Chullin 6a — pourquoi le décret contre les Koutim, leur statut de non-Juifs, et le mélange de demai

Chullin 6a

Sougya : La Guemara conclut que Rabbi Zeira a accepté que l'interdit de Rabban Gamliel vaut même sous surveillance. Elle explique l'origine du décret : un vieillard mit en garde Rabbi Chimon ben Elazar (envoyé chez les Koutim) par le verset 'mets un couteau à ta gorge', et Rabbi Meir décréta — car on avait trouvé une image de colombe idolâtre au mont Garizim, et Rabbi Meir tient compte de la minorité.

Plus tard, Rabbi Ami et Rabbi Assi firent des Koutim des non-Juifs à part entière (pour le eruv : il faut louer leur domaine). La sougya revient ensuite au thème 'Dieu ne fait pas trébucher les justes' : à l'auberge, Rav Assi mangea des œufs cuits dans du vin (demai) et Rabbi Zeira s'abstint ; Rabbi Zeira en déduit, par enquête, qu'on n'a pas décrété sur un mélange de demai — le mélange lui-même étant permis —, sauf le levain et les épices (qui donnent du goût, ta'ma lo batil) et le cas de la belle-mère (soupçonnée de substituer pour le bien de sa fille).

Les décrets contre les Koutim : trois étapes 1. Rabbi Meir sur le VIN image de colombe au mont Garizim ; il craint la minorité 2. Rabban Gamliel et son tribunal sur l'ABATTAGE (comme Rabbi Meir) 3. R. Ami et R. Assi non-Juifs À PART ENTIÈRE eruv : il faut LOUER leur domaine (bitul reshut exclu) Les deux premiers décrets ne furent pas acceptés du public ; le troisième le fut (à la génération de R. Ami, on pouvait se séparer des Koutim).
La chronologie des décrets contre les Koutim (segments 1-7).
1
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּיךְ לָא קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ, לִישַׁנֵּי לֵיהּ: כָּאן כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו, כָּאן כְּשֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו? אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ, שְׁמַע מִינָּה.

Et si tu pensais qu'il [Rabbi Zeira] ne l'avait pas accepté de lui, qu'il [se] résolve [la difficulté] ainsi : ici [Rabbi Yo'hanan a mangé] lorsqu'un Juif se tient au-dessus de lui, là [Rabban Gamliel a interdit] lorsqu'un Juif ne se tient pas au-dessus de lui ! Plutôt, n'en conclus-tu pas qu'il l'a accepté de lui ?

Conclus-en [que oui].

📜 Rachi (2)
וְאִי ס"ד לֹא קִבְּלָהּ רַבִּי זֵירָא מֵרַבִּי יַעֲקֹב דר"ג לְגַמְרֵי אָסַר מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ:
Et si tu pensais qu'il ne l'avait pas accepté — [à savoir] Rabbi Zeira [n'aurait pas accepté] de Rabbi Yaakov que Rabban Gamliel a totalement interdit, qu'est-ce qui lui ferait alors difficulté [dans le fait que R. Yo'hanan ait mangé] ?
לִישַׁנֵּי לֵיהּ לְנַפְשֵׁיהּ כִּי אָסַר ר"ג כְּשֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו דְּלֵית לֵיהּ לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול וְכִי אָכַל רַבִּי יוֹחָנָן כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו:
Qu'il [se] résolve [la difficulté] — pour lui-même : quand Rabban Gamliel a interdit, [c'était] lorsqu'un Juif ne se tient pas au-dessus de lui (le Kouti n'ayant pas 'devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle') ; et quand Rabbi Yo'hanan a mangé, [c'était] sous surveillance.
💡 Explication

Conclusion (suite de 5b) : si R. Zeira n'avait pas accepté que l'interdit de Rabban Gamliel vaut même sous surveillance, il aurait résolu autrement (R. Yo'hanan = sous surveillance ; l'interdit = sans surveillance). Puisqu'il ne l'a pas fait, c'est qu'il a accepté la réponse de R. Yaakov bar Idi.

2
וּמַאי טַעְמָא גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן? כִּי הָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר, שַׁדְּרֵיהּ רַבִּי מֵאִיר לְאֵתוֹיֵי חַמְרָא מִבֵּי כוּתָאֵי, אַשִּׁכְחֵיהּ הַהוּא סָבָא, אֲמַר לֵיהּ: ״וְשַׂמְתָּ סַכִּין בְּלֹעֶךָ אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה״, הָלַךְ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְסִפֵּר דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי מֵאִיר, וְגָזַר עֲלֵיהֶן.

Et pour quelle raison les Sages ont-ils décrété à leur sujet ? Comme dans ce [cas] de Rabbi Chimon ben Elazar, que Rabbi Meir envoya rapporter du vin de chez les Koutim : un certain vieillard le trouva et lui dit : 'et tu mettras un couteau à ta gorge si tu es un homme d'appétit' (Prov 23:2).

Rabbi Chimon ben Elazar alla rapporter ces propos à Rabbi Meir, et [celui-ci] décréta à leur sujet.

