qui n'en font pas craindre, selon le principe que ce qui glisse (mishtarik) amortit la chute alors que ce qui se tasse la rend dangereuse. Suit la mahloket entre Rav Achi et Amemar sur l'oiseau pris au piège à glu (davuk), tranchée : deux ailes collées interdit, une seule aile permis.
Puis la michna 'la majorité de ses côtés brisées' : on définit la majorité (douze côtés sur vingt-deux à moelle), la règle de Ze'iri (moitié vers la colonne) et celle de Rabbi Yo'hanan (grandes côtés à moelle). Ben Zakkai distingue arrachées (majorité d'un seul côté) et brisées (majorité des deux côtés), contre Rabbi Yo'hanan qui exige la majorité des deux côtés dans les deux cas.
Rav déclare tereifa une côte arrachée avec sa vertèbre ; Rav Kahana et Rav Assi l'interrogent sur deux côtés opposées à vertèbre intacte, et Rav répond qu'il s'agit alors d'une bête tranchée (gistra), donc nevela. La Guemara analyse longuement la différence entre côte-avec-demi-vertèbre (bokhna ve-assita) et côte-sans-vertèbre, et la stratégie de leur question.
Enfin Chmouel énumère trois tereifot : côte arrachée de sa racine, crâne écrasé en majorité, chair couvrant la panse déchirée en majorité — propos aussitôt confronté à une michna d'Oholot.
Du sable fin — nous ne craignons pas ; du sable grossier — nous craignons ; de la poussière des chemins — nous craignons ; de la paille [liée] et il [en] a fait une botte — nous craignons ; il n'[en] a pas fait une botte — nous ne craignons pas.
Suite de la sougya de la bête tombée (nefoula). Lorsqu'un oiseau (ou une bête) tombe, on craint des membres broyés (risouk evarim) qui le rendraient tereifa. Tout dépend de la surface de chute : ce qui est meuble et glisse (le sable fin) amortit ; ce qui est dur ou se tasse (sable grossier mélangé de pierres, poussière battue, paille liée en botte) fait craindre le broyage.
Du blé et tout ce qui lui ressemble — nous craignons ; de l'orge et tout ce qui lui ressemble — nous craignons ; toutes les espèces de légumineuses (kitniot) — il n'y a pas en elles [crainte] de membres broyés, hormis le fenugrec (roubia). Les himtsei — il n'y a pas en eux [crainte] de membres broyés ; les hiftsei — il y a en eux [crainte] de membres broyés.
Le principe de la chose : tout ce qui glisse (mishtarik) — il n'y a pas en lui [crainte] de membres broyés ; [ce qui] ne glisse pas — il y a en lui [crainte] de membres broyés.
Catalogue des grains. Le blé et l'orge (et leurs semblables, durs) font craindre. Les légumineuses rondes glissent et ne font pas craindre, sauf le fenugrec (roubia). Les himtsei glissent, les hiftsei non. Le principe directeur : tout ce qui glisse (mishtarik) écarte la crainte ; ce qui ne glisse pas la maintient.
[L'oiseau pris au] davuk [glu] : Rav Achi a permis, Amemar a interdit. [Si l'oiseau s'est collé] par une seule aile (had gapa) — de l'avis de tous, ils ne divergent pas [et la bête est] permise ; ils divergent lorsque [c'est] par deux ailes (terei gapei).
Celui qui interdit te dira : comment se dresserait-il ? Et celui qui permet te dira : il est possible qu'il se dresse sur les talons de ses ailes (à-ikvei de-gapei).
Le davuk est une planchette enduite de glu sur laquelle l'oiseau se pose, s'y colle, puis s'envole avec elle et retombe au sol. Si une seule aile est prise, l'oiseau bat de l'autre et amortit : tous le permettent. La mahloket porte sur les deux ailes collées : Amemar interdit (l'oiseau ne peut se dresser pour amortir) ; Rav Achi permet (il peut se dresser sur le talon des ailes, l'extrémité par où on les détache).
Et certains disent : [lorsque c'est] par deux ailes, de l'avis de tous ils ne divergent pas [et c'est] interdit ; ils divergent lorsque [c'est] par une seule aile. Celui qui permet te dira : il est possible qu'il vole d'une seule aile ; et celui qui interdit [te dira] : puisqu'il ne peut voler par celle-ci [collée], par celle-là non plus il ne peut voler.
Et la halakha [est] : par deux ailes, [c'est] interdit ; par une seule aile, [c'est] permis.
Version inverse (ika de-amrei) de la mahloket. Pour deux ailes collées, tous interdisent. La divergence porte sur une seule aile : celui qui permet pense qu'il vole de l'aile libre ; celui qui interdit pense que la paralysie d'une aile entrave aussi l'autre. La halakha tranchée : deux ailes -> interdit ; une seule aile -> permis.
[Michna :] 'la majorité de ses côtés [ont été] brisées [la bête est tereifa]'. Nos Maîtres ont enseigné : voici [ce qu'est] la majorité des côtés — six d'un côté et six de l'autre, ou onze d'un côté et une de l'autre.
