Chullin 54b — pourquoi la michna dit 'alou' (la tête du fémur déboîtée), la mesure de l'issar, et 'ad ve-lo ad bichlal'

Chullin 54b

Sougya : La sougya achève d'expliquer pourquoi la michna ouvre par 'alou terefot' et 'alou kecherot' : selon Rabbi Yo'hanan le 'zeh haklal' aurait inclus le cas de Rav Matna (tête du fémur déboîtée, boukad de-atma) qui ressemble aux organes retirés, d'où 'alou terefot' pour l'exclure et le déclarer cacher ; selon Rech Lakich 'alou kecherot' est exclusif, et le cas de Rav Matna — ni perforé, ni coupé, ni retiré — est terefa. La Guemara reprend ensuite la machloket sur le boukad de-atma : Rav Matna (terefa dès le déboîtement) contre Rava (cachere, sauf si le tendon, niv, est coupé), la halakha tranchant que même le niv coupé est cacher tant qu'il ne s'est pas décomposé.

Vient la mesure de la déficience de la trachée : Zeeiri traduit l'issar italien — inconnu en Babylonie — par le dinar kourde, et Rabbi Hana le changeur rapporte que Rabbi Yo'hanan vint le lui emprunter, refusant qu'il se lève, car les artisans occupés à leur ouvrage ne se lèvent pas devant les sages ; suit la discussion sur les artisans qui se lèvent devant les porteurs de prémices (bikourim) mais non devant les sages, et l'éloge de la mitsva accomplie en son temps. Enfin Rav Nahman pose que 'comme un sela' / 'comme un issar' vaut déjà 'plus qu'un sela / issar' — donc 'ad' (jusqu'à) ne comprend pas la mesure exacte ; Rava l'objecte par trois michnayot (la corde du lit, de cinq à dix tefahim, les petits vases d'argile), chacune résolue dans le sens 'ad ve-lo ad bichlal'.

Le boukad de-atma (tête du fémur déboîtée) : pourquoi la michna ajoute 'alou' ? cas de Rav Matna : la tête du fémur a quitté son logement (chaf mi-doukhteih) Rabbi Yo'hanan 'alou kecherot' n'est pas exclusif la michna enseigne 'zeh haklal' le cas de Rav Matna y entrerait car il ressemble aux organes RETIRÉS d'où le tana ajoute 'ALOU terefot' pour EXCLURE le cas de Rav Matna Rav Matna -> CACHERE seuls les nitoulim sont terefa Rech Lakich 'alou kecherot' est exclusif (dawka) la michna enseigne 'zeh haklal' le cas de Rav Matna n'y entre PAS ni perforé, ni coupé, ni retiré d'où le tana ajoute 'ALOU kecherot' pour limiter le cacher à ces cas Rav Matna -> TEREFA seuls ces cas-là sont kecherot
Segments 0-1 : pourquoi la michna ajoute 'alou'. Rabbi Yohanan ('alou terefot' exclut le cas de Rav Matna, donc cacher) contre Rech Lakich ('alou kecherot' est exclusif, donc Rav Matna terefa).
La tête du fémur déboîtée (boukad de-atma) : trois avis, une halakha Rav Matna déboîtée (chaf) -> TEREFA déboîtement seul suffit à invalider Rava déboîtée : cachere tendon (niv) coupé : -> TEREFA c'est la section du niv qui invalide Halakha niv coupé : CACHERE sauf si le niv s'est décomposé ad de-mit'akla : pourri -> alors terefa
Segment 2 : la tête du fémur déboîtée (boukad de-atma). Rav Matna, Rava et la halakha retenue.
Rav Nahman : 'ad' (jusqu'à) inclut-il la mesure exacte ? 'comme un issar' = déjà comme PLUS qu'un issar -> donc 'ad ve-lo ad bichlal' (jusqu'à, NON inclus) Thèse de Rav Nahman : la mesure pile (issar / sela) compte comme DEPASSEE -> terefa Trois objections de Rava (michnayot 'ad') et leur réponse : Corde du lit 'jusqu'à 5 tefahim : pur' objection : 5 pile = en-deçà ? réponse : 5 pile = au-delà (donc impur) -> ad non inclus Kelim 19:2 5 à 10 tefahim 'de 5 jusqu'à 10 : impur' objection : 10 pile = en-deçà ? réponse : 10 pile = au-delà (donc pur) -> ad non inclus Kelim 19:2 Petits vases d'argile eux, leurs fonds, leurs parois objection sur 'ad log' (la suite, daf 55a) tranche pareillement Kelim 2:2
Segments 8-12 : la règle de Rav Nahman 'ad ve-lo ad bichlal' et les trois objections de Rava.
1
וְחַזְייַהּ לִדְרַב מַתְנָא דְּאָתְיָא בְּזֶה הַכְּלָל, מַאי טַעְמָא? דְּדָמְיָא לִנְטוּלֵי. תְּנָא ״אֵלּוּ טְרֵפוֹת״ – הָנֵי הוּא דִּטְרֵפָה, הָא דְּרַב מַתְנָא כְּשֵׁרָה.

Et il a vu (le tana) le cas de Rav Matna [la tête du fémur déboîtée], qui viendrait [s'inclure] dans [la clause] 'telle est la règle' (zeh haklal) ; quel en est le motif ? Parce qu'il ressemble aux [organes] retirés (netoulei).

Il a [donc] enseigné 'voici les terefot' (alou terefot) — [pour dire que] ce sont celles-là qui sont terefa, [tandis que] ce cas de Rav Matna [est] cacher.

📜 Rachi (3)
וְחַזְיֵיהּ תַּנָּא לִדְרַב מַתְנָא דְּאִי לָא מְמַעֵט לֵיהּ אָתְיָא לֵיהּ לִכְלַל טְרֵיפוֹת בְּזֶה הַכְּלָל:
Et il a vu — le tana [a vu] le cas de Rav Matna, [à savoir] que s'il ne l'excluait pas, il viendrait [s'inclure] dans la catégorie des terefot par [la clause] 'telle est la règle'.
דְּדָמְיָא לִנְטוּלֵי דְּמַתְנִי' דְּהָא נְטוּלָה הִיא וּמִן טְרֵפוֹת הוּא כִּדְאָמְרִינַן בְּנִיטַּל הַכָּבֵד הִילְכָּךְ תְּנָא אֵלּוּ בִּטְרֵפוֹת לִמְעוּטֵי וְאַיְּידֵי דִּתְנָא אֵלּוּ בִּטְרֵפוֹת תַּנָּא נָמֵי אֵלּוּ בְּכַשְׁרוּת ואע"ג דְּלָא מְמַעֵט מִידִי:
Parce qu'il ressemble aux [organes] retirés — [aux netoulim] de notre michna, car [le fémur] est [comme] retiré, et [cela] relève des terefot, ainsi que nous [le] disons à propos de [la bête dont] le foie a été retiré ; c'est pourquoi le tana a enseigné 'voici [les terefot]' parmi les terefot, pour [les] limiter (exclure ce cas) ; et puisqu'il a enseigné 'voici' parmi les terefot, il a aussi enseigné 'voici' parmi les [bêtes] cacheres, bien qu'il n'[en] exclue rien.
הָנֵי נְטוּלֵי הוּא דִּטְרֵפָה אֲבָל דְּרַב מַתְנָא כְּשֵׁרָה:
Ce sont [elles] — les [organes] retirés qui [rendent] terefa, mais le cas de Rav Matna [est] cacher.
🗂️ Tossefot (1)
(שַׁייָּךְ לע"ב) וְחַזְייַהּ לִדְרַב מַתְנָא דְּאָתְיָא בְּזֶה הַכְּלָל מ"ט דְּדָמְיָא לִנְטוּלֵי וא"ת דְּהָכָא מַשְׁמַע בֵּין לר"י בֵּין לר"ל דְּלָא מִרַבֵּינַן בְּזֶה הַכְּלָל אא"כ דָּמְיָא לְהָנָךְ דְּמַתְנִיתִין וְאִם כֵּן הַהִיא דְּרָכִישׁ בַּר פָּפָּא דְּלָקְתָה בְּכוֹלְיָא אַחַת הֵיכִי אָתְיָא הָאָמַר בְּרֵישׁ פִּירְקִין (לְעֵיל חֻולִּין מג.) דִּלְעֻולָּא דְּאָמַר ח' טְרֵפוֹת מָנוּ חֲכָמִים דְּאָתֵי לִמְעוּטֵי דְּרָכִישׁ בַּר פָּפָּא דְּלָא דָּמְיָא וְי"ל דְּסָבַר רָכִישׁ דְּמִרַבֵּינַן בְּזֶה הַכְּלָל אע"ג דְּלָא דָּמֵי וְרַבִּי יוֹחָנָן וְר"ל פְּלִיגִי עָלֶיהָ כְּמוֹ עֻולָּא א"נ סָבַר כר"ל דְּאֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת דַּוְקָא וְאָתְיָא מֵאֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת כִּי הֵיכִי דְּאָתֵי דְּרַב מַתְנָא לר"ל אע"ג דְּלָא אָתְיָא בְּזֶה הַכְּלָל וא"ת וְאַמַּאי מוּקֵי תַּלְמוּדָא פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּדְרַב מַתְנָא לוֹקְמֵהּ בִּדְרָכִישׁ דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר חַזְייֵהּ לְדָרְכִישׁ דְּאָתְיָא בְּזֶה הַכְּלָל ואע"ג דְּלָא דָּמְיָא וַאֲתָא אֵלּוּ טְרֵפוֹת לִמְעוּטֵי ור"ל סָבַר דְּחַזְייֵהּ לְדַרְכִּישׁ דְּלָא אָתְיָא בְּזֶה הַכְּלָל מִשּׁוּם דְּלָא דָּמְיָא וְתָנֵי אֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת לְמֵימַר דְּהָנֵי הוּא דִּכְשֵׁרוֹת הָא דְּרָכִישׁ בַּר פָּפָּא טְרֵפָה וְי"ל דְּקִים לֵיהּ לִמְסַדֵּר הַשַּׁ"ס דִּפְלִיגִי בִּדְרַב מַתְנָא:
(Se rattache au verso, 54a.) 'Et il a vu le cas de Rav Matna, qui viendrait dans [la clause] telle est la règle ; quel en est le motif ? Parce qu'il ressemble aux retirés' — et si tu objectes : ici [le texte] implique, tant pour Rabbi Yo'hanan que pour Rech Lakich, que l'on n'inclut pas [un cas] dans [la clause] 'telle est la règle' à moins qu'il [ne] ressemble à ceux de notre michna ; or, s'il en est ainsi, ce cas de Rakhich bar Papa [dont la bête] à été atteinte à un seul rein, comment vient-il [à être terefa] ? car il a dit au début de notre chapitre (plus haut, Houlin 43a) que, selon Oulla qui dit 'huit terefot ont énuméré les Sages', [cela] vient exclure le cas de Rakhich bar Papa, qui ne ressemble pas [à ceux de la michna] ! Et l'on peut dire que Rakhich tient que l'on inclut [un cas] dans [la clause] 'telle est la règle' bien qu'il ne [lui] ressemble pas, et [que] Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich divergent de lui, tout comme Oulla. Ou bien [encore] : il tient comme Rech Lakich [que] 'voici les [bêtes] cacheres' [est] exclusif, et [le cas de Rakhich] vient [s'inclure à partir] de 'voici les cacheres' — de même que le cas de Rav Matna [vient s'inclure] selon Rech Lakich, bien qu'il ne vienne pas dans [la clause] 'telle est la règle'. Et si tu objectes : pourquoi le Talmud établit-il leur divergence dans le cas de Rav Matna ? qu'il l'établisse dans le cas de Rakhich [ainsi] : Rabbi Yo'hanan tient qu'il a vu le cas de Rakhich qui viendrait dans [la clause] 'telle est la règle' bien qu'il ne [lui] ressemble pas, et [que] 'voici les terefot' vint [pour l']exclure ; et Rech Lakich tient qu'il a vu le cas de Rakhich, lequel ne vient pas dans [la clause] 'telle est la règle' parce qu'il ne [lui] ressemble pas, et [le tana] enseigna 'voici les cacheres' pour dire que ce sont celles-là qui [sont] cacheres, [tandis que] ce cas de Rakhich bar Papa [est] terefa ! Et l'on peut dire qu'il était établi pour le rédacteur (mesader) du Talmud qu'ils divergent dans le cas de Rav Matna.
💡 Explication

