Sougya : Après quelques remèdes et un récit sur un faon aux pattes coupées (Rav y craint la tereifa, Chmouel la morsure de serpent), la michna énonce les signes de pureté : ceux de la behema et de la haya sont dans la Torah (sabot fendu, rumination), ceux de l'oiseau ne le sont pas (les Sages : un rapace est impur ; doigt supplémentaire, jabot et gésier pelable rendent pur), ceux des sauterelles (quatre pattes, quatre ailes, sauteuses, ailes couvrantes) et ceux des poissons (nageoire et écaille). La gemara reformule le signe négatif 'pas de dents en haut' et le confronte au chameau (qui a un croc, niv), au jeune chameau (sans croc), au pourceau et à l'arod ; l'école de Rabbi Yichmael montre, par le mot 'lui' (hou) du verset, qu'aucune autre espèce n'est à craindre.
Rav Hisda en tire trois examens pour le voyageur : selon que les sabots, la bouche ou les deux manquent, on inspecte la bouche, les sabots ou la chair (en chaîne et trame), pourvu qu'on sache reconnaître le jeune chameau, le pourceau et l'arod. La page se clôt sur une objection de Rabbi Zira : pourquoi des signes pour la haya, puisqu'elle est comprise dans la behema ?
[C'est] la racine d'une [plante] amère (mararta).
Fin d'une discussion médicinale (venue de 58b). On identifie un remède : la racine d'une plante amère (ikara de-mararta). Rachi et Tossefot précisent le nom de la plante en langue vernaculaire ; Tossefot renvoie à un autre nom donné dans le chapitre Kol Chaa (Pessahim 39a) et à Souka 13a.
Rav Yehouda a dit : celui qui mange le poids de trois chekels d'assa foetida (hilteta) à jeun (alibba rikana) — sa peau se détache. Rabbi Abahou a dit : [un tel] fait m'est arrivé, et j'ai mangé le poids d'un seul chekel d'assa foetida ; et si je ne m'étais [aussitôt] assis dans l'eau — ma peau se serait détachée, et j'ai accompli sur moi-même [le verset] : 'la sagesse fait vivre celui qui la possède' (Ecclésiaste 7:12).
Mise en garde diététique : avaler trois chekels d'assa foetida (hilteta, gomme-résine très échauffante) à jeun peut faire 'peler' la peau (par la fièvre qu'elle provoque). Rabbi Abahou raconte qu'un seul chekel a failli lui faire ce mal, et qu'il s'est sauvé en s'asseyant aussitôt dans l'eau pour se refroidir — d'où l'application du verset 'la sagesse fait vivre celui qui la possède'.
Rav Yossef a dit : celui qui mange seize œufs, quarante noix, sept baies de câprier (boutita de-perahi), et boit un quart [de log] de miel à la saison de Tamouz (l'été) — à jeun — l'attache de son cœur se déracine.
Autre mise en garde : cette combinaison excessive — seize œufs, quarante noix, sept baies de câprier, un quart de log de miel — prise à jeun en plein été, 'déracine l'attache du cœur', c'est-à-dire détruit le point d'attache vital du cœur (selon Rachi, [seulement] si l'on a mangé tout cela ensemble).
Un certain faon (bar tavya) qui vint à la maison de l'Exilarque (rech galouta), dont les pattes de derrière étaient coupées (mefaskan kraan batrayata) — Rav l'examina à la jointure des tendons (tsomet ha-guidin) et le déclara cachere. Il pensa en manger saignant (be-oumtsa).
Chmouel lui dit : le Maître ne craint-il pas une [morsure] (nikouri) ?
Récit. Un faon arrive abattu chez l'Exilarque, les pattes de derrière coupées. Rav vérifie la jointure des tendons (tsomet ha-guidin, dans la cuisse près du jarret) : intacte, donc la bête n'est pas tereifa, il la déclare cachere. Il veut la manger saignante (be-oumtsa, à peine grillée). Chmouel l'arrête : ne crains-tu pas une morsure de serpent (nikouri) — qui rend la viande dangereuse à consommer ?
[Rav] lui dit : quel est le remède (takanta) ? [Chmouel répondit :] qu'on le mette au four, [et] de lui-même il s'examinera (badik nafcheih).
On le mit [au four] : il tomba en morceaux, en morceaux (tilhi tilhi). Chmouel proclama au sujet de Rav : 'aucun mal n'atteint le juste' (Proverbes 12:21) ; Rav proclama au sujet de Chmouel : 'aucun secret ne t'embarrasse' (Daniel 4:6).
Le remède (takanta) proposé par Chmouel : passer la viande au four, où elle s'examine d'elle-même ; si elle est mordue, elle se désagrège. De fait, elle tomba en morceaux (signe de la morsure). Chmouel loue la providence qui a préservé Rav ('aucun mal n'atteint le juste'), et Rav loue le savoir de Chmouel ('aucun secret ne t'embarrasse').