📜 Rachi (3)
וְשַׂמְתָּ סַכִּין בְּלוֹעָךְ פָּסוּק הוּא בְּסֵפֶר מִשְׁלֵי:
'Et tu mettras un couteau à ta gorge' — c'est un verset du livre des Proverbes.
אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה אִם אָדָם כָּשֵׁר אַתָּה כִּדְאָמַר בִּפְסָחִים (דַּף מ.) בַּעַל נֶפֶשׁ לֹא יִלְתֹּות אָדָם כָּשֵׁר:
Si tu es un homme d'appétit (baal nefech) — si tu es un homme intègre, comme on dit dans Pessahim (40a) 'un baal nefech ne fait pas tremper [le blé]' (un homme scrupuleux).
בְּלוֹעָךְ בְּלֵחַייִךְ. כְּלוֹמַר הִתְחַזֵּק עַל יִצְרְךָ וְלֹא תַּעֲשֶׂה זֹאת:
À ta gorge (be-loécha) — à ta mâchoire ; c'est-à-dire : domine ton penchant et ne fais pas cela.
🗂️ Tossefot (1)
אַשִּׁכְחֵיהּ הַהוּא סָבָא י"מ דְּכָל מָקוֹם שֶׁהוּא מַזְכִּיר הַהוּא סָבָא הוּא אֵלִיָּהוּ וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) בְּעֻובְדָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי:
Un certain vieillard le trouva — certains expliquent que partout où [le Talmud] mentionne 'un certain vieillard' (ha-hou sava), c'est Élie ; mais il est impossible de le dire au chapitre 'Ba-meh madlikin' (Chabbat 34a), dans le récit de Rabbi Chimon bar Yohai.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָלַךְ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְסִפֵּר דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי מֵאִיר (מִשְׁלֵי כג, ב) . פֵּירוּשׁ לֹא אָמַר לוֹ 'לֹא אֵלֵךְ' אֶלָּא סֵפֶר כָּךְ אָמַר לִי הַסָּבָא שֶׁרָאוּי לַעֲשׂוֹת חוּמְרָא כָּזֹאת דְּהָא אָמַר אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה וְרַבִּי מֵאִיר גָּזַר לֶאֱסֹור מִדִּינָא וְשָׁאַל תַּלְמוּדָא מַאי טַעְמָא אָסַר מִדִּינָא? וְתֵרֵץ דִּמְצָאוֹ כְּבָר בְּמוּעָט עֲבוֹדָה זָרָה בְּהַר גְּרִיזִים וּלְפִי סְבָרַת רַבִּי מֵאִיר דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא צָרִיךְ לֶאֱסֹור מִדִּינָא אַךְ בֶּאֱמֶת נִתְעוֹרֵר בָּזֶה מִכֹּחַ דִּבְרֵי הַסָּבָא.
« Rabbi Chimon ben Elazar alla rapporter ces propos à Rabbi Meir » (Prov 23:2). Explication : il ne lui dit pas 'je n'irai pas', mais il [lui] rapporta : 'ainsi m'a dit le vieillard, qu'il convient de faire une stringence pareille, puisqu'il a dit (Prov 23:2) si tu es un homme d'appétit (baal nefech)'. Et Rabbi Meir décréta d'interdire d'après la loi stricte (mi-dina). Et le Talmud demande : pour quelle raison a-t-il interdit d'après la loi ? Et il répond : car il s'était déjà trouvé, chez une minorité [d'entre eux], de l'idolâtrie (avoda zara) au mont Garizim ; et selon le raisonnement de Rabbi Meir, qui tient compte de la minorité, il faut interdire d'après la loi. Mais en vérité, c'est par la force des paroles du vieillard qu'il fut éveillé à cela.
💡 Explication

Pourquoi le décret ? Un vieillard mit en garde R. Chimon ben Elazar (envoyé chercher du vin chez les Koutim) par le verset 'mets un couteau à ta gorge...' (Prov 23:2) — avertissement de s'en méfier. R. Meir décréta alors contre eux.

3
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: דְּמוּת יוֹנָה מָצְאוּ לָהֶן בְּרֹאשׁ הַר גְּרִיזִים, שֶׁהָיוּ עוֹבְדִין אוֹתָהּ. וְרַבִּי מֵאִיר לְטַעְמֵיהּ, דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא, וְגָזַר רֻובָּא אַטּוּ מִיעוּטָא. וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ נָמֵי כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לְהוּ.

Quelle [en est] la raison ? Rav Nahman bar Yitzhak dit : ils trouvèrent chez eux une image de colombe au sommet du mont Garizim, qu'ils adoraient.

Et Rabbi Meir [agit] selon son principe, qui craint la minorité, et il décréta [sur] la majorité à cause de la minorité. Et Rabban Gamliel et son tribunal tiennent eux aussi comme Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
מָצְאוּ לָהֶן אוֹתָם הַיּוֹשְׁבִים בְּהַר גְּרִיזִים וְנַעֲשׂוּ מוּמָרִים לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. ואע"ג דְּרֹוב כּוּתִים לָאו מֵהַר גְּרִיזִים הָיוּ רַבִּי מֵאִיר לְטַעְמֵיהּ דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא בִּיבָמוֹת (דַּף סא:) קָטָן וּקְטַנָּה לֹא חוֹלְצִין וְלֹא מְיַבְּמִין דִּבְרֵי ר"מ אָמְרוּ לוֹ לר"מ יָפֶה אָמַרְתָּ לֹא חוֹלְצִין אִישׁ כְּתִיב בַּפָּרָשָׁה מִפְּנֵי מַה לֹא מְיַבְּמִין אָמַר לָהֶן קָטָן שֶׁמָּא יִמָּצֵא סָרִיס קְטַנָּה שֶׁמָּא תִּמָּצֵא אַיְילוֹנִית וְנִמְצְאוּ פּוֹגְעִים בְּעֶרְוָה וְלֹא אָמַר רֹוב קְטַנִּים אֵינָם סָרִיסִים:
Ils trouvèrent chez eux — ceux qui habitaient le mont Garizim, et [ces derniers] devinrent apostats à l'idolâtrie. Et bien que la majorité des Koutim ne fussent pas du mont Garizim, Rabbi Meir [agit] selon son principe, qui craint la minorité : dans Yevamot (61b) — 'un mineur et une mineure ne font ni halitsa ni yiboum, paroles de Rabbi Meir ; on lui dit : tu as bien dit qu'ils ne font pas halitsa (car 'ich', un homme, est écrit dans la section), mais pourquoi ne font-ils pas yiboum ? Il leur dit : un mineur, peut-être se révélera-t-il eunuque (saris) ; une mineure, peut-être aylonit, et ils se trouveraient toucher à une ervah' — et il ne dit pas 'la majorité des mineurs ne sont pas eunuques'.
🗂️ Tossefot (1)
בְּרֹאשׁ הַר גְּרִיזִים בַּמִּדְרָשׁ יֵשׁ שֶׁהִיא עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁהִטְמִין יַעֲקֹב תַּחַת הָאֵלָה בָּהָר בִּשְׁכֶם (בְּרֵאשִׁית לה):
Au sommet du mont Garizim — dans le Midrach, [il est dit] que c'est l'idole que Yaakov enfouit sous le térébinthe près de Sichem (Gen 35).
💡 Explication

Raison de la méfiance : on trouva une image de colombe idolâtre au sommet du mont Garizim, que [certains] Koutim adoraient. R. Meir, fidèle à son principe de tenir compte de la minorité, décréta sur la majorité à cause de cette minorité — et Rabban Gamliel suit R. Meir.

