Chullin 60a — Rabbi Yehochoua ben Hanania et Rome, le taureau d'Adam, et l'obéissance des herbes (le-mineho)

Chullin 60a

Sougya : Le daf est surtout aggadique. Rabbi Yehochoua ben Hanania répond à trois défis de Rome : montrer Dieu (le César ne peut même fixer le soleil, un seul des serviteurs divins) ; Lui dresser un repas (vent et pluie engloutissent tout : ce ne sont que les balayeurs et laveurs qui ont consommé) ; et la quenouille demandée par la fille du César (frappée de lèpre, puis 'notre Dieu donne mais ne reprend pas').

Vient ensuite Rav Yehouda : description du taureau et de l'âne (pour l'achat-vente) ; le taureau qu'offrit Adam avait une seule corne et ses cornes ont précédé ses sabots, ce qui appuie Rabbi Yehochoua ben Levi : toute la Création fut créée en pleine stature, avec son savoir et selon sa forme. Enfin la derasha de Rabbi Hanina bar Pappa : le 'prince du monde' rapporte que, l'ordre 'selon son espèce (le-mineho)' n'ayant été dit qu'aux arbres, les herbes en tirèrent un kal va-homer pour sortir elles aussi chacune selon son espèce ; d'où la question de Ravina sur la greffe de deux herbes l'une sur l'autre (kilayim), laissée en suspens.

Rabbi Yehochoua ben Hanania face à Rome : trois épreuves Voir Dieu César : je veux Le voir soleil tu ne peux fixer le soleil, un seul de Ses serviteurs ; à plus forte raison la Chekhina Dresser un repas César : je veux Le servir 6 mois d'été : le vent balaie tout à la mer 6 mois d'hiver : la pluie noie tout dans la mer simples balayeurs et laveurs : je ne peux Le servir La quenouille la fille : Ton Dieu charpentier, qu'Il me fasse une quenouille prière -> elle est frappée de lèpre, reçoit la quenouille rends-la-moi ! Notre Dieu donne, mais ne reprend pas
Les trois échanges de Rabbi Yehochoua ben Hanania avec Rome (segments 0-4) : voir Dieu, Lui dresser un repas, la quenouille.
Le taureau d'Adam et la Création en pleine stature (Rav Yehouda) Le taureau qu'offrit Adam verset : 'makrin maphris' (Ps 69) UNE seule corne au front écrit 'makran' (sans yod) -> singulier les cornes précèdent les sabots 'makrin' avant 'maphris' sorti de terre, tête la première : cornes d'abord, sabots ensuite Rabbi Yehochoua ben Levi toute la Création créée : en pleine stature (be-koumatan) avec leur plein savoir (be-da'atan) selon leur forme (be-tzivyonam) 'tzeva'am' (Gn 2,1) lis 'tzivyonam' -> d'où les cornes déjà formées
Le taureau d'Adam (segments 6-7) et la règle de Rabbi Yehochoua ben Levi sur la Création en pleine stature (segment 8).
Le kal va-homer des herbes (derasha de R. Hanina bar Pappa) L'ordre divin : 'selon son espèce (le-mineho)' dit aux ARBRES non dit aux herbes dans l'ordre, seulement à leur sortie Les herbes raisonnent (kal va-homer) : si les arbres, qui ne poussent pas mélangés, ont reçu 'selon son espèce', nous qui poussons serrés et mêlés, à plus forte raison ! Aussitôt chacune sortit selon son espèce le prince du monde : 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais' (Ps 104,31)
Le raisonnement des herbes (segments 9-11) : d'un 'selon son espèce' dit aux seuls arbres, elles déduisent leur propre ordre.
1
חָזֵינָא לֵיהּ. אֲזַל אוֹקְמֵיהּ לַהֲדֵי יוֹמָא בִּתְקוּפַת תַּמּוּז, אֲמַר לֵיהּ: אִיסְתַּכַּל בֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵינָא. אֲמַר לֵיהּ: יוֹמָא, דְּחַד מִשַּׁמָּשֵׁי דְּקָיְימִי קַמֵּי דְּקֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמְרַתְּ לָא מָצֵינָא לְאִיסְתַּכָּלָא בֵּיהּ, שְׁכִינָה לֹא כָּל שֶׁכֵּן.

[Le César dit à Rabbi Yehochoua : ] je veux Le voir. [Rabbi Yehochoua] alla le placer face au soleil à la saison de Tamouz [l'été], [et] lui dit : regarde-le.

[Le César] lui dit : je ne peux pas. [Rabbi Yehochoua] lui dit : le soleil, qui est l'un des serviteurs se tenant devant le Saint béni soit-Il, [et] tu dis : je ne peux pas le fixer — la Chekhina, à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
לַהֲדֵי יוֹמָא נֶגֶד הַשֶּׁמֶשׁ:
Face au soleil — contre le soleil.
💡 Explication

Premier défi du César : voir Dieu. Rabbi Yehochoua le place face au soleil d'été [au plus fort] et lui demande de le fixer : le César en est incapable. Or le soleil n'est qu'un seul des serviteurs de Dieu : si l'on ne peut le regarder, à plus forte raison (kal va-homer) ne peut-on regarder la Chekhina [la Présence divine].

2
אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: בָּעֵינָא דְּאִיצְבֵּית לֵיהּ נַהֲמָא לֵא-לָהַיְכוּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא מָצֵית. אַמַּאי? נְפִישִׁי חִילּוּוֹתֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִיבְרָא. אֲמַר לֵיהּ: פּוֹק צְבֵית לְגֻידָּא דִּרְבִיתָא, דִּרְוִיחַ עָלְמָא. טְרַח שִׁיתָּא יַרְחֵי קַייְטָא, אֲתָא זִיקָא כַּנְשֵׁיהּ לְיַמָּא.

Le César dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : je veux Lui dresser un repas (nahama), à votre Dieu. [Rabbi Yehochoua] lui dit : tu ne le peux pas.

Pourquoi ? Ses armées [Ses hôtes] sont nombreuses.

[Le César] lui dit : pour de vrai [je le veux quand même]. [Rabbi Yehochoua] lui dit : sors [et] dresse[-le] sur la rive de [la rivière] Rabita, où le monde est large [spacieux].

Il peina six mois d'été ; un vent vint [et] balaya tout à la mer.

📜 Rachi (4)
דְּאִיצָּבֵית לֵיהּ נַהְמָא אֲתַקֵּן לוֹ סְעוּדָה:
Que je Lui dresse un repas — que je Lui prépare un festin.
לְגִידָא דִּרְבִיתָא עַל שְׂפַת נָהָר שֶׁשְּׁמוֹ רְבִיתָא:
Sur la rive de Rabita — sur la berge d'un fleuve dont le nom est Rabita.
דִּרְוִיחַ עָלְמָא לְהִתְקַבֵּץ שָׁם חַייְּלוֹתָיו וְהוּא נִתְכַּוֵּין לְמָקוֹם שֶׁתְּהֵא רוּחַ שׁוֹלֶטֶת בּוֹ:
Où le monde est large — pour que s'y rassemblent Ses armées ; et il [Rabbi Yehochoua] visait un endroit où le vent domine.
כְּנָשֵׁיהּ לֵימָא טָאִיטוּ לַיָּם:
Le balaya à la mer — [le] balaya vers la mer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּעֵינָא דְּאִצְבֵּית לֵיהּ נַהֲמָא לֵא-לָהַיְכוּ. קַשָּׁא אֵיךְ סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ שְׁטוּת זוֹ וַאֲפִילּוּ תִּנּוֹק בֶּן יוֹמוֹ יוֹדֵעַ דְּאֵין שַׁייָּךְ אֲכִילָה אֵצֶל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא! וְעוֹד קְשָׁא אַחַר שִׁשָּׁה חֳודָשִׁים הָרִאשׁוֹנִים אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ 'מַאי הַאי'? וְעוֹד מָה עִנְיָן 'כְּנוֹשְׂאֵי וְזָלוֹחָאִי' כָּאן? וְעוֹד קַשָּׁא לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י שֶׁפֵּירֵשׁ הֵם כִּילּוּ הַכֹּל וַהֲלֹא וַדַּאי הֵם הִרְגִּישׁוּ שֶׁהֻושְׁלַךְ הַכֹּל לַנָּהָר, כִּי הֲכָנָה גְּדוֹלָה וְרַבָּה מְאֹד הָיְתָה וְנִיכֶּרֶת בַּנָּהָר וְלֹא נִבְלְעָה? וְעוֹד קְשָׁא לָמָּה בַּשְּׁנִיָּה לָא אֲתָא זִיקָא כַּאֲשֶׁר הָיָה בְּרֹאשָׁנָהּ? וְכֵן קְשָׁא לְהֵפֶךְ לָמָּה בְּרֹאשָׁנָהּ לֹא נַעֲשָׂה כַּאֲשֶׁר נַעֲשָׂה בַּשְּׁנִיָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַקֵּיסָר חָשַׁב לְהָכִין הַסְּעוּדָה לַמַּלְאָכִים שֶׁהֵם חַיְּילוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כִּי שָׁמַע וְיָדַע שֶׁהַמַּלְאָכִים אָכְלוּ אֵצֶל אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה וּבִשְׁבִיל שֶׁעוֹשֶׂה לַחֲיָילוֹת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לִכְבוֹדוֹ אָמַר ' אֲצַבֵּית נַהְמָא לֶאֱ-לָהַיְכוּ ' כְּמוֹ שֶׁתִּמְצָא בְּקָרְבָּנוֹת דִּכְתִיב בְּהוּ קָרְבָּן לָהּ' (וַיִּקְרָא א, ב) וְהַכֹּהֲנִים הֵם אוֹכְלִים וְהוּא בִּקֵּשׁ עַל יוֹם יָדוּעַ שֶׁיָּבוֹאוּ בּוֹ הַמַּלְאָכִים לֶאֱכֹול וְקֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ הַיּוֹם אֲתָא זִיקָא עָצוּם וְנוֹרָא וְהִשְׁלִיךְ כָּל הַמּוּכָן לְתוֹךְ הַנָּהָר וְהוּא לֹא שָׁאַל מַאי הַאי, כִּי חָשַׁב מִקְרֶה טִבְעִי שֶׁגָּבַר רוּחַ קָשֶׁה וְהִשְׁלִיךְ לַנָּהָר וּלְכָךְ נִתְחַכֵּם בַּשְּׁנִיָּה לַעֲשׂוֹת הַהֲכָנָה בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ הָרוּחַ כְּגוֹן בְּבִקְעָה מְסֻובֶּבֶת בֶּהָרִים וְתִלַּיִם וְלָכֵן בַּשְּׁנִיָּה הִתְפַּלֵּל רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה שֶׁיָּבֹא מָטָר עָצוּם וְיִמְשֹׁוךְ הַכֹּל דְּהוּא נֵס קָרוֹב לְטֶבַע יוֹתֵר מִן רוּחַ חָזָק כֵּיוָן שֶׁהַמָּקוֹם אֵינוֹ שׁוֹלֵט בּוֹ רוּחַ בְּדֶרֶךְ טֶבַע אַךְ נִתְפַּלֵּא אֵיךְ מֵי גְּשָׁמִים יַסְפִּיקוּ לִשְׁטֹוף כָּל הַמּוּכָן לְהוֹלִיכוֹ לַנָּהָר וְלָכֵן אָמַר לוֹ 'מַאי הַאי'? וְהֵשִׁיב לוֹ הֵן בָּרִאשֹׁנָה הֵן בַּשְּׁנִיָּה אוֹתָם הַמְשָׁרְתִים שֶׁל הַמַּלְאָכִים הִקְדִּימוּ לָבֹא לְפַנּוֹת הָאָבָק מֵעַל הַקַּרְקַע וּלְהַרְבִּיץ בַּמַּיִם וְהָרוּחַ אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֵינוֹ רוּחַ טִבְעִי אֶלָּא הוּא הָרוּחַ הַיּוֹצֵא מִן הַמְּנִיפָה שֶׁהָיוּ מְנִיפִים עַל הַקַּרְקַע לְהַעֲבִיר אֲבַק הַקַּרְקַע וְהַמָּטָר אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֵינוֹ מָטָר טִבְעִי אֶלָּא הוּא רִיבּוּץ מַיִם שֶׁהִרְבִּיצוּ אוֹתָם הַמְשָׁרְתִים אֶת הַקַּרְקַע בַּמַּיִם וְזֶה הָרִיבּוּץ בַּמַּיִם הָיָה רַב עַד שֶׁשָּׁטַף אֶת הַכֹּל לַנָּהָר.
« Je veux Lui dresser un repas (nahama), à votre Dieu. » Difficulté : comment une telle sottise a-t-elle pu monter à l'esprit [du César], alors que même un nourrisson d'un jour sait qu'il n'y a pas lieu de [parler] de manger auprès du Saint béni soit-Il ! Et autre difficulté : après les six premiers mois, pourquoi [le César] ne lui dit-il pas : « qu'est-ce que ceci ? » Et de plus, qu'a à faire ici [la réponse des] « balayeurs et laveurs » ? Et autre difficulté sur l'explication de Rachi, qui a expliqué qu'ils ont tout consommé : mais à coup sûr ils [les serviteurs du César] ont bien remarqué que tout avait été jeté à la rivière, car une préparation grande et très abondante avait été faite et était visible dans la rivière, et elle n'avait pas été engloutie [mangée] ! Et autre difficulté : pourquoi la seconde fois le vent ne vint-il pas comme la première fois ? Et de même la difficulté inverse : pourquoi la première fois ne se passa-t-il pas comme la seconde fois ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le César pensait préparer le repas pour les anges, qui sont les armées [hôtes] du Saint béni soit-Il, car il avait entendu et savait que les anges avaient mangé chez Abraham notre père, que la paix soit sur lui ; et parce qu'il [le] faisait pour les armées [hôtes] du Nom béni, en Son honneur, il dit : « je dresserai un repas à votre Dieu », comme tu le trouves au sujet des sacrifices, où il est écrit à leur propos « offrande à l'Éternel » (Lv 1:2), alors que ce sont les kohanim qui les mangent. Et il demanda [à ce que ce soit] un jour déterminé où les anges viendraient y manger ; et avant que le jour n'arrive, vint un vent puissant et terrible qui jeta tout le [festin] préparé dans la rivière, et il [le César] ne demanda pas « qu'est-ce que ceci ? », car il pensa [à] un événement naturel : qu'un vent violent l'avait emporté et l'avait jeté à la rivière. C'est pourquoi il s'avisa, la seconde fois, de faire la préparation en un lieu où le vent ne domine pas, par exemple dans une vallée entourée de montagnes et de collines ; et c'est pourquoi, la seconde fois, Rabbi Yehochoua ben Hanania pria pour qu'une pluie puissante vienne et entraîne le tout — ce qui est un miracle plus proche de la nature qu'un vent violent, puisque le lieu n'est pas naturellement dominé par le vent. Mais il s'étonna [le César] : comment des eaux de pluie suffiraient-elles à emporter tout le [festin] préparé pour le conduire à la rivière ? C'est pourquoi il lui dit : « qu'est-ce que ceci ? » Et [Rabbi Yehochoua] lui répondit : tant la première fois que la seconde, ce sont ces mêmes serviteurs des anges qui sont venus en avance pour débarrasser la poussière du sol et arroser d'eau [le sol] ; et le vent que vous avez vu n'est pas un vent naturel, mais c'est le vent qui sort de l'éventail dont ils éventaient le sol pour en écarter la poussière ; et la pluie que vous avez vue n'est pas une pluie naturelle, mais c'est l'arrosage d'eau dont ces serviteurs ont arrosé le sol — et cet arrosage d'eau fut si abondant qu'il emporta tout à la rivière.
💡 Explication

