Chullin 60b — le rapetissement de la lune, le désir de la prière des justes, et les versets 'à brûler' qui sont le cœur de la Torah

Chullin 60b

Sougya : Après le dilemme laissé en suspens (teikou) sur les espèces nées 'd'elles-mêmes' selon Rabbi Hanina bar Pappa, la sougya enchaîne une série d'aggadot. Rabbi Chimon ben Pazi résout la contradiction des versets (deux grands luminaires / le grand et le petit) par le récit du rapetissement de la lune : elle objecte que deux rois ne peuvent porter une couronne, Dieu lui ordonne de se rapetisser, la console en trois temps (régner jour et nuit, servir au comput d'Israël, donner son nom 'ha-katan' aux justes), et, la voyant inconsolée, ordonne le bouc de Roch Hodech 'pour l'Éternel' comme expiation.

Rav Assi établit, par la contradiction sur la sortie des herbes, que Dieu désire la prière des justes (illustrée par le jardin de Rav Nahman bar Pappa). Rav Hanan bar Rava lit 'ha-chessoua' comme une créature distincte, preuve que la Torah vient du Ciel.

Enfin Resh Lakich enseigne que des versets apparemment 'à brûler comme livres d'hérétiques' sont en réalité le corps même de la Torah : Avvim/Kaftorim, Si'hon et Moav, le Hermon, le déplacement des Égyptiens par Yossef — chacun recelant une raison halakhique ou morale précise. Le daf se clôt sur le retour à la michna : les simanim de l'oiseau ne sont pas énoncés — mais une braita semble objecter à partir du 'nesher'.

Le rapetissement de la lune (Rabbi Chimon ben Pazi) Contradiction des versets 'les deux grands luminaires' / 'le grand et le petit' soleil lune au départ : égaux la lune : 'deux rois peuvent-ils servir avec une seule couronne ?' -> 'va et rapetisse-toi' Consolation 1 règne jour ET nuit objection : flambeau en plein midi, inutile Consolation 2 Israël compte par toi objection : on compte aussi les saisons (soleil) Consolation 3 les justes à ton nom Yaakov, Chmouel, David 'ha-katan' (le petit) la lune reste inconsolée -> bouc de Roch Hodech 'pour l'Éternel' (expiation)
Le rapetissement de la lune (segments 1-3) : la contradiction des versets, l'objection de la lune, les trois consolations et l'expiation du bouc de Roch Hodech.
Versets 'à brûler' qui sont le cœur de la Torah (Resh Lakich) comment Israël a contourné les interdits de conquête par un transfert intermédiaire Pays des Avvim / Pelichtim serment d'Avraham à Avimelekh (interdit de conquérir directement) Kaftorim prennent aux Avvim -> Israël prend aux Kaftorim Pays de Moav (et Amon) 'ne harcèle pas Moav' (interdit de conquérir directement) Si'hon prend à Moav -> Israël prend à Si'hon Hermon (Senir / Sirion) les nations bâtissent et nomment au nom des monts d'Erets Israël -> les monts d'Israël sont aimés Yossef déplace les Égyptiens 'il fit passer le peuple de ville en ville' -> pour qu'on ne dise pas 'exilés' à ses frères verset apparemment superflu -> raison profonde cachée 'ils sont eux-mêmes le corps de la Torah'
Les versets 'à brûler' qui sont le corps de la Torah (segments 10-14) : comment Israël contourne les interdits de conquête, et l'amour des monts d'Israël et des frères de Yossef.
1
לְרַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא מַהוּ? כֵּיוָן דְּלָא כְּתַב בְּהוּ ״לְמִינֵהוּ״ לָא מִיחַייַּב, אוֹ דִּילְמָא כֵּיוָן דְּהִסְכִּים אַיְּדַיְהוּ – כְּמַאן דִּכְתִיב בְּהוּ ״לְמִינֵהוּ״ דָּמְיָא? תֵּיקוּ.

Selon Rabbi Hanina bar Pappa, qu'en est-il [de greffer une espèce sur une autre parmi ces herbes] ? Puisqu'il n'est pas écrit à leur sujet 'selon son espèce' (le-mineihou), on n'est pas tenu [pour responsable] ; ou bien peut-être, puisque Lui [Dieu] a donné Son accord par leur entremise, [c'est] comme s'il était écrit à leur sujet 'selon son espèce' ?

[La question] demeure (teikou).

📜 Rachi (3)
לֵר' חֲנִינָא בַּר פָּפָּא דְּאָמַר מִדַּעְתָּן יָצְאוּ דְּשָׁאִים לְמִינֵיהֶם וְלֹא נִצְטַוּוּ עַל כָּךְ:
Selon Rabbi Hanina bar Pappa — qui a dit [que] les herbes sont sorties de leur propre initiative 'selon leur espèce' et [qu']elles n'en ont pas reçu l'ordre.
מַהוּ לְהַרְכִּיב זֶה בָּזֶה:
Qu'en est-il — [à savoir] de greffer celle-ci sur celle-là.
אַיְּדַיְהוּ הקב"ה הִסְכִּים עַל יָדָם:
Lui [Dieu] — le Saint, béni soit-Il, a donné Son accord par leur entremise.
💡 Explication

Fin du dilemme ouvert en 60a. Pour Rabbi Hanina bar Pappa, les herbes (deshaïm) sont sorties 'de leur propre initiative' selon leur espèce, sans en avoir reçu l'ordre. Question : peut-on alors les greffer librement (pas de loi de kilayim, mélange d'espèces), faute du commandement 'selon son espèce' ? Ou bien l'accord donné par Dieu après coup équivaut-il à un commandement ? Teikou : non tranché.

2
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי רָמֵי: כְּתִיב ״וַיַּעַשׂ אֱ-לֹהִים אֶת שְׁנֵי הַמְּאֹרֹת הַגְּדֹלִים״, וּכְתִיב ״אֶת הַמָּאוֹר הַגָּדוֹל וְאֶת הַמָּאוֹר הַקָּטֹן״. אָמְרָה יָרֵחַ לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אֶפְשָׁר לִשְׁנֵי מְלָכִים שֶׁיִּשְׁתַּמְּשׁוּ בְּכֶתֶר אֶחָד? אָמַר לָהּ: לְכִי וּמַעֲטִי אֶת עַצְמֵךְ.

Rabbi Chimon ben Pazi soulève une contradiction : il est écrit 'et Dieu fit les deux grands luminaires' (Genèse 1:16), et il est [aussi] écrit 'le grand luminaire et le petit luminaire' (ibid.). La lune dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, est-il possible à deux rois de se servir d'une seule couronne ?

Il lui dit : va et rapetisse-toi.

📜 Rachi (1)
כְּתִיב הַגְּדוֹלִים דְּמַשְׁמַע שְׁנֵיהֶם גְּדוֹלִים וּכְתִיב הַקָּטָן:
Il est écrit 'les grands' — qui implique [que] tous deux [sont] grands, et il est écrit 'le petit'.
🗂️ Tossefot (1)
אָמְרָה יָרֵחַ בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה לְשׁוֹן זָכָר הוּא דִּכְתִיב (יְהוֹשֻׁעַ י פי"ג) וְיָרֵחַ עָמַד:
La lune dit — dans la langue de la Torah, [le mot 'lune' (yareah)] est masculin, comme il est écrit (Josue 10:13) 've-yareah amad' (et la lune s'arrêta) [au masculin].
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Pazi relève une contradiction interne au verset : 'les deux grands luminaires' suggère l'égalité, mais la suite distingue 'le grand' et 'le petit'. Résolution : au départ soleil et lune étaient égaux ; la lune objecte que deux rois ne peuvent porter une seule couronne ; Dieu lui répond 'va et rapetisse-toi'.