🖼️ Schéma
Les décrets contre les Koutim : trois étapes 1. Rabbi Meir sur le VIN image de colombe au mont Garizim ; il craint la minorité 2. Rabban Gamliel et son tribunal sur l'ABATTAGE (comme Rabbi Meir) 3. R. Ami et R. Assi non-Juifs À PART ENTIÈRE eruv : il faut LOUER leur domaine (bitul reshut exclu) Les deux premiers décrets ne furent pas acceptés du public ; le troisième le fut (à la génération de R. Ami, on pouvait se séparer des Koutim).
Les trois étapes des décrets.
4
פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּמַאי כְּתִיב? בְּתַלְמִיד הַיּוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ, דְּתָנֵי רַבִּי חַיָּיא: ״כִּי תֵשֵׁב לִלְחוֹם אֶת מוֹשֵׁל בִּין תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ וְשַׂמְתָּ סַכִּין בְּלֹעֶךָ אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה״.

Le sens simple (pchatei) du verset, à propos de quoi est-il écrit ? À propos d'un élève assis devant son maître, car Rabbi Hiyya enseigne : 'quand tu t'assieds pour manger avec un gouverneur (mochel), considère bien (bin tavin) celui qui est devant toi, et tu mettras un couteau à ta gorge si tu es un homme d'appétit' (Prov 23:1-2).

📜 Rachi (1)
אֶת מוֹשֵׁל גָּדוֹל בַּתּוֹרָה:
Avec un gouverneur (mochel) — un grand en Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּמַאי כְּתִיב? בְּתַלְמִיד הַיּוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ. מַקְשִׁים אַמַּאי לָא נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ פְּשָׁטֵיהּ כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַסָּבָא לְעִנְיַן מַעֲשֶׂה הָאָסוּר מִשּׁוּם חוּמְרָא וְלָאו מִדִּינָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אִם יְפָרֵשׁ כָּךְ קַשָּׁא אֵיךְ יַעֲבֹור שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל דְּבָרָיו וְלֹא נִמְנַע מִלִּשְׁתּוֹת יַיִן הַרְבֵּה בְּחִיתּוּן בַּת פַּרְעֹה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִיחַשׁ לְקַלְקְלָהּ וּכְמוֹ שֶׁהָיָה אַחַר כָּךְ שֶׁבַּעֲבוּר שְׁתִיָּיתוֹ בְּיַיִן הוֹכִיחַתּוּ? לְכָךְ פֵּירֵשׁ פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּתַלְמִיד הַיּוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ דְּאַייְרֵי בְּעִנְיַן תַּלְמוּד תּוֹרָה. וּבָזֶה יוּבַן שַׁפִּיר דִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁכָּתַב 'וְשַׂמְתָּ שַׂכִּין' פָּסוּק הוּא בְּסֵפֶר מִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כג, ב) וְקַשָּׁא מַה בָּא לְלַמְּדֵנוּ, וְאֵין דַּרְכּוֹ לְצַיֵּין עַל הַפְּסוּקִים? וּבָזֶה נִיחָא שֶׁבָּא לִרְמֹוז לָנוּ הַטַּעַם שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא עַל דֶּרֶךְ שֶׁפֵּירֵשׁ הַסָּבָא לָזֶה אָמַר 'פָּסוּק הוּא בְּמִשְׁלֵי' שֶׁיָּסְדוּ שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה וְאֵיךְ יַעֲבֹור עַל דִּבְרֵי עַצְמוֹ.
« Le sens simple (pchatei) du verset, à propos de quoi est-il écrit ? À propos d'un élève assis devant son maître. » On soulève la difficulté : pourquoi ne lui a-t-il pas convenu d'expliquer le sens simple comme l'a dit le vieillard, à savoir un acte interdit au titre d'une stringence (houmra) et non d'après la loi ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il l'expliquait ainsi, il y aurait une difficulté : comment le roi Salomon — sur lui la paix — transgresserait-il ses propres paroles et ne s'abstiendrait-il pas de boire beaucoup de vin lors de son union avec la fille de Pharaon, alors qu'il aurait dû craindre [qu'elle] le corrompe — comme [ce fut] le cas par la suite, puisque c'est à cause de son ivresse [de vin] qu'elle le réprimanda ? C'est pourquoi il a expliqué le sens simple du verset [comme parlant] d'un élève assis devant son maître, traitant ainsi de l'étude de la Torah (talmud Torah). Et par là se comprennent bien les paroles de Rachi — de mémoire bénie — qui écrit sur 've-samta sakin' (et tu mettras un couteau) : 'c'est un verset du livre des Proverbes' (Prov 23:2). Or il y a une difficulté : que vient-il nous enseigner, puisque ce n'est pas son habitude d'indiquer [la source des] versets ? Par là, [cela] s'éclaire : il vient nous faire allusion à la raison pour laquelle [le Talmud] n'a pas expliqué le sens simple du verset à la manière dont l'a expliqué le vieillard. Pour cela il dit 'c'est un verset des Proverbes', que le roi Salomon — sur lui la paix — a institué [rédigé] : et comment transgresserait-il ses propres paroles ?
💡 Explication

Le sens littéral du verset (Prov 23:1-2) concerne l'élève devant son maître : 'considère bien celui qui est devant toi...' — comment se comporter en posant des questions.

5
אִם יוֹדֵעַ תַּלְמִיד בְּרַבּוֹ שֶׁיּוֹדֵעַ לְהַחֲזִיר לוֹ טַעַם – ״בֵּין״, וְאִם לָאו – ״תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ וְשַׂמְתָּ סַכִּין בְּלֹעֶךָ״, ״אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה״ – פָּרוּשׁ הֵימֶנּוּ.

Si l'élève sait de son maître qu'il sait lui répondre par un raisonnement (taam) — '[demande,] bin' ; et sinon — 'tavin (comprends) ce qui est devant toi [de toi-même], et mets un couteau à ta gorge' ; 'si tu es un homme d'appétit' — écarte-toi de lui.

📜 Rachi (4)
אִם יוֹדֵעַ בְּרַבּוֹ שֶׁאִם יִשְׁאָלֶנּוּ יָשִׁיב לוֹ טַעַם:
Si [l'élève] sait de son maître — que s'il l'interroge, [le maître] lui répondra par un raisonnement.
בֵּין שָׁאַל:
Bin — interroge.
וְאִם לָאו תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ מֵעַצְמְךָ וְאַל תִּשְׁאַל וּתְבַייְּשֶׁנּוּ וְשַׂמְתָּ סַכִּין בְּלוֹעָךְ בָּתְרֵיהּ דְּהַאי קְרָא כְּתִיב כְּלוֹמַר הִתְחַזֵּק עַצְמְךָ וְעָצוּר פִּיךָ מִלִּשְׁאֹול:
Et sinon, 'tavin (comprends) ce qui est devant toi' — de toi-même, et n'interroge pas en l'embarrassant ; 'et tu mettras un couteau à ta gorge' est écrit à la suite, c'est-à-dire : domine-toi et retiens ta bouche d'interroger.
אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה וּמִתַּאֲוַת לִשְׁאוֹל וְלַעֲמֹוד עַל הָעִיקָּר מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ פָּרוּשׁ הֵימֶנּוּ:
Si tu es un homme d'appétit — et que tu brûlés d'interroger et de saisir le fond, quel est ton remède ? Écarte-toi de lui.
🗂️ Tossefot (1)
אִם בַּעַל נֶפֶשׁ אָתָּה פְּרֹושׁ הֵימֶנּוּ דִּבְסֵיפָא דִּקְרָא כְּתִיב וְאַל תְּתָאוּ לְמַטְעַמּוֹתָיו:
Si tu es un homme d'appétit, écarte-toi de lui — car à la fin du verset il est écrit 'et ne convoite pas ses mets'.
💡 Explication

