Sougya : Après le dilemme laissé en suspens (teikou) sur les espèces nées 'd'elles-mêmes' selon Rabbi Hanina bar Pappa, la sougya enchaîne une série d'aggadot. Rabbi Chimon ben Pazi résout la contradiction des versets (deux grands luminaires / le grand et le petit) par le récit du rapetissement de la lune : elle objecte que deux rois ne peuvent porter une couronne, Dieu lui ordonne de se rapetisser, la console en trois temps (régner jour et nuit, servir au comput d'Israël, donner son nom 'ha-katan' aux justes), et, la voyant inconsolée, ordonne le bouc de Roch Hodech 'pour l'Éternel' comme expiation.
Rav Assi établit, par la contradiction sur la sortie des herbes, que Dieu désire la prière des justes (illustrée par le jardin de Rav Nahman bar Pappa). Rav Hanan bar Rava lit 'ha-chessoua' comme une créature distincte, preuve que la Torah vient du Ciel.
Enfin Resh Lakich enseigne que des versets apparemment 'à brûler comme livres d'hérétiques' sont en réalité le corps même de la Torah : Avvim/Kaftorim, Si'hon et Moav, le Hermon, le déplacement des Égyptiens par Yossef — chacun recelant une raison halakhique ou morale précise. Le daf se clôt sur le retour à la michna : les simanim de l'oiseau ne sont pas énoncés — mais une braita semble objecter à partir du 'nesher'.
Selon Rabbi Hanina bar Pappa, qu'en est-il [de greffer une espèce sur une autre parmi ces herbes] ? Puisqu'il n'est pas écrit à leur sujet 'selon son espèce' (le-mineihou), on n'est pas tenu [pour responsable] ; ou bien peut-être, puisque Lui [Dieu] a donné Son accord par leur entremise, [c'est] comme s'il était écrit à leur sujet 'selon son espèce' ?
[La question] demeure (teikou).
Fin du dilemme ouvert en 60a. Pour Rabbi Hanina bar Pappa, les herbes (deshaïm) sont sorties 'de leur propre initiative' selon leur espèce, sans en avoir reçu l'ordre. Question : peut-on alors les greffer librement (pas de loi de kilayim, mélange d'espèces), faute du commandement 'selon son espèce' ? Ou bien l'accord donné par Dieu après coup équivaut-il à un commandement ? Teikou : non tranché.
Rabbi Chimon ben Pazi soulève une contradiction : il est écrit 'et Dieu fit les deux grands luminaires' (Genèse 1:16), et il est [aussi] écrit 'le grand luminaire et le petit luminaire' (ibid.). La lune dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, est-il possible à deux rois de se servir d'une seule couronne ?
Il lui dit : va et rapetisse-toi.
Rabbi Chimon ben Pazi relève une contradiction interne au verset : 'les deux grands luminaires' suggère l'égalité, mais la suite distingue 'le grand' et 'le petit'. Résolution : au départ soleil et lune étaient égaux ; la lune objecte que deux rois ne peuvent porter une seule couronne ; Dieu lui répond 'va et rapetisse-toi'.
Elle dit devant Lui : Maître du monde, puisque j'ai dit devant Toi une chose juste, dois-je me rapetisser moi-même ?! Il lui dit : va et règne le jour et la nuit.
Elle Lui dit : quelle [en est] la grandeur ? un flambeau en plein midi, à quoi sert-il ? Il lui dit : va, [et] Israël comptera par toi les jours et les années.
Elle Lui dit : le jour [le soleil] aussi, il est impossible qu'on ne compte pas par lui la saison (tekoufa), comme il est écrit 'et ils serviront de signes, [pour les fêtes], pour les jours et les années' (Genèse 1:14). [Il lui dit :] va, [et] des justes seront appelés de ton nom : 'Yaakov le petit (ha-katan)', 'Chmouel le petit', 'David le petit'.
Les trois consolations. (1) Régner jour et nuit — la lune objecte qu'un flambeau en plein midi n'éclaire pas. (2) Servir au comput d'Israël (jours et années) — elle objecte que le soleil aussi sert au comput des saisons (tekoufot). (3) Donner son nom 'ha-katan' (le petit) aux justes — Yaakov, Chmouel, David. Chaque consolation est aussitôt objectée : la lune reste inconsolée.
Il vit qu'elle ne se laissait pas apaiser. Le Saint, béni soit-Il, dit : apportez une expiation pour Moi, du fait que j'ai rapetissé la lune !
Et c'est [le sens de] ce que dit Rabbi Chimon ben Lakich : en quoi le bouc (sair) de Roch Hodech (Néoménie) est-il différent, qu'il est dit à son sujet 'pour l'Éternel' (là-Chem) (Nombres 28:15) ? Le Saint, béni soit-Il, dit : que ce bouc soit une expiation pour Moi, du fait que j'ai rapetissé la lune.