3
אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹאִיל וְאָמַרְתִּי לְפָנֶיךָ דָּבָר הָגוּן, אִמְּעִיט אֶת עַצְמִי?! אָמַר לָהּ: לְכִי וּמְשֹׁול בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה. אָמְרָה לֵיהּ: מַאי רְבוּתֵיהּ? דִּשְׁרָגָא בְּטִיהֲרָא מַאי אַהֲנִי? אֲמַר לָהּ: זִיל לִימְנוֹ בָּךְ יִשְׂרָאֵל יָמִים וְשָׁנִים. אָמְרָה לֵיהּ: יוֹמָא נָמֵי אִי אֶפְשָׁר דְּלָא מָנוּ בֵּיהּ תְּקוּפָתָא, דִּכְתִיב ״וְהָיוּ לְאֹתֹת וּלְמוֹעֲדִים וּלְיָמִים וְשָׁנִים״. זִיל לִיקְרוֹ צַדִּיקֵי בִּשְׁמִיךְ: ״יַעֲקֹב הַקָּטָן״, ״שְׁמוּאֵל הַקָּטָן״, ״דָּוִד הַקָּטָן״.

Elle dit devant Lui : Maître du monde, puisque j'ai dit devant Toi une chose juste, dois-je me rapetisser moi-même ?! Il lui dit : va et règne le jour et la nuit.

Elle Lui dit : quelle [en est] la grandeur ? un flambeau en plein midi, à quoi sert-il ? Il lui dit : va, [et] Israël comptera par toi les jours et les années.

Elle Lui dit : le jour [le soleil] aussi, il est impossible qu'on ne compte pas par lui la saison (tekoufa), comme il est écrit 'et ils serviront de signes, [pour les fêtes], pour les jours et les années' (Genèse 1:14). [Il lui dit :] va, [et] des justes seront appelés de ton nom : 'Yaakov le petit (ha-katan)', 'Chmouel le petit', 'David le petit'.

📜 Rachi (6)
לֵךְ וּמָשׁוּל בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה נֶחָמָה הִיא:
Va et règne le jour et la nuit — c'est une consolation.
שְׁרָגָא בְּטִיהֲרָא נֵר בַּצָּהֳרַיִם אֵינוֹ מֵאִיר:
Un flambeau en plein midi — une lampe à midi n'éclaire pas.
יוֹמָא חַמָּה:
Le jour (yoma) — [c'est-à-dire] le soleil (hama).
תְּקוּפוֹת נִמְנִין לַחְמָהּ וְעַל הַתְּקוּפָה מְעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנָה בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא:):
Les saisons (tekoufot) — on les compte d'après le soleil, et c'est d'après la saison qu'on intercale l'année au Sanhédrin (Sanhédrin 11b).
יַעֲקֹב הַקָּטָן מִי יָקוּם יַעֲקֹב כִּי קָטֹן הוּא (עָמוֹס ז):
Yaakov le petit — 'qui [donc] fera tenir Yaakov, car il est petit (katan) ?' (Amos 7:2).
דָּוִד הַקָּטָן מִקְרָא הוּא בִּשְׁמוּאֵל (א יז):
David le petit — c'est un verset, dans [le livre de] Samuel (I Samuel 17:14).
💡 Explication

Les trois consolations. (1) Régner jour et nuit — la lune objecte qu'un flambeau en plein midi n'éclaire pas. (2) Servir au comput d'Israël (jours et années) — elle objecte que le soleil aussi sert au comput des saisons (tekoufot). (3) Donner son nom 'ha-katan' (le petit) aux justes — Yaakov, Chmouel, David. Chaque consolation est aussitôt objectée : la lune reste inconsolée.

4
חַזְייַהּ דְּלָא קָא מִיַּתְּבָא דַּעְתַּהּ, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: הָבִיאוּ כַּפָּרָה עָלַי שֶׁמִּיעַטְתִּי אֶת הַיָּרֵחַ! וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַה נִשְׁתַּנָּה שָׂעִיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״לָה׳״? אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: שָׂעִיר זֶה יְהֵא כַּפָּרָה עַל שֶׁמִּיעַטְתִּי אֶת הַיָּרֵחַ.

Il vit qu'elle ne se laissait pas apaiser. Le Saint, béni soit-Il, dit : apportez une expiation pour Moi, du fait que j'ai rapetissé la lune !

Et c'est [le sens de] ce que dit Rabbi Chimon ben Lakich : en quoi le bouc (sair) de Roch Hodech (Néoménie) est-il différent, qu'il est dit à son sujet 'pour l'Éternel' (là-Chem) (Nombres 28:15) ? Le Saint, béni soit-Il, dit : que ce bouc soit une expiation pour Moi, du fait que j'ai rapetissé la lune.

📜 Rachi (1)
בְּכוּלְּהוּ רְגָלִים כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר כח) וְשָׂעִיר חַטָּאת אֶחָד וְלָא כְּתִיב בְּהוּ לָה':
Pour toutes les fêtes (regalim) il est écrit (Nombres 28) 'et un bouc, expiation, un' (ve-sair hatat ehad), et il n'y est pas écrit 'pour l'Éternel' (là-Chem).
💡 Explication

La lune restant inconsolée, Dieu ordonne une 'expiation pour Lui-même'. C'est pourquoi, parmi tous les sacrifices supplémentaires (moussaf), seul le bouc de Roch Hodech porte la mention 'pour l'Éternel' (là-Chem) : selon Resh Lakich, il expie le rapetissement de la lune.

5
רַב אַסִּי רָמֵי, כְּתִיב: ״וַתּוֹצֵא הָאָרֶץ דֶּשֶׁא״ (בִּתְלָת) [בִּתְלָתָא] בְּשַׁבָּא, וּכְתִיב: ״וְכֹל שִׂיחַ הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִהְיֶה בָאָרֶץ״ בְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא, מְלַמֵּד שֶׁיָּצְאוּ דְּשָׁאִים וְעָמְדוּ עַל פֶּתַח קַרְקַע, עַד שֶׁבָּא אָדָם הָרִאשׁוֹן וּבִקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְצָמְחוּ, לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְאַוֶּה לִתְפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים.

Rav Assi soulève une contradiction : il est écrit 'et la terre fit sortir de l'herbe (dèche)' (Genèse 1:12), le troisième jour [de la Création] ; et il est écrit 'et tout arbuste des champs n'était pas encore sur la terre' (Genèse 2:5), la veille du Chabbat [le sixième jour]. [Cela] enseigne que les herbes sont sorties et se sont tenues à l'ouverture du sol, jusqu'à ce que vienne Adam le premier homme et implore miséricorde sur elles ; et des pluies tombèrent, et elles poussèrent.

[Cela vient] t'enseigner que le Saint, béni soit-Il, désire la prière des justes.

📜 Rachi (2)
טֶרֶם יִהְיֶה בָּאָרֶץ עֲדַייִן לֹא הָיָה בָאָרֶץ:
N'était pas encore sur la terre — [cela signifie qu']il n'était pas encore sur la terre.
וְעָמְדוּ עַל פֶּתַח קַרְקַע מִתְאַוִּים לְמֵי גְּשָׁמִים כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ב) כִּי לֹא הִמְטִיר עַד שֶׁנִּבְרָא אָדָם בַּשִּׁשִּׁי:
Et se sont tenues à l'ouverture du sol — désirant l'eau des pluies, comme il est écrit (Genèse 2) 'car [Il] n'avait pas fait pleuvoir', jusqu'à ce qu'Adam fût créé, le sixième [jour].
💡 Explication

Rav Assi résout une autre contradiction : l'herbe 'sort' au troisième jour, mais 'n'était pas encore sur la terre' au sixième. Résolution : les herbes étaient sorties mais se tenaient au seuil du sol, sans pousser, jusqu'à ce qu'Adam prie pour la pluie. Enseignement : Dieu désire la prière des justes.

