Chullin 57b — la cuisse arrachée de la volaille, les guérisons de Rabbi Chimon ben Halafta, et les signes de la tereifa

Chullin 57b

Sougya : La sougya tranche d'abord le statut de la cuisse arrachée (shemoutat yarech) chez la volaille : Rav Huna rapporte au nom de Rav qu'elle est kachère, mais Rav Hiya bar Achi et Rabbi Yo'hanan transmettent l'inverse, et la Guemara conclut que la halakha n'est comme aucun de ces propos — elle est tereifa (preuve : la brebis à la trachée entamée et la poule de Rabbi Chimon ben Halafta n'ont survécu que dans les douze mois). Vient ensuite le portrait de Rabbi Chimon ben Halafta, 'homme d'expériences' (askan be-dvarim) : sa poule au duvet arraché qui régénère des ailes plus fournies (contre Rabbi Yehuda), puis son enquête sur les fourmis pour vérifier le verset de Salomon (Proverbes 6) selon lequel elles n'ont pas de roi — enquête contestée par Rav Aha fils de Rava, qui conclut qu'il vaut mieux se fier à la parole de Salomon.

Enfin, les signes de la tereifa : Rav Huna (douze mois), la braita (qui n'enfante pas ; Rabban Chimon ben Gamliel : amélioration/dépérissement ; Rabbi : trente jours), le cas du crâne perforé d'Inbul, la halakha de Rav Aha bar Yaakov (une tereifa peut enfanter et s'améliorer), et l'amorce d'Ameimar sur les œufs d'une tereifa.

Cuisse arrachée (shemoutat yarech) dans la volaille : kacher ou tereifa ? Position KACHER Rav Houna au nom de Rav ; Rabbi Hanina au nom de Rabbi (la poule salée montrée aux élèves) Position TEREIFA Rav Hiya bar Achi au nom de Rav ; Rabbi Yaakov bar Idi au nom de R. Yo'hanan (halakha répandue en Israël) Contradiction de Rav avec lui-même (segment 2) arrachée (shemouta) = kacher ; coupée (hatoukha) = invalide -> pas de conciliation Conclusion (segment 5) : la halakha n'est comme AUCUN de ces propos -> cuisse arrachée dans la volaille : tereifa
La cuisse arrachée dans la volaille (segments 0-6) : les deux traditions opposées au nom de Rav, sa contradiction interne, et la conclusion tereifa.
L'expérience de la fourmilière (R. Chimon b. Halafta) vérifier Proverbes 6 : 'sans chef, surveillant ni gouverneur' -> les fourmis ont-elles un roi ? 1. L'ombre il étend son manteau sur le nid (chaleur de Tamouz) une fourmi sort, marquée 2. Le cri elle rentre : 'l'ombre est tombée !' toutes sortent 3. Le soleil il lève le manteau, le soleil tombe ; elles tuent la menteuse Conclusion pas de roi : sinon il faudrait son autorisation (harmana) pour tuer Objection de Rav Aha b. Rava : peut-être roi présent, ou interrègne -> mieux vaut se fier à Salomon
L'expérience de Rabbi Chimon ben Halafta sur les fourmis (segments 9-11) : le protocole, la conclusion, et l'objection de Rav Aha fils de Rava.
Quel est le signe d'une tereifa ? (segments 12-14) Rav Houna survit 12 mois -> kachère (comme R. Chimon b. Elazar) Tana anonyme tout [animal] qui n'enfante pas (rejeté : halakha = elle enfante) R. Chimon b. Gamliel s'améliore -> kachère dépérit -> tereifa Rabbi survit 30 jours -> kachère (objecte : bcp vivent 2-3 ans) Halakha (Rav Aha bar Yaakov) : une tereifa peut enfanter et s'améliorer -> ni l'enfantement ni l'amélioration ne prouvent qu'elle n'est pas tereifa
Les signes de la tereifa (segments 12-14) : les positions des Tanaim et la halakha retenue.
1
הֲוָה לַן פִּתְחוֹן פֶּה קַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא וּשְׁאֵילְנֵיהּ, וַאֲמַר לָן: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף כְּשֵׁירָה.

Nous avons eu l'occasion de prendre la parole (petahon pe) devant Rav Huna et nous l'avons interrogé [sur ce sujet], et il nous a dit : une cuisse arrachée (shemoutat yarech) chez la volaille [est] kachère.

📜 Rachi (1)
הֲוָה לַן פִּתְחוֹן פֶּה קַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא כְּלוֹמַר הֻוזְקַקְנוּ לְדַבֵּר בְּשֶׁמּוֹטַת יֶרֶךְ לִפְנֵי רַב הוּנָא וְאָמַר לָן כְּשֵׁרָה וְאַחֲרֵי כֵּן אַשְׁכַּחְתֵּיהּ לְרַב יִרְמְיָה כו':
Nous avons eu l'occasion de prendre la parole devant Rav Huna — c'est-à-dire : nous avons été amenés à parler de la cuisse arrachée devant Rav Huna, et il nous a dit [qu'elle est] kachère ; et après cela j'ai trouvé Rav Yirmeya etc.
💡 Explication

Ouverture du récit (à la première personne : Rabbi Abba rapportant à Rabbi Zeira). Il s'agit du statut d'une cuisse arrachée (shemoutat yarech) — le fémur déboîté, sorti de son articulation — chez un oiseau. Première tradition : Rav Huna, au nom de Rav, déclare la volaille kachère.

2
וְאַשְׁכַּחְתֵּיהּ נָמֵי לְרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא דְּיָתֵיב וְקָא בָדֵיק בְּצוֹמֵת הַגִּידִין, וְאַקְשִׁי לֵיהּ: לָא סָבַר לַהּ מָר הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף כְּשֵׁרָה? אֲמַר לִי: אֲנָא מַתְנִיתִין יָדַעְנָא: בְּהֵמָה שֶׁנֶּחְתְּכוּ רַגְלֶיהָ, מִן הָאַרְכֻּובָּה וּלְמַטָּה – כְּשֵׁרָה, מִן הָאַרְכֻּובָּה וּלְמַעְלָה – פְּסוּלָה, וְכֵן שֶׁנִּיטַּל צֹומֶת הַגִּידִין, וְאָמַר רַב עֲלָהּ: וְכֵן בָּעוֹף.