MICHNA. Les signes [de pureté] de la behema (bête domestique) et de la haya (bête sauvage) ont été énoncés dans la Torah ; et les signes de l'oiseau (oof) n'ont pas été énoncés, mais les Sages ont dit : tout oiseau qui happe sa proie (dores) — impur ; tout [oiseau] qui a un doigt supplémentaire, un jabot (zefek) et un gésier (kourkevan) [dont la membrane intérieure] se pèle — pur.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok dit : tout oiseau qui partage ses pattes (holek et raglav) — impur.
La michna. Pour la behema et la haya, les signes sont écrits dans la Torah (sabot fendu, rumination). Pour l'oiseau, non : les Sages donnent un signe négatif (le rapace, dores, qui happe et soulève sa proie, est impur) et trois signes positifs (doigt supplémentaire placé plus haut à l'arrière, jabot, gésier dont la membrane se pèle). R. Elazar bar Tsadok ajoute un autre signe d'impureté : l'oiseau qui, pose sur un fil, partage ses pattes (deux doigts d'un côté, deux de l'autre).
Et pour les sauterelles (hagavim) : tout [insecte] qui a quatre pattes, quatre ailes, des [pattes] sauteuses (kartsoulayim) et dont les ailes couvrent la majeure partie [de son corps]. Rabbi Yossi dit : et [il faut aussi] que son nom soit 'hagav'.
Et pour les poissons (daguim) : tout [poisson] qui a une nageoire (senapir) et une écaille (kaskeset). Rabbi Yehouda dit : deux écailles et une nageoire.
Et voici ce que sont les écailles : celles qui sont fixées à lui ; et les nageoires : [ce] avec quoi il vole [nage] (poreah).
Suite de la michna. Sauterelles : quatre signes — quatre pattes, quatre ailes, deux pattes sauteuses (kartsoulayim, longues pattes près du cou servant à bondir) et des ailes couvrant la majeure partie du corps ; R. Yossi exige en plus que l'espèce se nomme hagav. Poissons : nageoire et écaille (R. Yehouda : deux écailles, une nageoire) ; la michna définit l'écaille (fixée au corps) et la nageoire (l'organe avec lequel il nage).
GEMARA. Nos Maîtres ont enseigné : voici les signes de la behema — 'tout animal qui a le sabot fendu etc.' (Lévitique 11:3) ; toute behema qui rumine (maalat guera) — il est su qu'elle n'a pas de dents en haut, et [elle est] pure.
La braita reformule les signes de la behema à partir du verset 'tout animal qui a le sabot fendu... et qui rumine... vous le mangerez'. Elle ajoute une règle pratique : toute bête qui rumine n'a pas de dents incisives en haut — d'où un signe négatif commode pour reconnaître la pureté.
Mais est-ce une règle [générale] ? Or voici le chameau (gamal), qui rumine et n'a pas de dents en haut, et [pourtant] il est impur !
[Réponse :] le chameau a des crocs (nivi).
Objection à la règle 'qui rumine n'a pas de dents en haut, donc pur' : le chameau rumine et n'a pas d'incisives en haut, et il est pourtant impur ! Réponse : le chameau a des crocs (nivi) — deux dents pointues en haut, une de chaque côté — donc il n'entre pas dans la catégorie 'sans dents en haut'.
Or voici le jeune chameau (ben gamal), qui n'a pas non plus de crocs ; et de plus, voici le daman (chafan) et le lièvre (arnevet), qui ruminent et ont des dents en haut, et [pourtant] sont impurs ! Et en outre, les dents sont-elles [seulement] écrites dans la Torah ?
Plutôt, voici ce que [la braita] veut dire : toute behema qui n'a pas de dents en haut — il est su qu'elle rumine et qu'elle a le sabot fendu, et [elle est] pure.
Trois objections contre la règle telle qu'énoncée : (1) le jeune chameau n'a pas encore de crocs et reste impur ; (2) le daman et le lièvre ruminent et ont des dents en haut, et sont impurs ; (3) d'ailleurs les dents ne sont pas mentionnées dans la Torah ! Conclusion : la braita doit se lire dans l'autre sens — toute bête qui n'a pas de dents en haut est, à coup sûr, ruminante et au sabot fendu, donc pure (et l'on n'a pas à attendre de la voir ruminer).
Mais qu'on examine ses sabots ! [Réponse :] par exemple [le cas] où ses sabots étaient coupés (hatoukhot), et conformément à [l'enseignement de] Rav Hisda ; car Rav Hisda a dit : [si] l'on marchait dans le désert et l'on a trouvé une behema dont les sabots étaient coupés — on examine sa bouche : si elle n'a pas de dents en haut, il est su qu'elle est pure ; sinon, il est su qu'elle est impure ; pourvu qu'on reconnaisse le chameau.
[Mais] le chameau a des crocs (nivi) [donc on le reconnaîtrait par la] ! Plutôt, [dis :] pourvu qu'on reconnaisse le jeune chameau (ben gamal).
Pourquoi passer par la bouche, plutôt qu'examiner directement les sabots ? Réponse : dans le cas, enseigné par Rav Hisda, où les sabots sont coupés (donc inexaminables). Premier examen de Rav Hisda : sabots coupés -> on regarde la bouche ; pas de dents en haut -> pure ; sinon -> impure ; à condition de reconnaître le chameau. La gemara corrige : le chameau se reconnaîtrait déjà à ses crocs ; il faut donc dire 'pourvu qu'on reconnaisse le jeune chameau' (qui, lui, n'a pas de crocs et tromperait l'examen).