Deuxième défi : le César veut dresser un repas à Dieu. Rabbi Yehochoua l'avertit : Ses hôtes sont trop nombreux. Le César insiste ; on lui indique un lieu large au bord de la rivière Rabita. Après six mois de labeur estival, un vent emporte tout à la mer.

3
טְרַח שִׁיתָּא יַרְחֵי דְּסִיתְוָא, אֲתָא מִיטְרָא טַבְּעֵיהּ בְּיַמָּא. אֲמַר לֵיהּ: מַאי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי כָּנוֹשָׁאֵי זָלוֹחָאֵי דְּאָתוּ קַמֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי לָא מָצֵינָא.

Il peina six mois d'hiver ; une pluie vint [et] le noya dans la mer. [Le César] lui dit : qu'est-ce que ceci ?

[Rabbi Yehochoua] lui dit : ceux-ci [ne] sont [que] les balayeurs et les laveurs [du sol] qui viennent devant Lui. [Le César] lui dit : s'il en est ainsi, je ne peux pas.

📜 Rachi (3)
כְּנוֹשְׂאֵי מְכַבְּדַי הַבַּיִת:
Les balayeurs — ceux qui balaient la maison.
זָלוֹחָאֵי מַרְבִּיצֵי הַבַּיִת בְּמַיִם מִפְּנֵי אָבָק הָעוֹלָה וּכְבָר הֵם כֻּלּוֹ לֶאֱכֹול כָּל זֶה:
Les laveurs — ceux qui arrosent d'eau le sol de la maison à cause de la poussière qui s'élève ; et déjà ils ont fini de consommer tout cela.
אִי הָכִי דִּנְפִישִׁי חַייְּלוֹתָיו כ"כ לָא מָצֵינָא:
S'il en est ainsi — [si] Ses armées sont à ce point nombreuses, je ne peux pas.
💡 Explication

Le César recommence pendant six mois d'hiver ; la pluie engloutit tout. Rabbi Yehochoua lui explique : ce vent et cette pluie ne sont que les balayeurs et les laveurs du sol [le service le plus humble] qui passent devant Dieu, et ils ont déjà tout consommé. Le César conclut : je ne peux pas [Le servir].

4
אֲמַרָה לֵיהּ בַּת קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: אֱלָהֵיכוֹן נִגְרָא הוּא, דִּכְתִיב ״הַמְקֹרֶה בְּמַיִם עֲלִיּוֹתָיו״. אֵימָא לֵיהּ דְּנֶעְבֵּיד לִי חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא. אֲמַר: לְחַיֵּי, בְּעָא רַחֲמֵי עֲלַהּ וְאִינַּגְעָה. אוֹתְבַהּ בְּשׁוּקָא דְּרוֹמִי וְיָהֲבִי לַהּ מַסְתּוּרִיתָא, דַּהֲווֹ נְהִיגִי דְּכֹל דִּמְנַגַּע בְּרוֹמִי יָהֲבוּ לֵיהּ מַסְתּוּרִיתָא, וְיָתֵיב בְּשׁוּקָא וְסָתַר דּוּלְלֵי, כִּי הֵיכִי דְּלִיחְזוֹ אִינָשֵׁי וְלִיבְעֵי רַחֲמֵי עֲלֵיהּ.

La fille du César dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : votre Dieu est un charpentier (nagara), car il est écrit 'Lui qui charpente Ses chambres hautes dans les eaux' (Ps 104:3) ; dis-Lui de me faire une quenouille (mistorita). Il dit : très bien.

Il implora miséricorde à son sujet et elle fut frappée de lèpre. On la fit asseoir au marché de Rome et on lui donna une quenouille, car ils avaient coutume de donner une quenouille à quiconque était atteint de lèpre à Rome ; et [le lépreux] s'asseyait au marché et démêlait des flocons de laine (doulei), afin que les gens [le] voient et implorent miséricorde pour lui.