Clôture de la discussion de 54a : pourquoi la michna ouvre-t-elle par 'alou' (voici) ? Selon Rabbi Yo'hanan, sans ce mot, la clause 'zeh haklal' (telle est la règle) aurait fait entrer le cas de Rav Matna — la tête du fémur déboîtée (boukad de-atma) — dans les terefot, car il ressemble aux organes retirés (netoulim). Le tana ajoute donc 'alou terefot' pour l'exclure : seules ces atteintes-là sont terefa, et le cas de Rav Matna reste cacher.

🖼️ Schéma
Le boukad de-atma (tête du fémur déboîtée) : pourquoi la michna ajoute 'alou' ? cas de Rav Matna : la tête du fémur a quitté son logement (chaf mi-doukhteih) Rabbi Yo'hanan 'alou kecherot' n'est pas exclusif la michna enseigne 'zeh haklal' le cas de Rav Matna y entrerait car il ressemble aux organes RETIRÉS d'où le tana ajoute 'ALOU terefot' pour EXCLURE le cas de Rav Matna Rav Matna -> CACHERE seuls les nitoulim sont terefa Rech Lakich 'alou kecherot' est exclusif (dawka) la michna enseigne 'zeh haklal' le cas de Rav Matna n'y entre PAS ni perforé, ni coupé, ni retiré d'où le tana ajoute 'ALOU kecherot' pour limiter le cacher à ces cas Rav Matna -> TEREFA seuls ces cas-là sont kecherot
Rabbi Yo'hanan ('alou terefot' exclut Rav Matna, donc cacher) contre Rech Lakich ('alou kecherot' exclusif, donc terefa).
2
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אָמַר: אֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת דַּוְקָא, תְּנָא טְרֵפוֹת, וּתְנָא ״זֶה הַכְּלָל״, וְחַזְייַהּ לִדְרַב מַתְנָא דְּלָא אָתְיָא ב״זה הַכְּלָל״, מַאי טַעְמָא? לָאו לְנַקּוֹבֵי דָּמְיָא, וְלָא לִפְסוּקֵי דָּמְיָא, וְלִנְטוּלֵי נָמֵי לָא דָּמְיָא, תְּנָא ״אֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת״ – הָנֵי הוּא דִּכְשֵׁרוֹת, הָא דְּרַב מַתְנָא טְרֵפָה.

Et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : 'voici les [bêtes] cacheres' [est] exclusif (dawka). Le tana a enseigné les terefot, et a enseigné 'telle est la règle' ; puis il a vu le cas de Rav Matna, qui ne vient pas dans [la clause] 'telle est la règle' ; quel en est le motif ?

Il ne ressemble pas à [un organe] perforé, ni ne ressemble à [un organe] coupé, ni ne ressemble non plus aux [organes] retirés ; il a [donc] enseigné 'voici les cacheres' — [pour dire que] ce sont celles-là qui [sont] cacheres, [tandis que] ce cas de Rav Matna [est] terefa.

📜 Rachi (2)
וְלִנְטוּלֵי נָמֵי לָא דָּמְיָא דְּהָא לָאו נְטוּלָה לְגַמְרֵי הִיא:
Et il ne ressemble pas non plus aux [organes] retirés — car il n'est pas entièrement retiré.
הָנֵי נְטוּלֵי הוּא דְּכַשְׁרוּת נִיטַּל הַטְּחוֹל וְהַכְּלָיוֹת אֲבָל נְטִילַת יֶרֶךְ דְּרַב מַתְנָא טְרֵפָה:
Ce sont [elles] — les [organes] retirés qui [sont] cacheres : [la bête dont] la rate ou les reins ont été retirés ; mais le retrait du fémur (du cas) de Rav Matna [est] terefa.
💡 Explication

Position de Rech Lakich : 'alou kecherot' (voici les bêtes cacheres) est exclusif (dawka). Le cas de Rav Matna n'entre pas dans la règle générale, car il ne ressemble à aucune des catégories — ni perforé (nikouv), ni coupé (passouk), ni retiré (natoul). Le mot 'alou' sert ici à limiter le cacher à ces cas-là : donc le boukad de-atma de Rav Matna est terefa.

3
גּוּפָא, אָמַר רַב מַתְנָא: הַאי בּוּקָא דְאַטְמָא דְּשָׁף מִדֻּוכְתֵּיהּ – טְרֵפָה, וְרָבָא אָמַר: כְּשֵׁרָה, וְאִי אִיפְּסִיק נִיבֵיהּ – טְרֵפָה. וְהִלְכְתָא: אִיפְּסִיק נָמֵי כְּשֵׁרָה, עַד דְּמִתְעַכְלָא אִתְעֲכוֹלֵי.

Le sujet lui-même [revient en discussion]. Rav Matna a dit : cette tête du fémur (boukad de-atma) qui a quitté (chaf) son emplacement — [la bête est] terefa.

Et Rava a dit : [elle est] cachere ; mais si son tendon (niv) a été coupé — [elle est] terefa. Et la halakha [est] : même [si le tendon] a été coupé, [elle est] cachere — jusqu'à ce qu'il se décompose (mit'akla) [pourrisse].