6
רַב נַחְמָן בַּר פָּפָּא הַוְיָא לֵיהּ הָהִיא גִּינְּתָא, שְׁדִי בַּיהּ בִּיזְרָנֵי וְלָא צְמַח. בְּעָא רַחֲמֵי, אֲתָא מִיטְרָא וְצִמַּח. אָמַר: הַיְינוּ דְּרַב אַסִּי.

Rav Nahman bar Pappa avait un certain jardin. Il y jeta des semences et [elles] ne poussèrent pas.

Il implora miséricorde, la pluie vint et [elles] poussèrent. Il dit : c'est [le sens] de [ce qu'a dit] Rav Assi [que le Saint, béni soit-Il, désire la prière des justes].

📜 Rachi (2)
בִּיזְרָנֵי זְרָעִים:
Des semences (bizrani) — des graines.
הַייְנוּ דְּרַב אַסִּי שֶׁהַקָּדוֹשׁ ב"ה מִתְאַוֶּה לִתְפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים:
C'est [le sens] de [ce qu'a dit] Rav Assi — [a savoir] que le Saint, béni soit-Il, désire la prière des justes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר: הַיְנוּ דְּרַב אַסִּי. לָאו מִצַּד יֻוהֲרָא ח"ו אָמַר כֵּן אֶלָּא לְהוֹרוֹת בְּחֶסֶד הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ וְגַם כְּדֵי לֶאֱמֶת וּלְבָרֵר דִּבְרֵי חֲכָמִים בְּעֵינֵי הֲמוֹן הָעָם.
Il dit : c'est [le sens de ce qu'a dit] Rav Assi. Ce n'est pas par orgueil (yohara), à Dieu ne plaise, qu'il parla ainsi, mais pour enseigner la bonté ('hessed) du Créateur, béni soit-Il, et aussi afin de confirmer et d'établir comme vraies les paroles des Sages aux yeux de la masse du peuple.
💡 Explication

Illustration vivante : Rav Nahman bar Pappa sème son jardin sans résultat ; il prie, la pluie vient, et les graines poussent. Il y reconnaît l'enseignement de Rav Assi : Dieu désire la prière des justes.

7
אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא: ״הַשְּׁסוּעָה״ בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הִיא, שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי גַּבִּין וּשְׁנֵי שִׁדְרָאוֹת. וְכִי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ קְנִיגִי הָיָה אוֹ בַּלִּיסְטָרִי הָיָה? מִכָּאן תְּשׁוּבָה לָאוֹמֵר אֵין תּוֹרָה מִן הַשָּׁמַיִם.

Rav Hanan bar Rava dit : 'ha-chessoua' (Deutéronome 14:7) est une créature en soi (beria bifnei atzma), qui a deux dos et deux échines [colonnes vertébrales]. Or Moché notre maître était-il un chasseur (kenigui) ou était-il un archer (baliestri) [pour connaître une telle bête] ?

De la, [il y a] une réfutation à celui qui dit [que] la Torah n'[est] pas du Ciel.

📜 Rachi (3)
שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי גַּבִּין וּלְכָךְ נִקְרֵאת שְׁסוּעָה תְּאוֹמָה:
Qui a deux dos — et c'est pourquoi elle est appelée 'chessoua', jumelle (teoma).
וְכִי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ קְנִיגִי הָיָה צַד חַיּוּת בְּקִנְיָגוֹן:
Or Moché notre maître était-il un chasseur — [à savoir] qui chasse les bêtes sauvages à la chasse (kinigon).
אוֹ בְּלִיסְטְרִי מוֹרֶה בַּקָּשַׁת לִחְיוֹת וּבְלַעַ"ז בלישטדי"ר. וּמִנַּיִן הָיָה בָּקִי בַּחַיּוֹת הַלָּלוּ שֶׁאֵין אָדָם בָּקִי בָּהֶם:
Ou un archer — qui tire à l'arc sur les bêtes ; et en langue vernaculaire [baliestri]. Et d'où aurait-il été expert en ces bêtes, en lesquelles nul homme n'est expert ?
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי מֹשֶׁה קְנִיגִי הָיָה אוֹ בַּלִּיסְטָרִי הָיָה שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לְהַכִּיר הַשְּׁסוּעָה וא"ת וְהָא אָמְרִינַן בְּהַמַּפֶּלֶת (נִדָּה כד.) דִּשְׁסוּעָה בָּאָה מִבְּהֵמָה טְהוֹרָה וְלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג וְאִם כֵּן יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁבְּהֵמָה טְהוֹרָה הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה וְיָלְדָה לוֹ שְׁסוּעָה וְלָא אִצְטְרִיךְ לְמֶהֱוֵי קְנִיגִי וְי"ל דְּשֶׁמָּא שְׁסוּעָה אֵינָהּ בָּאָה אֶלָּא מִבְּהֵמָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה בֵּינֵינוּ:
Or Moché était-il un chasseur ou un archer — [à savoir] qu'il savait reconnaître la 'chessoua'. Et si tu objectes : ne disons-nous pas dans [le chapitre] Ha-mappelet (Nidda 24a) [que] la 'chessoua' provient d'une bête pure (behema tehora), et [que] nul ne diverge [là-dessus] ; et s'il en est ainsi, il se peut [que] Moché ait eu une bête pure qui lui ait enfanté une 'chessoua', et [qu']il n'ait pas eu besoin d'être chasseur ! Et l'on peut dire : peut-être la 'chessoua' ne provient-elle que d'une bête qui ne se trouve pas parmi nous.
💡 Explication

Dans la liste des bêtes impures, la Torah mentionne 'ha-chessoua'. Rav Hanan bar Rava y voit non un simple redoublement de 'sabot fendu', mais une créature distincte à deux dos et deux échines (d'aspect entièrement fendu). Moché n'était ni chasseur ni archer : il ne pouvait connaître une telle bête que par révélation — d'où une réfutation de ceux qui nient que la Torah vient du Ciel.

8
אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִינָא: זִיל כְּתֹוב ״קְנִיגִי וּבְלִיסְטָרִי״ בְּאַגָּדְתִּיךְ, וּפָרְשָׁהּ.

Rav Hisda dit à Rav Tahlifa bar Avina : va écrire 'kenigui ou-baliestri' (chasseur et archer) dans ton recueil d'aggada, et explique-le.

