Chullin 5b — l'offrande de l'apostat (deux versets), 'chav mi-yedi'ato', et l'interdit de Rabban Gamliel sur le Kouti

Chullin 5b

Sougya : L'exclusion de l'offrande de l'apostat se déduit de deux versets : la olah ('mikem') et le hatat ('me-am ha-aretz'), tous deux nécessaires (la olah est un présent, le hatat une obligation). Rabbi Chimon précise par 'chav mi-yedi'ato' : seul celui qui se serait abstenu s'il avait su apporte un hatat ; la différence pratique (Rav Hamnouna) est l'apostat pour le helev qui apporte une offrande pour du sang mangé par erreur.

La Guemara examine ensuite le sens de 'behema' applique aux hommes (déficience ou éloge selon le contexte). Puis : Rabban Gamliel et son tribunal votèrent l'interdiction de l'abattage du Kouti (même sous surveillance) ; or Rabbi Yo'hanan et Rabbi Assi en mangeaient — Rabbi Zeira conclut qu'ils connaissaient cet interdit et ne l'avaient pas accepté, car Dieu ne fait pas trébucher les justes (à plus forte raison que leurs bêtes).

Pourquoi DEUX versets excluent l'offrande de l'apostat Si l'on n'avait que le HATAT refuse car il vise l'EXPIATION (l'apostat en est indigne) mais la olah (un présent) : on l'accepterait Si l'on n'avait que la OLAH refuse car NON obligatoire (un simple don) mais le hatat (obligatoire) : on l'accepterait -> les deux versets sont nécessaires (tzricha) olah : 'mikem' (Lev 1:2) | hatat : 'me-am ha-aretz' (Lev 4:27)
Pourquoi il faut deux versets (olah et hatat) pour exclure l'apostat (segment 3).
1
״מֵעַם הָאָרֶץ״ – פְּרָט לִמְשֻׁומָּד.

'Me-am ha-aretz' (du peuple du pays, Lev 4:27) — à l'exclusion de l'apostat.

📜 Rachi (1)
מֵעִם וְלֹא כָּל עַם וְגַבֵּי חַטָּאת כְּתִיב שֶׁבָּא ע"י הַשּׁוֹגֵג:
Me-am — et non 'tout le peuple' ; et c'est écrit à propos du hatat (sacrifice expiatoire), qui vient pour [une faute commise] par inadvertance (be-chogeg).
🗂️ Tossefot (1)
מֵעַם הָאָרֶץ פְּרָט לְמוּמָר תֵּימַהּ דְּמַאי קָאָמַר הָא מֵהָכָא נָפְקָא מֵהָתָם נָפְקָא הָא אַדְּרַבָּה הַךְ פְּלִיגָא דַּאֲפִילּוּ מוּמָר לְדָבָר אֶחָד קָאָמַר ת"ק דְּאֵין מְקַבְּלִין דְּהָא מוֹקְמִינַן דִּפְלִיגִי בְּאוֹכֵל חֵלֶב וְהִפְרִישׁ קָרְבָּן עַל הַדָּם וְדֹוחַק לוֹמַר דְּפָרִיךְ מדר"ש וּמְפָרֵשׁ ר"ת דְּמוּמָר לֶאֱכֹול חֵלֶב הַייְנוּ מוּמָר לְכָל הַתּוֹרָה חוּץ מִדָּם כִּדְאַשְׁכְּחַן שֶׁכּוֹלֵל כָּל הַחַטָּאוֹת בִּכְלַל חַטַּאת חֵלֶב בפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ו.) וּבְפֶרֶק הָיָה מֵבִיא (סוֹטָה דַּף טו.) דְּאָמַר בְּדִין שֶׁתְּהֵא חַטַּאת חֵלֶב טְעוּנָה נְסָכִים וְהַשְׁתָּא קָאָמַר דלת"ק כְּשֶׁהוּא מוּמָר לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ חוּץ מִדָּם אֵינוֹ מֵבִיא קָרְבָּן עַל הַדָּם ולר"ש מֵבִיא כֵּיוָן שֶׁהוּא שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ מִדָּם אֲבָל מוּמָר לְדָבָר אֶחָד דִּבְרֵי הַכֹּל מֵבִיא ועוי"ל דְּדַוְקָא בְּחֵלֶב וְדָם פְּלִיגִי לְפִי שֶׁהֵם שָׁוִין שֶׁיֵּשׁ כָּרֵת בִּשְׁנֵיהֶן וְעוֹלִין לְגָבוֹהַּ וְנֶאֶמְרוּ בְּלָאו אֶחָד כָּל חֵלֶב וְכָל דָּם לֹא תֹאכֵלוּ דלת"ק חֲשִׁיב לֵיהּ מוּמָר לְאוֹתוֹ דָּבָר כְּאִילּוּ הוּא מוּמָר לַדָּם עַצְמוֹ וְאֵינוֹ מַנִּיחַ בִּשְׁבִיל הָאִיסּוּר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּנַפְשׁוֹ קָצָה לֶאֱכֹול דָּם אֲבָל מוּמָר לְאֶחָד מִשְּׁאָר אִיסּוּרִים פְּשִׁיטָא דְּמֵבִיא קָרְבָּן עַל הַדָּם ולר"ש אֲפִילּוּ מוּמָר לֶאֱכֹול חֵלֶב מֵבִיא קָרְבָּן עַל הַדָּם:
'Me-am ha-aretz, à l'exclusion de l'apostat' — c'est étonnant : que dit donc [la Guemara] ('cela se déduit-il d'ici ? cela se déduit de là-bas') ? Au contraire, cette [braita de R. Chimon ben Yossi] diverge, car le premier Tana dit que même un apostat quant à une seule chose, on n'accepte pas de lui — puisqu'on établit qu'ils divergent dans [le cas de] 'celui qui mange du helev (graisse interdite) et a mis à part une offrande pour le sang'. Il est forcé de dire qu'[la Guemara] objecte d'après Rabbi Chimon. Rabbenou Tam explique : 'apostat pour manger du helev' désigne un apostat pour toute la Torah sauf le sang, comme on englobe toutes les fautes [à hatat] sous le terme 'hatat helev' (Menahot 6a ; Sota 15a). [La Guemara] dit alors : pour le premier Tana, lorsqu'il est apostat pour toute la Torah sauf le sang, il n'apporte pas d'offrande pour [une faute sur] le sang ; mais pour Rabbi Chimon il [l']apporte, puisqu'il 'revient de sa connaissance' quant au sang ; tandis qu'un apostat quant à une seule chose, de l'avis de tous, apporte. On peut encore expliquer : c'est précisément pour le helev et le sang qu'ils divergent, parce qu'ils sont équivalents (kareth pour les deux, ils 'montent' [sur l'autel], et énoncés dans un même interdit 'tout helev et tout sang vous ne mangerez pas') : pour le premier Tana, l'apostat quant à cette chose [le helev] est considéré comme apostat quant au sang lui-même, ne s'abstenant du sang que parce que son âme y répugne, non à cause de l'interdit ; mais un apostat quant à un autre interdit, il est évident qu'il apporte une offrande pour le sang ; et pour Rabbi Chimon, même un apostat pour le helev apporte une offrande pour le sang.
💡 Explication

L'exclusion de l'offrande de l'apostat vient en réalité du verset du hatat (Lev 4:27) : 'me-am ha-aretz' (et non 'tout' le peuple) — exclut l'apostat, dont on n'accepte pas le sacrifice expiatoire.

2
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹסֵי אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: ״אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה בִּשְׁגָגָה וְאָשֵׁם״, הַשָּׁב מִיְּדִיעָתוֹ – מֵבִיא קָרְבָּן עַל שִׁגְגָתוֹ, אֵינוֹ שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ – אֵינוֹ מֵבִיא קָרְבָּן עַל שִׁגְגָתוֹ.

Rabbi Chimon ben Yossi dit au nom de Rabbi Chimon : 'qui ne doivent pas se faire, par inadvertance, et il se rend coupable' (Lev 4:22-23) — celui qui 'revient de sa connaissance' (chav mi-yedi'ato) apporte une offrande pour son inadvertance ; celui qui ne revient pas de sa connaissance n'apporte pas d'offrande pour son inadvertance.

