Sougya : La sougya achève d'expliquer pourquoi la michna ouvre par 'alou terefot' et 'alou kecherot' : selon Rabbi Yo'hanan le 'zeh haklal' aurait inclus le cas de Rav Matna (tête du fémur déboîtée, boukad de-atma) qui ressemble aux organes retirés, d'où 'alou terefot' pour l'exclure et le déclarer cacher ; selon Rech Lakich 'alou kecherot' est exclusif, et le cas de Rav Matna — ni perforé, ni coupé, ni retiré — est terefa. La Guemara reprend ensuite la machloket sur le boukad de-atma : Rav Matna (terefa dès le déboîtement) contre Rava (cachere, sauf si le tendon, niv, est coupé), la halakha tranchant que même le niv coupé est cacher tant qu'il ne s'est pas décomposé.
Vient la mesure de la déficience de la trachée : Zeeiri traduit l'issar italien — inconnu en Babylonie — par le dinar kourde, et Rabbi Hana le changeur rapporte que Rabbi Yo'hanan vint le lui emprunter, refusant qu'il se lève, car les artisans occupés à leur ouvrage ne se lèvent pas devant les sages ; suit la discussion sur les artisans qui se lèvent devant les porteurs de prémices (bikourim) mais non devant les sages, et l'éloge de la mitsva accomplie en son temps. Enfin Rav Nahman pose que 'comme un sela' / 'comme un issar' vaut déjà 'plus qu'un sela / issar' — donc 'ad' (jusqu'à) ne comprend pas la mesure exacte ; Rava l'objecte par trois michnayot (la corde du lit, de cinq à dix tefahim, les petits vases d'argile), chacune résolue dans le sens 'ad ve-lo ad bichlal'.
Et il a vu (le tana) le cas de Rav Matna [la tête du fémur déboîtée], qui viendrait [s'inclure] dans [la clause] 'telle est la règle' (zeh haklal) ; quel en est le motif ? Parce qu'il ressemble aux [organes] retirés (netoulei).
Il a [donc] enseigné 'voici les terefot' (alou terefot) — [pour dire que] ce sont celles-là qui sont terefa, [tandis que] ce cas de Rav Matna [est] cacher.
Clôture de la discussion de 54a : pourquoi la michna ouvre-t-elle par 'alou' (voici) ? Selon Rabbi Yo'hanan, sans ce mot, la clause 'zeh haklal' (telle est la règle) aurait fait entrer le cas de Rav Matna — la tête du fémur déboîtée (boukad de-atma) — dans les terefot, car il ressemble aux organes retirés (netoulim). Le tana ajoute donc 'alou terefot' pour l'exclure : seules ces atteintes-là sont terefa, et le cas de Rav Matna reste cacher.
Et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : 'voici les [bêtes] cacheres' [est] exclusif (dawka). Le tana a enseigné les terefot, et a enseigné 'telle est la règle' ; puis il a vu le cas de Rav Matna, qui ne vient pas dans [la clause] 'telle est la règle' ; quel en est le motif ?
Il ne ressemble pas à [un organe] perforé, ni ne ressemble à [un organe] coupé, ni ne ressemble non plus aux [organes] retirés ; il a [donc] enseigné 'voici les cacheres' — [pour dire que] ce sont celles-là qui [sont] cacheres, [tandis que] ce cas de Rav Matna [est] terefa.
Position de Rech Lakich : 'alou kecherot' (voici les bêtes cacheres) est exclusif (dawka). Le cas de Rav Matna n'entre pas dans la règle générale, car il ne ressemble à aucune des catégories — ni perforé (nikouv), ni coupé (passouk), ni retiré (natoul). Le mot 'alou' sert ici à limiter le cacher à ces cas-là : donc le boukad de-atma de Rav Matna est terefa.
Le sujet lui-même [revient en discussion]. Rav Matna a dit : cette tête du fémur (boukad de-atma) qui a quitté (chaf) son emplacement — [la bête est] terefa.
