Chullin 59b — les signes de l'animal sauvage (simane chaya) : cornes, sabots, et la graisse permise

Chullin 59b

Sougya : La sougya cherche à reconnaître une chaya (animal sauvage), dont la graisse (helev) est permise, par opposition à une behema (domestique), dont le helev est interdit. Le Tana Kama exige deux signes — cornes (keranayim) et sabots fendus (telafim) ; Rabbi Dossa juge la corne signe décisif.

La Guemara teste la règle par une série de contre-exemples (chèvre, bœuf, chèvre, gazelle) qui forcent à préciser quatre qualités de corne : kerouhot (en couches), haroukot (crantées), mefoutsalot (ramifiées), hadourot (rondes et pointues). Rava conclut : cornes ramifiées -> chaya certaine ; sinon il faut les trois autres qualités réunies, avec des crans absorbés l'un dans l'autre.

De là naît le doute sur le bouc karkoz, tranché en pratique (helev permis) par les Sages d'Eretz Israël, avec égard pour Rav Ahai qui interdit. Vient ensuite le keresh (à corne unique, permis), le lion gigantesque de Bé Ilai, et l'aggada de Rabbi Yehochoua ben Hanania devant l'empereur romain.

Reconnaître une chaya (animal sauvage) : son graisse (helev) est permise enjeu : le helev d'une behema (domestique) est interdit ; celui d'une chaya est permis Tana Kama : deux signes Rabbi Dossa il faut cornes (keranayim) ET sabots fendus (telafim) les deux ensemble lèvent tout doute (chaya impure / behema pure) cornes -> pas besoin de vérifier les sabots sabots seuls -> il faut vérifier les cornes la corne est un signe décisif (mouvhak) le keresh, à une seule corne, est permis Les quatre qualités de corne qui font la chaya kerouhot (en couches) -> écarte la chèvre | haroukot (crantées) -> écarte le bœuf mefoutsalot (ramifiées) -> tranche seul | hadourot (rondes-pointues) -> écarte encore la chèvre
Vue d'ensemble (segments 0-4) : les deux signes du Tana Kama, la position de Rabbi Dossa, et les quatre qualités de corne.
L'échelle des objections : chaque contre-exemple force une qualité de corne en plus la chèvre (ez) à cornes + sabots mais helev interdit -> on exige kerouhot (cornes en couches) le bœuf (chor) cornes en couches mais helev interdit -> on exige haroukot (cornes crantées) la chèvre (ez) cornes crantées mais helev interdit -> on exige mefoutsalot (cornes ramifiées) la gazelle (tzvi) non ramifiées mais helev permis -> on exige hadourot (rondes, pointues) sa graisse est permise
La chaîne d'objections (segments 2-3) : chaque contre-exemple ajoute une qualité de corne requise.
La règle finale (Rava) et le cas litigieux du bouc karkoz Cornes ramifiées (mefoutsalot) ni jugement ni juge (lo dina vélo dayana) chaya certaine -> helev permis Cornes NON ramifiées il faut les trois ensemble : kerouhot + hadourot + haroukot et que les crans soient absorbés (mivla) Le bouc karkoz : cornes rondes et crantées, mais nom de chèvre -> doute Rav Ahai interdit | Rav Chmouel b. R. Abahou mange ; la halakha suit Rav Chmouel (permis)
La règle de Rava (segment 4) et le cas du bouc karkoz (segments 5-6) qui en découle.
1
לְהַתִּיר חֶלְבָּהּ, וְהָכִי קָאָמַר: אֵלּוּ הֵן סִימָנֵי חַיָּה שֶׁחֶלְבָּהּ מֻותָּר – כֹּל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם וּטְלָפַיִם.

[Les signes sont donnés] pour permettre sa graisse (helev), et voici ce qu'[le Tana] dit : voici les signes de l'animal sauvage (chaya) dont la graisse est permise — tout [animal] qui a des cornes et des sabots [fendus].

