Chullin 58b — tout surnombre vaut retranchement (yater ke-natoul), les intestins doubles, la plume comme une peau, et la bête en péril

Chullin 58b

Sougya : Après trois propos sur les vers et la longévité des insectes (les dattes du bocal permises au bout de douze mois, le moustique qui ne vit pas un jour, l'adage des sept ans), la sougya pose la règle de Rav Houna : tout membre en surnombre a le statut d'un membre retranché (kol yater ke-natoul dami) — surnombre ou manque à la patte antérieure n'est qu'un défaut (permis au profane), mais à la patte postérieure rend la bête tereifa. On applique le principe : deux caecums (tereifa, sauf s'ils se déversent l'un dans l'autre), un tube reliant panse et feuillet (connu, donc cachere) contre un tube reliant panse et rumen (non rapporté, donc tereifa).

Vient le témoignage de Natan bar Chila sur deux intestins sortant de l'estomac : tereifa s'ils sortent en deux endroits, cachere s'ils sortent en un seul et se rejoignent (Rav Ami et Rav Assi divergeant sur le sens de 'jusqu'à un doigt'). Puis Rabbi Yo'hanan rapproche Rabbi Yehouda et Rabbi Yichmael (la plume vaut la peau), mais Rava distingue tereifa et piggoul.

Enfin la michna des bêtes en péril (saisie de sang, enfumée, poison, morsure de serpent) oppose ce qui est cachere à ce qui est permis rituellement mais interdit par danger de mort, avec la difficulté de l'asa fetida (Chmouel) et des deux sortes de poison.

Tout surnombre vaut un retranchement (kol yater ke-natoul dami) Rav Houna : un membre ou un organe en trop a le statut d'un membre arraché Patte antérieure (yad) en trop ou en moins défaut (moum) seulement interdit à l'autel, permis au profane (cachere) Patte postérieure (regel) en trop ou en moins tereifa (interdite) comme une cuisse démise (chemoutat yarekh) Applications du principe aux organes internes deux caecums (sania devei) -> tereifa ; mais s'ils se déversent l'un dans l'autre -> cachere tube panse-feuillet (bei kassei -> houvlila) : connu, normal -> cachere tube panse-rumen (bei kassei -> kerssa) : non rapporté -> tereifa (yater ke-natoul)
Le principe de Rav Houna (segments 3-6) : surnombre = retranchement ; son application à la patte antérieure/postérieure et aux organes internes.
Deux intestins sortant de l'estomac (témoignage de Natan bar Chila) Deux endroits estomac l'un en tête, l'autre au milieu de l'estomac behema : TEREIFA oiseau : cachere Un seul endroit estomac sortent côte à côte, se rejoignent en un doigt CACHERE Sens de 'jusqu'à un doigt' Rav Ami / Rav Assi opinion 1 : valide seulement s'ils se rejoignent -> 'jusqu'à un doigt' = lieu de la jonction opinion 2 : valide même s'ils ne se rejoignent pas -> 'jusqu'à un doigt' = par en bas (près de l'anus)
Les deux intestins sortant de l'estomac (segments 7-9) : deux endroits contre un seul, et la controverse Rav Ami / Rav Assi sur 'jusqu'à un doigt'.
Bête en danger : tereifa (interdit rituel) contre sakana (péril pour la vie) Cachère — non tereifa saisie de sang (ahouzat ha-dam) enfumée (meouchenet) refroidie (metsounenet) a mangé du laurier-rose (hardoufni) a mangé fiente de poules a bu de l'eau mauvaise (découverte) a mangé un poison mortel [pour la bête] rien ne perfore d'organe -> pas tereifa Permise rituellement, interdite par péril a mangé un poison mortel pour l'homme mordue par un serpent (nahach) mordue par un chien enragé (kelev choteh) non tereifa (rien n'est perforé) mais INTERDITE à cause du danger de mort (sakanat nefachot) Chmouel : asa fetida en éclats (kartin) -> tereifa (perfore les intestins)
La michna des bêtes en péril (segments 12-15) : ce qui reste cachere contre ce qui est permis rituellement mais interdit par danger de mort.
1
הָנֵי תַּמְרֵי דְּכַדָּא לְבָתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שַׁרְיָין.

Ces dattes du bocal (kad), après douze mois de l'année, sont permises [même si on y trouve des vers, car ceux-ci sont nécessairement apparus une fois les dattes détachées].