📜 Rachi (3)
ר"ש בֶּן יוֹסֵי אוֹמֵר מִכָּאן אַתָּה לָמֵד:
Rabbi Chimon ben Yossi dit — d'ici tu l'apprends.
אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה בִּשְׁגָגָה וְאָשֵׁם וּסְמִיךְ לֵיהּ אוֹ הוֹדַע אֵלָיו חַטָּאתוֹ אֲשֶׁר חָטָא וְהֵבִיא אֲשָׁמוֹ דְּמַשְׁמַע אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה אִם הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהוּא אָסוּר וּשְׁגָגָה הָיְתָה לוֹ וְחָטָא וְאָשָׁם הוּא יָבִיא:
'Qui ne doivent pas se faire, par inadvertance, et il se rend coupable' — à la suite il est écrit 'ou si sa faute, qu'il a commise, lui est connue... il apportera son offrande coupable', ce qui implique : 'qui ne doivent pas se faire' — s'il savait que c'est interdit [et s'en serait abstenu], et que ce fut une inadvertance, et qu'il a fauté et s'est rendu coupable, lui apportera [une offrande].
הַשָּׁב מִיְּדִיעָתוֹ שֶׁאִם הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהוּא חָלָב הָיָה יוֹשֵׁב וּמְבַטֵּל מֵעֲבֵירָה זוֹ. וְאִית דְּגָרֵיס הָשֵׁב וְהוּא נָמֵי הַפּוֹרֵשׁ וְנִבְדָּל מִתְּחִלָּה וְאֵין עוֹבֵר אִם הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהוּא אָסוּר ובת"כ גָּרַס הַיּוֹשֵׁב:
Celui qui revient de sa connaissance — qui, s'il avait su que c'était du helev, se serait abstenu et détourné de cette transgression. Certains lisent 'ha-chav' (celui qui revient), qui est aussi celui qui se serait écarté d'emblée, ne transgressant pas s'il avait su ; et dans le Torat Kohanim on lit 'ha-yochev' (celui qui s'abstient).
🗂️ Tossefot (1)
אֵינוֹ שָׁב מִידִיעָתוֹ אֵינוֹ מֵבִיא קָרְבָּן עַל שִׁגְגָתוֹ תֵּימַהּ מַה צָּרִיךְ קְרָא לְמַעֵט לָאִינוּ שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ וְעוֹמֵד בְּרִשְׁעוֹ הָא הָוֵי זֶבַח רְשָׁעִים וְהֵיכִי תִּיסַּק אַדַּעְתִּין לוֹמַר דְּמֵבִיא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִיצְטְרִיךְ לְהֵיכָא דְּחָזַר בִּתְשׁוּבָה אַחַ"כּ וּבְשָׁעָה שֶׁאָכַל לֹא הָיָה שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ:
'Celui qui ne revient pas de sa connaissance n'apporte pas d'offrande pour son inadvertance' — c'est étonnant : pourquoi un verset pour exclure celui qui ne revient pas de sa connaissance et demeure dans sa méchanceté, puisque [son offrande] est 'le sacrifice des méchants' [une abomination] — comment penser qu'il apporte ? On peut répondre : il faut [le verset] pour le cas où il s'est repenti par la suite, mais qu'au moment où il a mangé il ne revenait pas de sa connaissance.
💡 Explication

R. Chimon ben Yossi (au nom de R. Chimon) déduit de Lev 4 : seul celui qui 'revient de sa connaissance' (chav mi-yedi'ato : se serait abstenu s'il avait su que c'était interdit) apporte un hatat. Celui qui aurait fauté même en sachant (un apostat sur ce point) n'apporte pas d'offrande.

🖼️ Schéma
Qui apporte un hatat ? (R. Chimon : 'chav mi-yedi'ato') Chav mi-yedi'ato se serait abstenu s'il avait su -> APPORTE Ne revient pas aurait fauté même en sachant (apostat) -> N'APPORTE PAS Nafka mina (Rav Hamnouna) apostat pour le helev qui apporte un hatat pour du SANG mangé par erreur : Tana Kama refuse (c'est un apostat) | R. Chimon accepte (il revient quant au sang)
Le critère de R. Chimon et sa différence pratique.
3
וְאָמְרִינַן: מַאי בֵינַייְהוּ? וְאָמַר רַב הַמְנוּנָא: מְשֻׁומָּד לֶאֱכֹול חֵלֶב וְהֵבִיא קָרְבָּן עַל הַדָּם אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.

Et nous disons : quelle [différence] y a-t-il entre eux [les deux Tanaim] ? Et Rav Hamnouna a dit : un apostat pour manger du helev qui a apporté une offrande pour le sang (dam) — voilà [la différence] entre eux.

📜 Rachi (2)
מַאי בֵינַיְיהוּ מ"מ מוּמָר לָא מְקַבְּלִינַן מִינֵּיהּ בֵּין לְמָר בֵּין לְמָר וַאֲפִילּוּ שׁוֹגֵג דְּהָא אִילּוּ הָיָה יוֹדֵעַ מִתְּחִלָּה נָמֵי הָיָה אוֹכְלוֹ וְאֵין שָׁב מִיְּדִיעָתוֹ:
Quelle [différence] y a-t-il entre eux — de toute façon, d'un apostat on n'accepte pas [l'offrande], selon l'un comme selon l'autre, même par inadvertance, car même s'il avait su d'emblée il l'aurait [quand même] mangé, et il ne revient pas de sa connaissance.
וְהֵבִיא קָרְבָּן עַל הַדָּם שֶׁשָּׁגַג בּוֹ וְאִילּוּ הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּם לֹא הָיָה אוֹכְלוֹ לת"ק מוּמָר שְׁמוֹ וְלָא מְקַבְּלִינַן מִינֵּיהּ ולר"ש שָׁב מִידִיעָתוֹ הוּא בְּדַם וּמְקַבְּלִינַן מִינֵּיהּ:
Et a apporté une offrande pour le sang — sur lequel il s'est mépris ; s'il avait su que c'était du sang, il ne l'aurait pas mangé. Pour le premier Tana, il porte le nom d'apostat et on n'accepte pas de lui ; pour Rabbi Chimon, il revient de sa connaissance quant au sang, et on accepte de lui.
💡 Explication

Différence pratique (Rav Hamnouna) : un apostat pour le helev qui apporte un hatat pour avoir mangé du sang par inadvertance. Pour le 1er Tana : refuse (c'est un apostat). Pour R. Chimon : accepte (il 'revient de sa connaissance' quant au sang).

4
חֲדָא בְּחַטָּאת, וַחֲדָא בְּעוֹלָה, וּצְרִיכִי, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן חַטָּאת – מִשּׁוּם דִּלְכַפָּרָה הוּא, אֲבָל עוֹלָה דְּדוֹרוֹן הוּא – אֵימָא לְקַבֵּל מִינֵּיהּ. וְאִי אַשְׁמְעִינַן עוֹלָה – מִשּׁוּם דְּלָאו חִיּוּבָא הוּא, אֲבָל חַטָּאת דְּחִיּוּבָא הוּא – אֵימָא לְקַבֵּל מִינֵּיהּ, צְרִיכָא.

L'un [parle] du hatat, l'autre de la olah ; et ils sont [tous deux] nécessaires. Car si [l'Écriture] ne nous avait appris [que pour] le hatat — [on aurait dit que c'est refusé] parce qu'il vise l'expiation [dont l'apostat est indigne] ; mais la olah, qui est un présent (doron), je dirais : qu'on l'accepte de lui.

Et si elle ne nous avait appris [que pour] la olah — parce que ce n'est pas une obligation ; mais le hatat, qui est une obligation, je dirais : qu'on l'accepte de lui. [Les deux versets sont donc] nécessaires.

📜 Rachi (5)
מִכֶּם וְלֹא כֻּולְּכֶם דִּלְעֵיל בְּעוֹלַת נְדָבָה מִשְׁתַּעֵי קְרָא דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ אִם עוֹלָה קָרְבָּנוֹ וְגוֹ':
Mikem, et non vous tous — [le verset] ci-dessus parle d'une olah-nedava (holocauste volontaire), car il est écrit après lui 'si son offrande est une olah, etc.'.
דִּלְכַפָּרָה הוּא וְכֵיוָן דְּדַעְתּוֹ לְהֵזִיד וְלַחֲזֹור עַל עֲבֵירָתוֹ וּבְהָא מִיהָא אַתָּרְמִי דְּשָׁגַג וְלֹא הֵזִיד א"כ אַמַּאי נְקַבֵּל מִינֵּיהּ הָא לָאו בַּר כַּפָּרָה הוּא:
Parce qu'il vise l'expiation — et puisque son intention est de [re]transgresser délibérément et de revenir à sa faute, et qu'en l'occurrence il se trouve qu'il a fauté par inadvertance et non délibérément, pourquoi accepterions-nous de lui ? Il n'est pas un sujet d'expiation.
דְּלָאו חִיּוּבָא וְלָאו אוֹרַח אַרְעָא לְקַבּוֹלֵי דּוֹרוֹן מִינֵּיהּ דִּכְתִיב זֶבַח רְשָׁעִים תּוֹעֵבָה (מִשְׁלֵי כא):
Parce que ce n'est pas une obligation — et il n'est pas convenable de recevoir de lui un présent, comme il est écrit 'le sacrifice des méchants est une abomination' (Prov 21).
אֲבָל חַטָּאת דְּחוֹבָה רַמְיָא עֲלֵיהּ:
Mais le hatat, qui est une obligation — [qui] lui incombe.
אֵימָא נְקַבֵּל מִינֵּיהּ שֶׁלֹּא יְהֵא חוֹטֵא נִשְׂכָּר:
Je dirais : qu'on l'accepte de lui — pour que le pécheur ne soit pas avantage [par sa faute].
💡 Explication

Pourquoi deux versets (Lev 1:2 pour la olah, Lev 4:27 pour le hatat) ? Nécessaires : du seul hatat on aurait cru le refus du au fait qu'il est pour l'expiation (l'apostat en est indigne), mais la olah (un simple présent) on l'accepterait ; du seul olah, le refus serait dû au fait qu'elle n'est pas obligatoire, mais le hatat (obligatoire) on l'accepterait. D'où deux versets.

5
וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב בְּהֵמָה, גְּרִיעוּתָא הִיא? וְהָכְתִיב ״אָדָם וּבְהֵמָה תוֹשִׁיעַ ה׳״, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵן עֲרוּמִין בְּדַעַת, וּמְשִׂימִין עַצְמָן כִּבְהֵמָה! הָתָם כְּתִיב ״אָדָם וּבְהֵמָה״, הָכָא בְּהֵמָה לְחֻודֵּיהּ כְּתִיב.

