Sougya : La sougya poursuit l'étude de la derissa, la griffure d'un animal prédateur qui rend sa proie tereifa par l'injection d'un venin. Rav concilie trois réponses apparemment contradictoires : la belette griffe l'oiseau, le chat griffe aussi le chevreau, mais la brebis adulte échappe aux deux — tout dépend de la taille relative du prédateur et de la proie.
Rav Achi s'interroge sur les autres oiseaux impurs ; un débat oppose le renard, le chat et le chien (qui n'a pas de venin) à propos de l'incident de la brebis au bain de Beit Hini. Abaye dégage les quatre conditions de la derissa (patte avant, griffe, à dessein, du vivant) et précise que le venin n'est injecté qu'au retrait de la griffe.
Vient enfin le cas-clé du lion entre les bœufs : une griffe trouvée dans un dos est-elle signe de griffure ou de simple frottement ? Rav la déclare permise (on ne s'inquiète pas d'un doute de derissa), contre Chmouel ; Abaye affine (emplacement de la griffe, griffe humide ou sèche, une ou plusieurs en rangée).
Y a-t-il [une] griffure (derissa) pour le chat, ou n'y a-t-il pas [de] griffure pour le chat ? Il lui dit : même à la belette (houlda) il y a [une] griffure.
[Rav Kahana demanda encore :] y a-t-il [une] griffure pour la belette, ou n'y a-t-il pas [de] griffure pour la belette ? Il lui dit : même au chat il n'y a pas [de] griffure.
Rav Kahana interroge Rav sur la derissa : la griffure d'un prédateur qui, par l'injection d'un venin (zihara), rend sa proie tereifa. Première réponse : même la belette (houlda), plus petite que le chat, griffe — donc a fortiori le chat. Deuxième réponse : même le chat, plus grand, ne griffe pas — donc a fortiori la belette. Les deux propos semblent se contredire ; la Guemara les conciliera au segment 2 selon la taille de la proie.
Le chat et la belette, ont-ils [une] griffure ou n'ont-ils pas [de] griffure ? Il lui dit : au chat il y a [une] griffure, à la belette il n'y a pas [de] griffure.
Troisième question de Rav Kahana, posant cette fois les deux prédateurs ensemble. Réponse de Rav : le chat griffe, mais la belette non. C'est le troisième propos, qu'il faut concilier avec les deux précédents.
Et ce n'est pas une difficulté : ce qu'il lui a dit 'même à la belette il y a [une] griffure' — [c'était] pour les oiseaux ; ce qu'il lui a dit 'même au chat il n'y a pas [de] griffure' — [c'était] pour les brebis adultes (imrei ravrevei) ; ce qu'il lui a dit 'au chat il y a [une] griffure, à la belette il n'y a pas [de] griffure' — [c'était] pour les chevreaux et les agneaux.
Conciliation (voir le schéma de synthèse) : tout dépend de la taille de la proie. Pour les oiseaux (les plus petits), même la belette griffe. Pour les brebis adultes (grandes), même le chat ne griffe pas. Pour les chevreaux et agneaux (intermédiaires), le chat griffe mais la belette non.
Rav Achi a demandé : les autres oiseaux impurs (chear ofot temeim), ont-ils [une] griffure ou n'ont-ils pas [de] griffure ? Rav Hillel dit à Rav Achi : lorsque nous étions à la maison d'étude de Rav Kahana, il a dit : les autres oiseaux impurs ont [une] griffure.
La michna (52b) enseignait qu'un petit oiseau griffé par l'épervier (nets) est tereifa. Rav Achi élargit : qu'en est-il des autres oiseaux impurs (rapaces autres que l'épervier) ? Tradition rapportée par Rav Hillel au nom de Rav Kahana : ils griffent aussi.
Mais [n'avons-]nous [pas] appris : 'et [la proie] griffée par l'épervier (nets) pour un oiseau menu' ! [donc seul l'épervier griffe l'oiseau menu].
[Réponse :] la griffure de l'épervier [vaut] pour [un oiseau] de sa taille, et les autres [oiseaux impurs] pour [une proie] plus petite qu'eux. Et il y a [ceux] qui disent : la griffure de l'épervier [vaut] pour [un oiseau] plus grand que lui, et les autres pour [une proie] de leur taille.
Objection tirée de la michna, qui ne nomme que l'épervier pour l'oiseau menu — laissant entendre que les autres rapaces ne griffent pas. Résolution : la michna nomme l'épervier parce qu'il griffe même un oiseau de sa propre taille ; les autres rapaces ne griffent qu'une proie plus petite qu'eux. Variante (ikka de-amrei) : l'épervier griffe même plus grand que lui, les autres seulement une proie de leur taille.