📜 Rachi (2)
לְהַתִּיר חֶלְבָּהּ וְהָכִי קָאָמַר אֵלּוּ סִימָנֵי חַיָּה לֵידַע שֶׁחֶלְבָּהּ מֻותָּר:
Pour permettre sa graisse — et voici ce qu'il dit : voici les signes de l'animal sauvage [permettant] de savoir que sa graisse est permise.
שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ:
Qui a des cornes — [le texte] l'explique plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
אֵלּוּ הֵן סִימָנֵי חַיָּה כֹּל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם וּטְלָפַיִם קַרְנַיִם אָתֵי לְאַפּוּקֵי מִבְּהֵמָה דְּכֵיוָן דְּיֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם חֲרוּקוֹת וּכְרוּכוֹת כְּדִלְקַמָּן אִם כֵּן לָאו בְּהֵמָה הִיא אֲבָל אַכַּתִּי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי בְּחַיָּה טְמֵאָה לְכָךְ בָּעֵינַן טְלָפִים פַּרְסוֹת הַסְּדוּקוֹת דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְסַפּוּקֵי לֹא בְּחַיָּה טְמֵאָה וְלֹא בִּבְהֵמָה טְהוֹרָה וְחֶלְבָּהּ מֻותָּר רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר כֹּל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם קַרְנֵי חַיָּה אִי אַתָּה צָרִיךְ לַחֲזוֹר עַל הַטְּלָפִים דְּסָבַר דְּחַיָּה טְמֵאָה אֵין לָהּ קַרְנַיִם וְהַשְׁתָּא צָרִיךְ לוֹמַר הָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה נא:) כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם יֵשׁ לוֹ טְלָפַיִם רַבִּי דּוֹסָא הִיא דְּאִילּוּ רַבָּנָן הָא אָמְרִי כִּי נַמֵּי אִית לָהּ קַרְנַיִם אַכַּתִּי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי דִּילְמָא חַיָּה טְמֵאָה הִיא כָּךְ פֵּי' הריב"ם ור"ת פֵּירֵשׁ דְּיֵשׁ לוֹ טְלָפִים דְּקָאָמַר לָא אָתְיָא לְאוֹרוֹיֵי שֶׁחַיָּה טְהוֹרָה הִיא שֶׁהֲרֵי הָכָא לָא אַייְרֵי אֶלָּא בְּסִימָנִין לְהַתִּיר חֶלְבָּהּ לְאַפּוֹקֵי מִבְּהֵמָה טְהוֹרָה וּמְפָרֵשׁ הָכִי כֹּל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּדִמְפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ כְּרוּכוֹת כו' וְגַם יֵשׁ לָהּ טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא חַיָּה טְהוֹרָה וְחֶלְבָּהּ טָהוֹר דְּיֵשׁ מִין בְּהֵמָה שֶׁאֵינָן מְצֻוייָּן בֵּינֵינוּ דְּיֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּקַרְנֵי חַיָּה אוֹ יֵשׁ לָהּ טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה לְכָךְ בָּעֵינַן שְׁנֵי סִימָנִין דְּתַרְוַייְהוּ לֵיתַנְהוּ בְּשׁוּם בְּהֵמָה וְכִי פָּרֵיךְ וַהֲרֵי שׁוֹר דִּכְרוּכוֹת לְרַבִּי דּוֹסָא פָּרִיךְ דְּלָא בָּעֵי אֶלָּא חַד דִּלְרַבָּנָן לִישַׁנֵּי לֵיהּ שׁוֹר לֵית לֵיהּ טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה אַךְ קְצָת קָשֶׁה דְּאָמַר לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף סג:) גָּלוּי וְיָדוּעַ כו' שֶׁהַבְּהֵמָה טְמֵאָה מְרֻובָּה עַל הַטְּהוֹרָה לְפִיכָךְ מָנָה הַכָּתוּב בַּטְּהוֹרָה מַשְׁמַע דְּאֵין שׁוּם בְּהֵמָה טְהוֹרָה כִּי אִם אוֹתָם הַמְּנוּיִין שׁוֹר וְכֶשֶׂב וָעֵז וְאוֹתָם לֵית לְהוּ לֹא קַרְנַיִם כְּקַרְנֵי חַיָּה וְלֹא טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה וי"ל הָכִי כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם גְּרֵידָא כְּקַרְנֵי חַיָּה חֶלְבּוֹ מֻותָּר אוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה כְּמוֹ כֵן אֵין לְסַפּוֹקֵי בִּבְהֵמָה רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר יֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם כְּקַרְנֵי חַיָּה חֶלְבָּהּ מֻותָּר יֵשׁ לָהּ טְלָפִים כְּטַלְפֵי חַיָּה אַכַּתִּי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי בִּבְהֵמָה דְּיֵשׁ טַלְפֵי חַיָּה דּוֹמוֹת כְּטַלְפֵי בְּהֵמָה וְהַשְׁתָּא מַתְנֵי' דְּפֶ' בָּא סִימָן (נִדָּה נא:) דְּכֹל שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם יֵשׁ לוֹ טְלָפַיִם מָצֵי אָתֵי כְּכוּלֵּי עָלְמָא דְּרַבָּנָן מוֹדוֹ כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם יֵשׁ לוֹ פַּרְסוֹת סְדוּקוֹת אַךְ קָשֶׁה עַל פֵּירוּשׁ זֶה דְּכִי פָּרֵיךְ וַהֲרֵי עז שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם וּטְלָפִים מִסְּתָמָא הָוֵי הַהוּא טְלָפִים דָּמוֹ כְּטַלְפֵי דְּחַיָּה כְּמוֹ טְלָפִים דְּבָרַיְיתָא וְלָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר תַּרְתֵּי דְּאִיכָּא בְּעֵז כֵּיוָן דִּבְחַד סַגִּי לְהַתִּיר חֶלְבָּהּ:
Voici les signes de l'animal sauvage : tout [animal] qui a des cornes et des sabots [fendus] — 'cornes' vient exclure la behema (l'animal domestique), car dès lors qu'[un animal] a des cornes crantées (haroukot) et en couches (kerouhot), comme [il sera dit] plus loin, [c'est] donc qu'il n'est pas une behema ; mais [à ce stade] il y a encore [lieu] de craindre [qu'il soit] une chaya impure, c'est pourquoi nous requérons des 'sabots' — des onglons fendus (perassot ha-sedoukot), car maintenant il n'y a plus à craindre ni la chaya impure ni la behema pure, et sa graisse est permise. Rabbi Dossa dit : tout [animal] qui a des cornes — [ce sont] des cornes de chaya, tu n'as pas besoin de revenir vérifier les sabots ; car il tient [que] la chaya impure n'a pas de cornes. Et il faut alors dire [que] ce que nous avons appris au chapitre Ba Siman (Nida 51b) 'tout [animal] qui a des cornes a des sabots [fendus]' [suit] Rabbi Dossa ; car [pour] les Sages (Rabanan), eux [qui] disent que même [si l'animal] a aussi des cornes il y a encore à craindre que ce ne soit peut-être une chaya impure. Ainsi a expliqué le Rivam. Et Rabbenou Tam a expliqué que 'il a des sabots' dont il [est] parlé ne vient pas enseigner qu'[il s'agit] d'une chaya pure, car ici [le Tana] ne traite que des signes [permettant] de permettre la graisse, à l'exclusion de la behema pure ; et il l'explique ainsi : tout [animal] qui a des cornes — comme [le texte] l'explique plus bas, en couches (kerouhot) etc. — et qui a aussi des sabots comme les sabots de chaya, [il est] certain [que] c'est une chaya pure et [que] sa graisse est pure ; car il y a une espèce de behema, qui n'est pas fréquente chez nous, qui a des cornes comme les cornes de chaya, ou qui a des sabots comme les sabots de chaya, c'est pourquoi nous requérons les deux signes, car les deux ne se trouvent [réunis] en aucune behema. Et quand [la Guemara] objecte 'mais voici le bœuf, qui [a des cornes] en couches', [c'est] selon Rabbi Dossa qu'elle objecte, qui n'exige qu'un [seul signe] ; car selon les Sages on lui répondrait : le bœuf n'a pas de sabots comme les sabots de chaya. Mais [cela] fait quelque difficulté, car [la Guemara] dit plus loin (Houlin 63b) 'il est manifeste et connu... que les bêtes domestiques impures sont plus nombreuses que les pures, c'est pourquoi le verset a dénombré [les espèces] parmi les pures' — ce qui implique qu'il n'est aucune behema pure hormis celles qui sont dénombrées, le bœuf, le mouton et la chèvre, et que celles-là n'ont ni cornes comme les cornes de chaya ni sabots comme les sabots de chaya. Et l'on peut dire ainsi : tout [animal] qui a des cornes seules comme les cornes de chaya — sa graisse est permise ; ou qui a des sabots comme les sabots de chaya — de même il n'y a pas à craindre [que ce soit] une behema. Rabbi Dossa dit : [s']il a des cornes comme les cornes de chaya, sa graisse est permise ; [s']il a des sabots comme les sabots de chaya, il y a encore à craindre [que ce soit] une behema, car il existe des sabots de chaya qui ressemblent aux sabots de behema. Et maintenant la michna du chapitre Ba Siman (Nida 51b), 'tout [animal] qui a des cornes a des sabots [fendus]', peut [s']accorder avec tous, car les Sages admettent [que] tout [animal] qui a des cornes a des onglons fendus. Mais il y a une difficulté sur cette explication : car lorsque [la Guemara] objecte 'mais voici la chèvre, qui a des cornes et des sabots', vraisemblablement ces sabots-là ressemblent aux sabots de chaya, comme les 'sabots' de la braita — alors pourquoi [le Tana] aurait-il besoin de dire les deux, [puisqu']il y en a [déjà un seul] chez la chèvre, dès lors qu'un seul suffit pour permettre sa graisse ?