Et partout où il est écrit 'behema' (animal) [pour désigner des hommes], est-ce une déficience ? Mais il est écrit 'l'homme et l'animal Tu sauves, Éternel' (Ps 36:7), et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont les hommes rusés (avisés) en intelligence, qui se font [humbles] comme l'animal !

[Réponse :] là-bas il est écrit 'l'homme ET l'animal', ici 'animal' seul est écrit.

📜 Rachi (2)
גְּרִיעוּתָא הוּא דְּאוֹקֵמְתְּ לְעֵיל דְּפוֹשְׁעִים קָרֵי בְּהֵמָה:
Est-ce une déficience — comme tu l'as établi plus haut, qu'il appelle les dévoyés (pochim) 'animal'.
שֶׁהֵן עֲרוּמִים בְּדַעַת כְּאָדָם הָרִאשׁוֹן וּמְשִׂימִין עַצְמָן כִּבְהֵמָה דַּכְּאֵי רוּחַ:
Qui sont rusés en intelligence — comme Adam le premier homme, et se font [humbles] comme l'animal, [l']esprit contrit (dakei roua'h).
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב 'בְּהֵמָה', גְּרִיעוּתָא הִיא? (תְּהִלִּים לו, ז) . נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּונַת הַמַּקְשָׁן הִיא כִּי בַּבָּרַייְתָא קָאָמַר ' מִן הַבְּהֵמָה ' לְהָבִיא בְּנֵי אָדָם שֶׁדּוֹמִין לִבְהֵמָה דְּדָרֵישׁ מַה שֶׁאָמַר 'מִן הַבְּהֵמָה' לִישָּׁנָא יְתֵירָה הוּא שֶׁכְּבָר פֵּירֵשׁ וְאָמַר 'מִן הַבְּהֵמָה מִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן תַּקְרִיבוּ אֶת קָרְבַּנְכֶם' (וַיִּקְרָא א, ב) אֶלָּא דְּכָתַב 'מִן הַבְּהֵמָה' הוּא לְדִמְיוֹן לְלַמְּדֵנוּ עַל בְּנֵי אָדָם שֶׁדּוֹמִין לִבְהֵמָה שֶׁנְּקַבֵּל מֵהֶם קָרְבָּנוֹת אֲשֶׁר יָבִיאוּ מִיהוּ הַבְּהֵמָה דִּמְדַמֵּי הָאָדָם בָּהּ יֵשׁ בָּהּ שְׁתֵּי חֶסְרוֹנוֹת הָאֶחָד הוּא שֶׁאֵין בָּהּ דַּעַת וְחֶסְרוֹן זֶה אֵינוֹ גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה יַעַן כִּי כָּךְ בְּרָאָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּלֹא דַּעַת דְּרַק לְאָדָם חָנֵּנוּ בְּדַעַת וְלַבְּהֵמָה לֹא חָנְנָה וְחֶסְרוֹן הַשְּׁנִיָּה שֶׁדּוֹרֶסֶת וּבוֹעֶטֶת וְנוֹגַחַת וּמַזֶּקֶת וְחֶסְרוֹן זֶה הוּא גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה כֵּן בִּבְחִירָתָהּ וּבְיִצְרָהּ הָרַע, עַל כֵּן צָרִיךְ לָדַעַת הַדִּמְיוֹן הַזֶּה שֶׁמְּדַמֶּה הַכָּתוּב בְּנֵי אָדָם לִבְהֵמָה לְאֵיזֶה דָּבָר מְדַמֶּה הָאָדָם לָהּ אִם לְעִנְיַן חֶסְרוֹן דַּעַת שֶׁזֶּה אֵינוֹ גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה דְּהַיְינוּ שֶׁמְּדַמֶּה לָהּ לְאוֹתָם בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם בּוּרִים וְעַמֵּי אֲרָצוֹת שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת אוֹ דִּלְמָא הַדִּמְיוֹן הוּא לְעִנְיַן חִסָּרוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה שֶׁהִיא דּוֹרֶסֶת וּבוֹעֶטֶת וְנוֹגַחַת וּמַזֶּקֶת וְזֶה הַדִּמְיוֹן הוּא רַק בִּבְנֵי אָדָם שֶׁהֵם פּוֹשְׁעִים וּרְשָׁעִים דִּמְדַמֶּה אוֹתָם לִבְהֵמָה לְעִנְיַן חִסָּרוֹן זֶה שֶׁהִיא גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה. וְהִנֵּה רֵישָׁא דְּבָרַיְיתָא דְּקָאָמַר ' מִן הַבְּהֵמָה ' לְהָבִיא בְּנֵי אָדָם שֶׁדּוֹמִין לִבְהֵמָה יֵשׁ לְפָרְשׁוֹ דְּאַייְרֵי בְּחֶסְרוֹן דַּעַת שֶׁיֵּשׁ בַּבְּהֵמָה שֶׁאֵין בּוֹ גְּרִיעוּתָא לִבְהֵמָה וּלְהַאי מְדַמֶּה לִבְהֵמָה אֶת בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם בּוּרִים וְעַמֵּי אֲרָצוֹת שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת דִּמְדַמֶּה אוֹתָם לִבְהֵמָה שֶׁאֵין בָּהּ דַּעַת וּבָא הַכָּתוּב לְלַמְּדֵנוּ בְּדִמְיוֹן זֶה שֶׁלֹּא נֶאֱמַר אֵין לְקַבֵּל קָרְבָּן מֵאוֹתָם בּוּרִים וְעַמֵּי אֲרָצוֹת שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא קָרְבָּן זֶה הוּא גָּזוּל אוֹ נִרְבָּע אוֹ נֶעֱבַד כֵּיוָן שֶׁזֶּה הַמְּבִיאוֹ הוּא בּוּר וְעַם הָאָרֶץ שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת לְבָרֵר וּלְהַבְחִין בִּדְבָרִים אֵלּוּ, לְכָךְ בָּא הַכָּתוּב לְלַמֵּד אֲפִילּוּ בְּנֵי אָדָם אֵלּוּ שֶׁהֵם בּוּרִים וְעַמֵּי אֲרָצוֹת שֶׁדּוֹמִין לִבְהֵמָה שֶׁאֵין בָּהּ דַּעַת נְקַבֵּל מֵהֶם קָרְבָּנוֹת וְלָא חָייְשִׁינַן אוֹתָם חֲשָׁשׁוֹת וְכֵיוָן דְּאָמְרִינַן שֶׁבָּא הַכָּתוּב לְלַמְּדֵנוּ בְּדִמְיוֹן הַבְּהֵמָה עַל בְּנֵי אָדָם בּוּרִים שֶׁאֵין לָהֶם דַּעַת יֵשׁ לוֹמַר דְּאִם הַמְּבִיאִין הֵם רְשָׁעִים וּפוֹשְׁעִים דְּלָא מְקַבְּלִינַן מִנַּיְיהוּ כִּי אֵלּוּ יָבִיאוּ גָּזוּל וְנִרְבָּע וְנֶעֱבָד וְלָא אִכְפַּת לְהוּ. אָמְנָם מִסֵּיפָא דְּבָרַייְתָא דְּקָאָמַר לְהֶדְיָא ' מִכָּאן אָמְרוּ דִּמְקַבְּלִין קָרְבָּנוֹת מִפּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל ' מַשְׁמַע דְּהָא דְּקָאָמַר דִּמְקַבְּלִין מִבְּנֵי אָדָם שֶׁדּוֹמִין לִבְהֵמָה הַדִּמְיוֹן הַזֶּה הוּא לְחִסָּרוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ גְּרִיעוּתָא בִּבְהֵמָה דְּהַייְנוּ שֶׁדּוֹרֶסֶת וּבוֹעֶטֶת וְנוֹגַחַת וּמַזֶּקֶת שֶׁדּוֹמִין לָהּ בָּזֶה אוֹתָם שֶׁהֵם רְשָׁעִים וּפוֹשְׁעִים דְּהָא קָאָמַר לְהֶדְיָא 'מִכָּאן אָמְרוּ דִּמְקַבְּלִין קָרְבָּנוֹת מִפּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל'. וְעַל זֶה בָּא הַמַּקְשָׁן לְהַקְשׁוֹת ' וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב ' בְּהֵמָה ' גְּרִיעוּתָא הִיא ?' כְּלוֹמַר כָּל הֵיכָא דִּכְתִיב בִּקְרָא 'בְּהֵמָה' לְדִמְיוֹן שֶׁמְּדַמֶּה בָּהּ בְּנֵי אָדָם כַּוָּנָתוֹ בְּדִמְיוֹן הוּא לְעִנְיָן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ גְּרִיעוּתָא שֶׁמְּדַמֶּה לָהּ אֶת בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם פּוֹשְׁעִים וּרְשָׁעִים כְּדַאֲמַרְתְּ הָכָא הַאי דִּמְיוֹן לִבְהֵמָה הוּא לְעִנְיַן חִסָּרוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ גְּרִיעוּתָא לִבְהֵמָה שֶׁדּוֹרֶסֶת וּמַזֶּקֶת וְעַל זֶה מְדַמֵּי לָהּ אֶת בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם רְשָׁעִים וּפוֹשְׁעִים, ' וְהָא כְּתִיב אָדָם וּבְהֵמָה תּוֹשִׁיעַ ה ' (תְּהִלִּים לו, ז) וְאָמַר רַב אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם עֲרוּמִים בְּדַעַת וְעוֹשִׂין עַצְמָן כִּבְהֵמָה ' וּבַעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ אַתָּה לְפָרֵשׁ דִּמְיוֹן זֶה שֶׁמְּדַמִּין עַצְמָן לִבְהֵמָה הַיְינוּ לְעִנְיַן חִסָּרוֹן שֶׁאֵין בּוֹ גְּרִיעוּתָא לִבְהֵמָה וְהוּא חֶסְרוֹן הַדַּעַת כֵּן הֵם אַף עַל פִּי שֶׁעֲרוּמִים בְּדַעַת עוֹשִׂין עַצְמָן כִּבְהֵמָה שֶׁאֵין בָּהּ דַּעַת דְּאִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ שֶׁעוֹשִׂין עַצְמָן פּוֹשְׁעִים וּרְשָׁעִים כִּבְהֵמָה שֶׁבּוֹעֶטֶת וּמַזֶּקֶת בִּבְחִירָתָהּ וְאֵיךְ כָּאן מְפָרְשִׁינַן דִּמְיוֹן בְּנֵי אָדָם לִבְהֵמָה הוּא לְעִנְיַן חִסָּרוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ גְּרִיעוּתָא דִּמְדַמֵּי לָהּ לִבְנֵי אָדָם שֶׁהֵם פּוֹשְׁעִים וּרְשָׁעִים וּמַזִּיקִין? וּמְשַׁנֵּי הָתָם כְּתִיב ' אָדָם וּבְהֵמָה ' וְכֵיוָן דִּכְתִיב שֵׁם אָדָם סָמוּךְ לִבְהֵמָה מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי בְּדִמְיוֹן שֶׁאֵין בּוֹ גְּרִיעוּתָא וְהַייְנוּ בְּחֶסְרוֹן דַּעַת דְּקָאֵי עַל בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת וְלֹא עַל רְשָׁעִים וּמַזִּיקִין כִּי אֵלּוּ אֵין נִקְרָאִים בְּשֵׁם אָדָם כַּנּוֹדָע. וּבָזֶה נִתְרַצָּה קֻושְׁיַת הָרַב גּוּר אַרְיֵה זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה דְּמֵעִיקָּרָא פָּרִיךְ מִדִּבְרֵי רַב דִּבְהֵמָה מְעַלְּיוּתָא הִיא וַהֲדַר פָּרִיךְ לְהֵפֶךְ דִּבְהֵמָה גְּרִיעוּתָא הִיא, וְאִם