Rav Kahana a dit au nom de Rav Chimi bar Achi : il n'y a pas [de] griffure pour le renard (choual). [Mais] est-ce ainsi ?
Or, lorsque Rav Dimi vint [d'Israël], il dit : il y eut un fait — un renard griffa une brebis au bain de Beit Hini, et le fait vint devant les Sages, et ils dirent : il y a [eu] griffure ! Rav Safra dit : ce [prédateur]-là était un chat.
Rav Kahana, au nom de Rav Chimi bar Achi : le renard (choual) ne griffe pas. Objection : Rav Dimi rapporte d'Israël un cas où un renard aurait griffé une brebis au bain de Beit Hini, et les Sages déclarèrent tereifa. Résolution de Rav Safra : le prédateur de cette affaire n'était pas un renard mais un chat.
Il y a [ceux] qui disent : Rav Kahana a dit au nom de Rav Chimi bar Achi : il y a [une] griffure pour le renard. [Mais] est-ce ainsi ?
Or, lorsque Rav Dimi vint, il dit : il y eut un fait — un renard griffa une brebis au bain de Beit Hini, et le fait vint devant les Sages, et ils dirent : il n'y a pas [eu] griffure ! Rav Safra dit : ce [prédateur]-là était un chien.
Rav Yossef a dit : nous tenons [par tradition] qu'il n'y a pas [de] griffure pour le chien (kelev).
Version inverse de l'échange : Rav Kahana aurait dit que le renard griffe. Objection symétrique : dans l'affaire de Beit Hini, les Sages déclarèrent non-griffure — contradiction. Résolution de Rav Safra : le prédateur était un chien. Rav Yossef confirme la tradition : le chien ne griffe pas (car il n'a pas de venin).
Abaye a dit : nous tenons [par tradition] : il n'y a [de] griffure qu'avec la patte avant (yad), à l'exclusion de la patte arrière (regel), qui [ne griffe] pas. Il n'y a [de] griffure qu'avec la griffe (tsiporen), à l'exclusion de la dent (chen), qui [ne griffe] pas.
Il n'y a [de] griffure qu'à dessein (mi-daat), à l'exclusion de [ce qui se fait] sans dessein (chelo mi-daat), qui [ne rend] pas [tereifa]. Il n'y a [de] griffure que du vivant (me-haim), à l'exclusion de [ce qui se fait] après la mort (le-ahar mita), qui [ne rend] pas [tereifa].
Abaye fixe les quatre conditions de la derissa (voir le schéma) : (1) avec la patte avant (yad) et non l'arrière (regel) ; (2) avec la griffe (tsiporen) et non la dent (chen), qui ne porte pas de venin ; (3) à dessein (mi-daat) et non par accident — par exemple si le fauve tombe sur la bête sans intention ; (4) du vivant du prédateur (me-haim) et non après sa mort.
Ils dirent : maintenant que tu as dit [que ce qui se fait] sans dessein [ne rend] pas [tereifa], faut-il [encore] dire [ce qui se fait] après la mort ? [Réponse :] non, [cette précision] est nécessaire [pour le cas] où il a griffé et [où] l'on a tranché sa patte (paskoeha li-deh).
[Car] tu aurais pu dire : c'est en griffant (bi-hadei de-daris) qu'il projette son venin — [Abaye] nous enseigne : c'est en [se] retirant (bi-hadei de-chalif) qu'il projette son venin.
Objection : si l'accidentel ne rend déjà pas tereifa, pourquoi préciser 'après la mort' ? Réponse : le cas visé est celui où le fauve griffe vivant mais où l'on tranche sa patte aussitôt (la 'mort' désignant ici la mort du membre coupé). On aurait cru le venin injecté à l'enfoncement de la griffe ; Abaye enseigne qu'il n'est projeté qu'au retrait (bi-hadei de-chalif) — donc, griffe coupée avant le retrait, pas de venin, et la bête reste cachere.
Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav : un lion qui entra parmi les bœufs (chevarim), et [où] l'on trouva une griffe (tsiporen) dans le dos de l'un d'eux — on ne s'inquiète pas [de craindre] que peut-être un lion l'ait griffé. Quelle [en est] la raison ?
La plupart des lions griffent et une minorité ne griffent pas, et tout [lion] qui griffe — sa griffe ne se détache pas ; et celle-ci, puisqu'une griffe se trouve fichée dans son dos [du bœuf], dis [plutôt] : il s'est frotté au mur (be-kotel nithakekh).