📜 Rachi (2)
הָנֵי תַּמְרֵי דְּכַדָּא שֶׁהִתְלִיעוּ וְאֵין יָדוּעַ אִם בִּמְחֻובָּר אִם בְּתָלוּשׁ:
Ces dattes du bocal — qui ont vermoulu, et l'on ne sait pas si [c'est] alors qu'[elles étaient] attachées [à l'arbre] ou une fois détachées.
לְבָתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שַׁרְיָין דְּאִי בִּמְחֻובָּר הִתְלִיעַ לָא הָוֵי חַיֵּי עַד הַשְׁתָּא:
Après douze mois de l'année elles sont permises — car si elles avaient vermoulu alors qu'[elles étaient] attachées [à l'arbre, le ver] n'aurait pas survécu jusqu'à présent.
🗂️ Tossefot (1)
הָנֵי תַּמְרֵי דְּכַדָּא לְבָתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שָׁרִי רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל גָּרֵיס דְּכָרִים פֵּירוּשׁ שֶׁהִתְלִיעוּ כְּמוֹ עִנְבֵי דִּכְרוּם וְשָׂדֶה שֶׁלָּקְתָה בָּעֳמָרִים בְּפֶרֶק הַמְקַבֵּל (בּ"מ דַּף קו: ע"ש) וּבְנָזִיר בְּרֵישׁ גְּמָרָא פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה מִינִים (נָזִיר דַּף לד:) לַאֲתוּיֵי עֲנָבִים דִּכְרוּם וּבְאֶמְצַע הַפֶּרֶק זֶה (דַּף לח:) וְהָא שִׁיֵּיר עֲנָבִים דִּכְרוּם שֶׁהֲרֵי אֵין דֶּרֶךְ פֵּירוֹת לְהַנִּיחַ בַּכַּד וְעוֹד דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁהִתְלִיעוּ ור"ת מְפָרֵשׁ שֶׁדֶּרֶךְ לְהַנִּיחַ כָּל דָּבָר בַּכַּד כִּדְאִיתָא בְּפֶ' חֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף נה.) הָנֵי שְׂעָרֵי דְכַדָּא מִשְׁתַּעְבְּדִי לִכְרָגָא וּבְהַמַּפְקִיד (בּ"מ דַּף מ.) הֲוָה עוֹבָדָא וּפְקַע כַּדָּא וּבְפֶ' הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נט.) בְּמִשְׁלַם שַׁעֲרֵי מִכַּדָּא נָקֵיט וְאָתֵי תִּיגְרָא:
Ces dattes du bocal, après douze mois de l'année, sont permises — Rabbenou Chmouel a la version 'dekharim', c'est-à-dire qui ont vermoulu, comme [dans] 'des raisins qui ont vermoulu (dekharoum)' et 'un champ frappé par la nielle (be-omarim)' au chapitre Ha-Mekabel (Baba Metsia 106b, vois-y) ; et dans Nazir, au début de la guemara du chapitre Chelocha Minim (Nazir 34b) [le verset vient] inclure 'les raisins qui ont vermoulu', et au milieu de ce [même] chapitre (38b) : 'or il a omis les raisins qui ont vermoulu' — car la manière [habituelle] n'est pas de ranger des fruits dans un bocal, et en outre il aurait fallu dire 'qui ont vermoulu' ; et Rabbenou Tam explique [au contraire] que la manière [habituelle] est de ranger toute chose dans un bocal, comme il est rapporté au chapitre Hezkat ha-Battim (Baba Batra 55a) 'ces orges du bocal sont assujetties à l'impôt (karga)' ; et dans Ha-Mafkid (Baba Metsia 40a) il y eut un fait [d'un] bocal qui se fendit ; et au chapitre Ha-Zahav (Baba Metsia 59a) 'au moment de rendre les orges du bocal naît une querelle'.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא כֹּל בְּרִיָּה שֶׁאֵין בָּהּ עֶצֶם אֵין מִתְקַיֵּים שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. אָמַר רַב פָּפָּא שְׁמַע מִינַּהּ מִדְּרַב הוּנָא הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל קִישּׁוּת שֶׁהִתְלִיעָ בְּאִיבֶּיהָ אֲסוּרָה. דְּשֶׁרֶץ הָרוֹחֵשׁ בְּתוֹכוֹ שׁוֹרֵץ עַל הָאָרֶץ קָרֵינָא בֵיהּ כֵּיוָן שֶׁהַקִּישּׁוּת מְחֻובָּר. הָנֵי תַּמְרֵי דְּכַדָּא בָּתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שַׁרְיָין תְּמָרִים דַּרְכָּן לְהַתְלִיעַ וְהָכִי אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין לָא לִישְׁפֵּי אִינִישׁ שִׁיכְרָא בְּצֵיבְתָא בְּלֵילְיָא לְפִי שֶׁשָּׂכַר תְּמָרִים דַּרְכָּן לְהַתְלִיעַ וְכֵן כָּל מִין פֵּירֵי וְקִטְנִיּוֹת שֶׁדַּרְכָּן לְהַתְלִיעַ צָרִיךְ לְבָודְקוֹ אִם בָּא לְאָוכְלוֹ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ. אֲבָל בָּתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שָׁרֵי דְּהָנֵי תּוֹלָעִים דְּמִשְׁתַּכְחָן בְּהוּ הַשְׁתָּא אִיתְלִידוּ בְּהוּ וְלָא מֵהָנָךְ דְּאִיתִילִידוּ בְּאִיבֶּיהָ נִינְהוּ וא"ת אַמַּאי שָׁרוּ בָּתַר י"ב חֹודֶשׁ דִּילְמָא גָּדְלוּ בִּמְחֻובָּר וְשֶׁרֶץ שֶׁמֵּת אָסוּר. וְתֵירֵץ הָרָאָבָ"ד זַ"ל דְּהָא דְּקָאָמַר אֵינוֹ מִתְקַיֵּים י"ב חֹודֶשׁ רוֹצֶה לוֹמַר דְּאַחַר י"ב חֹודֶשׁ אֵין בּוֹ לַחוּת כְּלָל וְהָוְיָא כְּעַפְרָא בְּעָלְמָא וְדִיֵּיק מִלִּישָּׁנָא דְּקָאָמַר אֵינוֹ מִתְקַייֵּם וְלֹא אָמַר אֵינוֹ חַי. וּמִיהוּ בְּאוֹתָם שֶׁרְגִילִים לְגַדֵּל תּוֹלָעִים גַּם לְאַחַר י"ב חֹודֶשׁ צָרִיךְ לְבָודְקָן וּלְהַשְׁלִיךְ הַתּוֹלָעִים הַנִּמְצָאִים בַּחוּץ בֵּינֵיהֶם אוֹ עַל גַּב הַפְּרִי. דְּמִבָּעֵי לָן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף סז:) אִם פֵּירְשׁוּ לְגַג תְּמָרָה. וְאַף אַחַר שֶׁהִשְׁלִיךְ הַנִּמְצָאִים מִבַּחוּץ יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא כְּשֶׁיִּתְּנֵם לְתוֹךְ הַמַּיִם בַּקְּדֵירָה יֵצְאוּ לַחוּץ וְיִרְחֲשׁוּ בַּמַּיִם אוֹ בְּדֻופְנֵי הַקְּדֵירָה אוֹ עַל גַּב הַפְּרִי. הִלְכָּךְ מִנְהָג יָפֶה כָּל אֵלּוּ עֲדָשִׁים שֶׁמּוֹצְאִים בָּהֶן הַכְּנֵימָא בְּתוֹךְ י"ב חֹודֶשׁ אֵין לָהֶם תַּקָּנָה. לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ יִתְּנֵם לְתוֹךְ מַיִם צוֹנְנִין וְהַמְתֻולָּעִים וְהַמְנֻוקָּבִים יַעֲלוּ לְמַעְלָה וְיַשְׁלִיכֵם וְאַחַר כָּךְ יִתְּנֵם לְתוֹךְ מַיִם רוֹתְחִין בִּקְדֵירָה שֶׁאִם נִשְׁאַר בּוֹ תּוֹלָע יָמוּת מִיָּד וְלֹא יִפְרֹושׁ לַחוּץ:
Rav Houna dit : toute créature (beriya) qui n'a pas d'os en elle ne se maintient pas [en vie] douze mois. Rav Papa dit : apprends-en (chema minah) de [l'enseignement] de Rav Houna [le sens de] ce qu'a dit Chemouel : une courge (kichout) qui s'est verminée (hitli'a, qui a engendré des vers) sur son plant (be-ibeha, alors qu'elle était encore attachée au sol) est interdite. Car le rampant (cherets) qui grouille en son sein, [c'est bien] « [ce] qui grouille sur la terre » (chorets al ha-arets) que nous lisons à son sujet [dans le verset qui l'interdit], puisque la courge est rattachée [au sol] (mehoubar). Ces dattes de la jarre (hanei tamrei de-kada) : passé les douze mois de l'année (batar tresar yarhei chata), elles sont permises. Les dattes ont coutume de se verminer, et ainsi disons-nous plus loin, à la fin de notre chapitre : « qu'un homme ne verse pas de la bière par le bec [du tonneau] la nuit » (la lichpei inich chikhra be-tzivta be-leilya), parce que la bière de dattes a coutume de se verminer ; et de même toute espèce de fruits et de légumineuses (kitniyot) qui ont coutume de se verminer, il faut les examiner (bodko) si l'on vient à les manger dans l'année [de leur récolte] (be-tokh chenato). Mais passé les douze mois de l'année c'est permis, car ces vers (tola'im) qui s'y trouvent maintenant sont nés en elles [dans les dattes elles-mêmes] et ne sont pas de ceux qui étaient nés sur le plant (be-ibeha). Et si tu dis (ve-i teima) : pourquoi les permet-on passe les douze mois ? Peut-être (dilma) ont-ils grandi alors [que le fruit était] attaché [au sol] (bi-mehoubar), et [alors] un rampant (cherets) qui est mort est interdit [même après sa mort] ! Et le Raavad, de mémoire bénie, a répondu : ce qu'il dit — « [la créature sans os] ne se maintient pas douze mois » — veut dire (rotze lomar) qu'après douze mois il n'y a plus en elle d'humidité (lahout) du tout, et elle devient comme de la simple poussière (ke-afra be-alma) ; et il l'infère (ve-dayeik) du langage [même de Rav Houna] qui a dit « ne se maintient pas » (eino mitkayem) et n'a pas dit « n'est pas vivante » (eino haï). Toutefois (u-mihou), pour celles [des espèces] qui ont coutume d'engendrer des vers même après douze mois, il faut les examiner et jeter les vers qui se trouvent au-dehors, entre elles ou sur la surface du fruit (al gav ha-péri). Car nous poserons la question plus loin (Houlin, feuillet 67b) : s'ils se sont détachés [et sont sortis] vers la surface de la datte [le statut change]. Et même après qu'on a jeté ceux qui se trouvaient au-dehors, il y a lieu de craindre (yech la-houch) que peut-être, lorsqu'on les mettra dans l'eau, dans la marmite, [les vers] sortiront au-dehors et grouilleront dans l'eau, ou sur les parois de la marmite, ou sur la surface du fruit. C'est pourquoi (hilkakh) [voici] une belle coutume (minhag yafe) : toutes ces lentilles (adachim) dans lesquelles on trouve la vermine (kenima) au sein des douze mois n'ont pas de remède (ein lahem takana). Après les douze mois [en revanche], qu'on les mette dans de l'eau froide (mayim tzonenin), et les [grains] vermines et percés (metoula'im ve-menoukavim) remonteront à la surface, et qu'on les jette ; et après cela qu'on les mette dans de l'eau bouillante (mayim rotehin) dans la marmite, de sorte que s'il y est resté un ver (tola), il meure aussitôt et ne se détache pas vers le dehors.
💡 Explication

Ces dattes rangées dans un bocal et qui ont vermoulu, sans qu'on sache si la vermine est apparue alors que les dattes étaient encore attachées à l'arbre (auquel cas le ver serait interdit) ou une fois détachées (auquel cas il est permis). Réponse : au bout de douze mois, elles sont permises, car un ver n'ayant pas d'os ne vit pas si longtemps : s'il avait vermoulu sur l'arbre, il ne serait plus vivant maintenant ; donc la vermine est forcément apparue après la cueillette.

2
אָמַר רַב: לֵית בָּקָא בַּר יוֹמָא, וְלֵית דִּידְבָא בַּת שַׁתָּא.

Rav a dit : il n'y a pas de moustique (bakka) d'un jour, et il n'y a pas de mouche (didva) d'un an [aucun moustique ne vit un jour entier, aucune mouche une année entière].