📜 Rachi (2)
כָּתוּב קְנִיגִי וּבְלִיסְטְרִי אַגָּדָה זֶה כָּתוּב שֶׁיֵּשׁ בָּהּ תֵּיבוֹת יָפִין וְלָשׁוֹן צַח:
Écris 'kenigui ou-baliestri' — cette aggada, écris[-la], car elle contient de beaux mots et une langue limpide.
וּפָרָשָׁה מַאי קְנִיגִי וּבְלִיסְטְרִי בְּאַגָּדְתִּיךְ. וּמִשּׁוּם דִּנְקַט כָּתוּב בְּאַגָּדְתִּיךְ נְקַט נָמֵי לְהַאי קְרָא דְּסַרְנֵי פְּלִשְׁתִּים:
Et explique-le — [à savoir] ce que [sont] 'kenigui' et 'baliestri', dans ton recueil d'aggada. Et parce qu'il a employé 'écris dans ton recueil d'aggada', il a employé aussi ce verset des 'seigneurs des Pelichtim' [qui suit].
🪔 Ben Yehoyada (1)
זִיל כְּתַב קְנִיגִי וּבְלִיסְתְּרֵי בְּאַגָּדְתִּיךְ וּפָרָשָׁה (דְּבָרִים יד, ז) . יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל מֶה חָרֵד כָּל כָּךְ עַל שְׁתֵּי מִילוֹת אֵלּוּ וְעַל מֶה עֵרְבוּ עָלָיו כָּל כָּךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז לוֹ בָּזֶה דָּבָר אַחֵר לְפִי דַּרְכּוֹ דְּיָדוּעַ אַף עַל פִּי שֶׁבְּכָל דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁלָּמַד הָאָדָם יַעֲשֶׂה בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה הִנֵּה בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁל אַגָּדָה יַעֲשֶׂה בֵּירוּר יוֹתֵר וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל מִפְּנֵי שֶׁבָּהֶם יִשְׂמַח הַלֵּב יוֹתֵר וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סוֹטָה מט.) עָלְמָא קָאֵים עַל קַדִּישׁ שֶׁל אַגָּדָה, וְלָכֵן נִקְרְאוּ אַגָּדָה מִלְּשׁוֹן הַמְשָׁכָה כְּמוֹ 'נָגִיד וְנָפֵיק מִן קָדָמוֹהִי' (תִּיקּוּנֵי זֹהַר ד:) שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם כֹּחַ לִמְשֹׁוךְ נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה לְבָרְרָם וּלְהַעֲלוֹתָם אַךְ יָדוּעַ כִּי דִּבְרֵי אַגָּדָה בִּפְשַׁט מוֹשְׁכִין מִקָּרוֹב דְּהַייְנוּ מִמָּקוֹם שֶׁיּוֹשֵׁב בּוֹ הַלּוֹמֵד אֲבָל דִּבְרֵי אַגָּדָה שֶׁבַּסּוֹד מוֹשְׁכִין וּמְבָרְרִין נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִמָּקוֹם רָחוֹק. וְהִנֵּה ' קְנִיגִי וּבְלִיסְתְּרֵי ' שְׁנֵיהֶם עִנְיַן צֵידָה אַךְ קְנִיגִי עִנְייָנוֹ בִּמְצוּדָה וְרֶשֶׁת שֶׁצִּידָתָם מִקָּרוֹב דַּוְקָא אֲבָל בְּלִיסְתְּרֵי הוּא כְּמוֹ קֶשֶׁת שֶׁצָּד מֵרָחוֹק וְלָכֵן קְנִיגִי יִרְמֹוז עַל צֵידָה וּבֵירוּר שֶׁיִּהְיֶה בָּאַגָּדָה בְּדֶרֶךְ הַפְּשָׁט שֶׁצָּד מִקָּרוֹב דַּוְקָא אֲבָל בְּלִיסְתְּרֵי יִרְמֹוז עַל צֵידָה וּבֵירוּר שֶׁיִּהְיֶה בָּאַגָּדָה בְּדֶרֶךְ הַסּוֹד שֶׁצָּד מֵרָחוֹק וְלָזֶה אָמַר לוֹ בְּרֶמֶז כָּתוּב 'קְנִיגִי וּבְלִיסְתְּרֵי בְּאַגָּדְתִּיךְ' דַּייְקָא שֶׁרָמַז לוֹ בָּזֶה עַל הָאָמוּר. וְכֵן נָמֵי מַה שֶּׁאָמַר לוֹ עוֹד ' כָּתַב אֲדוֹנְקִי בְּאַגָּדְתִּיךְ ' רָמַז לוֹ בָּזֶה אַף עַל פִּי שֶׁדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לֹא נִתְּנוּ לְהִכָּתֵב מִכָּל מָקוֹם דָּבָר יָקָר וְחָשׁוּב תִּכְתְּבֵהוּ שֶׁמָּא יִשְׁתַּכַּח וְלֹא יִמָּצֵא אַחַר כָּךְ וְאָמַר הַכָּתוּב עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ (תְּהִלִּים קיט, קכו) וְעַל כֵּן הָיוּ כּוֹתְבִים סוֹדוֹת מִזְּמַן הַתְּנָאִים קֹודֶם שֶׁעָשׂוּ הֶיתֵּר לִכְתֹּוב תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה.
Va écrire 'kenigui ou-baliestri' (chasseur et archer) dans ton recueil d'aggada, et explique-le (Deutéronome 14:7). Il y a lieu de s'interroger : pourquoi s'inquiéter à ce point de ces deux mots, et pourquoi lui ont-ils tant plu ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui a fait allusion ici à une autre chose, selon sa méthode. Car il est connu que, bien que dans toute parole de Torah que l'homme étudie il opère un triage (berour) des étincelles de sainteté (nitsotsot kedoucha), c'est dans les paroles de Torah de l'aggada qu'il opère un triage plus grand encore — comme l'ont dit les kabbalistes (mekoubalim), de mémoire bénie, parce qu'en elles le cœur se réjouit davantage. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Sota 49a) que le monde tient sur le kaddich de l'aggada ; et c'est pourquoi elles sont appelées 'aggada', du langage de l'attraction (hamchakha), comme 'il s'épanche et sort de devant Lui' (Tikounei Zohar 4b), parce qu'elles ont la force d'attirer les étincelles de sainteté pour les trier et les élever. Mais il est connu que les paroles d'aggada selon le sens simple (pchat) attirent de près, c'est-à-dire depuis le lieu où l'étudiant est assis, tandis que les paroles d'aggada qui sont dans le secret (sod) attirent et trient les étincelles de sainteté depuis un lieu lointain. Or 'kenigui' et 'baliestri' relèvent tous deux de la chasse ; mais 'kenigui' se rapporte au piège et au filet, dont la prise se fait précisément de près, tandis que 'baliestri' est comme l'arc, qui chasse de loin. Aussi 'kenigui' fait-il allusion à la chasse et au triage (berour) qui s'opèrent dans l'aggada par la voie du sens simple (pchat), qui chasse précisément de près, tandis que 'baliestri' fait allusion à la chasse et au triage qui s'opèrent dans l'aggada par la voie du secret (sod), qui chasse de loin. C'est pourquoi il lui dit par allusion : écris 'kenigui ou-baliestri dans ton recueil d'aggada' — précisément —, lui faisant ainsi allusion à ce qui vient d'être dit. De même aussi, ce qu'il lui dit en outre, 'écris adoneki dans ton recueil d'aggada' : il lui fit allusion par là que, bien que les paroles de la Torah orale (Tora che-be-al pe) n'aient pas été données pour être écrites, néanmoins, une chose précieuse et importante, tu l'écriras, de peur qu'elle ne soit oubliée et ne se retrouve plus ensuite ; et le verset dit 'il est temps d'agir pour l'Éternel, [car] ils ont enfreint Ta Torah' (Psaumes 119:126). C'est pourquoi l'on écrivait des secrets (sodot) dès le temps des Tanaim, avant même qu'on eût permis d'écrire la Torah orale.
💡 Explication

Ces deux mots (kenigui, baliestri) étant des termes rares, Rav Hisda demande à Rav Tahlifa bar Avina de les consigner dans son livre d'aggada en les expliquant, pour ceux qui les ignorent.

9
״וְאֶת חֲמֵשֶׁת סַרְנֵי פְלִשְׁתִּים הָעַזָּתִי וְהָאַשְׁדּוֹדִי הָאֶשְׁקְלוֹנִי הַגִּתִּי וְהָעֶקְרוֹנִי וְהָעַוִּים״, אָמַר חַמְשָׁה וְחָשֵׁיב שִׁיתָּא! אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: אֲרוּנְקִי שֶׁלָּהֶן חֲמִשָּׁה. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִינָא: כְּתֹוב ״אֲרוֹנְקִי״ בְּאַגָּדְתִּיךְ וּפָרָשָׁה. וּפְלִיגָא דְּרַב, דְּאָמַר רַב: עַוִּים מִתֵּימָן בָּאוּ.

'Et les cinq seigneurs (sarnei) des Pelichtim : le Gazéen, l'Achdodéen, l'Achkelonéen, le Gatéen et l'Ekronéen, et les Avvim' (Josue 13:3) — il a dit cinq et en a compté six ! Rabbi Yonatan dit : leurs notables (arounekei) [étaient] cinq.

