Sougya : La sougya tranche d'abord le statut de la cuisse arrachée (shemoutat yarech) chez la volaille : Rav Huna rapporte au nom de Rav qu'elle est kachère, mais Rav Hiya bar Achi et Rabbi Yo'hanan transmettent l'inverse, et la Guemara conclut que la halakha n'est comme aucun de ces propos — elle est tereifa (preuve : la brebis à la trachée entamée et la poule de Rabbi Chimon ben Halafta n'ont survécu que dans les douze mois). Vient ensuite le portrait de Rabbi Chimon ben Halafta, 'homme d'expériences' (askan be-dvarim) : sa poule au duvet arraché qui régénère des ailes plus fournies (contre Rabbi Yehuda), puis son enquête sur les fourmis pour vérifier le verset de Salomon (Proverbes 6) selon lequel elles n'ont pas de roi — enquête contestée par Rav Aha fils de Rava, qui conclut qu'il vaut mieux se fier à la parole de Salomon.
Enfin, les signes de la tereifa : Rav Huna (douze mois), la braita (qui n'enfante pas ; Rabban Chimon ben Gamliel : amélioration/dépérissement ; Rabbi : trente jours), le cas du crâne perforé d'Inbul, la halakha de Rav Aha bar Yaakov (une tereifa peut enfanter et s'améliorer), et l'amorce d'Ameimar sur les œufs d'une tereifa.
Nous avons eu l'occasion de prendre la parole (petahon pe) devant Rav Huna et nous l'avons interrogé [sur ce sujet], et il nous a dit : une cuisse arrachée (shemoutat yarech) chez la volaille [est] kachère.
Ouverture du récit (à la première personne : Rabbi Abba rapportant à Rabbi Zeira). Il s'agit du statut d'une cuisse arrachée (shemoutat yarech) — le fémur déboîté, sorti de son articulation — chez un oiseau. Première tradition : Rav Huna, au nom de Rav, déclare la volaille kachère.
Et j'ai aussi trouvé Rabbi Yirmeya bar Abba qui siégeait et examinait [la volaille] au faisceau des tendons (tzomet ha-guidin). Et je lui ai posé [cette] difficulté : Maître ne tient-il pas selon ce qu'a dit Rav Huna au nom de Rav, [à savoir que] la cuisse arrachée chez la volaille [est] kachère ?
Il me dit : moi, je connais [la] michna : une bête dont les pattes ont été coupées, [si c'est] depuis le genou (arkouva) et au-dessous — [elle est] kachère ; depuis le genou et au-dessus — [elle est] invalide ; et de même si le faisceau des tendons a été enlevé [elle est tereifa] ; et Rav a dit à ce propos : et il en va de même pour la volaille.
L'auteur trouve Rabbi Yirmeya bar Abba en train d'examiner la volaille au faisceau des tendons (tzomet ha-guidin, le point où se rejoignent les tendons de la patte) — il la traite donc comme susceptible de devenir tereifa, contre la tradition kachère de Rav. Yirmeya répond par la michna (Houlin 76a) : selon l'endroit de la coupe (au-dessus ou au-dessous du genou) et selon l'enlèvement du tzomet ha-guidin, la bête est invalide — et Rav lui-même a étendu cette règle à la volaille.
Et je lui dis : s'il en est ainsi, [il y a] une difficulté [de Rav] sur Rav ! Il garda le silence.
Et je lui [re]posai la difficulté : et peut-être y a-t-il pour Rav une différence entre [une cuisse] arrachée (shemouta) et [une cuisse] coupée (hatoukha) ? Et il me dit : et toi, expliques-tu l'enseignement de Rav [à ta guise] ?
Explicitement Rav a dit : [une cuisse] arrachée — kachère ; [une cuisse] coupée — invalide.
L'auteur soulève une contradiction de Rav avec lui-même : ici Rav déclarerait kachère la cuisse arrachée de la volaille, alors que (selon la michna prolongée par Rav) la patte atteinte au tzomet ha-guidin est tereifa. L'auteur propose de distinguer arrachée (shemouta, déboîtée) et coupée (hatoukha, sectionnée). Yirmeya rejette toute interprétation personnelle : Rav a tranché explicitement — arrachée : kachère ; coupée : invalide.
