Sougya : Après la fin de la sougya précédente (le cuir de la matrice, bet ha-bochet, compte parmi les peaux jugées comme chair pour le piggoul), la michna ouvre la liste des tereifot propres à l'oiseau : oesophage perforé, trachée tranchée, coup de belette à la tête (là où la membrane du cerveau risque d'être percée), gésier ou intestins perforés, entrailles roussies par le feu (vertes : invalide ; rouges : valide), enfin piétinement, choc ou écrasement (rissouk evarim). La guemara se concentre sur la morsure de belette : Rav, Chmouel et Levi enseignent l'examen à la main (on pousse la cervelle : si elle sourd, la membrane est percée).
Zeiri objecte qu'il n'y a pas d'examen fiable car les dents de la belette sont fines et recourbées, puis se rétracte depuis Nehardea : on examine à la main mais non au clou — tandis que Rabbi Yo'hanan permet même le clou. Cette mahloket reflète celle de Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia (main vs aiguille : 'tu gaspilles l'argent d'Israël' contre 'tu fais manger des tereifot').
On établit que c'est Rabbi Yehouda qui examine à la main. La braita de Levi (l'os brisé sans perforation rend l'oiseau tereifa) est conciliée en la rapportant à l'oiseau d'eau, dont la membrane molle se rompt dès que l'os se brise.
Le daf s'achève sur les procédés pratiques : Rav Chizvi au soleil, Rav Yemar à l'eau, Rav Aha bar Yaakov examinait (la suite en 56b).
[La braita enseigne :] '... pour inclure le cuir de la matrice (bet ha-bochet)' [parmi les peaux jugées comme chair]. [Quant au piggoul :] hors de son lieu (houtz li-mekomo) — invalide (passoul), et il n'y a pas de retranchement (karet) ; hors de son temps (houtz li-zmano) — piggoul, et l'on est passible de retranchement à son sujet.
Fin de la sougya précédente (suite de 55b), sur les peaux qui se mangent 'comme leur chair' et entrent donc dans la loi du piggoul. La braita ajoute le cuir de la matrice (bet ha-bochet) à la liste. Rappel des deux intentions illicites de l'officiant : intention 'hors du lieu' prescrit -> sacrifice invalide, mais sans karet ; intention 'hors du temps' prescrit -> piggoul, passible de karet. Cette braita montre que seul Rabbi Chimon juge le cuir des sabots comme la chair, contre les Sages (comme l'a dit Rabbi Yo'hanan).
MICHNA. Et voici les tereifot pour l'oiseau : l'oesophage perforé (nekouvat ha-veshet), la trachée tranchée (pessoukat ha-gargueret), [l'oiseau] qu'une belette (houlda) a frappé sur la tête en un endroit qui la rend tereifa, le gésier perforé (nikkav ha-kourkevan), les intestins grêles perforés (nikkevou ha-dakin), [l'oiseau] qui est tombé au feu et dont les entrailles ont été roussies (nehmerou) : si elles sont vertes — invalides, si elles sont rouges — valides ; [l'oiseau] qu'on a piétiné, ou jeté contre un mur, ou qu'une bête à écrasé, et [qui est encore] palpitant : s'il a tenu un jour entier (meet le-et) et qu'on l'a abattu — valide.
La michna (voir le schéma de synthèse) énumère les tereifot propres à l'oiseau. Toutes les tereifot de la bête domestique ont leur équivalent chez l'oiseau ; celles-ci sont enseignées pour leur enseignement propre. La trachée tranchée est dite explicitement de peur qu'on ne croie qu'une simple perforation suffit (l'oiseau vit avec un seul siman). Le coup de belette vise la perforation de la membrane (keroum) du cerveau. Les entrailles roussies par le feu : vertes -> invalide, rouges (état normal) -> valide. Après piétinement / choc / écrasement (rissouk evarim), l'oiseau encore palpitant est tereifa, sauf s'il a survécu un jour entier et passe l'examen.
GUEMARA. Rav, Chmouel et Levi, qui disent : on introduit sa main à l'intérieur et l'on examine ; si [la cervelle] sourd et monte (mevatzbetz ve-olé) — tereifa ; sinon — valide.
Comment examiner la membrane après une morsure de belette ? Rav, Chmouel et Levi : on introduit la main dans la bouche de l'oiseau et l'on pousse la cervelle (moah) du doigt vers le haut. Si elle sourd et monte (mevatzbetz ve-olé) par le trou de l'os, c'est que la membrane est percée -> tereifa. Sinon, valide.