Ne dis-tu pas qu'il y a le jeune chameau ? [Alors] il y a aussi une autre espèce qui ressemble au jeune chameau !
[Réponse :] [cela] ne te viendra pas à l'esprit, car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[et] le chameau, car il rumine, lui...' (Lévitique 11:4) — le Maître de Son monde sait qu'il n'y a rien qui rumine et [soit] impur si ce n'est le chameau ; c'est pourquoi le verset l'a singularisé par [le mot] 'lui' (hou).
Nouvelle objection : si l'on craint le jeune chameau, il pourrait exister une autre espèce semblable (ruminante, sans crocs, impure) ! Réponse de l'école de Rabbi Yichmael : le verset 'le chameau, car il rumine, lui' emploie à dessein le mot 'hou' (lui) — le Créateur, qui connaît toutes les espèces, atteste qu'aucune autre bête ruminante n'est impure que le chameau (et ses congénères nommés dans la section). Plus rien à craindre.
Et Rav Hisda a [aussi] dit : [si] l'on marchait en chemin et l'on a trouvé une behema dont la bouche était mutilée (gamoum), on examine ses sabots : si ses sabots sont fendus (sedoukot) — il est su qu'elle est pure ; sinon — il est su qu'elle est impure ; pourvu qu'on reconnaisse le pourceau (hazir).
Deuxième examen de Rav Hisda : si la bouche est mutilée (gamoum, coupée) et qu'on ne peut voir les dents, on inspecte les sabots ; fendus -> pure ; non fendus -> impure ; à condition de reconnaître le pourceau (hazir), qui a le sabot fendu mais ne rumine pas, et reste donc impur.
Ne dis-tu pas qu'il y a le pourceau ? [Alors] il y a aussi une autre espèce qui ressemble au pourceau !
[Réponse :] [cela] ne te viendra pas à l'esprit, car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : '[et] le pourceau, car il a le sabot fendu... lui...' (Lévitique 11:7) — le Maître de Son monde sait qu'il n'y a rien qui ait le sabot fendu et [soit] impur si ce n'est le pourceau ; c'est pourquoi le verset l'a singularisé par [le mot] 'lui' (hou).
Même structure que pour le chameau : si l'on craint le pourceau, n'y a-t-il pas une autre espèce au sabot fendu et impure ? Réponse de l'école de Rabbi Yichmael : le verset 'le pourceau, car il a le sabot fendu... lui' singularise par 'hou' — le Créateur atteste qu'aucune autre bête au sabot fendu n'est impure que le pourceau.
Et Rav Hisda a [aussi] dit : [si] l'on marchait dans le désert et l'on a trouvé une behema dont la bouche était mutilée et les sabots coupés — on examine sa chair : si elle court en chaîne et trame (cheti va-erev) — il est su qu'elle est pure ; sinon — il est su qu'elle est impure ; pourvu qu'on reconnaisse l'arod (âne sauvage).
Troisième examen de Rav Hisda : si la bouche est mutilée ET les sabots coupés, on inspecte la chair ; si elle se déchire en chaîne et trame (cheti va-erev : une partie verticalement, une partie horizontalement) -> pure ; sinon -> impure ; à condition de reconnaître l'arod (âne sauvage), dont la chair court aussi en chaîne et trame mais qui est impur.
Ne dis-tu pas qu'il y a l'arod ? [Alors] il y a aussi une autre espèce qui ressemble à l'arod !
[Réponse :] on tient pour tradition (guemiri) qu'il n'y en a pas. Et où examine-t-on [la chair] ?
Abaye a dit, et certains disent [que c'est] Rav Hisda : aux ailes du coccyx (kanfei ha-okets) [la chair des hauts de cuisse près de l'os de la queue].
Dernière objection : pourquoi ne pas craindre, pour l'arod, une autre espèce semblable ? Réponse : ici on s'appuie sur une tradition (guemiri) qu'il n'en existe pas — il n'y a donc pas besoin du procédé du verset 'hou'. Enfin, précision pratique sur l'endroit où inspecter la chair : aux ailes du coccyx (kanfei ha-okets), sous l'os de la queue, où la chair se déchire tantôt en chaîne, tantôt en trame.
[La michna :] 'les signes de la haya'. Nos Maîtres ont enseigné : voici les signes de la haya.
[Objection :] la haya est comprise dans la behema quant aux signes ! Rabbi Zira a dit :
Retour à la michna ('les signes de la haya'). Une braita s'apprête à énoncer les signes de la haya (bête sauvage). La gemara objecte : pourquoi des signes propres à la haya, puisque la haya est déjà comprise dans la behema pour les signes ? (Le verset 'voici l'animal vivant (haya)... parmi les bêtes (behema)... tout ce qui a le sabot fendu' englobe les deux.) La réponse de Rabbi Zira ouvre la suite, au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).