Lecture de R. Hiyya : si l'élève sait que son maître saura répondre, qu'il interroge ('bin') ; sinon, qu'il comprenne seul et 'mette un couteau à sa gorge' (retienne sa question pour ne pas embarrasser le maître) ; et s'il brûle de savoir, qu'il s'éloigne.

6
רַבִּי יִצְחָק בֶּן יוֹסֵף שַׁדְּרֵיהּ רַבִּי אֲבָהוּ לְאֵתוֹיֵי חַמְרָא מִבֵּי כוּתָאֵי, אַשִּׁכְחֵיהּ הַהוּא סָבָא, אֲמַר לֵיהּ: לֵית כָּאן שֹׁומְרֵי תוֹרָה. הָלַךְ רַבִּי יִצְחָק וְסִפֵּר דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי אֲבָהוּ, וְהָלַךְ רַבִּי אֲבָהוּ וְסִפֵּר דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, וְלֹא זָזוּ מִשָּׁם עַד שֶׁעֲשָׂאוּם גּוֹיִם גְּמוּרִין.

Rabbi Abahou envoya Rabbi Yitzhak ben Yossef rapporter du vin de chez les Koutim : un certain vieillard le trouva et lui dit : il n'y a plus ici de gardiens de la Torah. Rabbi Yitzhak alla rapporter ces propos à Rabbi Abahou, et Rabbi Abahou alla rapporter ces propos à Rabbi Ami et Rabbi Assi, et ils ne bougèrent pas de là jusqu'à ce qu'ils en fissent des non-Juifs à part entière.

💡 Explication

Génération suivante : un vieillard avertit que les Koutim ne sont plus 'gardiens de la Torah'. Sur ce rapport, R. Ami et R. Assi les déclarèrent non-Juifs à part entière.

7
לְמַאי? אִי לִשְׁחִיטָה וְיֵין נֶסֶךְ, מֵהָתָם גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן! אִינְהוּ גְּזוּר וְלָא קַבִּלוּ מִינַּייְהוּ, אֲתוֹ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי גְּזַרוּ וְקַבִּלוּ מִינַּייְהוּ.

Pour quoi [faire] ? Si [c'est] pour l'abattage et le vin de libation — on a déjà décrété à leur sujet là-bas !

[Réponse :] eux avaient décrété et on ne l'avait pas accepté d'eux ; Rabbi Ami et Rabbi Assi vinrent décréter et on l'accepta d'eux.

📜 Rachi (2)
מֵהָתָם גָּזְרוּ ר"מ עַל הַיַּיִן וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל אַחֲרָיו עַל הַשְּׁחִיטָה:
On a déjà décrété là-bas — Rabbi Meir sur le vin, et Rabban Gamliel après lui sur l'abattage.
וְקִבְּלוּ מִינַּייְהוּ לֹא שֶׁאֵלּוּ גְּדוֹלִים הֵימֶנּוּ אֶלָּא שֶׁבְּדוֹרוֹ שֶׁל ר"מ לֹא רָצוּ לְקַבֵּל עֲלֵיהֶם לִפְרֹושׁ מִן הַכּוּתִיִּים לְפִי שֶׁהָיוּ רְגִילִים בָּהֶם וּבְדוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי אַמִּי הָיָה אֶפְשָׁר לָהֶם לִפְרֹושׁ:
Et on l'accepta d'eux — non que [R. Ami et R. Assi] fussent plus grands que [Rabbi Meir], mais qu'à la génération de Rabbi Meir on ne voulut pas accepter de se séparer des Koutim, parce qu'on y était habitué, tandis qu'à la génération de Rabbi Ami il leur était possible de se séparer.
💡 Explication

Pour quel domaine ? L'abattage et le vin étaient déjà interdits (R. Meir / Rabban Gamliel). Réponse : ce premier décret n'avait pas été accepté du public ; celui de R. Ami et R. Assi le fut.

8
מַאי גּוֹיִם גְּמוּרֵין? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לְבַטֵּל רְשׁוּת וְלִיתֵּן רְשׁוּת.

Que [signifie] 'non-Juifs à part entière' ? Rav Nahman bar Yitzhak dit : pour annuler un domaine et pour céder un domaine [en matière de eruv].

📜 Rachi (1)
לְבַטֵּל רְשׁוּת אִם דָּר כּוּתִי בַּמָּבוֹי צָרִיךְ לִשְׂכֹּור אֶת רְשׁוּתוֹ וַאֲפִילּוּ נָתַן לָהֶם בְּמַתָּנָה אֵינָהּ מְבֻוטֶּלֶת עַד שֶׁיִּשְׂכֹּור וְהַייְנוּ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים. וְיִשְׂרָאֵל שֶׁשָּׁכַח וְלֹא נָתַן בָּעֵרוּב עִם בְּנֵי הַמָּבוֹי וְהוּא דָּר עִמָּהֶם וְאוֹסֵר עֲלֵיהֶם מְבַטֵּל לָהֶם רְשׁוּתוֹ וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים עַד שֶׁיִּשְׂכֹּור יִשְׂרָאֵל הֵימֶנּוּ וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בְּהָדָר אֶת הָעוֹבֵד כּוֹכְבֵי' (דַּף סט:):
Pour annuler un domaine — si un Kouti habite dans une ruelle [partagée], il faut louer son domaine ; et même s'il [le] leur donne en cadeau, [son domaine] n'est pas annulé jusqu'à ce qu'on [le] loue : c'est [donc] comme un non-Juif. Et un Juif qui a oublié et n'a pas participé au eruv avec les habitants de la ruelle, et qui habite avec eux en leur rendant [le lieu] interdit, peut leur annuler (céder) son domaine [verbalement] ; mais un non-Juif, [pas] jusqu'à ce qu'un Juif le lui loue. La raison est expliquée dans 'Ha-dar' (Erouvin 69b).
💡 Explication

'Non-Juifs à part entière' = pour les lois du eruv (jonction des domaines le Chabbat) : un Kouti, comme un non-Juif, ne peut pas simplement renoncer/céder son domaine — il faut le louer.