Et j'ai aussi trouvé Rabbi Yirmeya bar Abba qui siégeait et examinait [la volaille] au faisceau des tendons (tzomet ha-guidin). Et je lui ai posé [cette] difficulté : Maître ne tient-il pas selon ce qu'a dit Rav Huna au nom de Rav, [à savoir que] la cuisse arrachée chez la volaille [est] kachère ?

Il me dit : moi, je connais [la] michna : une bête dont les pattes ont été coupées, [si c'est] depuis le genou (arkouva) et au-dessous — [elle est] kachère ; depuis le genou et au-dessus — [elle est] invalide ; et de même si le faisceau des tendons a été enlevé [elle est tereifa] ; et Rav a dit à ce propos : et il en va de même pour la volaille.

💡 Explication

L'auteur trouve Rabbi Yirmeya bar Abba en train d'examiner la volaille au faisceau des tendons (tzomet ha-guidin, le point où se rejoignent les tendons de la patte) — il la traite donc comme susceptible de devenir tereifa, contre la tradition kachère de Rav. Yirmeya répond par la michna (Houlin 76a) : selon l'endroit de la coupe (au-dessus ou au-dessous du genou) et selon l'enlèvement du tzomet ha-guidin, la bête est invalide — et Rav lui-même a étendu cette règle à la volaille.

3
וְאָמְרִי לֵיהּ: אִי הָכִי, קַשְׁיָא דְּרַב אַדְּרַב! אִישָּׁתֵיק, וְאַקְשִׁי לֵיהּ: וְדִלְמָא שָׁנֵי לֵיהּ לְרַב בֵּין שְׁמוּטָה לַחֲתוּכָה? וַאֲמַר לִי: וְאַתְּ מְפָרְשַׁתְּ שְׁמַעְתֵּיהּ דְּרַב? בְּפֵירוּשׁ אָמַר רַב: שְׁמוּטָה – כְּשֵׁרָה, חֲתוּכָה – פְּסוּלָה.

Et je lui dis : s'il en est ainsi, [il y a] une difficulté [de Rav] sur Rav ! Il garda le silence.

Et je lui [re]posai la difficulté : et peut-être y a-t-il pour Rav une différence entre [une cuisse] arrachée (shemouta) et [une cuisse] coupée (hatoukha) ? Et il me dit : et toi, expliques-tu l'enseignement de Rav [à ta guise] ?

Explicitement Rav a dit : [une cuisse] arrachée — kachère ; [une cuisse] coupée — invalide.

💡 Explication

L'auteur soulève une contradiction de Rav avec lui-même : ici Rav déclarerait kachère la cuisse arrachée de la volaille, alors que (selon la michna prolongée par Rav) la patte atteinte au tzomet ha-guidin est tereifa. L'auteur propose de distinguer arrachée (shemouta, déboîtée) et coupée (hatoukha, sectionnée). Yirmeya rejette toute interprétation personnelle : Rav a tranché explicitement — arrachée : kachère ; coupée : invalide.

4
וְאַתְּ, מַה בְּיָדְךָ? הָכִי אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף טְרֵפָה, וְכֵן אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף טְרֵפָה.

Et toi, qu'as-tu en main [comme tradition] ? Ainsi a dit Rav Hiya bar Achi au nom de Rav : une cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa ; et de même a dit Rabbi Yaakov bar Idi au nom de Rabbi Yo'hanan : une cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa.

📜 Rachi (1)
וְאֶת מַה בְּיָדְךָ עַכְשָׁיו אֱמֹור לִי אַתָּה אִם שָׁמַעְתָּ בָּהּ כְּלוּם אַחַר שֶׁבָּאתָ הֲלוֹם:
Et toi, qu'as-tu en main — maintenant, dis-moi, toi, si tu as entendu quelque chose à ce sujet depuis que tu es venu ici.
💡 Explication

Renversement : on demande à Rabbi Zeira sa propre tradition. Il rapporte l'inverse au nom de Rav (via Rav Hiya bar Achi) : la cuisse arrachée chez la volaille est tereifa ; et Rabbi Yo'hanan (via Rabbi Yaakov bar Idi) tranche de même. La tradition 'kachère' de Rav Huna se trouve ainsi contestée jusque dans la bouche de Rav lui-même.

5
וְאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: אִילְמָלֵי הֲוָה רַבִּי יוֹחָנָן בְּאַתְרָא דְּאוֹרוֹ בַּהּ חַבְרָוָותָא לְהֶתֵּירָא, לָא פַּרְכֵּיס. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא אָמַר רַבִּי: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף כְּשֵׁרָה. וְתַרְנְגֹולֶת הָיְתָה לוֹ לְרַבִּי חֲנִינָא שֶׁנִּשְׁמְטָה יָרֵךְ שֶׁלָּהּ, וֶהֱבִיאָהּ לִפְנֵי רַבִּי וְהִתִּירָהּ לוֹ, וּמָלְחָה רַבִּי חֲנִינָא, וַהֲוָה מוֹרֵי בַּהּ הֲלָכָה לַתַּלְמִידִים: זֶה הִתִּיר לִי רַבִּי, זֶה הִתִּיר לִי רַבִּי.

Et Rabbi Yaakov bar Idi a dit : si Rabbi Yo'hanan s'était trouvé dans le lieu où les confrères (havrouta) avaient statué pour permettre [la chose], il n'aurait pas bronché (lo pirkes). Car Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi : une cuisse arrachée chez la volaille [est] kachère.

Et Rabbi Hanina avait une poule dont la cuisse s'était arrachée, et il l'apporta devant Rabbi, qui la lui permit ; et Rabbi Hanina la sala, et il enseignait [d'après] elle la halakha aux élèves : 'celle-ci, Rabbi me l'a permise ; celle-ci, Rabbi me l'a permise.'