Rav Hisda dit à Rav Tahlifa bar Avina : écris 'arounekei' dans ton recueil d'aggada, et explique-le. Et [cela] diverge de Rav, car Rav a dit : les Avvim sont venus du Teiman.

📜 Rachi (2)
ארונקי שֶׁלָּהֶם חֲשׁוּבִים שֶׁלָּהֶם ה':
Leurs notables (arounekei) — leurs hommes importants [étaient] cinq.
מִתֵּימָן בֶּן אֱלִיפַז בֶּן עֵשָׂו בָּאוּ וְאִיוּוּ לֵא-לֹהֵי פְּלִשְׁתִּים וְיָצְאוּ מִמְּקוֹמָם וּבָאוּ לָגוּר בֵּינֵיהֶם וּלְהָכִי לָא חֲשִׁיב שִׁשָּׁה סַרְנֵי פְּלִשְׁתִּים:
Du Teiman — fils d'Elifaz fils d'Essav ; ils sont venus parce qu'ils convoitaient les dieux des Pelichtim, sortirent de leur lieu et vinrent habiter parmi eux ; et c'est pourquoi [le verset] ne compte pas six seigneurs des Pelichtim.
🗂️ Tossefot (1)
עַוִּים מִתֵּימָן בָּאוּ כו' ב' מִקְרָאוֹת הֵם בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (יג) וְהָכִי כְּתִיב חֲמֵשֶׁת סַרְנֵי פְלִשְׁתִּים הָעַזָּתִי וְהָאַשְׁדּוֹדִי הָאֶשְׁקְלוֹנִי הַגִּתִּי וְהָעֶקְרוֹנִי וְהָעַוִּים וַהֲדַר כְּתִיב מִתֵּימָן כָּל אֶרֶץ הַכְּנַעֲנִי וּמְעָרָה אֲשֶׁר לַצִּידֹונִים עַד אֲפֵקָה עַד גְּבוּל הָאֱמֹורִי וְהַשְׁתָּא מִפָּרָשָׁה רַב וְהָעַוִּים דִּכְתִיב בְּסוֹף קְרָא קַמָּא קָאֵי אַתֵּימָן דִּבְרֹאשׁ קְרָא דְּבָתְרֵיהּ:
Les Avvim sont venus du Teiman etc. — il y a deux versets dans le livre de Josue (13), et ainsi est-il écrit : 'les cinq seigneurs des Pelichtim, le Gazéen, l'Achdodéen, l'Achkelonéen, le Gatéen et l'Ekronéen, et les Avvim', et ensuite il est écrit 'du Teiman, tout le pays du Cananéen, et Méara qui est aux Sidoniens, jusqu'à Aféka, jusqu'à la frontière de l'Émoréen' ; et maintenant Rav explique [que] 'et les Avvim' écrit à la fin du premier verset se rattache au 'Teiman' [écrit] au début du verset qui suit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אדונקי שֶׁלָּהֶם. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל חֲשׁוּבֵין שֶׁלָּהֶם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הִיא מִלָּה מֻורְכֶּבֶת מִשְּׁתֵּי מִילוֹת שֶׁהוּא 'אָדוֹן נָקִי' וְלָכֵן עֵרְבָה לְרַב חִסְדָּא וְאָמַר לְרַב תַּחְלִיפָא 'כָּתַב אֲדוֹנְקִי בְּאַגָּדְתִּיךְ וּפָרָשָׁה'.
Adoneki, leur [titre]. Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : leurs hommes importants. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit d'un mot composé de deux mots, à savoir 'adon naki' (seigneur pur / intègre) ; et c'est pourquoi cela plut à Rav Hisda, et il dit à Rav Tahlifa : 'écris adoneki dans ton recueil d'aggada, et explique-le'.
💡 Explication

Le verset annonce cinq seigneurs des Pelichtim mais en énumère six (les Avvim en sus). Rabbi Yonatan : seuls les cinq notables (arounekei) comptaient comme seigneurs. Rav Hisda demande de consigner le mot rare 'arounekei'. Mais ceci diverge de Rav, pour qui les Avvim venaient du Teiman (donc n'étaient pas des Pelichtim).

10
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: עַוִּים מִתֵּימָן בָּאוּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָן עַוִּים? שֶׁעִיוְּתוּ אֶת מְקוֹמָן. דָּבָר אַחֵר: עַוִּים, שֶׁאִיוּוּ לֶאֱלֹהוּת הַרְבֵּה. דָּבָר אַחֵר: עַוִּים, שֶׁכָּל הָרוֹאֶה אוֹתָם אוֹחַזְתּוֹ עֲוִית. אָמַר רַב יוֹסֵף: וְאִית לְהוּ שִׁיתַּסְרֵי דָּרֵי שִׁינֵּי לְכָל חַד וְחַד.

Il est [aussi] enseigné ainsi [dans une braita] : les Avvim sont venus du Teiman, et pourquoi leur nom fut-il appelé Avvim ? Parce qu'ils ont dévasté (iouetou) leur lieu.

Autre explication : Avvim, parce qu'ils convoitèrent (iouou) de nombreuses divinités. Autre explication : Avvim, parce que quiconque les voyait était saisi de convulsion (avit).

Rav Yossef dit : et ils avaient seize rangées de dents pour chacun d'eux.

📜 Rachi (3)
שֶׁעִיוּוּ אֶת מְקוֹמָן יָצְאוּ מִשָּׁם וְנִתְעַוֵּות שֶׁחָרַב:
Parce qu'ils ont dévasté leur lieu — ils en sortirent et [le lieu] fut dévasté, car il fut ruiné.
עֲוִית רֶתֶת וְחַלְחָלָה בְּלַעַ"ז קרנפ"א:
Convulsion (avit) — tremblement et frisson ; en langue vernaculaire [krampa].
שִׁיתְסַר דָּרֵי שִׁינֵּי שׁוּרוֹת שֶׁל שִׁינַּיִם:
Seize rangées de dents — des rangées de dents.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף: וְאִית לְהוּ שִׁית סְרֵי דָּרֵי שִׁינֵּי לְכָל חַד וְחַד. נִרְאֶה לְשׁוֹן גֻּוזְמָא נָקֵיט מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לָהֶם כַּמָּה שׁוּרוֹת שִׁינַּיִם זֶה בָּזֶה נָקֵיט שִׁית סְרֵי מִפְּנֵי כִּי הָאָדָם יֵשׁ לוֹ שׁוּרָה אַחַת שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁית סְרֵי שִׁינַּיִם וְאָמַר אֵלּוּ יֵשׁ לְהוּ שִׁית סְרֵי שׁוּרוֹת שֶׁל שִׁינַּיִם וּכְבָר אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (חֻולִּין צ:) דִּבְּרָה תּוֹרָה לְשׁוֹן הֲבַאי דִּבְּרוּ חֲכָמִים לְשׁוֹן הֲבַאי וְאֵין זֶה חִידּוּשׁ.
Rav Yossef dit : et ils avaient seize rangées de dents pour chacun d'eux. Il semble qu'il emploie un langage d'exagération (gouzma), parce qu'ils avaient plusieurs rangées de dents l'une sur l'autre ; il dit 'seize' parce que l'homme a une seule rangée comportant seize dents, et il dit [que] ceux-ci avaient seize rangées de dents. Or on a déjà dit dans la Guemara (Houlin 90b) [que] 'la Torah s'est exprimée en langage d'amplification (havai), les Sages se sont exprimés en langage d'amplification' — et ceci n'est donc pas un fait nouveau [étonnant].
💡 Explication

Une braita confirme l'origine des Avvim (du Teiman) et propose trois étymologies de leur nom : ils ont dévasté (iouetou) leur lieu en partant ; ils ont convoité (iouou) de nombreuses idolâtries ; quiconque les voyait était saisi de convulsion (avit). Rav Yossef ajoute : chacun avait seize rangées de dents.