📜 Rachi (3)
בּוּקָא רֹאשׁ הַקֻּולַּיָּא הַתְּחוּבָה בְּחוֹר עֶצֶם הָאַלְיָה שֶׁקּוֹרִין הנק"א:
Boukad — la tête du fémur (koulia) enfoncée dans le creux de l'os de la croupe (alia), qu'on appelle [la hanche].
נִיבֵיהּ גִּיד שֶׁבְּרֹאשׁוֹ שֶׁמְּחֻובָּר בָּחוּר וְקָטָן הוּא מְאֹד:
Son tendon (niv) — le tendon qui [est] à son extrémité [à la tête du fémur], lequel [la] rattache au creux, et il est très petit.
מִתְעַכֵּל נִרְקַב:
Se décompose (mit'akel) — pourrit.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵלּוּ כְּשֵׁירוֹת בִּבְהֵמָה. נִיקְּבָה הַגַּרְגֶּרֶת אוֹ שֶׁנִּסְדְּקָה. עַד כַּמָּה תֶּחְסַר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר עַד כְּאִיסָּר הָאִיטַלְקִי. נִפְחֲתָה הַגֻּולְגֹּולֶת וְלֹא נִיקַּב קְרוּם שֶׁל מוֹחַ. נִיקַּב הַלֵּב וְלֹא לְבֵית חֲלָלוֹ. נִשְׁבַּר הַשִּׁדְרָה וְלֹא נִפְסַק הַחוּט שֶׁלָּהּ. נִיטְּלָה הַכָּבֵד וְנִשְׁתַּייֵּר הֵימֶנָּה כְּזַיִת. הֶמְסֵס וּבֵית הַכּוֹסוֹת שֶׁנִּיקְּבוּ זֶה לְתוֹךְ זֶה. נִיטַּל הַטְּחוֹל נִיטְּלוּ הַכְּלָיוֹת נִיטַּל לֶחִי הַתַּחְתּוֹן נִטְּלָה הָאֵם שֶׁלָּהּ. וַחֲרוּתָה בִּידֵי שָׁמַיִם כְּשֵׁירָה. וְהַגְּלוּדָה רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר. וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין. כָּתוּב בְּפִיסְקֵי הַגְּאוֹנִים הָא דְּנִיטַּל לֶחִי הַתַּחְתּוֹן כָּשֵׁר הַייְנוּ דַּוְקָא שֶׁיְּכוֹלָה לִחְיוֹת עַל יְדֵי הַלְעָטָה וְהַמַּרְאֶה. הָא לָאו הָכִי טְרֵיפָה: גְּמ' אָמַר רַב מַתְנָא הַאי בּוּקָא דְּאַטְמָא דְּשָׁף מִדֻּוכְתֵּיהּ טְרֵיפָה. וְרָבָא אָמַר כְּשֵׁירָה וְאִי אִיפְּסִיק נִיבֵיהּ טְרֵיפָה. וְהִילְכְתָא אֲפִילּוּ אִיפְּסִיק נִיבֵיהּ כְּשֵׁרָה עַד דְּמִיעַכּוֹל עִכּוּלִי: עַד כְּאִיסָּר. אָמַר אַבַּיֵּי כִּפְשִׁיטָא זוּטַרְתִּי דְּמִשְׁתַּכְחִי בֵּינֵי פְּשִׁיטֵי רַבְרְבֵי דְּפוּמְבְּדִיתָא. וְהַיְינוּ שִׁיעוּרָא דְּדִינָרָא קוּרְדִּינְיָתָא:
Michna. Voici celles qui sont cacheres (elou kecherot) parmi les bêtes : [la bête dont] la trachée (garguéret) a été perforée (nikva) ou fendue (nisdéka) — jusqu'à combien peut-elle manquer [et rester cachere] ? Rabban Chimon ben Gamliel dit : jusqu'à [la taille d']un issar italien. [La bête dont] le crâne (goulgolet) a été entamé sans que la membrane (kroum) du cerveau ait été perforée ; [celle dont] le cœur (lev) a été perforé mais non jusqu'à sa cavité ; [celle dont] la colonne vertébrale (chidra) a été brisée sans que sa moelle (hout) ait été sectionnée ; [celle dont] le foie (kaved) a été retiré mais [dont] il en est resté [au moins] comme une olive (kazayit) ; [celle dont] la caillette (hemses) et le bonnet (beit ha-kossot) ont été perforés l'un dans l'autre ; [celle dont] la rate (tehol) a été retirée, [celle dont] les reins (kelayot) ont été retirés, [celle dont] la mâchoire inférieure (léhi ha-tachton) a été retirée, [celle dont] la matrice (em) a été retirée ; et [la bête] desséchée par une [cause venant] du Ciel (harouta bidei chamayim) est cachere. Quant à [la bête] écorchée (guelouda), Rabbi Meir la déclare cachere (makhchir) et les Sages la déclarent passoul (invalide). Il est écrit dans les Piskei ha-Geonim que ce [cas] où la mâchoire inférieure a été retirée [et où la bête est] cachere, c'est spécifiquement [le cas] où elle peut vivre au moyen d'un gavage (hal'ata) et [de la nourriture] qu'on lui présente ; mais s'il n'en est pas ainsi, [elle est] terefa. Gemara. Rav Matna a dit : cette tête du fémur (bouka de-atma) qui a quitté (chaf) son emplacement — [la bête est] terefa. Et Rava a dit : [elle est] cachere ; mais si son tendon (niv) a été sectionné (ippsik) — [elle est] terefa. Et la halakha [est] : même si son tendon a été sectionné, [elle est] cachere — jusqu'à ce qu'il se décompose entièrement (ad de-mi'akoul ikouli, [pourrisse]). Jusqu'à [la taille d']un issar. Abaye a dit : comme les petites pièces (pechiti zoutarti) que l'on trouve parmi les grosses pièces (pechitei ravrevé) de Poumbedita ; et c'est la mesure du dinar kourde (dinara kordinaïta).
💡 Explication

La Guemara revient au cas lui-même (goufa). Rav Matna : la tête du fémur (boukad de-atma) qui a quitté son logement (chaf mi-doukhteih, déboîtée) rend la bête terefa. Rava : elle reste cachere ; ce qui invalide, c'est seulement la section du tendon (niv) qui la maintient. La halakha tranche plus loin encore : même le niv coupé laisse la bête cachere, tant que ce tendon ne s'est pas décomposé (mit'akla, pourri).

🖼️ Schéma
La tête du fémur déboîtée (boukad de-atma) : trois avis, une halakha Rav Matna déboîtée (chaf) -> TEREFA déboîtement seul suffit à invalider Rava déboîtée : cachere tendon (niv) coupé : -> TEREFA c'est la section du niv qui invalide Halakha niv coupé : CACHERE sauf si le niv s'est décomposé ad de-mit'akla : pourri -> alors terefa
Rav Matna (terefa dès le déboîtement), Rava (terefa seulement si le niv est coupé) et la halakha (cacher tant que le niv ne s'est pas décomposé).
4
עַד כַּמָּה תֶּחְסַר? אָמַר זְעֵירִי: אַתּוּן דְּלָא מִיתְחֲמֵי לְכוֹן שִׁיעוּרָא, שִׁיעוּרֵיהּ בְּדִינָרָא קוּרְדִּינָאָה, וְהָוֵי כִּפְשִׁיטָא זוּטַרְתִּי, וּמִשְׁתַּכְחָא בֵּינֵי פְּשִׁיטֵי דְּפוּמְבְּדִיתָא.

[La michna demande :] jusqu'à combien peut-elle [la trachée] manquer [et rester cachere] ? Zeeiri a dit : vous [autres de Babylonie], à qui la mesure [de l'issar italien] n'apparaît pas [n'est pas familière], sa mesure [équivaut] au dinar kourde (kordinaa) ; et c'est comme une petite perouta, et il se trouve parmi les peroutot de Poumbedita.

📜 Rachi (2)
דְּלָא מִתְחֲמֵי לְכוּ שִׁיעוּרָא שֶׁלֹּא רְאִיתֶם אִיסָּר הָאִיטַלְקִי מֵימֵיכֶם:
À qui la mesure n'apparaît pas — [parce] que vous n'avez jamais vu l'issar italien de votre vie.
דִּינָרָא קוּרְדִּינָאָה אוֹתוֹ הָיוּ מַכִּירִים וּמֵהָרֵי אֲרָרָט הוּא:
Dinar kourde (kordinaa) — celui-là, ils le connaissaient ; et il [provient] des monts d'Ararat.
💡 Explication

Retour à la michna : 'jusqu'à combien la trachée peut-elle manquer' et rester cachere ? Rabban Chimon ben Gamliel a fixé la mesure à l'issar italien. Zeeiri, venu de Terre d'Israël, traduit pour les Babyloniens, qui ne connaissent pas cette pièce : c'est la taille du dinar kourde (kordinaa), comparable à une petite perouta, monnaie qu'on trouve parmi les peroutot de Poumbedita.

5
אָמַר רַבִּי חָנָא פָּתוּרָאָה: עִילָּא מִינַּאי הֲוָה קָאֵי בַּר נַפָּחָא, וּבְעָא מִינַּי דִּינָרָא קוּרְדִּינָאָה לְשַׁעוֹרֵי בֵּיהּ טְרֵיפְתָא, וּבְעַי לְמֵיקָם מִקַּמֵּיהּ וְלָא שְׁבַקְנִי. אָמַר לִי: שֵׁב בְּנִי שֵׁב, אֵין בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת רַשָּׁאִין לַעֲמֹוד מִפְּנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּשָׁעָה שֶׁעֲסוּקִין בִּמְלַאכְתָּם.

Rabbi Hana le changeur (petoraa) a dit : Bar Nappaha [Rabbi Yo'hanan] se tenait au-dessus de moi, et il me demanda un dinar kourde pour mesurer avec [lui] les terefot ; je voulus me lever devant lui, mais il ne me [le] permit pas. Il me dit : assieds-toi, mon fils, assieds-toi — les artisans (baalei oumaniot) ne sont pas tenus (rechain) de se lever devant les disciples des sages à l'heure où ils sont occupés à leur ouvrage.