כֵּן בְּלָאו הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמִפְרַךְ אַדִּבְרֵי רַב מֵהַאי קְרָא דְּזֶרַע בְּהֵמָה? עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וּבָזֶה הַבֵּיאוּר שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד נִיחָא דְּמֵעִיקָּרָא לֵיכָּא קֻושְׁיָא עַל דְּרָשָׁה דְּרַב מֵהַאי דְּרָשָׁה שֶׁדָּרְשׁוּ בְּסוֹטָה עַל פָּסוּק 'זֶרַע בְּהֵמָה' (יִרְמְיָה לא, כו) דְּמוֹקְמִי לֵיהּ שֶׁבָּא לְדַמּוֹת לִבְהֵמָה בְּנֵי אָדָם בּוּרִים שֶׁלֹּא קָרְאוּ וְלֹא שִׁמְּשׁוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים כִּי דְּרָשַׁת רַב בַּפָּסוּק 'אָדָם וּבְהֵמָה' נָמֵי הָכֵי הוּא דִּמְפָרֵשׁ שֶׁהֵם חֲכָמִים וְעוֹשִׂין עַצְמָן חֲסִירִי דַּעַת כִּבְהֵמָה וּמַאי קֻושְׁיָא אִיכָּא מִזֶּה? אַךְ אַחַר שֶׁרָאָה הַמַּקְשָׁן שֶׁתֵּירֵץ לוֹ הָתָם כְּתִיב 'אָדָם וּבְהֵמָה' דְּסָבַר כֵּיוָן דִּכְתִיב אָדָם שֶׁהוּא תֹּואַר חָשׁוּב סָמוּךְ לִבְהֵמָה שְׁמַע מִינָּה דְּדִמְיוֹן זֶה שֶׁל בְּהֵמָה אַייְּרִי בִּבְנֵי אָדָם שֶׁהֵם חֲשׁוּבֵין אֶלָּא שֶׁהֵם עֲנָוִים וְעוֹשִׂין עַצְמָן חֲסִירִי דַּעַת כִּבְהֵמָה מֵחֲמַת עֲנָוָה, אִם כֵּן הַךְ דְּרָשָׁה דִּ'זֶרַע בְּהֵמָה' אַמַּאי דָּרְשִׁי לָהּ בְּחִסָּרוֹן דְּאִית בֵּיהּ גְּרִיעוּתָא דְּהַייְנוּ בִּבְנֵי אָדָם שֶׁהֵם בּוּרִים בֶּאֱמֶת שֶׁדּוֹמִין בֶּאֱמֶת לִבְהֵמָה שֶׁהִיא חֲסֵירָה דַּעַת בֶּאֱמֶת, יְפָרֵשׁ לָהּ בִּבְנֵי אָדָם עֲנָוִים שֶׁהֵם אֵינָם חֲסִירִי מַדָּע בֶּאֱמֶת וְרַק הֵם עוֹשִׂין עַצְמָן חַסְרֵי דַּעַת כִּבְהֵמָה מִשּׁוּם עֲנָוָה כְּמוֹ דְּדָרַשְׁתָּ כֵּן בַּפָּסוּק אָדָם וּבְהֵמָה תוֹשִׁיעַ ה' מִשּׁוּם דְּסָמַךְ אָדָם לִבְהֵמָה דְּהָכָא נָמֵי כְּתִיב 'זֶרַע אָדָם וְזֶרַע בְּהֵמָה' גַּם כֵּן סָמַךְ אָדָם לִבְהֵמָה? וּמְשַׁנֵּי כָּאן לָא חֲשִׁיב סְמִיכָה שֵׁם אָדָם לְשֵׁם בְּהֵמָה כֵּיוָן דְּחִלְקִיָּה קְרָא בְּאוֹמְרוֹ 'זֶרַע אָדָם וְזֶרַע בְּהֵמָה' דְּנָקֵיט זֶרַע בְּכָל חַד וּלְהָכֵי לָא דָּרְשִׁינַן לָהּ לוֹמַר שֶׁהֵם עֲנָוִים וְחוֹשְׁבִין עַצְמָן כִּבְהֵמָה אַף עַל פִּי שֶׁהֵם חֲכָמִים בַּעֲלֵי מַדָּע אֶלָּא דָּרְשִׁינַן לֵיהּ לִגְרִיעוּתָא שֶׁהֵם בּוּרִים שֶׁלֹּא קָרְאוּ וְלֹא שִׁמְּשׁוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבֶּאֱמֶת הֵם חֲסִירִי מַדָּע וְדוֹמִין לִבְהֵמָה בֶּאֱמֶת וְלֹא מִצַּד עֲנָוָה. מִיהוּ לִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי לֹא הִקְשָׁה מִפָּסוּק מִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי יב, י) ' יוֹדֵעַ צַדִּיק נֶפֶשׁ בְּהֶמְתּוֹ ' דְּאִיתָא בִּנְדָרִים (נְדָרִים נ.) שֶׁפָּרְשָׁה אוֹתוֹ אִשְׁתּוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָה עַל אִשְׁתּוֹ שֶׁל הַצַּדִּיק שֶׁדּוֹמֶה לִבְהֶמְתּוֹ וְהָוֵי הַדִּמְיוֹן לִמְעַלְּיוּתָא? וְנִרְאֶה לִי הָתָם לֹא מְדַמֶּה הַכָּתוּב אִשְׁתּוֹ שֶׁל הַצַּדִּיק לִבְהֶמְתּוֹ אֶלָּא הָכִי אָמְרָה 'יוֹדֵעַ צַדִּיק נֶפֶשׁ בְּהֶמְתּוֹ' וְחָס עָלֶיהָ לְמַלֹּאת תַּאֲוָתָהּ וְלֹא יִבְזֶנָּה וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁנּוֹתֵן לֵב לָדַעַת רְצוֹן אִשְׁתּוֹ לְמַלֹּאת תַּאֲוָתָהּ וְלֹא יִבְזֶנָּה וְלֹא יִרְחָקֶנָּה. וְכֵן פֵּירֵשׁ בִּמְצוּדוֹת פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא הַנִּזְכָּר וְזֶה לְשׁוֹנוֹ הַצַּדִּיק נוֹתֵן לֵב לָדַעַת אַף רְצוֹן בְּהֶמְתּוֹ לְמַלֹּאת תַּאֲוָתָהּ כִּי קָנוּי אֶצְלוֹ מִדַּת הָרַחֲמָנוּת עַד כָּאן.
« Et partout où il est écrit 'behema' (animal), est-ce une déficience ? » (Psaumes 36, 7). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention de celui qui pose la question est la suivante : dans la braïta il est dit 'min ha-behema' (parmi l'animal) pour inclure les hommes qui ressemblent à l'animal, car il interprète le fait que l'Écriture ait dit 'min ha-behema' comme une expression superflue (lichana yetira), puisqu'elle avait déjà précisé en disant 'parmi l'animal, parmi le gros bétail et parmi le petit bétail vous offrirez votre offrande' (Lévitique 1, 2) ; mais si elle écrit [de nouveau] 'min ha-behema', c'est pour [établir] une comparaison, pour nous enseigner au sujet des hommes qui ressemblent à l'animal, que nous acceptons d'eux les offrandes qu'ils apportent. Or l'animal auquel l'homme est comparé comporte deux déficiences. La première : il est dépourvu de daat (intelligence, faculté de discernement) ; et cette déficience n'est pas un défaut blâmable (guerieouta) chez l'animal, car c'est ainsi que le Saint béni soit-Il l'a créé, sans daat, n'ayant gratifié de daat que l'homme et non l'animal. La seconde déficience : il piétine, rue, encorne et nuit ; et cette déficience-là est un défaut blâmable chez l'animal, parce qu'il le fait par son propre choix (be'hira) et par son mauvais penchant (yetser ha-ra). Il faut donc savoir, dans cette comparaison où l'Écriture assimile les hommes à l'animal, à quoi au juste elle compare l'homme : est-ce sous le rapport du manque de daat — ce qui n'est pas un défaut blâmable chez l'animal, c'est-à-dire qu'elle le compare à ces hommes qui sont des rustres (bourim) et des gens du peuple (amei ha-aretz) sans daat — ou bien la comparaison porte-t-elle sur le rapport où réside un défaut blâmable chez l'animal, à savoir qu'il piétine, rue, encorne et nuit, cette comparaison-ci ne s'appliquant qu'aux hommes pécheurs et méchants (pochim et rechaïm), qu'elle assimile à l'animal sous le rapport de ce défaut blâmable ? Or le début de la braïta, qui dit 'min ha-behema' pour inclure les hommes qui ressemblent à l'animal, peut s'interpréter comme parlant du manque de daat propre à l'animal, qui n'est pas un défaut blâmable chez lui ; et c'est à cet égard qu'elle compare à l'animal les hommes rustres et gens du peuple sans daat, les assimilant à l'animal dépourvu de daat ; et l'Écriture vient nous enseigner par cette comparaison qu'il ne faut pas dire qu'on n'accepte pas d'offrande de ces rustres et gens du peuple dépourvus de daat — sous prétexte qu'il y aurait lieu de craindre que cette offrande soit volée, ou ayant servi à un acte de bestialité (nirba), ou ayant fait l'objet d'un culte idolâtre (ne'evad), puisque celui qui l'apporte est un rustre, un homme du peuple sans le discernement nécessaire pour vérifier et distinguer ces choses ; c'est pourquoi l'Écriture vient enseigner que même de ces hommes-là, rustres et gens du peuple ressemblant à l'animal dépourvu de daat, nous acceptons les offrandes, et nous ne leur appliquons pas ces soupçons. Et puisque nous disons que l'Écriture vient nous enseigner par la comparaison à l'animal au sujet des hommes rustres dépourvus de daat, on pourrait en déduire que si ceux qui apportent [l'offrande] sont des méchants et des pécheurs, on n'accepte pas d'eux, car ceux-là apporteraient du volé, du nirba et du ne'evad sans s'en soucier. Toutefois, de la fin de la braïta, qui dit explicitement 'd'ici [les Sages] ont dit qu'on accepte des offrandes des pécheurs d'Israël (pochei Yisrael)', il ressort que ce qu'elle dit — qu'on accepte des hommes ressemblant à l'animal — vise une comparaison portant sur la déficience qui constitue