11
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: הַרְבֵּה מִקְרָאוֹת שֶׁרְאוּיִין לִשְׂרֹוף כְּסִפְרֵי מִינִין, וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה. ״וְהָעַוִּים הַיֹּשְׁבִים בַּחֲצֵרִים עַד עַזָּה״ – מַאי נָפְקָא לַן מִינַּהּ?

Rabbi Chimon ben Lakich dit : nombre de versets [sont] dignes d'être brûlés comme des livres d'hérétiques (minim), et [pourtant] ce sont eux-mêmes le corps de la Torah (goufei Torah). 'Et les Avvim qui habitaient dans des hameaux jusqu'à Gaza' (Deutéronome 2:23) — quelle différence cela fait-il pour nous ?

📜 Rachi (4)
הַרְבֵּה מִקְרָאוֹת יֵשׁ שֶׁדּוֹמֶה לְקוֹרְאֵיהֶן שֶׁהֵן רְאוּיָן לִישָּׂרֵף שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְכוֹתְבָם שֶׁאֵין לָהֶם צֹורֶךְ בַּתּוֹרָה וּגְנַאי הוּא לְחַבְּרָן עִם הַקְּדֻושָּׁה:
Nombre de versets — il en est qui semblent, à leurs lecteurs, dignes d'être brûlés, car il n'aurait pas fallu les écrire, n'ayant aucune utilité dans la Torah, et [car] c'est une indignité de les associer à la sainteté.
וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה טְעָמִים גְּדוֹלִים תְּלוּיִין בָּהֶם. וְהַשְׁתָּא קָא חֲשִׁיב וְאָזֵיל לְהוּ עַד סוֹף שְׁמַעְתָּא:
Et ce sont eux-mêmes le corps de la Torah — de grandes raisons dépendent d'eux ; et [le texte] va maintenant les dénombrer l'un après l'autre jusqu'à la fin de la sougya.
חֲצֵרִים עַד עַזָּה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Des hameaux jusqu'à Gaza — [c'est] la terre d'Israël.
מַאי נָפְקָא לַן מִינַּהּ אִי לָאו מְקוֹמָן שֶׁל אֵלּוּ הָיָה אֶלָּא מָקוֹם אֲחֵרִים וְאֵלּוּ גֵּרְשׁוֹם:
Quelle différence cela fait-il pour nous — [à savoir] si ce n'était pas leur lieu [à eux] mais le lieu d'autres, et [si] ceux-ci [les Avvim] les en chassèrent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַרְבֵּה מִקְרָאוֹת שֶׁרָאוְיָן לְהִשָּׂרֵף, וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה (דְּבָרִים ב, כג) . קְשָׁא אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּהֶם צֹורֶךְ אִם נִדּוֹנִין בִּשְׂרֵיפָה כְּסִפְרֵי צָדוֹקִין? וְנִרְאֶה לִי אֵין הַכַּוָּנָה רְאוּיִין לְהִשָּׂרֵף בְּיָדַיִם אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם בָּאָה הָאֵשׁ אֶצְלָם בְּשַׁבָּת מַנִּיחִין אוֹתָם לְהִשָּׂרֵף וְאֵין מַצִּילִין אוֹתָם מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אִם הָיוּ כְּתוּבִין לְבַדָּם וְאֵינָם בִּכְלַל סֵפֶר תּוֹרָה. וּמַה שֶׁאָמַר ' הֵן הֵן גּוּפֵי תּוֹרָה ' כְּלוֹמַר אֲנַחְנוּ לְמֵידִין שֶׁהֵם הִלְכְתָא לְדִינָא וּכְהַךְ דְּמֵבִיא הָכָא דְּנִלְמוֹד מֵהֶם דִּין לְעִנְיַן שְׁבוּעוֹת וּנְדָרִים דְּאִם נִשְׁבַּע אוֹ נָדַר שֶׁלֹּא יִכָּנֵס לְבֵית רְאוּבֵן וְנֶאֱסַר לוֹ הַבַּיִת מִכֹּחַ שְׁבוּעָתוֹ וְאַחַר כָּךְ מָכַר רְאוּבֵן אוֹתוֹ בַּיִת לְשִׁמְעוֹן הֻותַּר לוֹ לְהִכָּנֵס בּוֹ מִפְּנֵי שֶׁעַתָּה נִקְרָא עַל שֵׁם שִׁמְעוֹן וְלֹא עַל שֵׁם רְאוּבֵן וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה.
Nombre de versets [sont] dignes d'être brûlés, et [pourtant] ce sont eux-mêmes le corps de la Torah (goufei Torah) (Deutéronome 2:23). Il est difficile [de comprendre] : bien qu'ils n'aient pas d'utilité, sont-ils [pour autant] passibles d'être brûlés comme les livres des Sadducéens (Tsedoukin) ? Et il me semble que l'intention n'est pas qu'ils soient dignes d'être brûlés délibérément, de ses propres mains, mais [il] veut dire que, si le feu vient à eux le Chabbat, on les laisse brûler et on ne les sauve pas de l'incendie — s'ils étaient écrits seuls et ne faisaient pas partie d'un rouleau de la Torah (sefer Torah). Et ce qu'il dit, 'ce sont eux-mêmes le corps de la Torah', signifie : nous apprenons d'eux une halakha pour la loi, comme cela même qu'il rapporte ici, [à savoir] que nous apprenons d'eux une loi en matière de serments (chevouot) et de vœux (nedarim). Car si quelqu'un a juré ou fait vœu de ne pas entrer dans la maison de Reouven, et que la maison lui devient interdite par la force de son serment, puis Reouven vend cette maison à Chimon, il lui est permis d'y entrer, parce que maintenant elle est appelée du nom de Chimon et non du nom de Reouven ; et de même pour les cas semblables à celui-ci.
💡 Explication

Enseignement-clé de Resh Lakich : certains versets paraissent si superflus qu'on les croirait dignes d'être brûlés comme livres d'hérétiques (minim), et pourtant ils sont 'le corps de la Torah' — porteurs d'une raison cachée essentielle. Premier exemple : 'les Avvim qui habitaient dans des hameaux jusqu'à Gaza' — quel intérêt pratique ?

12
מִדְּאַשְׁבְּעֵיהּ אֲבִימֶלֶךְ לְאַבְרָהָם ״אִם תִּשְׁקֹר לִי וּלְנִינִי וּלְנֶכְדִּי״, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֵיתוֹ כַּפְתּוֹרִים לִיפְּקוּ מֵעַוִּים, דְּהַייְנוּ פְּלִשְׁתִּים, וְלֵיתוֹ יִשְׂרָאֵל לִיפְּקוּ מִכַּפְתּוֹרִים.

Du fait qu'Avimelekh fit jurer Avraham 'si tu me trompes, [moi] et mon fils et mon petit-fils' (Genèse 21:23) [Israël ne pouvait conquérir le pays des Pelichtim tant que les générations n'étaient pas passées], le Saint, béni soit-Il, dit : que viennent les Kaftorim [et] qu'ils prennent [le pays] aux Avvim — qui sont les mêmes que les Pelichtim — et que vienne Israël [et] qu'il [le] prenne aux Kaftorim.