📜 Rachi (2)
ר' חִנָּא פָּתוּרָאָה שֻׁולְחָנִי הָיָה וְהָיוּ לְפָנָיו מַטְבְּעוֹת הַרְבֵּה:
Rabbi Hana le changeur — il était changeur (choulhani), et de nombreuses monnaies se trouvaient devant lui.
אֵין בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת הָעוֹסְקִים בִּמְלֶאכֶת אֲחֵרִים וְהוּא שֻׁולְחָנִי הָיָה מִשְׂתַּכֵּר בְּשֶׁל אֲחֵרִים לְמֶחֱצָה וְצָרִיךְ לְהִזָּהֵר וְלָתֵת עֵינָיו שָׁם וּלְהִשְׁתַּדֵּל עִם כָּל הָעוֹבְרִים לִשְׁאוֹל מָה הֵם צְרִיכִים וְהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא הַמּוֹשִׁיב אֶת חֲבֵירוֹ בַּחֲנוּת לְמַחֲצִית שָׂכָר אִם הָיָה אֻומָּן לֹא יַעֲסֹוק בְּאֻומָּנוּתוֹ לְפִי שֶׁאֵין עֵינָיו עַל הַחֲנוּת בְּשָׁעָה שֶׁעוֹסֵק בְּאֻומָּנוּתוֹ:
Les artisans ne [se lèvent] pas — [il s'agit de] ceux qui sont occupés à l'ouvrage d'autrui ; et lui était changeur, gagnant sa part sur le bien d'autrui (à moitié), et il lui faut prendre garde et y porter les yeux, et s'empresser auprès de tous les passants pour leur demander de quoi ils ont besoin. Et ainsi est-il enseigné dans la Tossefta : celui qui installe son compagnon dans une boutique pour moitié du gain — s'il était artisan, qu'il ne s'occupe pas de son métier, car ses yeux ne [sont] pas sur la boutique à l'heure où il s'occupe de son métier.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת רַשָּׁאִין לַעֲמֹוד מִפְּנֵיהֶם פ"ה בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת שֶׁעוֹסְקִים בִּמְלֶאכֶת אֲחֵרִים וּלְיַישֵּׁב לְשׁוֹן רַשָּׁאִים פֵּירֵשׁ כֵּן וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ עָסוּק בִּמְלַאכְתּוֹ לָא מִחַיַּיב כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק דְּקִידּוּשִׁין (דַּף לג. וְשָׁם) מַה [קִימָה] שֶׁאֵין בָּהּ חֶסְרוֹן כִּיס אַף [הִידּוּר] שֶׁאֵין בָּהּ חֶסְרוֹן כִּיס והר"ר יַעֲקֹב בַּר שִׁמְעוֹן הָיָה מְייַשֵּׁב לְשׁוֹן רַשָּׁאִין אֲפִילּוּ עָסוּק בִּמְלַאכְתּוֹ דְּאֵין רַשָּׁאִין כְּמוֹ אֵין חַייָּבִין כִּי הַהוּא דִּתְנַן פֶּרֶק הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ (עֲרָכִין דַּף כֹּח:) שׁוֹר זֶה עוֹלָה אוֹמְדִים כַּמָּה אָדָם רוֹצֶה לִיתֵּן בְּשׁוֹר זֶה לְהַעֲלוֹתוֹ עוֹלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי וּפֵירוּשׁוֹ אע"פ שֶׁאֵינוֹ חַייָּב כְּדִמְתַרְגְּמִינַן לֹא תִהְיֶה לוֹ כְּנֹושֶׁה לֹא תְּהֵא לֵיהּ כְּרָשְׁיָא וְכֵן יֵשׁ לְפָרֵשׁ הַהִיא דפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לג:) אֵין אָדָם רַשַּׁאי לַעֲמֹוד בִּפְנֵי רַבּוֹ אֶלָּא שַׁחֲרִית וְעַרְבִית שֶׁלֹּא יְהֵא כְּבוֹדוֹ מְרֻובֶּה מִשֶּׁל שָׁמַיִם וְלֹא שֶׁיְּהֵא אָסוּר אֶלָּא אֵינוֹ חַיָּיב לַעֲמֹוד קָאָמַר וּמִיהוּ בְּרוֹב סְפָרִים גָּרַס בְּהַהוּא דַּעֲרָכִין אע"פ שֶׁאֵינוֹ חַיָּיב אֲבָל בְּסֵפֶר שֶׁהֻועְתַּק מֵאוֹתוֹ סֵפֶר שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ גֵּרְשֹׁום כָּתוּב אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי וְגַם רַשִׁ"י הֵבִיא רְאָיָה בִּתְשׁוּבָה מִסֵּפֶר רַבֵּינוּ גֵּרְשֹׁום דְּרַשַּׁאי הָוֵי כְּמוֹ חִיּוּב:
Les artisans ne sont pas tenus de se lever devant eux — Rachi a expliqué : les artisans qui sont occupés à l'ouvrage d'autrui ; et pour rendre [compte du] terme 'tenus' (rechain), il a expliqué ainsi. Et il apparaît que, même occupé à son propre ouvrage, il n'est pas obligé [de se lever], comme nous disons au premier chapitre de Kiddouchin (folio 33a, et là-bas) : de même que [la mitsva de] se lever [devant un sage] n'entraîne pas de perte d'argent, de même [l'honneur] de se lever [pleinement] n'entraîne pas de perte d'argent. Et notre maître Rabbi Yaakov bar Chimon rendait [compte du] terme 'rechain', même occupé à son propre ouvrage : 'ne sont pas rechain' [signifie] 'ne sont pas obligés', comme dans ce que nous avons appris au chapitre Ha-makdich Sadehou (Erkhin folio 28b) : 'ce taureau-ci [sera offert] en holocauste' — on évalue combien un homme accepterait de donner pour ce taureau afin de le faire monter en holocauste, bien qu'il n'en soit pas 'rechai', et son sens [est] 'bien qu'il n'[y] soit pas obligé', comme nous traduisons (Ex 22:24) 'tu ne seras pas pour lui comme un créancier' par 'tu ne seras pas pour lui comme un créancier (rachya)'. Et de même peut-on expliquer ce [passage] du premier chapitre de Kiddouchin (folio 33b) : 'un homme n'est pas rechai de se tenir debout devant son maître, sinon matin et soir, pour que son honneur [au maître] ne soit pas plus grand que celui du Ciel' — et [cela ne signifie] pas que [ce] soit interdit, mais [le texte] dit qu'il n'est pas obligé de se lever. Toutefois, dans la plupart des livres, on lit dans ce [passage] d'Erkhin 'bien qu'il n'[y] soit pas obligé (hayav)' ; mais dans le livre copié d'après le livre qu'avait écrit Rabbenou Guerchom, il est écrit 'bien qu'il n'en soit pas rechai', et Rachi aussi a apporté une preuve, dans une responsa, du livre de Rabbenou Guerchom, [que] 'rachai' équivaut à une obligation (hiyouv).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר רַבִּי חָנָא פָּתוּרָאָה: עִילָּאֵי מִינַּאי הֲוָה קָאֵי בַּר נַפָּחָא, וּבְעָא מִינַּאי דִּינָרָא קוּרְדִּינָאָה לְשַׁעוֹרֵי בֵּיהּ טְרֵיפְתָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ עִילָּאֵי מִינַּאי, לֵימָא בָּא אֶצְלִי בַּר נַפָּחָא וּבְעָא וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה הַשּׁוֹמֵעַ אֵלָיו לָמָּה לֹא קָם מִפָּנָיו בִּהְיוֹתוֹ בָּא בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאָז שָׁם אֵינוֹ יָכוֹל לְתָפְסוֹ שֶׁלֹּא יַעֲמוֹד מִפָּנָיו כֵּיוָן דְּעוֹדֶנּוּ רָחוֹק מִמֶּנּוּ לְכָךְ פֵּירֵשׁ עִלַּאי מִנַּאי הֲוָה קָאֵי שֶׁלֹּא בָּא מִצַּד שֶׁלְּפָנָיו כְּדֵי שֶׁיִּרְאֵהוּ קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ אֵלָיו אֶלָּא בָּא מֵאֲחוֹרוֹ אוֹ מִן הַצַּד וְלֹא הִרְגִּישׁ בּוֹ אֶלָּא עַד שֶׁבָּא אֶצְלוֹ מַמָּשׁ דְּעַל כֵּן כְּשֶׁרָצָה לָקוּם לֹא הִנִּיחוֹ דְּעִכְּבוּ בְּיָדוֹ שֶׁלֹּא יָקוּם וְהֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ שֶׁרָצָה הַדִּינָר לְשַׁעֵר בּוֹ טְרֵפוֹת לְלַמְּדֵנוּ שִׁבְחוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה מוֹפֵת הַדּוֹר וּמֵאַרְיֵה דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל וְיֵשׁ לוֹ תַּלְמִידִים הַרְבֵּה וְשַׁמָּשִׁים הַרְבֵּה לֹא שָׁלַח אֶחָד מֵהֶם לְהָבִיא לוֹ דִּינָר אֶלָּא הוּא בִּכְבוֹדוֹ בָּא לְבַקֵּשׁ הַדִּינָר כְּדֵי לְהוֹרוֹת בּוֹ דִּין לַאֲחֵרִים.
אָמַר לִי: שֵׁב, בְּנִי שֵׁב. הָא דְּכָפַל דְּבָרָיו נִרְאֶה לִי בס"ד 'שֵׁב' וְאַל תַּעֲשֶׂה קִימָה שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה אֲפִילּוּ הִידּוּר שֶׁהוּא חֲצִי קִימָה. אִי נָמֵי 'שֵׁב' וְאַל תָּקוּם מִפְּנֵי כְּבוֹד חָכְמָתִי וְשֵׁב וְאַל תָּקוּם מִפְּנֵי כְּבוֹד זְקֵנָתִי 'כִּי אָמַר לִי שֵׁב בְּנִי שֵׁב' הָיָה זָקֵן מֻופְלָג. אוֹ יוּבַן 'שֵׁב' וְאַל תַּעֲשֶׂה קִימָה כְּשֶׁבָּאתִי אֶצְלְךָ וְשֵׁב אַל תַּעֲשֶׂה קִימָה בְּעֵת שֶׁאֵלֵךְ מֵאֶצְלְךָ לַחֲזֹור לִמְקוֹמִי. אִי נָמֵי 'שֵׁב' וְאַל תָּקוּם מִפְּנֵי וְשֵׁב וְאַל תָּזוּז מִמְּקוֹמְךָ לְהוֹשִׁיב אוֹתִי בִּמְקוֹמְךָ שֶׁהוּא מְכֻובָּד יוֹתֵר.
💡 Explication

Anecdote illustrant l'usage du dinar kourde. Rabbi Hana le changeur (petoraa, qui tenait une table de change avec beaucoup de monnaies) rapporte que Rabbi Yo'hanan (Bar Nappaha) vint lui emprunter un dinar kourde pour mesurer les terefot. Voulant se lever par respect, il en fut empêché : les artisans (baalei oumaniot) ne sont pas tenus (rechain) de se lever devant un sage pendant leur travail.