9
וְכִדְתַנְיָא: יִשְׂרָאֵל מְשֻׁומָּד מְשַׁמֵּר שַׁבַּתּוֹ בַּשּׁוּק, מְבַטֵּל רְשׁוּת וְנוֹתֵן רְשׁוּת, וְשֶׁאֵינוֹ מְשַׁמֵּר שַׁבַּתּוֹ בַּשּׁוּק, אֵינוֹ מְבַטֵּל רְשׁוּת וְנוֹתֵן רְשׁוּת.

Et comme il est enseigné (braita) : un Juif apostat qui garde son chabbat sur la place publique (ba-chouk) — annule un domaine et cède un domaine ; mais celui qui ne garde pas son chabbat sur la place publique — n'annule pas un domaine et ne cède pas un domaine [il est comme un non-Juif].

📜 Rachi (1)
מְשַׁמֵּר שַׁבַּתּוֹ בַּשּׁוּק בְּפַרְהֶסְיָא אעפ"י שֶׁהוּא מוּמָר לְחַלְּלוֹ בְּצִנְעָה הֲרֵי הוּא כְּיִשְׂרָאֵל וְאִם לֹא עֵירַב עִם שְׁכֵנָיו בֶּחָצֵר אוֹ בַּמָּבוֹי נוֹתֵן לָהֶם רְשׁוּתוֹ וְדַיּוֹ:
Qui garde son chabbat sur la place (ba-chouk) — publiquement (be-farhesya), bien qu'il soit apostat pour le profaner en privé, il est [traité] comme un Juif ; et s'il n'a pas participé au eruv avec ses voisins dans la cour ou la ruelle, il leur cède son domaine [verbalement] et cela suffit.
💡 Explication

Critère : un apostat qui observe publiquement le Chabbat (même s'il transgresse en privé) garde le statut de Juif pour le eruv (il peut céder son domaine) ; celui qui profane publiquement le Chabbat est traité comme un non-Juif.

10
מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ: יִשְׂרָאֵל נוֹתֵן רְשׁוּת וּמְבַטֵּל רְשׁוּת, וּבְגוֹי עַד שֶׁיִּשְׂכֹּור.

Parce qu'on a dit : un Juif cède un domaine et annule un domaine ; mais [pour] un non-Juif — [pas] jusqu'à ce qu'on [le] loue.

💡 Explication

Règle de base : seul un Juif peut céder/renoncer son domaine par la parole ; pour un non-Juif, il faut le louer. Le profanateur public du Chabbat = non-Juif sur ce point.

11
כֵּיצַד? אָמַר לוֹ: ״רְשׁוּתִי קְנוּיָה לְךָ״ ״רְשׁוּתִי מְבֻוטֶּלֶת לְךָ״ – קָנָה, וְאֵינוֹ צָרִיךְ לִזְכּוֹת.

Comment [cela] ? S'il lui a dit : 'mon domaine t'est acquis' [ou] 'mon domaine t'est annulé' — [le voisin] a acquis, et il n'a pas besoin de [formalité d']acquisition (zekhiya).

📜 Rachi (1)
לִזְכּוֹת בְּקִנְיַן חֲלִיפִין:
[Besoin] d'acquérir — par une acquisition d'échange (kinyan halifin).
💡 Explication

Modalité : il suffit de dire 'mon domaine t'est acquis / annulé' — le voisin acquiert sans acte d'acquisition formel (kinyan).

12
רַבִּי זֵירָא וְרַב אַסִּי אִיקְּלַעוּ לְפֻונְדְּקָא דְּיָאֵי, אַיְיתוֹ לְקַמַּייְהוּ בֵּיצִים הַמְצֻומָּקוֹת בְּיַיִן. רַבִּי זֵירָא לָא אֲכַל, וְרַב אַסִּי אָכַל. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַב אַסִּי: וְלָא חָיֵישׁ מָר לְתַעֲרֹובֶת דְּמַאי? אֲמַר לֵיהּ: לָאו אַדַּעְתַּאי.

Rabbi Zeira et Rav Assi se trouvèrent à l'auberge (pundeka) de Yai ; on leur apporta des œufs ratatinés [cuits] dans du vin. Rabbi Zeira ne mangea pas, mais Rav Assi mangea.

Rabbi Zeira dit à Rav Assi : Maître ne craint-il pas le mélange de demai ? Il lui dit : cela ne m'était pas venu à l'esprit.

📜 Rachi (3)
לְפֻונְדְּקָא דְּיָאֵי שֵׁם הָעִיר וְעַמֵּי הָאָרֶץ הָיוּ וַחֲשׁוּדֵין עַל הַדְּמַאי. וּמִשּׁוּם דְּאַייְתִינַן לְעֵיל בְּהֶמְתָן שֶׁל צַדִּיקִים כו' נְקַט וְאָתֵי לְהָנָךְ שְׁמַעְתָּא דְּמַיְירֵי נָמֵי בְּכִי הַאי גַּוְונָא:
À l'auberge de Yai — nom de la ville ; [ses habitants] étaient des am ha-aretz, soupçonnés [de négliger] le demai. Et parce qu'on a apporté plus haut '[même] les bêtes des justes, etc.', [la Guemara] enchaîne sur ces enseignements qui traitent aussi d'un cas semblable.
מְצֻומָּקוֹת צְלוּיוֹת הַרְבֵּה לְשׁוֹן מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ דְּשַׁבָּת (דַּף לז:):
Ratatinés (metzoumakot) — très cuites (rissolées), du terme 'metzametmek ve-yafeh lo' (qui se réduit et lui profite, Chabbat 37b).
בְּיַיִן וְאַחַ"כּ עֵרְבוּם וּטְרָפוּם בְּיַיִן וְאִיכָּא בְּיַיִן מִשּׁוּם דְּמַאי וְהָכָא מִשּׁוּם דְּלֵיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ וע"י תַּעֲרֹובֶת אַייְּתִי לְקַמַּייְהוּ לָא חַשּׁוּ לְמִילְּתָא:
Dans du vin — et ensuite on les mélangea et battit dans du vin ; et il y a, dans le vin, [un problème] de demai ; mais ici, parce qu'il n'est pas [présent] tel quel (be-eineih) et qu'on [l']a apporté devant eux par mélange, on ne s'en est pas soucié.
💡 Explication

Retour au thème : à l'auberge, on sert des œufs cuits dans du vin. R. Zeira s'abstient (crainte que le vin soit du demai — produit douteusement dîme, des am ha-aretz) ; Rav Assi mange, n'y ayant pas pensé.

