Sougya : La Guemara cherche à trancher si le mot 'ad' (jusqu'à) inclut ou non la borne, à propos des mesures de brisures de récipients qui reçoivent l'impureté : un log, une sea, deux sea. Trois tentatives de preuve ('viens entendre') échouent, car à chaque fois 'jusqu'à' peut se lire borne incluse OU borne exclue.
Une braita ('log = au-dessous, sea = au-dessous, deux sea = au-dessous') semble imposer 'incluse', mais la Guemara répond que c'est par sévérité : Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yo'hanan établit que toutes les mesures des Sages se lisent dans le sens sévère (lehumra), sauf la mesure 'd'un pois' des taches de sang, qui se lit dans le sens léger. La preuve linguistique est confirmée par la corde du lit (cinq tefahim comme au-dessus, dix comme au-dessous), toujours par sévérité.
La seconde moitié du daf revient à la michna des tereifot : la rate enlevée laisse la bête casher, mais perforée elle [la rend] tereifa (Rav Avira au nom de Rava) ; une objection tirée des morceaux de rate découpés est résolue ; enfin, un rein malade (Rakhich bar Papa au nom de Rav) [rend la bête] tereifa, et l'Occident précise : seulement si le mal a atteint [un certain point, suite au daf suivant].
[La michna de Kelim enseigne :] leur mesure [pour recevoir l'impureté] est de quoi oindre [d'huile] un petit [enfant], et [cela vaut] jusqu'à un log (ad log). Cela ne [signifie-t-il] pas [que] le log [se lit] comme [ce qui est] au-dessous (ke-lematta) [donc 'jusqu'à' borne incluse] ?
Non : le log [se lit] comme [ce qui est] au-dessus (ke-lemaala) [donc borne exclue].
La Guemara examine si le mot 'ad' (jusqu'à) inclut ou exclut la borne. La michna (Kelim) fixe la mesure des brisures de récipients qui restent susceptibles de recevoir l'impureté : un éclat assez grand pour oindre d'huile un petit enfant, et cela 'jusqu'à un log'. Si 'jusqu'à un log' compte le log comme au-dessous (la petite mesure suffit, donc l'éclat est déjà impur), alors 'ad' inclut la borne. La Guemara répond que le log se lit comme au-dessus (il faut une plus grande brisure pour être impur) — donc 'ad' exclut la borne.
Viens entendre [une preuve] : de un log jusqu'à une sea — [la mesure des brisures est] d'un quart [de log] (be-revi'it). Cela ne [signifie-t-il] pas [que] la sea [se lit] comme [ce qui est] au-dessous ?
Non : la sea [se lit] comme [ce qui est] au-dessus.
Première tentative de preuve ('ta chema', viens entendre). La suite de la michna : un récipient dont la contenance d'origine allait d'un log à une sea, ses brisures doivent contenir un quart de log pour être impures. Si la sea compte comme au-dessous (incluse dans cette tranche), alors 'ad' inclut la borne. Réponse : la sea se lit comme au-dessus (elle relève de la tranche supérieure) — donc rien n'est prouvé.
Viens entendre : de une sea jusqu'à deux sea — [la mesure des brisures est] d'un demi-log (be-hatzi log). Cela ne [signifie-t-il] pas [que les] deux sea [se lisent] comme [ce qui est] au-dessous ?
Non : les deux sea [se lisent] comme [ce qui est] au-dessus.
Deuxième tentative de preuve. La michna : un récipient allant d'une sea à deux sea, ses brisures doivent contenir un demi-log. Si les deux sea comptent comme au-dessous, 'ad' inclut la borne. Réponse : elles se lisent comme au-dessus — donc rien n'est prouvé, comme précédemment.
Mais n'est-il pas enseigné [dans une braita] : un log — comme [ce qui est] au-dessous ; une sea — comme [ce qui est] au-dessous ; deux sea — comme [ce qui est] au-dessous [donc 'ad' inclut toujours la borne] !
Objection : une braita enseigne explicitement que chacune de ces bornes (un log, une sea, deux sea) se lit comme au-dessous — c'est-à-dire incluse dans sa tranche. Il en ressort que 'ad' signifie partout borne incluse, contre Rav Nahman [qui tenait que 'ad' exclut la borne].
Là-bas [c'est] par sévérité (lehumra), car Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : toutes les mesures des Sages [sont] pour [aller vers] la sévérité, sauf [la mesure] 'comme un pois' (ke-gris) des taches [de sang] (ketamim), [qui est] pour [aller vers] le léger (lehakel).