La michna : si la majorité des côtés de la bête est brisée, elle est tereifa. La braita précise : sur les vingt-deux grandes côtés (onze de chaque côté), la majorité [douze] se réalise soit par six et six, soit par onze et une.
Zé'iri a dit : et [il faut que la brisure soit] depuis leur moitié vers la colonne (chidra). Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et [il s'agit] des grandes côtés contenant de la moelle (moah).
Deux précisions. Zé'iri : la brisure ne rend tereifa que si elle se situe dans la moitié de la côte tournée vers la colonne vertébrale (chidra), siège de la vitalité, et non du côté du poitrail. Rabbi Yo'hanan (via Rabba bar bar Hana) : seules comptent les grandes côtés à moelle, non les petites.
Oula a dit : Ben Zakkai a dit : [si les côtés] ont été arrachées (ne'ekrou) — [il suffit de] la majorité d'un seul côté ; [si elles] ont été brisées (nichtabrou) — [il faut] la majorité des deux côtés. Rabbi Yo'hanan a dit : qu'elles aient été arrachées ou brisées — [il faut] la majorité des deux côtés.
Mahloket sur l'arrachement (ne'ekrou, côtés détachées de la colonne) face à la brisure (nichtabrou). Ben Zakkai : pour l'arrachement, la majorité d'un seul côté (six côtés) suffit à rendre tereifa ; pour la brisure il faut la majorité des deux côtés (douze). Rabbi Yo'hanan : dans les deux cas, il faut la majorité des deux côtés.
Rav a dit : [si] une côte à été arrachée avec sa vertèbre (hulya) — [la bête est] tereifa. Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : [si] une côte [à été arrachée] d'ici et une côte de là, et que la vertèbre subsiste, quoi [le statut] ?
Il leur dit : [c'est] d'une bête tranchée (gistra) que vous parlez !
Rav : une côte arrachée avec sa vertèbre (hulya) rend la bête tereifa. Rav Kahana et Rav Assi l'interrogent sur un cas différent : deux côtés opposées arrachées, mais la vertèbre intacte. Rav répond que ce cas est encore plus grave : c'est une bête tranchée en deux (gistra), qui a déjà le statut de nevela (charogne), pas seulement de tereifa.
Mais Rav aussi parle d'une bête tranchée (gistra) ! [Réponse :] lorsque Rav a parlé, [c'était d']une côte sans [la] vertèbre.
Objection : le cas même de Rav (côte + vertèbre arrachées) implique que la côte opposée se détache aussi, donc une bête tranchée — et Rav, lui, ne l'a appelée que tereifa, non nevela ! Réponse : Rav parlait d'une côte arrachée sans la vertèbre [donc la vertèbre n'est pas entièrement arrachée, la bête n'est pas tranchée].
Mais [Rav] a [bien] dit 'une côte et [sa] vertèbre' ! [Réponse :] [il voulait dire] une côte et une demi-vertèbre.
Nouvelle objection : Rav a pourtant explicitement dit 'côte et vertèbre' ! Réponse : il entendait une côte et une demi-vertèbre seulement — la côte opposée, elle, reste solidement attachée à l'autre moitié de la vertèbre, qui subsiste ; la bête n'est donc pas tranchée.
[On infère] de [tout cela] que Rav Kahana et Rav Assi parlaient d'une côte sans [la] vertèbre, et qu'il leur a dit '[c'est] d'une bête tranchée que vous parlez' ! Mais Oula n'a-t-il pas dit : Ben Zakkai a dit : [si elles] ont été arrachées — [il suffit de] la majorité d'un seul côté ; [si elles] ont été brisées — [il faut] la majorité des deux côtés ?
L'inférence devient une difficulté : si Rav Kahana et Rav Assi parlaient de deux côtés sans vertèbre (vertèbre intacte) et que Rav les a traitées de bête tranchée-nevela, cela contredit Ben Zakkai (et Rabbi Yo'hanan), pour qui des côtés arrachées ne rendent tereifa qu'à partir d'une majorité. Deux côtés seules ne devraient donc même pas être tereifa, à plus forte raison pas nevela.
[Rav] te dira : là-bas [chez Ben Zakkai], [il s'agit de côtés] qui ne [sont] pas l'une face à l'autre (zeh she-lo ke-neged zeh) ; ici [chez Rav Kahana], [il s'agit de côtés] l'une face à l'autre (zeh ke-neged zeh).
Réponse de Rav distinguant deux configurations. Chez Ben Zakkai, les côtés arrachées ne sont pas l'une face à l'autre (dispersées) : il faut une majorité pour la tereifa. Chez Rav Kahana, les deux côtés sont arrachées l'une exactement face à l'autre (zeh ke-neged zeh), avec la vertèbre entre elles emportée — d'où la bête tranchée, nevela.
Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit '[il faut] la majorité des deux côtés', et dans la majorité des deux côtés il est impossible que l'une d'elles ne se trouve pas l'une face à l'autre [pourtant la bête n'est que tereifa, pas nevela] !