La lune restant inconsolée, Dieu ordonne une 'expiation pour Lui-même'. C'est pourquoi, parmi tous les sacrifices supplémentaires (moussaf), seul le bouc de Roch Hodech porte la mention 'pour l'Éternel' (là-Chem) : selon Resh Lakich, il expie le rapetissement de la lune.
Rav Assi soulève une contradiction : il est écrit 'et la terre fit sortir de l'herbe (dèche)' (Genèse 1:12), le troisième jour [de la Création] ; et il est écrit 'et tout arbuste des champs n'était pas encore sur la terre' (Genèse 2:5), la veille du Chabbat [le sixième jour]. [Cela] enseigne que les herbes sont sorties et se sont tenues à l'ouverture du sol, jusqu'à ce que vienne Adam le premier homme et implore miséricorde sur elles ; et des pluies tombèrent, et elles poussèrent.
[Cela vient] t'enseigner que le Saint, béni soit-Il, désire la prière des justes.
Rav Assi résout une autre contradiction : l'herbe 'sort' au troisième jour, mais 'n'était pas encore sur la terre' au sixième. Résolution : les herbes étaient sorties mais se tenaient au seuil du sol, sans pousser, jusqu'à ce qu'Adam prie pour la pluie. Enseignement : Dieu désire la prière des justes.
Rav Nahman bar Pappa avait un certain jardin. Il y jeta des semences et [elles] ne poussèrent pas.
Il implora miséricorde, la pluie vint et [elles] poussèrent. Il dit : c'est [le sens] de [ce qu'a dit] Rav Assi [que le Saint, béni soit-Il, désire la prière des justes].
Illustration vivante : Rav Nahman bar Pappa sème son jardin sans résultat ; il prie, la pluie vient, et les graines poussent. Il y reconnaît l'enseignement de Rav Assi : Dieu désire la prière des justes.
Rav Hanan bar Rava dit : 'ha-chessoua' (Deutéronome 14:7) est une créature en soi (beria bifnei atzma), qui a deux dos et deux échines [colonnes vertébrales]. Or Moché notre maître était-il un chasseur (kenigui) ou était-il un archer (baliestri) [pour connaître une telle bête] ?
De la, [il y a] une réfutation à celui qui dit [que] la Torah n'[est] pas du Ciel.
Dans la liste des bêtes impures, la Torah mentionne 'ha-chessoua'. Rav Hanan bar Rava y voit non un simple redoublement de 'sabot fendu', mais une créature distincte à deux dos et deux échines (d'aspect entièrement fendu). Moché n'était ni chasseur ni archer : il ne pouvait connaître une telle bête que par révélation — d'où une réfutation de ceux qui nient que la Torah vient du Ciel.
Rav Hisda dit à Rav Tahlifa bar Avina : va écrire 'kenigui ou-baliestri' (chasseur et archer) dans ton recueil d'aggada, et explique-le.
Ces deux mots (kenigui, baliestri) étant des termes rares, Rav Hisda demande à Rav Tahlifa bar Avina de les consigner dans son livre d'aggada en les expliquant, pour ceux qui les ignorent.
'Et les cinq seigneurs (sarnei) des Pelichtim : le Gazéen, l'Achdodéen, l'Achkelonéen, le Gatéen et l'Ekronéen, et les Avvim' (Josue 13:3) — il a dit cinq et en a compté six ! Rabbi Yonatan dit : leurs notables (arounekei) [étaient] cinq.
Rav Hisda dit à Rav Tahlifa bar Avina : écris 'arounekei' dans ton recueil d'aggada, et explique-le. Et [cela] diverge de Rav, car Rav a dit : les Avvim sont venus du Teiman.
Le verset annonce cinq seigneurs des Pelichtim mais en énumère six (les Avvim en sus). Rabbi Yonatan : seuls les cinq notables (arounekei) comptaient comme seigneurs. Rav Hisda demande de consigner le mot rare 'arounekei'. Mais ceci diverge de Rav, pour qui les Avvim venaient du Teiman (donc n'étaient pas des Pelichtim).
Il est [aussi] enseigné ainsi [dans une braita] : les Avvim sont venus du Teiman, et pourquoi leur nom fut-il appelé Avvim ? Parce qu'ils ont dévasté (iouetou) leur lieu.
Autre explication : Avvim, parce qu'ils convoitèrent (iouou) de nombreuses divinités. Autre explication : Avvim, parce que quiconque les voyait était saisi de convulsion (avit).
Rav Yossef dit : et ils avaient seize rangées de dents pour chacun d'eux.
Une braita confirme l'origine des Avvim (du Teiman) et propose trois étymologies de leur nom : ils ont dévasté (iouetou) leur lieu en partant ; ils ont convoité (iouou) de nombreuses idolâtries ; quiconque les voyait était saisi de convulsion (avit). Rav Yossef ajoute : chacun avait seize rangées de dents.