6
וְלֹא? וְהִתְנָן: כָּל בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת עוֹמְדִים מִפְּנֵיהֶם, וְשׁוֹאֲלִין בִּשְׁלוֹמָן, וְאוֹמְרִין לָהֶם: אַחֵינוּ אַנְשֵׁי מְקוֹם פְּלוֹנִי בּוֹאֲכֶם בְּשָׁלוֹם!

Et [les artisans] ne [se lèvent-ils] pas [devant les sages] ? Mais n'avons-nous pas appris [dans une michna] : tous les artisans se lèvent devant eux [les porteurs de prémices], et s'enquièrent de leur paix, et leur disent : 'nos frères, gens de tel endroit, soyez les bienvenus !'

📜 Rachi (1)
עוֹמְדִין מִפְּנֵיהֶם אַמְּבִיאֵי בִּכּוּרִים קָאֵי בְּמַס' בִּכּוּרִים (פ"ג מ"ג):
Se lèvent devant eux — [cela] vise les porteurs de prémices (bikourim), dans le traité Bikourim (chap. 3, michna 3).
💡 Explication

Objection : les artisans ne se lèvent-ils vraiment pas devant les sages ? Une michna (Bikourim 3:3) enseigne pourtant que tous les artisans se lèvent devant les porteurs de prémices (bikourim) montant à Jérusalem, les saluent et les accueillent : 'nos frères, gens de tel endroit, soyez les bienvenus !'

7
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵיהֶם עוֹמְדִין, מִפְּנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵין עוֹמְדִין. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ, שֶׁהֲרֵי מִפְּנֵיהֶם עוֹמְדִין, מִפְּנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵין עוֹמְדִין.

Rabbi Yo'hanan a dit : devant eux [les porteurs de prémices], ils se lèvent ; devant les disciples des sages, ils ne se lèvent pas. Rabbi Yossi bar Avin a dit : viens et vois combien est chérie la mitsva [accomplie] en son temps (be-chaata), car devant eux [les porteurs de prémices] ils se lèvent, [alors que] devant les disciples des sages ils ne se lèvent pas.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵיהֶם עוֹמְדִין לְכַבְּדָן כְּדֵי שֶׁיְּהוּ רְגִילִים לָבֹא:
Devant eux ils se lèvent — pour les honorer, afin qu'ils prennent l'habitude de venir.
חֲבִיבָה מִצְוָה בִּשְׁעָתָהּ צְרִיכִים אָנוּ לְחַבְּבָהּ:
Chérie est la mitsva en son temps — nous devons la chérir.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' יוֹחָנָן פָּתוּרָאָה לְעֵיל מִינַּאי הֲוָה קָאֵי בַּר נַפָּחָא וּבָעֵי מִינַּאי דִּינָרָא קוּרְדִּינְיָתָא לְשַׁעוֹרֵי בֵּיהּ טְרֵיפְתָא וּבְעַאי לְמֵיקַם מִן קַדְמוֹי וְלָא שֶׁבִּקְנֵי. אָמַר בְּנִי שֵׁב בְּנִי שֵׁב שֶׁאֵין בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת רַשָּׁאִין לַעֲמֹוד לִפְנֵי תַּלְמִיד חָכָם בִּזְמַן שֶׁעוֹסְקִים בִּמְלָאַכְתָּן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הָעוֹסְקִין בִּמְלֶאכֶת אֲחֵרִים. וּלְיַישֵּׁב לְשׁוֹן רַשָּׁאִין פֵּירֵשׁ כֵּן. וּמִיהוּ אֲפִילּוּ עָסוּק בִּמְלַאכְתּוֹ נָמֵי לָא מִיחַייַּב. כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין דַּף לג. מָה הִידּוּר שֶׁאֵין בּוֹ חֶסְרוֹן כִּיס אַף קִימָה שֶׁאֵין בָּהּ חֶסְרוֹן כִּיס וה"ר יַעֲקֹב בַּר שִׁמְשׁוֹן הָיָה מְיַישֵּׁב לָשׁוֹן רַשָּׁאִין אַף בְּעוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ. וּפֵירֵשׁ אֵין חַייָּב כְּדִתְנַן פֶּרֶק הַמַּקְדִּישׁ (עֲרָכִין דַּף כֹּח:) שׁוֹר זֶה עוֹלָה אוֹמְדִין כַּמָּה אָדָם רוֹצֶה לִיתֵּן בְּשׁוֹר זֶה לְהַעֲלוֹתוֹ עוֹלָה אע"פ שֶׁאֵין רַשַּׁאי. פֵּירוּשׁ אע"פ שֶׁאֵינוֹ חַייָּב כְּדִמְתַרְגְּמִינַן שְׁמוֹת כב לֹא תִהְיֶה לוֹ כְּנֹושֶׁה לֹא תְּהִי לֵיהּ כְּרָשְׁיָא וְכֵן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין דַּף לג: אֵין אָדָם רַשַּׁאי לַעֲמֹוד בִּפְנֵי רַבּוֹ אֶלָּא שַׁחֲרִית וְעַרְבִית שֶׁלֹּא יְהֵא כְּבוֹדוֹ מְרֻובֶּה מִשֶּׁל הַמָּקוֹם. לָא קָאָמַר שֶׁיְּהֵא אָסוּר אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ חַיָּיב:
Rabbi Hana le changeur (petoraa) a dit : Bar Nappaha [Rabbi Yo'hanan] se tenait au-dessus de moi, et il me demanda un dinar kourde (dinara kordinaïta) pour mesurer avec [lui] les terefot ; je voulus me lever devant lui (mi-kadmoï), mais il ne me [le] permit pas. Il [me] dit : assieds-toi, mon fils, assieds-toi, car les artisans (baalei oumaniot) ne sont pas tenus (rechain) de se lever devant un disciple des sages (talmid 'hakham) au moment où ils sont occupés à leur ouvrage. Rachi a expliqué : ceux qui sont occupés à l'ouvrage d'autrui ; et c'est pour rendre [compte du] terme 'tenus' (rechain) qu'il a expliqué ainsi. Toutefois, même occupé à son propre ouvrage, [l'artisan] n'est pas non plus obligé [de se lever], comme nous [le] disons au premier chapitre de Kiddouchin (folio 33a) : de même que [l'honneur de] se lever [pleinement] (hidour) n'entraîne pas de perte d'argent (hesron kis), de même [la mitsva de] se lever (kima) n'entraîne pas de perte d'argent. Et notre maître Rabbi Yaakov bar Chimchon rendait [compte du] terme 'rechain' même dans le cas où [l'artisan] est occupé à son propre ouvrage, et [l']a expliqué [au sens de] 'n'est pas obligé (hayav)', comme nous avons appris au chapitre Ha-makdich (Erkhin folio 28b) : 'ce taureau[-ci sera offert] en holocauste (ola)' — on évalue combien un homme accepterait de donner pour ce taureau afin de le faire monter en holocauste, bien qu'il n'[y] soit pas rechai. Explication : bien qu'il n'[y] soit pas obligé (hayav), comme nous traduisons (Ex 22) 'tu ne seras pas pour lui comme un créancier (nochè)' par 'tu ne seras pas pour lui comme un créancier (rachya)'. Et de même au premier chapitre de Kiddouchin (folio 33b) : 'un homme n'est pas rechai de se tenir debout devant son maître (rabbo), sinon matin et soir, pour que l'honneur [du maître] ne soit pas plus grand que celui de l'Omniprésent (ha-Makom)' — [le texte] ne dit pas que [cela] soit interdit, mais [seulement] qu'il n'est pas obligé [de le faire].
💡 Explication

Réponse de Rabbi Yo'hanan : oui, ils se lèvent devant les porteurs de prémices, mais non devant les disciples des sages. Rabbi Yossi bar Avin en tire un enseignement : vois combien est chérie la mitsva accomplie en son temps (be-chaata) — on se lève pour celui qui l'accomplit [maintenant] alors même qu'on ne se lève pas pour un sage.

8
מִמַּאי? דִּילְמָא כְּדֵי שֶׁלֹּא תְּהֵא נִמְצָא מַכְשִׁילָן לֶעָתִיד לָבֹא.

D'où [le sait-on] ? Peut-être [se lèvent-ils] afin de ne pas se trouver les faire trébucher à l'avenir.

📜 Rachi (1)
מַכְשִׁילָן שֶׁאִם לֹא יִרְאוּם לָהֶם פָּנִים צְהֻובִּים וְדֶרֶךְ כָּבוֹד לֹא יַרְגִּילוּם לָבֹא מִפְּנֵי הַטֹּורַח:
[Pour ne pas] les faire trébucher — car si on ne leur montrait pas un visage avenant et une voie d'honneur, ils ne prendraient pas l'habitude de venir, à cause de la peine [du voyage].
💡 Explication

Rejet de la déduction de Rabbi Yossi bar Avin : d'où sait-on qu'on se lève par honneur pour la mitsva ? Peut-être les artisans se lèvent-ils seulement pour ne pas faire trébucher (makhchilan) les porteurs de prémices à l'avenir — c'est-à-dire que, mal accueillis, ceux-ci pourraient renoncer à refaire le voyage.

9
אָמַר רַב נַחְמָן: כַּסֶּלַע – כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע, כְּאִיסָּר – כְּיֶתֶר מִכְּאִיסָּר.

Rav Nahman a dit : 'comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela' ; 'comme un issar' [vaut] 'comme plus qu'un issar'.