un défaut blâmable chez l'animal, à savoir qu'il piétine, rue, encorne et nuit, et que ce sont les méchants et les pécheurs qui lui ressemblent en cela, puisqu'elle dit explicitement 'd'ici ils ont dit qu'on accepte des offrandes des pécheurs d'Israël'. C'est sur ce point que celui qui pose la question objecte : « Et partout où il est écrit 'behema', est-ce une déficience ? », c'est-à-dire : partout où l'Écriture écrit 'behema' pour une comparaison par laquelle elle assimile des hommes [à l'animal], son intention dans cette comparaison vise-t-elle le rapport où réside un défaut blâmable, assimilant ainsi à l'animal les hommes pécheurs et méchants, comme tu l'as dit ici, [à savoir] que cette comparaison à l'animal vise la déficience qui constitue un défaut blâmable chez l'animal, qu'il piétine et nuit, et que c'est à cet égard qu'elle lui compare les hommes méchants et pécheurs ? « Mais il est écrit 'l'homme et l'animal Tu sauves, Éternel' (Psaumes 36, 7), et Rav a dit : ce sont les hommes rusés (avisés) en daat, qui se font [humbles] comme l'animal » — et là tu es contraint d'interpréter cette comparaison où ils se rendent semblables à l'animal comme portant sur la déficience qui n'est pas un défaut blâmable chez l'animal, à savoir le manque de daat : eux, bien que rusés en daat, se font comme l'animal dépourvu de daat ; car il est impossible d'interpréter qu'ils se rendraient pécheurs et méchants comme l'animal qui rue et nuit par son propre choix. Comment donc, ici, interprétons-nous la comparaison des hommes à l'animal comme portant sur la déficience où réside un défaut blâmable, l'assimilant aux hommes pécheurs et méchants et malfaisants ? Et [la Guemara] répond : là il est écrit 'l'homme ET l'animal', et puisque le nom 'homme' est écrit accolé à 'animal', cela indique qu'il s'agit d'une comparaison sans défaut blâmable, à savoir le manque de daat, qui se rapporte aux hommes dépourvus de daat et non aux méchants et malfaisants, car ceux-là ne sont pas appelés du nom d'« homme » (adam), comme il est connu. Et par là se résout la question du Rav Gour Aryé (de mémoire bénie), qui objectait : au départ [la Guemara] objecte des paroles de Rav que 'behema' est une qualité (mealyouta), puis elle objecte à l'inverse que 'behema' est une déficience (guerieouta) ; or, s'il en est ainsi, elle aurait dû, sans cela, objecter aux paroles de Rav à partir du verset 'semence d'animal' (zera behema) ? Fin de citation. D'après l'explication que j'ai écrite avec l'aide du Ciel, cela se résout : au départ il n'y a pas de question sur l'enseignement de Rav à partir de l'exégèse faite dans [le traité] Sota sur le verset 'semence d'animal' (Jérémie 31, 26), qu'on interprète comme venant comparer à l'animal les hommes rustres qui n'ont ni lu [l'Écriture] ni servi les sages — car l'exégèse de Rav sur le verset 'l'homme et l'animal' est aussi de cette teneur : elle explique qu'ils sont sages et se font dépourvus de daat comme l'animal ; quelle objection y aurait-il de là ? Mais après que celui qui pose la question a vu qu'on lui répond 'là il est écrit l'homme ET l'animal' — estimant que, puisque 'adam', titre honorable, est écrit accolé à 'animal', il faut en déduire que cette comparaison à l'animal vise des hommes considérés, sauf qu'ils sont humbles et se font dépourvus de daat comme l'animal par humilité (anava) — si tel est le cas, l'exégèse de 'semence d'animal', pourquoi l'interprète-t-on de la déficience où réside un défaut blâmable, à savoir des hommes véritablement rustres qui ressemblent réellement à l'animal réellement dépourvu de daat ? Qu'on l'interprète des hommes humbles, qui ne manquent pas réellement de savoir mais se font seulement dépourvus de daat comme l'animal par humilité, comme tu l'as expliqué pour le verset 'l'homme et l'animal Tu sauves, Éternel', parce qu'il y a accolé 'adam' à 'behema' — car ici aussi il est écrit 'semence d'homme et semence d'animal', et il a également accolé 'homme' à 'animal' ! Et [la Guemara] répond : ici, l'accolement du nom 'homme' au nom 'animal' ne compte pas, puisque le verset les a séparés en disant 'semence d'homme et semence d'animal', employant 'semence' pour chacun ; aussi ne l'interprétons-nous pas en disant qu'ils sont humbles et se considèrent comme l'animal bien qu'ils soient des sages dotés de savoir, mais nous l'interprétons en sens péjoratif, qu'ils sont des rustres n'ayant ni lu ni servi les sages, véritablement dépourvus de savoir et ressemblant réellement à l'animal, et non par humilité. Toutefois, à première vue, on pourrait objecter : pourquoi [la Guemara] n'a-t-elle pas objecté à partir du verset des Proverbes (12, 10) 'le juste connaît la nechama (l'âme, la vie) de sa bête', qui figure dans [le traité] Nedarim (50a), où l'épouse de Rabbi Akiva l'a interprété de l'épouse du juste, qui ressemble à sa bête, la comparaison étant ici un éloge (mealyouta) ? Il me semble [répondre] : là, l'Écriture ne compare pas l'épouse du juste à sa bête ; elle a plutôt dit ceci : 'le juste connaît la nechama de sa bête' et la ménage pour combler son désir et ne pas la mépriser ; et à plus forte raison met-il son cœur à connaître la volonté de son épouse, pour combler son désir, ne pas la mépriser et ne pas l'éloigner. Et ainsi le Metsoudot a-t-il expliqué le sens littéral du verset cité, et voici ses paroles : « Le juste met son cœur à connaître même la volonté de sa bête, pour combler son désir, car la qualité de miséricorde (rahamanout) est ancrée en lui. » Fin.
אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם עֲרוּמִים בְּדַעַת וּמְשִׂימִים לְעַצְמָן כִּבְהֵמָה (תְּהִלִּים לו, ז) . נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֲבוֹדָה זָרָה ה:) צָרִיךְ הָאָדָם לִהְיוֹת בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה כְּשׁוֹר לְעֹול וְכַחֲמוֹר לְמַשּׂוֹי, וּלְפִי זֶה הַייְנוּ רְבוּתָא דִּידְהוּ שֶׁהֵם עֲרוּמִים בְּדַעַת כְּלוֹמַר חֲכָמִים גְּדוֹלִים וְעִם כָּל זֶה מְשִׂימִין עַצְמָם בַּעֲבוּר לִימּוּד הַתּוֹרָה כִּבְהֵמָה דְּהַיְינוּ כְּשׁוֹר לְעֹול וְכַחֲמוֹר לְמַשּׂוֹי כְּאִלּוּ זֶה הוּא הַתְחָלָתָם בְּלִימּוּד שֶׁצָּרִיךְ לִטְרֹוחַ הַרְבֵּה.
« Ce sont les hommes rusés (avisés) en daat, qui se font [humbles] comme l'animal » (Psaumes 36, 7). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est [conforme à] ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Avoda Zara 5b) : l'homme doit être, dans l'étude de la Torah, comme le bœuf sous le joug et comme l'âne sous la charge. Selon cela, c'est là leur grandeur (rebouta) : ils sont rusés en daat, c'est-à-dire de grands sages, et malgré cela ils se font, pour l'étude de la Torah, comme l'animal, c'est-à-dire comme le bœuf sous le joug et comme l'âne sous la charge, comme si c'était leur tout début dans l'étude, où il faut peiner beaucoup.
💡 Explication