Le cas-clé du doute de derissa (voir le schéma). Un lion entre parmi des bœufs ; on trouve ensuite une griffe fichée dans le dos de l'un. Rav déclare : on ne craint pas la griffure. Raison : même si la plupart des lions griffent, chez tout lion qui griffe la griffe ne se détache pas ; donc une griffe trouvée dans un dos ne vient pas d'une griffure — on dira plutôt que le bœuf s'est frotté à un mur (où la griffe était fichée).
Au contraire : la plupart des bœufs se frottent et une minorité ne se frottent pas, et tout [bœuf] qui se frotte — une griffe ne se loge pas dans son dos ; et celui-ci, puisqu'une griffe se trouve fichée dans son dos, dis [plutôt] : un lion l'a griffé !
Objection symétrique : la plupart des bœufs se frottent, mais chez tout bœuf qui se frotte une griffe ne se loge pas dans le dos. Donc, une griffe trouvée fichée dans le dos pencherait au contraire pour la griffure du lion. Les deux raisonnements (frottement / griffure) sont en balance.
Il y a [matière] à dire ceci et il y a [matière] à dire cela : on maintient le bœuf dans sa présomption (oki tora a-hezkei) — c'[est] un doute de griffure (safek derissa) ; et Rav [suit] sa ligne, qui a dit : on ne s'inquiète pas d'un doute de griffure.
Conclusion : puisque les deux explications (frottement et griffure) se valent, on maintient le bœuf dans sa présomption (hazaka) d'intégrité — c'est un simple doute de derissa (safek derissa). Et Rav, conforme à sa ligne (segment 14), tranche : on ne s'inquiète pas d'un doute de derissa — le bœuf est permis.
Abaye a dit : nous n'avons dit [cela] que [pour] une griffe (tsiporen), mais [pour] l'emplacement d'une griffe (mekom tsiporen) — on s'inquiète. Et [pour] une griffe aussi, nous n'avons dit [cela] que [pour] une [griffe] humide (laha), mais [pour] une [griffe] sèche (yevecha) — il arrive qu'elle se détache (avida de-michtamta).
Abaye affine la règle de Rav. On ne permet (par présomption de frottement) que lorsqu'on trouve une vraie griffe fichée ; mais si l'on ne trouve que l'emplacement d'une griffe (une perforation, la marque d'un coup sans griffe), on s'inquiète (signe d'une griffure). Et même une griffe : seulement si elle est humide (laha, encore liée à la chair, donc difficile à arracher en griffant) ; si elle est sèche (yevecha), il arrive qu'elle se détache en griffant — donc on s'inquiète.
Et [pour] une [griffe] humide aussi, nous n'avons dit [cela] que [pour] une seule, mais [pour] deux ou trois — on s'inquiète ; et [cela] lorsqu'elles se tiennent dans l'ordre de leur disposition (be-dara de-sihoufei).
Dernière précision : même une griffe humide n'est rassurante que si elle est unique ; deux ou trois griffes ensemble, on s'inquiète (improbable par simple frottement) — et cela spécialement lorsqu'elles sont alignées en rangée (be-dara de-sihoufei), exactement comme elles sont disposées dans la patte du lion : signe net d'une griffure.
Il a été énoncé : Rav a dit : on ne s'inquiète pas d'un doute de griffure (safek derissa) ; et Chmouel a dit : on s'inquiète d'un doute de griffure.
Enoncé de la mahloket de fond, source de la ligne de Rav invoquée plus haut. Rav : on ne s'inquiète pas d'un doute de derissa (la bête reste permise par sa présomption). Chmouel : on s'inquiète (la bête doit être examinée).
[Selon] tout le monde (de-koulei alma) : [s'il y a] doute [qu'un fauve] est entré, doute [qu'il n']est pas entré — dis [qu']il n'est pas entré. [S'il y a] doute [que c'était] un chien, doute [que c'était] un chat — dis [que c'était] un chien.
[S'il] est entré, [puis] s'est tu et s'est assis au milieu d'eux — dis [qu']il a fait la paix [avec eux]. [S'il] a tranché la tête de l'un d'eux — sa fureur s'est apaisée [sur celui-là].
[Si] lui (le fauve) rugit et [qu']eux glapissent — [dis qu']ils [ne font que] s'effrayer [l'un l'autre].
Même pour Chmouel (qui s'inquiète d'un doute de derissa), une série de cas reste permise par présomption : doute qu'un fauve soit entré -> il n'est pas entré ; doute chien ou chat -> chien (qui ne griffe pas) ; entré mais tranquille -> il a fait la paix ; il a tué une bête -> sa fureur s'est apaisée sur elle [et il n'a pas griffé les autres] ; le fauve rugit et les bêtes glapissent -> ce ne sont que des cris d'effroi mutuel [non une griffure]. La phrase reste suspendue et se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).