Résolution. La braita lit 'au-dessous' (donc 'ad' inclus) non par principe linguistique, mais par sévérité : pour les brisures de récipients, inclure la borne rend l'éclat impur plus facilement — c'est sévère. Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yo'hanan pose le principe général : toute mesure des Sages se lit dans le sens sévère (lehumra). L'unique exception : la mesure 'comme un pois' (ke-gris) des taches de sang sur le vêtement d'une femme, qui se lit dans le sens léger (la femme reste pure si la tache fait exactement la taille d'un pois).
[Le texte] est précis aussi (dayka nami), car il est enseigné à son sujet (de cette [michna de la corde]) : cinq — comme [ce qui est] au-dessus ; dix — comme [ce qui est] au-dessous.
Confirmation linguistique du principe. Une braita commentant la michna de Kelim (19:2) sur la corde qui sort du lit enseigne : cinq tefahim se lisent comme au-dessus (la corde reste pure), dix tefahim comme au-dessous (impure). Les deux fois on penche vers le sévère — d'où 'ad cinq' n'inclut pas cinq, mais 'ad dix' inclut dix (voir le schéma de synthèse).
[La michna :] [si] la rate (tehol) a été enlevée (nital) [la bête reste casher]. Rav Avira a dit au nom de Rava : on n'a enseigné (la cacherout) que [pour le cas où] elle a été enlevée ; mais [si] elle a été perforée (nikav) — [la bête est] tereifa.
Retour à la michna des tereifot. La michna énumère la rate enlevée parmi les cas où la bête reste casher. Rav Avira au nom de Rava précise : la cacherout ne vaut que pour la rate entièrement enlevée ; si la rate a été perforée, en revanche, la bête est tereifa (voir le schéma).
Rabbi Yossi bar Avin — et certains disent Rabbi Yossi bar Zevida — objecte : [s']il découpe [des morceaux] du foetus qui [est] dans son ventre [celui de la mère], [leur] consommation [est] permise ; [s']il [découpe] de la rate ou des reins (kelayot), [leur] consommation [est] interdite. [Or il y a à inférer :] mais la bête elle-même [est] permise !
Objection (de la michna de Houlin 68a). Si, avant d'abattre, on découpe des morceaux du foetus dans le ventre [de la mère] et qu'on les y laisse, ils sont permis à la consommation [par l'abattage de la mère]. Mais si on découpe des morceaux de la rate ou des reins de la bête [elle-même], ils sont interdits (au titre d'organe arraché d'un être vivant, ever min ha-haï). On infère : la bête elle-même, elle, reste permise — donc une rate entamée ne la rend pas tereifa, contre Rav Avira !
Il en va de même (hou ha-din) [que] même la bête [elle-même] aussi [serait] interdite [si la rate a été entamée] ; [mais] du fait [qu']il a enseigné dans la première clause (recha) 'permis à la consommation', il a enseigné aussi dans la clause finale (sefa) 'interdit à la consommation'. Et si tu veux, dis [autrement] : 'perforé' [est] à part (le-houd), et 'découpé' [est] à part.
Double réponse à l'objection. (1) En réalité, la bête elle-même serait aussi interdite [tereifa] ; si la michna n'a parlé que de l'interdit des morceaux, c'est par symétrie de formulation : ayant enseigné dans la première clause 'permis à la consommation' (pour le foetus), elle a enseigné dans la clause finale 'interdit à la consommation' (pour la rate/les reins). (2) Ou bien : perforé et découpé sont deux cas distincts — la rate perforée [rend] tereifa, mais une rate dont on a découpé [un morceau proprement] non.
[La michna :] [si] les reins (kelayot) ont été enlevés [la bête reste casher]. Rakhich bar Papa a dit au nom de Rav : [si] elle a été atteinte d'un mal (laka) dans un seul rein — [la bête est] tereifa.
On dit en Occident (be-maarava) : et [cela vaut seulement] dans le cas où le mal a atteint (de-mata'i lekouta)
Dernier cas du daf, sur les reins. La michna les compte parmi les organes dont l'ablation laisse la bête casher. Mais Rakhich bar Papa au nom de Rav : un rein atteint d'un mal (laka — par exemple rempli de pus) [rend la bête] tereifa, et à plus forte raison [si] les deux [sont atteints]. L'Occident (la Terre d'Israël) nuance : cela ne vaut que si le mal a atteint [un certain point — la phrase se poursuit au daf 55b].
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).