Sougya : La sougya cherche à reconnaître une chaya (animal sauvage), dont la graisse (helev) est permise, par opposition à une behema (domestique), dont le helev est interdit. Le Tana Kama exige deux signes — cornes (keranayim) et sabots fendus (telafim) ; Rabbi Dossa juge la corne signe décisif.
La Guemara teste la règle par une série de contre-exemples (chèvre, bœuf, chèvre, gazelle) qui forcent à préciser quatre qualités de corne : kerouhot (en couches), haroukot (crantées), mefoutsalot (ramifiées), hadourot (rondes et pointues). Rava conclut : cornes ramifiées -> chaya certaine ; sinon il faut les trois autres qualités réunies, avec des crans absorbés l'un dans l'autre.
De là naît le doute sur le bouc karkoz, tranché en pratique (helev permis) par les Sages d'Eretz Israël, avec égard pour Rav Ahai qui interdit. Vient ensuite le keresh (à corne unique, permis), le lion gigantesque de Bé Ilai, et l'aggada de Rabbi Yehochoua ben Hanania devant l'empereur romain.
[Les signes sont donnés] pour permettre sa graisse (helev), et voici ce qu'[le Tana] dit : voici les signes de l'animal sauvage (chaya) dont la graisse est permise — tout [animal] qui a des cornes et des sabots [fendus].
Fin de la discussion ouverte en 59a. Les signes énumérés ne servent pas à permettre la consommation de la bête (toute bête pure se mange) mais à établir qu'elle est une chaya (animal sauvage) et non une behema (animal domestique) : car la graisse (helev) d'une behema est interdite, alors que celle d'une chaya est permise. Le signe : avoir des cornes (keranayim) et des sabots fendus (telafim).
Rabbi Dossa dit : [s']il a des cornes — tu n'as pas besoin de revenir [vérifier] les sabots ; [s']il a des sabots — tu dois revenir [vérifier] les cornes. Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne — [sa graisse] est permise.
Position de Rabbi Dossa : la corne est un signe décisif (siman mouvhak). Donc des cornes [adéquates] suffisent à établir la chaya sans vérifier les sabots ; mais des sabots seuls ne suffisent pas, il faut alors vérifier aussi les cornes. Le keresh (une espèce de chaya), bien qu'il n'ait qu'une seule corne, a une graisse permise.
Est-ce une règle [générale] ? Mais voici la chèvre (ez), qui a des cornes et des sabots, et dont la graisse est interdite !
[Réponse :] nous requérons [des cornes] en couches (kerouhot). Mais voici le bœuf (chor), qui [a des cornes] en couches, et dont la graisse est interdite !
[Réponse :] nous requérons [des cornes] crantées (haroukot).
La Guemara teste la règle 'cornes = chaya' par des contre-exemples (voir le schéma). La chèvre a cornes et sabots mais graisse interdite : on précise donc qu'il faut des cornes kerouhot (en couches, écaille sur écaille, comme celles du bœuf). Le bœuf a des cornes en couches mais graisse interdite : on précise qu'il faut aussi des cornes haroukot (crantées, pleines d'entailles et de sillons).
Mais voici la chèvre, qui [a des cornes] crantées, et dont la graisse est interdite ! [Réponse :] nous requérons [des cornes] ramifiées (mefoutsalot).
Mais voici la gazelle (tzvi), dont [les cornes] ne sont pas ramifiées, et dont la graisse est permise ! [Réponse :] nous requérons [des cornes] rondes-pointues (hadourot).
Suite de la chaîne. La chèvre a aussi des cornes crantées mais graisse interdite : on exige donc des cornes mefoutsalot (ramifiées, fourchues). Mais la gazelle (tzvi), dont les cornes ne sont pas ramifiées, a pourtant une graisse permise ! On précise donc qu'à défaut de ramification il faut des cornes hadourot (rondes et pointues, comme celles du cerf et de la gazelle, qui s'effilent vers le haut).
Dès lors : là où [les cornes] sont ramifiées (mifoutsla) — ni jugement ni juge ; là où [elles] ne sont pas ramifiées — nous requérons [des cornes] en couches (kerouhot), rondes-pointues (hadourot) et crantées (haroukot), et [il faut] que ses crans soient absorbés (mivla harikaihou) [l'un dans l'autre].
Conclusion de la Guemara (voir le schéma). Quand les cornes sont ramifiées (mefoutsalot) : 'ni jugement ni juge' (lo dina vélo dayana) — aucun doute, c'est une chaya certaine, car aucune behema n'a de cornes fourchues. Quand elles ne sont pas ramifiées, il faut les trois autres qualités réunies — en couches, rondes-pointues, crantées — et de plus que les crans soient absorbés (mivla harikaihou), c'est-à-dire serrés et imbriqués l'un dans l'autre.
Et c'est cela le doute de la chèvre karkoz (eza karkoz). Une certaine chèvre karkoz qui se trouvait dans la maison de l'Exilarque (resh galouta), dont on retira un plein panier de graisse (tzana de-tarba).