📜 Rachi (3)
חֲבָרוֹותָא חֲבֵרִים:
Les confrères (havrouta) — les compagnons.
לָא פַּרְכֵּיס לֹא הָיָה יָכוֹל לָנוּד כָּנָף וּלְקַנְתֵּר אֲפִילּוּ רֶמֶז דָּבָר מִתּוֹךְ שֶׁגְּדוֹלִים הֵם וְיֵשׁ לוֹ לִירֹא מֵהֶם אִם הָיָה אֶצְלָם:
Il n'aurait pas bronché — il n'aurait pu remuer une aile ni contester, ni même [d'un] signe [évoquer] la chose, du fait que [ce sont] de grands [maîtres] et qu'il avait à les craindre, s'il s'était trouvé auprès d'eux.
וּמָלְחָה רַבִּי חֲנִינָא כְּדֵי לְהִתְקַייֵּם וְיוּכַל לְהַרְאוֹת יָמִים רַבִּים:
Et Rabbi Hanina la sala — afin qu'elle se conserve et qu'il puisse la montrer de longs jours.
💡 Explication

Rabbi Yaakov bar Idi nuance : si Rabbi Yo'hanan avait vécu là où les anciens Sages (havrouta, les confrères, les grands de la génération précédente) avaient permis, il n'aurait pas protesté (lo pirkes : il n'aurait même pas remué une aile pour contester, par déférence). Preuve : Rabbi Hanina au nom de Rabbi déclare la cuisse arrachée de la volaille kachère ; il en garda d'ailleurs une poule salée (pour la conserver) qu'il montrait aux élèves comme témoignage de la permission reçue de Rabbi.

6
וְלֵית הִלְכְתָא כְּכָל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא, אֶלָּא כִּי הָא דִּשְׁאֵל רַבִּי יוֹסֵי בֶּן נְהוֹרַאי אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: קְדֵירַת קָנֶה בְּכַמָּה? אָמַר לוֹ: מִשְׁנָה שְׁלֵמָה שָׁנִינוּ, עַד כְּאִיסָּר הָאִיטַלְקִי. אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא רָחֵל אַחַת הָיְתָה בִּשְׁכוּנָתֵנוּ שֶׁנִּקְדַּר קָנֶה שֶׁלָּהּ, וְעָשׂוּ לָהּ קְרוּמִין שֶׁל קָנֶה וְחָיְתָה!

Et la halakha n'est comme aucun de ces enseignements, mais comme ceci, [à savoir ce] que Rabbi Yossei ben Nehorai demanda à Rabbi Yehochoua ben Levi : la trachée (kaneh) entamée [en cratère], de combien [devient-elle tereifa] ? Il lui dit : nous avons appris une michna complète (michna chelema) : jusqu'à [un trou] comme l'issar italien.

Il lui dit : mais n'y avait-il pas une brebis dans notre quartier dont la trachée s'était entamée, et on lui fit des membranes [un opercule] de roseau, et elle vécut !

📜 Rachi (4)
וְלֵית הִלְכְתָא כְּכָל הָנֵי דְּשָׁרוּ שֶׁמּוֹטַת יָרֵךְ בָּעוֹף:
Et la halakha n'est comme aucun de ces [propos] — [de ceux] qui permettent la cuisse arrachée chez la volaille.
אֶלָּא כִּי הָא דְּקָתָנֵי וַהֲלֹא הֲלָכָה רוֹוַחַת הִיא שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף טְרֵפָה:
Mais comme ceci — [comme ce] qui est enseigné 'or n'est-ce pas une halakha répandue [que] la cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa'.
קְדֵירַת קָנֶה קָנֶה שֶׁנִּקְדַּר מִמֶּנָּה חֲתִיכָה כְּמִין אֲרֻובָּה:
Trachée entamée (qadirat kaneh) — une trachée dont on a entaillé un morceau en forme d'ouverture (arouba).
קְרוּמִית רְחָבָה וּסְתָמוּהוּ בָּהּ:
Membrane (qeroumit) — large, et ils l'en bouchent.
💡 Explication

Conclusion halakhique : la halakha n'est comme aucun des propos précédents (donc : cuisse arrachée = tereifa). On l'établit à partir d'un autre échange. Rabbi Yossei ben Nehorai interroge sur la trachée entamée (kaneh, qadirat kaneh : une portion creusée en forme d'ouverture) — à partir de quelle taille la bête est-elle tereifa ? Réponse par une michna complète (Houlin 54a) : à partir d'un trou de la taille de l'issar italien (petite pièce). Objection : une brebis du quartier, la trachée entamée au-delà, a survécu grâce à un opercule de roseau — preuve apparente qu'un tel trou n'est pas mortel.

7
אָמַר לוֹ: וְעַל דָּא אַתְּ סָמֵיךְ? וַהֲלֹא הֲלָכָה רוֹוַחַת בְּיִשְׂרָאֵל: שְׁמוּטַת יָרֵךְ בָּעוֹף טְרֵפָה, וְתַרְנְגֹולֶת הָיְתָה לוֹ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא שֶׁנִּשְׁמְטָה יָרֵךְ שֶׁלָּהּ, וְעָשׂוּ לָהּ שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל קָנֶה וְחָיְתָה! אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר: תּוֹךְ שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ הֲוָה, הָכָא נָמֵי תּוֹךְ שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ הֲוָה.

Il lui dit : et est-ce là-dessus que tu t'appuies ? Mais n'est-ce pas une halakha répandue en Israël [que] la cuisse arrachée chez la volaille [est] tereifa — et [pourtant] Rabbi Chimon ben Halafta avait une poule dont la cuisse s'était arrachée, et on lui fit un tube (chefoferet) de roseau, et elle vécut !

Or que dois-tu dire [pour expliquer cela] ? Que c'était dans les douze mois [et qu'ensuite elle mourut] ; ici aussi, c'était dans les douze mois [et la brebis mourut ensuite].

📜 Rachi (3)
וְעַל דָּא אַתְּ סָמֵיךְ מִפְּנֵי שֶׁרָאִיתָ שֶׁחָיְתָה הַמַּכָּה אַתָּה סוֹמֵךְ לְהַתִּיר וַהֲלֹא הֲלָכָה כו':
Et est-ce là-dessus que tu t'appuies — parce que tu as vu que la plaie a guéri, tu t'appuies [dessus] pour permettre ; or n'est-ce pas une halakha etc.
רוֹוַחַת כְּבָר נִתְפַּשְּׁטָה וְנִתְרַוְּוחָה לִנְהֹוג:
Répandue (revaha) — [elle s']est déjà propagée et répandue [au point] d'être en usage.
תּוֹךְ י"ב חֹדֶשׁ חָיְתָה הַמַּכָּה וּלְסוֹף י"ב חֹדֶשׁ מֵתָה דִּטְרֵפָה עַד י"ב חֹדֶשׁ חָיָה:
Dans les douze mois — la plaie guérit, et au terme des douze mois elle mourut, car une tereifa vit jusqu'à douze mois.
💡 Explication

Réfutation de l'objection : la survie n'est pas une preuve. De même qu'il est de halakha répandue que la cuisse arrachée de la volaille est tereifa, et que pourtant la poule de Rabbi Chimon ben Halafta, soutenue d'un tube de roseau, a survécu — on doit dire qu'elle n'a vécu que dans les douze mois (une tereifa ne dépasse pas un an). De même pour la brebis à la trachée entamée : sa survie passagère n'infirme pas le statut de tereifa, car elle est morte dans l'année.