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אֵלּוּ הֵן סִימָנֵי חַיָּה שֶׁחֶלְבָּהּ מֻותָּר כֹּל שֶׁיֵּשׁ לָהּ קַרְנַיִם וּטְלָפַייִם. וְאִם תֹּאמַר כָּל בְּהֵמָה טְהוֹרָה יֵשׁ לָהּ טְלָפַיִים. וּפֵירֵשׁ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל דְּבִשְׁנֵי סִימָנִים אֵלּוּ יֵשׁ לְהַכִּיר בֵּין בְּהֵמָה לְחַיָּה. וְגַם שֶׁחַיָּה טְהוֹרָה הִיא סִימָן דְּטַלְפַּייִם לְהַכִּיר שֶׁהִיא חַיָּה טְהוֹרָה שֶׁאֵין דָּבָר טָמֵא שֶׁיֵּשׁ לוֹ טְלָפַיִים אֶלָּא חֲזִיר וַחֲזִיר אֵין לוֹ קַרְנַיִם. וְסִימָן דַּקְרָנִים לְהַכִּיר בֵּין חַיָּה לִבְהֵמָה. אֲבָל לֹא בֵּין טְהוֹרָה לִטְמֵאָה דִּטְמֵאָה יֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם וְרַבֵּינוּ תָּם זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּבָאוּ הַסִּימָנִים לְהַכִּיר בֵּין חַיָּה לִבְהֵמָה וְטַלְפֵי חַיָּה מְשֻׁונִּים מִשֶּׁל בְּהֵמָה וְנִיכָּר הוּא לָעֵינַיִם. דְּשֶׁל חַיָּה אֲרֻוכּוֹת וְחַדּוֹת וְשֶׁל בְּהֵמָה רְחָבוֹת. וְלֹא הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ אֲבָל בְּהֶפְרֵשׁ קַרְנַיִם יֵשׁ כַּמָּה סִימָנִים. וַהֲרֵי עז שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם וּטְלָפַייִם וְחֶלְבּוֹ אָסוּר. כְּרוּכוֹת בָּעֵינַן וַהֲרֵי שׁוֹר דִּכְרוּכוֹת נִינְהוּ וְחֶלְבּוֹ אָסוּר. חֲרוּקוֹת בָּעֵינַן וַהֲרֵי עז דַּחֲרוּקוֹת נִינְהוּ וְחֶלְבּוֹ אָסוּר. מְפֻוצָּלוֹת בָּעֵינַן וַהֲרֵי צְבִי דְּאֵין מְפֻוצָּלוֹת וְחֶלְבּוֹ מֻותָּר חֲדוּדוֹת בָּעֵינַן. הִלְכָּךְ כָּל הֵיכָא דְּמִפַּצְלִי לָא בָּעֵינַן מִידִּי אַחֲרִינָא. הֵיכָא דְּלָא מִיפַּצְלִי בָּעֵינַן כְּרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת וַחֲדוּדוֹת וְהוּא דְּמִבְלָע חִרְקַיְיהוּ. וְהַייְנוּ סְפֵיקָא דְּעִיזָּא דְּכַרְכּוּז. וְרַשִׁ"י זַ"ל גָּרֵיס חֲדוּדוֹת שֶׁהֵן חַדִּין בְּרֹאשָׁן וּכְרוּכוֹת הַיְינוּ עֲגֻולּוֹת ור"ת זַ"ל גּוֹרֵס מְבֻוצָּלוֹת פֵּירוּשׁ זְקוּפוֹת וּבְרֹאשָׁן כְּפוּפוֹת. וּמְבֻוצָּלוֹת לְשׁוֹן כְּפִיפָה כְּהַהִיא דְּפֶרֶק הָאוֹמֵר דַּף סב: מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי אֲגַם לִישָּׁנֵי דְּבֻוצְלֵי הִיא דִּכְתִיב הֲלָכֹוף כְּאַגְמוֹן רֹאשׁוֹ. וְאַפֵּי' אִי גָּרַס מְפֻוצָּלוֹת פֵּ"א וּבֵי"ת מִתְחַלְּפוֹת בִּלְשׁוֹן הַגְּמָרָא בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כט:) דְּאִפְּצִיל זַרְתָּא כְּמוֹ דְּאַבְצִיל זַרְתָּא. וּבִלְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה הַבָּקָר כְּמוֹ הֶפְקֵר פֵּאָה פ"ו. וְהִילְכְתָא עִיזָּא דְּכַרְכּוּז מִין חַיָּה הוּא וְחֶלְבּוֹ מֻותָּר. וְקֶרֶשׁ אע"פ שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא קֶרֶן אַחַת חֶלְבּוֹ מֻותָּר. אָמַר רַב יְהוּדָה קֶרֶשׁ טַבְיָא דְּבֵי עִילַּאי :
Nos maîtres ont enseigné (Tanou Rabanan) : voici les signes de l'animal sauvage (chaya) dont la graisse (helev) est permise — tout [animal] qui a des cornes (keranayim) et des sabots [fendus] (telafim). Et si tu objectes : toute behema (animal domestique) pure a des sabots [fendus] ! Le Rambam, de mémoire bénie, a expliqué que par ces deux signes on peut distinguer entre la behema et la chaya ; et de plus [pour savoir] qu'il s'agit d'une chaya pure (tehora), le signe des sabots sert à reconnaître que c'est une chaya pure, car il n'est aucun [animal] impur (tame) qui ait des sabots [fendus] hormis le porc (hazir), et le porc n'a pas de cornes. Et le signe des cornes sert à distinguer entre la chaya et la behema, mais non entre [l'espèce] pure et [l'espèce] impure (temea), car l'impure a des cornes [elle aussi]. Et Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a expliqué que les signes sont venus pour distinguer entre la chaya et la behema, et [que] les sabots de la chaya diffèrent de ceux de la behema et [que la différence] est reconnaissable à l'œil : car ceux de la chaya sont longs et pointus, et ceux de la behema sont larges ; et [le Tana] n'a pas eu besoin de [le] préciser [pour les sabots], mais quant à la différence des cornes, il y a plusieurs signes [à distinguer]. Or voici la chèvre (ez) qui a des cornes et des sabots, et dont la graisse est interdite (assour) ! Nous requérons [des cornes] en couches (kerouhot). Or voici le bœuf (chor) qui [a des cornes] en couches, et dont la graisse est interdite ! Nous requérons [des cornes] crantées (haroukot). Or voici la chèvre qui [a des cornes] crantées, et dont la graisse est interdite ! Nous requérons [des cornes] ramifiées (mefoutsalot). Or voici la gazelle (tzvi) dont [les cornes] ne sont pas ramifiées, et dont la graisse est permise ! Nous requérons [des cornes] rondes-pointues (hadourot). Dès lors, partout où [les cornes] sont ramifiées, nous ne requérons rien d'autre ; [mais] là où elles ne sont pas ramifiées, nous requérons [qu'elles soient] en couches, crantées et rondes-pointues, et que leurs crans soient absorbés (mivla). Et c'est cela le doute [halakhique] de la chèvre karkoz. Et Rachi, de mémoire bénie, lit 'hadourot' [au sens de] celles qui sont pointues à leur sommet, et 'kerouhot', c'est-à-dire rondes. Et Rabbenou Tam, de mémoire bénie, lit 'mevoutsalot', ce qui signifie dressées et courbées à leur sommet ; et 'mevoutsalot' est un terme de courbure (kefifa), comme dans ce [passage] du chapitre Ha-Omer (Kiddouchin 62b) : d'où [sait-on] que ce mot 'agam' est un terme [désignant] les joncs (boutslei) ? de ce qu'il est écrit (Isaie 58:5) 'pour courber comme un jonc sa tête' (halakhof ke-agmon rocho). Et même si l'on lit 'mefoutsalot', le peh et le bet s'interchangent dans la langue de la Guemara, au chapitre Bekhol Mearvin (Erouvin 29b), [ainsi] 'ifpetsil zarta' [est] comme 'ivtsil zarta' ; et dans la langue de la Michna [on trouve] 'habakar' au sens de 'hefker' (rendu sans maître), [dans le traité] Pea, chapitre 6. Et la halakha [est que] la chèvre karkoz est une espèce de chaya et [que] sa graisse est permise. Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne, sa graisse est permise. Rav Yehouda a dit : le keresh, [c'est] la 'gazelle de la maison de Ilai' (tavya de-vei Ilai).
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte en 59a. Les signes énumérés ne servent pas à permettre la consommation de la bête (toute bête pure se mange) mais à établir qu'elle est une chaya (animal sauvage) et non une behema (animal domestique) : car la graisse (helev) d'une behema est interdite, alors que celle d'une chaya est permise. Le signe : avoir des cornes (keranayim) et des sabots fendus (telafim).