📜 Rachi (2)
כַּסֶּלַע כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע הֵיכָא דְּשִׁיעֲרוּ רַבָּנָן כַּסֶּלַע כְּגוֹן גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְּשִׁדְרָה וְגֻולְגֹּולֶת דִּתְנַן כַּמָּה חִסָּרוֹן בַּשִּׁדְרָה כו' וּבַגֻּולְגֹּולֶת בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים כִּמְלֹא מַקְדֵּחַ וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל [בְּרֵישׁ פִּרְקִין] (חֻולִּין דַּף מב:) וְכֵן לִטְרֵפָה וְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת בְּפֶ' עַל אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז:) כַּמָּה כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת כְּסֶלַע וְאִית דְּאָמְרִי הָתָם דִּבְמַתְנִיתָא תְּנָא כְּסֶלַע וְאַשְׁמוֹעִינַן רַב נַחְמָן הָכָא דְּכִי שִׁיעוּר רַבָּנָן כְּסֶלַע סֶלַע מְצֻומְצָם קָאָמַר דְּכִי הָוֵי מְצֻומְצָם דִּינוֹ כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע וּטְרֵפָה:
'Comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela' — là où les Sages ont fixé la mesure 'comme un sela', par exemple à propos de la divergence sur la colonne vertébrale et le crâne, [comme] nous avons appris : 'de combien [doit être] la déficience dans la colonne vertébrale, etc.' ; et pour le crâne, l'école de Chammai dit 'd'un plein foret', et l'école de Hillel dit 'de quoi, [si on l']ôtait du vivant, [la bête] mourrait' ; et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel (au début de notre chapitre, Houlin 42b) 'et de même pour la terefa' ; et nous disons dans Bekhorot, au chapitre Al Elou Moumin (Bekhorot 37b) : 'de combien [doit-on ôter] du vivant pour qu'[elle] meure ? comme un sela'. Et il y en a qui [disent] que là-bas, dans une braita, on a enseigné 'comme un sela'. Et Rav Nahman nous enseigne ici que, lorsque les Sages ont fixé la mesure 'comme un sela', ils veulent dire un sela [tout] juste (metsoumtsam) ; car lorsqu'[il est] juste, son statut [est] 'comme plus qu'un sela', et [la bête est] terefa.
כְּאִיסָּר כְּיֶתֶר מִכְּאִיסָּר גַּבֵּי מַתְנֵי' דִּתְנַן עַד כַּמָּה תֶּחְסַר וְנֵימָא דְּאַכַּתִּי כְּשֵׁרָה דְּהָא גַּבֵּי אֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת קָיְימִינָא וְקָתָנֵי עַד כַּמָּה כְּשֵׁרָה בְּחִסָּרוֹן עַד כְּאִיסָּר וְכֵיוָן דְּהָוֵי כְּאִיסָּר הֲרֵי הִיא כְּיֶתֶר מִכְּאִיסָּר וּטְרֵפָה:
'Comme un issar' [vaut] 'comme plus qu'un issar' — à propos de notre michna où nous avons appris 'jusqu'à combien peut-elle manquer' ; et l'on aurait pu dire qu'elle est encore cachere, car c'est à propos des [bêtes] cacheres que nous nous tenons, et il enseigne 'jusqu'à combien [reste-t-elle] cachere par une déficience — jusqu'à un issar' ; et puisque [le trou] est 'comme un issar', le voici 'comme plus qu'un issar', et [la bête est] terefa.
🗂️ Tossefot (1)
כַּסֶּלַע כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע פ״ה דְּקָאֵי אַפְּלוּגְתָּא דְּשִׁדְרָה וְגֻולְגֹּולֶת דְּקָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת וְאָמַר רַב יְהוּדָה [אָמַר שְׁמוּאֵל] בְּרֵישׁ פִּרְקִין (חֻולִּין דַּף מב:) וְכֵן לִטְרֵפָה וְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת פֶּרֶק עַל אֵלּוּ מוּמִין (בְּכוֹרוֹת דַּף לז:) כַּמָּה יִנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת וְאָמַר שְׁמוּאֵל כְּסֶלַע וְאִיכָּא דְּאָמְרִי הָתָם בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא כְּסֶלַע ור״ת מְפָרֵשׁ דְּקָאֵי אַהָא דְּאָמַר בְּסָמוּךְ (דַּף נה:) גַּבֵּי גְּלוּדָה וְאִם נִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ כַּסֶּלַע כְּשֵׁרָה וְקָשֶׁה לְפֵירוּשָׁם דְּמִלְּתָא דִּפְשִׁיטָא הוּא דְּסֶלַע הָוֵי כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע דְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ עַד וי״ל דְּאַשְׁכְּחַן בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי דְּהָוֵי כְּמוֹ עַד אע״ג דְּלָא קָתָנֵי בְּהוּ עַד בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בּ״מ דַּף נא:) כַּמָּה תֶּחְסַר וְיִהְיֶה בָּהּ אוֹנָאָה ד' אִיסָּרִין וּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא וּרְמִינְהִי כַּמָּה תֶּחְסַר וְלֹא יִהְיֶה בָּהּ אוֹנָאָה כּוּ' וּמְשַׁנֵּי תַּנָּא דִּידַן קָא חָשֵׁיב (מִלְמַעְלָה לְמַטָּה) וְתַנָּא בְּרָא חֲשִׁיב (מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה) וּבְפֶרֶק הַכּוֹנֵס (בּ״ק דַּף סא.) עָבְרָה גֶּדֶר אַרְבַּע אַמּוֹת (חַייָּב) וְהַתַּנְיָא (פָּטוּר) וּמְשַׁנֵּי תַּנָּא (בְּרָא) חֲשִׁיב מִלְמַעְלָה לְמַטָּה וְתַנָּא (דִּידַן) חֲשִׁיב מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה וּמִיהוּ אַכַּתִּי קָשֶׁה דִּגְלוּדָה גַּבֵּי כְּשֵׁרוֹת מִיתַּנְיָא וְכִי חָשַׁבְתְּ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה ד' סְלָעִים ג' וּב' כְּשֵׁרָה עַד כַּסֶּלַע הֲוָה לֵיהּ עַד וְעַד בִּכְלָל כֵּיוָן דַּאֲמַרְתְּ דִּכְסֶלַע כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע וְכֵן גַּבֵּי גֻּולְגֹּולֶת דְּקָאֵי אֲכֻמָּה חִסָּרוֹן וּטְהוֹרָה א״כ מַאי פָּרִיךְ מְחַבֵּל הַמִּטָּה וּמֵהַדַּקִּין שֶׁבִּכְלֵי חֶרֶס וְכִי חָשַׁבְתְּ נָמֵי בִּגְלוּדָה וּבְגֻולְגֹּולֶת מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה הָוְיָא לֵיהּ עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל וְאִם כֵּן הֲוָה לְהָקֵל וּבַמַּסְּקָנָא מוֹכִיחַ דְּכָל דֻּוכְתֵי הָוֵי לְהַחְמִיר וְנִרְאֶה דְּקָאֵי אַנִּקְדָּר כְּסֶלַע דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (חֻולִּין דַּף נ:) טְרֵפָה דְּלִכְשֶׁתִּמְתַּח תַּעֲמֹוד עַל טֶפַח וְר' חַייָּא בַּר אַבָּא פְּלִיג וְאָמַר כְּסֶלַע כְּשֵׁרָה יָתֵר מִכְּסֶלַע טְרֵפָה וַאֲתָא רַב נַחְמָן לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּכְסֶלַע כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע וְלָא אַיְירֵי כְּלָל לְעִנְיַן עַד וְעַד בִּכְלָל אֲבָל בִּכְאִיסָּר אַשְׁמוֹעִינַן דְּעַד וְלֹא עַד בִּכְלָל דע״כ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה חֲשִׁיב דְּאַאֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת קָאֵי:
'Comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela' — Rachi a expliqué que [cela] vise la divergence sur la colonne vertébrale et le crâne, où l'école de Hillel dit 'de quoi, [si on l']ôtait du vivant, [la bête] mourrait', et Rav Yehouda [au nom de Chmouel] a dit au début de notre chapitre (Houlin 42b) 'et de même pour la terefa', et nous disons dans Bekhorot, au chapitre Al Elou Moumin (Bekhorot 37b) : 'de combien [doit-on ôter] du vivant pour qu'[elle] meure ? et Chmouel a dit : comme un sela' ; et il y en a [qui disent] que là-bas, dans une braita, on a enseigné 'comme un sela'. Et Rabbenou Tam explique que [cela] vise ce qui est dit plus bas (folio 55b) à propos de la [bête] écorchée (guelouda) : 'et s'il en est resté comme un sela, [elle est] cachere'. Et [cette] explication [de Rachi] est difficile, car [c'est] chose évidente qu'un sela [vaut] 'comme plus qu'un sela', puisqu'on n'[y] enseigne pas 'jusqu'à' (ad). Et l'on peut dire que nous trouvons en plusieurs endroits [un cas] qui [vaut] comme 'jusqu'à' bien qu'on n'[y] enseigne pas 'jusqu'à' : au chapitre Ha-zahav (Baba Metsia 51b) 'de combien doit[-il] manquer pour qu'il y ait lésion (onaa) ? quatre issarin', et l'on objecte dans la Guemara : et [voici] une contradiction [d'avec] 'de combien doit[-il] manquer pour qu'il n'y ait pas lésion, etc.', et l'on résout : notre tana compte (de haut en bas) et le tana du dehors (braita) compte (de bas en haut). Et au chapitre Ha-kones (Baba Kama 61a) : '[le feu] a franchi une clôture [haute] de quatre coudées, [il est] responsable' — or n'a-t-on pas enseigné '[il est] exempt' ? et l'on résout : le tana (du dehors) compte de haut en bas et le tana (notre) compte de bas en haut. Toutefois, [cela] demeure difficile, car la guelouda est enseignée parmi les [bêtes] cacheres ; et lorsque tu comptes de haut en bas — quatre selaim, trois, deux, cachere — jusqu'à 'comme un sela', il y a [un] 'jusqu'à', et 'jusqu'à' inclut [la mesure], puisque tu dis que 'comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela' ; et de même pour le crâne, qui vise [la question de] 'de combien [doit être] la déficience', et [la bête reste] pure. Si tel est [le cas], qu'objecte-t-il [Rava] depuis la corde du lit et depuis les petits [vases] d'argile ? Et lorsque tu comptes aussi, pour la guelouda et le crâne, de bas en haut, il y a [un] 'jusqu'à' et 'jusqu'à' n'inclut pas [la mesure] ; et alors [ce serait] pour alléger ; or, dans la conclusion, [le texte] prouve qu'en tout endroit [c'est] pour aggraver. Et il apparaît que [cela] vise [un crâne] perforé 'comme un sela', dont nous disons plus haut (Houlin 50b) [qu'elle est] terefa, car lorsqu'il [s']étirera il atteindra un tefah ; et Rabbi Hiyya bar Abba diverge et dit : 'comme un sela', cachere ; 'plus qu'un sela', terefa. Et vint Rav Nahman nous enseigner que 'comme un sela' [vaut] 'comme plus qu'un sela', et il ne traite nullement de la question de 'jusqu'à' et de '[la mesure] incluse ou non' ; mais pour 'comme un issar', il nous enseigne [le cas de] 'jusqu'à, [mesure] non incluse', car nécessairement [on] compte de bas en haut, puisque [cela] vise 'voici les [bêtes] cacheres'.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן רַבּוֹ כַּסֶּלַע כְּיֶתֶר מִכַּסֶּלַע. כְּאִיסָּר כְּיֶתֶר מִכְּאִיסָּר. מִשּׁוּם דְּחֻומְרָא הוּא אָמְרִינַן עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל. וְאִי עַד וְעַד בִּכְלָל הָוֵי חוּמְרָא אוֹמֵר עַד וְעַד בִּכְלָל. דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר ר' יוֹחָנָן כָּל שִׁיעוּרֵי חַכְמֵי' לְהַחְמִיר חוּץ מִכְּגֵרִי' שֶׁל כְּתָמִים שֶׁהוּא לְהָקֵל:
Rav Nahman, son maître (rabbo), a dit : 'comme un sela' (ka-sela) [vaut] 'comme plus qu'un sela' (ke-yeter mi-ka-sela) ; 'comme un issar' (ke-issar) [vaut] 'comme plus qu'un issar' (ke-yeter mi-ke-issar). Parce que c'est une rigueur (houmra), nous disons 'jusqu'à, mais [la mesure] non incluse' (ad ve-lo ad bichlal) ; et si 'jusqu'à, [la mesure] incluse' (ad ve-ad bichlal) était la rigueur (houmra), il dirait 'jusqu'à, [la mesure] incluse'. Car Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : toutes les mesures (chiourim) des Sages [vont] vers la rigueur (le-hahmir), hormis [la mesure d']un gris (ke-gris) pour les taches [de sang] (ketamim), qui [va] vers l'indulgence (le-hakel).
💡 Explication