📜 Rachi (2)
בְּקָא מִין זְבוּב צינציל"א וְהִיא נוֹשֶׁכֶת כְּצִרְעָה:
Bakka — une espèce de mouche, 'tsintsila' [en vernaculaire], et elle pique comme une guêpe.
דִּידְבָא זְבוּב:
Didva — une mouche.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב: לֵית בָּקָא בַּר יוֹמָא, וְלֵית דִּידְבָא בַּת שַׁתָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד ' בְּקָא ' רֶמֶז לְיֵצֶר הָרַע הַנּוֹשֵׁךְ אֶת הָאָדָם בַּחֲלָקוֹת פִּיו שֶׁמֵּסִית וּמְפַתֶּה אוֹתוֹ לְהַחְטִיאוֹ וְנִקְרָא 'בְּקָא' אוֹתִיּוֹת 'אָבָק' כִּי כָּל דְּבָרָיו הֵם כְּמוֹ אָבָק שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ וְאֵין לוֹ קִיּוּם ' וְדִידְבָא ' רֶמֶז לַשָּׂטָן הַמְקַטְרֵג וְנִקְרָא דִּידְבָא שֶׁדּוֹבֵב קָטֵגוֹרִים תָּמִיד. וְיָדוּעַ דְּאִפְּלִיגוּ אָמוֹרָאֵי בְּתַלְמוּדָא חַד אָמַר יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְחַדֵּשׁ עָלָיו בְּכָל יוֹם וְחַד אָמַר מִתְגַּבֵּר עָלָיו בְּכָל יוֹם וְכַנִּזְכָּר בַּסֻּוכָּה (סֻוכָּה נב.) וְקִידּוּשִׁין (קִידּוּשִׁין ל:) וְהִנֵּה לְמָאֵן דְּאָמַר 'מִתְחַדֵּשׁ' סְבִירָא לֵיהּ שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע מִתְחַלֵּק לַחֲלָקִים רַבִּים כְּנֶגֶד יְמֵי הָאָדָם וּבְכָל יוֹם מִתְחַדֵּשׁ חֵלֶק מִן הַיֵּצֶר הָרַע וְדָבֵק בָּאָדָם לְהַחְטִיאוֹ וְעוֹשֶׂה פְּעֻולָּתוֹ וּבָטֵל בְּיוֹמוֹ בֵּין אִם יָכוֹל לוֹ בֵּין אִם לֹא יָכוֹל לוֹ וּלְהָכִי נְקַט 'מִתְחַדֵּשׁ'. וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר דִּבְרֵי רַב ' לֵית בָּקָא בַּר יוֹמָא ' דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר 'מִתְחַדֵּשׁ' וּבַיּוֹם הַשֵּׁנִי הוּא יֵצֶר הָרַע אַחֵר וְאִם כֵּן אֵין יֵצֶר הָרַע שֶׁהוּא בֶּן יוֹם אֶחָד שָׁלֵם אֶלָּא הַיֵּצֶר הָרַע הוּא שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם דַּוְקָא וְאֵינוֹ כֵּן יוֹם אֶתְמוֹל. וְאָמַר עוֹד ' לֵית דִּידְבָא בַּת שַׁתָּא ' כִּי הַדִּידְבָא שֶׁהוּא הַשָּׂטָן שֶׁדּוֹבֵב בְּכָל יוֹם קִטְרוּגִים לֹא יִמָּצֵא בֶּן שָׁנָה שְׁלֵימָה כִּי יֵשׁ יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה שֶׁהוּא יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁנֶּהְפַּךְ לְסָנֵיגוֹר וְאֵינוֹ דּוֹבֵב קִטְרוּג וְאַחַר יוֹם כִּפּוּר פָּנִים חֲדָשׁוֹת בָּא וְאִם כֵּן אֵין לְךָ שָׂטָן שֶׁהוּא בֶּן שָׁנָה שְׁלֵימָה אֶלָּא תָּמִיד הוּא חָסֵר יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה שֶׁהוּא יוֹם הַכִּיפּוּרִים וְאַחַר כָּךְ הוּא חִדֵּשׁ בְּחִינָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ. וְדַע כִּי ' בְּקָא ' הוּא מַה שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבֵי ב"ק וְכַנִּזְכָּר בֶּעָרוּךְ וְלִכְאוֹרָה נִרְאֶה זֶה הב"ק הַנִּמְצָא מִתְקַיֵּים כַּמָּה יָמִים וְאֶפְשָׁר שֶׁכַּוָּנָתוֹ עַל ב"ק דְּיַמִּים וּנְהָרוֹת. אוֹ לְפִי פְּשׁוּטָן שֶׁל דְּבָרִים מַה שֶׁאָמַר ' בַּר יוֹמָא ' לָאו דַּוְקָא וְגַם הוּא לֹא כִּיוֵּן לְלַמְּדֵנוּ זֶה עַל בְּקָא וְדִידְבָא מַמָּשׁ אֶלָּא נָקֵיט לְהוּ בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְחִידָה לַעֲשׂוֹת בָּהֶם רֶמֶז.
💡 Explication

Suite sur la longévité des insectes sans os. Rav enseigne qu'aucun moustique ne vit un jour entier, et qu'aucune mouche ne vit une année entière. Cela appuie la règle précédente : la vermine sans os ne dure pas longtemps.

3
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי, וְהָא אָמְרִי אִינָשֵׁי: שֵׁב שְׁנֵי אִימְּרַאי בְּקַתָּא מִבָּקָא. דְּאָמְרָה לֵיהּ: חֲזִיתֵיהּ לְבַר מָחוֹזָא דִּסְחָא בְּמַיָּא, וְסָלֵיק וְאֶיכְרַךְ בִּסְדִינִין, וְאִיתֵּיבְתְּ עֲלֵיהּ וּמְצֵת מִינֵּיהּ, וְלָא הוֹדָעַת לִי. אֲמַר לֵיהּ: וְלִיטַעֲמֵיךְ, הָא דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי ״שִׁיתִּין מָנֵי פַּרְזְלָא תְּלוּ לֵיהּ לְבָקָא בְּקֻורְנָסֵיהּ״, מִי אִיכָּא? אִיהוּ גּוּפֵיהּ כַּמָּה הָוֵי? אֶלָּא בְּמָנֵי דִּידְהוּ, הָכָא נָמֵי בִּשְׁנֵי דִּידְהוּ.

Rav Papa dit à Abaye : mais les gens disent [l'adage] : 'sept ans la femelle du moustique (bekata) se révolta contre le mâle (baka)' [ce qui suppose qu'un moustique vit au moins sept ans] ! Car elle lui dit : j'ai vu un homme de Mehoza qui se baignait dans l'eau, qui est ressorti et s'est enveloppé dans des draps, et tu t'es posé sur lui et tu as sucé de lui [du sang], et tu ne me l'as pas fait savoir !

Il lui dit : et selon ton raisonnement, [l'adage] que les gens disent 'soixante manehs de fer sont suspendus au moustique à son marteau' [pour dire que sa piqûre est lourde] — y a-t-il [vraiment une telle chose] ? Lui-même, combien pèse-t-il !

Plutôt, [c'est] selon leurs [propres] manehs ; ici aussi [pour les sept ans, c'est] selon leurs [propres] années [bien plus courtes].