2
רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר: יֵשׁ לָהּ קַרְנַיִם – אִי אַתָּה צָרִיךְ לַחֲזוֹר עַל טְלָפַיִם, יֵשׁ לָהּ טְלָפִים – צָרִיךְ אַתָּה לַחֲזוֹר עַל קַרְנַיִם, וְקֶרֶשׁ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא קֶרֶן אַחַת – מֻותָּר.

Rabbi Dossa dit : [s']il a des cornes — tu n'as pas besoin de revenir [vérifier] les sabots ; [s']il a des sabots — tu dois revenir [vérifier] les cornes. Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne — [sa graisse] est permise.

📜 Rachi (3)
טְלָפִים צִפָּורְנֵי הַפְּרָסוֹת:
Sabots (telafim) — les onglons des perassot (sabots fendus).
אִי אַתָּה צָרִיךְ לַחֲזוֹר שֶׁאֲפִילּוּ נֶחְתְּכוּ רַגְלֶיהָ כְּשֵׁרָה וְחֶלְבָּהּ מֻותָּר שֶׁהַקַּרְנַיִם סִימָן מֻובְהָק הוּא:
Tu n'as pas besoin de revenir [vérifier] — car même si ses pattes ont été coupées [elle est] cachere et sa graisse est permise, puisque les cornes sont un signe décisif (siman mouvhak).
קֶרֶשׁ חַיָּה הִיא וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ לָהּ:
Keresh — c'est une chaya, [le texte] l'explique plus loin.
💡 Explication

Position de Rabbi Dossa : la corne est un signe décisif (siman mouvhak). Donc des cornes [adéquates] suffisent à établir la chaya sans vérifier les sabots ; mais des sabots seuls ne suffisent pas, il faut alors vérifier aussi les cornes. Le keresh (une espèce de chaya), bien qu'il n'ait qu'une seule corne, a une graisse permise.

3
כְּלָלָא הוּא? וַהֲרֵי עז, דְּיֵשׁ לוֹ קַרְנַיִם וּטְלָפַיִם, וְחֶלְבּוֹ אָסוּר! כְּרוּכוֹת בָּעֵינַן. וַהֲרֵי שׁוֹר, דִּכְרוּכוֹת, וְחֶלְבּוֹ אָסוּר! חֲרוּקוֹת בָּעֵינַן.

Est-ce une règle [générale] ? Mais voici la chèvre (ez), qui a des cornes et des sabots, et dont la graisse est interdite !

[Réponse :] nous requérons [des cornes] en couches (kerouhot). Mais voici le bœuf (chor), qui [a des cornes] en couches, et dont la graisse est interdite !

[Réponse :] nous requérons [des cornes] crantées (haroukot).

📜 Rachi (2)
כְּרוּכוֹת גִּילְדֵי גִּילְדֵי קְלִיפָּה עַל קְלִיפָּה כְּעֵין קַרְנֵי הַשּׁוֹר:
En couches (kerouhot) — [faites] de couches successives (gildei gildei), écorce sur écorce, à la manière des cornes du bœuf.
חֲרוּקוֹת מְלֵאוֹת פְּגִימוֹת וַחֲרִיצִים קרניי"ר בְּלַעַ"ז:
Crantées (haroukot) — pleines d'entailles et de sillons, 'kraniyer' en langue vernaculaire.
💡 Explication

La Guemara teste la règle 'cornes = chaya' par des contre-exemples (voir le schéma). La chèvre a cornes et sabots mais graisse interdite : on précise donc qu'il faut des cornes kerouhot (en couches, écaille sur écaille, comme celles du bœuf). Le bœuf a des cornes en couches mais graisse interdite : on précise qu'il faut aussi des cornes haroukot (crantées, pleines d'entailles et de sillons).