Et toi, qu'as-tu en main [comme tradition] ? Ainsi a dit Rav Hiya bar Achi au nom de Rav : une cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa ; et de même a dit Rabbi Yaakov bar Idi au nom de Rabbi Yo'hanan : une cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa.
Renversement : on demande à Rabbi Zeira sa propre tradition. Il rapporte l'inverse au nom de Rav (via Rav Hiya bar Achi) : la cuisse arrachée chez la volaille est tereifa ; et Rabbi Yo'hanan (via Rabbi Yaakov bar Idi) tranche de même. La tradition 'kachère' de Rav Huna se trouve ainsi contestée jusque dans la bouche de Rav lui-même.
Et Rabbi Yaakov bar Idi a dit : si Rabbi Yo'hanan s'était trouvé dans le lieu où les confrères (havrouta) avaient statué pour permettre [la chose], il n'aurait pas bronché (lo pirkes). Car Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi : une cuisse arrachée chez la volaille [est] kachère.
Et Rabbi Hanina avait une poule dont la cuisse s'était arrachée, et il l'apporta devant Rabbi, qui la lui permit ; et Rabbi Hanina la sala, et il enseignait [d'après] elle la halakha aux élèves : 'celle-ci, Rabbi me l'a permise ; celle-ci, Rabbi me l'a permise.'
Rabbi Yaakov bar Idi nuance : si Rabbi Yo'hanan avait vécu là où les anciens Sages (havrouta, les confrères, les grands de la génération précédente) avaient permis, il n'aurait pas protesté (lo pirkes : il n'aurait même pas remué une aile pour contester, par déférence). Preuve : Rabbi Hanina au nom de Rabbi déclare la cuisse arrachée de la volaille kachère ; il en garda d'ailleurs une poule salée (pour la conserver) qu'il montrait aux élèves comme témoignage de la permission reçue de Rabbi.
Et la halakha n'est comme aucun de ces enseignements, mais comme ceci, [à savoir ce] que Rabbi Yossei ben Nehorai demanda à Rabbi Yehochoua ben Levi : la trachée (kaneh) entamée [en cratère], de combien [devient-elle tereifa] ? Il lui dit : nous avons appris une michna complète (michna chelema) : jusqu'à [un trou] comme l'issar italien.
Il lui dit : mais n'y avait-il pas une brebis dans notre quartier dont la trachée s'était entamée, et on lui fit des membranes [un opercule] de roseau, et elle vécut !
Conclusion halakhique : la halakha n'est comme aucun des propos précédents (donc : cuisse arrachée = tereifa). On l'établit à partir d'un autre échange. Rabbi Yossei ben Nehorai interroge sur la trachée entamée (kaneh, qadirat kaneh : une portion creusée en forme d'ouverture) — à partir de quelle taille la bête est-elle tereifa ? Réponse par une michna complète (Houlin 54a) : à partir d'un trou de la taille de l'issar italien (petite pièce). Objection : une brebis du quartier, la trachée entamée au-delà, a survécu grâce à un opercule de roseau — preuve apparente qu'un tel trou n'est pas mortel.
Il lui dit : et est-ce là-dessus que tu t'appuies ? Mais n'est-ce pas une halakha répandue en Israël [que] la cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa — et [pourtant] Rabbi Chimon ben Halafta avait une poule dont la cuisse s'était arrachée, et on lui fit un tube (chefoferet) de roseau, et elle vécut !
Or que dois-tu dire [pour expliquer cela] ? Que c'était dans les douze mois [et qu'ensuite elle mourut] ; ici aussi, c'était dans les douze mois [et la brebis mourut ensuite].
Réfutation de l'objection : la survie n'est pas une preuve. De même qu'il est de halakha répandue que la cuisse arrachée de la volaille est tereifa, et que pourtant la poule de Rabbi Chimon ben Halafta, soutenue d'un tube de roseau, a survécu — on doit dire qu'elle n'a vécu que dans les douze mois (une tereifa ne dépasse pas un an). De même pour la brebis à la trachée entamée : sa survie passagère n'infirme pas le statut de tereifa, car elle est morte dans l'année.