📜 Rachi (7)
אִימְּרָא לְשׁוֹן (אִיּוֹב לט) כָּעֵת בַּמָּרוֹם תִּמְרַיָּא. נִתְנַכְּרָה לוֹ וּמְרַדֶּה עָלָיו אינשלביי"ר:
Imra — un terme [comme dans] (Job 39) 'ke-et ba-marom tamri' [au moment où elle se dresse en haut]. Elle se rendit étrangère à lui et se révolta contre lui, 'inchalbeir' [en vernaculaire].
לְבַר מָחוֹזָא עַל שֵׁם שֶׁהָיוּ בְּנֵי מָחוֹזָא מְעֻונָּגִים וּשְׁמָנִים נֶאֱמַר מִשֶּׁל זֶה עֲלֵיהֶם:
Sur un homme de Mehoza — du fait que les habitants de Mehoza étaient délicats et gras, cette parabole fut dite à leur sujet.
וּמַצַּת מִינֵּיהּ דְּמָא. מִצָּצַת דָּמוֹ:
Et tu as sucé de lui — du sang ; tu as sucé son sang.
מַנִּי מִשְׁקַל שִׁשִּׁים מִנִּי:
Maneh — un poids de soixante manehs.
בְּקֻורְנָסֵיהּ מרטי"ל. כְּלוֹמַר הֱוֵי זָהִיר בּוֹ שֶׁנְּשִׁיכָתוֹ כְּבֵדָה:
À son marteau — 'martil' [en vernaculaire] ; c'est-à-dire : sois prudent avec lui, car sa morsure est lourde.
בְּמָנֵי דִּידְהוּ בְּמִשְׁקָל שֶׁלָּהֶן שֶׁל בָּקִי שֶׁהוּא קַל:
Selon leurs [propres] manehs — selon le poids qui leur est [propre], aux moustiques, lequel est léger.
בְּשֵׁנִי דִּידְהוּ רְגָעִים הֵן:
Selon leurs [propres] années — [ce] sont des instants.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שב שני אימרא בקתא מבקא. הנה בודאי מאמר זה שהזכירו רבותינו ז"ל בתלמוד עשו בו משל ורמז על ענין עמוק. ונראה לי בס"ד על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הפסוקים בפסוק בני נכר יבלו (שמואל ב' כב, מו) שהפתויים של העונות נעשים על ידי כוחות הנקבה דקליפה והיסורין והמיתה נעשים על ידי כוחות הזכר דקליפה עיין שם. גם ידוע מי שהוא צדיק גמור ועוסק בתורה אם יהיה לו יסורין של אהבה אין זה נעשה על ידי כוחות המזיקין הנזכרים ח"ו כי היסורין הם של אהבה וכתיב בהו אשרי הגבר אשר תיסרנו י־ה ומתורתך תלמדנו (תהלים צד, יב) ונאמר את אשר יאהב ה' יוכיח וכאב את בן ירצה (משלי ג, יב) וכן גם המיתה שלו לא תהיה על ידי כוחות דקליפה אלא תהיה בנשיקה על ידי אור זיו שכינתו יתברך. והנה ' בקתא ובקא ' הם מין אחד שקורין בערבי ב"ק אך בקא זכר בקתא נקבה לכן נרמז במאמר זה בבקא על זכר דקליפה ובבקתא על נקבה דקליפה וזו הנוקבא דקליפה אינה יכולה להתקרב ולהדבק בצדיק גמור שעוסק בתורה להחטיאו ולפתותו כי התורה משמרתו וגם על ידי שלימות צדקתו יהיה שלם במלבוש אור הקדושה הנמשך משם אלו־ה בסוד כימי אלוה ישמרני (איוב כט, ב) כמו שאמר רבינו ז"ל בשער הכונות בסוד ברכות השחר ולכן אינה יכולה הנוקבא דקליפה לפתותו ולהביאו לידי חטא כי מלבוש אור הקדושה הזה דוחה אותה מעליו. ועל כן כשתראה שבאים יסורין על אותו צדיק אינה יודעת שהם יסורין של אהבה שבאים על ידי שכינתו יתברך אלא חושבת הם כשאר יסורין שבאים על ידי בעלה הזכר הנקרא בקא וכן אם תמצא שנפטר אותו צדיק מן העולם אינה חושבת שמיתתו היתה על ידי שכינתו יתברך אלא חושבת שהיתה מיתתו על ידי בעלה הזכר ולכן היא מורדת בבעלה הזכר שמצא מקום שליטה לשלוט באותו צדיק ולא הגיד לה מאיזה דבר מצא לו מקום לשלוט בו כדי שגם היא היתה שולטת עליו במלחמה שלה שהוא ענין הסתה ופתוי להחטיאו ולטמאו בעונות ולא הגיד לה באיזה אבר מצא לו שליטה עליו כדי שגם היא היתה שולטת עליו באותו אבר לעשות מלאכתה עמו. ולזה אמר ' חזיתיה לבר מחוזא ' רמז לצדיק שגופו נמשל לעיר בהיותו בעולם הזה ומחוזא לשון מחוז או נקרא בר מחוזא על שם שהוא רואה ומביט בתורת ה' ומחוזא לשון חזות וראיה ' דסחא במיא ' רצונו לומר שהיה עוסק בתורה הנמשלה למים ' וסליק ' רצונו לומר נתעלה בה שלא חטא כלל שעל ידי כך ' איכרך בסדינין ' רמז למלבוש אור הקדושה הנזכר לעיל ועם כל זה אתה יכולת לשלוט בו ביסורין או במיתה כי חושבת שהיסורין או המיתה שבאו עליו הם נעשו על ידי בעלה. ולזה אמר ' ואותיבת עליה ומצת מיניה ' ביסורין אלו שהבאת עליו ' ולא הודעת לי ' מאיזה מקום ובאיזה כח ובאיזה סיבה היית אתה יכול לשלוט בו כי ודאי מצאת בו פגם באיזה מקום בנפשו ועל ידי כך שלטת בו ולא הודעת לי כדי שגם אני הייתי עושה מלאכתי עמו על ידי אותו פגם שיש בו שהייתי יכולה לשלוט בו לפתותו ולהחטיאו ועל כן מורדת וכועסת על בעלה הזכר בעבור זאת בחשבה שהיסורין או המיתה שהיה לאותו צדיק נעשה על ידי בעלה הזכר ולא ידעה שכל זה נעשה לו על ידי שכינתו יתברך והיסורין של אהבה הם. והרמז של שבעה שנים הוא כנגד שבעה עשריות של זמן האדם בעולם הזה או הרמז של שב שני הוא דאחר שבעת ימים מיום הפטירה תטעה הנוקבא דקליפה לחשוב שהמיתה על ידי בעלה ולכן כועסת עליו כאמור אבל שבעת ימים מעת הפטירה תכיר הקליפה ערך נשמת הצדיק ומעלתה ותבין כי לא שלט בה בעלה הזכר של קליפה לא ביסורין שבאו לה קודם המיתה ולא במיתה עצמה אלא תכיר ותבין שכל זה היה על ידי אור שכינתו יתברך ולכן לא תכעוס על בעלה אלא רק שבעת ימים שאחר הפטירה מפני שחושבת שהיתה היסורין והמיתה על ידי בעלה אבל אחר שבעת ימים תכיר במעלת הנפש של צדיק ותדע שלא היה לבעלה שליטה עליה ומה שהיה לה היה על ידי אור שכינתו יתברך אז לא תתכעס על בעלה כאמור והשם יתברך ברחמיו יצילנו מכל דבר רע ומכל פגע רע וישמרנו ויחינו חיים ארוכים וטובים ושלום אמן כן יהי רצון.
שיתין מני פרזלא תלו ליה לבקא בקורנסיה. נראה לי בס"ד בסוד הנה מטתו שלשלמה ששים גברים סביב לה מגברי ישראל (שיר השירים ג, ז) וכן יש ששים אותיות בברכת כהנים וששים תיבות במזמור ישׁב בּסתר עליוֹן (תהלים צא, א) עד כּי־אתּה ה' מחסי (פסוק ט) וכנזכר בשער הכונות בקריאת שמע שעל המטה שאומרים זה להבריח החיצונים ואלו הששים מגינים על האדם השוכב במטתו ומונעים את הסטרא אחרא שנקראת בקא כמו שאמרו לעיל שלא תשוך בקרנסה את האדם להחטיאו במשכבו.
💡 Explication

Objection de Rav Papa : un adage populaire fait durer la querelle de deux moustiques sept ans — preuve qu'un moustique vivrait sept ans ! La femelle reproche au mâle de s'être repu en cachette du sang d'un homme de Mehoza (ville réputée pour ses habitants délicats et gras). Réponse d'Abaye : par le même raisonnement, l'adage 'soixante manehs (poids) de fer pendent au marteau du moustique' serait absurde, vu son poids dérisoire ! Il faut donc l'entendre selon les manehs propres aux moustiques [très légers] ; de même les 'sept ans' se comptent en années de moustique [des instants].

4
תְּנַן הָתָם: בְּהֵמָה בַּעֲלַת חָמֵשׁ רַגְלַיִם, אוֹ שֶׁאֵין לָהּ אֶלָּא שָׁלֹשׁ – הֲרֵי זֶה מוּם. אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁחָסֵר וְיָתֵר בַּיָּד, אֲבָל חָסֵר וְיָתֵר בָּרֶגֶל – טְרֵפָה נָמֵי הָוְיָא. מַאי טַעְמָא? כָּל יָתֵר כְּנָטוּל דָּמֵי.

Nous avons appris là (Bekhorot 40a) : une bête qui a cinq pattes, ou qui n'en a que trois — voici un défaut (moum). Rav Houna a dit : on n'a enseigné [cela] que [pour le cas] où le manque ou le surnombre [est] à la patte antérieure (yad) ; mais [si] le manque ou le surnombre [est] à la patte postérieure (regel), elle est aussi tereifa.

Quelle [en est] la raison ? Tout [membre] en surnombre est tenu pour retranché (kol yater ke-natoul dami).