4
וַהֲרֵי עז, דַּחֲרוּקוֹת, וְחֶלְבּוֹ אָסוּר? מְפֻוצָּלוֹת בָּעֵינַן! וַהֲרֵי צְבִי, דְּאֵין מְפֻוצָּלוֹת, וְחֶלְבּוֹ מֻותָּר? חֲדוּרוֹת בָּעֵינַן.

Mais voici la chèvre, qui [a des cornes] crantées, et dont la graisse est interdite ! [Réponse :] nous requérons [des cornes] ramifiées (mefoutsalot).

Mais voici la gazelle (tzvi), dont [les cornes] ne sont pas ramifiées, et dont la graisse est permise ! [Réponse :] nous requérons [des cornes] rondes-pointues (hadourot).

📜 Rachi (4)
וַהֲרֵי עז דַּחֲרוּקוֹת דקס"ד הָדַר בֵּיהּ מִכְּרוּכוֹת וְאוֹקֵי סִימָנָא אַחֲרוּקוֹת וּכְרוּכוֹת תּוּ לָא בָּעֵינַן:
Mais voici la chèvre, qui [a des cornes] crantées — car il aurait pu penser qu'[on] revient sur 'en couches' et qu'on fixe le signe sur 'crantées', et qu'on ne requiert plus 'en couches'.
מְפֻוצָּלוֹת פורקייר"ש בְּלַעַ"ז:
Ramifiées (mefoutsalot) — 'forkiyers' en langue vernaculaire.
וַהֲרֵי צְבִי דְּאֵין מְפֻוצָּלוֹת לָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר דְּהָא וַדַּאי מְפֻוצָּלוֹת הֵן וְנִרְאֶה בְּעֵינַי שְׁמָהּ שֶׁאָנוּ קוֹרִין צְבִי לֹא הָיוּ הֵם קוֹרִין צְבִי אֶלָּא אוֹתָן הַנִּקְרָאִים שטיינבו"ק וְקַרְנַיִם שֶׁלָּהֶן אֵינָן מְפֻוצָּלִין:
Mais voici la gazelle, dont [les cornes] ne sont pas ramifiées — je ne sais pas ce qu'il [veut] dire, car [les cornes de la gazelle] sont assurément ramifiées ; et il me semble que ce que nous appelons 'gazelle' (tzvi), eux ne l'appelaient pas 'gazelle', mais [qu'il s'agit de] celui qu'on nomme 'chteinbok' [bouquetin], dont les cornes ne sont pas ramifiées.
חֲדוּרוֹת עֲגֻולּוֹת שָׁמַעְתִּי וְלֹא כְּשֶׁל עז שֶׁהֵן רְחָבוֹת וְלֹא נִרְאֶה דִּכְרוּכוֹת הַיְינוּ עֲגֻולּוֹת כִּדְאָמַר בב"ק (דַּף נ:) גַּבֵּי שִׁיחִין וּמְעָרוֹת וּבִבְכוֹרוֹת (דַּף מ:) נָמֵי גַּבֵּי פִּיו דּוֹמֶה לְשֶׁל חֲזִיר וְהָכִי גָּרְסִינַן חֲדוּרוֹת כְּעֵין קַרְנֵי אַיִל וּצְבִי שֻׁחְדִּין לְמַעְלָה:
Rondes-pointues (hadourot) — rondes, [voilà ce que] j'ai entendu ; et non comme [celles] de la chèvre, qui sont larges ; mais il ne [me] paraît pas [juste] que 'en couches' soit [la même chose que] 'rondes', comme on [le] dit dans Baba Kama (50b) à propos des fosses (chihin) et des cavernes (mearot), et aussi dans Bekhorot (40b) à propos de [la bouche d'un animal dont] la bouche ressemble à celle du porc ; et nous lisons 'hadourot' [au sens de] comme les cornes du cerf (ayal) et de la gazelle (tzvi), qui s'effilent (chehadin) vers le haut.
🗂️ Tossefot (2)
וַהֲרֵי עז דַּחֲרוּקוֹת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּסָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּהָדַר בֵּיהּ מִכְּרוּכוֹת וְאוֹקֵי סִימָנָא אַחֲרוּקוֹת וּכְרוּכוֹת תּוּ לָא בָּעֵינַן וְתֵימַהּ וְלִישַׁנֵּי לֵיהּ דְּתַרְוַייְהוּ בָּעֵינַן חֲרוּקוֹת וּכְרוּכוֹת וְעוֹד בְּסָמוּךְ דְּבָעֵינַן חֲרוּקוֹת וּכְרוּכוֹת וַחֲדוּרוֹת אַמַּאי לָא סַגִּי בִּכְרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת וּמְפָרֵשׁ הריב"ם דְּהַאי וַהֲרֵי עז מֵעִיזָּא כַּרְכּוּז פָּרִיךְ דִּכְרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת חֶלְבּוֹ אָסוּר לְמָאֵן דְּאָסַר לָהּ בְּסָמוּךְ ואע"ג דְּלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ פָּרִיךְ אַלִּיבֵּיהּ הֵיכִי מְפָרֵשׁ לָהּ לַבָּרַיְיתָא וּמְשַׁנֵּי מְפֻוצָּלוֹת בָּעֵינַן וּפָרִיךְ וַהֲרֵי צְבִי כו' עַד הֵיכָא דְּלָא מִיפַּצְלָן בָּעֵינַן כְּרוּכוֹת חֲרוּקוֹת וַחֲדוּרוֹת דְּבִכְרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת לְבַד לָא סַגְיָא מִשּׁוּם עִיזָּא דְּכַרְכּוּז וּבַחֲדוּרוֹת וּכְרוּכוֹת נָמֵי לָא סַגִּי דְּשֶׁל שׁוֹר נָמֵי כְּרוּכוֹת וַעֲגֻולּוֹת וַחֲדוּרוֹת גַּם חַדִּין בְּרָאשֵׁיהֶן וּבַחֲדוּרוֹת וּבַחֲרוּקוֹת נָמֵי לָא סַגְיָא מִשּׁוּם עז סְתָם הִלְכָּךְ בָּעֵינַן כָּל תְּלָתָא וְהַאי הוּא דְּמִבְלָע חִירְקַייְהוּ כְּלוֹמַר בְּעִנְיָן אַחֵר אֵין הַחֲרִיקָה סִימָן וְהַיְינוּ סְפֵיקָא דְּעֵז דְּכַרְכּוּז לָאו אַמִּיבְלָע חִירְקַייְהוּ קָאֵי אֶלָּא אַחֲדוּרוֹת דִּלְמַאן דְּאָמַר עז כַּרְכּוּז חַיָּה הִיא לָא בָּעֵי כְּלָל חֲדוּרוֹת וְקָשֶׁה קְצָת דַּהֲוָה לֵיהּ לְפָרֵשׁ בְּהֶדְיָא וַהֲרֵי עז דְּכַרְכּוּז כֵּיוָן דְּמֵעֹז כַּרְכּוּז קָא פָּרֵיךְ וְגַם הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע שֶׁבָּא לִפְסֹוק הֲלָכָה הֵיכָא דְּלָא מִיפַּצְלִי וי"ל דְּיֵשׁ שׁוּם מִין עֵז דְּקַרְנֶיהָ כְּרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת וּמֵהַהִיא פָּרִיךְ וְלֹא מֵעִיזָּא כַּרְכּוּז וְהַשְׁתָּא קָאֵי שַׁפִּיר סְפֵיקָא דְּעִיזָּא כַּרְכּוּז אַמִּיבְלָע חִירְקַייְהוּ:
Mais voici la chèvre, qui [a des cornes] crantées — le Commentaire (Rachi) a expliqué qu'[on] avait pu penser qu'on revient sur 'en couches' et qu'on fixe le signe sur 'crantées' et qu'on ne requiert plus 'en couches' ; et c'est étonnant : que [la Guemara] lui réponde [plutôt] que nous requérons les deux, crantées et en couches ! Et de plus, plus bas [au moment] où nous requérons crantées, en couches et rondes-pointues, pourquoi ne suffirait-il pas de 'en couches' et 'crantées' ? Et le Rivam explique que cet 'mais voici la chèvre' objecte à partir de la chèvre karkoz, dont [les cornes sont] en couches et crantées [et] dont la graisse est interdite selon celui qui l'interdit plus bas ; et bien que la halakha ne suive pas son avis, [la Guemara] objecte selon lui : comment expliquera-t-il la braita ? Et [la Guemara] répond : nous requérons [des cornes] ramifiées. Et [la Guemara] objecte : mais voici la gazelle etc., jusqu'à : là où [les cornes] ne sont pas ramifiées, nous requérons en couches, crantées et rondes-pointues ; car 'en couches' et 'crantées' seules ne suffisent pas, à cause de la chèvre karkoz ; et 'rondes-pointues' et 'en couches' ne suffisent pas non plus, car [les cornes] du bœuf aussi sont en couches, rondes et pointues, et s'effilent à leur sommet ; et 'rondes-pointues' et 'crantées' ne suffisent pas non plus, à cause de la chèvre ordinaire ; c'est pourquoi nous requérons les trois ensemble, et [c'est le cas] où ses crans sont absorbés (mivla), c'est-à-dire qu'autrement le cran n'est pas un signe ; et c'est cela le doute de la chèvre karkoz : [le doute] ne porte pas sur [le fait] que ses crans soient absorbés, mais sur 'rondes-pointues', car selon celui qui dit [que] la chèvre karkoz est une chaya, il ne requiert pas du tout 'rondes-pointues'. Et [cela] fait quelque difficulté, car il aurait dû dire explicitement 'mais voici la chèvre karkoz', puisque c'est de la chèvre karkoz qu'il objecte ; de plus la formulation implique qu'[il] vient trancher la halakha là où [les cornes] ne sont pas ramifiées. Et l'on peut dire qu'il existe une espèce de chèvre dont les cornes sont en couches et crantées, et que c'est d'elle que [la Guemara] objecte, et non de la chèvre karkoz ; et maintenant le doute de la chèvre karkoz [s']accorde bien [comme portant] sur 'ses crans absorbés'.
וַהֲרֵי צְבִי שֶׁאֵין מְפֻוצָּלוֹת כו' פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס צְבִי אֵין זֶה שֶׁאָנוּ קוֹרִין צְבִי דְּהָא וַדַּאי מְפֻוצָּלוֹת הֵן אֶלָּא צְבִי זֶהוּ אוֹתוֹ שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתוֹ אשטנבו"ק דְּקַרְנֶיהָ שֶׁלּוֹ אֵינָם מְפֻוצָּלוֹת ור"ת אוֹמֵר דְּזֶהוּ אוֹתוֹ שֶׁאָנוּ קוֹרִין צְבִי דְּהָא חָזֵינַן שֶׁאֵין עוֹרוֹ מַחֲזִיק אֶת בְּשָׂרוֹ וּצְבִי כֵּן הוּא כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת כְּתֻובּוֹת (דַּף קיב.) בַּסּוֹף וְחָזֵינַן נָמֵי דִּבְשָׁעָה שֶׁהוּא יָשֵׁן עֵינוֹ אַחַת פְּתוּחָה וְאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ שִׁיר הַשִּׁירִים דּוֹמֶה דּוֹדִי לִצְבִי מַה צְּבִי זֶה בְּשָׁעָה שֶׁהוּא יָשֵׁן עֵינוֹ אַחַת פְּתוּחָה כָּךְ הקב"ה בִּשְׁעַת גָּלוּתָן וְצָרָתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל נוֹתֵן עֵינוֹ עֲלֵיהֶם לְשָׁומְרָם וה"ג ר"ת מְבֻוצָּלוֹת כְּלוֹמַר זְקוּפוֹת וְרָאשֵׁיהֶם כְּפוּפוֹת וְשֶׁל צְבִי אֵינָם כְּפוּפוֹת כְּלָל וּמְבֻוצָּלוֹת לְשׁוֹן כְּפִיפָה כִּדְאָמַר בְּקִדּוּשִׁין פֶּרֶק הָאוֹמֵר (דַּף סב:) מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי אֲגַם לִישָּׁנָא דְּבֻוצְלָנָא הוּא דִּכְתִיב הֲלָכֹוף כְּאַגְמוֹן רֹאשׁוֹ וַאֲפִילּוּ גָּרְסִינַן מְפֻוצָּלוֹת אֵין לָחוּשׁ דִּכְמוֹ מְבֻוצָּלוֹת הוּא כִּדְאַשְׁכְּחַן פֶּרֶק בַּכֹּל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין כט:) דְּאִפְּצִיל זִירְתָּא דְּהָוֵי כְּמוֹ דְּאַבְצִיל וּבַמִּשְׁנָיוֹת יֵשׁ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת הַבָּקָר בִּמְקוֹם הֶפְקֵר (פֵּאָה פ"ו מִשְׁנָה א):
Mais voici la gazelle, dont [les cornes] ne sont pas ramifiées etc. — le Commentaire (Rachi) a expliqué [que cette] gazelle n'est pas celle que nous appelons 'gazelle', car [les cornes] de celle-ci sont assurément ramifiées, mais que cette 'gazelle'[-là] est celui que nous appelons 'achtenbok' [bouquetin], dont les cornes ne sont pas ramifiées. Et Rabbenou Tam dit que c'est celle que nous appelons 'gazelle', car nous voyons que sa peau ne contient pas [tout] sa chair, et la gazelle est ainsi, comme on [le] dit à la fin du traité Ketoubot (112a) ; et nous voyons aussi que, lorsqu'elle dort, l'un de ses yeux est ouvert, et nous disons dans le Midrach Chir ha-Chirim 'mon bien-aimé ressemble à une gazelle' (Cantique 2:9) : de même que cette gazelle, lorsqu'elle dort, a un œil ouvert, ainsi le Saint béni soit-Il, au temps de l'exil et de la détresse d'Israël, pose son œil sur eux pour les garder. Et Rabbenou Tam lit 'mevoutsalot', c'est-à-dire dressées et leurs sommets courbés, et [les cornes] de la gazelle ne sont pas courbées du tout ; et 'mevoutsalot' est un terme de courbure (kefifa), comme on [le] dit dans Kiddouchin, au chapitre Ha-Omer (62b) : d'où [sait-on] que ce mot 'agam' est un terme [de] 'boutslana' ? de ce qu'il est écrit (Isaie 58:5) 'pour courber comme un jonc sa tête' ; et même si nous lisons 'mefoutsalot', il n'y a pas à s'inquiéter, car c'est comme 'mevoutsalot', ainsi que nous [le] trouvons au chapitre Bekhol Mearvin (Erouvin 29b) [le mot] 'afatsil zireta', qui est comme 'avatsil' ; et dans les Michnayot, en plusieurs endroits, [on lit] 'hivkir' au lieu de 'hifkir' (rendre sans maître), [comme dans] Pea (chapitre 6, michna 1).
💡 Explication

