Sougya : Poursuite de la sougya sur les simanim (signes de pureté) des oiseaux. La Guemara cherche la source qui fixe le statut d'un oiseau ne portant qu'un seul siman casher.
Faut-il dériver du corbeau (orev, qui a deux simanim et reste interdit) ou du pères et de l'ozniya (un siman chacun, interdits) qu'un oiseau à un seul siman est interdit ? Ou bien dériver du nesher (l'aigle, qui n'a aucun siman) que seul un oiseau totalement dépourvu de siman est interdit, et qu'à un siman on mange ?
Chaque dérivation est confrontée à une mention de la Torah qui deviendrait superflue. Le pivot est la règle 'deux écrits qui viennent comme un n'enseignent pas' (chenei ketouvim ha-baim ke-ehad ein melamdin) : le pères et l'ozniya, puis les vingt-quatre oiseaux impurs, répètent la même leçon et ne peuvent servir de source ; mais comme un siman ne figure qu'une seule fois, on aurait pu l'en dériver, [aussi] la Torah écrit 'nesher' pour interdire cette dérivation.
La Guemara fixe le compte : vingt-quatre oiseaux impurs, quatre simanim, trois qui reviennent partout. Enfin, si l'on apprend du nesher qu'à un siman on mange, pourquoi la Torah mentionne-t-elle les tourterelles (torin) ?
Rav Oukva bar Hama répond : pour le sacrifice (korban), seules elles y étant aptes.
Et qu'on dérive plutôt du corbeau (orev) : de même que là, [un oiseau a] deux [simanim n'est] pas [casher], de même tout [oiseau a] deux [simanim n'est] pas [casher] ! [Réponse :] s'il en est ainsi, le pères et l'ozniya que le Miséricordieux a écrits, pourquoi me [faut-il] ?
Maintenant que [celui] qui a deux [simanim], nous ne [le] mangeons pas, [celui] qui en a un [seul], est-ce à [se] demander [s'il est interdit] ! [Donc au contraire : celui qui a un seul siman est casher, hormis ceux que la Torah a explicitement interdits.]
La Guemara cherche la source du statut de l'oiseau à un seul siman (signe de pureté). Première piste : dériver du corbeau (orev), qui a deux simanim et reste interdit -> donc tout oiseau à deux simanim serait interdit. Objection : si même deux simanim n'autorisent pas, alors le pères et l'ozniya (qui n'ont qu'un siman) seraient superflus ; leur mention prouve l'inverse -> à un seul siman, l'oiseau est casher, sauf les espèces nommément interdites.
Et qu'on apprenne [plutôt] du pères et de l'ozniya [qu'un oiseau à un seul siman est interdit] ? [Réponse :] s'il en est ainsi, le nesher que le Miséricordieux a écrit, pourquoi me [faut-il] ?
Maintenant que [celui] qui a un [siman], nous ne [le] mangeons pas, [celui] qui n'[a] aucun [siman], est-ce à [se] demander [s'il est interdit] ! Plutôt, le nesher qui n'[a] aucun [siman] — c'est lui que tu ne mangeras pas ; mais [celui] qui a un [siman] — mange.
Deuxième piste : dériver directement du pères et de l'ozniya (un siman chacun, interdits) qu'un oiseau à un seul siman est interdit. Objection : si tel était le cas, la mention du nesher (aucun siman) serait superflue, puisque à fortiori interdit. Donc le nesher enseigne l'inverse : seul ce qui n'a aucun siman est interdit ; à un siman, on mange.
Et alors, la raison [est] que le Miséricordieux a écrit 'nesher' ; [mais] sans cela j'aurais dit : dérive du pères et de l'ozniya [qu'un oiseau à un seul siman est interdit] ? [Réponse :] le pères et l'ozniya sont deux écrits qui viennent comme un, et deux écrits qui viennent comme un n'enseignent pas.
La Guemara presse : ainsi, c'est uniquement parce que la Torah écrit 'nesher' qu'on permet un oiseau à un siman ; sans cela, on aurait dérivé l'interdit du pères et de l'ozniya. Réponse : non, car le pères et l'ozniya sont deux écrits qui viennent comme un (chenei ketouvim ha-baim ke-ehad) — ils enseignent la même chose — et deux écrits qui viennent comme un n'enseignent pas [de principe général].
[Mais] on tient par tradition (guemiri) que [le siman] qui est dans celui-ci [le pères] n'est pas dans celui-là [l'ozniya], et que [le siman] qui est dans celui-là n'est pas dans celui-ci. [Donc ce ne sont pas deux écrits qui viennent comme un, et l'on aurait pu en dériver ; aussi la Torah a-t-elle écrit 'nesher'.]
Objection : on a une tradition (guemiri) que le siman du pères diffère de celui de l'ozniya. Ce ne sont donc pas deux écrits identiques : chacun est nécessaire en propre (sans le pères on ne saurait rien de son siman, et réciproquement). Dès lors on aurait pu en dériver qu'à un siman l'oiseau est interdit -> c'est pourquoi la Torah écrit 'nesher' pour écarter cette dérivation.
Or, puisqu'il y a vingt-quatre oiseaux impurs, il est impossible qu'un [siman] qui est dans ceux-ci [le pères et l'ozniya] ne soit pas dans ceux-là [les vingt-deux autres] ; [aussi] ils sont [bien] deux écrits qui viennent comme un [et l'on ne pourrait pas en dériver].
La Guemara persiste : il y a au total vingt-quatre oiseaux impurs, tous portant trois simanim (sauf le corbeau). Il est impossible que le siman du pères (ou de l'ozniya) ne se retrouve pas chez les autres. Donc la leçon est répétée de multiples fois : on a bien deux écrits qui viennent comme un, dont on ne peut rien dériver ; et alors la mention du nesher redevient superflue.
[Plutôt,] on tient par tradition (guemiri) : il y a vingt-quatre oiseaux impurs, et quatre simanim. Trois reviennent dans tous : vingt d'entre eux [ont] trois [simanim] chacun, et deux [sont] dans le corbeau, un dans le pères et un dans l'ozniya — [le siman] qui est dans celui-ci n'est pas dans celui-là.
Au cas où tu dirais : dérive-[s'en] [qu'un oiseau a un seul siman est interdit] — le Miséricordieux a écrit 'nesher' : le nesher qui n'[a] aucun [siman] — c'est lui que tu ne mangeras pas ; mais [s']il y a [un oiseau] qui a un [siman] — mange.
Résolution par le compte traditionnel (voir le schéma). Il y a vingt-quatre oiseaux impurs et quatre simanim. Trois simanim reviennent partout : vingt oiseaux en ont trois chacun, le corbeau en a deux, et les deux derniers (le quatrième siman et un des trois) se répartissent entre pères et ozniya. Ce quatrième siman ne figure donc qu'une seule fois : on aurait pu en dériver un interdit -> la Torah écrit 'nesher' pour écarter cela. À un siman, on mange.
Mais alors, les tourterelles (torin) que le Miséricordieux a écrites, pourquoi me [faut-il] ? Rav Oukva bar Hama a dit : pour le sacrifice (korban).
Rav Nahman a dit :
Dernière objection : si l'on apprend du nesher qu'à un siman l'oiseau est casher, alors les tourterelles (torin), qui possèdent les quatre simanim, sont à fortiori casher — pourquoi la Torah les mentionne-t-elle ? Rav Oukva bar Hama : non pour enseigner qu'elles sont casher, mais pour le sacrifice (korban) — seules elles (avec les pigeonneaux) y sont aptes. La phrase de Rav Nahman s'ouvre et se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).