📜 Rachi (4)
תְּנַן הָתָם בִּבְכוֹרוֹת לְעִנְיַן מוּמִים:
Nous avons appris là — dans Bekhorot, a propos des défauts (moumin).
לֹא שָׁנוּ דְּקָתָנֵי הֲרֵי זֶה מוּם לְגָבוֹהַּ הָא לְהֶדְיוֹט שָׁרִי:
On n'a enseigné — ce qui est enseigné 'voici un défaut' [c'est] pour le sacré (gavoah) [l'autel] ; mais pour le profane (hedyot) [c'est] permis.
אֶלָּא שֶׁחָסֵר וְיָתֵר בַּיָּד שֶׁחִסּוּר זֶה דְּבַעֲלַת שָׁלֹשׁ אוֹ יִתּוּר זֶה דְּבַעֲלַת ה' בַּיָּד שֶׁאֵין לָהּ אֶלָּא יָד אֶחָד אוֹ שֶׁיֵּשׁ לָהּ ג' יָדַיִם:
Que [pour le cas] où le manque ou le surnombre [est] à la patte antérieure — que ce manque, [celui] de [la bête] à trois [pattes], ou ce surnombre, [celui] de [la bête] à cinq, [est] à la patte antérieure (yad) : [la bête] qui n'a qu'une seule patte antérieure, ou qui a trois pattes antérieures.
כְּנָטוּל דָּמֵי יָתֵר אֶחָד כְּחָסֵר אֶחָד וְהָוְיָא כְּבַעֲלַת רֶגֶל אֶחָד וּטְרֵפָה דְּהָוְיָא כְּשֶׁמּוֹטַת יֶרֶךְ בַּבְּהֵמָה:
Est tenu pour retranché — un [membre] en trop [vaut] comme un [membre] en moins, et elle est comme [une bête] à une seule patte, et [elle est] tereifa, car elle est comme une [bête à la] cuisse démise (chemoutat yarekh) parmi les bêtes [domestiques].
💡 Explication

Une michna de Bekhorot enseigne qu'une bête à cinq pattes (surnombre) ou à trois (manque) porte un défaut (moum) [la rendant impropre à l'offrande mais permise au profane]. Rav Houna précise : cela ne vaut que pour la patte antérieure (yad) ; mais un manque ou un surnombre à la patte postérieure (regel) rend la bête tereifa [interdite]. Le principe : tout surnombre vaut un retranchement (kol yater ke-natoul dami) — un membre en trop équivaut à un membre en moins, et l'absence d'une patte postérieure rend tereifa, comme une cuisse démise.

5
הָהִיא חֵיוְתָא דַּהֲוָה לַהּ תַּרְתֵּי סַנְיָא דֵּיבֵי, אַייְתוּהָ לְרָבִינָא, וּטְרֵפָה מִדְּרַב הוּנָא. וְאִי שְׁפָכָן לְהָדְדִי – כְּשֵׁרָה.

Une certaine bête qui avait deux caecums (sania devei) — on l'apporta à Ravina, et il la déclara tereifa d'après Rav Houna. Et si [les deux caecums] se déversent l'un dans l'autre — [elle est] cachere [car ils comptent pour un seul organe].

📜 Rachi (1)
סַנְיָא דֵּיבֵי בודי"ל קרשטניי"א קוֹרִין לוֹ:
Sania devei — 'boudil', on l'appelle 'kerechtenia' [la châtaigne ; ici l'appendice/caecum].
💡 Explication

Application du principe à un organe interne. Une bête avait deux caecums (sania devei) ; Ravina la déclara tereifa en vertu de Rav Houna (un organe en trop vaut un organe arraché, et une bête privée d'un caecum est tereifa). Mais s'ils communiquent (se déversent l'un dans l'autre), de sorte que la matière y circule librement, ils comptent pour un seul organe et la bête reste cachere.

6
הָהִיא גֻּובְתָּא דַּהֲוָה נָפְקָא מִבֵּי כָסֵי לְהֻובְלִילָא, סָבַר רַב אָשֵׁי לְמִיטְרְפַהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא מָר בַּר חִייָּא לְרַב אָשֵׁי: כֹּל הָנֵי חֵיוֵי בָּרָיָיתָא הָכִי אִית לְהוּ.

Un certain tube (goubta) qui sortait du [réseau, dit] beit kassei, vers le houvlila [le feuillet] — Rav Achi songea à la déclarer tereifa. Rav Houna Mar bar Hiya dit à Rav Achi : toutes ces bêtes sauvages des champs (hivei barata) ont [un tube] comme celui-ci [c'est normal].

📜 Rachi (2)
גֻּובְּתָּא כְּמוֹ קָנָה בָּשָׂר:
Goubta — comme un tuyau de chair.
דַּהֲוָה מְעַבַּר מִבֵּי כָּסֵי לְהֻובְלִילָא הֶמְסֵס:
Qui passait du beit kassei vers le houvlila — le feuillet (hemsess).
💡 Explication

Un tube de chair (goubta) reliait le beit kassei [le bonnet/réseau] au houvlila [le feuillet, hemsess]. Rav Achi pensa la déclarer tereifa [comme un organe surnuméraire]. Mais Rav Houna Mar bar Hiya objecte que toutes les bêtes ont ce tube : c'est un trait normal, donc la bête est cachere.

7
הָהוּא גֻּובְתָּא דַּהֲוָה מְעַבְּרָא מִבֵּי כָסֵי לִכְרֵסָא, סָבַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי לְאַכְשׁוֹרַהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב אוֹשַׁעְיָא: אַטּוּ כֻּולְּהוּ בַּחֲדָא מְחִיתָא מְחָתִינְהוּ? הֵיכָא דְּאִתְּמַר – אִתְּמַר, הֵיכָא דְּלָא אִתְּמַר – לָא אִתְּמַר.

Un certain tube (goubta) qui passait du beit kassei vers la panse (kerssa) — Mar bar Rav Achi songea à la déclarer cachere. Rav Ocha'aya lui dit : est-ce à dire qu'on les a tous tissés d'un seul tissage ?

Là où [cela] a été énoncé — [cela] a été énoncé ; là où [cela] n'a pas été énoncé — [cela] n'a pas été énoncé [donc cette bête-ci est tereifa].

📜 Rachi (4)
לְאַכְשׁוֹרַהּ כִּדְאַכְשַׁרְנָא בְּגֻובְּתָּא דְּבֵי כָּסֵי וְהֻובְלִילָא:
La déclarer cachere — comme j'ai déclaré cachere [la bête] au tube [reliant] le beit kassei et le houvlila.
בַּחֲדָא מַחִיתָא מְחָתִינְהוּ וְכִי בַּאֲרִיגָה אַחַת אֲרַגְתָּם לְכֻולָּם לָשׁוֹן (שְׁמוֹת לט בְּתַרְגּוּם) עוֹבֵד מָחֵי. דְּתִיקּוּן דִּבּוּר קָרוּ לוֹ אִינָשֵׁי אֲרִיגָה שֶׁמְּסַדֵּר אֶת דְּבָרָיו:
On les a tous tissés d'un seul tissage — est-ce d'un [seul] tissage que vous les avez tous tissés ? [C'est] un terme [comme dans] (Exode 39, dans le Targoum) 'ouvrage de tisserand (oved mehi)'. Une mise en ordre du propos (tikoun dibour), les gens l'appellent 'tissage', [le fait de] celui qui ordonne ses paroles.
הֵיכָא דְּאִיתְּמַר דְּבָרַייְתָא הָכִי אִית לְהוּ אִיתְּמַר:
Là où [cela] a été énoncé — [c'est-à-dire que] les bêtes sauvages [en] ont ainsi, [cela] a été énoncé.
וְהֵיכָא דְּלָא אִיתְּמַר לָא אִיתְּמַר וְיֶתֶר הוּא וּכְאִילּוּ נִיטַּל אֶחָד מִן הַמֵּעַיִם כְּנֶגְדּוֹ הוּא דְּכֹל יָתֵר כְּנָטוּל דָּמֵי וְכֵן הֲלָכָה דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג. ואע"ג דַּאֲמָרָן (לְעֵיל חֻולִּין דַּף מז.) בְּאוֹנִי דְּרֵיאָה לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרָבָא בִּיתֶרֶת הָא אוֹקִימְנָא וְהוּא דְּקַיְימָא בְּדָרָא דְּאֻונֵּי דְּקִים לְהוּ לְרַבָּנָן דְּאוֹרְחַייְהוּ בְּהָכִי אֲבָל בֵּינֵי בֵּינֵי טְרֵפָה אַלְמָא כְּנָטוּל דָּמֵי וְגַבֵּי רַגְלַיִם דְּלָאו אוֹרְחַיְיהוּ וַדַּאי טְרֵפָה:
Et là où [cela] n'a pas été énoncé — [cela] n'a pas été énoncé, et c'est un surnombre, et c'est comme si l'un des intestins lui avait été arraché en regard de [ce surnombre] ; car tout [membre] en surnombre est tenu pour retranché, et telle est la halakha, [puisqu']il n'y a personne pour diverger. Et bien que nous ayons dit (plus haut Houlin 47a) qu'à propos des lobes du poumon (one ha-réa) la halakha n'est pas comme Rava pour [un lobe] en surnombre — là, nous l'avons établi [pour le cas] où il se tient dans la rangée des lobes, [cas] où les Sages tiennent pour assuré que telle est leur manière [d'être] ; mais [s'il se tient] entre [les lobes], [elle est] tereifa — d'où [il ressort] qu'[un lobe surnuméraire] est tenu pour retranché. Et pour les pattes, qui ne sont pas dans leur manière [d'être ainsi], certainement [elle est] tereifa.
💡 Explication

Cas voisin mais inverse : un tube reliait le beit kassei à la panse (kerssa) [le rumen, et non le feuillet]. Mar bar Rav Achi voulut la déclarer cachere par analogie avec le cas précédent. Rav Ocha'aya refuse l'analogie : 'les a-t-on tous tissés d'un seul tissage ?' — on ne peut étendre la règle. Là où la normalité a été rapportée (panse-feuillet), elle vaut ; là où elle ne l'a pas été (panse-rumen), elle ne vaut pas : ce tube est un surnombre, donc la bête est tereifa (kol yater ke-natoul).