8
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא שֶׁעַסְקָן בִּדְבָרִים הָיָה, וְהָיָה עוֹשֶׂה דָּבָר לְהוֹצִיא מִלִּבּוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה, שֶׁהָיָה רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם נִיטְּלָה הַנּוֹצָה פְּסוּלָה. וְתַרְנְגֹולֶת הָיְתָה לוֹ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא שֶׁנִּיטְּלָה נוֹצָה שֶׁלָּהּ, וְהִנִּיחָהּ בְּתַנּוּר, וְטָלָה עָלֶיהָ בְּמַטְלִית שֶׁל טַרְסִיִּים, וְגִידְּלָה כְּנָפַייִם הָאַחֲרוֹנִים יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹנִים.

On a dit de Rabbi Chimon ben Halafta qu'il était homme d'expériences (askan be-dvarim), et il faisait une chose pour ôter de l'esprit de Rabbi Yehouda [son opinion], car Rabbi Yehouda disait : si le duvet (notza) a été enlevé, [la volaille est] invalide. Et Rabbi Chimon ben Halafta avait une poule dont le duvet avait été enlevé, et il la mit dans un four [tiède], et il l'enveloppa dans un chiffon de chaudronniers (matlit chel tarsiyim), et elle fit pousser des ailes postérieures plus [fournies] que les premières.

📜 Rachi (2)
וְהָיָה עוֹשֶׂה דָּבָר כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן לְהוֹצִיא מִלִּבּוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה:
Et il faisait une chose — comme [le texte l']explique plus loin, pour ôter de l'esprit de Rabbi Yehouda.
וְטָלָה עָלֶיהָ בְּמַטְלִית שֶׁל טַרְסִיִּים כִּרְכָּהּ בְּמַטְלִית שֶׁל צוֹרְפֵי נְחֹשֶׁת שֶׁנּוֹתְנִים לִפְנֵיהֶם לְקַבֵּל עַפְרוּרִית שַׁחֲקֵי נְחֹשֶׁת וְשֶׁל עוֹר הִיא וְתָמִיד הִיא חַמָּה מִתּוֹךְ עָובְיָהּ וְגַם הַנְּחֹושֶׁת מְחַמֵּם לְעוֹלָם:
Et il l'enveloppa dans un chiffon de chaudronniers — il l'entoura d'un chiffon de fondeurs de cuivre, [chiffon] qu'ils placent devant eux pour recueillir la poussière des limailles de cuivre ; il est de cuir et toujours chaud du fait de son épaisseur, et le cuivre aussi chauffe en permanence.
🗂️ Tossefot (1)
מַטְלִית שֶׁל טַרְסִיִּים פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס צוֹרְפֵי נְחֹשֶׁת וְכֵן פֵּירֵשׁ הֶעָרוּךְ וְהֵבִיא רְאָיָה דְּאָמַר בִּמְגִילָּה פֶּרֶק בְּנֵי הָעִיר (מְגִילָּה דַּף כו.) מַעֲשֶׂה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁל טֻרְסִיִּים שֶׁהָיְתָה בִּירוּשָׁלַיִם וּבְנָזִיר פֶּרֶק ג' (דַּף נב.) מַעֲשֶׂה שֶׁהֵבִיא קֻופָּה מְלֵאָה עֲצָמוֹת מִכְּפַר טַבְיָא לְבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁל טַרְסִיִּים פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ וּמִסְּתָמָא מִפְּנֵי שֶׁצּוֹרְפֵי נְחֹושֶׁת מְזֹוהָמִים כְּבֻּורְסְקִי וְעַל כֵּן הָיָה לָהֶם ביהכ"נ לְבַד ובפ"ק דע"ז (דַּף יז:) חָכָם שֶׁל טַרְסִיִּים אֲנִי אַיְיתוֹ לֵיהּ תְּרֵי קִיבּוּרֵי חַד דְּשִׁיתְיָא וַחֲדָא דְּעִרְבָּא מַשְׁמַע דְּטַרְסִי וְגַרְדֵי חֲדָא הוּא וְקָשֶׁה דִּבְפֶ' הֶחָלִיל (סֻוכָּה נא:) מַשְׁמַע דְּגַרְדִּיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן וְטַרְסִיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן וְעוֹד דְּאָמְרִי' בָּאַגָּדָה דִּמְגִילָּה (דַּף יג:) בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שְׁנֵי טַרְסִיִּים הָיוּ וְהָיוּ מְסַפְּרִים בִּלְשׁוֹן טַרְסִיִּים מַשְׁמַע שֶׁהִיא אֻומָּה שֶׁיֵּשׁ לָהּ לָשׁוֹן בִּפְנֵי עַצְמָהּ:
Chiffon de chaudronniers (matlit chel tarsiyim) — l'explication du Qountres [Rachi] : fondeurs de cuivre, et de même a expliqué le Aroukh, qui apporte une preuve : car il est dit dans Meguila, au chapitre Benei ha-Ir (Meguila 26a), [un] fait au sujet de la synagogue des tarsiyim qui était à Jérusalem ; et dans Nazir, au chapitre 3 (52a), [un] fait : on apporta une corbeille pleine d'ossements du village de Tivya à la synagogue des tarsiyim — expliqué le Aroukh ; et vraisemblablement, parce que les fondeurs de cuivre sont malodorants comme les tanneurs (bourseqi), ils avaient pour cette raison une synagogue à part. Et au chapitre 1 de Avoda Zara (17b) : '[je suis] sage des tarsiyim ; on lui apporta deux pelotes, l'une de chaîne et l'une de trame' — ce qui implique que tarsi et tisserand (gardi) [seraient] une seule [chose]. Et [c'est] difficile, car au chapitre Hé-Halil (Soukka 51b) il ressort que les tisserands [sont] à part et les tarsiyim à part ; et en outre nous disons dans l'aggada de Meguila (13b) [que] Bigtan et Teresh étaient deux tarsiyim et qu'ils parlaient la langue des tarsiyim — ce qui implique [que c']est une nation qui a une langue à part.
💡 Explication

Portrait de Rabbi Chimon ben Halafta, l'homme d'expériences (askan be-dvarim) : il menait des vérifications concrètes pour réfuter Rabbi Yehouda. Celui-ci tenait que la volaille dont le duvet (notza) a été arraché est tereifa [parce qu'elle ne survivrait pas]. Pour le contredire, Rabbi Chimon plaça une poule déplumée dans un four tiède, l'enveloppa dans un chiffon de chaudronniers (cuir épais et toujours chaud), et elle régénéra un plumage encore plus fourni.