Difficulté tirée de Rabbi Yo'hanan : il exige la majorité des deux côtés (six et six), et alors il est impossible qu'aucune paire ne se trouve l'une face à l'autre (zeh ke-neged zeh). Or il l'appelle seulement tereifa, non nevela. La distinction de Rav (face à face = nevela) semble donc tomber.
Là-bas [chez Rabbi Yo'hanan, il s'agit du] pilon sans le mortier (bokhna bela assita) ; ici [chez Rav], [il s'agit du] pilon et du mortier (bokhna ve-assita).
Réponse par une image. Le mortier (assita) est la cavité de la vertèbre où la côte, pilon (bokhna), est fichée. Chez Rabbi Yo'hanan : pilon sans mortier — côte arrachée seule, vertèbre intacte (donc majorité requise, jamais nevela). Chez Rav : pilon et mortier — côte arrachée avec sa demi-vertèbre (donc tereifa dès une seule).
Si [c'est] ainsi, [le cas de Rav Kahana et Rav Assi] est [identique à celui] de Rav ! [Réponse :] ils n'avaient pas entendu le [propos] de Rav.
Objection : si le cas litigieux est 'côte et demi-vertèbre' (bokhna ve-assita), c'est exactement le cas de Rav (qui le déclare tereifa dès une seule) ; pourquoi alors Rav Kahana et Rav Assi posent-ils la question (et pour deux côtés) ? Réponse : ils n'avaient pas entendu ce propos de Rav, et l'interrogeaient donc réellement.
Mais qu'ils l'interrogent [donc] comme [dans le cas de] Rav ! [Réponse :] ils pensaient : interrogeons-le sur un [cas] qui nous explique deux [cas] ; car si nous l'interrogeons sur un [seul cas] — [cela] convient s'il nous dit 'tereifa', à plus forte raison [le sont] deux ; [mais] s'il nous dit 'cachere', il nous reste encore à demander pour deux.
Pourquoi alors ne pas avoir simplement interrogé Rav sur une seule côte (sans vertèbre), son propre cas ? Leur stratégie : poser une question qui couvre deux cas à la fois. Demander pour une seule côte ne couvre les deux que s'il répond 'tereifa' (à fortiori deux le sont) ; s'il répond 'cachere', il faudrait reposer la question pour deux.
Si [c'est] ainsi, maintenant aussi, lorsqu'ils l'interrogent sur deux — [cela] convient s'il leur dit 'cachere', à plus forte raison [pour] une ; mais s'il leur dit 'tereifa', il leur reste encore à demander pour une !
Objection symétrique : leur propre question (sur deux côtés) ne couvre pas non plus les deux cas dans tous les sens. Si Rav répond 'cachere', à fortiori une seule l'est ; mais s'il répond 'tereifa', il reste à demander le statut d'une seule côte.
Ils pensaient : si [c'est] ainsi [qu'il considère une seule côte comme tereifa], il s'emporterait (mirtah ka rateah) [et dirait] : '[si] une [côte rend] tereifa, faut-il demander [pour] deux ?'
Réponse : leur stratégie était fine. En interrogeant sur deux côtés, si Rav tient qu'une seule suffit déjà, il s'emporterait (mirtah) : 'si une seule rend tereifa, pourquoi demander pour deux ?!' — et de cette colère même ils infèrent le statut d'une seule côte. Une question sur une seule côte n'aurait pas provoqué cette réaction révélatrice.
Mais [voici qu']ils le lui ont [bien] demandé et il ne s'est pas emporté [alors qu'il tient une seule côte pour tereifa] ! [Réponse :] des lors qu'il leur a dit '[c'est] d'une bête tranchée que vous parlez', c'[était] cela son emportement (ritha).
Objection : ils l'ont interrogé sur deux côtés, il n'a pas manifesté de colère, alors qu'il tient bien une seule côte pour tereifa (cf. côte + demi-vertèbre) — la stratégie a-t-elle échoué ? Réponse : sa réplique 'c'est d'une bête tranchée que vous parlez' était précisément son emportement ; elle leur a révélé que deux côtés opposées = nevela, et donc qu'une seule = tereifa.
Rabba bar Rav Chila a dit au nom de Rav Matna au nom de Chmouel : [si] une côte à été arrachée de sa racine (me-ikara), [si] un crâne (goulgolet) a été écrasé (nehbessa) en sa majorité, [si] la chair qui couvre la majorité de la panse (kares) a été [déchirée] en sa majorité — [la bête est] tereifa.
Liste de tereifot rapportée au nom de Chmouel : (1) une côte arrachée de sa racine (me-ikara, même sans la vertèbre) ; (2) un crâne écrasé en sa majorité (nehbessa, comprimé sans être perforé) ; (3) la chair couvrant la majorité de la panse (kares) déchirée en sa majorité.
[Si] une côte à été arrachée de sa racine, [la bête est] tereifa ? Mais on [lui] oppose [une contradiction] :
La Guemara objecte au premier membre de la liste de Chmouel : une côte arrachée de sa racine rendrait-elle vraiment tereifa ? Elle va opposer une michna (Oholot 2:3) qui semble contredire — la suite, sur le daf suivant, résoudra.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).