8
הֵעִיד נָתָן בַּר שֵׁילָא רַב טַבָּחַיָּא דְּצִיפּוֹרִי לִפְנֵי רַבִּי, עַל שְׁנֵי בְּנֵי מֵעַיִם הַיּוֹצְאִין מִן הַבְּהֵמָה כְּאֶחָד, שֶׁהִיא טְרֵפָה, וּכְנֶגְדָּן בָּעוֹף – כְּשֵׁרָה. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים? שֶׁיּוֹצְאִין בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת, אֲבָל יוֹצְאִין בְּמָקוֹם אֶחָד, וְכָלִין עַד כְּאֶצְבַּע – כְּשֵׁרָה.

Natan bar Chila, chef des bouchers de Tsippori, témoigna devant Rabbi [Yehouda ha-Nassi], au sujet de deux intestins (bnei meayim) qui sortent de la bête ensemble (ke-ehad, conjointement), qu'elle est tereifa ; et leur équivalent chez l'oiseau — [il est] cachere. En quel cas cela est-il dit ?

[Dans le cas] où ils sortent en deux endroits ; mais [s']ils sortent en un seul endroit et finissent [par se rejoindre] dans [l'espace d']un doigt — [elle est] cachere.

📜 Rachi (4)
הַיּוֹצְאִים מִן הַבְּהֵמָה כְּאֶחָד דְּאִית לָהּ תַּרְתֵּי הִדּוּרֵי דְּכַנְּתָא וּשְׁנֵיהֶם יוֹצְאִין מִן הַקֵּיבָה זֶה בְּרֹאשָׁהּ וְזֶה בְּאֶמְצָעָהּ:
Qui sortent de la bête ensemble (ke-ehad) — car elle a deux replis d'intestin (hadorei dekhanta), et tous deux sortent de l'estomac (keiva), l'un à sa tête et l'un en son milieu.
וּכְנֶגְדָּן בָּעוֹף כְּשֵׁרָה דְּעוֹף זִימְנִין דְּהָוֵי הָכִי ואע"ג דְּלָא מִשְׁתַּכֵּחַ לְהוּ הָכִי קִים לְהוּ. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁין שֶׁכָּל עוֹף דַּרְכּוֹ כֵּן מִשּׁוּם דְּמִן הַזֶּפֶק וְעַד הַקֻּורְקְבָן קָנֶה שֶׁל מַעְייָן אֶחָד וְהַהוּא קָרֵי בְּנֵי מֵעַיִם וּבְרֹאשׁ הַקֻּורְקְבָן יוֹצְאִין בְּנֵי מֵעַיִם גְּמוּרֵין:
Et leur équivalent chez l'oiseau [est] cachere — car l'oiseau, parfois, est ainsi, et bien qu'on ne le leur trouve pas [toujours] ainsi, ils en sont assurés. Et certains expliquent que tout oiseau est ainsi par nature, parce que, du jabot (zefek) jusqu'au gésier (kourkevan), [il y a] un tuyau (kaneh) d'un [seul] intestin, et celui-là on l'appelle 'bnei meayim' ; et à la tête du gésier sortent les intestins proprement dits.
אֲבָל יוֹצְאִין מִמָּקוֹם אֶחָד סְמוּכִין זֶה לָזֶה:
Mais [s']ils sortent d'un seul endroit — proches l'un de l'autre.
וְכֵלִים עַד כְּאֶצְבַּע וְחוֹזְרִין וּמִתְחַבְּרִין בְּתוֹךְ רֹוחַב אֶצְבַּע:
Et finissent [par se rejoindre] dans [l'espace d']un doigt — et reviennent se rattacher dans la largeur d'un doigt.
💡 Explication

Témoignage de Natan bar Chila, chef des bouchers de Tsippori, devant Rabbi : deux intestins sortant de l'estomac d'une behema la rendent tereifa ; mais le même phénomène chez l'oiseau est cachere [car fréquent]. Distinction : tereifa s'ils sortent en deux endroits distincts (l'un en tête de l'estomac, l'autre au milieu) ; cachere s'ils sortent en un seul endroit, côté à côté, et se rejoignent dans l'espace d'un doigt.

9
פְּלִיגִי בַּהּ רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי, חַד אָמַר: הוּא דְּהָדְרִי וְעַרְבֵי, וְחַד אָמַר: אַף עַל גַּב דְּלָא הָדְרִי וְעָרְבִי.

Rav Ami et Rav Assi divergent à ce sujet : l'un dit [qu'elle est cachere seulement] lorsqu'[ensuite les intestins] reviennent et se mêlent (hadrei ve-arvei) [se rejoignent en un seul] ; et l'un dit [qu'elle est cachere] même si [ensuite] ils ne reviennent pas se mêler.

📜 Rachi (1)
פְּלִיגִי בָּהּ בְּהֵיכָא דְּיוֹצְאִים מִמָּקוֹם אֶחָד דְּקָתָנֵי כְּשֵׁרָה:
Divergent à ce sujet — sur le [cas] où ils sortent d'un seul endroit, dont [la braita] enseigne [qu'elle est] cachere.
💡 Explication

Controverse de Rav Ami et Rav Assi sur le cas où les intestins sortent en un seul endroit. Opinion 1 : la bête n'est cachere que s'ils se rejoignent ensuite en un seul intestin (hadrei ve-arvei). Opinion 2 : elle est cachere même s'ils ne se rejoignent pas.

10
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר הוּא דְּהָדְרִי וְעָרְבִי, הַיְינוּ דְקָתָנֵי ״עַד כְּאֶצְבַּע״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַף עַל גַּב דְּלָא הָדְרִי וְעָרְבִי, מַאי ״עַד כְּאֶצְבַּע״? עַד כְּאֶצְבַּע מִלְּמַטָּה.

Soit : pour celui qui dit [qu'elle est cachere seulement] lorsqu'ils reviennent se mêler, c'est [bien] ce qu'enseigne [la braita] 'jusqu'à un doigt' [le lieu de la jonction]. Mais pour celui qui dit [qu'elle est cachere] même s'ils ne reviennent pas se mêler, qu'est-ce que 'jusqu'à un doigt' ?

[Réponse :] jusqu'à un doigt par en bas [près de l'orifice].

📜 Rachi (1)
מִלְּמַטָּה סָמוּךְ לְנֶקֶב הָרְעִי מִתְחַבְּרִין כְּדֵי שֶׁיְּהֵא הָרְעִי יוֹצֵא מִמָּקוֹם אֶחָד:
Par en bas — près de l'orifice des excréments ils se rattachent, afin que les excréments sortent d'un seul endroit.
💡 Explication

Vérification des deux opinions à la lumière du mot 'jusqu'à un doigt'. Pour l'opinion 1 (jonction requise), 'jusqu'à un doigt' désigne naturellement le lieu où les intestins se rejoignent. Pour l'opinion 2 (jonction non requise), que signifie alors 'jusqu'à un doigt' ? Réponse : 'jusqu'à un doigt par en bas', c'est-à-dire qu'ils doivent fusionner avant le dernier doigt, près de l'orifice anal, pour que les excréments sortent d'un seul endroit.

11
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם נִיטְּלָה הַנּוֹצָה – פְּסוּלָה. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד. רַבִּי יְהוּדָה – הָא דַּאֲמָרָן, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל – דִּתְנַן: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: הַנּוֹצָה מִצְטָרֶפֶת.

[La michna :] Rabbi Yehouda dit : si le duvet (notsa) [d'un oiseau] a été enlevé — [il est] passoul [tereifa, comme une bête écorchée]. Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Yehouda et Rabbi Yichmael ont dit une seule et même chose.

Rabbi Yehouda — [c'est] ce que nous avons dit ; Rabbi Yichmael — [c'est] ce que nous avons appris : Rabbi Yichmael dit : le duvet se joint [à la chair pour constituer la mesure d'un kazayit].