Suite de la chaîne. La chèvre a aussi des cornes crantées mais graisse interdite : on exige donc des cornes mefoutsalot (ramifiées, fourchues). Mais la gazelle (tzvi), dont les cornes ne sont pas ramifiées, a pourtant une graisse permise ! On précise donc qu'à défaut de ramification il faut des cornes hadourot (rondes et pointues, comme celles du cerf et de la gazelle, qui s'effilent vers le haut).

5
הִלְכָּךְ, הֵיכָא דְּמִיפַּצְלָא – לָא דִּינָא וְלָא דַּיָּינָא; הֵיכָא דְּלָא מִיפַּצְלָא – בָּעֵינַן כְּרוּכוֹת, חֲדוּרוֹת, וַחֲרוּקוֹת, וְהוּא דְּמִיבְלָע חִירְקַייְהוּ.

Dès lors : là où [les cornes] sont ramifiées (mifoutsla) — ni jugement ni juge ; là où [elles] ne sont pas ramifiées — nous requérons [des cornes] en couches (kerouhot), rondes-pointues (hadourot) et crantées (haroukot), et [il faut] que ses crans soient absorbés (mivla harikaihou) [l'un dans l'autre].

📜 Rachi (5)
הִלְכָּךְ כֵּיוָן דְּאִיכָּא מְפֻוצָּלוֹת וְאִיכָּא דְּלָאו מְפֻוצָּלוֹת:
Dès lors — puisqu'il y a [des cornes] ramifiées et [des cornes] non ramifiées.
הֵיכָא דְּמִיפַּצְלָא לָא דִּינָא וְלָא דַּיָּינָא כְּלוֹמַר אֵין לְהַרְהֵר וּלְחַזֵּר אַחַר סִימָן אַחֵר שֶׁאֵין פִּיצּוּל בְּקַרְנֵי בְּהֵמָה:
Là où [les cornes] sont ramifiées, ni jugement ni juge — c'est-à-dire qu'il n'y a pas à hésiter ni à chercher un autre signe, car il n'y a pas de ramification dans les cornes de la behema.
וְהֵיכָא דְּלָאו מְפֻוצָּלוֹת כְּגוֹן צְבִי:
Et là où [les cornes] ne sont pas ramifiées — par exemple [comme] la gazelle.
בָּעֵינַן חֲדוּרוֹת כְּרוּכוֹת וַחֲרוּקוֹת דְּנִיפּוֹק מִסְּפֵיקָא דְּכוּלְּהוּ. חֲרוּקוֹת לְאַפּוֹקֵי מִסְּפֵיקָא דְּשׁוֹר. חֲדוּרוֹת לְאַפּוֹקֵי מֵעֵז שֶׁהֵן רְחָבוֹת. כְּרוּכוֹת לְאַפּוֹקֵי נָמֵי מִסְּפֵיקָא דְּעֵז. וְאַף עַל גַּב דְּשֶׁל עז אֵינָן חֲדוּרוֹת יֵשׁ עז כַּרְכּוּז שֶׁשְּׁמוֹ עז וְקַרְנָיו חֲדוּרוֹת וַחֲרוּקוֹת וּמְסַפְּקָא לָן אִי מִינָא דְּעֵז הוּא:
Nous requérons rondes-pointues, en couches et crantées — afin de sortir du doute pour toutes [les espèces] : 'crantées' pour écarter le doute du bœuf ; 'rondes-pointues' pour écarter [le doute de] la chèvre, dont [les cornes] sont larges ; 'en couches' pour écarter aussi le doute de la chèvre. Et bien que [les cornes] de la chèvre ne soient pas rondes-pointues, il existe [un animal nommé] 'chèvre karkoz', dont le nom est 'chèvre' et dont les cornes sont rondes-pointues et crantées, et nous doutons s'il est de l'espèce de la chèvre.
דְּמִיבְלָע חִירְקַיְיהוּ חֲרִיצֵיהֶן תְּכוּפוֹת וְסִמּוּכִין וּמֻובְלָעִים זֶה בָּזֶה:
Que ses crans soient absorbés — [que] ses sillons soient serrés, rapprochés et imbriqués l'un dans l'autre.
💡 Explication

Conclusion de la Guemara (voir le schéma). Quand les cornes sont ramifiées (mefoutsalot) : 'ni jugement ni juge' (lo dina vélo dayana) — aucun doute, c'est une chaya certaine, car aucune behema n'a de cornes fourchues. Quand elles ne sont pas ramifiées, il faut les trois autres qualités réunies — en couches, rondes-pointues, crantées — et de plus que les crans soient absorbés (mivla harikaihou), c'est-à-dire serrés et imbriqués l'un dans l'autre.

6
וְהַייְנוּ סְפֵיקָא דְּעִיזָּא כַּרְכּוּז. הָהִיא עִיזָּא כַּרְכּוּז דַּהֲוַאי בֵּי רֵישׁ גָּלוּתָא, דַּעֲקוּר מְלָא צַנָּא דְּתַרְבָּא מִינַּהּ. רַב אַחַאי אָסַר, רַב שְׁמוּאֵל בְּרֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ אֲכַל מִינֵּיהּ, קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ: ״מִפְּרִי פִי אִישׁ תִּשְׂבַּע בִּטְנוֹ״.

Et c'est cela le doute de la chèvre karkoz (eza karkoz). Une certaine chèvre karkoz qui se trouvait dans la maison de l'Exilarque (resh galouta), dont on retira un plein panier de graisse (tzana de-tarba).

Rav Ahai [l']interdit ; Rav Chmouel fils de Rabbi Abahou en mangea, [et] il appliqua à lui-même [le verset] : 'des fruits de la bouche d'un homme se rassasie son ventre' (Proverbes 18:20).

📜 Rachi (3)
וְהַייְנוּ סְפֵיקָא דְּעִיזָּא כַּרְכּוּז שֶׁקַּרְנָיו חֲדוּרוֹת וַחֲרוּקוֹת וּמְסַפְּקָא לָן כֵּיוָן דַּחֲדוּרוֹת וַחֲרוּקוֹת חַיָּה הוּא אוֹ דִּילְמָא כֵּיוָן דִּשְׁמוֹ עז מִין בְּהֵמָה הוּא:
Et c'est cela le doute de la chèvre karkoz — dont les cornes sont rondes-pointues et crantées, et nous doutons : puisqu'[elles sont] rondes-pointues et crantées, [est-ce] une chaya ? ou peut-être, puisque son nom est 'chèvre', [est-ce] une espèce de behema ?
דַּעֲקוּר מְלָא צַנָּא דְּתַרְבָּא מִינַּהּ לְאַחַר שְׁחִיטָה הוֹצִיאוּהוּ מִמֵּעֶיהָ:
Dont on retira un plein panier de graisse — après l'abattage, on [le] sortit de ses entrailles.
מִפְּרִי פִּי אִישׁ בְּשָׂכָר שֶׁשָּׁמַעְתִּי וְקִבַּלְתִּי שֶׁהוּא מוֹתַר בִּטְנִי שֶׁבַע מִמֶּנּוּ:
Des fruits de la bouche d'un homme — en récompense de ce que j'ai entendu et reçu qu'elle est permise, mon ventre s'en rassasie.
💡 Explication

C'est de cette indécision que naît le doute sur le bouc karkoz (eza karkoz), dont les cornes sont rondes-pointues et crantées mais qui porte un nom de chèvre. Cas concret : chez l'Exilarque (resh galouta), un karkoz fournit un plein panier de graisse. Rav Ahai l'interdit (il y voit une behema) ; Rav Chmouel fils de Rabbi Abahou en mangea et s'applique le verset 'des fruits de la bouche d'un homme se rassasie son ventre' — grâce à son savoir (ce qu'il a appris et reçu), il sut que c'était permis.

7
שְׁלַחוּ מִתָּם: הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל בְּרֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ, וְהִזָּהֲרוּ בְּרַבֵּינוּ אַחַאי, שֶׁמֵּאִיר עֵינֵי גּוֹלָה הוּא.

Ils envoyèrent de là-bas (Eretz Israël) : la halakha [suit] Chmouel fils de Rabbi Abahou ; et soyez prudents [à l'égard] de notre maître Ahai, car il éclaire les yeux de l'exil (meir eine gola).

📜 Rachi (1)
וְהִזָּהֲרוּ בְּרַבֵּינוּ אַחַאי לִנְהֹוג בּוֹ כָּבוֹד וְלָדוּן לְפָנָיו כַּהֲלָכָה עַד שֶׁיַּחֲזֹור בּוֹ וְלֹא לְהַתִּירָהּ בְּפָנָיו מַה שֶׁהוּא אוֹסֵר שֶׁמֵּאִיר עֵינֵי גּוֹלָה הוּא:
Et soyez prudents [à l'égard] de notre maître Ahai — [c'est-à-dire] de vous comporter envers lui avec honneur, et de juger devant lui selon la halakha [seulement] jusqu'à ce qu'il se rétracte, et de ne pas permettre en sa présence ce que lui interdit, car il éclaire les yeux de l'exil.
💡 Explication

Les Sages d'Eretz Israël tranchent : la halakha suit Rav Chmouel (la graisse du karkoz est permise, c'est une chaya). Mais ils recommandent les égards dus à Rav Ahai — ne pas permettre en sa présence ce que lui interdit — car il 'éclaire les yeux de l'exil' (meir eine gola), grand maître de la diaspora.

8
וְקֶרֶשׁ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא קֶרֶן אַחַת, מֻותָּר. אָמַר רַב יְהוּדָה: קֶרֶשׁ טַבְיָא דְּבֵי עִילַּאי, טִגְרִיס אַרְיָא דְּבֵי עִילַּאי. אָמַר רַב כָּהֲנָא: תְּשַׁע אַמְּהָתָא הָוֵי בֵּין אֻונָּא לְאֻונָּא דְּאַרְיָא דְּבֵי עִילַּאי. אָמַר רַב יוֹסֵף: שִׁיתְּסַר אַמְּהָתָא הָוֵי מַשְׁכֵיהּ דְּטַבְיָא דְּבֵי עִילַּאי.

Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne, [sa graisse] est permise. Rav Yehouda dit : le keresh [est] la gazelle (tavya) de la forêt de Be Ilai, [et] le tigris [est] le lion (arya) de Be Ilai.

Rav Kahana dit : il y a neuf coudées entre les oreilles du lion de Be Ilai. Rav Yossef dit : la peau (machkeh) de la gazelle de Be Ilai a seize coudées.