9
וְדִלְמָא קָסָבַר רַבִּי יְהוּדָה טְרֵפָה מַשְׁבַּחַת? אִם כֵּן, בְּמִידֵּי דְּמִיטַּרְפָא בָּהּ – הִגְדִּילָה כְּנָפַייִם הָאַחֲרוֹנִים יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹנִים?!

Et peut-être Rabbi Yehouda tient-il [qu']une tereifa peut s'améliorer (machbahat) ? Si c'est ainsi, dans la chose même par laquelle elle est devenue tereifa, [à-t-on jamais vu] qu'elle ait fait pousser des ailes postérieures plus [fournies] que les premières ?!

📜 Rachi (1)
בְּמִידֵּי דְּמִיטַּרְפָא בָּהּ כוּ' בִּתְמִיהַּ. נְהִי דְּמַשְׁבַּחַת בִּשְׁאָר אַבְּרֵיהּ מִיהוּ הַהִיא מִילְּתָא דְּמִיטַּרְפָא בֵּיהּ מִי הָדְרָא וּמַשְׁבַּחַת כִּי הָכָא דְּגָדְלוּ אַחֲרוֹנִים יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹנִים:
Dans la chose même par laquelle elle [est] devenue tereifa etc. — [c'est dit] avec étonnement. Admettons qu'elle s'améliore dans ses autres organes — mais cette chose-là par laquelle elle est devenue tereifa, reviendrait-elle et s'améliorerait-elle comme ici, où les [ailes] postérieures ont poussé plus [fournies] que les premières ?!
🗂️ Tossefot (1)
וְדִילְמָא סָבַר טְרֵפָה יוֹלֶדֶת וּמַשְׁבַּחַת מִסְתַּבְּרָא דְּלָא גָּרְסִינַן יוֹלֶדֶת דְּאֵין צָרִיךְ לוֹ כְּלָל וְעוֹד הָא אָמְרִינַן פ"ק דע"ז (דַּף טז.) גַּבֵּי רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בִּשְׁבוּרָה אָמְרוּ לוֹ וַהֲלֹא מַרְבִּיעִין עָלֶיהָ זָכָר אָמַר לָהֶן לִכְשֶׁתֵּלֵד אַלְמָא לָא מְקַבֶּלֶת זָכָר וּמִיהוּ יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין טְרֵפָה חֲתוּכָה רַגְלַיִם לִשְׁאָר טְרֵפוֹת:
Et peut-être tient-il [qu']une tereifa enfante et s'améliore — il est plausible qu'on ne lise pas 'enfante' (yoledet), car [cela] n'est nullement nécessaire [ici] ; et en outre, voici que nous disons au chapitre 1 de Avoda Zara (16a), à propos de Rabbi Yehouda qui permet [d'accoupler] une [bête] aux pattes brisées (chevoura) : ils lui dirent 'mais on fait monter sur elle un mâle' ; il leur dit 'lorsqu'elle enfantera' — d'où [il ressort] qu'elle ne reçoit pas le mâle. Toutefois, on peut distinguer entre une tereifa aux pattes coupées et les autres tereifot.
💡 Explication

Objection au raisonnement précédent : peut-être Rabbi Yehouda admet-il qu'une tereifa peut s'améliorer (machbahat) en général — auquel cas la régénération ne prouverait rien. Réponse : même s'il l'admet pour d'autres organes, jamais l'amélioration ne se produit dans l'organe même par lequel la bête est devenue tereifa ; or ici les ailes (l'organe lésé) ont repoussé plus fournies — donc Rabbi Yehouda est bien réfuté.

10
מַאי עַסְקָן בִּדְבָרִים? אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא, דִּכְתִיב: ״לֵךְ אֶל נְמָלָה עָצֵל רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם, אֲשֶׁר אֵין לָהּ קָצִין שֹׁטֵר וּמֹשֵׁל, תָּכִין בַּקַּיִץ לַחְמָהּ״. אָמַר: אֵיזִיל אִיחְזֵי אִי וַדַּאי הוּא דְּלֵית לְהוּ מַלְכָּא!

Qu'est-ce que [signifie] 'homme d'expériences' (askan be-dvarim) ? Rav Mecharchia a dit : car il est écrit : 'va vers la fourmi, paresseux, vois ses voies et deviens sage ; elle qui n'a ni chef, ni surveillant, ni gouverneur, prépare en été son pain' (Proverbes 6:6-8).

[Rabbi Chimon ben Halafta] dit : j'irai voir si c'est bien certain qu'elles n'ont pas de roi !