Et Rava a dit : [elle est] cachere ; mais si son tendon (niv) a été coupé — [elle est] terefa. Et la halakha [est] : même [si le tendon] a été coupé, [elle est] cachere — jusqu'à ce qu'il se décompose (mit'akla) [pourrisse].
La Guemara revient au cas lui-même (goufa). Rav Matna : la tête du fémur (boukad de-atma) qui a quitté son logement (chaf mi-doukhteih, déboîtée) rend la bête terefa. Rava : elle reste cachere ; ce qui invalide, c'est seulement la section du tendon (niv) qui la maintient. La halakha tranche plus loin encore : même le niv coupé laisse la bête cachere, tant que ce tendon ne s'est pas décomposé (mit'akla, pourri).
[La michna demande :] jusqu'à combien peut-elle [la trachée] manquer [et rester cachere] ? Zeeiri a dit : vous [autres de Babylonie], à qui la mesure [de l'issar italien] n'apparaît pas [n'est pas familière], sa mesure [équivaut] au dinar kourde (kordinaa) ; et c'est comme une petite perouta, et il se trouve parmi les peroutot de Poumbedita.
Retour à la michna : 'jusqu'à combien la trachée peut-elle manquer' et rester cachere ? Rabban Chimon ben Gamliel a fixé la mesure à l'issar italien. Zeeiri, venu de Terre d'Israël, traduit pour les Babyloniens, qui ne connaissent pas cette pièce : c'est la taille du dinar kourde (kordinaa), comparable à une petite perouta, monnaie qu'on trouve parmi les peroutot de Poumbedita.
Rabbi Hana le changeur (petoraa) a dit : Bar Nappaha [Rabbi Yo'hanan] se tenait au-dessus de moi, et il me demanda un dinar kourde pour mesurer avec [lui] les terefot ; je voulus me lever devant lui, mais il ne me [le] permit pas. Il me dit : assieds-toi, mon fils, assieds-toi — les artisans (baalei oumaniot) ne sont pas tenus (rechain) de se lever devant les disciples des sages à l'heure où ils sont occupés à leur ouvrage.
Anecdote illustrant l'usage du dinar kourde. Rabbi Hana le changeur (petoraa, qui tenait une table de change avec beaucoup de monnaies) rapporte que Rabbi Yo'hanan (Bar Nappaha) vint lui emprunter un dinar kourde pour mesurer les terefot. Voulant se lever par respect, il en fut empêché : les artisans (baalei oumaniot) ne sont pas tenus (rechain) de se lever devant un sage pendant leur travail.
Et [les artisans] ne [se lèvent-ils] pas [devant les sages] ? Mais n'avons-nous pas appris [dans une michna] : tous les artisans se lèvent devant eux [les porteurs de prémices], et s'enquièrent de leur paix, et leur disent : 'nos frères, gens de tel endroit, soyez les bienvenus !'
Objection : les artisans ne se lèvent-ils vraiment pas devant les sages ? Une michna (Bikourim 3:3) enseigne pourtant que tous les artisans se lèvent devant les porteurs de prémices (bikourim) montant à Jérusalem, les saluent et les accueillent : 'nos frères, gens de tel endroit, soyez les bienvenus !'
Rabbi Yo'hanan a dit : devant eux [les porteurs de prémices], ils se lèvent ; devant les disciples des sages, ils ne se lèvent pas. Rabbi Yossi bar Avin a dit : viens et vois combien est chérie la mitsva [accomplie] en son temps (be-chaata), car devant eux [les porteurs de prémices] ils se lèvent, [alors que] devant les disciples des sages ils ne se lèvent pas.
Réponse de Rabbi Yo'hanan : oui, ils se lèvent devant les porteurs de prémices, mais non devant les disciples des sages. Rabbi Yossi bar Avin en tire un enseignement : vois combien est chérie la mitsva accomplie en son temps (be-chaata) — on se lève pour celui qui l'accomplit [maintenant] alors même qu'on ne se lève pas pour un sage.