🖼️ Schéma
Un mélange contenant du demai requiert-il le dîme ? Mélange ordinaire (vin dans les œufs) le mélange lui-même : PERMIS (pas de dîme) Levain / épices (donnent du goût) ta'ma lo batil : REQUIERT le dîme (Rafram) 'Fais-moi le plat des tiens' comme s'il avait mélangé lui-même : REQUIERT Belle-mère on craint qu'elle substitue : dîmer des deux côtés Principe (R. Zeira) : Dieu ne fait pas trébucher les justes -> si Rav Assi a mangé les œufs au vin, c'est qu'on n'a pas décrété sur un tel mélange. La belle-mère fait exception car elle veut le bien de sa fille et a honte devant son gendre.
Le mélange de demai : quand faut-il dîmer ?
13
אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֶפְשָׁר גָּזְרוּ עַל הַתַּעֲרֹובֶת דְּמַאי, וּמִסְתַּיְּיעָא מִילְּתָא דְּרַב אַסִּי לְמֵיכַל אִיסּוּרָא? הַשְׁתָּא בְּהֶמְתָּן שֶׁל צַדִּיקִים אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מֵבִיא תַּקָּלָה עַל יָדָן, צַדִּיקִים עַצְמָן לֹא כָּל שֶׁכֵּן?

Rabbi Zeira [se] dit : est-il possible qu'on ait décrété sur le mélange de demai, et que la chose se soit arrangée pour Rav Assi [de manière] à manger de l'interdit ?! Or : si, [même] par les bêtes des justes, le Saint béni soit-Il ne fait pas survenir de faute par leur intermédiaire, les justes eux-mêmes, à plus forte raison ?!

📜 Rachi (1)
אֶפְשָׁר אִי אִיתָא דְּגָזְרוּ חֲכָמִים עַל תַּעֲרֹובֶת דְּמַאי מִסְתַּיֵּיעַ מִילְּתָא דְּיִגְרֹום עָוֹן שֶׁלֹּא יָשִׂים עַל לִבּוֹ דְּגָזְרוּ עָלָיו וְיִשְׁכַּח הַגְּזֵרָה וְיֹאכַל בְּשׁוֹגֵג:
Est-il possible — [c'est-à-dire] s'il était vrai que les Sages ont décrété sur le mélange de demai, la chose se serait-elle arrangée pour qu'une faute soit causée, [au point] qu'[un juste] ne prenne pas garde qu'on a décrété à ce sujet, oublié le décret et mangé par inadvertance ?
💡 Explication

R. Zeira raisonne : si l'on avait décrété sur le mélange de demai, Dieu n'aurait pas laissé Rav Assi (un juste) en manger. Donc, par le principe 'Dieu ne fait pas trébucher les justes', on n'a sans doute pas décrété sur un tel mélange.

14
נְפַק רַבִּי זֵירָא דַּק וְאַשְׁכַּח, דִּתְנַן: הַלּוֹקֵחַ יַיִן לָתֵת לְתוֹךְ הַמּוּרְייָס אוֹ לְתוֹךְ הָאֲלוּנְתִּית, כַּרְשִׁינִין לַעֲשׂוֹת מֵהֶן טְחִינִין, עֲדָשִׁים לַעֲשׂוֹת מֵהֶן רְסִיסִין – חַיָּיב מִשּׁוּם דְּמַאי, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִשּׁוּם וַדַּאי.

Rabbi Zeira sortit, examina et trouva [un enseignement], car nous avons appris (Tossefta Demai 1:24) : celui qui achète du vin pour [le] mettre dans la saumure (morayes) ou dans l'aloundit, de la vesce (karchinin) pour en faire des 'tehinin', des lentilles pour en faire des 'ressissin' — est tenu [de dîmer] au titre du demai, et à plus forte raison au titre du [tevel] certain (vadai).

📜 Rachi (3)
דָּק וְאַשְׁכַּח דְּלָא גָּזְרוּ:
Examina et trouva — qu'on n'a pas décrété [sur le mélange].
לָתֵת לְתוֹךְ הַמּוּרְיָיס דְּסוֹפוֹ לְאוֹכְלוֹ לְיַיִן זֶה עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת דְּמוּרְייָס וְכֵן לָתֵת לְתוֹךְ אֲלוּנְתִית פוישו"ן שֶׁנּוֹתֵן מַיִם וְיַיִן וְשֶׁמֶן אֲפַרְסְמוֹן כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת עֲבוֹדָה זָרָה (דַּף ל.):
Pour [le] mettre dans la saumure (morayes) — car il finira par consommer ce vin par le mélange de la saumure ; de même 'pour [le] mettre dans l'aloundit' [boisson] : on y met de l'eau, du vin et de l'huile de baume (afarsemon), comme nous disons au traité Avoda Zara (30a).
טְחִינִין מַאֲכָל שֶׁל גְּרִיסִין וְתַבְלִין מְעֹורָבִין בּוֹ וְכֵן רְסִיסִין מֵעֲדָשִׁים אע"פ שֶׁסּוֹף כָּל אֵלּוּ לְעָרֵב הוֹאִיל וּבָאִין לְיָדוֹ שֶׁל חָבֵר מֵעַם הָאָרֶץ בְּעֵינַיְיהוּ שֶׁלֹּא בַּתַּעֲרֹובֶת חַייָּב לְהַפְרִישׁ דְּמַאי אִם סָפֵק הוּא כְּגוֹן שֶׁלְּקָחוֹ מֵעַם הָאָרֶץ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִשּׁוּם וַדַּאי אִם אָמַר לוֹ הַמּוֹכֵר לֹא הִפְרַשְׁתִּי מֵהֶם:
Tehinin — un mets de gruau (grissin) avec des épices mélangées ; de même 'ressissin' de lentilles. Bien que tout cela finisse [par être] en mélange, dès lors que cela parvient à la main du 'haver' depuis un am ha-aretz tel quel (sans mélange), il est tenu de prélever le demai si c'est douteux (par ex. acquis d'un am ha-aretz), et à plus forte raison au titre du certain (si le vendeur lui a dit 'je n'ai pas prélevé').
💡 Explication

R. Zeira enquête et trouve (Tossefta Demai 1:24) : qui achète du vin pour une sauce, ou des légumineuses pour un plat, doit le dîmer comme demai (et à fortiori si certainement non dîme).