Le 'min ha-behema' qui inclut 'les hommes semblables à l'animal' (apostats) implique-t-il toujours une infériorité ? Non : 'l'homme et l'animal Tu sauves' (Ps 36:7) loue les sages qui s'humilient comme l'animal. La différence : la 'homme et animal' (ensemble = éloge), ici 'animal' seul (= dépréciation).

6
וְכָל הֵיכָא דִּכְתִיב ״אָדָם וּבְהֵמָה״ מְעַלְּיוּתָא הִיא? וְהָא כְּתִיב: ״וְזָרַעְתִּי אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל זֶרַע אָדָם וְזֶרַע בְּהֵמָה״! הָתָם, הָא חִלְקִיָּה קְרָא, ״זֶרַע אָדָם״ לְחוּד וְ״זֶרַע בְּהֵמָה״ לְחוּד.

Et partout où il est écrit 'l'homme et l'animal' [ensemble], est-ce une qualité ? Mais il est écrit 'et j'ensemencerai la maison d'Israël de semence d'homme et de semence d'animal' (Jer 31:26) [ou 'semence d'animal' = les ignorants] !

[Réponse :] là-bas, le verset les a [pourtant] séparés : 'semence d'homme' à part et 'semence d'animal' à part.

📜 Rachi (1)
וְזֶרַע בְּהֵמָה וּמוֹקְמִינַן לָהּ בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף כב.) לֹא קָרָא וְלֹא שָׁנָה וְלֹא שִׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וְזָרַעְתִּי אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל זֶרַע אָדָם וְזֶרַע בְּהֵמָה כְּלוֹמַר הַחֲכָמִים וְהַבּוּרִים כֻּולָּם אַזַּרְעָם לְפַרְוָתָם וּלְרַבּוֹתָם:
Et de semence d'animal — on l'établit au traité Sota (22a) : celui qui n'a ni lu [l'Écriture], ni étudié [la Michna], ni servi les sages — sur lui l'Écriture dit 'et j'ensemencerai la maison d'Israël de semence d'homme et de semence d'animal', c'est-à-dire : les sages et les ignorants, tous, je les ensemencerai pour les féconder et les multiplier.
💡 Explication

Et 'homme et animal' ensemble est-il toujours un éloge ? Non : 'semence d'homme et semence d'animal' (Jer 31:26) ou 'semence d'animal' = les ignorants. La différence : là le verset sépare les deux semences (distinctes), donc 'animal' garde son sens péjoratif.

7
(סִימָן: נקל״ף.)

(Moyen mnémotechnique : Naklaf.)

💡 Explication

Repère mnémotechnique des noms des Sages cités ensuite : N (Hanan), K (Yaakov), L (ben Levi), F (bar Kappara).

8
אָמַר רַבִּי חָנָן אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ נִמְנוּ עַל שְׁחִיטַת כּוּתִי וַאֲסָרוּהָ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: שֶׁמָּא לֹא שָׁמַע רַבִּי אֶלָּא בְּשֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו? אֲמַר לֵיהּ: דָּמֵי הַאי מֵרַבָּנַן כִּדְלָא גְּמִירִי אִינָשֵׁי שְׁמַעְתָּא, בְּשֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו לְמֵימְרָא בָּעֵי?

Rabbi Hanan dit au nom de Rabbi Yaakov bar Idi, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de bar Kappara : Rabban Gamliel et son tribunal furent comptés (votèrent) sur l'abattage du Kouti et l'interdirent. Rabbi Zeira dit à Rabbi Yaakov bar Idi : peut-être mon maître n'a-t-il entendu [cela] que [pour le cas] où un Juif ne se tient pas au-dessus de lui ?

Il lui dit : cet [homme] des Sages [te] paraît comme [ceux] qui n'ont pas appris la halakha ! [Pour le cas] où un Juif ne se tient pas au-dessus de lui, faut-il [même] le dire ?!