📜 Rachi (3)
מַסְתּוּרִיתָא דיוושלטייר"ש בְּלַעַ"ז:
Mistorita — quenouille [pour filer] en langue vernaculaire.
דּוּלָלִי אשקניי"ש וְסִימָן זֶה הָיָה לִמְצֹורָעִים:
Douléi — flocons [de laine] en langue vernaculaire ; et c'était là le signe [distinctif] des lépreux.
סָתַר דּוּלָלִי דישבוויריי"ד:
Démêler les douléi — défaire [les flocons] en langue vernaculaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵימָא לֵיהּ דְּנֶעְבֵּיד לִי חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא (עָמוֹס ג, ח) . קַשָּׁא מָה הַשְּׁטוּת הַזֹּאת שֶׁעָלְתָה בְּלֵב בַּת הַקֵּיסָר וְאֵיךְ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה לֹא הוֹכִיחָה עַל פָּנֶיהָ, אֶלָּא אַדְּרַבָּה הֵשִׁיב לָהּ דְּבָרִים אֲשֶׁר נִרְאִין מַחֲזִיקִין דִּבְרֵי שְׁטוּת שֶׁלָּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי הַגּוֹיִם הַקַּדְמוֹנִים הָיוּ כּוֹפְרִים בְּהַשְׁגָּחָה וְאוֹמְרִים שֶׁאֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁגִּיחַ בָּעוֹלָם הַזֶּה אֶלָּא הָעוֹלָם מִתְנַהֵג מֵאֵילָיו בְּטֶבַע אַךְ אֲנַחְנוּ בֵּית יִשְׂרָאֵל מַאֲמִינִים דְּאַף עַל פִּי שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הַטֶּבַע שֶׁיִּתְנַהֵג בּוֹ הָעוֹלָם עִם כָּל זֶה הַטֶּבַע הוּא בְּיָדוֹ יִתְבָּרֵךְ וְהוֹלֵךְ עַל פִּי הַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁאִם רוֹצֶה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁזֶּה הָאָדָם יַרְוִיחַ הַיּוֹם הַזֶּה אֶלֶף דִּינָרִים אֵינוֹ מוֹרִיד לוֹ אֶלֶף דִּינָרִים מִן הַשָּׁמַיִם אֶלָּא יַעֲשֶׂה לוֹ סִיבָּה טִבְעִית שֶׁבַּעֲבוּר אוֹתָהּ הַסִּיבָּה יְסַבֵּב לוֹ לְהַרְוִיחַ אֶלֶף דְּנֵרִים וְכֵן אִם רוֹצֶה שֶׁיַּפְסִיד אֶלֶף דְּנֵרִים אֵינוֹ שֹׁולֵחַ מַלְאָךְ שֶׁיִּטֹּול מִתֵּיבָתוֹ אֶלֶף דְּנֵרִים וְיַשְׁלִיךְ לַיָּם אֶלָּא מְסַבֵּב לוֹ סִיבָּה טִבְעִית שֶׁיַּפְסִיד עַל יָדָהּ אֶלֶף דְּנֵרִים, וְכֵן אִם יִרְצֶה שֶׁיֵּלֵךְ זֶה לְעִיר פְּלוֹנִית אֵינוֹ שֹׁולֵחַ מַלְאָךְ שֶׁיִּטֹּול אוֹתוֹ וְיַנִּיחוֹ בְּעִיר פְּלוֹנִית אֶלָּא מְסַבֵּב לוֹ סִיבָּה שֶׁעַל יָדָהּ יֵלֵךְ וְיֵשֵׁב בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ בְּכָל דָּבָר וְדָבָר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַנְהִיג אֶת הָעוֹלָם עַל יְדֵי שֶׁיְּסַבֵּב לָהֶם סִיבּוֹת טִבְעִיּוֹת בְּהַשְׁגָּחָתוֹ הַגְּדוֹלָה וַהֲרָמָה אַךְ אוֹתָם הָרְשָׁעִים הָיוּ מַכְחִישִׁים בְּכָל זֶה וְאוֹמְרִים שֶׁאֵין הַסִּיבּוֹת נַעֲשׂוֹת מֵאִתּוֹ יִתְבָּרֵךְ אֶלָּא נַעֲשִׂים מֵאֲלֵיהֶם בְּמִקְרֶה הַטֶּבַע. וְעַל זֹאת דִּבְּרָה בְּרֶמֶז לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה לְפִי דִּבְרֵיכֶם שֶׁאַתֶּם אוֹמְרִים הַסִּיבּוֹת מִסְתַּבְּבִים מִן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא 'א יַמָּא לֵיהּ דְּלַעֲבִיד לִי חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא ' פֵּירוּשׁ שֶׁיִּתֵּן לִי אֵיזֶה דָּבָר שֶׁהוּא רָחוֹק מִמֶּנִּי שֶׁאֵין אֲנִי יְכוֹלָה לְהַשִּׂיגוֹ וְיִתְּנֵהוּ לִי עַל יְדֵי סִיבָּה רְחוֹקָה וְאָז אֵדַע שֶׁאֵין הַסִּיבּוֹת מִסְתַּבְּבִים מֵאֲלֵיהֶם בְּמִקְרֶה הַטִּבְעִי אֶלָּא הֵם מֵהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְלִהְיוֹת עִנְיַן הֲסִיבָּה הוּא עִנְיַן גִּלְגּוּל הָעִנְייָנִים שֶׁמִּתְגַּלְגְּלִים מְדַבֵּר לְדָבָר לְכָךְ קָרְאָה אֶת הֲסִיבָּה בְּשֵׁם מַסְתּוּרִיתָא שֶׁהוּא כְּלִי שֶׁמִּתְגַּלְגֵּל בְּיָדַיִם כְּשֶׁטּוֹוִין בּוֹ הַחוּטִין וְהוּא בְּרוֹב חָכְמָתוֹ הֵבִין דְּבָרֶיהָ עַל מַה הִיא רוֹמֶזֶת וְאָמַר לְחַיֵּי כֵּן יִהְיֶה אֵלֶיךָ כַּאֲשֶׁר אַתְּ מְבַקֶּשֶׁת מֶה עָשָׂה? בִּקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁתִּצְטָרֵעַ וְאָז בְּהִכְרִיחַ יוֹשִׁיבוּ אוֹתָהּ בַּשּׁוּק הַמְיֻוחָד לִישִׁיבַת הַמְצֹורָעִים וְיִתְּנוּ לָהּ 'חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא' כִּי כֵן הָיָה מִנְהָגָם לְפִי חֻוקָּם וְדָתָם וְאֵין מְשַׁנִּין בְּדָבָר זֶה אֲפִילּוּ לְבִתּוֹ שֶׁל מֶלֶךְ וְהֶרְאָה לָהּ חֹוזֶק אֱמוּנָתֵינוּ שֶׁאֲנַחְנוּ מַאֲמִינִים שֶׁהַכֹּל נַעֲשָׂה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ עַל יְדֵי הַסִּיבּוֹת שֶׁיְּסַבֵּב בְּהַשְׁגָּחָתוֹ לְכָל דָּבָר וְדָבָר וְעָשָׂה לָהּ הַהוֹכָחָה הַזֹּאת כַּאֲשֶׁר בַּקָּשָׁה בְּפִיהָ וְהַייְנוּ כִּי וַדַּאי לְפִי הַטֶּבַע רָחוֹק מְאֹד שֶׁתִּהְיֶה בִּתּוֹ שֶׁל קֵיסָר טוֹוָה חוּטִין בְּמַסְתּוּרִיתָא כִּי זֶה מַעֲשֵׂה נָשִׁים עֲנִיִּים וְעַרְבִיִּים וְגַם רָחוֹק מְאֹד שֶׁבִּתּוֹ שֶׁל קֵיסָר תֵּשֵׁב בְּשׁוּק הַמְצֹורָעִים אֲפִילּוּ דֶּרֶךְ הַעֲבָרָה לֹא תַּעֲבֹור בּוֹ אַךְ בִּרְצוֹת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁתִּהְיֶה יוֹשֶׁבֶת בְּשׁוּק הַמְצֹורָעִים וְגַם תִּהְיֶה טוֹוָה בַּמַּסְתּוּרִיתָא לֹא שָׁלַח מַלְאָךְ וּנְטָלָהּ וְהוֹשִׁיבָהּ בְּאוֹתוֹ הַשּׁוּק וְנָתַן הַמַּסְתּוּרִיתָא בְּיָדָהּ אַלַּח עָשָׂה וְסִיבֵּב לָהּ סִיבָּה אֲשֶׁר מֵחֲמַת אוֹתָהּ סִיבָּה נַעֲשָׂה לָהּ כֵּן וְהַסִּיבָּה הָיְתָה הַצָּרַעַת שֶׁנִּצְטָרְעָה וְאָז בְּעַל כָּרְחוֹ יָשְׁבָה בְּשׁוּק הַמְצֹורָעִים וְתָפְסָה הַמַּסְתּוּרִיתָא בְּיָדָהּ. וְאַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה לָהּ כָּךְ עָבַר לְפָנֶיהָ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה וְאָמַר לָהּ ' שַׁפִּירְתָּא מַסְתּוּרִיתָא דִּיהַב לִיךְ אֱ-לָהַי ' כְּלוֹמַר טוֹבָה הוֹכָחָה הַזֹּאת הַנַּעֲשֵׂית מִן הַסִּיבָּה שֶׁסָּבַב לְךָ אֱ-לֹהֵינוּ הַמּוֹכַחַת עַל הַשְׁגָּחָתוֹ כִּי יְשִׁיבָתֵיךְ כָּאן רְחוֹקָה הִיא מְאֹד וְרַק הָיְתָה לְךָ עַל יְדֵי הַסִּיבָּה שֶׁסָּבַב לְךָ אֱ-לֹהַי לְהַלְקוֹת אוֹתְךָ בְּצָרַעַת הֲרֵי נֶאֱמָנִים דְּבָרֵינוּ שֶׁאֲנַחְנוּ אוֹמְרִים שֶׁהַכֹּל נַעֲשָׂה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יְדֵי הַסִּיבּוֹת שֶׁיְּסַבֵּב לִבְנֵי אָדָם בְּעִנְייָנִים שֶׁלָּהֶם הֵן לְטוֹב הֵן לְרַע וְהִיא לֹא הָיָה לָהּ פֶּה לְהַכְחִישׁ וּבַעַל כָּרְחוֹ הוֹדֵית, אַךְ אָמְרָה לוֹ אֵימָא לֵיהּ דְּיִשְׁקֹול וְכוּ' פֵּירוּשׁ הֵן אֱמֶת כִּי אֲנִי הוּא שֶׁאָמַרְתִּי לַעֲשׂוֹת לִי הוֹכָחָה בָּזֹאת אַךְ לֹא אָמַרְתִּי שֶׁיַּעֲשֶׂה הֲסִיבָּה בְּדָבָר רַע אֶלָּא בְּדָבָר טוֹב שֶׁהוּא רָחוֹק מִמֶּנִּי וְאַשִּׂיגֵנוּ עַל יְדֵי הֲסִיבָּה שֶׁיְּסַבֵּב לִי וְהוּא הֵשִׁיב לָהּ בִּבְדִיחוּתָא כִּי אֱ-לֹהֵינוּ אַחַר שֶׁנָּתַן, אֵיךְ נֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל? אַךְ וַדַּאי לִכְבוֹד הַמַּלְכוּת! בָּעֵי רַחֲמֵי עֲלָהּ וְאִתַּסַּאי. וּבָזֶה יִתְייַשֵּׁב דִּקְדּוּק אַחֵר גָּדוֹל בְּמַה שֶׁאָמְרָה לוֹ תְּחִלָּה 'אֵימָא דִּלְעָבֵד לִי חֲדָא מַסְתּוּרִיתָא' לָמָּה בַּקָּשָׁה כְּלִי שֶׁל עֵסֶק עֲנִיִּים וְלֹא אָמְרָה עַל אַרְגָּז שֶׁל אֲבָנִים טוֹבוֹת וְכַיּוֹצֵא? וּבָזֶה נִיחָא כִּי כַּוָּנָתָהּ עַל הַסִּיבָּה הַמִּתְגַּלְגֶּלֶת וְכָאָמוּר.
« Dis-Lui de me faire une quenouille (mistorita) » (cf. Amos 3:8). Difficulté : quelle est cette sottise qui est montée au cœur de la fille du César, et comment Rabbi Yehochoua ben Hanania ne l'a-t-il pas réprimandée en face ? Au contraire, il lui répondit des paroles qui semblent confirmer ses propos insensés ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : les anciens nations [païens] reniaient la Providence (hachgaha) et disaient que le Saint béni soit-Il ne veille pas sur ce monde-ci, mais que le monde se conduit de lui-même, par la nature. Or nous, maison d'Israël, nous croyons que, bien que le Saint béni soit-Il ait créé la nature selon laquelle se conduit le monde, malgré tout cette nature est en Sa main, béni soit-Il, et marche selon Sa Providence, béni soit-Il. Car si le Saint béni soit-Il veut que tel homme gagne aujourd'hui mille dinars, Il ne lui fait pas descendre mille dinars du Ciel, mais Il lui ménage une cause naturelle par laquelle Il lui procurera de gagner mille dinars ; et de même, s'Il veut qu'il perde mille dinars, Il n'envoie pas un ange prendre mille dinars de son coffre et les jeter à la mer, mais Il lui ménage une cause naturelle par laquelle il perdra mille dinars ; et de même, s'Il veut que celui-ci aille à telle ville, Il n'envoie pas un ange le prendre et le poser dans telle ville, mais Il lui ménage une cause par laquelle il ira et s'établira en ce lieu. Et de même, sur cette voie, en toute chose, le Saint béni soit-Il conduit le monde en leur ménageant des causes naturelles, par Sa Providence grande et élevée. Mais ces mécréants reniaient tout cela et disaient que les causes ne sont pas faites par Lui, béni soit-Il, mais qu'elles se font d'elles-mêmes, par hasard naturel. Et c'est sur cela qu'elle parla par allusion à Rabbi Yehochoua ben Hanania : selon vos paroles, vous qui dites que les causes sont ménagées par le Saint béni soit-Il, « dis-Lui de me faire une quenouille (mistorita) » — c'est-à-dire qu'Il me donne quelque chose qui est éloigné de moi, que je ne puis atteindre, et qu'Il me le donne par une cause lointaine ; alors je saurai que les causes ne se ménagent pas d'elles-mêmes par hasard naturel, mais qu'elles [viennent] du Saint béni soit-Il. Et parce que la notion de cause est la notion de transmission [d'engrenage] des affaires qui s'enchaînent (mitgalguélim) de chose en chose, elle nomma la cause du nom de « mistorita », qui est un instrument qui tourne [s'enchaîne] dans les mains lorsqu'on file avec lui les fils. Et lui, dans sa grande sagesse, comprit ses paroles et à quoi elle faisait allusion, et il dit : « très bien (le-hayyéi) » — qu'il en soit pour toi comme tu le demandes. Que fit-il ? Il implora miséricorde pour qu'elle soit frappée de lèpre ; et alors, par contrainte, on la ferait asseoir au marché réservé à l'établissement des lépreux, et on lui donnerait « une quenouille (mistorita) », car telle était leur coutume selon leur loi et leur règle, et on ne déroge pas en cette chose, fut-ce pour la fille d'un roi. Et il lui montra ainsi la force de notre foi : que nous croyons que tout se fait par Sa Providence, béni soit-Il, au moyen des causes qu'Il ménage par Sa Providence pour chaque chose. Et il lui fit cette démonstration telle qu'elle l'avait demandée de sa bouche ; car assurément, selon la nature, il est très éloigné que la fille du César file des fils avec une quenouille, car c'est un ouvrage de femmes pauvres et arabes ; et il est aussi très éloigné que la fille du César s'asseye au marché des lépreux — même par manière de passage elle n'y passerait pas. Mais, par la volonté du Nom béni qu'elle soit assise au marché des lépreux et file aussi à la quenouille, Il n'envoya pas un ange la prendre et l'asseoir en ce marché et mettre la quenouille dans sa main ; mais Il lui ménagea une cause par laquelle il lui advint cela — et la cause fut la lèpre dont elle fut frappée. Et alors, malgré elle, elle s'assit au marché des lépreux et tint la quenouille dans sa main. Et après que cela lui fut advenu, Rabbi Yehochoua ben Hanania passa devant elle et lui dit : « elle est belle, la quenouille (mistorita) que t'a donnée mon Dieu » — c'est-à-dire : bonne est cette démonstration faite à partir de la cause que t'a ménagée notre Dieu, qui démontre Sa Providence ; car ton fait d'être assise ici est très éloigné [du cours naturel], et il ne t'est advenu que par la cause que t'a ménagée mon Dieu en te frappant de lèpre. Voici donc que nos paroles sont avérées, nous qui disons que tout se fait par la Providence du Saint béni soit-Il, au moyen des causes qu'Il ménage aux fils de l'homme dans leurs affaires, que ce soit pour le bien ou pour le mal. Et elle n'eut pas de bouche [d'arguments] pour [le] nier, et malgré elle elle [le] reconnut. Mais elle lui dit : « dis-Lui de reprendre, etc. » — c'est-à-dire : il est vrai que c'est moi qui ai dit de me faire cette démonstration par là ; mais je n'ai pas dit qu'Il ménage la cause par une chose mauvaise, mais [seulement] par une bonne chose qui est éloignée de moi et que j'atteindrais par la cause qu'Il me ménagerait. Et lui, il lui répondit par plaisanterie (bedihouta) : notre Dieu, après avoir donné, comment lui dirions-nous : reprends ? Mais à coup sûr, pour l'honneur de la royauté ! — il implora miséricorde pour elle et elle fut guérie. Et par là se résout une autre grande question pointue : pourquoi, dans ce qu'elle lui dit d'abord, « dis-Lui de me faire une quenouille (mistorita) », demanda-t-elle un instrument de travail des pauvres, et ne parla-t-elle pas d'un coffret de pierres précieuses ou de quelque chose de semblable ? Et par là c'est aisé : car son intention portait sur la cause qui s'enchaîne [tourne, mitgalguélet], comme on l'a dit.
💡 Explication

La fille du César raille : votre Dieu est charpentier (il 'charpente Ses chambres hautes') ; qu'Il me fasse une quenouille (mistorita). Rabbi Yehochoua prie : elle est frappée de lèpre. À Rome, on remettait au lépreux une quenouille et il s'asseyait au marché à démêler de la laine, pour que les passants prient pour sa guérison.

5
יוֹמָא חַד הֲוָה קָא חָלֵיף הָתָם, הֲוָת יָתְבָא וְסָתְרָה דּוּלְלֵי בְּשׁוּקָא דְּרוֹמָאֵי, אֲמַר לָהּ: שַׁפִּירְתָּא מַסְתּוּרִיתָא דִּיהַב לִיךְ אֱ-לָהַי. אָמְרָה לֵיהּ: אֵימָא לֵיהּ לֵא-לָהָיךְ לִשְׁקֹול מַאי דִּיהַב לִי. אֲמַר לָהּ: אֱלָהָא דִּידַן מֵיהָב יָהֵיב, מִשְׁקָל לָא שְׁקִיל.

Un jour, il passait par là ; elle était assise et démêlait des flocons au marché des Romains. Il lui dit : est-elle belle, la quenouille que t'a donnée mon Dieu !

Elle lui dit : dis à ton Dieu de reprendre ce qu'Il m'a donné. Il lui dit : notre Dieu donne [bien] mais ne reprend pas.

📜 Rachi (1)
מִשְׁקָל לָא שְׁקִיל הַטּוֹבָה מִשֶּׁנִּתְּנָה:
Ne reprend pas — le bien une fois qu'Il l'a donné.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua, repassant, ironise : 'est-elle belle, la quenouille que t'a donnée mon Dieu ?' Elle supplie qu'on la lui reprenne. Réponse : 'notre Dieu donne mais ne reprend pas' [le bien une fois donné ne se reprend pas].

6
אָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר כֻּרְסָתָן וּפַרְסָתָן, רַב רֵישֵׁיהּ וְרַב גְּנוּבְתֵּיהּ, וְחִילּוּפָא בְּחַמְרָא. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר.

Rav Yehouda dit : un taureau [a] un grand ventre et de grands sabots, une grosse tête et une grosse queue ; et l'inverse pour l'âne. Quelle [en est] la conséquence pratique (nafka mina) ?

Pour l'achat et la vente.

📜 Rachi (2)
שׁוֹר דַּרְכּוֹ לִהְיוֹת כֻּרְסָתָן וּפַרְסָתָן בַּעַל כָּרֵס רְחָבָה וּפַרְסוֹת רְחָבוֹת:
Un taureau — il est dans sa nature d'avoir un grand ventre et de grands sabots : ventre large et sabots larges.
גְּנוּבְתֵיהּ זְנָבוֹ:
Sa queue — sa queue.
💡 Explication

Rav Yehouda décrit le taureau : grand ventre, grands sabots, grosse tête, grosse queue ; et l'âne, à l'inverse. La conséquence pratique (nafka mina) : l'achat-vente — qui vend un taureau doit en livrer un conforme à ce signalement, et inversement pour l'âne.

7
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן, קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר מַקְרִין מַפְרִיס״ – מַקְרִין תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן: ״מִקֶּרֶן״ כְּתִיב.

Et Rav Yehouda dit : le taureau qu'offrit Adam le premier homme [n']avait qu'une seule corne à son front, car il est dit 'cela plaira à l'Éternel plus qu'un taureau, un bœuf encorné, au sabot fendu' (Ps 69:32) — [or] 'encorné' (makrin) implique deux [cornes] ! Rav Nahman dit : 'makran' est écrit [sans le yod, donc au singulier : une seule corne].