📜 Rachi (3)
מַאי עַסְקָן לָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ עִסְקָן תְּחִלָּה:
Qu'est-ce que [signifie] 'homme d'expériences' — pourquoi l'a-t-on d'abord appelé ainsi.
אִי וַדַּאי לֵית לְהוּ מַלְכָּא דִּכְתִיב אֲשֶׁר אֵין לָהּ קָצִין וְהַיְינוּ עַסְקָן דְּלָא בָּעֵי לְמִיסְמַךְ אַהֵימָנוּתֵיהּ דִּשְׁלֹמֹה:
Si c'est bien certain qu'elles n'ont pas de roi — car il est écrit 'elle qui n'a pas de chef', et c'est cela 'l'homme d'expériences', [à savoir] qu'il ne voulait pas se fier [seulement] à la parole [digne de foi] de Salomon.
הַנְּמָלִים אוֹהֲבִים צֵל וְשׂוֹנְאִים חֹום:
Les fourmis aiment l'ombre et détestent la chaleur.
🗂️ Tossefot (1)
אֵיזִיל וְאַחְזַי הֵיכִי אִיתָא מִילְּתָא אע"ג דכה"ג חֲשִׁיב בְּהַמּוֹכֵר הַסְּפִינָה (ב"ב עה.) מְלַגְלֵג גַּבֵּי הַהוּא תַּלְמִיד דַּאֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אִם לֹא רָאִיתָ לֹא הֶאֱמַנְתָּ מְלַגְלֵג עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים אַתָּה שָׁאנֵי הָכָא שֶׁבָּא לְבָרֵר הַדָּבָר וּלְהוֹדִיעַ אֵיךְ יָדַע שְׁלֹמֹה:
J'irai voir comment la chose se trouve [vraiment] — bien qu'en pareil cas, dans Ha-Mokher ha-Sefina (Bava Batra 75a), on se moque d'un certain élève à qui Rabbi Yo'hanan dit 'si tu ne l'avais pas vu, tu n'aurais pas cru — tu te moques des paroles des Sages' : il en va autrement ici, car [Rabbi Chimon] venait clarifier la chose et faire connaître comment Salomon [le] savait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר: אֵיזִיל אִחְזֵי אִי וַדַּאי הוּא דְּלֵית לְהוּ מַלְכָּא. הִנֵּה בְּוַדַּאי יֵשׁ לוֹ לִסְמֹוךְ עַל דִּבְרֵי שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה וְרַק מִפְּנֵי שֶׁפָּסוּק זֶה נֶאֱמַר בְּמִשְׁלֵי שֶׁהוּא דִּבְרֵי מָשָׁל וְכַכָּתוּב בִּתְחִלַּת הַסֵּפֶר מִשְׁלֵי שְׁלֹמֹה בֶן דָּוִד (מִשְׁלֵי א, א) לְכָךְ נִסְתַּפֵּק אִם הוּא כֵּן בְּוַדַּאי שֶׁאֵין לָהֶם מֶלֶךְ אוֹ דִּלְמָא נָקֵיט כֵּן בְּדִבְרֵי מָשָׁל וְצַחוּת לְכַוֵּן וְאֵין הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן לְכָךְ אָמַר 'אֵיזִיל אִחְזֵי אִי וַדַּאי הוּא דְּלֵית לְהוּ מַלְכָּא'.
[Rabbi Chimon ben Halafta] dit : j'irai voir si c'est bien certain qu'elles n'ont pas de roi. Or, en vérité, il aurait dû se fier aux paroles de Salomon le roi, la paix soit sur lui ; et c'est uniquement parce que ce verset a été dit dans [le livre des] Proverbes (Michle), qui est un propos de parabole (mashal) — comme il est écrit au début du livre : 'Proverbes de Salomon fils de David' (Proverbes 1,1) — qu'il a eu un doute : la chose est-elle ainsi avec certitude, [à savoir] qu'elles n'ont pas de roi ; ou bien [Salomon] a-t-il énonce cela en termes de parabole et de tournure élégante (tsahout) pour faire allusion [à autre chose], les paroles n'étant pas à prendre au sens littéral (kifshoutan) ? C'est pourquoi il a dit : 'j'irai voir si c'est bien certain qu'elles n'ont pas de roi.'
💡 Explication

D'où vient le titre d'homme d'expériences ? Du verset de Salomon (Proverbes 6) qui dit que la fourmi n'a 'ni chef, ni surveillant, ni gouverneur'. Rabbi Chimon ben Halafta ne se contente pas d'admettre la parole de Salomon : il décide d'aller vérifier expérimentalement que les fourmis n'ont effectivement pas de roi.

11
אֲזַל בִּתְקוּפַת תַּמּוּז, פַּרְסֵיהּ לִגְלִימֵיהּ אַקִּינָּא דְּשֻׁומְשְׁמָנֵי. נְפַק אֲתָא חַד מִינַּייְהוּ, אַתְנַח בֵּיהּ סִימָנָא. עַל, אֲמַר לְהוּ: ״נָפַל טֻולָּא״. נְפַקוּ וְאָתוּ, דַּלְיֵיהּ לִגְלִימֵיהּ, נָפַל שִׁמְשָׁא. נָפְלוּ עָלֶיהָ וְקַטְלֵיהּ. אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ לֵית לְהוּ מַלְכָּא, דְּאִי אִית לְהוּ הַרְמָנָא דְּמַלְכָּא לָא לִיבְעוֹ.

Il alla à la saison de Tamouz [l'été], il étendit son manteau sur le nid des fourmis (kina de-choumchemanei). L'une d'elles sortit [et] vint ; il posa sur elle un signe [une marque].

Elle entra [et] leur dit : 'l'ombre est tombée.' Elles sortirent [et] vinrent ; il souleva son manteau, [et] le soleil tomba [sur elles]. Elles se jetèrent sur elle [la fourmi marquée] et la tuèrent.

Il dit : apprends de là qu'elles n'ont pas de roi ; car si elles en avaient un, n'auraient-elles pas requis l'autorisation du roi (harmana de-malka) [avant de tuer leur semblable] ?

📜 Rachi (3)
דְּשֻׁומְשְׁמָנֵי נְמָלִים:
Du nid des fourmis (de-choumchemanei) — des fourmis.
נְפַק חַד מִינַּייְהוּ מִתּוֹךְ חוֹרֵי הַקֵּן וּבָא לַחוּץ וְרָאָה הַצֵּל:
L'une d'elles sortit — hors des trous du nid et vint au-dehors, et vit l'ombre.
אַתְנַח בֵּיהּ סִימָנָא לְהַכִּירוֹ לֵידַע מַה יַעֲשׂוּ לוֹ חֲבֵרָיו כְּשֶׁיִּמְצָא שַׁקְרָן:
Il posa sur elle un signe — pour la reconnaître, [afin] de savoir ce que lui feraient ses compagnes lorsqu'elle serait trouvée menteuse.
💡 Explication

Le protocole de l'expérience (voir le schéma). En plein été (Tamouz), il étend son manteau sur la fourmilière ; une fourmi sort, qu'il marque. Elle annonce aux autres : 'l'ombre est tombée', et toutes sortent. Il retire le manteau : le soleil revient, et les fourmis, trompées, tuent celle qui les a (involontairement) abusées. Conclusion : pas de roi — car sous un roi, on n'exécute pas un sujet sans l'autorisation royale (harmana de-malka), ce qui aurait pris du temps.