Rabbi Chimon ben Lakich dit : nombre de versets [sont] dignes d'être brûlés comme des livres d'hérétiques (minim), et [pourtant] ce sont eux-mêmes le corps de la Torah (goufei Torah). 'Et les Avvim qui habitaient dans des hameaux jusqu'à Gaza' (Deutéronome 2:23) — quelle différence cela fait-il pour nous ?
Enseignement-clé de Resh Lakich : certains versets paraissent si superflus qu'on les croirait dignes d'être brûlés comme livres d'hérétiques (minim), et pourtant ils sont 'le corps de la Torah' — porteurs d'une raison cachée essentielle. Premier exemple : 'les Avvim qui habitaient dans des hameaux jusqu'à Gaza' — quel intérêt pratique ?
Du fait qu'Avimelekh fit jurer Avraham 'si tu me trompes, [moi] et mon fils et mon petit-fils' (Genèse 21:23) [Israël ne pouvait conquérir le pays des Pelichtim tant que les générations n'étaient pas passées], le Saint, béni soit-Il, dit : que viennent les Kaftorim [et] qu'ils prennent [le pays] aux Avvim — qui sont les mêmes que les Pelichtim — et que vienne Israël [et] qu'il [le] prenne aux Kaftorim.
La raison cachée du verset : Avraham avait juré à Avimelekh de ne pas trahir 'son fils et son petit-fils', interdisant à Israël de conquérir directement le pays des Pelichtim avant que ces générations passent. Dieu fait donc venir les Kaftorim prendre la terre aux Avvim (= les Pelichtim), puis Israël la prend aux Kaftorim — contournant ainsi le serment.
De façon semblable, tu dis [du verset] : 'car Hechbon était la ville de Si'hon roi de l'Émoréen, et [c'est] lui [qui] avait combattu contre le [premier] roi de Moav etc.' (Nombres 21:26) — quelle différence cela fait-il ? [C'est] que le Saint, béni soit-Il, avait dit à Israël 'ne harcèle pas Moav' (Deutéronome 2:9).
[Donc] le Saint, béni soit-Il, dit : que vienne Si'hon [et] qu'il prenne [le pays] à Moav, et que vienne Israël [et] qu'il [le] prenne à Si'hon. Et c'est [le sens de] ce que dit Rav Pappa : Amon et Moav se sont purifiés (tiharou) par Si'hon.
Même procédé pour Si'hon : Dieu avait interdit à Israël de harceler Moav. Or 'Sihon avait combattu le roi de Moav' et lui avait pris son pays. Dieu fait donc venir Si'hon prendre la terre à Moav, puis Israël la prend à Si'hon. D'où la formule de Rav Pappa : 'Amon et Moav se sont purifiés (tiharou) par Si'hon' — leur terre est devenue permise à la conquête.
'Les Sidoniens appellent le Hermon Sirion' (Deutéronome 3:9) — un Tana a enseigné : Senir et Sirion sont parmi les monts de la terre d'Israël. [Cela] enseigne que chacun et chacun des peuples du monde alla se bâtir une grande cité à lui, et lui donna un nom au nom des monts de la terre d'Israël — [cela] pour t'enseigner que même les monts de la terre d'Israël sont chers aux peuples du monde.
Le verset signalant que les nations donnent au Hermon les noms 'Sirion' et 'Senir' n'est pas vain : un Tana enseigne que Senir et Sirion sont des monts d'Erets Israël, et que chaque peuple bâtissait une grande cité qu'il nommait au nom des monts d'Israël — preuve que même les monts d'Israël sont chers aux nations.
De façon semblable [à celui-ci] : 'et le peuple, il [le] fit passer de ville en ville' (Genèse 47:21) — quelle différence cela fait-il ? [C'est] pour qu'on n'appelle pas ses frères 'des exilés' (galvata).
Dernier exemple : le verset disant que Yossef déplaça les Égyptiens de ville en ville n'est pas accessoire. Il enseigne l'amour de Yossef pour ses frères : en transférant toute la population, il fit en sorte qu'on ne puisse traiter ses frères d'exilés — puisque tous les Égyptiens étaient eux-mêmes déplacés.
[La michna a dit :] les simanim de l'oiseau n'ont pas été énoncés [dans la Torah]. Et [vraiment] pas ?
Mais n'est-il pas enseigné [dans une braita] : '[le] nesher' [est cité] —
Retour à la michna : les simanim (signes distinctifs) de l'oiseau pur ne sont pas énoncés explicitement dans la Torah (qui se contente de lister les oiseaux impurs). La Guemara objecte aussitôt à partir d'une braita qui s'appuie sur le 'nesher' (aigle/vautour, oiseau impur) — le développement se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).