📜 Rachi (3)
שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן כִּדְאָמְרִינַן בְּלִפְנֵי אֵידֵיהֶן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף ח.):
Le taureau qu'offrit Adam le premier homme — comme nous le disons dans [le chapitre] Lifnei Eidéhen, au traité Avoda Zara (8a).
מַקְרִין מַפְרִיס בְּשׁוֹר שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן קָאֵי:
'Encorné, au sabot fendu' — [le verset] porte sur le taureau d'Adam le premier homme.
מַקְרִין תַּרְתֵּי מַשְׁמַע שֶׁכֵּן סְתָם שְׁוָורִים:
'Encorné' implique deux — car tels sont les taureaux ordinaires.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן, קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ (תְּהִלִּים סט, לב) . נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁבָּרָא לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׁוֹר כָּזֶה לְהַקְרִיבוֹ לִרְמֹוז לוֹ אִם זוֹכֶה יַמְתִּיק הַגְּבוּרוֹת שֶׁהֵם בְּצַד שְׂמֹאל בַּחֲסָדִים שֶׁהֵם בְּצַד יָמִין וְאָז יִהְיוּ בִּבְחִינַת הַמִּצּוּעַ שֶׁהוּא מְקוֹם הַמֵּצַח. גַּם רָמַז לוֹ שֶׁיִּתְפֹּוס בָּעוֹלָם הַזֶּה מִדַּת הַנִּשְׁתְּווָן וְאָז יִהְיֶה אֶמְצָעִי שָׁלֵם בְּכָל עִנְייָנָיו וְרָמַז לוֹ זֶה בַּקֶּרֶן שֶׁבּוֹ יְנַגַּח הַשּׁוֹר לִרְמֹוז לוֹ שֶׁגַּם הוּא יְנַגַּח הַקְּלִיפּוֹת וְהַחִיצוֹנִים עַל פִּי מִדַּת הַנִּשְׁתְּווָן וּבָזֶה יַצְלִיחַ וְיִמְצָא טוֹב. אוֹ יוּבַן רֶמֶז עַל תִּיקּוּן הָעוֹלָמוֹת שֶׁנִּתְקְנוּ בְּשֵׁם מ"ה הֶחָדָשׁ שֶׁיָּצָא עַל הַמֵּצַח.
« Rav Yehouda dit : le taureau qu'offrit Adam le premier homme avait une seule corne à son front » (Ps 69:32). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] la raison pour laquelle le Saint béni soit-Il lui créa un tel taureau à offrir [était] de lui faire allusion [à ceci] : s'il mérite, il adoucira les Rigueurs (guevourot), qui sont du côté gauche, par les Bontés (hassadim), qui sont du côté droit ; et alors elles seront dans la dimension du milieu [de la médiane], qui est l'emplacement du front. Cela lui faisait aussi allusion qu'il devait adopter en ce monde-ci la mesure de l'équanimité [du juste milieu] (hichtavvoun), et alors il serait un milieu parfait [un médiateur accompli] en toutes ses affaires. Et Il lui fit allusion à cela par la corne, avec laquelle le taureau encorne [frappe], pour lui faire allusion que lui aussi encornerait [vaincrait] les klipot (écorces, forces impures) et les forces extérieures (hitsonim) selon la mesure de l'équanimité, et par là il réussira et trouvera le bien. Ou bien l'on comprendra [cela comme] une allusion à la réparation (tikoun) des mondes, qui furent réparés par le Nom MaH nouveau qui sortit sur le front.
💡 Explication

Rav Yehouda : le taureau qu'offrit Adam [en action de grâce] avait une seule corne au front, d'après le verset 'taureau encorné (makrin) au sabot fendu' (Ps 69:32). Objection : 'makrin' suggère deux cornes ! Réponse de Rav Nahman : le mot est écrit makran [défectif, sans yod], ce qui indique le singulier — une seule corne.

8
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן, קַרְנָיו קוֹדְמוֹת לְפַרְסוֹתָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר מַקְרִין מַפְרִיס״ – מַקְרִין בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר מַפְרִיס.

Et Rav Yehouda dit : le taureau qu'offrit Adam le premier homme, ses cornes précédaient ses sabots, car il est dit 'cela plaira à l'Éternel plus qu'un taureau, un bœuf encorné, au sabot fendu' — 'encorné' (makrin) d'abord, et ensuite 'au sabot fendu' (maphris).

📜 Rachi (1)
קַרְנָיו קוֹדְמִין לְפַרְסוֹתָיו שֶׁכָּל שְׁווָרִים פַּרְסוֹתֵיהֶם נוֹלָדוֹת עִמָּם וְקַרְנוֹתֵיהֶם גְּדֵלִים לְאַחַר זְמַן אֲבָל שֶׁל מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית בְּקוֹמָתָם נִבְרְאוּ וּבְקַרְנֵיהֶן וּכְשֶׁיָּצָא מִן הָאָרֶץ רֹאשׁוֹ תְּחִלָּה נִמְצְאוּ שֶׁקָּדְמוּ קַרְנוֹתָיו לְפַרְסוֹתָיו:
Ses cornes précédaient ses sabots — car, pour tous les taureaux, leurs sabots naissent avec eux et leurs cornes poussent plus tard ; mais celui de l'œuvre de la Création [les bêtes du sixième jour] furent créés dans [toute] leur stature et avec leurs cornes, et lorsqu'il sortit de la terre la tête la première, il se trouve que ses cornes ont précédé ses sabots.
💡 Explication

Autre enseignement : les cornes du taureau d'Adam précédaient ses sabots. Ce taureau ne naquit pas d'une vache mais surgit tout formé de la terre, tête la première ; et le verset cité 'encorné' avant 'au sabot fendu'.

9
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בְּקוֹמָתָן נִבְרְאוּ, בְּדַעְתָּן נִבְרְאוּ, בְּצִבְיוֹנָם נִבְרְאוּ, שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ וְכָל צְבָאָם״, אַל תִּקְרֵי ״צְבָאָם״ אֶלָּא ״צִבְיוֹנָם״.

Cela appuie Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi dit : toute l'œuvre de la Création fut créée en sa [pleine] stature (be-koumatan), créée avec son [plein] savoir (be-da'atan), créée selon sa forme (be-tzivyonam), car il est dit 'le ciel et la terre furent achevés, et toute leur armée (tzeva'am)' (Gn 2:1) — ne lis pas 'leur armée' (tzeva'am) mais 'leur forme' (tzivyonam).

📜 Rachi (3)
בְּקוֹמָתָן נִבְרְאוּ וּלְפִיכָךְ קָדְמוּ קַרְנוֹתָיו שֶׁהֲרֵי עִמּוֹ נוֹצְרוּ וְיָצְאוּ תְּחִלָּה וְהַייְנוּ שׁוֹר פַּר בַּיּוֹם שֶׁהָיָה שׁוֹר הָיָה גָּדוֹל כְּפָר. שׁוֹר בֶּן יוֹמוֹ קָרוּי שׁוֹר כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כב) שׁוֹר כִּי יִוָּלֵד פַּר קַיְימָא לַן בֶּן שָׁלֹשׁ (פָּרָה פ"א מִשְׁנָה ב):
Furent créés en leur stature — c'est pourquoi ses cornes [à lui] ont précédé, puisqu'elles furent formées avec lui et sortirent les premières ; et c'est [le sens de] 'taureau, bœuf' [à la fois] : le jour où il était [un] taureau [âgé d'un jour], il était grand comme un bœuf [âgé de trois ans]. Un taureau âgé d'un jour est appelé 'taureau', comme il est écrit (Lv 22:27) 'un taureau lorsqu'il naîtra' ; [tandis qu'un] 'bœuf' (par), nous tenons [qu'il est] âgé de trois ans (Para, ch. 1, michna 2).
לְדַעְתָּם שֶׁהוֹדִיעָם שֶׁיִּבְרָאֵם וְהֵם נִיאוּתוּ:
Avec leur savoir — [Dieu] leur fit savoir qu'Il allait les créer, et ils [y] consentirent.
לְצִבְיוֹנָם בִּדְמוּת שֶׁבָּחֲרוּ לָהֶם:
Selon leur forme — dans l'aspect qu'ils choisirent pour eux-mêmes.
🗂️ Tossefot (2)
בְּקוֹמָתָן נִבְרְאוּ לָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁנִּבְרְאוּ בַּעֲמִידָה דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לח:) גַּבֵּי אָדָם הָרִאשׁוֹן רְבִיעִית נִזְרְקָה בּוֹ נְשָׁמָה חֲמִישִׁית עָמַד עַל רַגְלָיו אֶלָּא בְּקוֹמָתָן הַיְינוּ שֶׁנִּגְמְרָה כָּל קוֹמָתָן מִתְּחִלָּתָן:
En leur stature furent créés — [Rabbi Yehochoua ben Levi] ne veut pas dire qu'ils furent créés [debout] en station, car nous disons au chapitre Ehad Dinei Mamonot (Sanhédrin 38b) au sujet d'Adam le premier homme : à la quatrième [heure] l'âme fut jetée en lui, à la cinquième il se tint sur ses pieds ; mais 'en leur stature' signifie que toute leur stature fut achevée dès leur commencement.
אַל תִּיקְרֵי צְבָאָם אֶלָּא צִבְיוֹנָם פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ דְּכוּלְּהוּ נָפְקִי מִצִּבְיוֹנָם שֶׁהוּא לְשׁוֹן יֹופִי כְּמוֹ (יְשַׁעְיָהוּ ד) לִצְבִי וּלְתִפְאֶרֶת וּמֵאַחַר שֶׁהֵן בְּיָופְייָן זֶהוּ בְּקוֹמָתָן וּלְדַעְתָּן שֶׁהַיֹּופִי לֹא יָבֹא אֶלָּא אִם כֵּן נִגְדַּל כָּל הַצֹּורֶךְ וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּקוֹמָתָן נָפֵיק מִלְּשׁוֹן הַצָּבָה:
Ne lis pas 'leur armée' mais 'leur forme' — le Aroukh explique que tout [le sens] découle de 'tzivyonam', qui est un terme de beauté, comme (Is 4:2) 'en parure (li-tzvi) et en gloire' ; et puisqu'ils sont dans leur beauté, c'est [cela] 'en leur stature' et 'avec leur savoir', car la beauté ne vient que si l'on a grandi autant qu'il faut. Et l'on peut encore dire que 'leur stature' (koumatan) dérive d'un terme de dressement (hatzava).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בְּקוֹמָתָן נִבְרְאוּ וְכוּ' (בְּרֵאשִׁית ב, א) . נִרְאֶה לִי בס"ד צ בְּיוֹנָם ד עִתָּם ק וּמַתָּן רָאשֵׁי תֵּיבוֹת צֶדֶק לִרְמֹוז שֶׁהַכֹּל בְּצֶדֶק וְיֹושֶׁר נִבְרְאוּ.
« Toute l'œuvre de la Création fut créée en sa [pleine] stature, etc. » (Gn 2:1). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que les initiales de] tsivYonaM [selon leur forme], DaataM [avec leur savoir], KoumataM [en leur stature] sont les initiales [du mot] tsedeK [justice/équité], pour faire allusion à ce que tout fut créé avec justice et droiture.
💡 Explication

Cela appuie Rabbi Yehochoua ben Levi : toute la Création fut faite en pleine stature (be-koumatan), avec son plein savoir (be-da'atan, ayant consenti à sa création) et selon sa forme (be-tzivyonam, dans l'aspect choisi). Appui scripturaire : 'toute leur armée (tzeva'am)' (Gn 2:1) se lit 'leur forme (tzivyonam)'.

10
דָּרֵשׁ רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: ״יְהִי כְבוֹד ה׳ לְעוֹלָם יִשְׂמַח ה׳ בְּמַעֲשָׂיו״, פָּסוּק זֶה שַׂר הָעוֹלָם אֲמָרוֹ, בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״לְמִינֵהוּ״ בְּאִילָנוֹת, נָשְׂאוּ דְּשָׁאִים קַל וָחֹומֶר בְּעַצְמָן:

Rabbi Hanina bar Pappa a exposé : 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais, que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres' (Ps 104:31) — ce verset, [c'est] le prince du monde (sar ha-olam) [qui] l'a dit. Au moment où le Saint béni soit-Il dit 'selon son espèce (le-miného)' à propos des arbres, les herbes tirèrent un kal va-homer (raisonnement à fortiori) d'elles-mêmes :