12
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: וְדִלְמָא מַלְכָּא הֲוָה בַּהֲדַייְהוּ? אִי נָמֵי, הַרְמָנָא דְּמַלְכָּא הֲווֹ נְקִיטִי? אִי נָמֵי בֵּין מַלְכָּא לְמַלְכָּא הֲוָה, דִּכְתִיב: ״בַּיָּמִים הָהֵם אֵין מֶלֶךְ בְּיִשְׂרָאֵל אִישׁ הַיָּשָׁר בְּעֵינָיו יַעֲשֶׂה״? אֶלָּא, סָמוּךְ אַהֵימָנוּתָא דִּשְׁלֹמֹה.

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : mais peut-être un roi était-il avec elles [à ce moment, et il [le] leur a permis] ? Ou bien encore, [peut-être] tenaient-elles [déjà] l'autorisation du roi (harmana de-malka) ?

Ou bien encore, [peut-être] était-ce [un temps] entre un roi et un roi [un interrègne], comme il est écrit : 'en ces jours-là il n'y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui [était] droit à ses yeux' (Juges 17:6) ? Plutôt, appuie-toi sur la parole [digne de foi] de Salomon [qui affirme qu'elles n'ont pas de roi].

📜 Rachi (3)
הַרְמָנָא הָווּ נְקִיטִי שֶׁכָּל הַמְהַתֵּל בַּחֲבֵרוֹ יַהַרְגוּהוּ:
Tenaient l'autorisation [du roi] — que quiconque se moque de son prochain, qu'on le tue.
אִי נָמֵי בֵּין מַלְכָּא לְמַלְכָּא הֲוָה מֵת הַמֶּלֶךְ וַעֲדַייִן לֹא קָם אַחֵר וְדֶרֶךְ אֶרֶץ לַעֲשׂוֹת אִישׁ הַיָּשָׁר בְּעֵינָיו כְּדִכְתִיב בַּיָּמִים הַהֵם וְגוֹ' אִישׁ הַיָּשָׁר בְּעֵינָיו יַעֲשֶׂה:
Ou bien encore, [peut-être] était-ce [un temps] entre un roi et un roi — le roi est mort et un autre ne s'est pas encore levé, et il est dans l'ordre des choses [que] chacun fasse ce qui [est] droit à ses yeux, comme il est écrit 'en ces jours-là etc., chacun faisait ce qui [était] droit à ses yeux'.
אַהֵימָנוּתֵיהּ דִּשְׁלֹמֹה נֶאֱמָן הוּא עַל כָּךְ וּבְרוּחַ הַקֹּדֶשׁ אֲמָרָהּ:
Sur la parole [digne de foi] de Salomon — il est digne de foi à ce sujet, et c'[est] par l'esprit saint (roua'h ha-kodech) qu'il l'a dite.
💡 Explication

Rav Aha fils de Rava conteste la valeur probante de l'expérience : la mise à mort de la fourmi peut s'expliquer autrement qu'en l'absence de roi — peut-être le roi était présent et l'a permise ; peut-être détenaient-elles déjà une autorisation permanente (tuer quiconque trompe son prochain) ; peut-être était-ce un interrègne (comme aux jours des Juges, 'chacun faisait ce qui était droit à ses yeux'). Conclusion : l'expérience ne tranche pas — mieux vaut se fier à la parole de Salomon.

13
אָמַר רַב הוּנָא: סִימָן לִטְרֵפָה – שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. מֵיתִיבִי: סִימָן לִטְרֵפָה – כָּל שֶׁאֵינָהּ יוֹלֶדֶת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: מַשְׁבַּחַת וְהוֹלֶכֶת – בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה, מִתְנַוְּונָהּ וְהוֹלֶכֶת – בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא טְרֵפָה. רַבִּי אוֹמֵר: סִימָן לִטְרֵפָה – שְׁלֹשִׁים יוֹם. אָמְרוּ לוֹ: וַהֲלֹא הַרְבֵּה מִתְקַיְּימוֹת שְׁתַּיִם שָׁלֹשׁ שָׁנִים!

Rav Huna a dit : le signe d'une tereifa — douze mois [de survie indiquent qu'elle est kachère]. On objecte : le signe d'une tereifa — toute [bête] qui n'enfante pas.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : [si] elle va s'améliorant — il est établi qu'elle [est] kachère ; [si] elle va dépérissant — il est établi qu'elle [est] tereifa. Rabbi dit : le signe d'une tereifa — trente jours.

Ils lui dirent : mais beaucoup [de tereifot] se maintiennent deux [ou] trois ans !

📜 Rachi (3)
סִימָן לִסְפֵק טְרֵפָה:
Signe — pour une [bête] dont le statut de tereifa est douteux.
י"ב חֹדֶשׁ אִם כָּךְ חַיָּה בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא נִטְרְפָה:
Douze mois — si elle a vécu ainsi [tout ce temps], il est établi qu'elle n'est pas devenue tereifa.
ב' וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים וְקַשְׁיָא לְרַב הוּנָא די"ב חֹדֶשׁ לֵיכָּא לָמֶ"ד:
Deux et trois ans — et [cela fait] difficulté pour Rav Huna, car [le seuil de] douze mois, personne ne [le] soutient.
🗂️ Tossefot (1)
סִימָן לִטְרֵפָה כֹּל שֶׁאֵינָהּ יוֹלֶדֶת יֵשׁ כַּמָּה בְּהֵמוֹת שֶׁפּוֹסְקוֹת מִלֵּילֵד וְלָא מַחְזְקִינַן לְהוּ בְּטַרְפוּת אֶלָּא בָּעֵי לְמֵימַר אִם יוֹלֶדֶת בְּיָדוּעַ שֶׁאֵינָהּ טְרֵפָה:
Le signe d'une tereifa — toute [bête] qui n'enfante pas — il y a plusieurs bêtes qui cessent d'enfanter sans qu'on les tienne pour tereifot ; plutôt, [le Tana] veut dire : si elle enfante, il est établi qu'elle n'est pas tereifa.
💡 Explication

Les signes de la tereifa (voir le schéma). Rav Huna : une bête dont le statut est douteux et qui survit douze mois est kachère. Objection à partir d'une braita aux positions multiples : un Tana anonyme dit que la tereifa est celle qui n'enfante pas ; Rabban Chimon ben Gamliel juge à l'amélioration (kachère) ou au dépérissement (tereifa) ; Rabbi fixe le seuil à trente jours. À Rabbi on objecte que beaucoup de tereifot vivent deux ou trois ans — aucune de ces positions ne correspond exactement aux douze mois de Rav Huna.