📜 Rachi (3)
ר"ג בְּנוֹ שֶׁל ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא שֶׁהָיָה מִן הָאַחֲרוֹנִים וּבֵית דִּינוֹ נִמְנוּ עַל שְׁחִיטַת כּוּתִי לְאַחַר שֶׁנִּשְׁנֵית מִשְׁנָתֵינוּ דְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין וַאֲפִילּוּ כּוּתִי וַאֲסָרוּהָ:
Rabban Gamliel — le fils de Rabbi Yehouda ha-Nassi, qui était des derniers [Tanaim] ; son tribunal et lui furent comptés sur l'abattage du Kouti, après que fut enseignée notre Michna 'tous abattent, même un Kouti', et ils l'interdirent.
לֹא שָׁמַע רַבִּי כו' וְהַייְנוּ נָמֵי כִּי מַתְנִיתִין:
Mon maître n'a [pas] entendu, etc. — [à savoir que l'interdit ne viserait que le cas sans surveillance,] ce qui correspondrait aussi à notre Michna.
לְמֵימְרָא בָּעֵי וְכִי לֹא פְּשִׁיטָא לָן דְּלֵית לְהוּ לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול (וַיִּקְרָא יט):
Faut-il le dire — n'est-il pas évident pour nous qu'ils n'ont pas [le scrupule de] 'devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle' (Lev 19) [donc sans surveillance c'est évidemment interdit] ?
🗂️ Tossefot (1)
ר"ג וּבֵית דִּינוֹ נִמְנוּ עַל שְׁחִיטַת כּוּתִי וַאֲסָרוּהָ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס ר"ג בְּנוֹ שֶׁל ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא שֶׁהָיָה אַחֲרוֹן וְכֵן מַשְׁמַע קְצָת דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ ר"ג וּבֵית דִּינוֹ כר"מ ס"ל דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא מַשְׁמַע שֶׁהוּא ר"ג אַחֲרוֹן שֶׁהָיָה אַחַר ר"מ וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּא"כ הָוְיָא לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי בְּהֶדְיָא ר"ג בְּנוֹ שֶׁל ר"י הַנָּשִׂיא כְּדִתְנַן בְּמַס' אָבוֹת (פ"ב מ"ב) ר"ג בְּנוֹ שֶׁל ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר יָפֶה תַּלְמוּד תּוֹרָה עִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ וְעוֹד תֵּימַהּ דְּגָזַר ר"מ עַל סְתָם יֵינָם וְלֹא גָּזַר עַל שְׁחִיטָה דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל אִם הוּא ר"ג דְּיַבְנֶה נִיחָא וְהָא דְּקָאָמַר כר"מ סְבִירָא לְהוּ מִשּׁוּם דר"מ ס"ל הָכִי בְּהֶדְיָא אֲבָל קָשֶׁה דְּא"כ סָבַר ר"ג דְּיַבְנֶה דְּכוּתִים גֵּרֵי אֱמֶת הֵן כֵּיוָן דִּשְׁחִיטָתָן הָוְיָא שָׁרְיָא קֹודֶם גְּזֵירָה וּבְרֵישׁ הֲדַר (עֵירוּבִין סא.) תְּנַן הֲדַר עִם הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אוֹ עִם מִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בָעֵירוּב ה"ז אָסוּר פֵּירוּשׁ אֵינוֹ מוֹדֶה בְּעֵירוּב הַייְנוּ כּוּתִי כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין לא:) ר"א ב"ר יַעֲקֹב אוֹמֵר עַד שֶׁיִּהְיוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים אוֹסְרִים זֶה עַל זֶה ר"ג אוֹמֵר צָדוֹקִי אֵינוֹ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל כּוּתִי הָוֵי כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּקָסָבַר כּוּתִים גֵּרֵי אֲרָיוֹת הֵן מִיהוּ ע"כ א"א לוֹמַר כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּהָא ר"ג דְּיַבְנֶה אִית לֵיהּ בְּהֶדְיָא בפ"ק דְּגִיטִּין (דַּף י.) דְּגֵרֵי אֱמֶת הֵן שֶׁהִכְשִׁיר גֵּט שֶׁעֵדָיו עֵדֵי כּוּתִים וְהָיִינוּ יְכוֹלִין לְפָרֵשׁ אֲבָל כּוּתִי הָוֵי כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ מוֹדֶה בְּעֵירוּב דְּהַייְנוּ נָמֵי טַעְמָא דת"ק דְּאָסַר שֶׁהוּא ר"מ כִּדְמוֹכַח הָתָם בַּגְּמָרָא ור"מ אִית לֵיהּ הָתָם (בִּבְכוֹרוֹת) דְּכוּתִים גֵּרֵי אֱמֶת הֵן אֲבָל קָשֶׁה כֵּיוָן דלכ"ע כּוּתִי אוֹסֵר אע"ג דְּגֵרֵי אֱמֶת הֵן א"כ מַה בָּאוּ לְחַדֵּשׁ ר' אַמִּי וְר' אַסִּי שֶׁעֲשָׂאוּם עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים גְּמוּרֵין לְבַטֵּל רְשׁוּת וְלִיתֵּן רְשׁוּת הָא מֵעִיקָּרָא נָמֵי הָכִי הֲוָה לכ"ע אֶלָּא י"ל דלר"ג כּוּתִי נָמֵי אֵינוֹ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְנַן צָדוֹקִי אֵינוֹ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וה"ה לְכוּתִים דְּגֵרֵי אֱמֶת הֵן וְהָיוּ סִבּוּרִין דְּגֵרֵי אֱמֶת הֵן כר"ג עַד שֶׁעֲשָׂאוּם רַבִּי אַמִּי וְר' אַסִּי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים גְּמוּרֵין אע"ג דְּרַבִּי יוֹחָנָן פָּסַק כַּר' אֱלִיעֶזֶר בַּר' יַעֲקֹב וְר' אֱלִיעֶזֶר בַּר' יַעֲקֹב לָא פְּלִיג את"ק שֶׁאוֹסֵר כּוּתִי ר' יוֹחָנָן לֹא בָּא לִפְסֹוק כְּמוֹתוֹ אֶלָּא בְּמַה שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיְּהוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים אוֹסְרִים זֶה עַל זֶה:
'Rabban Gamliel et son tribunal furent comptés sur l'abattage du Kouti et l'interdirent' — Rachi (le Kountras) a expliqué : Rabban Gamliel fils de Rabbi Yehouda ha-Nassi, le dernier ; et cela ressort un peu de ce qu'on dit plus loin 'Rabban Gamliel et son tribunal tiennent comme Rabbi Meir, qui craint la minorité', ce qui suggère le dernier Rabban Gamliel, postérieur à Rabbi Meir. Toutefois cela fait difficulté : il aurait fallu préciser explicitement 'Rabban Gamliel fils de Rabbi Yehouda ha-Nassi', comme dans les Avot (2:2). De plus, il est étonnant que Rabbi Meir ait décrété sur le 'setam yeinam' et n'ait pas décrété sur l'abattage [du Kouti, qui touche au] de-oraita. Mais si c'est Rabban Gamliel de Yavneh, cela se comprend, et 'ils tiennent comme Rabbi Meir' parce que Rabbi Meir tient ainsi explicitement. Mais alors Rabban Gamliel de Yavneh estimerait que les Koutim sont de vrais convertis (gerei émet), puisque leur abattage était permis avant le décret ; or dans 'Ha-dar' (Erouvin 61a) on a appris 'celui qui habite avec un non-Juif ou avec quelqu'un qui ne reconnaît pas le erouv — c'est interdit' (le 'ne reconnaît pas le erouv' = le Kouti, cf. Erouvin 31b), [et] Rabban Gamliel dit 'un tsedouqi n'est pas comme un non-Juif', et Rachi a expliqué 'mais un Kouti est comme un non-Juif, car il estime que les Koutim sont des convertis-par-crainte-des-lions'. Or il est impossible d'expliquer comme le Kountras, car Rabban Gamliel de Yavneh tient explicitement (Guittin 10a) qu'ils sont de vrais convertis, ayant validé un guet dont les témoins étaient koutim. On peut expliquer 'mais un Kouti est comme un non-Juif' parce qu'il 'ne reconnaît pas le erouv', ce qui est aussi la raison du premier Tana (= Rabbi Meir) qui interdit ; et Rabbi Meir tient (Bekhorot) que les Koutim sont de vrais convertis. Mais cela fait difficulté : puisque, de l'avis de tous, un Kouti rend [le lieu] interdit bien qu'ils soient de vrais convertis, qu'ont innové Rabbi Ami et Rabbi Assi en faisant d'eux des non-Juifs à part entière pour annuler et céder un domaine ? On peut répondre : pour Rabban Gamliel le Kouti non plus n'est pas comme un non-Juif ('un tsedouqi n'est pas comme un non-Juif', de même les Koutim, vrais convertis) ; et l'on tenait qu'ils étaient de vrais convertis, comme Rabban Gamliel, jusqu'à ce que Rabbi Ami et Rabbi Assi en fassent des non-Juifs à part entière — bien que Rabbi Yo'hanan ait tranché comme Rabbi Eliezer ben Yaakov, lequel ne diverge pas du premier Tana qui interdit le Kouti, Rabbi Yo'hanan ne tranchant comme lui que sur le point qu'il faut deux Juifs qui se rendent [le lieu] interdit l'un à l'autre.
💡 Explication

Rabban Gamliel et son tribunal interdirent l'abattage du Kouti (par un vote, après la Michna). R. Zeira : peut-être seulement sans surveillance juive ? R. Yaakov bar Idi (sèchement) : évidemment l'interdit ne porte pas sur ce cas (sans surveillance, c'est trop évident pour mériter une décision) — la décision vise même sous surveillance.

9
קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ אוֹ לָא קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר רַבִּי אַסִּי: אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָכַל מִשְּׁחִיטַת כּוּתִי, אַף רַבִּי אַסִּי אָכַל מִשְּׁחִיטַת כּוּתִי. וְתָהֵי בַּהּ רַבִּי זֵירָא: לָא שְׁמִיעָא לְהוּ, דְּאִי הֲוָה שְׁמִיעָא לְהוּ הֲווֹ מְקַבְּלִי לֵהּ, אוֹ דִּלְמָא שְׁמִיעַ לְהוּ וְלָא קַבְּלוּהָ?

[Rabbi Zeira] l'a-t-il accepté de lui (de Rabbi Yaakov bar Idi) ou non ? Viens entendre : Rav Nahman bar Yitzhak a dit au nom de Rabbi Assi : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger de l'abattage d'un Kouti ; Rabbi Assi aussi mangea de l'abattage d'un Kouti.

Et Rabbi Zeira s'en étonna : [ces Sages] n'en avaient pas eu connaissance — car s'ils en avaient eu connaissance, ils l'auraient accepté — ou bien en avaient-ils eu connaissance mais ne l'avaient pas accepté ?

📜 Rachi (4)
קַבָּלָה מִינֵּיהּ רַבִּי זֵירָא מַר' יַעֲקֹב דַּאֲפִילּוּ כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו אָסוּר אוֹ לֹא קִבְּלָהּ:
L'a-t-il accepté de lui — Rabbi Zeira [a-t-il accepté] de Rabbi Yaakov [l'idée] que même lorsqu'un Juif se tient au-dessus de lui c'est interdit, ou ne l'a-t-il pas accepté ?
אָכַל מִשְּׁחִיטַת כּוּתִי בְּיִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו אוֹ ע"י שֶׁחָתַךְ כַּזַּיִת בָּשָׂר וְנָתַן לוֹ וְאָכַל וְאַף ר' אַסִּי אָכַל:
Mangea de l'abattage d'un Kouti — [le cas où] un Juif se tient au-dessus de lui, ou par le fait qu'il coupa un kazayit de viande, le lui donna et qu'il [le] mangea ; et Rabbi Assi aussi mangea.
וְתָהֵי בַּהּ רַבִּי זֵירָא גָּרְסִינַן מַתְמִיהַּ עֲלֵיהֶן שֶׁאֲכָלוּהָ וּמִבַּעְיָא לֵיהּ בְּלִבֵּיהּ הָכִי:
'Va-tehi ba Rabbi Zeira' (et Rabbi Zeira s'en étonna) — c'est ainsi qu'on lit : il s'étonne à leur sujet, qu'ils en aient mangé, et il se demande en son cœur ceci.
לָא שְׁמִיעַ לְהוּ הָא דְּנִמְנוּ ר"ג דְּאִי שְׁמִיעַ לְהוּ הֲווֹ מְקַבְּלִי אוֹ דִּלְמָא שֹׁמֵיעַ וְלֹא קִבְּלוּהָ:
N'en avaient pas eu connaissance — [à savoir] que Rabban Gamliel [et son tribunal] avaient voté ; car s'ils en avaient eu connaissance ils l'auraient accepté ; ou bien en avaient-ils eu connaissance sans l'accepter ?
💡 Explication

R. Zeira accepta-t-il la réponse ? Preuve : R. Yo'hanan et R. Assi mangèrent de l'abattage d'un Kouti. R. Zeira s'interroge : ignoraient-ils la décision de Rabban Gamliel (sinon ils l'auraient suivie), ou la connaissaient-ils sans l'accepter ?