📜 Rachi (2)
שַׂר הָעוֹלָם מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה:
Le prince du monde — l'ange [qui en est] préposé.
בְּאִילָנוֹת נֶאֱמַר לְמִינֵהוּ עוֹשֶׂה פְּרִי לְמִינוֹ אֲבָל בִּזְרָעִים לֹא נֶאֱמַר בְּצַוָּואָתָם לְמִינוֹ אֲבָל בִּיצִיאָתָם נֶאֱמַר מַזְרִיעַ זֶרַע לְמִינֵהוּ:
Au sujet des arbres il fut dit 'selon son espèce' — 'qui fait du fruit selon son espèce' (Gn 1:11) ; mais au sujet des semences (zeraïm) il ne fut pas dit 'selon son espèce' dans leur ordre [de création], [tandis qu'] à leur sortie il fut dit 'portant semence selon son espèce' (Gn 1:12).
🗂️ Tossefot (1)
פָּסוּק זֶה שַׂר הָעוֹלָם אֲמָרוֹ לְפִי מַה שֶׁמְּפָרְשִׁין דְּחִנּוּךְ זֶה מְטַטְרוֹן כְּמוֹ שֶׁיָּסַד הַפַּייָּט תַּקִּיף מְטַטְרוֹן שֶׁנֶּהְפַּךְ לְאֵשׁ מְבַשֵּׂר וְאוֹמֵר דְּהוּא שַׂר הָעוֹלָם כְּמוֹ שֶׁיָּסַד הַפַּייָּט שַׂר הַמְשָׁרֵת נַעַר נִקְרָא הוּא מְטַטְרוֹן הַנִּכְבָּד וְהַנּוֹרָא וְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דִּיבָמוֹת (דַּף טז: וְשָׁם) נַעַר הָיִיתִי גַּם זָקַנְתִּי וְלֹא רָאִיתִי פָּסוּק זֶה שַׂר הָעוֹלָם אֲמָרוֹ וְקָשֶׁה מִכָּאן דְּמַשְׁמַע דְּשַׂר הָעוֹלָם הָיָה בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית וְשֶׁמָּא אַגָּדוֹת הֵם שֶׁחֲלוּקוֹת זוֹ עַל זוֹ וּמִי שֶׁסּוֹבֵר דִּמְטַטְרוֹן הוּא שַׂר הָעוֹלָם לֵית לֵיהּ דְּחִנּוּךְ זֶה מְטַטְרוֹן א"נ מַה שֶׁקָּרָא הַפַּייָּט לִמְטַטְרוֹן נַעַר לֹא בִּשְׁבִיל הַפָּסוּק שֶׁל נַעַר הָיִיתִי אֶלָּא לְפִי שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר יוֹסִיפוּן דְּלִמְטַטְרוֹן יֵשׁ לוֹ שֶׁבַע שֵׁמוֹת וַחֲשִׁיב נַעַר וְגַם מָצִינוּ דְּנַעַר שֵׁם מַלְאָךְ הוּא כְּדִכְתִיב (זְכַרְיָה ב) רוּץ אֶל הַנַּעַר הַלָּז:
Ce verset, le prince du monde l'a dit — selon ceux qui expliquent que Hanokh [Enoch] est Metatron, comme l'a établi le paytan : 'puissant Metatron, qui de chair devint feu', et qui dit qu'il est le prince du monde, comme l'a établi le paytan : 'le prince serviteur, nommé naar [jeune homme], c'est Metatron, l'honoré et le redoutable' ; et nous disons au premier chapitre de Yevamot (16b) [au sujet du verset] 'j'ai été naar [jeune] et aussi j'ai vieilli' (Ps 37:25) : ce verset, le prince du monde l'a dit. Et il y a une difficulté d'ici, car [cela] implique que le prince du monde existait déjà durant les six jours de la Création [alors que Hanokh ne naquit qu'après] ; et peut-être sont-ce des aggadot qui divergent l'une de l'autre. Et celui qui tient que Metatron est le prince du monde ne tient pas que Hanokh est Metatron. Ou bien, ce que le paytan a appelé Metatron 'naar' [n'est] pas à cause du verset 'j'ai été naar', mais parce qu'il est écrit dans le livre de Yossiphon que Metatron a sept noms, et il compte 'naar' [parmi eux] ; et nous trouvons aussi que 'naar' est un nom d'ange, comme il est écrit (Zacharie 2) 'cours vers ce naar-là'.
💡 Explication

Derasha de Rabbi Hanina bar Pappa : le verset 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais' (Ps 104:31) fut prononcé par le prince du monde (l'ange préposé au monde). Lorsque Dieu dit 'selon son espèce (le-miného)' à propos des arbres seuls [et non des herbes dans Son ordre], les herbes raisonnèrent par kal va-homer.

11
אִם רְצוֹנוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעִרְבּוּבְיָא, לָמָּה אָמַר ״לְמִינֵהוּ״ בְּאִילָנוֹת? וְעוֹד קַל וָחֹומֶר: וּמָה אִילָנוֹת שֶׁאֵין דַּרְכָּן לָצֵאת בְּעִרְבּוּבְיָא, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״לְמִינֵהוּ״ – אָנוּ עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!

[elles dirent : ] si la volonté du Saint béni soit-Il [était] au mélange (irbouvia), pourquoi a-t-Il dit 'selon son espèce' à propos des arbres ? Et encore [un] kal va-homer : si les arbres, dont la nature n'est pas de sortir en mélange, [à leur sujet] le Saint béni soit-Il a dit 'selon son espèce' — nous, à plus forte raison !

📜 Rachi (3)
שֶׁאֵין דַּרְכָּן לָצֵאת בְּעִרְבּוּבְיָא שֶׁהֲרֵי גְּדוֹלִים הֵן וְעַנְפֵיהֶן מְרֻובִּין וְאֵין רְאוּיִין לִיגָּדֵל רְצוּפִים וּתְכוּפִים כִּי אִם מְפֻוזָּרִים:
Dont la nature n'est pas de sortir en mélange — car ils sont grands et leurs branches nombreuses, et ils ne conviennent pas à pousser serrés et tassés, mais [seulement] espacés.
אָמַר הקב"ה לְמִינֵהוּ שֶׁיֵּצֵא כָּל אִילָן בְּעַצְמוֹ בְּרָחוֹק מֵחֲבֵירוֹ שֶׁיְּהֵא לוֹ הֶיכֵּר:
Le Saint béni soit-Il a dit 'selon son espèce' — que chaque arbre sorte par lui-même, à distance de son voisin, afin qu'il soit reconnaissable.
אָנוּ שֶׁרַבִּים אָנוּ וְדַרְכֵּנוּ לָצֵאת תְּכוּפִין וּמְעֻורְבָּבִין וְאִם אֵין נִזְהָרִים לָצֵאת כָּל עֵשֶׂב לְבַד הֲרֵי אֵין אָנוּ נִיכָּרִין זֶה מִזֶּה עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה:
Nous — qui sommes nombreuses et dont la nature est de sortir serrées et mélangées ; et si nous ne prenons pas garde de sortir chaque herbe à part, voici que nous ne sommes pas distinguables l'une de l'autre — à plus forte raison [devons-nous sortir selon notre espèce].
💡 Explication

Le raisonnement des herbes : si Dieu voulait le mélange (irbouvia), pourquoi avoir prescrit 'selon son espèce' aux arbres ? Et un kal va-homer : les arbres, qui par nature ne poussent pas mêlés [étant grands et distincts], ont pourtant reçu 'selon son espèce' ; nous, herbes, qui poussons naturellement serrées et mêlées, à plus forte raison [devons sortir chacune selon son espèce pour rester reconnaissables].

12
מִיָּד כָּל אֶחָד וְאֶחָד יָצָא לְמִינוֹ, פָּתַח שַׂר הָעוֹלָם וְאָמַר: ״יְהִי כְבוֹד ה׳ לְעוֹלָם יִשְׂמַח ה׳ בְּמַעֲשָׂיו״.

Aussitôt chacune et chacune sortit selon son espèce. Le prince du monde ouvrit [la bouche] et dit : 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais, que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres'.