📜 Rachi (1)
ר' יְהוּדָה הָא דְּאָמַר דְּחָשֵׁיב לָהּ כִּגְלוּדָה שֶׁנִּיטַּל עוֹרָהּ וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל נַמֵּי חֲשִׁיב לְנוֹצָה כְּעוֹר דְּאָמַר נוֹצָה מִצְטָרֶפֶת לְכַזַּיִת לְפַגֵּל בְּחַטַּאת הָעוֹף אִם מְלָקָהּ ע"מ לֶאֱכֹול כַּזַּיִת בֵּין נוֹצָה וְעוֹר וּבָשָׂר חוּץ לִזְמַנּוֹ:
Rabbi Yehouda — ce qu'il dit, [c'est] qu'il [le] tient pour [une bête] écorchée (geloudah) dont la peau a été enlevée ; et Rabbi Yichmael aussi tient le duvet pour [équivalent à] la peau, [puisqu']il dit [que] le duvet se joint pour [former] un kazayit, [de quoi] rendre piggoul dans [le cas du] sacrifice expiatoire d'oiseau (hatat ha-of), s'il a pincé [la nuque] dans l'intention de consommer un kazayit [comprenant] à la fois duvet, peau et chair, hors de son temps.
🗂️ Tossefot (1)
הַנּוֹצָה מִצְטָרֶפֶת פ"ה לְעִנְיַן פִּגּוּל וְגָרֵיס אֲבָל לְעִנְיַן פִּגּוּל כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ ור"ת אוֹמֵר שֶׁהוּא מִשְׁנָה בִּטְהָרוֹת (פ"א מ"ב) הַכְּנָפַיִם וְהַנּוֹצָה מְטַמְּאוֹת וּמִיטַּמְּאוֹת וְלֹא מִצְטָרְפִין רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר הַנּוֹצָה מִצְטָרֶפֶת פֵּירוּשׁ מִצְטָרֶפֶת לִכְבֵיצָה דְּשׁוֹמֵר הוּא וּתְנַן בְּמַסֶּכֶת עֻוקְצִין (פ"א מ"א) כָּל שֶׁהוּא יָד וְאֵינוֹ שׁוֹמֵר טָמֵא וּמְטַמֵּא וְלֹא מִצְטָרֵף שׁוֹמֵר אֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ יָד טָמֵא וּמִצְטָרֵף וְהַשְׁתָּא מַיְיתֵי רְאָיָה מִדַּחֲשִׁיב לֵיהּ כְּשׁוֹמֵר לְבָשָׂר אַלְמָא הָוֵי כְּמוֹ עוֹר וּכְשֶׁנִּיטְּלָה כְּאִילּוּ נִיטַּל הָעוֹר דְּהָוֵי גְּלוּדָה וּטְרֵפָה וְרָבָא דָּחֵי עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא לְעִנְיַן אַגַּוְנֵי אֲבָל שׁוֹמֵר לַבָּשָׂר לָא חֲשִׁיב שֶׁאֵין רְגִילוּת לְהַצְנִיעַ הָעוֹף עִם הַנּוֹצָה שֶׁלֹּא יִתְלַכְלֵךְ וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר ר' יִשְׁמָעֵאל אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה דַּחֲשִׁיב שׁוֹמֵר אֲבָל לְעִנְיַן אַגַּוְנֵי לֹא מֵגֵין:
Le duvet se joint — Rachi a expliqué [que c'est] à propos du piggoul, et il a [cette] version ; mais quant au piggoul [proprement dit], il [Rabbi Yichmael] tient comme les Sages [que le duvet ne se joint pas]. Et Rabbenou Tam dit que c'est une michna dans Taharot (1, 2) : 'les ailes (kenafayim) et le duvet rendent impurs et deviennent impurs, mais ne se joignent pas ; Rabbi Yichmael dit : le duvet se joint' — c'est-à-dire qu'il se joint pour [former la mesure d']un keveitsa (œuf), car [le duvet] est un protecteur (chômer) ; et nous avons appris dans le traité Ouktsin (1, 1) : 'tout ce qui est une prise (yad) sans être un protecteur — [c'est] impur et rend impur, mais ne se joint pas ; un protecteur, même s'il n'est pas une prise — [c'est] impur et se joint'. Et maintenant [Rabbi Yo'hanan] apporte une preuve de ce qu'[on] le tient pour un protecteur de la chair — d'où [il ressort] qu'il est comme une peau ; et lorsqu'il est enlevé, c'est comme si la peau avait été enlevée, [auquel cas la bête] est écorchée (geloudah) et tereifa. Et Rava repousse [ce rapprochement] : Rabbi Yehouda n'a dit [cela] qu'à propos de la protection (aginoun) [contre le danger], mais comme protecteur de la chair il ne [le] tient pas [pour tel], car il n'est pas d'usage de ranger l'oiseau avec son duvet pour qu'il ne se salisse pas ; et Rabbi Yichmael n'a dit [cela] qu'à propos de l'impureté (toum'a), où [le duvet] est tenu pour protecteur, mais quant à la protection [contre le danger], il ne protège pas.
💡 Explication

La michna : pour Rabbi Yehouda, un oiseau dont le duvet (notsa) a été arraché est passoul (tereifa), comme une bête dont la peau a été retirée (geloudah). Rabbi Yo'hanan rapproche Rabbi Yehouda et Rabbi Yichmael : tous deux traitent le duvet comme la peau. Rabbi Yichmael l'enseigne à propos du piggoul : le duvet se joint à la chair pour former la mesure d'un kazayit [olive] — si le prêtre pince la nuque de l'oiseau en pensant consommer hors temps un kazayit comprenant chair et duvet, c'est piggoul ; donc le duvet est compté comme la peau.

12
אָמַר רָבָא: דִּילְמָא לָא הִיא, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָכָא אֶלָּא לְעִנְיַן טְרֵפָה, דְּלֵיכָּא מִידֵּי דְּמַגֵּין עֲלֵיהּ, אֲבָל לְעִנְיַן אִיפַּגּוֹלֵי – כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ, וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הָתָם אֶלָּא לְעִנְיַן אִיפַּגּוֹלֵי, אֲבָל לְעִנְיַן טְרֵפָה – אַגַּוְנֵי לֹא מֵגֵין.

Rava a dit : peut-être [n']en est-il [pas] ainsi [ils divergent en réalité]. Rabbi Yehouda n'a dit [cela] ici qu'à propos de [la loi de] tereifa, parce qu'il n'y a rien [d'autre] qui protège [l'oiseau après l'enlèvement du duvet, sa vie est en danger] ; mais à propos du piggoul (ipgouli), il tient comme les Sages [que le duvet ne se joint pas].

Et Rabbi Yichmael n'a dit [cela] là-bas qu'à propos du piggoul, [parce qu'il tient le duvet apte à la consommation] ; mais à propos de [la loi de] tereifa — quant à protéger, il ne protège pas.

📜 Rachi (3)
אַפִּגּוּלֵי גָּרְסִינַן:
Ipgouli — telle est la version [du mot].
אֶלָּא לְעִנְיַן אַפִּגּוּלֵי דְּקָסָבַר חַזְיָא לַאֲכִילָה:
Qu'à propos du piggoul — car il tient [le duvet] apte à la consommation.
לֹא מֵגֵין וְכִי נִיטְּלָה נָמֵי לֹא אִיכְפַּת לָן:
Il ne protège pas — et lorsqu'il a été enlevé aussi, [cela] ne nous importe pas.
💡 Explication

Rava conteste le rapprochement de Rabbi Yo'hanan : peut-être les deux maîtres divergent en réalité. Rabbi Yehouda ne traite le duvet comme la peau que pour la tereifa (rien ne protège plus l'oiseau, sa vie est menacée), mais pour le piggoul il suit les Sages [le duvet ne se joint pas]. Rabbi Yichmael ne le compte que pour le piggoul (il le tient apte à la consommation), mais pour la tereifa il estime que le duvet ne protège pas. Leur accord n'est donc qu'apparent.

13
מַתְנֵי׳ אֲחֻוזַּת הַדָּם, וְהַמְעֻושֶּׁנֶת, וְהַמְצֻונֶּנֶת, וְשֶׁאָכְלָה הַרְדּוּפְנִי, וְשֶׁאָכְלָה צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים, אוֹ שֶׁשָּׁתָת מַיִם הָרָעִים – כְּשֵׁרָה. אָכְלָה סַם הַמָּוֶת, אוֹ שֶׁהִכִּישָׁהּ נָחָשׁ – מֻותֶּרֶת מִשּׁוּם טְרֵפָה, וַאֲסוּרָה מִשּׁוּם סַכָּנַת נְפָשׁוֹת.

MICHNA. [Une bête] saisie de sang (ahouzat ha-dam) [malade par afflux de sang], l'enfumée (ha-meouchenet), la refroidie (ha-metsounenet), celle qui a mangé du laurier-rose (hardoufni), celle qui a mangé de la fiente de poules, ou qui a bu de l'eau mauvaise — [elle est] cachere.

[Si] elle a mangé un poison mortel (sam ha-mavet), ou [qu']un serpent l'a mordue — [elle est] permise au regard de [la loi de] tereifa, mais interdite à cause du danger de mort (sakanat nefachot).