Retour à la mesure de la trachée. Rav Nahman pose une règle de lecture : quand les Sages fixent une mesure 'comme un sela' (à propos d'un crâne endommagé) ou 'comme un issar' (ici, pour la trachée), la mesure exacte compte déjà comme 'plus que' — c'est-à-dire qu'un trou pile de la taille de l'issar rend déjà la bête terefa.

🖼️ Schéma
Rav Nahman : 'ad' (jusqu'à) inclut-il la mesure exacte ? 'comme un issar' = déjà comme PLUS qu'un issar -> donc 'ad ve-lo ad bichlal' (jusqu'à, NON inclus) Thèse de Rav Nahman : la mesure pile (issar / sela) compte comme DEPASSEE -> terefa Trois objections de Rava (michnayot 'ad') et leur réponse : Corde du lit 'jusqu'à 5 tefahim : pur' objection : 5 pile = en-deçà ? réponse : 5 pile = au-delà (donc impur) -> ad non inclus Kelim 19:2 5 à 10 tefahim 'de 5 jusqu'à 10 : impur' objection : 10 pile = en-deçà ? réponse : 10 pile = au-delà (donc pur) -> ad non inclus Kelim 19:2 Petits vases d'argile eux, leurs fonds, leurs parois objection sur 'ad log' (la suite, daf 55a) tranche pareillement Kelim 2:2
'comme un issar' = déjà 'plus qu'un issar' ; donc 'ad' (jusqu'à) ne comprend pas la mesure exacte. Les trois objections de Rava et leur réponse.
10
אַלְמָא קָסָבַר רַב נַחְמָן: ״עַד״, וְלֹא עַד בִּכְלָל.

[On infère :] donc Rav Nahman tient [que] 'jusqu'à' (ad) [signifie] 'jusqu'à, mais non inclus' (ad ve-lo ad bichlal).

📜 Rachi (1)
אַלְמָא קָסָבַר הָא דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' עַד כְּאִיסָּר כְּשֵׁרָה לָאו עַד וְעַד בִּכְלָל קָאָמַר אֶלָּא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל וה"ק עַד כְּאִיסָּר כְּשֵׁרָה וְלֹא עַד בִּכְלָל קָאָמַר אֲבָל כְּאִיסָּר עַצְמוֹ טְרֵפָה דע"כ עַד דְּמַתְנִי' אַכְשָׁרוֹת קָאֵי וְה"ק עַד כַּמָּה תֶּחְסַר וְנֵימָא אַכַּתִּי כְּשֵׁרָה הִיא וְקָתָנֵי עַד כְּאִיסָּר דְּאִי אַטְּרֵפוֹת קָאֵי לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי עַד אֶלָּא כַּמָּה תֶּחְסַר וּתְהֵא טְרֵפָה כְּאִיסָּר:
Donc il tient — ce que la michna enseigne 'cachere jusqu'à un issar', il ne [le] dit pas [au sens de] 'jusqu'à, [mesure] incluse', mais [au sens de] 'jusqu'à, [mesure] non incluse' ; et voici ce qu'elle veut dire : 'cachere jusqu'à un issar, [mesure] non incluse' ; mais [un trou] 'comme un issar' lui-même [est] terefa. Car nécessairement le 'jusqu'à' de la michna vise les [bêtes] cacheres, et voici ce qu'elle veut dire : 'jusqu'à combien peut-elle manquer' et que nous disions [qu']elle est encore cachere ? et elle enseigne 'jusqu'à un issar' ; car si [cela] visait les terefot, il ne conviendrait pas d'enseigner 'jusqu'à', mais [plutôt] 'de combien doit-elle manquer pour être terefa — [d'un trou] comme un issar'.
💡 Explication

Inférence de la position de Rav Nahman : puisqu'un trou pile à la taille de l'issar rend déjà terefa, c'est que le mot 'ad' (jusqu'à) de la michna ('cachere jusqu'à un issar') signifie 'jusqu'à, mais non inclus' (ad ve-lo ad bichlal) — la mesure limite elle-même bascule déjà du côté terefa.

11
אֵיתִיבֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: חֶבֶל הַיּוֹצֵא מִן הַמִּטָּה עַד חֲמִשָּׁה טְפָחִים – טָהוֹר. מַאי לָאו חֲמִשָּׁה כִּלְמַטָּה? לֹא, חֲמִשָּׁה כְּלִמְעֲלָה.

Rava objecta à Rav Nahman : 'la corde qui dépasse du lit, jusqu'à cinq tefahim — [elle est] pure'. N'est-ce pas [que] cinq [tefahim valent] comme en-deçà [moins que cinq, donc pur — d'où : 'jusqu'à', mesure incluse] ?

[Réponse :] non, cinq [valent] comme au-delà [plus que cinq, donc impur].

📜 Rachi (4)
חֶבֶל הַיּוֹצֵא לְאַחַר שֶׁנִּסְתָּרְגָה כָּל הַמִּטָּה נִשְׁאַר מִן הַחֶבֶל וְתָלוּי בַּמִּטָּה:
La corde qui dépasse — après qu'on a entrelacé tout le lit, il reste de la corde, suspendue au lit.
עַד ה' טְפָחִים טָהוֹר דְּקָטָן הוּא וְאֵינוֹ רָאוּי לִכְלוּם הִילְכָּךְ לָא הָוֵי מִן הַמִּטָּה וְאִם נִטְמֵאת הַמִּטָּה טְהוֹרָה:
Jusqu'à cinq tefahim, [elle est] pure — car elle est petite et ne convient à rien ; aussi ne fait-elle pas partie du lit, et si le lit à contracté l'impureté, elle [reste] pure.
מַאי לָאו חֲמִשָּׁה כִּלְמַטָּה כְּפָחוֹת מַה' וְטָהוֹר דְּקָטָן הוּא אַלְמָא עַד וְעַד בִּכְלָל:
N'est-ce pas [que] cinq [valent] comme en-deçà — comme moins de cinq, et [donc] pure, car elle est petite : ce qui implique 'jusqu'à, [mesure] incluse'.
לֹא חֲמִשָּׁה כְּלִמְעֲלָה כְּיוֹתֵר מֵחֲמִשָּׁה וְטָמֵא כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא בְּמַס' כֵּלִים (פי"ט מִשְׁנָה ב) מֵחֲמִשָּׁה וְעַד עֲשָׂרָה טָמֵא שֶׁבּוֹ קוֹשְׁרִין אֶת הַפְּסָחִים זֵכֶר לְפֶסַח מִצְרַיִם דַּכְתִּי' אִסְרוּ חַג בַּעֲבוֹתִים וְגוֹ' וּכְתִיב וְהָיָה לָכֶם לְמִשְׁמֶרֶת וּבוֹ מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַמִּטָּה:
Non, cinq [valent] comme au-delà — comme plus de cinq, et [donc] impure, ainsi que le motif en est enseigné dans le traité Kelim (chap. 19, michna 2) : 'de cinq jusqu'à dix, [elle est] impure', car on y attache les [agneaux] pascals, en souvenir du pascal d'Égypte, ainsi qu'il est écrit (Ps 118:27) 'liez la fête avec des cordes, etc.', et il est écrit (Ex 12:6) 'et il sera pour vous en garde', et avec elle on descend [hisse] le lit.
💡 Explication