📜 Rachi (1)
יִשְׂמַח ה' בְּמַעֲשָׂיו שֶׁכֻּולָּן זְהִירִין בְּמִצְוֹתָיו:
'Que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres' — car toutes [sont] scrupuleuses dans Ses commandements.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פתח שר העולם ואמר: "יהי כבוד ה' לעולם ישמח ה' במעשיו" (תהלים קד, לא) (בראשית א, יב) . הקושיא ידועה מה שייכות יש לפסוק זה עם ענין זה דנשאו הדשאים קל וחומר ולא יצאו בערבוביא? ונראה לי בס"ד דאיתא בגיטין (גיטין נז:) תנא מעשה בארבע מאות ילדים וילדות שנשבו לקלון פירוש ילדים למשכב זכור וילדות לקובה של זונות וכאשר הוליכום דרך הים והרגישו על מה הם מתבקשים ועל מה מוליכים אותם אמרו זה לזה אם אנו טובעין בים אנחנו באין לחיי עולם הבא, דרש להם הגדול שבהם אמר אדנ־י מבשן אשיב אשיב ממצלות ים (תהלים סח, כג) 'מבשן אשיב' מבין שיני אריה 'אשיב ממצלות ים' אלו שטובעין בים, כיון ששמעו ילדות כך קפצו כולן ונפלו לתוך הים נשאו ילדים קל וחומר בעצמן ואמרו ומה הללו שדרכן לכך כך אנו שאין דרכינו לכך על אחת כמה וכמה, פירוש אלו הילדות שדרכן לתשמיש ואין קלונן מרובה כקלון שלנו שאין דרכם של זכרים לשכב עמהם אף הם קפצו לתוך הים ועליהם הכתוב אומר 'כי עליך הרגנו כל היום נחשבנו כצאן טבחה' (תהלים מד, כג) עד כאן. והנה נודע כי בני אדם נדמו לאילנות דכתיב כי האדם עץ השדה (דברים כ, יט) וגם נדמו לעשבים כמו שאמרו רבותינו ז"ל (עירובין נד.) בני אדם דומין לעשבי השדה הללו נוצצין והללו נובלין והאילנות עושין פירות הם דמיון טפי לנשים אשר בביאה שבאים עליהם עושין שמתעברים ויולדין אך הדשאים אין עושין פירות ודומין יותר לזכרים אשר בביאה שבאים עליהם אין יוצא פרי כי אין הזכר מתעבר בביאה שבאין עליו. אשר על כן ממה שצוה השם יתברך לאלנות שלא יצאו בערבובייא יש לנשים ללמוד מזה שלא ישבו בערבוביא בקובה של זונות לכך כאשר הרגישו שמגמתם להושיבם בקובה של זונות קפצו ונפלו לים וכמו שהדשאים עשו קל וחומר מן האילנות שלא לצאת בערבוביא כן הזכרים שדומין יותר לדשאין עשו קל וחומר מן הנשים שדומין יותר לאילנות וגם הם קפצו ונפלו לים כדי שלא יעשו הרע שחשבו לעשות להם לכן כשראה שר העולם הקל וחומר שעשו הדשאים צפה ברוח הקודש אשר עתידין ישראל לקדש שם שמים בענין הדומה לזה שהילדות שדומין לאילנות יקדשו שם שמים בנפילתם לים ואז הילדים שדומין לדשאים ישאו קל וחומר בעצמן כמו הקל וחומר של הדשאים ועל ידי כך יקדשו שם שמים בנפילתם לים ועל כן פתח שר העולם ואמר ' יהי כבוד ה' לעולם ' כי בקדוש שם שמים נראה כבוד השם יתברך ו' ישמח ה' במעשיו ' הם אלו הארבע מאות ילדים וילדות שהפילו עצמן לים בעבור כבודו. ועוד נראה לי בס"ד דידוע דשר העולם הוא מלאך מט"ט אשר הקדוש ברוך הוא הוריד נשמתו לעולם הזה ולקחה חנוך בן ירד (בראשית ה, כג) ואחר אשר חי בעולם הזה שס"ה שנים העלה הקדוש ברוך הוא את גופו למעלה והפכו לאש והשליטו על המלאכים וידוע הטעם שעשה הקדוש ברוך הוא כן להעלות גוף אדם חמרי להשליטו על המלאכים מפני שהאדם שהוא חומרי אשר מקדש עצמו על ידי שמקיים ועושה רצון השם יתברך אז הוא חביב לפני הקדוש ברוך הוא יותר מן המלאך שהוא עיקרו רוחני ועשייתו רצון היא טבעית אצלו שדרכו בכך מה שאין כן האדם שעיקרו חומרי אין דרכו בכך ולכן בחר השם יתברך להעלות גוף שעיקרו חומרי להפכו לאש ולהשליטו על המלאכים. והנה הקל וחומר שעשו הדשאים הוא בנוי ומיוסד על פי סברה זו דאיכא למימר יש יתרון למי שדרכו בכך על מי שאין דרכו בכך כי לכן אמרו הדשאים ומה אילנות שאין דרכן בכך צוה אותם שלא לצאת בערבוביא אנו שדרכינו בכך על אחת כמה וכמה ומזאת הסברה נודע הטעם שיהיה האדם חביב לפני הקדוש ברוך הוא כשמקדש עצמו בקיום מצותו יתברך יותר מן המלאך ומהאי טעמא זכה שר העולם בכבוד הזה שהשליטו על המלאכים. ולכן אחר שנשאו דשאים קל וחומר בעצמן אשר מזה הקל וחומר נודעה סברה זו שיש יתרון למי שדרכו בכך על מי שאין דרכו בכך אז שר העולם שהוא מלאך מט"ט ראה שסברה זו אשר עליה בנוי קל וחומר זה היא נוגעת אליו שגם הוא עתיד הקדוש ברוך הוא להורידו לעולם הזה ולתת אותו בגוף אדם חומרי שהוא חנוך בן ירד ואחר כך יעלהו עם הגוף הזה לשמי מרום וישליטהו על המלאכים שגם הדבר הזה טעמו בנוי על פי סברה זו שעשה הקדוש ברוך הוא כן להביאו בגוף אדם חומרי ולהעלותו למעלה מפני שגוף אדם חומרי אשר יתנהג בקדושה למטה הוא חביב לפני הקדוש ברוך הוא יותר מגוף המלאך שעיקרו רוחני ודרכו בכך להתנהג בקדושה. ועל כן אמר שר העולם מט"ט פסוק ' יהי כבוד ה' לעולם ישמח ה' במעשיו ' כלומר יתראה כבוד ה' על ידי העולם הם ברואיו שעושים רצונו אך ישמח ה' יותר במעשיו אלו בני אדם שנאמרה בריאתו בלשון עשיה דכתיב נעשה אדם בצלמנו (בראשית א, כו) כי כן דרשו חכמינו ז"ל על פסוק כי נחמתי כי עשיתם (בראשית ו, ז) דקאי על אדם שנאמרה בריאתו בלשון עשיה וכמו שפירש רבינו מהר"ם אלשיך ז"ל ולזה אמר 'ישמח ה'' יותר 'במעשיו' אלו בני אדם שיש להם יתרון על המלאכים כאשר מקדשין עצמן מפני דאלו דרכן בכך ואלו אין דרכן בכך. ובאופן אחר נראה לי בס"ד לפרש המאמר הנזכר כי ידוע שיום ראשון בשבוע הוא בחינת חסד ששם אחוז אברהם אבינו ע"ה ויום שני הוא בחינת גבורה ששם אחוז יצחק אבינו ע"ה ויום שלישי בחינת תפארת ששם אחוז יעקב אבינו ע"ה ובזה פרשתי בס"ד הטעם דבית ראשון ושני נחרבו ובית שלישי יהיה קיים לעולם דאמרו רבותינו ז"ל בית ראשון היה בזכות אברהם אבינו ע"ה ובית שני בזכות יצחק אבינו ע"ה ובית שלישי בזכות יעקב אבינו ע"ה. והנה ביום ראשון נאמר 'כי טוב' (בראשית א, ד) לכן בית ראשון שהוא בזכות אברהם אבינו ע"ה שאחוז בחסד שהוא כנגד יום ראשון היה מהודר ונבנה על ידי שלמה המלך ע"ה והיה שלם בחמשה דברים כנגד חמשה אותיות 'כי טוב' אבל בית שני שהיה בזכות יצחק אבינו ע"ה שהוא כנגד יום שני שלא נאמר בו 'כי טוב' חסר חמשה דברים שהם כנגד חמשה אותיות 'כי טוב' ועוד נבנה על ידי סיוע מלך פרס שהוא לשון פרוסה ונחרב על ידי שנאת חנם שהוא פירוד הלבבות וחלוקתן זה מזה כי הוה כנגד יום שני שלא היה בו בריאה גמורה אלא היה בו ענין חלוקה והבדלה בין מים למים ולכן אמרו אין מתחילין ביום שני. אמנם ביום השלישי שהיה בחינת יעקב אבינו ע"ה הוכפל בו 'כי טוב' (בראשית א, יב) וכל כפל מורה על הקיום כמו שאמר יוסף הצדיק ע"ה לפרעה ועל השנות החלום אל פרעה פעמים (בראשית מא, לב) כי נכון הדבר מאת הא-להים וממהר הא-להים לעשותו ומאחר שנכפל בו'כי טוב' הוא סימן מובהק לבית שלישי שהוא כנגדו שיהיה לו קיום והעמדה לעולם ולא יחרב דמורה כי נכון הדבר מעם הא-להים. גם ישתלשל בו שפע מכל יו"ד ספירות שהם כנגד ב' פעמים 'כי טוב' שהם עשרה אותיות. גם הם כנגד חמשה חסדים וחמשה גבורות במיתוקן זה בזה שהם עשרה. והנה שני פעמים 'כי טוב' עולה מספר 'צד' [47×2=94] ובזה יובן בס"ד רמז הכתוב על צד תנשאו (ישעיה סו, ב) רמז בזה על בית שלישי שהוא כנגד יום שלישי שנאמר בו שני פעמים 'כי טוב' שמספרם 'צד' וזהו שנאמר 'תנשאו' שישאר קיים לעולם ולא יחרב אלא תנשאו בו ועל ברכים הוא תיקון היסוד שמתייחס לברכים תשעשעו שלא ישאר שם פגם עוד כלל. ובזה יובן בס"ד רמז הכתוב יחינו מימים וביום השלישי יקמנו ונחיה לפניו (הושע ו, ב) פירוש ' מימים ' הם יום ראשון ויום שני שיהיה כנגדם מקדש ראשון ומקדש שני שהם חיים לישראל אך בשניהם תדמה אומת ישראל לחולה שעדיין לא קם ממטתו אלא נסתלק החולי ממנו לפי שעה והוא עודנו חלוש המזג ותש כח שאינו יכול לקום מן המטה ולכן בנקל אפשר שיחזור עליו החולי כן בשני מקדשים שהם כנגד שני ימים הנזכר לא נתקיימו בהם אלא נחרבו וחזרו למחלתם אבל ' ביום השלישי ' הוא מקדש שלישי שהוא כנגד יום שלישי ' יקמנו ' תחלה מן המטה שלא ישאר לנו שום מיחוש וחולי קטן מחולי הנפש ואז ' נחיה לפניו ' בלתי שום מסך מבדיל בינינו לבין אור השכינה ולכך ישאר קיים לעולם ולא יחרב ולא יהיה עוד גלות לישראל. ובזה מובן שפיר הטעם שנכפל 'כי טוב' ביום השלישי מפני שהוא כנגד בית שלישי שיבנה בב"א שבו תהיה טובה כפולה ושלימה הן לנפשות הן לגופים כי בזמן הזה יתבררו כל ניצוצי קדושה השייכים לנפשות ולא ישאר שום חולי לנפש כלל מה שאין כן בבית ראשון ושני היה גאולה וחירות לגופים שלא היו משועבדים לגוים אבל לא היה גאולה וחירות שלימה לנפשות כי עדיין לא נטהרו מן הסיגים של החיצונים ולא נשלם בירורם ורפואתם ולכן נכפל בו כי טוב לרמוז על בית שלישי שהוא כנגדו יהיה טוב גמור לנפשות וטוב גמור לגופים. נמצא לפי זה בית שלישי שיבנה בב"א הוא כנגד יום שלישי שהוכפל בו כי טוב המורה על טובה כפולה ושלימה לנפשות ולגופים כי באותו זמן נגמר ונשלם בירור כל ניצוצי קדושה השייכים לנר"ן [נפש רוח נשמה] של ישראל ובזה מובן הטעם שגזר הקדוש ברוך הוא על האילנות אשר נבראו באותו היום שלא יצאו בערבוביא אלא כל אחד למינו כי אותו היום הוא כנגד זמן בית שלישי שבאותו הזמן ויגמר תיקון ובירור ניצוצי הקדושה שהם חלקי הנפשות ולא ישאר עוד ניצוץ אחד בערבוביא אלא כל נצוץ נדבק בשרשו ומקומו שבאותו זמן יתקיים מאמר הכתוב הנה אנכי שלח לכם את אליה הנביא וכו' והשיב לב אבות על בנים ולב בנים על אבותם (מלאכי ג, כג-כד) שלא יהיו הנר"ן [נפש רוח נשמה] בערבובייא כאשר הם עתה וכמו שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הגלגולים. והנה האילנות הם רומזים לנשמות הגדולים והדשאים רומזים לנשמות הקטנים ולעתיד מלבד שיהיו הנשמות הגדולים מובררים ועומדים בלא ערבובייא אלא גם הנשמות הקטנים אשר עיקרם היו מעורבים ביותר מחמת קוטנם יהיו, גם כן עתה מבוררים ועומדים בלא ערבוביא. ולכן כשגזר הקדוש ברוך הוא על האילנות שרומזים על נשמות הגדולים שלא יצאו בערבוביא אז נשאו הדשאים שהם רומזים לנשמות הקטנים קל וחומר בעצמן ומה אילנות אשר לפי גודלן אין דרכן לצאת בערבוביא אמר הקדוש ברוך הוא אנו על אחת כמה וכמה ומיד כל אחד יצא למינהו. ולכן כיון שראה שר העולם שהוא מט"ט שר הפנים שהוא המליץ טוב בעד ישראל תמיד שגם הדשאים שהם רומזים אל הנשמות הקטנים לא יצאו בערבוביא שזה יורה על בירור כל הנשמות שיהיה בזמן בית שלישי שהוא כנגד אותו היום אז פתח ואמר ' יהי כבוד ה ' לעולם ' כלומר כבוד ה' אשר יתגלה בבית שלישי שבו יהיה עיקר כבוד ה' יהיה קיים לעולם דכיון שנשלם בירור ותיקון כל הנשמות אז לא יהיה עוד חרבן וגלות וישאר הבית קיים לעולם בכבוד ה' הזורח בו וגם אותו זמן ' ישמח ה ' במעשיו ' אלו ישראל שיהיו כולם צדיקים ושלמים ולא ישאר עליהם קטגורים וגם אמר 'ישמח ה' במעשיו' לרמוז שהבית הזה יהיה מעשה שמים ורמז גם כן בתיבת ישמח שהוא אותיות משיח שימליכהו באותו זמן בעולם הזה. ומה שצריך להבין עוד במאמר הנזכר במה שאמר ' נשאו קל־וחמר בעצמן ' דנראה לשון יתר? ונראה לי בס"ד על פי מה שאמר הרב בני יששכר (מאמרי חדש אלול מאמר ב׳) דשלש עשרה מידות שהתורה נדרשת בהם המה כנגד י"ג מידות של א‏־ל רחום וחנון וכו' והקל וחומר הוא כנגד מדת א‏־ל וכשיאמר אדם דבר של קל וחומר מתעורר בזה מדת א‏־ל להמשך לו שפע משם וכתב בשם מהרד"ב [מורינו הרב דוב בער ממעזריטש] ז"ל כשהתפלל משה רבינו ע"ה על מרים אחותו 'א־ל נא רפא נא לה' (במדבר יב, יג) רצה לעורר בזו התפלה מדת א־ל למשוך לה משם שפע רפואה, והשיב לו הקדוש ברוך הוא ואביה ירק ירק בפניה (במדבר יב, יד) והיינו שאמר לו קל וחומר כמו שאמרו רבותינו ז"ל והיינו רמז לו תלמוד קל וחומר ובזה תתעורר מדת א־ל עד כאן דבריו עיין שם. והנה הקל וחומר הראשון הנאמר בעולם הוא קל וחומר זה שאמרו הדשאים והנה בזה הקל וחומר הראשון פתח השער של מדת א־ל לעצמן להשפיע בהם וזהו שאמר 'נשאו קל וחמר בעצמן' כלומר לצורך עצמן להריק על ידו שפע ממדת א־ל ואמר נשאו ולא אמר אמרו לרמוז שעשו בזה הקל וחומר נשיאות ומעלה לעצמן. ודע כי מה שאמר ' נשאו קל־וחמר ' הכונה דאמרו רבותינו ז"ל (דברים רבה י, ו) אין לך כל עשב שאין עליו שוטר ומושל שמכה בו ואומר לו גדל על כן אלו הכוחות הרוחניים הממונים על הדשאים פתחו בזה הקל וחומר ופשוט.
« Le prince du monde (sar ha-olam) ouvrit [la bouche] et dit : 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais, que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres' » (Ps 104:31 ; Gn 1:12). La question est connue : quel rapport ce verset a-t-il avec ce sujet, [à savoir] que les herbes tirèrent un kal va-homer (raisonnement à fortiori) et ne sortirent pas en mélange ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est rapporté dans Guittin (57b) : il fut enseigné [dans une baraïta] : un fait advint au sujet de quatre cents garçons et filles qui furent emmenés captifs pour la honte [la débauche] — c'est-à-dire les garçons pour la pédérastie et les filles pour le bordel. Et lorsqu'on les conduisait par la voie de la mer et qu'ils comprirent à quelle fin on les demandait et où on les menait, ils se dirent l'un à l'autre : si nous nous noyons dans la mer, viendrons-nous à la vie du monde à venir ? Le plus grand [savant] d'entre eux leur exposa : il dit, [il est écrit] « le Seigneur a dit : du Bachan je [les] ramènerai, je [les] ramènerai des profondeurs de la mer » (Ps 68:23) — « du Bachan je ramènerai », c'est-à-dire d'entre les dents du lion ; « je ramènerai des profondeurs de la mer », ce sont ceux qui se noient dans la mer. Lorsque les filles entendirent cela, elles sautèrent toutes et tombèrent dans la mer. Les garçons tirèrent un kal va-homer d'eux-mêmes et dirent : si celles-ci, dont c'est la voie [l'usage], [ont fait] ainsi, nous, dont ce n'est pas la voie, à plus forte raison ! — c'est-à-dire : ces filles, dont l'usage [naturel] est l'union [conjugale] et dont la honte n'est pas aussi grande que la nôtre, car ce n'est pas l'usage des mâles de coucher avec eux [d'autres mâles], elles aussi ont sauté dans la mer [à plus forte raison nous] ; et à leur sujet l'Écriture dit « car c'est pour Toi que nous sommes tués tout le jour, nous sommes comptés comme des brebis d'abattoir » (Ps 44:23). Jusqu'ici [le passage de Guittin]. Et voici qu'il est connu que les fils de l'homme sont comparés aux arbres, car il est écrit « car l'homme est [comme] l'arbre du champ » (Dt 20:19) ; et ils sont aussi comparés aux herbes, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Erouvin 54a) : les fils de l'homme ressemblent aux herbes du champ — ceux-ci bourgeonnent et ceux-là fanent. Et les arbres, qui portent des fruits, ressemblent davantage aux femmes, qui, par l'union qu'on a avec elles, produisent [un fruit] en concevant et en enfantant ; tandis que les herbes ne portent pas de fruits et ressemblent davantage aux mâles, par l'union avec qui [d'autres mâles] aucun fruit ne sort, car le mâle ne conçoit pas par l'union qu'on a avec lui. C'est pourquoi, de ce que le Nom béni a ordonné aux arbres de ne pas sortir en mélange (irbouvia), les femmes ont à apprendre de là à ne pas s'asseoir en mélange dans le bordel ; c'est pourquoi, lorsqu'elles comprirent que le dessein était de les faire asseoir dans le bordel, elles sautèrent et tombèrent dans la mer. Et de même que les herbes firent un kal va-homer à partir des arbres pour ne pas sortir en mélange, de même les mâles, qui ressemblent davantage aux herbes, firent un kal va-homer à partir des femmes, qui ressemblent davantage aux arbres, et eux aussi sautèrent et tombèrent dans la mer afin de ne pas faire le mal qu'on pensait leur faire. C'est pourquoi, lorsque le prince du monde vit le kal va-homer que firent les herbes, il vit par l'esprit saint (roua'h ha-kodech) qu'Israël était destiné à sanctifier le Nom du Ciel d'une manière semblable à celle-ci : que les filles, qui ressemblent aux arbres, sanctifieraient le Nom du Ciel par leur chute dans la mer, et qu'alors les garçons, qui ressemblent aux herbes, tireraient un kal va-homer d'eux-mêmes, semblable au kal va-homer des herbes, et par là sanctifieraient le Nom du Ciel par leur chute dans la mer. C'est pourquoi le prince du monde ouvrit [la bouche] et dit « que la gloire de l'Éternel dure à jamais », car dans la sanctification du Nom du Ciel se montre la gloire du Nom béni ; et « que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres » — ce sont ces quatre cents garçons et filles qui se jetèrent dans la mer pour Son honneur. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que le prince du monde est l'ange Metatron, dont le Saint béni soit-Il fit descendre l'âme (nechama) en ce monde-ci, et [c'est] Hanokh [Enoch] fils de Yered [qui] la reçut (Gn 5:23) ; et après qu'il eut vécu en ce monde 365 ans, le Saint béni soit-Il fit monter son corps en haut, le transforma en feu et lui donna autorité sur les anges. Et la raison [pour laquelle] le Saint béni soit-Il fit ainsi — faire monter un corps humain matériel pour lui donner autorité sur les anges — est connue : c'est parce que l'homme, qui est matériel et qui se sanctifie en accomplissant et en faisant la volonté du Nom béni, est alors plus cher devant le Saint béni soit-Il que l'ange, dont l'essence est spirituelle et chez qui l'accomplissement de [Sa] volonté lui est naturel, car telle est sa voie ; ce qui n'est pas le cas de l'homme, dont l'essence est matérielle et dont ce n'est pas la voie. C'est pourquoi le Nom béni choisit de faire monter un corps dont l'essence est matérielle, de le transformer en feu et de lui donner autorité sur les anges. Et voici que le kal va-homer que firent les herbes est bâti et fondé sur ce raisonnement : que l'on peut dire qu'il y a un avantage pour celui dont c'est la voie [l'usage] sur celui dont ce n'est pas la voie, car c'est pourquoi les herbes dirent : si les arbres, dont ce n'est pas l'usage [de pousser mêlés], Il leur a ordonné de ne pas sortir en mélange, nous, dont c'est l'usage, à plus forte raison ! Et de ce raisonnement se connaît la raison pour laquelle l'homme est plus cher devant le Saint béni soit-Il, lorsqu'il se sanctifie en accomplissant Son commandement, que l'ange ; et c'est pour cette raison que le prince du monde mérita cet honneur de recevoir autorité sur les anges. C'est pourquoi, après que les herbes eurent tiré un kal va-homer d'elles-mêmes — kal va-homer dont se connut ce raisonnement, qu'il y a un avantage pour celui dont c'est la voie sur celui dont ce n'est pas la voie —, alors le prince du monde, qui est l'ange Metatron, vit que ce raisonnement sur lequel est bâti ce kal va-homer le concernait, lui aussi : car le Saint béni soit-Il était destiné, lui aussi, à le faire descendre en ce monde-ci et à le mettre dans un corps humain matériel, qui est Hanokh fils de Yered, puis à le faire monter avec ce corps aux cieux des hauteurs et à lui donner autorité sur les anges — chose dont la raison, elle aussi, est bâtie sur ce raisonnement : que le Saint béni soit-Il fit ainsi, l'amener dans un corps humain matériel et le faire monter en haut, parce qu'un corps humain matériel qui se conduit dans la sainteté en bas est plus cher devant le Saint béni soit-Il que le corps de l'ange, dont l'essence est spirituelle et dont la voie est de se conduire dans la sainteté. C'est pourquoi le prince du monde Metatron dit le verset « que la gloire de l'Éternel dure à jamais, que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres » — c'est-à-dire : que la gloire de l'Éternel se montre par le monde, [à savoir] Ses créatures qui font Sa volonté ; mais l'Éternel se réjouit davantage « en Ses œuvres », [à savoir] ces fils de l'homme dont la création est énoncée par le terme « faire » (assia), car il est écrit « faisons l'homme à notre image » (Gn 1:26) ; car ainsi nos sages de mémoire bénie ont exposé le verset « car je me repens de les avoir faits » (Gn 6:7), qu'il porte sur l'homme dont la création est énoncée par le terme « faire », comme l'a expliqué notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie. C'est pourquoi il dit « l'Éternel se réjouira » davantage « en Ses œuvres », [à savoir] ces fils de l'homme qui ont un avantage sur les anges lorsqu'ils se sanctifient, parce que ceux-ci [les anges], c'est leur voie, et ceux-là [les hommes], ce n'est pas leur voie. Et d'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel, expliquer le propos mentionné. Car il est connu que le premier jour de la semaine est de la dimension de la Bonté ('hessed), où est attaché Abraham notre père, que la paix soit sur lui ; et le deuxième jour est de la dimension de la Rigueur (guevoura), où est attaché Its'hak notre père, que la paix soit sur lui ; et le troisième jour de la dimension de la Splendeur (tiferet), où est attaché Yaakov notre père, que la paix soit sur lui. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, la raison [pour laquelle] le premier et le second Temple furent détruits, et [pour laquelle] le troisième Temple subsistera à jamais ; car nos maîtres de mémoire bénie ont dit : le premier Temple fut [bâti] par le mérite d'Abraham notre père, le second par le mérite d'Its'hak notre père, et le troisième par le mérite de Yaakov notre père, que la paix soit sur eux. Or, au premier jour, il est dit « car c'est bon » (Gn 1:4) ; c'est pourquoi le premier Temple, qui est par le mérite d'Abraham notre père, attaché à la Bonté qui correspond au premier jour, fut splendide et fut bâti par le roi Salomon, que la paix soit sur lui, et fut parfait en cinq choses, correspondant aux cinq lettres de « ki tov » (« car c'est bon »). Mais le second Temple, qui fut par le mérite d'Its'hak notre père, qui correspond au deuxième jour où ne fut pas dit « car c'est bon », manqua de cinq choses qui correspondent aux cinq lettres de « ki tov » ; et de plus il fut bâti avec l'aide du roi de Perse (Paras), terme [qui évoque] la « tranche/division » (peroussa), et fut détruit par la haine gratuite, qui est la division des cœurs et leur partage les uns des autres ; car il correspondait au deuxième jour, où il n'y eut pas de création achevée, mais où il y eut une affaire de partage et de séparation entre les eaux et les eaux ; et c'est pourquoi l'on a dit qu'on ne commence pas [un voyage, etc.] le deuxième jour. Cependant, au troisième jour, qui était la dimension de Yaakov notre père, « car c'est bon » y fut redoublé (Gn 1:12), et tout redoublement indique la pérennité, comme le dit Joseph le juste, que la paix soit sur lui, à Pharaon : « et que le songe se soit répété à Pharaon deux fois [signifie] que la chose est arrêtée de la part de [Dieu] et que [Dieu] se hâte de la faire » (Gn 41:32) ; et puisque « car c'est bon » y fut redoublé, c'est un signe manifeste pour le troisième Temple, qui lui correspond, qu'il aura pérennité et stabilité à jamais et ne sera pas détruit — car cela indique que la chose est arrêtée de la part de [Dieu]. De plus, [du troisième jour] s'enchaîne l'influx (chefa) de toutes les dix sefirot, qui correspondent aux deux fois « ki tov », lesquelles font dix lettres ; elles correspondent aussi aux cinq Bontés (hassadim) et aux cinq Rigueurs (guevourot) adoucies l'une dans l'autre, qui font dix. Et voici que deux fois « ki tov » montent au nombre [gematria] de « tsad » [47 × 2 = 94] ; et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « sur le côté vous serez portés » (Is 66:12) : il y a là une allusion au troisième Temple, qui correspond au troisième jour où furent dits deux fois « ki tov » dont le nombre est « tsad » ; et c'est [le sens de] « vous serez portés (tinassou) » : qu'il restera à jamais et ne sera pas détruit, mais « vous y serez portés [élevés] ». Et « sur les genoux » — c'est la réparation (tikoun) du Fondement (yessod), qui se rapporte aux genoux ; « vous serez choyés (técha'achaou) » — pour qu'il ne subsiste plus là aucun défaut (pegam), absolument. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « Il nous fera revivre après deux jours, au troisième jour Il nous relèvera et nous vivrons devant Lui » (Os 6:2) — c'est-à-dire : « après deux jours » (mi-yamim), ce sont le premier jour et le deuxième jour, auxquels correspondront le premier sanctuaire et le second sanctuaire, qui sont [une] vie pour Israël ; mais en tous deux la nation d'Israël ressemblera à un malade qui ne s'est pas encore levé de son lit, mais dont la maladie s'est écartée pour un temps, et qui est encore d'humeur faible et de force épuisée, incapable de se lever du lit ; c'est pourquoi il est aisé que la maladie revienne sur lui. Ainsi en les deux sanctuaires, qui correspondent aux deux jours mentionnés, [Israël] ne subsista pas, mais ils furent détruits et [Israël] retomba dans sa maladie. Mais « au troisième jour », c'est le troisième sanctuaire qui correspond au troisième jour : « Il nous relèvera » d'abord du lit, en sorte qu'il ne nous reste aucun malaise ni la moindre petite maladie des maladies de l'âme (nefech) ; et alors « nous vivrons devant Lui » sans aucun voile séparateur entre nous et la lumière de la Chekhina (Présence divine) ; c'est pourquoi il restera à jamais et ne sera pas détruit, et il n'y aura plus d'exil pour Israël. Et par là se comprend bien la raison pour laquelle « car c'est bon » fut redoublé au troisième jour : parce qu'il correspond au troisième Temple qui sera bâti prochainement de nos jours, où il y aura un bien double et parfait, tant pour les âmes (nefachot) que pour les corps ; car en ce temps-là seront triés [éclaircis] tous les étincelles de sainteté (nitsotsot) qui appartiennent aux âmes, et il ne restera plus aucune maladie pour l'âme, absolument — ce qui ne fut pas le cas au premier et au second Temple, où il y eut délivrance et liberté pour les corps, qui n'étaient plus asservis aux nations, mais où il n'y eut pas de délivrance et de liberté parfaite pour les âmes, car elles n'avaient pas encore été purifiées des scories des forces extérieures (hitsonim), et leur triage [éclaircissement] et leur guérison n'étaient pas achevés ; c'est pourquoi « car c'est bon » y fut redoublé, pour faire allusion au troisième Temple, qui lui correspond, [où] il y aura un bien parfait pour les âmes et un bien parfait pour les corps. Il se trouve donc, selon cela, que le troisième Temple qui sera bâti prochainement de nos jours correspond au troisième jour où « car c'est bon » fut redoublé, indiquant un bien double et parfait pour les âmes et pour les corps ; car en ce temps-là s'achève et se parfait le triage de tous les étincelles de sainteté qui appartiennent au NaRaN [nefech, roua'h, nechama — les trois niveaux de l'âme] d'Israël. Et par là se comprend la raison pour laquelle le Saint béni soit-Il décréta sur les arbres, qui furent créés en ce jour-là, qu'ils ne sortiraient pas en mélange, mais chacun selon son espèce : car ce jour-là correspond au temps du troisième Temple, temps où s'achèvera la réparation (tikoun) et le triage des étincelles de sainteté, qui sont les portions des âmes, et où il ne restera plus une seule étincelle en mélange, mais chaque étincelle [sera] attachée à sa racine et à son emplacement ; car en ce temps-là s'accomplira la parole du verset « voici que je vous envoie Élie le prophète, etc., et il ramènera le cœur des pères sur les fils et le cœur des fils sur leurs pères » (Mal 3:23-24), [en sorte] que les NaRaN [nefech, roua'h, nechama] ne soient plus en mélange comme ils le sont maintenant, comme l'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Guilgoulim [la Porte des transmigrations]. Et voici que les arbres font allusion aux âmes des grands [les grandes âmes], et les herbes font allusion aux âmes des petits [les petites âmes] ; et à l'avenir, non seulement les grandes âmes seront triées et se tiendront sans mélange, mais aussi les petites âmes, qui a l'origine étaient davantage mélangées à cause de leur petitesse, seront elles aussi, alors, triées et se tiendront sans mélange. C'est pourquoi, lorsque le Saint béni soit-Il décréta sur les arbres, qui font allusion aux grandes âmes, qu'ils ne sortiraient pas en mélange, alors les herbes, qui font allusion aux petites âmes, tirèrent un kal va-homer d'elles-mêmes : si les arbres, qui, selon leur grandeur, n'ont pas pour usage de sortir en mélange, le Saint béni soit-Il [le leur ordonna ainsi], nous, à plus forte raison ! — et aussitôt chacun sortit selon son espèce. C'est pourquoi, lorsque le prince du monde, qui est Metatron, prince de la Face (sar ha-panim), qui est toujours le bon avocat en faveur d'Israël, vit que même les herbes, qui font allusion aux petites âmes, ne sortirent pas en mélange — ce qui indique le triage de toutes les âmes qui aura lieu au temps du troisième Temple, lequel correspond à ce jour-là —, alors il ouvrit [la bouche] et dit « que la gloire de l'Éternel dure à jamais » — c'est-à-dire : la gloire de l'Éternel qui se révélera dans le troisième Temple, où sera l'essentiel de la gloire de l'Éternel, durera à jamais ; car, puisque s'achève le triage et la réparation (tikoun) de toutes les âmes, alors il n'y aura plus de destruction ni d'exil, et le Temple restera à jamais dans la gloire de l'Éternel qui y resplendit. Et aussi en ce temps-là « l'Éternel se réjouira en Ses œuvres » — ce sont les Israélites qui seront tous justes et parfaits, et sur qui ne restera plus d'accusateurs (katégorim). Et il dit aussi « l'Éternel se réjouira en Ses œuvres » pour faire allusion à ce que ce Temple sera œuvre des cieux [d'origine céleste] ; et il fit aussi allusion, par le mot « yismah » (se réjouira), qui [a les mêmes] lettres que « machiah » (Messie), à ce qu'Il le couronnera roi en ce temps-là en ce monde-ci. Et ce qu'il faut encore comprendre dans le propos mentionné, dans ce qu'il a dit « elles tirèrent un kal va-homer d'elles-mêmes », car cela semble une expression superflue : il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] selon ce qu'a dit le Rav [auteur des] Benei Yissakhar (Maamarei Hodech Eloul, maamar 2), que les treize mesures [herméneutiques] par lesquelles la Torah s'interprète correspondent aux treize attributs [de miséricorde] de « Él rahoum ve-hanoun (Dieu miséricordieux et clément), etc. », et que le kal va-homer correspond à l'attribut « Él » ; et lorsqu'un homme énonce une chose de kal va-homer, il éveille par là l'attribut « Él » pour qu'en découle vers lui un influx (chefa) de là. Et il a écrit au nom du Maharadab [notre maître le Rav Dov Ber de Mezeritch], de mémoire bénie : lorsque Moché notre maître, que la paix soit sur lui, pria pour Miryam sa sœur « Él, [de grâce,] guéris-la, de grâce » (Nb 12:13), il voulut, par cette prière, éveiller l'attribut « Él » pour lui attirer de là un influx de guérison ; et le Saint béni soit-Il lui répondit « si son père lui avait craché au visage » (Nb 12:14) — c'est-à-dire qu'Il lui dit un kal va-homer, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie ; et c'était une allusion pour lui [à ce] qu'enseigner un kal va-homer, par là s'éveille l'attribut « Él ». Jusqu'ici ses paroles, vois-y. Et voici que le premier kal va-homer énoncé au monde est ce kal va-homer que dirent les herbes ; et par ce premier kal va-homer elles ouvrirent pour elles-mêmes la porte de l'attribut « Él » pour qu'il déverse en elles [un influx]. Et c'est [le sens de] ce qu'il a dit « elles tirèrent un kal va-homer d'elles-mêmes » — c'est-à-dire pour leur propre besoin, pour faire couler par lui un influx de l'attribut « Él » ; et il a dit « elles tirèrent (nassou) » et n'a pas dit « elles dirent », pour faire allusion à ce qu'elles se firent par ce kal va-homer une élévation (nessiout) et une supériorité à elles-mêmes. Et sache que ce qu'il a dit « elles tirèrent un kal va-homer », l'intention [est] selon ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Devarim Rabba 10:6) : il n'est pas une herbe qui n'ait au-dessus d'elle un officier (choter) et un gouverneur (mochel) qui la frappe et lui dit : croîs ! Sur ce [fondement], ces forces spirituelles préposées aux herbes ouvrirent [le discours] par ce kal va-homer. Et c'est simple.
💡 Explication