📜 Rachi (3)
וּלְנִינִי וּלְנֶכְדִּי וַעֲדַייִן לֹא עָבְרוּ הַדּוֹרוֹת:
[Moi] et mon fils et mon petit-fils — et les générations n'avaient pas encore passé.
כַּפְתּוֹרִים לָאו מִפְּלִשְׁתִּים נִינְהוּ:
Les Kaftorim — ne sont pas des Pelichtim.
לַיְתוֹ וְלִיפְּקוּ אַרְעָא מִפְּלִשְׁתִּים וְלִיְתּוֹ יִשְׂרָאֵל וְלִיפְּקוּ מִינַּייְהוּ. וְקָסָבַר רֵישׁ לָקִישׁ עַוִּים מִפְּלִשְׁתִּים הָיוּ וּלְמַאן דְּאָמַר מִתֵּימָן הָיוּ לְהַךְ מִילְּתָא נָמֵי אִצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דְּאַזְהֲרִינְהוּ שֶׁלֹּא לְהִתְגָּרוֹת בִּבְנֵי עֵשָׂו אֲמַר רַחֲמָנָא לַיְתוֹ כַּפְתּוֹרִים וְלִיפְּקוּ מַעֲוִים וְנִיְתּוֹ יִשְׂרָאֵל וְנִיפְּקוּ מִינַּייְהוּ. וּשְׁאָר מִקְרָאוֹת הַדּוֹמִין לָזֶה בְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים כְּגוֹן וּבְשָׂעִיר יָשְׁבוּ הַחֹורִים וּבְמוֹאָבִים וּבְעַמּוֹנִים כְּתִיב רְפָאִים יָשְׁבוּ בָּהּ כּוּלְּהוּ טַעְמָא אִית בְּהוּ דִּבְכוּלְּהוּ כְּתִיב אֶרֶץ רְפָאִים תֵּחָשֵׁב לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר לְאַבְרָהָם אָבִינוּ בֵּין הַבְּתָרִים לְזַרְעֲךָ נָתַתִּי וְגוֹ' וְקָחֲשִׁיב וְאֶת הָרְפָאִים וּכְשֶׁיָּצְאוּ מִמִּצְרַיִם וְעָבְרוּ דֶּרֶךְ הַר שֵׂעִיר וְעַמּוֹן וּמוֹאָב שֶׁנִּקְרְאוּ כְּבָר אֶרֶץ רְפָאִים הָיָה עוֹלֶה עַל דַּעְתָּם לְהִתְגָּרוֹת בָּהֶם כִּסְבוּרִים זוֹ הִיא שֶׁנִּיתְּנָה לְאַבְרָהָם וּמְנָעָם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְאָמַר לָהֶם אֶרֶץ רְפָאִים וַדַּאי נֶחְשֶׁבֶת שֶׁהָרְפָאִים יָשְׁבוּ בָּהּ מִקֹּדֶם אֲבָל לֹא זוֹ הִיא שֶׁנָּתַתִּי לְאַבְרָהָם אֶלָּא לְאֵלּוּ נְתַתִּיהָ שֶׁגֵּרְשׁוֹם מִשָּׁם וְיָשְׁבוּ תַּחְתֵּיהֶם בִּשְׂכַר אַבְרָהָם שֶׁיֵּצְאוּ בְּנֵי עֵשָׂו הֵימֶנּוּ וְלוֹט הָיָה קָרוֹב לְאַבְרָהָם וּכְשֶׁהִגִּיעוּ לְחֶבֶל אַרְגּוֹב כְּתִיב (דְּבָרִים ג) הַהוּא יִקָּרֵא אֶרֶץ רְפָאִים זוֹ הִיא שֶׁנָּתַתִּי לַאֲבִיכֶם:
Que [les Kaftorim] viennent [et] prennent — la terre aux Pelichtim, et que vienne Israël [et] qu'il [la] prenne d'eux. Et Resh Lakich tient [que] les Avvim étaient des Pelichtim ; et selon celui qui dit [qu']ils étaient du Teiman, [le verset] était également nécessaire pour cette chose [-ci], car [Dieu] les avait avertis de ne pas provoquer les fils d'Essav : le Miséricordieux dit que viennent les Kaftorim et [qu']ils prennent aux Avvim, et que vienne Israël et [qu']il [le] prenne d'eux. Et les autres versets semblables à celui-ci, dans [le livre de] 'Ele ha-devarim' (Deutéronome), tels que 'et à Séir habitèrent les Horéen' (Deut 2:12) et, chez les Moabites et les Ammonites, il est écrit (Deut 2:11) [que] des Refaim y habitèrent — tous ont une raison en eux : car de tous [ces pays] il est écrit 'terre des Refaim sera-t-elle considérée', parce qu'il fut dit à Avraham notre père, [à l'alliance] entre les morceaux (bein ha-betarim), 'à ta descendance j'ai donné [etc.]', et [le verset] dénombre 'et les Refaim' ; et lorsqu'ils sortirent d'Égypte et passèrent par le mont Séir, Amon et Moav — déjà appelés 'terre des Refaim' — il leur venait à l'esprit de les provoquer, croyant [que] c'était celle [qui] avait été donnée à Avraham, et le Saint, béni soit-Il, les en empêcha et leur dit : [c'est] certes 'terre des Refaim' qu'elle est considérée, car les Refaim y habitaient autrefois, mais ce n'est pas celle que j'ai donnée à Avraham ; je l'ai plutôt donnée à ceux-ci [Essav, Amon, Moav] qui les [les Refaim] en chassèrent et habitèrent à leur place, en récompense d'Avraham, car les fils d'Essav sortirent de lui, et Lot était parent d'Avraham ; et lorsqu'ils parvinrent à la région d'Argov, il est écrit (Deut 3:13) 'celle-là est appelée terre des Refaim' — c'est celle que j'ai donnée à votre père.
💡 Explication

La raison cachée du verset : Avraham avait juré à Avimelekh de ne pas trahir 'son fils et son petit-fils', interdisant à Israël de conquérir directement le pays des Pelichtim avant que ces générations passent. Dieu fait donc venir les Kaftorim prendre la terre aux Avvim (= les Pelichtim), puis Israël la prend aux Kaftorim — contournant ainsi le serment.

13
כַּיּוֹצֵא בַדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר: ״כִּי חֶשְׁבּוֹן עִיר סִיחֹן מֶלֶךְ הָאֱמֹרִי הִוא וְהוּא נִלְחַם בְּמֶלֶךְ מוֹאָב וְגוֹ׳״. מַאי נָפְקָא מִינָּה? דַּאֲמַר לְהוּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: ״אַל תָּצַר אֶת מוֹאָב״. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֵיתֵי סִיחוֹן לִיפּוֹק מִמּוֹאָב, וְלֵיתוֹ יִשְׂרָאֵל וְלִיפְּקוּ מִסִּיחוֹן. וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַב פָּפָּא: עַמּוֹן וּמוֹאָב טִיהֲרוּ בְּסִיחוֹן.

De façon semblable, tu dis [du verset] : 'car Hechbon était la ville de Si'hon roi de l'Émoréen, et [c'est] lui [qui] avait combattu contre le [premier] roi de Moav etc.' (Nombres 21:26) — quelle différence cela fait-il ? [C'est] que le Saint, béni soit-Il, avait dit à Israël 'ne harcèle pas Moav' (Deutéronome 2:9).

[Donc] le Saint, béni soit-Il, dit : que vienne Si'hon [et] qu'il prenne [le pays] à Moav, et que vienne Israël [et] qu'il [le] prenne à Si'hon. Et c'est [le sens de] ce que dit Rav Pappa : Amon et Moav se sont purifiés (tiharou) par Si'hon.