10
הֲדַר פְּשִׁיט לְנַפְשֵׁיהּ: מִסְתַּבְּרָא דִּשְׁמִיעַ לְהוּ וְלָא קַבְּלוּהָ, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ לָא שְׁמִיעַ לְהוּ, וְאִי הֲוָה שְׁמִיעַ לְהוּ הֲווֹ מְקַבְּלִי לֵהּ, הֵיכִי מִסְתַּיְּיעָא מִילְּתָא לְמֵיכַל אִיסּוּרָא? הַשְׁתָּא בְּהֶמְתָּן שֶׁל צַדִּיקִים אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מֵבִיא תַּקָּלָה עַל יָדָן, צַדִּיקִים עַצְמָן לֹא כָּל שֶׁכֵּן!

Puis il trancha pour lui-même : il est logique qu'ils en aient eu connaissance et ne l'aient pas accepté. Car si tu pensais qu'ils n'en avaient pas eu connaissance, mais que, l'ayant eue, ils l'auraient accepté — comment la chose se serait-elle arrangée pour [qu'ils en viennent à] manger de l'interdit ?!

Or : si, [même] par les bêtes des justes, le Saint béni soit-Il ne fait pas survenir de faute par leur intermédiaire, les justes eux-mêmes, à plus forte raison !

📜 Rachi (5)
וַהֲדַר פְּשִׁיט ר' זֵירָא לְנַפְשֵׁיהּ:
Puis il trancha — Rabbi Zeira, pour lui-même.
מִסְתַּבְּרָא שְׁמִיעַ לְהוּ וְלָא קַבְּלוּהָ דְּאִי ס"ד לָא שְׁמִיעַ לְהוּ וְאִי שְׁמִיעַ לְהוּ הֲווֹ מְקַבְּלִי לֵהּ:
Il est logique qu'ils en aient eu connaissance et ne l'aient pas accepté — car si tu pensais qu'ils ne l'avaient pas entendu, mais que, l'ayant entendu, ils l'auraient accepté...
הֵיכִי מִסְתַּיֵּיעַ מִילְּתָא לְמֵיכַל כו' הֵיאַךְ יִגְרֹום שׁוּם שָׂטָן לִפְנֵי צַדִּיקִים ע"י שׁוֹגֵג שׁוּם דָּבָר עָוֹן:
Comment la chose se serait-elle arrangée pour [qu'ils] mangent, etc. — comment un quelconque accusateur (satan) causerait-il devant des justes, par inadvertance, la moindre faute ?
הַשְׁתָּא בְּהֶמְתָּן שֶׁל צַדִּיקִים חַמְרָא דָּר' פִּנְחָס בֶּן יָאִיר לְקַמָּן:
Or [même] les bêtes des justes — [l'ânesse de] Rabbi Pinhas ben Yair, plus loin [la Guemara raconte qu'elle refusa de l'orge non dîme].
אֵין הקב"ה מֵבִיא תַּקָּלָה עַל יָדָן שֶׁתֹּאכַל הַבְּהֵמָה דָּבָר הָאָסוּר לָהּ:
Le Saint béni soit-Il ne fait pas survenir de faute par leur intermédiaire — [au point] que la bête [d'un juste] mange une chose qui lui est interdite.
🗂️ Tossefot (1)
צַדִּיקִים עַצְמָן לֹא כ"ש תֵּימַהּ דְּהָא אַשְׁכְּחַן יְהוּדָה בֶּן טַבַּאי שֶׁהָרַג עֵד זוֹמֵם בפ"ק דְּמַכּוֹת (דַּף ה:) וְר' יִשְׁמָעֵאל שֶׁקָּרָא וְהִטָּה בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יב:) ואור"י דְּדַוְקָא בְּמִידִי דַּאֲכִילָה אֵין הקב"ה מֵבִיא תַּקָּלָה עַל יָדָן שֶׁגְּנַאי הוּא לַצַּדִּיק שֶׁאוֹכֵל דְּבַר אִיסּוּר וְלִסְפָרִים דְּגָרְסִי (בפ"ק) דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כֹּח:) גַּבֵּי הֶעֱלָה עֶבֶד לִכְהֻונָּה עַל פִּיו הַשְׁתָּא בְּהֶמְתָּן שֶׁל צַדִּיקִים כּוּ' מִשּׁוּם דְּאָתֵי לִידֵי אֲכִילַת אִיסּוּר שֶׁמַּאֲכִיל בַּת יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּשֵּׂאת לוֹ בִּתְרוּמָה וְהוּא עֶבֶד וְאֵין לוֹ בָּהּ קִדּוּשִׁין וּמִיהוּ בְּרוֹב סְפָרִים לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ וְהַיְינוּ מִשּׁוּם דְּלֵיכָּא לְמִפְרַךְ אֶלָּא כְּשֶׁהַצַּדִּיק עַצְמוֹ אוֹכֵל הָאִיסּוּר ובר"ה (דַּף כא.) דְּאָמַר כַּמָּה בְּסִים תַּבְשִׁילָא דְּבַבְלָאֵי בְּצוֹמָא רַבָּא דְּמַעֲרָבָא וּבְעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קו:) ר' יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אִיקְּלַע לְבֵי רַב אַסִּי וְאִשְׁתְּלִי וְטָעַם קֹודֶם הַבְדָּלָה אע"ג דְּמִיתָתוֹ בְּאַסְכָּרָה הָתָם אֲכִילַת הַיֶּתֶר הוּא אֶלָּא שֶׁאוֹכֵל בְּשָׁעָה הָאֲסוּרָה וּבִבְרֵאשִׁית רַבָּה גָּרַס ר' יִרְמְיָה דְּשַׁדַּר לֵר' זֵירָא כַּלְכָּלָה דְּפֵירֵי בֵּין דִּין לְדִין אִתְאֲכִיל פֵּירֵי בְּטִבְלַיְיהוּ וּמִיהוּ הַהוּא עֻובְדָּא אִיתָא בְּמַסֶּכְתָּא שְׁקָלִים (דַּף ח.) וְקָאָמַר עֲלָהּ ר' זֵירָא אִם הָרִאשׁוֹנִים כְּמַלְאָכִים אָנוּ כְּבָר אִינָשׁ וְאִם הָרִאשׁוֹנִים כִּבְנֵי אִינָשׁ אָנוּ כַּחֲמוֹרִים וְלֹא כַּחֲמוֹרוֹ דָּר' פִּנְחָס בֶּן יָאִיר: [ע"ע תּוֹס' שַׁבָּת דַּף יב: ד"ה רַבִּי נָתָן וְתוֹסְפוֹת פְּסָחִים קו: ד"ה אִישְׁתְּלִי וְתוֹסְפוֹת יְבָמוֹת צט: ד"ה ס"ד וְתוֹסְפוֹת גִּיטִּין ז. ד"ה הַשְׁתָּא]:
'Les justes eux-mêmes, à plus forte raison' — c'est étonnant, car nous trouvons Yehouda ben Tabaï qui mit à mort un témoin de complot (ed zomem) [à tort] (Makkot 5b), et Rabbi Yichmael qui lut et inclina [une lampe le Chabbat] (Chabbat 12b) ! Ri a dit : c'est précisément en matière de NOURRITURE que Dieu ne fait pas survenir de faute par leur intermédiaire, car il est déshonorant pour un juste de manger une chose interdite. Et selon les livres qui lisent, au premier chapitre de Ketoubot (28b), à propos de 'celui qui éleva un esclave à la prêtrise sur sa parole', '[la formule] or les bêtes des justes, etc.' — c'est parce qu'on en viendrait à manger de l'interdit (l'esclave faisant manger de la teroumah à une fille d'Israël qui l'a épouse, alors qu'il est esclave et qu'il n'y a pas de mariage valable avec lui) ; toutefois la plupart des livres ne lisent pas [ce passage], car on n'objecte que lorsque le juste lui-même mange l'interdit. Et dans Roch ha-Chana (21a), 'comme était savoureux le plat des Babyloniens lors du grand jeûne de [Terre d']Israël', et dans 'Arvei Pessahim' (Pessahim 106b) 'Rabbi Yirmeya bar Abba se trouva chez Rav Assi et oublia et goûta avant la havdala' — bien que sa mort [survînt] par le croup, là c'est de la nourriture permise, seulement [mangée] à une heure interdite. Et dans Bereshit Rabba on lit que Rabbi Yirmeya envoya à Rabbi Zeira une corbeille de fruits, et qu'entre l'un et l'autre les fruits furent mangés dans leur état de tevel (non dîmes) ; toutefois ce récit figure au traité Chekalim (8a), où Rabbi Zeira dit à son sujet : 'si les premiers étaient comme des anges, nous sommes comme des hommes ; et si les premiers étaient comme des hommes, nous sommes comme des ânes — et même pas comme l'ânesse de Rabbi Pinhas ben Yair'.
💡 Explication

R. Zeira tranche : ils connaissaient et n'ont pas accepté la décision. Car s'ils l'avaient ignorée tout en étant prêts à l'accepter, comment Dieu les aurait-il laissés manger de l'interdit ? Principe : si Dieu n'amène pas de faute même par les bêtes des justes, à plus forte raison pas par les justes eux-mêmes.

🖼️ Schéma
Dieu ne fait pas trébucher les justes (R. Zeira tranche) Même les BÊTES des justes : Dieu ne leur fait pas manger d'interdit (l'ânesse de Rabbi Pinhas ben Yair) -> les JUSTES eux-mêmes, à plus forte raison Donc R. Yo'hanan et R. Assi CONNAISSAIENT l'interdit de Rabban Gamliel et ne l'ont pas accepté (sinon Dieu ne les aurait pas laissés manger)
Le kal va-homer de Rabbi Zeira.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).