📜 Rachi (4)
קֶרֶשׁ דיי"ן בְּלַעַ"ז:
Keresh — 'dayin' en langue vernaculaire.
דְּבֵי עִילַאי שֵׁם יַעַר:
De Be Ilai — [c'est] le nom d'une forêt.
טִגְרִיס לָא אִיתַּפְרַשׁ לָן הֵיכָא אַיְירִינַן בֵּיהּ:
Tigris — il ne nous a pas été expliqué de quoi [il s']agit à son sujet.
מַשְׁכֵּיהּ אָרְכוּ:
Sa peau (machkeh) — sa longueur (orko).
🗂️ Tossefot (2)
וְקֶרֶשׁ אע"פ שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא קֶרֶן אַחַת חֶלְבּוֹ מֻותָּר וא"ת בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כֹּח:) אָמַר תָּחַשׁ קֶרֶן אַחַת הָיָה לוֹ בְּמִצְחוֹ וְטָהוֹר הָיָה מִדְּאָמַר רַב יְהוּדָה דְּאָמַר שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ וְהֵיכִי דִּייֵּק מִדְּרַב יְהוּדָה שֶׁהָיָה תָּחַשׁ טָהוֹר וַהֲלֹא כָּל אוֹתָן שֶׁיֵּשׁ לָהֶן קֶרֶן אַחַת אֵינָן שָׁוִין דְּהָא אִיכָּא קֶרֶשׁ שֶׁהוּא חַיָּה וְשׁוֹר שֶׁהוּא בְּהֵמָה וי"ל דִּסְמִיךְ אַמַּתְנִיתִין דְּבָא סִימָן (נִדָּה דַּף נא:) דְּכֹל שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְנַיִם יֵשׁ לוֹ טְלָפַיִם וּמִסְּתָמָא אֲפִילּוּ בְּקֶרֶן אַחַת אַייְרֵי מִדְּאַשְׁכְּחַן שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן שַׁקְרָן אַחַת הָיְתָה בְּמִצְחוֹ וְטָהוֹר וּמִיהוּ כְּמוֹ כֵן הָיָה לְדַקְדֵּק מְקַדֵּשׁ דְּהָא חָזֵינַן שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא קֶרֶן אַחַת וְהוּא מַעֲלֵה גֵרָה וּמַפְרִיס פַּרְסָה:
Et le keresh, bien qu'il n'ait qu'une seule corne, sa graisse est permise — et si tu objectes : au chapitre Bama Madlikin (Chabbat 28b) [il est] dit [que] le tahach n'avait qu'une seule corne sur le front et qu'il était pur, de ce que dit Rav Yehouda — car Rav Yehouda dit [que] le bœuf qu'offrit Adam le premier homme avait une seule corne sur le front ; or comment déduit-il de Rav Yehouda que le tahach était pur ? mais tous ceux qui ont une seule corne ne sont pas semblables, car il y a le keresh qui est une chaya et le bœuf qui est une behema ! Et l'on peut dire qu'[il] s'appuie sur la michna de Ba Siman (Nida 51b) [selon laquelle] tout [animal] qui a des cornes a des sabots [fendus], et qu'il s'agit vraisemblablement même d'une seule corne, puisque nous trouvons [que] le bœuf qu'offrit Adam le premier homme avait une seule corne sur le front et [était] pur ; toutefois on aurait pu pareillement le déduire du keresh, car nous voyons qu'il n'a qu'une seule corne et qu'il rumine (maalé guera) et a le sabot fendu (mafris parsa).
הָכִי גָּרְסִינַן שִׁיתְסַר (הָוֵי מָשְׁכָה אַמְהָתָא) דְּטַבְיָא דְּבֵי עִילַאי וְלָא גָּרְסִינַן אִרְיָא דַּאֲפִילּוּ בֵּין אֻונָּא לְאַוָּנָא אִית לֵיהּ תֵּשַׁע אַמְהָתָא א"כ מַשְׁכֵּיהּ טְפֵי מִשִּׁיתְּסַר:
Ainsi lisons-nous : 'seize coudées [à] la peau de la gazelle de Be Ilai' ; et nous ne lisons pas 'le lion', car même entre les oreilles il a neuf coudées ; si [c'était] ainsi, sa peau [serait] plus de seize.
💡 Explication

Retour au keresh de la braita : à corne unique, sa graisse est permise. Rav Yehouda identifie le keresh à la gazelle (tavya) de la forêt de Be Ilai, et le tigris au lion (arya) de Be Ilai. Mesures aggadiques : Rav Kahana — neuf coudées entre les oreilles de ce lion ; Rav Yossef — la peau de cette gazelle mesure seize coudées.

9
אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: אֱ-לֹהֵיכֶם כְּאַרְיֵה מְתַיֵּל, דִּכְתִיב ״אַרְיֵה שָׁאָג מִי לֹא יִירָא״, מַאי רְבוּתֵיהּ? פִּרְשָׁא קְטִיל אַרְיָא! אֲמַר לֵיהּ: לָאו כְּהַאי אַרְיָא מְתִיל, כְּאַרְיָא דְּבֵי עִילַּאי מְתִיל. אֲמַר לֵיהּ: בָּעֵינָא דְּמַיחֲזֵית לֵיהּ נִיהֲלִי. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵית חָזֵית לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִיבְרָא, חָזֵינָא לֵיהּ! בְּעָא רַחֲמֵי, אִתְעֲקַר מִדֻּוכְתֵּיהּ,

L'empereur (kissar) dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : votre Dieu est comparé à un lion, comme il est écrit 'le lion a rugi, qui ne craindrait ?' (Amos 3:8) — quelle est sa grandeur ? un cavalier (parcha) tue un lion ! Il lui dit : il n'est pas comparé à ce lion[-là], il est comparé au lion de Be Ilai.

Il lui dit : je veux que tu me le montres. Il lui dit : tu ne peux pas le voir.

Il lui dit : en vérité (ivra), [je veux] le voir ! Il pria pour [obtenir] miséricorde [et le lion] fut arraché de son lieu,

📜 Rachi (4)
אַרְיֵה שָׁאָג מִי לֹא יִירָא כָּךְ ה' אֱלֹקִים דִּבֶּר מִי לֹא יִנָּבֵא הֲרֵי שֶׁנִּמְשַׁל לוֹ:
Le lion a rugi, qui ne craindrait ? — ainsi [poursuit le verset] 'le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait ?' : voici qu'[Il] lui [au lion] est comparé.
פִּרְשָׁא קְטִיל אַרְיָא אָדָם גִּבּוֹר הוֹרֵג אֶת הָאֲרִי:
Un cavalier tue un lion — un homme vaillant tue le lion.
דְּמֻחְזֵית נִיהֲלֵיהּ לְאַרְיָא דְּבֵי עִילַאי:
Que tu me le montres — le lion de Be Ilai.
אִיבְרָא אֱמֶת אֲנִי רוֹצֶה לִרְאוֹתוֹ וְעַל כָּרְחֲךָ צָרִיךְ אַתָּה לְהַרְאוֹתוֹ לִי:
En vérité (ivra) — [c'est] vrai, je veux le voir, et bon gré mal gré il te faut me le montrer.
💡 Explication

Aggada. L'empereur romain raille Rabbi Yehochoua ben Hanania : si Dieu est comparé à un lion (Amos 3:8), où est sa grandeur, puisqu'un simple cavalier peut tuer un lion ? Réponse : Dieu n'est pas comparé à un lion ordinaire, mais au lion de Be Ilai. L'empereur exige de le voir ; Rabbi Yehochoua avertit qu'il ne le peut, mais devant son insistance ('en vérité, je veux le voir'), il prie et le lion s'arrache de son lieu [pour venir vers Rome].

10
כִּי הֲוָה מְרַחַיק אַרְבַּע מְאָה פַּרְסֵי, נִיהַם חַד קָלָא, אֲפִילּוּ כָּל מְעַבַּרְתָּא, וְשׁוּרָא דְּרוֹמִי נָפַל. אַדִּמְרַחַק תְּלָת מְאָה פַּרְסֵי, נִיהֵם קָלָא אַחַרְיַנָא, נְתוּר כַּכֵּי וְשִׁינֵּי דְּגַבְרֵי, וְאַף הוּא נְפַל מִכֻּורְסְייָא לְאַרְעָא. אֲמַר לֵיהּ: בְּמָטוּתָא מִינָּךְ, בְּעֵי רַחֲמֵי עֲלֵיהּ דְּלֶהְדַּר לְדֻוכְתֵּיהּ. בְּעָא רַחֲמֵי עֲלֵיהּ, וְאַהְדַּר לֵיהּ לְאַתְרֵיהּ.

Lorsqu'il fut éloigné de quatre cents parasanges (parsei), il poussa un cri (niham), [et] même toutes les [femmes] enceintes (ibarta) [avortèrent], et la muraille (chora) de Rome tomba. Lorsqu'il fut éloigné de trois cents parasanges, il poussa un autre cri, [et] les molaires (kake) et les dents (chine) des hommes tombèrent, et lui aussi tomba de son trône à terre.