Aussitôt, chaque herbe sortit selon son espèce [d'elle-même, sans ordre explicite]. Le prince du monde prit alors la parole : 'que la gloire de l'Éternel dure à jamais, que l'Éternel se réjouisse en Ses œuvres' [qui accomplissent Sa volonté même sans en avoir reçu l'ordre].

13
בָּעֵי רָבִינָא: הִרְכִּיב שְׁנֵי דְּשָׁאִים זֶה עַל גַּב זֶה

Ravina a demandé : [si] l'on a greffé deux herbes l'une sur l'autre [quel est le statut] ?

🗂️ Tossefot (1)
הִרְכִּיב שְׁנֵי דְּשָׁאִין זֶה עַל גַּב זֶה מַהוּ וְאִם תֹּאמַר מַתְנִיתִין הִיא בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם בְּפֶרֶק קַמָּא (מִשְׁנָה ז) אֵין נוֹטְעִין אִילָן בְּאִילָן וְלֹא יָרָק בְּיָרָק וְעוֹד תְּנַן (שָׁם מִשְׁנָה ח) אֵין נוֹתְנִין זֶרַע דְּלַעַת בְּתוֹךְ הַחֶלְמִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא יָרָק בְּיָרָק וי"ל דְּמִבַּעְיָא לֵיהּ בְּחוּצָה לָאָרֶץ דְּשָׁרוּ כִּלְאֵי זְרָעִים וַאֲסִירִי הַרְכָּבַת הָאִילָן כִּדְאִיתָא בְּסוֹף פֶּרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לט.) דְּדָרֵישׁ שָׂדְךָ לִמְעוּטֵי כִּלְאֵי זְרָעִים שֶׁבְּחוּצָה לָאָרֶץ וְהַרְכָּבַת הָאִילָן אֲסוּרָה מִדִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יט) אֶת [וְגוֹ'] בְּהֶמְתְּךָ לֹא תַרְבִּיעַ כִּלְאַיִם שָׂדְךָ לֹא תִזְרַע כִּלְאָיִם מַה בְּהֵמָה בְּהַרְבָּעָה אַף שָׂדְךָ בְּהַרְכָּבָה וּמַה בְּהֵמָה בֵּין בָּאָרֶץ בֵּין בְּחוּצָה לָאָרֶץ אַף שָׂדְךָ בֵּין בָּאָרֶץ בֵּין בְּחוּצָה לָאָרֶץ וּמִבַּעְיָא לֵיהּ אִי חֲשִׁיבָא לֵיהּ הַרְכָּבַת זְרָעִים כְּהַרְכָּבַת אִילָן מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהֶן לְמִינֵהוּ אוֹ לֹא אִי נָמֵי אֲפִילּוּ בָּאָרֶץ מִיבַּעְיָא לֵיהּ לֵר' אוֹשַׁעְיָא דְּאָמַר עַד שֶׁיִּזְרַע חִטָּה וּשְׂעוֹרָה וְחַרְצָן בְּמַפֹּולֶת יָד דְּדִילְמָא מַתְנִיתִין דְּכִלְאַיִם כְּרַבָּנָן אִי נָמֵי בִּשְׁאָר כִּלְאֵי זְרָעִים וְאַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן אַייְרֵי הָכָא דְּאָמַר בְּהַקּוֹמֵץ זוּטָא (מְנָחוֹת דַּף טו:) קַנַּבּוֹס וָלוּף אָסְרָה תּוֹרָה שְׁאָר זְרָעִים לָא אִי נָמֵי לִבְנֵי נֹחַ קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ דְּשָׁרוּ בְּכִלְאֵי זְרָעִים וַאֲסִירִי בְּהַרְכָּבַת הָאִילָן כִּדְאִיתָא פֶּרֶק אַרְבַּע מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין ס.) וְנָפְקָא לָן מִדִּכְתִיב (שָׁם) אֶת חֻוקֹּותַי תִּשְׁמֹורוּ חֻוקִּים שֶׁחָקַקְתִּי לְךָ כְּבָר בְּהֶמְתְּךָ לֹא תַרְבִּיעַ כִּלְאַיִם שָׂדְךָ לֹא תִזְרַע כִּלְאָיִם וְהַיְינוּ בְּהַרְכָּבָה דֻּומְיָא דִּבְהֵמָה וְשֶׁחָקַקְתִּי לְךָ כְּבָר הַייְנוּ לִבְנֵי נֹחַ דִּכְתִיב בְּהוּ לְמִינֵהוּ בְּאִילָנוֹת וּבִבְהֵמָה דִּלְמִינֵהוּ אִיסּוּר כִּלְאַיִם מַשְׁמַע כִּדְמוֹכַח בְּסוֹף שׁוֹר שֶׁנָּגַח אֶת הַפָּרָה (ב"ק נה.) דְּבָעֵי הָתָם הָרְבִיעַ שְׁנֵי מִינִים שֶׁבַּיָּם מַהוּ מִי גָּמְרִי לְמִינֵהוּ לְמִינֵהוּ מִיַּבָּשָׁה אוֹ לֹא וּמִבַּעְיָא לָן אִי הָוֵי הַרְכָּבַת יָרָק בְּיָרָק כְּמוֹ הַרְכָּבַת אִילָן בְּאִילָן וְהָוֵי בִּכְלַל שָׂדְךָ ואע"ג דִּכְתִיב לְמִינֵהוּ אִיצְטְרִיךְ אֶת חֻוקּוֹתַי שֶׁחָקַקְתִּי לְךָ כְּבָר דְּלָא הֲוָה יָדְעִינַן דִּלְמִינֵהוּ אֲתָא לְאִיסּוּר כִּלְאַיִם אִי לָא כְּתִיב חֻוקּוֹתַי וְאִי לֹא לְמִינֵהוּ מֵאֵת חֻוקּוֹתַי לְחוּד לָא הֲוָה נָפְקָא לָן דְּהֵ"א חֻוקּוֹתַי שֶׁחָקַקְתִּי לְךָ כְּבָר בְּמָרָה וא"ת הָא פָּרֵיךְ הָתָם אֶלָּא מֵעַתָּה וּשְׁמַרְתֶּם אֶת חֻוקֹּותַי מַאי חֻוקּוֹת שֶׁחָקַקְתִּי לְךָ כְּבָר אִיכָּא וּמַאי קַשְׁיָא הָא לָא מוֹקְמִינַן הַאי אַבְנֵי נֹחַ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן נָמֵי דִּכְתִיב לְמִינֵהוּ בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית וְי"ל דְּמ"מ פָּרִיךְ שַׁפִּיר דְּכִי הֵיכִי דְּהַאי לָא קָאֵי אַבְּנֵי נֹחַ הַאי נָמֵי לָא קָאֵי אַבְנֵי נֹחַ וּמְשַׁנֵּי דְּהָתָם כְּתִיב חֻוקּוֹתַי בָּתַר וּשְׁמַרְתֶּם אֲבָל הָכָא כְּתִיב חֻוקּוֹתַי קֹודֶם תִּשְׁמְרוּ:
[Si] l'on a greffé deux herbes l'une sur l'autre, quoi ? — Et si tu dis : c'est une michna [explicite] au traité Kilayim, au premier chapitre (michna 7) : 'on ne plante pas un arbre dans [sur] un arbre, ni un légume dans un légume' ; et de plus nous avons appris la (michna 8) : 'on ne met pas de graine de courge dans de la mauve, parce que c'est un légume dans un légume' ! On peut répondre que [Ravina] s'interroge à l'étranger (hors de Terre d'Israël), où les espèces mélangées de semences (kilei zeraïm) sont permises mais la greffe d'arbre interdite, comme [il est dit] à la fin du premier chapitre de Kiddouchin (39a), où l'on expose 'ton champ' (sadekha) pour exclure les espèces mélangées de semences [qui sont] hors de Terre d'Israël, [tandis que] la greffe d'arbre est interdite [même là], car il est écrit (Lv 19) '[ta bête] tu n'accoupleras pas en espèces mélangées, ton champ tu n'ensemenceras pas en espèces mélangées' : de même que [pour] la bête [il s'agit] d'accouplement, de même [pour] ton champ [il s'agit] de greffe ; et de même que la bête [c'est] tant en [Terre d'Israël] qu'à l'étranger, de même ton champ [c'est] tant en [Terre d'Israël] qu'à l'étranger. Et [Ravina] s'interroge [pour savoir] si la greffe de semences est considérée comme la greffe d'arbre, parce qu'il est écrit à leur sujet 'selon son espèce', ou non. Ou bien [encore], même en [Terre d'Israël], il y a une question pour Rabbi Ochaaya, qui dit [qu'on ne transgresse] que si l'on sème blé, orge et pépin [de raisin] d'un seul jet de la main : car peut-être la michna de Kilayim [suit] les Rabbanan. Ou bien [il s'agit] des autres espèces mélangées de semences, et c'est selon les Rabbanan qu'on traite ici, qui disent dans [le chapitre] Ha-Kometz Zouta (Menahot 15b) : 'le chanvre et l'arum (kanbos ve-louf), la Torah [les] a interdits ; les autres semences, non'. Ou bien [encore], c'est pour les fils de Noé [non-Juifs] qu'il s'interroge, pour qui les espèces mélangées de semences sont permises mais la greffe d'arbre interdite, comme [il est dit] au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 60a) ; et nous le déduisons de ce qu'il est écrit (là) 'mes lois (houkotai) vous garderez' — [des] lois que Je t'ai déjà gravées [auparavant] : '[ta bête] tu n'accoupleras pas en espèces mélangées, ton champ tu n'ensemenceras pas en espèces mélangées', à savoir [par] greffe, à l'instar de la bête ; et 'que Je t'ai déjà gravées' [vise] les fils de Noé, au sujet desquels il est écrit 'selon son espèce' pour les arbres et pour la bête, ou 'selon son espèce' implique l'interdit des espèces mélangées, comme [cela] ressort à la fin de [Cho..] Chor che-nagah et ha-para (Baba Kama 55a), où l'on demande là-bas : '[s']il a accouplé deux espèces [de poissons] qui sont dans la mer, quoi ? apprend-on 'selon son espèce' [de la mer] de 'selon son espèce' de la terre, ou non ?' Et nous nous interrogeons [pour savoir] si la greffe de légume sur légume est comme la greffe d'arbre sur arbre et est incluse dans 'ton champ' — et bien qu'il soit écrit 'selon son espèce', 'mes lois que Je t'ai déjà gravées' était nécessaire, car nous n'aurions pas su que 'selon son espèce' vient [enseigner] l'interdit des espèces mélangées si 'houkotai' n'était pas écrit ; et si 'selon son espèce' [n'était pas écrit], de 'mes lois' seul nous n'aurions pas déduit [l'interdit], car j'aurais dit 'mes lois que Je t'ai déjà gravées' [vise les lois données] à Mara. Et si tu objectes : [le Talmud] demande là-bas 'mais alors, 'et vous garderez mes lois' (Lv 18:30), quelles lois 'que Je t'ai déjà gravées' y a-t-il [à cet endroit] ?' — et en quoi est-ce une difficulté, puisque nous n'établissons ce [verset]-ci [comme parlant] des fils de Noé que parce que nous trouvons aussi 'selon son espèce' écrit dans l'œuvre de la Création ? On peut répondre qu'il objecte tout de même à bon droit : car de même que celui-là [le verset de Lv 18] ne porte pas sur les fils de Noé, celui-ci [non plus] ne porte pas sur les fils de Noé ; et [le Talmud] répond que là-bas 'houkotai' est écrit après 'et vous garderez', tandis qu'ici 'houkotai' est écrit avant 'tichmorou' [vous garderez].
💡 Explication

À partir du 'selon son espèce' applique aux herbes, Ravina soulève un dilemme : greffer deux herbes l'une sur l'autre [comme on greffe les arbres] constitue-t-il une transgression de kilayim (espèces interdites) ? La question reste en suspens.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).