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' אֲחֻוזַּת הַדָּם שֶׁאָחֲזָה דָּם וְחָלְתָה:
MICHNA. Saisie de sang — que le sang a saisie et [qui en] est tombée malade.
וְהַמְעֻושֶּׁנֶת נִכְנַס עָשָׁן בְּגוּפָהּ:
Et l'enfumée — de la fumée est entrée dans son corps.
וְהַמְצֻונֶּנֶת חֹולִי מֵחֲמַת צִינָּה: הַרְדּוּפְנִי - סַם הַמָּוֶת לִבְהֵמָה:
Et la refroidie — une maladie due au froid ; le laurier-rose (hardoufni) — un poison mortel pour la bête.
מַיִם הָרָעִים מַיִם מְגֻולִּים:
L'eau mauvaise — de l'eau découverte (megoulim).
אָכְלָה סַם הַמָּוֶת שֶׁהוּא סַם הַמָּוֶת לָאָדָם:
[Si] elle a mangé un poison mortel — qui est un poison mortel pour l'homme.
💡 Explication

La michna distingue deux catégories. Cachere (rien ne perfore d'organe, donc non tereifa) : la bête saisie de sang (affligée par un afflux de sang), enfumée (la fumée a pénétré son corps), refroidie, ayant mangé du laurier-rose (hardoufni, poison pour la bête), de la fiente de poules, ou bu de l'eau mauvaise (eau découverte). En revanche, si elle a mangé un poison mortel pour l'homme ou a été mordue par un serpent : elle est permise rituellement (non tereifa) mais interdite à cause du danger de mort pour celui qui en mangerait.

14
גְּמ׳ אָמַר שְׁמוּאֵל: הִלְעִיטָה חִלְתִּית – טְרֵפָה, מַאי טַעְמָא? דְּמִינַּקְבָה לְהוּ לְמַעְיָינָהּ.

GUEMARA. Chmouel a dit : [si] on lui a fait avaler de l'asa fetida (hiltit) — [elle est] tereifa.

Quelle [en est] la raison ? Parce qu'elle [lui] perfore les intestins (mayan).

📜 Rachi (1)
גְּמ' קֹורֶט שֶׁל חִלְתִּית חַד הוּא וְנוֹקֵב אֶת בְּנֵי הַמֵּעַיִם. חִלְתִּית לזר"א:
GUEMARA. Un éclat d'asa fetida — c'en est un [seul] et il perfore les intestins. Asa fetida, 'laza' [en vernaculaire].
💡 Explication

La guemara ouvre sur Chmouel : une bête à qui l'on a fait avaler de l'asa fetida (hiltit, gomme-résine très âcre) est tereifa, parce que cette substance perfore ses intestins (une perforation rendant tereifa). Cela semble contredire la michna qui déclare cachere la bête ayant ingéré divers produits dangereux.

15
מֵתִיב רַב שֵׁיזְבִי: אֲחֻוזַּת הַדָּם, וְהַמְעֻושֶּׁנֶת, וְשֶׁאָכְלָה הַרְדּוּפְנִי, וְשֶׁאָכְלָה צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים, וְשָׁתַת מַיִם הָרָעִים, הִלְעִיטָה תִּיעָהּ, חִלְתִּית וּפִלְפְּלִין, אָכְלָה סַם הַמָּוֶת – כְּשֵׁרָה. הִכִּישָׁהּ נָחָשׁ, אוֹ שֶׁנְּשָׁכָהּ כֶּלֶב שׁוֹטֶה – מֻותֶּרֶת מִשּׁוּם טְרֵפָה, וַאֲסוּרָה מִשּׁוּם סַכָּנַת נְפָשׁוֹת. קַשְׁיָא חִלְתִּית אַחִלְתִּית, קַשְׁיָא סַם הַמָּוֶת אַסַּם הַמָּוֶת!

Rav Chizbi objecte [d'une braita] : [une bête] saisie de sang, l'enfumée, celle qui a mangé du laurier-rose, celle qui a mangé de la fiente de poules, et [celle qui] a bu de l'eau mauvaise, [à qui] on a fait avaler de la tia, de l'asa fetida (hiltit) et du poivre (pilpelin), [qui] a mangé un poison mortel — [elle est] cachere. [Si] un serpent l'a mordue, ou [qu']un chien enragé (kelev choteh) l'a mordue — [elle est] permise au regard de [la loi de] tereifa, mais interdite à cause du danger de mort.

[Voici] une difficulté : 'asa fetida' [de la braita] contre 'asa fetida' [de Chmouel] ; [et] une difficulté : 'poison mortel' [de la braita] contre 'poison mortel' [de la michna] !

📜 Rachi (4)
תֵּיעָא תור"א בְּלַעַ"ז וְעֵשֶׂב מַר הוּא מְאֹד וְכָל אֵלּוּ קָשִׁין לָהּ:
Tia — 'tora' en langue vernaculaire ; et c'est une herbe très amère, et toutes celles-ci [lui] sont dures.
כֶּלֶב שׁוֹטֶה אָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף פג:) רוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עָלָיו וּכְשֶׁנּוֹשֵׁךְ אָדָם שׁוֹרָה עָלָיו וְהוֹרַגְתּוֹ:
Chien enragé — nous disons dans le traité Yoma (83b) qu'un esprit mauvais (roua'h raa) repose sur lui, et lorsqu'il mord un homme, [cet esprit] repose sur lui et le tue.
קַשְׁיָא חִלְתִּית דְּהָכָא אַחִלְתִּית דִּשְׁמוּאֵל:
Une difficulté : 'asa fetida' — d'ici contre 'asa fetida' de Chmouel.
וְקַשְׁיָא סַם הַמָּוֶת דְּהָכָא אַסַּם הַמָּוֶת דְּמַתְנִי':
Et une difficulté : 'poison mortel' — d'ici contre 'poison mortel' de la michna.
💡 Explication

Rav Chizbi objecte par une braita qui déclare cachere la bête à qui l'on a fait avaler tia, asa fetida et poivre, ou qui a mangé un poison mortel. Double contradiction : (1) l'asa fetida est cachere dans la braita mais tereifa pour Chmouel ; (2) le poison mortel est cachere dans la braita mais, dans la michna, permis rituellement seulement [et interdit par danger]. La braita ne range parmi les bêtes 'permises rituellement mais interdites par danger' que la morsure de serpent et celle du chien enragé.

16
חִלְתִּית אַחִלְתִּית לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּעָלִין, כָּאן בִּקְרָטִין. סַם הַמָּוֶת אַסַּם הַמָּוֶת לָא קַשְׁיָא: הָא דְּיָדָהּ, הָא דְּאָדָם. סַם הַמָּוֶת דִּבְהֵמָה הַיְינוּ הַרְדֻּופְנֵי? תְּרֵי גַּווְנֵי סַם הַמָּוֶת.

'Asa fetida' contre 'asa fetida' — ce n'est pas une difficulté : ici [c'est le cas] avec les feuilles (alin), là [c'est le cas] avec les éclats (kartin). 'Poison mortel' contre 'poison mortel' — ce n'est pas une difficulté : ceci [la braita parle] du sien [du poison mortel pour la bête], ceci [la michna parle] de [celui] de l'homme. [Mais] le poison mortel de la bête, n'est-ce pas [précisément] le laurier-rose (hardoufni) [déjà mentionné] ?

[Réponse :] [il s'agit de] deux sortes de poison mortel.

📜 Rachi (2)
הָא דִּידֵהּ בָּרַייְתָא בְּסַם הַמָּוֶת דִּבְהֵמָה שֶׁאֵינוֹ סַם הַמָּוֶת לָאָדָם:
Ceci [parle] du sien — la braita [parle] d'un poison mortel pour la bête, qui n'est pas un poison mortel pour l'homme.
בִּתְרֵי גַּווְנֵי סַם הַמָּוֶת דִּבְהֵמָה מַייְרֵי תַּנָּא דְּבָרַיְיתָא:
[Il s'agit] de deux sortes de poison mortel — [pour] la bête, [c'est] de [cela] que parle le tana de la braita.
💡 Explication

Résolution des deux difficultés. Pour l'asa fetida : la braita (cachere) vise les feuilles (alin, moins âcres), Chmouel (tereifa) vise les éclats (kartin, très tranchants, qui perforent). Pour le poison mortel : la braita (cachere) parle d'un poison mortel pour la bête seule, la michna (interdit par danger) d'un poison mortel pour l'homme. Objection : le poison mortel pour la bête, n'est-ce pas le laurier-rose déjà cité ? Réponse : il y a deux sortes de poison mortel [pour la bête], et la braita en mentionne donc une autre que le laurier-rose.

17
מַאי תִּיעָהּ? אָמַר רַב יְהוּדָה:

Qu'est-ce que la tia ? Rav Yehouda a dit :

💡 Explication

La braita ayant mentionné la tia, la guemara demande de quoi il s'agit. La réponse de Rav Yehouda se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).