15
וְהֵן עַצְמָן מֻותָּרִין, מִפְּנֵי שֶׁהֵן תַּעֲרֹובֶת.

Et eux-mêmes [ces mets] sont permis, parce qu'ils sont un mélange.

📜 Rachi (1)
וְהֵם עַצְמָם הַלּוֹקֵחַ מֵעַם הָאָרֶץ אֶת הָאֳוכָלִין עַצְמָן אֵין צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ דְּמַאי הוֹאִיל וּבַתַּעֲרֹובֶת בָּא לְיָדוֹ:
Et eux-mêmes — celui qui achète d'un am ha-aretz ces aliments mêmes [déjà mélangés] n'a pas besoin de prélever le demai, dès lors qu'ils lui sont parvenus en mélange.
💡 Explication

Mais une fois mélangés, ces mets eux-mêmes sont permis (un seul composant requiert le dîme) — d'où R. Zeira conclut qu'on n'a pas décrété sur le mélange.

16
וְלֹא גָּזְרוּ עַל תַּעֲרֹובֶת דְּמַאי? וְהַתַּנְיָא: הַנּוֹתֵן לִשְׁכֶנְתּוֹ עִיסָּה לֶאֱפוֹת, וּקְדֵירָה לְבַשֵּׁל – אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לִשְׂאוֹר וְתַבְלִין שֶׁבָּהּ, לֹא מִשּׁוּם שְׁבִיעִית וְלֹא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר.

Et n'a-t-on pas décrété sur le mélange de demai ?! Mais il est enseigné (braita) : celui qui donne à sa voisine [am ha-aretz] de la pâte à cuire ou une marmite à cuire — ne se soucie pas du levain (se'or) et des épices (tavlin) qui s'y trouvent, ni au titre de la cheviit ni au titre de la dîme (maaser).

📜 Rachi (3)
לִשְׁכֶנְתּוֹ אֵשֶׁת עַם הָאָרֶץ:
À sa voisine — une femme d'am ha-aretz.
עִיסָּה לֶאֱפוֹת וּמָסַר לָהּ שְׂאוֹר:
De la pâte à cuire — et il lui a confié [aussi] le levain.
וּקְדֵרָה לְבַשֵּׁל וְנָתַן לָהּ הַתַּבְלִין אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא הֶחֱלִיפָה וְנָתְנָה מִשֶּׁלָּהּ שֶׁאֵין מְתֻוקָּן לְפִי שֶׁאֵין חֲשׁוּדִין עַל הַגֶּזֶל:
Et une marmite à cuire — et il lui a donné les épices : il ne craint pas qu'elle ait substitué et mis des siennes (non rectifiées), car [les am ha-aretz] ne sont pas soupçonnés de vol.
🗂️ Tossefot (1)
אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לִשְׂאוֹר וְתַבְלִין שֶׁבָּהּ לֹא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר וְלֹא מִשּׁוּם שְׁבִיעִית מַשְׁמַע דְּתַבְלִין חַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה נ.) תְּנַן כֹּל שֶׁחַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִים וּבְהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (לְקַמָּן חֻולִּין דַּף קיז:) תְּנַן וְהִקִּיפָה מִצְטָרְפִין לְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין וְקָאָמַר בַּגְּמָרָא מַאי קֵיפֶה תַּבְלִין אַלְמָא תַּבְלִין אֵין לָהֶם טֻומְאַת אֳוכָלִין אֶלָּא עַל יְדֵי צֵירוּף אע"ג דְּחַייָּב בְּמַעֲשֵׂר וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִשּׁוּם מַעֲשֵׂר דְּקָאָמַר הָכָא לָא קָאֵי אַתַּבְלִין אֶלָּא אַשְּׂאוֹר וּשְׁבִיעִית קָאֵי אַף אַתַּבְלִין דְּהָא בְּמַאֲכַל בְּהֵמָה נָמֵי נָהֲגָה שְׁבִיעִית:
Il ne se soucie pas du levain et des épices, ni au titre de la dîme ni au titre de la cheviit — cela implique que les épices sont assujetties à la dîme. C'est étonnant, car au chapitre 'Ba siman' (Nidda 50a) nous avons appris 'tout ce qui est assujetti à la dîme contracte l'impureté alimentaire', et dans 'Ha-or ve-ha-rotev' (Houlin 117b) nous avons appris 'et le kipa se joint pour communiquer l'impureté alimentaire', et la Guemara dit 'qu'est-ce que le kipa ? des épices' — preuve que les épices n'ont d'impureté alimentaire que par jonction (tziroup), bien qu'elles soient assujetties à la dîme ! On peut répondre : le 'au titre de la dîme' dit ici ne porte pas sur les épices mais sur le levain ; et la cheviit porte aussi sur les épices, car la cheviit s'applique même à la nourriture du bétail.
💡 Explication

Objection : on n'a pas décrété sur le mélange de demai ? Mais une braita : qui confie pâte+levain (ou marmite+épices) à une voisine am ha-aretz ne craint pas qu'elle ait substitué les siens (non dîmes) — ni pour cheviit ni pour maaser (on ne les soupçonne pas de vol).

17
וְאִם אָמַר לָהּ: ״עֲשִׂי לִי מִשֶּׁלִּיכִי״, חוֹשֵׁשׁ לִשְׂאוֹר וְתַבְלִין שֶׁבָּהּ מִשּׁוּם שְׁבִיעִית וּמִשּׁוּם מַעֲשֵׂר.

Et s'il lui a dit : 'fais-moi [le pain/le plat] des tiens (mi-chelikhi)' — il se soucie du levain et des épices qui s'y trouvent, au titre de la cheviit et au titre de la dîme [même si c'est un mélange].

📜 Rachi (2)
עֲשֵׂה לִי מִשֶּׁלִּיכִי הַשְּׂאוֹר וְהַתְּבָלִין:
Fais-moi [le plat] des tiens — le levain et les épices.
חוֹשֵׁשׁ וְצָרִיךְ לְהַפְרִישׁ עֲלֵיהֶם דְּמַאי ואע"ג דְּתַעֲרֹובֶת הוּא:
Il se soucie — et doit prélever sur eux le demai, bien que ce soit un mélange.
💡 Explication

En revanche, s'il dit 'fais-le avec tes propres levain/épices', il doit dîmer — même si c'est un mélange. (Contradiction apparente avec la conclusion de R. Zeira.)