D'où [le sait-on] ? Peut-être [se lèvent-ils] afin de ne pas se trouver les faire trébucher à l'avenir.
Rejet de la déduction de Rabbi Yossi bar Avin : d'où sait-on qu'on se lève par honneur pour la mitsva ? Peut-être les artisans se lèvent-ils seulement pour ne pas faire trébucher (makhchilan) les porteurs de prémices à l'avenir — c'est-à-dire que, mal accueillis, ceux-ci pourraient renoncer à refaire le voyage.
Rav Nahman a dit : 'comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela' ; 'comme un issar' [vaut] 'comme plus qu'un issar'.
Retour à la mesure de la trachée. Rav Nahman pose une règle de lecture : quand les Sages fixent une mesure 'comme un sela' (à propos d'un crâne endommagé) ou 'comme un issar' (ici, pour la trachée), la mesure exacte compte déjà comme 'plus que' — c'est-à-dire qu'un trou pile de la taille de l'issar rend déjà la bête terefa.
[On infère :] donc Rav Nahman tient [que] 'jusqu'à' (ad) [signifie] 'jusqu'à, mais non inclus' (ad ve-lo ad bichlal).
Inférence de la position de Rav Nahman : puisqu'un trou pile à la taille de l'issar rend déjà terefa, c'est que le mot 'ad' (jusqu'à) de la michna ('cachere jusqu'à un issar') signifie 'jusqu'à, mais non inclus' (ad ve-lo ad bichlal) — la mesure limite elle-même bascule déjà du côté terefa.
Rava objecta à Rav Nahman : 'la corde qui dépasse du lit, jusqu'à cinq tefahim — [elle est] pure'. N'est-ce pas [que] cinq [tefahim valent] comme en-deçà [moins que cinq, donc pur — d'où : 'jusqu'à', mesure incluse] ?
[Réponse :] non, cinq [valent] comme au-delà [plus que cinq, donc impur].
Première objection de Rava, tirée d'une michna (Kelim 19:2) : la corde qui dépasse d'un lit à cordes, 'jusqu'à cinq tefahim', est pure (inutilisable, donc non partie du lit). Rava comprend : cinq tefahim pile = comme moins de cinq = pur ; donc 'ad' inclut la mesure, contre Rav Nahman. Réponse : non — cinq pile compte comme au-delà de cinq (donc impur), ce qui maintient 'ad ve-lo ad bichlal'.
Viens et entends [une autre objection] : 'de cinq jusqu'à dix — [elle est] impure'. N'est-ce pas [que] dix [tefahim valent] comme en-deçà [donc impur — 'jusqu'à', mesure incluse] ?
[Réponse :] non, dix [valent] comme au-delà [donc pur].
Deuxième objection, tirée de la suite de la même michna : 'de cinq jusqu'à dix, [la corde est] impure'. Rava comprend : dix pile = comme moins de dix = impur ; donc 'ad' inclut la mesure. Réponse : non — dix pile compte comme au-delà de dix (donc pure, car trop longue, vouée à être coupée), ce qui confirme encore 'ad ve-lo ad bichlal'.
Viens et entends [une autre objection] : 'les petits [vases] parmi les vases d'argile (kli hères), eux, ainsi que leurs fonds (karkeroteihen) et leurs parois (dofnoteihem), [s'ils] tiennent assis sans être étayés' —
Troisième objection, tirée d'une autre michna (Kelim 2:2) : les petits vases d'argile (kli hères), 'eux, ainsi que leurs fonds (karkéroteihém) et leurs parois (dofnoteihem), [s'ils] tiennent assis sans être étayés' [restent des vases susceptibles d'impureté]. Le débat sur le 'ad' (la mesure du log) se poursuit au daf suivant (55a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).