Cela va bien selon celui qui dit [qu'elle n'est tereifa] que [si] la membrane inférieure (kerama tataa) est perforée ; mais selon celui qui dit [qu'elle est tereifa dès que] la [membrane] supérieure (ilaa) a été perforée, même si l'inférieure n'a pas été perforée — craignons que peut-être la supérieure ait été perforée [tandis que] l'inférieure ne l'a pas été ! [Réponse :] s'il est vrai que la supérieure a été perforée, l'inférieure, du fait de sa mollesse, se fend immanquablement (agav roukhkheih mippka pakea).
Difficulté sur l'examen à la main. Il y a deux membranes. Pour qui ne déclare tereifa que si la membrane inférieure est percée, l'examen suffit. Mais pour qui déclare tereifa dès que la membrane supérieure est percée — il faudrait craindre que la supérieure soit percée sans que la cervelle ne sourde (l'inférieure restant intacte) ! Réponse : si la supérieure est percée, l'inférieure, molle, se rompt forcément (agav roukhkheih) — donc la cervelle sortira de toute façon.
Zeiri a dit : il n'y a pas d'examen pour [une morsure de] belette, parce que ses dents sont fines (dakot). Et [même] si ses dents sont fines, qu'importe ?
[Forcément un peu de cervelle sourdrait par la perforation !] Rav Ochaaya a dit : parce que ses dents sont fines et recourbées (akoumot).
Zeiri conteste tout examen après morsure de belette : ses dents sont si fines que, même membrane percée, la cervelle pourrait ne pas sourdre à la poussée du doigt. Objection : même fines, un peu de cervelle devrait sourdre. Rav Ochaaya précise : les dents sont fines et recourbées (akoumot) — elles percent en biais, si bien que le trou de l'os ne se trouve pas en face du trou de la membrane, et rien ne peut sortir.
Lorsqu'il monta à Nehardea, [Zeiri] leur envoya [ce message] : les choses que j'ai dites devant vous sont une erreur de ma part ; mais voici ce qu'ils ont dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : on examine [une morsure de] belette à la main (be-yad), mais non au clou (be-mismar) ; et Rabbi Yo'hanan a dit : même au clou.
Zeiri se rétracte depuis Nehardea : son propos était erronne. La tradition correcte, au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : on examine la morsure de belette à la main (en poussant la cervelle), mais non au clou (mismar) — passer la pointe du clou sur la membrane risque de la percer elle-même. Rabbi Yo'hanan permet même le clou.
Et [cela rejoint] la dispute de Rabbi Yehouda et de Rabbi Nehemia : l'un examinait à la main, et l'un examinait à l'aiguille (be-mahta). Celui qui examinait à la main disait à celui qui examinait à l'aiguille : jusqu'à quand consumeras-tu l'argent d'Israël [en faisant jeter de la viande cachere] ?
Celui qui examinait à l'aiguille disait à celui qui examinait à la main : jusqu'à quand feras-tu manger des charognes (nevelot) à Israël ?
La même mahloket se retrouve entre Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia : l'un examine à la main, l'autre à l'aiguille (mahat). L'argument de la main : l'aiguille perce parfois une membrane saine, donc 'tu gaspilles l'argent d'Israël' en faisant écarter de la viande cachere. L'argument de l'aiguille : la main ne détecte pas tout, donc 'tu fais manger des nevelot' [en réalité des tereifot, comme la guemara va corriger].
Des charognes ? Mais [la bête] est abattue [rituellement] !
Plutôt [il faut dire] : des tereifot — car peut-être la membrane du cerveau a-t-elle été perforée.
Correction de la guemara : on ne peut pas dire 'nevelot' (charognes), puisque la bête à bien été abattue rituellement. Il faut lire : 'tu fais manger des tereifot' — car peut-être la membrane du cerveau a-t-elle été percée, et l'examen à la main ne suffit pas à l'exclure (dents fines et recourbées).
Conclus-en (tisstayem) que c'est Rabbi Yehouda qui examinait à la main ; car il est enseigné [dans une braita] : Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Rabbi Yehouda : on examine [une morsure de] belette à la main, mais non au clou. [Et il y est enseigné :] [si] l'os a été brisé, bien que la membrane du cerveau n'ait pas été perforée — [tereifa].
Conclus-en [donc que c'est bien Rabbi Yehouda qui examine à la main].