18
שָׁאנֵי הָתָם, דְּכֵיוָן דְּקָאָמַר לָהּ ״עֲשִׂי לִי מִשֶּׁלִּיכִי״, כְּמַאן דְּעָרֵיב בְּיָדַיִם דְּמֵי. רַפְרָם אָמַר: שָׁאנֵי שְׂאוֹר וְתַבְלִין, דִּלְטַעְמָא עֲבִיד, וְטַעֲמָא לָא בְּטִיל.

C'est différent là-bas : du moment qu'il lui a dit 'fais-moi [le plat] des tiens', c'est comme [s'il avait] mélangé de ses propres mains. Rafram a dit : le levain et les épices sont différents, car ils sont faits pour [donner du] goût (le-taama), et le goût ne s'annule pas (ta'ma lo batil).

📜 Rachi (2)
כֵּיוָן דְּאָמַר לָהּ עֲשִׂי לִי מִשֶּׁלִּיכִי הָוֵי כְּמוֹ שֶׁלְּקָחָן הֵימֶנָּה קֹודֶם תַּעֲרָובְתָּן וְאַחַ"כּ צֵרְפָן דְּהָא ע"פ עָשְׂתָה וְנַעֲשֵׂית שְׁלוּחוֹ:
Du moment qu'il lui a dit 'fais-moi [le plat] des tiens' — c'est comme s'il les avait pris d'elle avant leur mélange puis [les] avait joints, car elle a agi sur sa parole et est devenue son émissaire (chelouho).
וְטַעֲמָא לָא בְּטִיל לְפִי שֶׁהוּא מְתַקֵּן הַכֹּל וְהוּא עִיקַּר וַאֲפִילּוּ לָקַח קְדֵרָה מְבֻושֶּׁלֶת מֵעַם הָאָרֶץ שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה שְׁלוּחוֹ כְּשֶׁעֵירְבָן אָסוּר אֲבָל יַיִן בְּמוּרְיָיס וְיַיִן בְּבֵיצִים אֵינוֹ עִיקָּר:
Et le goût ne s'annule pas — parce qu'[il] rectifie le tout et qu'il est l'essentiel (iqar) ; et même s'il a acheté une marmite [déjà] cuite d'un am ha-aretz, sans être devenu son émissaire, dès lors qu'on a mélangé [les épices], c'est interdit. Mais le vin dans la saumure et le vin dans les œufs n'est pas l'essentiel.
💡 Explication

Deux résolutions : (1) en disant 'des tiens', c'est comme s'il avait mélangé lui-même (donc tenu de dîmer). (2) Rafram : levain et épices donnent du goût, et le goût ne s'annule pas dans un mélange (contrairement au vin dans les œufs, qui n'est pas l'essentiel).

19
וּלְחִלּוּפֵי לָא חָייְשִׁינַן? וְהִתְנָן: הַנּוֹתֵן לַחֲמוֹתוֹ – מְעַשֵּׂר אֶת שֶׁהוּא נוֹתֵן לָהּ וְאֶת שֶׁהוּא נוֹטֵל מִמֶּנָּה, מִפְּנֵי שֶׁחֲשׁוּדָה מַחֲלֶפֶת הַמִּתְקַלְקֵל! הָתָם כִּדְתַנְיָא טַעְמָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: רוֹצֶה הִיא בְּתַקָּנַת בִּתָּהּ וּבוֹשָׁה מֵחֲתָנָהּ.

Et ne craint-on pas la substitution (lechalufei) ? Mais nous avons appris (Demai 3:6) : celui qui donne [de la pâte] à sa belle-mère — dîme ce qu'il lui donne et ce qu'il reprend d'elle, parce qu'elle est soupçonnée de substituer ce qui se gâte !

Là-bas, c'est comme l'enseigne la raison : Rabbi Yehouda a dit : elle désire le bien-être de sa fille et a honte devant son gendre.

📜 Rachi (5)
וּלְחִלּוּפֵי לָא חָיְישִׁינַן דְּקָתָנֵי אִם נָתַן לָהּ הַכֹּל אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא הֶחֱלִיפָהּ:
Et ne craint-on pas la substitution — [la braita] enseigne que s'il lui a tout donné, on ne craint pas qu'elle ait substitué.
הַנּוֹתֵן לַחֲמוֹתוֹ עִיסָּתוֹ לֶאֱפוֹת:
Celui qui donne à sa belle-mère — sa pâte à cuire.
מִפְּנֵי שֶׁחֲשׁוּדָה מַחֲלֶפֶת הַמִּתְקַלְקֵל אִם יִתְקַלְקֵל הַלֶּחֶם מַחֲלִיפָתוֹ הִלְכָּךְ מְעַשֵּׂר אֶת שֶׁהוּא נוֹתֵן לָהּ דְּאִי מִיחַלְּפָא לֵיהּ שֶׁלֹּא יְהֵא חָבֵר זֶה נוֹתֵן לְפָנֶיהָ מִכְשׁוֹל:
Parce qu'elle est soupçonnée de substituer ce qui se gâte — si le pain se gâte, elle le remplace ; c'est pourquoi il dîme ce qu'il lui donne, [pour le cas] où elle le lui substituerait, afin que ce 'haver' ne place pas devant elle un obstacle.
וְאֶת שֶׁהוּא נוֹטֵל הֵימֶנָּה שֶׁמָּא הֶחֱלִיפָהּ אַלְמָא מִיחַלְּפָא:
Et ce qu'il reprend d'elle — [de peur] qu'elle ait substitué ; preuve qu'elle substitue.
הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא דִּלְטוֹבָה הִיא מִתְכַּווֶּנֶת אֲבָל עַל הַגֶּזֶל כְּגוֹן לְאָדָם נָכְרִי שֶׁאֵין דַּעְתָּהּ לְהַחֲלִיף לְהֵטִיב לוֹ אַף לְהָרַע אֵינָהּ חֲשׁוּדָה:
Là-bas, c'est comme l'enseigne la raison — qu'elle vise [le] bien [de sa fille] ; mais pour le vol — par exemple [envers] un étranger, ou elle n'a pas l'intention de substituer pour lui faire du bien — même pour [lui] faire du mal elle n'est pas soupçonnée.
💡 Explication

Objection : ne craint-on pas qu'elle substitue ? Une michna (Demai 3:6) : qui donne sa pâte à sa belle-mère doit dîmer ce qu'il donne et reprend (elle pourrait remplacer ce qui se gâte). Réponse : là, R. Yehouda explique la raison spéciale — la belle-mère veut le bien de sa fille et a honte devant son gendre (cela ne vaut pas pour une voisine quelconque).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).