Première objection de Rava, tirée d'une michna (Kelim 19:2) : la corde qui dépasse d'un lit à cordes, 'jusqu'à cinq tefahim', est pure (inutilisable, donc non partie du lit). Rava comprend : cinq tefahim pile = comme moins de cinq = pur ; donc 'ad' inclut la mesure, contre Rav Nahman. Réponse : non — cinq pile compte comme au-delà de cinq (donc impur), ce qui maintient 'ad ve-lo ad bichlal'.

12
תָּא שְׁמַע: מֵחֲמִשָּׁה וְעַד עֲשָׂרָה – טָמֵא. מַאי לָאו עֲשָׂרָה כִּלְמַטָּה? לֹא, עֲשָׂרָה כְּלִמְעֲלָה.

Viens et entends [une autre objection] : 'de cinq jusqu'à dix — [elle est] impure'. N'est-ce pas [que] dix [tefahim valent] comme en-deçà [donc impur — 'jusqu'à', mesure incluse] ?

[Réponse :] non, dix [valent] comme au-delà [donc pur].

📜 Rachi (2)
וְעַד עֲשָׂרָה טָמֵא כִּדְפָרְשִׁינַן וּמֵעֲשָׂרָה וְלַחוּץ טָהוֹר דְּיוֹתֵר מִדַּאי יֵשׁ וְעוֹמֵד לִיקָּצֵץ וְחֶבֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ לֹא מְקַבֵּל טֻומְאָה דִּטְווִי וְאָרִיג בָּעֵינַן בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף סד.):
Et jusqu'à dix, [elle est] impure — comme nous [l'avons] expliqué ; et de dix [tefahim] et au-delà, [elle est] pure, car il y en a trop et [la corde] est destinée à être coupée ; et une corde à elle seule ne reçoit pas l'impureté, car nous requérons [qu'elle soit] filée et tissée, [comme] dans le traité Chabbat (folio 64a).
מַאי לָאו עֲשָׂרָה כִּלְמַטָּה וְטָמֵא אַלְמָא עַד וְעַד בִּכְלָל:
N'est-ce pas [que] dix [valent] comme en-deçà — et [donc] impure : ce qui implique 'jusqu'à, [mesure] incluse'.
💡 Explication

Deuxième objection, tirée de la suite de la même michna : 'de cinq jusqu'à dix, [la corde est] impure'. Rava comprend : dix pile = comme moins de dix = impur ; donc 'ad' inclut la mesure. Réponse : non — dix pile compte comme au-delà de dix (donc pure, car trop longue, vouée à être coupée), ce qui confirme encore 'ad ve-lo ad bichlal'.

13
תָּא שְׁמַע: הַדַּקִּין שֶׁבִּכְלֵי חֶרֶס, הֵן וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן וְדָופְנוֹתֵיהֶם, יוֹשְׁבִין שֶׁלֹּא מְסֻומָּכִין –

Viens et entends [une autre objection] : 'les petits [vases] parmi les vases d'argile (kli hères), eux, ainsi que leurs fonds (karkeroteihen) et leurs parois (dofnoteihem), [s'ils] tiennent assis sans être étayés' —

📜 Rachi (2)
הַדַּקִּין שֶׁבִּכְלֵי חֶרֶס כְּלִי חֶרֶס דַּקִּין:
Les petits [vases] parmi les vases d'argile — des vases d'argile menus.
הֵן וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן וְדָופְנוֹתֵיהֶן יוֹשְׁבִין שֶׁלֹּא מְסֻומָּכִין כו' בֵּין שֶׁהֵן עַצְמָן אֵין מַחֲזִיקִין אֶלָּא כְּדֵי סִיכַת קָטָן אוֹ שֶׁנִּשְׁבְּרוּ וְנִשְׁאֲרוּ קַרְקְרוֹתֵיהֶן שׁוּלַיִם שֶׁלָּהֶן אוֹ דָּופְנוֹתֵיהֶן נִשְׁאֲרוּ וִיכוֹלִין לֵישֵׁב לְבַדָּן בְּלֹא סְמִיכָה עֲדַיִין כְּלִי הֵן וְשִׁיעוּרָן אִם מַחֲזִיקִין שֶׁמֶן כְּדֵי סִיכַת קָטָן טְמֵאִין:
Eux, ainsi que leurs fonds et leurs parois, [s'ils] tiennent assis sans être étayés, etc. — que [ce soit] eux-mêmes [qui] ne contiennent que de quoi l'onction d'un petit [enfant], ou bien [qu']ils se soient brisés et [qu'il] en soit resté leurs fonds — leur dessous — ou [que] leurs parois soient restées et puissent tenir assises à elles seules sans étayage : ce sont encore des vases ; et leur mesure [est], s'ils contiennent de l'huile de quoi l'onction d'un petit [enfant], [qu'ils sont] impurs.
🗂️ Tossefot (1)
הַדַּקִּין שֶׁבִּכְלִי חֶרֶס הֵן וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן וְדָופְנוֹתֵיהֶם כו' לְמַאי דְּגָרְסִינַן הֵן מַשְׁמַע דִּכְלִי חֶרֶס בִּתְחִלָּתָן לָא חֲשִׁיב כְּלִי בְּפָחוֹת מִכְּדֵי סִיכַת קָטָן וְעַד לֹוג דְּקָתָנֵי לָא מָצֵי קָאֵי (אַהַךְ) אֶלָּא אַשְּׁבָרִים קָאֵי אָמְנָם לֹא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם דְּבָעֵינַן שִׁיעוּר לִכְלִי חֶרֶס מִתְּחִלָּתָן וְהָא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִקְוָאוֹת (פ"ד מִשְׁנָה ג) הַחוֹטֵט בְּצִינּוֹר לְקַבֵּל צְרוֹרוֹת בְּשֶׁל עֵץ בְּכָל שֶׁהוּא בְּשֶׁל חֶרֶס בִּרְבִיעִית הַייְנוּ דַּוְקָא לְקַבֵּל צְרוֹרוֹת וְהָתָם נַמֵּי פְּלִיג רַבִּי יְהוּדָה וְאָמַר אַף בְּשֶׁל חֶרֶס בְּכָל שֶׁהוּא וְלָא קָאָמַר רְבִיעִית אֶלָּא בְּשִׁבְרֵי חֶרֶס וּבְסֵדֶר הַמִּשְׁנָה לָא גָּרְסִינַן הֵן בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים בְּפֶרֶק שֵׁנִי (מִשְׁנָה ב) אֶלָּא גָּרְסִינַן הָתָם הַדַּקִּין שֶׁבִּכְלֵי חֶרֶס וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן כו' וּמִשְׁתְּמַע כְּמוֹ הֵן כֵּיוָן דְּגָרַס וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן:
Les petits [vases] parmi les vases d'argile, eux, ainsi que leurs fonds et leurs parois, etc. — selon la leçon où nous lisons 'eux' (hen), [cela] implique qu'un vase d'argile, à son origine, n'est pas tenu pour un vase [s'il contient] moins que de quoi l'onction d'un petit [enfant] ; et le 'jusqu'à un log' qui [y] est enseigné ne peut pas se rapporter (à celui-ci) mais se rapporte aux fragments (chevarim). Cependant, nous n'avons trouvé en aucun endroit qu'on requière une mesure pour un vase d'argile à son origine. Et ce que nous avons appris dans le traité Mikvaot (chap. 4, michna 3) : 'celui qui creuse une gouttière (tsinor) pour recueillir des cailloux — en [bois] de bois, [elle se mesure] en n'importe quelle quantité ; en [argile] d'argile, en un revii' — c'est spécifiquement [quand c'est] pour recueillir des cailloux ; et là aussi Rabbi Yehouda diverge et dit : 'même en [argile] d'argile, en n'importe quelle quantité', et il ne dit 'un revii' que pour des fragments d'argile. Et dans l'ordre [du texte] de la Michna, nous ne lisons pas 'eux' (hen) dans le traité Kelim, au chapitre deux (michna 2), mais nous lisons là-bas : 'les petits [vases] parmi les vases d'argile et leurs fonds, etc.' ; et [cela] s'entend comme [s'il y avait] 'eux' (hen), puisqu'il lit 'et leurs fonds'.
💡 Explication

Troisième objection, tirée d'une autre michna (Kelim 2:2) : les petits vases d'argile (kli hères), 'eux, ainsi que leurs fonds (karkéroteihém) et leurs parois (dofnoteihem), [s'ils] tiennent assis sans être étayés' [restent des vases susceptibles d'impureté]. Le débat sur le 'ad' (la mesure du log) se poursuit au daf suivant (55a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).