On a dit de Rabbi Chimon ben Halafta qu'il était homme d'expériences (askan be-dvarim), et il faisait une chose pour ôter de l'esprit de Rabbi Yehouda [son opinion], car Rabbi Yehouda disait : si le duvet (notza) a été enlevé, [la volaille est] invalide. Et Rabbi Chimon ben Halafta avait une poule dont le duvet avait été enlevé, et il la mit dans un four [tiède], et il l'enveloppa dans un chiffon de chaudronniers (matlit chel tarsiyim), et elle fit pousser des ailes postérieures plus [fournies] que les premières.
Portrait de Rabbi Chimon ben Halafta, l'homme d'expériences (askan be-dvarim) : il menait des vérifications concrètes pour réfuter Rabbi Yehouda. Celui-ci tenait que la volaille dont le duvet (notza) a été arraché est tereifa [parce qu'elle ne survivrait pas]. Pour le contredire, Rabbi Chimon plaça une poule déplumée dans un four tiède, l'enveloppa dans un chiffon de chaudronniers (cuir épais et toujours chaud), et elle régénéra un plumage encore plus fourni.
Et peut-être Rabbi Yehouda tient-il [qu']une tereifa peut s'améliorer (machbahat) ? Si c'est ainsi, dans la chose même par laquelle elle est devenue tereifa, [à-t-on jamais vu] qu'elle ait fait pousser des ailes postérieures plus [fournies] que les premières ?!
Objection au raisonnement précédent : peut-être Rabbi Yehouda admet-il qu'une tereifa peut s'améliorer (machbahat) en général — auquel cas la régénération ne prouverait rien. Réponse : même s'il l'admet pour d'autres organes, jamais l'amélioration ne se produit dans l'organe même par lequel la bête est devenue tereifa ; or ici les ailes (l'organe lésé) ont repoussé plus fournies — donc Rabbi Yehouda est bien réfuté.
Qu'est-ce que [signifie] 'homme d'expériences' (askan be-dvarim) ? Rav Mecharchia a dit : car il est écrit : 'va vers la fourmi, paresseux, vois ses voies et deviens sage ; elle qui n'a ni chef, ni surveillant, ni gouverneur, prépare en été son pain' (Proverbes 6:6-8).
[Rabbi Chimon ben Halafta] dit : j'irai voir si c'est bien certain qu'elles n'ont pas de roi !
D'où vient le titre d'homme d'expériences ? Du verset de Salomon (Proverbes 6) qui dit que la fourmi n'a 'ni chef, ni surveillant, ni gouverneur'. Rabbi Chimon ben Halafta ne se contente pas d'admettre la parole de Salomon : il décide d'aller vérifier expérimentalement que les fourmis n'ont effectivement pas de roi.
Il alla à la saison de Tamouz [l'été], il étendit son manteau sur le nid des fourmis (kina de-choumchemanei). L'une d'elles sortit [et] vint ; il posa sur elle un signe [une marque].
Elle entra [et] leur dit : 'l'ombre est tombée.' Elles sortirent [et] vinrent ; il souleva son manteau, [et] le soleil tomba [sur elles]. Elles se jetèrent sur elle [la fourmi marquée] et la tuèrent.
Il dit : apprends de là qu'elles n'ont pas de roi ; car si elles en avaient un, n'auraient-elles pas requis l'autorisation du roi (harmana de-malka) [avant de tuer leur semblable] ?
Le protocole de l'expérience (voir le schéma). En plein été (Tamouz), il étend son manteau sur la fourmilière ; une fourmi sort, qu'il marque. Elle annonce aux autres : 'l'ombre est tombée', et toutes sortent. Il retire le manteau : le soleil revient, et les fourmis, trompées, tuent celle qui les a (involontairement) abusées. Conclusion : pas de roi — car sous un roi, on n'exécute pas un sujet sans l'autorisation royale (harmana de-malka), ce qui aurait pris du temps.
Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : mais peut-être un roi était-il avec elles [à ce moment, et il [le] leur a permis] ? Ou bien encore, [peut-être] tenaient-elles [déjà] l'autorisation du roi (harmana de-malka) ?