Il lui dit : de grâce (be-matouta), prie pour [obtenir] miséricorde à son sujet, qu'il retourne à son lieu. Il pria pour [obtenir] miséricorde à son sujet, et [le lion] retourna à son lieu.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ כָּל מְעַבַּרְתָּא הִפִּילוּ כָּל הַנָּשִׁים הַמְעֻובָּרוֹת:
Même toutes les enceintes — il fit avorter toutes les femmes enceintes.
🗂️ Tossefot (1)
נְתוּר כַּכֵּי וְשִׁינֵּי מִכָּאן מַשְׁמַע דִּכְכִי לָא הָוֵי הַחֲנִיכַייִם שֶׁקּוֹרִין יינציב"ש שֶׁאוֹתָן אֵין דַּרְכָּן לִיפֹּול כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיג.) א"ל רַב לִבְרֵיהּ לָא תִּשְׁתֵּי סַמָּא וְלָא תַּעֲקֹור כַּכֵּי אֶלָּא כַּכֵּי הֵם הַשִּׁינַּיִם הָאַחֲרוֹנִים הַטּוֹחֲנִים הַמַּאֲכָל וְשִׁינַּיִם הֵם הַשִּׁינַּיִם שֶׁלִּפְנִים וְכֵן (אִיּוֹב יג) עַל מָה אֶשָּׂא בְשָׂרִי בְשִׁינָּי מְתַרְגְּמִינַן אֶטֹּול בִּסְרִי בְּכַכֵּי. [וְע"ע תּוֹסְ' ע"ז כח. ד"ה כַּכֵּי]:
Les molaires et les dents (kake ve-chine) tombèrent — de là [il y a] lieu de déduire que les 'kake' ne sont pas les gencives qu'on appelle 'yintzivch', car celles-là n'ont pas coutume de tomber, comme nous [le] trouvons dans Arve Pessahim (Pessahim 113a) : Rav dit à son fils 'ne bois pas de drogue (sama) et n'arrache pas de molaire (kake)' ; mais les 'kake' sont les dents postérieures, qui broient (tohanot) la nourriture, et les 'chine' sont les dents de devant ; et de même (Job 13:14) 'pourquoi porterais-je ma chair entre mes dents (be-chinai) ?' [que] nous traduisons [en araméen] 'je prendrai ma chair entre mes kake'. [Et vois encore les Tossefot d'Avoda Zara 28a, dibour ha-mathil 'kake'.]
🪔 Ben Yehoyada (2)
כִּי הֲוָה מַרְחִיק שָׁלֹשׁ מֵאוֹת פַּרְסֵי. נִרְאֶה לִי כָּל זֶה הָיָה בְּדֶרֶךְ נֵס עַל יְדֵי תְּפִלָּתוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּכָךְ שֶׁקֹּודֶם אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסֵי שֶׁהֵם כְּנֶגֶד אַרְבַּע מֵאוֹת רוּחוֹת דְּסִטְרָא אַחֲרָא יִשְׁאַג וְיַפִּיל בָּזֶה שׁוּרָא דְּרוֹמִי וְכִרְחוֹק שָׁלֹשׁ מֵאוֹת כְּנֶגֶד מִסְפַּר שֵׁם אֱלֹקִים דיודי"ן שֶׁעוֹלֶה ש' [אָלֶ״ף לָמֶ״ד ה״י יוּ״ד מֵ״ם = 300] שֶׁבּוֹ נִמְתָּקִים הַדִּינִין 'נְתוּר כַּכֵּי וְשִׁינֵּי' הָרוֹמְזִים לְכוֹחוֹת הַדִּינִין וְגַם הַקֵּיסָר רֹאשׁ הַפְּעוֹר נָפַל מִכִּסְאוֹ לָאָרֶץ וְגֶבֶר יִשְׂרָאֵל וּבַשֵּׁנִי מְקוֹמוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם חַד הֶרְחֵק ת' פַּרְסָה וְחַד הֶרְחֵק ש' פַּרְסָה נִרְמַז כִּי ת"ש כּוֹחָם שֶׁל חִיצוֹנִים אוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל.
Lorsqu'il fut éloigné de trois cents parasanges — il me semble que tout ceci se produisit par voie de miracle, grâce à la prière de Rabbi Yehochoua, qui pria en ce sens : qu'à une distance de quatre cents parasanges — qui correspondent aux quatre cents 'vents' (rouhot) du Sitra A'hra (le côté impur) — [le lion] rugisse et fasse tomber ainsi la muraille de Rome ; et qu'à une distance de trois cents [parasanges] — correspondant à la valeur numérique du Nom Elokim épelé avec des youd (be-youdin), qui s'élève à 300 [alef-lamed-hé-youd-mem = 300], Nom par lequel les rigueurs (dinim) sont adoucies — tombent les 'molaires et les dents' (netour kake ve-chine), qui font allusion aux forces des rigueurs ; et de même le César, tête de l'idolâtrie (roch ha-peor), tomba de son trône à terre, et Israël l'emporta. Et par ces deux endroits — l'un à la distance de 400 parasanges et l'autre à la distance de 300 parasanges — il est fait allusion [au fait] que 400+300 (tach) [est] la force des puissances extérieures (hitsonim), ennemies d'Israël.
אֲמַר לֵיהּ: בְּמָטוּתָא מִינָּךְ, בָּעֵי רַחֲמֵי עָלֶיהָ דְּלֶיהְדַּר לְדֻוכְתֵּיהּ, בְּעָא רַחֲמֵי עֲלֵיהּ וְאַהְדַּר לֵיהּ לְאַתְרֵיהּ. אֵין לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יִהְיֶה נֶזֶק מִן שַׁאֲגָתוֹ דְּיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּמִזֶּה יִהְיֶה רִבּוּי נִסִּים לְכָל מִין הָאָדָם וְהַבְּהֵמָה בְּרַם הָא קַשְׁיָא אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יִשְׁאַג עוֹד כְּלָל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָאֲרִי טִבְעוֹ לִשְׁאֹוג כַּיָּדוּעַ וְכַמְפֹורָשׁ בַּכְּתוּבִים וְאִם יִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יִשְׁאַג הָוֵי שִׁינּוּי טֶבַע וְאֵין מִתְפַּלְּלִים לְשַׁנּוֹת הַטֶּבַע וּלְכָךְ אָמַר לוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל שֶׁיַּחֲזֹור. אִי נָמֵי שֶׁזֶּה מֵחֲמַת תֹּוקֶף שַׁאֲגָתוֹ נִרְאֶה שֶׁרְאִיָּיתוֹ מְשֻׁונֵּית וּבְנֵי אָדָם מֵתִים מֵחֲמַת שֶׁרוֹאִין אוֹתוֹ רְאָיָה בְּעָלְמָא לְכָךְ לֹא רָצָה שֶׁיָּבֹא לִמְקוֹם הַיִּשּׁוּב שֶׁל בְּנֵי אָדָם.
Il lui dit : de grâce, prie pour [obtenir] miséricorde à son sujet, qu'il retourne à son lieu ; il pria pour [obtenir] miséricorde à son sujet et [le lion] retourna à son lieu — il ne faut pas objecter : pourquoi ne lui dit-il pas de prier pour qu'il n'y ait plus de dommage du fait de son rugissement ? car on peut répondre que cela aurait exigé une multitude de miracles pour toute espèce d'homme et de bête. Mais voici la [vraie] difficulté : pourquoi ne lui dit-il pas de prier pour qu'il ne rugisse plus du tout ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisque la nature du lion est de rugir, comme il est connu et explicite dans les Écritures, s'il priait pour qu'il ne rugisse pas ce serait un changement de nature (chinouy teva), et l'on ne prie pas pour changer la nature ; c'est pourquoi il lui dit de prier [seulement] pour qu'il retourne [à son lieu]. Ou bien [autre raison] : parce que, du fait de la force de son rugissement, il apparaît que sa vue [même] est extraordinaire et que les hommes meurent du seul fait de le regarder d'un simple regard ; c'est pourquoi il ne voulut pas qu'il vienne au lieu habité par les hommes.
💡 Explication

Suite. À quatre cents parasanges de Rome, le lion rugit une fois : toutes les femmes enceintes avortent et la muraille de Rome s'écroule. À trois cents, second rugissement : les dents des hommes tombent et l'empereur lui-même chute de son trône. Terrifié, il supplie Rabbi Yehochoua de prier pour que le lion retourne à son lieu ; celui-ci prie, et le lion revient.

11
אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: בָּעֵינָא דְּאִיחְזֵי לֶאֱ-לָהַיְכוּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵית חָזֵית לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִיבְרָא

L'empereur dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : je veux voir votre Dieu. Il lui dit : tu ne peux pas le voir.

Il lui dit : en vérité (ivra)

💡 Explication

Nouvelle requête de l'empereur, qui ouvre l'aggada [poursuivie au daf suivant] : il veut à présent voir Dieu lui-même. Rabbi Yehochoua répond qu'il ne le peut pas ; l'empereur insiste de nouveau : 'en vérité [je veux le voir]' — la suite [le soleil que l'œil ne peut fixer] se trouve en 60a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).