Rav Ahai [l']interdit ; Rav Chmouel fils de Rabbi Abahou en mangea, [et] il appliqua à lui-même [le verset] : 'des fruits de la bouche d'un homme se rassasie son ventre' (Proverbes 18:20).
C'est de cette indécision que naît le doute sur le bouc karkoz (eza karkoz), dont les cornes sont rondes-pointues et crantées mais qui porte un nom de chèvre. Cas concret : chez l'Exilarque (resh galouta), un karkoz fournit un plein panier de graisse. Rav Ahai l'interdit (il y voit une behema) ; Rav Chmouel fils de Rabbi Abahou en mangea et s'applique le verset 'des fruits de la bouche d'un homme se rassasie son ventre' — grâce à son savoir (ce qu'il a appris et reçu), il sut que c'était permis.
Ils envoyèrent de là-bas (Eretz Israël) : la halakha [suit] Chmouel fils de Rabbi Abahou ; et soyez prudents [à l'égard] de notre maître Ahai, car il éclaire les yeux de l'exil (meir eine gola).
Les Sages d'Eretz Israël tranchent : la halakha suit Rav Chmouel (la graisse du karkoz est permise, c'est une chaya). Mais ils recommandent les égards dus à Rav Ahai — ne pas permettre en sa présence ce que lui interdit — car il 'éclaire les yeux de l'exil' (meir eine gola), grand maître de la diaspora.
Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne, [sa graisse] est permise. Rav Yehouda dit : le keresh [est] la gazelle (tavya) de la forêt de Be Ilai, [et] le tigris [est] le lion (arya) de Be Ilai.
Rav Kahana dit : il y a neuf coudées entre les oreilles du lion de Be Ilai. Rav Yossef dit : la peau (machkeh) de la gazelle de Be Ilai a seize coudées.
Retour au keresh de la braita : à corne unique, sa graisse est permise. Rav Yehouda identifie le keresh à la gazelle (tavya) de la forêt de Be Ilai, et le tigris au lion (arya) de Be Ilai. Mesures aggadiques : Rav Kahana — neuf coudées entre les oreilles de ce lion ; Rav Yossef — la peau de cette gazelle mesure seize coudées.
L'empereur (kissar) dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : votre Dieu est comparé à un lion, comme il est écrit 'le lion a rugi, qui ne craindrait ?' (Amos 3:8) — quelle est sa grandeur ? un cavalier (parcha) tue un lion ! Il lui dit : il n'est pas comparé à ce lion[-là], il est comparé au lion de Be Ilai.
Il lui dit : je veux que tu me le montres. Il lui dit : tu ne peux pas le voir.
Il lui dit : en vérité (ivra), [je veux] le voir ! Il pria pour [obtenir] miséricorde [et le lion] fut arraché de son lieu,
Aggada. L'empereur romain raille Rabbi Yehochoua ben Hanania : si Dieu est comparé à un lion (Amos 3:8), où est sa grandeur, puisqu'un simple cavalier peut tuer un lion ? Réponse : Dieu n'est pas comparé à un lion ordinaire, mais au lion de Be Ilai. L'empereur exige de le voir ; Rabbi Yehochoua avertit qu'il ne le peut, mais devant son insistance ('en vérité, je veux le voir'), il prie et le lion s'arrache de son lieu [pour venir vers Rome].
Lorsqu'il fut éloigné de quatre cents parasanges (parsei), il poussa un cri (niham), [et] même toutes les [femmes] enceintes (ibarta) [avortèrent], et la muraille (chora) de Rome tomba. Lorsqu'il fut éloigné de trois cents parasanges, il poussa un autre cri, [et] les molaires (kake) et les dents (chine) des hommes tombèrent, et lui aussi tomba de son trône à terre.
Il lui dit : de grâce (be-matouta), prie pour [obtenir] miséricorde à son sujet, qu'il retourne à son lieu. Il pria pour [obtenir] miséricorde à son sujet, et [le lion] retourna à son lieu.
Suite. À quatre cents parasanges de Rome, le lion rugit une fois : toutes les femmes enceintes avortent et la muraille de Rome s'écroule. À trois cents, second rugissement : les dents des hommes tombent et l'empereur lui-même chute de son trône. Terrifié, il supplie Rabbi Yehochoua de prier pour que le lion retourne à son lieu ; celui-ci prie, et le lion revient.
L'empereur dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : je veux voir votre Dieu. Il lui dit : tu ne peux pas le voir.
Il lui dit : en vérité (ivra)
Nouvelle requête de l'empereur, qui ouvre l'aggada [poursuivie au daf suivant] : il veut à présent voir Dieu lui-même. Rabbi Yehochoua répond qu'il ne le peut pas ; l'empereur insiste de nouveau : 'en vérité [je veux le voir]' — la suite [le soleil que l'œil ne peut fixer] se trouve en 60a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).