On conclut (tisstayem) que c'est Rabbi Yehouda qui examine 'à la main' (et non à l'aiguille). Preuve : une braita rapporte au nom de Rabbi Yehouda, par Rabbi Chimon ben Elazar : 'on examine la belette à la main, mais non au clou'. Cette même braita ajoute que l'os brisé, même sans perforation de la membrane, rend tereifa — clause qui va faire difficulté au segment suivant.
Cela même fait difficulté. Tu as dit : 'on examine [une morsure de] belette à la main, mais non au clou' — donc [l'oiseau] a un examen [possible] ; puis tu enseignes : '[si] l'os a été brisé, bien que la membrane du cerveau n'ait pas été perforée [il est tereifa]' — donc [l'oiseau] n'a pas d'examen !
[Réponse :] la sefa, nous arrivons [au cas de] l'oiseau d'eau, puisqu'il n'a pas de membrane. Te viendrait-il à l'esprit qu'il n'a pas de membrane [du tout] ?
Plutôt : puisque sa membrane est molle (rakh).
Contradiction interne à la braita. La recha ('on examine à la main') suppose qu'un examen est possible ; mais la sefa ('os brisé sans perforation -> tereifa') suppose qu'aucun examen ne sert. Réponse : la sefa parle de l'oiseau d'eau (of chel mayim) — non parce qu'il n'aurait aucune membrane (ce serait absurde, on en voit une), mais parce que sa membrane est molle (rakh) : dès que l'os se brise, elle se rompt forcément, donc l'examen est inutile.
Rav Nahman dit à Rav Anan : le Maître a dit [que] Chmouel examine à la main et déclare valide, et Houna notre collègue a dit [que] Rav examine à la main et déclare valide ! Or Levi a enseigné : les tereifot que les Sages ont énumérées pour la bête domestique [ont] leur équivalent dans l'oiseau, [et] en outre l'oiseau [a ceci de] plus : [si] l'os a été brisé, bien que la membrane du cerveau n'ait pas été perforée [il est tereifa] !
Il lui dit : cela [vaut] pour l'oiseau d'eau, puisqu'il n'a pas de membrane. Te viendrait-il à l'esprit qu'il n'a pas de membrane ?
Plutôt : puisque sa membrane est molle.
Même objection sous forme de récit. Rav Nahman s'étonne devant Rav Anan : on rapporte que Chmouel (via Rav Anan) et Rav (via Houna) examinent à la main et déclarent valide [donc l'os brisé seul ne rend pas tereifa] ; or la braita de Levi dit que l'oiseau a en plus la tereifa de l'os brisé sans perforation ! Réponse identique : la braita de Levi vise l'oiseau d'eau, à la membrane molle.
[Il y eut] une certaine poule qui se trouvait dans la maison de Rav Hana ; il l'envoya devant Rav Matna. L'os avait été brisé mais la membrane du cerveau n'avait pas été perforée, et [Rav Matna] la déclara valide.
[Rav Hana] lui dit : or Levi a enseigné : les tereifot que les Sages ont énumérées pour la bête domestique [ont] leur équivalent dans l'oiseau, [et] en outre l'oiseau [a ceci de] plus : [si] l'os a été brisé, bien que la membrane du cerveau n'ait pas été perforée [il est tereifa] ! Il lui dit : là [il s'agit] de l'oiseau d'eau, puisqu'il n'a pas de membrane.
Te viendrait-il à l'esprit qu'il n'a pas de membrane ? Plutôt, dis : puisque sa membrane est molle.
Troisième illustration, en acte. Une poule de la maison de Rav Hana, a l'os brisé mais membrane intacte, est déclarée valide par Rav Matna. Même objection de la braita de Levi, même réponse : la braita parle de l'oiseau d'eau à membrane molle — la poule, oiseau terrestre, ne devient pas tereifa par l'os brisé seul.
Rav Chizvi examinait au soleil (chimcha) ; Rav Yemar examinait à l'eau (maya) ; Rav Aha bar Yaakov examinait
Le daf s'achève sur les procédés pratiques d'examen de la membrane (voir le schéma). Rav Chizvi : au soleil — on regarde à contre-jour, le trou se voit. Rav Yemar : à l'eau — on remplit la membrane d'eau ; si l'eau s'échappe par le coup, la membrane est percée. Rav Aha bar Yaakov examinait [...] — la phrase reste en suspens, la suite est donnée au verso (56b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).