📜 Rachi (3)
וְהוּא נִלְחַם בְּמֶלֶךְ מוֹאָב לָמָּה לוֹ לְאַשְׁמוֹעִינַן אֶלָּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב אַל תָּצַר אֶת מוֹאָב וְגוֹ':
Et lui avait combattu le roi de Moav — pourquoi nous en informer, sinon parce qu'il est écrit 'ne harcèle pas Moav etc.' ?
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַב פָּפָּא בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף לח.):
Et c'est [le sens de] ce que dit Rav Pappa — dans le traité Gittin (38a).
עַמּוֹן וּמוֹאָב טָהֲרוּ בְּסִיחוֹן ע"י סִיחוֹן טָהֲרוּ אַרְצָם לְיִשְׂרָאֵל בְּמוֹאָב כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר כא) וְהוּא נִלְחַם וְגוֹ' וּבְעַמּוֹן מְפֹורָשׁ בְּנַחֲלַת בְּנֵי גָּד בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (יג) וַיְהִי לָהֶם הַגְּבוּל יַעְזֵר וְכָל אֶרֶץ הַגִּלְעָד וַחֲצִי אֶרֶץ בְּנֵי עַמּוֹן וְקָא חֲשִׁיב וְאָזֵיל וּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ יֶתֶר מִמַּלְכוּת סִיחוֹן אַלְמָא סִיחוֹן כָּבַשׁ לְאֶרֶץ בְּנֵי עַמּוֹן וְעוֹד מָצִינוּ בְּמֶלֶךְ בְּנֵי עַמּוֹן שֶׁאָמַר לְמַלְאֲכֵי יִפְתָּח כִּי לָקַח יִשְׂרָאֵל אֶת אַרְצִי מֵאַרְנוֹן וְעַד הַיַּבֹּוק אַלְמָא אֶרֶץ בְּנֵי עַמּוֹן הוּא וְהֵם מִסִּיחוֹן כְּבָשׁוּהָ דִּכְתִיב בּוֹ וְיָרְשׁוּ אֶת אַרְצוֹ מֵאַרְנוֹן וְעַד הַיַּבֹּוק אֲבָל מֵהַנִּשְׁאָר בְּיָדָם לֹא לָקְחוּ כְּלוּם:
Amon et Moav se sont purifiés par Si'hon — par l'entremise de Si'hon leur terre se purifia pour Israël. À propos de Moav il est écrit (Nombres 21) 'et lui avait combattu etc.' ; et à propos d'Amon, [cela] est explicite dans l'héritage des fils de Gad, au livre de Josue (13) : 'et leur territoire fut Yaézer et toutes les villes de Galaad et la moitié du pays des fils d'Amon' ; et [le verset] dénombre et continue, et il est écrit à la fin 'le reste du royaume de Si'hon' — ce qui montre [que] Si'hon avait conquis le pays des fils d'Amon. Et de plus nous trouvons, [à propos du] roi des fils d'Amon qui dit aux messagers de Yiftah, '[c'est] qu'Israël a pris ma terre depuis l'Arnon jusqu'au Yabok' — ce qui montre [que c']est le pays des fils d'Amon, et qu'ils [Israël] le conquirent de Si'hon, car il est écrit à son sujet 'et ils héritèrent de sa terre depuis l'Arnon jusqu'au Yabok' ; mais de ce qui resta entre leurs mains, ils ne prirent rien.
💡 Explication

Même procédé pour Si'hon : Dieu avait interdit à Israël de harceler Moav. Or 'Sihon avait combattu le roi de Moav' et lui avait pris son pays. Dieu fait donc venir Si'hon prendre la terre à Moav, puis Israël la prend à Si'hon. D'où la formule de Rav Pappa : 'Amon et Moav se sont purifiés (tiharou) par Si'hon' — leur terre est devenue permise à la conquête.

14
״צִידֹנִים יִקְרְאוּ לְחֶרְמוֹן שִׂרְיֹן״, תַּנָּא: שְׂנִיר וְשִׂרְיוֹן מֵהָרֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵאֻומּוֹת הָעוֹלָם הָלַךְ וּבָנָה לוֹ כְּרַךְ גָּדוֹל לְעַצְמוֹ, וְהֶעֱלָה לוֹ עַל שֵׁם הָרֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, לְלַמֶּדְךָ שֶׁאֲפִילּוּ הָרֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲבִיבִין עַל אֻומּוֹת הָעוֹלָם.

'Les Sidoniens appellent le Hermon Sirion' (Deutéronome 3:9) — un Tana a enseigné : Senir et Sirion sont parmi les monts de la terre d'Israël. [Cela] enseigne que chacun et chacun des peuples du monde alla se bâtir une grande cité à lui, et lui donna un nom au nom des monts de la terre d'Israël — [cela] pour t'enseigner que même les monts de la terre d'Israël sont chers aux peuples du monde.

📜 Rachi (2)
צִידּוֹנִים יִקְרְאוּ וְגוֹ' ל"ל:
Les Sidoniens appellent etc. — pourquoi [ce verset] ?
תְּנָא שְׂנִיר וְשִׁרְיוֹן הֲרֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הֵן וְחֶרְמוֹן קָרוֹב לְצִידּוֹנִים וְלֶאֱמוֹרִי וּבָנוּ עָלָיו כְּרַכִּים זֶה קָרָא לוֹ שִׁרְיוֹן וְזֶה קָרָא לוֹ שְׂנִיר:
Un Tana a enseigné : Senir et Sirion sont des monts de la terre d'Israël — et le Hermon [est] proche des Sidoniens et de l'Émoréen, et ils bâtirent sur lui des cités : celui-ci l'appela Sirion et celui-là l'appela Senir.
💡 Explication

Le verset signalant que les nations donnent au Hermon les noms 'Sirion' et 'Senir' n'est pas vain : un Tana enseigne que Senir et Sirion sont des monts d'Erets Israël, et que chaque peuple bâtissait une grande cité qu'il nommait au nom des monts d'Israël — preuve que même les monts d'Israël sont chers aux nations.

15
כַּיּוֹצֵא בוֹ: ״וְאֶת הָעָם הֶעֱבִיר אֹתוֹ לֶעָרִים״, מַאי נָפְקָא מִינָּה? דְּלָא לִיקְרוֹ לְאֶחָיו גָּלְוָותָא.

De façon semblable [à celui-ci] : 'et le peuple, il [le] fit passer de ville en ville' (Genèse 47:21) — quelle différence cela fait-il ? [C'est] pour qu'on n'appelle pas ses frères 'des exilés' (galvata).

📜 Rachi (2)
הֶעֱבִיר אֹותוֹ לֶעָרִים מַאי אַשְׁמוֹעִינַן:
Il [le] fit passer de ville en ville — que nous enseigne-[t-il] ?
כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְרוֹ מִצְרַיִם לְאֶחָיו לְאַחַר זְמַן גּוֹלִים בְּנֵי גּוֹלִים לְכָךְ הֶגְלָם:
Pour qu'on n'appelle pas — [pour que] les Égyptiens n'appellent pas ses frères, par la suite, 'exilés fils d'exilés' ; c'est pourquoi il les exila [tous].
💡 Explication

Dernier exemple : le verset disant que Yossef déplaça les Égyptiens de ville en ville n'est pas accessoire. Il enseigne l'amour de Yossef pour ses frères : en transférant toute la population, il fit en sorte qu'on ne puisse traiter ses frères d'exilés — puisque tous les Égyptiens étaient eux-mêmes déplacés.

16
סִימָנֵי הָעוֹף לֹא נֶאֶמְרוּ, וְלֹא? וְהַתַּנְיָא: ״נֶשֶׁר״,

[La michna a dit :] les simanim de l'oiseau n'ont pas été énoncés [dans la Torah]. Et [vraiment] pas ?

Mais n'est-il pas enseigné [dans une braita] : '[le] nesher' [est cité] —

💡 Explication

Retour à la michna : les simanim (signes distinctifs) de l'oiseau pur ne sont pas énoncés explicitement dans la Torah (qui se contente de lister les oiseaux impurs). La Guemara objecte aussitôt à partir d'une braita qui s'appuie sur le 'nesher' (aigle/vautour, oiseau impur) — le développement se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).