Ou bien encore, [peut-être] était-ce [un temps] entre un roi et un roi [un interrègne], comme il est écrit : 'en ces jours-là il n'y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui [était] droit à ses yeux' (Juges 17:6) ? Plutôt, appuie-toi sur la parole [digne de foi] de Salomon [qui affirme qu'elles n'ont pas de roi].
Rav Aha fils de Rava conteste la valeur probante de l'expérience : la mise à mort de la fourmi peut s'expliquer autrement qu'en l'absence de roi — peut-être le roi était présent et l'a permise ; peut-être détenaient-elles déjà une autorisation permanente (tuer quiconque trompe son prochain) ; peut-être était-ce un interrègne (comme aux jours des Juges, 'chacun faisait ce qui était droit à ses yeux'). Conclusion : l'expérience ne tranche pas — mieux vaut se fier à la parole de Salomon.
Rav Huna a dit : le signe d'une tereifa — douze mois [de survie indiquent qu'elle est kachère]. On objecte : le signe d'une tereifa — toute [bête] qui n'enfante pas.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : [si] elle va s'améliorant — il est établi qu'elle [est] kachère ; [si] elle va dépérissant — il est établi qu'elle [est] tereifa. Rabbi dit : le signe d'une tereifa — trente jours.
Ils lui dirent : mais beaucoup [de tereifot] se maintiennent deux [ou] trois ans !
Les signes de la tereifa (voir le schéma). Rav Huna : une bête dont le statut est douteux et qui survit douze mois est kachère. Objection à partir d'une braita aux positions multiples : un Tana anonyme dit que la tereifa est celle qui n'enfante pas ; Rabban Chimon ben Gamliel juge à l'amélioration (kachère) ou au dépérissement (tereifa) ; Rabbi fixe le seuil à trente jours. À Rabbi on objecte que beaucoup de tereifot vivent deux ou trois ans — aucune de ces positions ne correspond exactement aux douze mois de Rav Huna.
[La divergence avec Rav Huna] relève [d'un différend entre] Tanaim, car il est enseigné : et dans le crâne (goulgolet), [la bête est tereifa] dès lors qu'il s'y trouve un seul trou allongé ; [et] même [si] de nombreux trous [s'y trouvent], ils se cumulent pour [former la mesure d']un plein [trou de] foret (meqdeah). Rabbi Yossei ben ha-Mechoulam dit : [il y eut] un fait à Inbul, au sujet de quelqu'un dont le crâne s'était creusé [perdant un morceau], et on lui fit un colmatage (hidouk) de calebasse, et il vécut [donc un manque au crâne ne rendrait pas tereifa].
Rabbi Chimon ben Elazar lui dit : [apportes-tu] une preuve de là ? C'était les jours d'été, et dès que passèrent sur lui les jours de froid, il mourut aussitôt.
La Guemara explique que la position de Rav Huna relève d'un différend tannaitique. Braita sur le crâne (goulgolet) : un trou allongé, ou plusieurs trous cumulés atteignant la mesure d'un trou de foret, rend tereifa. Rabbi Yossei ben ha-Mechoulam objecte par le cas d'Inbul : un homme au crâne troué, colmaté d'un morceau de calebasse, a survécu — donc un manque au crâne ne serait pas mortel. Rabbi Chimon ben Elazar réfute : il n'a vécu que l'été, et a péri dès l'arrivée du froid — d'où le critère de survie à travers été et hiver (douze mois), qui rejoint Rav Huna.
Rav Aha bar Yaakov a dit, [c'est] la halakha : une tereifa enfante et s'améliore. Ameimar a dit : ces œufs (beie) d'une tereifa [...]
Tranche pratique : Rav Aha bar Yaakov fixe la halakha — une tereifa peut enfanter et s'améliorer ; ni l'enfantement ni le mieux-être ne prouvent donc qu'une bête n'est pas tereifa (ce qui écarte les critères fondés sur l'enfantement ou l'amélioration). Puis Ameimar ouvre une nouvelle question — celle des œufs d'une [poule] tereifa — dont le développement se poursuit au daf suivant (58a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).