14
תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: וּבַגֻּלְגֹּלֶת, עַד שֶׁיֵּשׁ בָּהּ נֶקֶב אֶחָד אָרֹוךְ, אֲפִילּוּ נְקָבִים הַרְבֵּה מִצְטָרְפִים לִמְלֹא מַקְדֵּחַ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן הַמְשֻׁולָּם: מַעֲשֶׂה בָּעִנְבּוֹל, בְּאֶחָד שֶׁנִּפְחֲתָה גֻּלְגָּלְתּוֹ, וְעָשׂוּ לוֹ חִידּוּק שֶׁל קֵרוּיָה וְחָיָה. אָמַר לוֹ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: מִשָּׁם רְאָיָה? יְמוֹת הַחַמָּה הָיָה, וְכֵיוָן שֶׁעָבְרוּ עָלָיו יְמוֹת הַצִּנָּה מִיָּד מֵת.

[La divergence avec Rav Huna] relève [d'un différend entre] Tanaim, car il est enseigné : et dans le crâne (goulgolet), [la bête est tereifa] dès lors qu'il s'y trouve un seul trou allongé ; [et] même [si] de nombreux trous [s'y trouvent], ils se cumulent pour [former la mesure d']un plein [trou de] foret (meqdeah). Rabbi Yossei ben ha-Mechoulam dit : [il y eut] un fait à Inbul, au sujet de quelqu'un dont le crâne s'était creusé [perdant un morceau], et on lui fit un colmatage (hidouk) de calebasse, et il vécut [donc un manque au crâne ne rendrait pas tereifa].

Rabbi Chimon ben Elazar lui dit : [apportes-tu] une preuve de là ? C'était les jours d'été, et dès que passèrent sur lui les jours de froid, il mourut aussitôt.

📜 Rachi (4)
תַּנָּאֵי הִיא דְּאִיכָּא דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַב הוּנָא דְּקָתָנֵי לְקַמָּן יְמוֹת הַחַמָּה הָיוּ וְכֵיוָן שֶׁעָבְרוּ עָלָיו יְמוֹת הַצִּנָּה מִיָּד מֵת וְיֵשׁ מַכָּה שֶׁהִיא נִבְעָרָה וּמֵת מִתּוֹךְ חֹום הִלְכָּךְ בָּעֵינַן יְמוֹת הַחַמָּה וְיָמוּת הַצִּנָּה:
[Cela] relève [d'un différend entre] Tanaim — car il en est qui tiennent comme Rav Huna, [le Tana] qui enseigne plus loin 'c'était les jours d'été, et dès que passèrent sur lui les jours de froid, il mourut aussitôt' ; et il y a une plaie qui se consume [par la chaleur] et [la bête] meurt par l'effet du froid — c'est pourquoi nous requérons les jours d'été et les jours de froid [pour trancher].
נֶקֶב אֶחָד אָרֹוךְ וְנִקְדְּרָה בְּחִסָּרוֹן:
Un seul trou allongé — et [le crâne] s'est creusé avec un manque [de substance].
מִצְטָרְפִין לְמַלֵּא מַקְדֵּחַ וְשׁוּב אֵינָהּ מְטַמְּאָה בְּאֹהֶל לְבֵית שַׁמַּאי. פְּלוּגְתָּא דְּשִׁדְרָה וְגֻלְגֹּולֶת בְּאֹהָלוֹת (פ"ב מ"ג) דְּהַייְנוּ כְּדֵי שֶׁיִּנָּטֵל מִן הַחַי וְיָמוּת דְּהָכִי אָמְרִינַן בְּפִרְקִין (דַּף נב:) גַּבֵּי שִׁדְרָה וְכֵן לִטְרֵפָה:
Ils se cumulent pour [former] un plein [trou de] foret — et [le crâne] ne transmet plus l'impureté sous une tente (ohel) pour Beit Chammai. [C'est] le différend [sur] la colonne vertébrale et le crâne dans [le traité] Ohalot (chap. 2, michna 3), [à savoir] de quelle [taille] : ce qui, [pris] sur le vivant, le ferait mourir, comme nous le disons dans notre chapitre (52b) à propos de la colonne vertébrale, et de même pour la tereifa.
חִידּוּק שֶׁל קְרוּיָה חֲתִיכָה שֶׁל דְּלַעַת יְבֵשָׁה:
Un colmatage de calebasse — un morceau de courge sèche.
💡 Explication

La Guemara explique que la position de Rav Huna relève d'un différend tannaitique. Braita sur le crâne (goulgolet) : un trou allongé, ou plusieurs trous cumulés atteignant la mesure d'un trou de foret, rend tereifa. Rabbi Yossei ben ha-Mechoulam objecte par le cas d'Inbul : un homme au crâne troué, colmaté d'un morceau de calebasse, a survécu — donc un manque au crâne ne serait pas mortel. Rabbi Chimon ben Elazar réfute : il n'a vécu que l'été, et a péri dès l'arrivée du froid — d'où le critère de survie à travers été et hiver (douze mois), qui rejoint Rav Huna.

15
אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, הֲלָכָה: טְרֵפָה יוֹלֶדֶת וּמַשְׁבַּחַת. אָמַר אֲמֵימַר: הָנֵי בֵּיעֵי דִּטְרֵפָה

Rav Aha bar Yaakov a dit, [c'est] la halakha : une tereifa enfante et s'améliore. Ameimar a dit : ces œufs (beie) d'une tereifa [...]

💡 Explication

Tranche pratique : Rav Aha bar Yaakov fixe la halakha — une tereifa peut enfanter et s'améliorer ; ni l'enfantement ni le mieux-être ne prouvent donc qu'une bête n'est pas tereifa (ce qui écarte les critères fondés sur l'enfantement ou l'amélioration). Puis Ameimar ouvre une nouvelle question — celle des œufs d'une [poule] tereifa — dont le développement se poursuit au daf suivant (58a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).